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解密文本:     《基督山伯爵》   [法] 大仲马  著         


Le comte de Monte-Cristo
Alexandre Dumas

 

  The Count of Monte Cristo
Alexandre Dumas
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Tome I (1845-1846)

Table des matières

I--Marseille.—L'arrivée.

II--Le père et le fils.

III--Les Catalans.

IV--Complot.

V--Le repas des fiançailles.

VI--Le substitut du procureur du roi.

VII--L'interrogatoire.

VIII--Le château d'If.

IX--Le soir des fiançailles.

X--Le petit cabinet des Tuileries.

XI--L'Ogre de Corse.

XII--Le père et le fils.

XIII--Les Cent-Jours.

XIV--Le prisonnier furieux et le prisonnier fou.

XV--Le numéro 34 et le numéro 27.

XVI--Un savant italien.

XVII--La chambre de l'abbé.

XVIII--Le trésor.

XIX--Le troisième accès.

XX--Le cimetière du château d'If.

XXI--L'île de Tiboulen.

XXII--Les contrebandiers.

XXIII--L'île de Monte-Cristo.

XXIV--Éblouissement.

XXV--L'inconnu.

XXVI--L'auberge du pont du Gard.

XXVII--Le récit.

XXVIII--Les registres des prisons.

XXIX--La maison Morrel.

XXX--Le cinq septembre.

XXXI--Italie.—Simbad le marin.


 

第一部(1845-1846)

目录

第一章 船到马赛
第二章 父与子
第三章 迦太罗尼亚人的村庄
第四章 阴谋
第五章 婚宴
第六章 代理检察官
第七章 审问
第八章 伊夫堡
第九章 订婚之夜
第十章 杜伊勒里宫的小书房
第十一章 科西嘉岛的魔王
第十二章 父与子
第十三章 百日
第十四章 两犯人
第十五章 三十四号和二十七号
第十六章 一位意大利学者
第十七章 神甫的房间
第十八章 宝藏
第十九章 第三次发病
第二十章 伊夫堡的坟场
第二十一章 狄布伦岛
第二十二章 走私贩子
第二十三章 基督山小岛
第二十四章 秘密洞窟
第二十五章 陌生人
第二十六章 杜加桥客栈
第二十七章 回忆往事
第二十八章 监狱档案
第二十九章 摩莱尔父子公司
第三十章 九月五日
第三十一章 意大利:水手辛巴德




I Marseille.—L'arrivée.

Le 24 février 1815, la vigie de Notre-Dame de la Garde signala le trois-mâts le Pharaon, venant de Smyrne, Trieste et Naples.

Comme d'habitude, un pilote côtier partit aussitôt du port, rasa le château d'If, et alla aborder le navire entre le cap de Morgion et l'île de Rion.

Aussitôt, comme d'habitude encore, la plate-forme du fort Saint-Jean s'était couverte de curieux; car c'est toujours une grande affaire à Marseille que l'arrivée d'un bâtiment, surtout quand ce bâtiment, comme le Pharaon, a été construit, gréé, arrimé sur les chantiers de la vieille Phocée, et appartient à un armateur de la ville.

Cependant ce bâtiment s'avançait; il avait heureusement franchi le détroit que quelque secousse volcanique a creusé entre l'île de Calasareigne et l'île de Jaros; il avait doublé Pomègue, et il s'avançait sous ses trois huniers, son grand foc et sa brigantine, mais si lentement et d'une allure si triste, que les curieux, avec cet instinct qui pressent un malheur, se demandaient quel accident pouvait être arrivé à bord. Néanmoins les experts en navigation reconnaissaient que si un accident était arrivé, ce ne pouvait être au bâtiment lui-même; car il s'avançait dans toutes les conditions d'un navire parfaitement gouverné: son ancre était en mouillage, ses haubans de beaupré décrochés; et près du pilote, qui s'apprêtait à diriger le Pharaon par l'étroite entrée du port de Marseille, était un jeune homme au geste rapide et à l'œil actif, qui surveillait chaque mouvement du navire et répétait chaque ordre du pilote.

La vague inquiétude qui planait sur la foule avait particulièrement atteint un des spectateurs de l'esplanade de Saint-Jean, de sorte qu'il ne put attendre l'entrée du bâtiment dans le port; il sauta dans une petite barque et ordonna de ramer au-devant du Pharaon, qu'il atteignit en face de l'anse de la Réserve.

En voyant venir cet homme, le jeune marin quitta son poste à côté du pilote, et vint, le chapeau à la main, s'appuyer à la muraille du bâtiment.

C'était un jeune homme de dix-huit à vingt ans, grand, svelte, avec de beaux yeux noirs et des cheveux d'ébène; il y avait dans toute sa personne cet air calme et de résolution particulier aux hommes habitués depuis leur enfance à lutter avec le danger.

«Ah! c'est vous, Dantès! cria l'homme à la barque; qu'est-il donc arrivé, et pourquoi cet air de tristesse répandu sur tout votre bord?

—Un grand malheur, monsieur Morrel! répondit le jeune homme, un grand malheur, pour moi surtout: à la hauteur de Civita-Vecchia, nous avons perdu ce brave capitaine Leclère.

—Et le chargement? demanda vivement l'armateur.

—Il est arrivé à bon port, monsieur Morrel, et je crois que vous serez content sous ce rapport; mais ce pauvre capitaine Leclère....

—Que lui est-il donc arrivé? demanda l'armateur d'un air visiblement soulagé; que lui est-il donc arrivé, à ce brave capitaine?

—Il est mort.

—Tombé à la mer?

—Non, monsieur; mort d'une fièvre cérébrale, au milieu d'horribles souffrances.»

Puis, se retournant vers ses hommes:

«Holà hé! dit-il, chacun à son poste pour le mouillage!»

L'équipage obéit. Au même instant, les huit ou dix matelots qui le composaient s'élancèrent les uns sur les écoutes, les autres sur les bras, les autres aux drisses, les autres aux hallebas des focs, enfin les autres aux cargues des voiles.

Le jeune marin jeta un coup d'œil nonchalant sur ce commencement de manœuvre, et, voyant que ses ordres allaient s'exécuter, il revint à son interlocuteur.

«Et comment ce malheur est-il donc arrivé? continua l'armateur, reprenant la conversation où le jeune marin l'avait quittée.

—Mon Dieu, monsieur, de la façon la plus imprévue: après une longue conversation avec le commandant du port, le capitaine Leclère quitta Naples fort agité; au bout de vingt-quatre heures, la fièvre le prit; trois jours après, il était mort....

«Nous lui avons fait les funérailles ordinaires, et il repose, décemment enveloppé dans un hamac, avec un boulet de trente-six aux pieds et un à la tête, à la hauteur de l'île d'El Giglio. Nous rapportons à sa veuve sa croix d'honneur et son épée. C'était bien la peine, continua le jeune homme avec un sourire mélancolique, de faire dix ans la guerre aux Anglais pour en arriver à mourir, comme tout le monde, dans son lit.

—Dame! que voulez-vous, monsieur Edmond, reprit l'armateur qui paraissait se consoler de plus en plus, nous sommes tous mortels, et il faut bien que les anciens fassent place aux nouveaux, sans cela il n'y aurait pas d'avancement; et du moment que vous m'assurez que la cargaison....

—Est en bon état, monsieur Morrel, je vous en réponds. Voici un voyage que je vous donne le conseil de ne point escompter pour 25.000 francs de bénéfice.»

Puis, comme on venait de dépasser la tour ronde:

«Range à carguer les voiles de hune, le foc et la brigantine! cria le jeune marin; faites penaud!»

L'ordre s'exécuta avec presque autant de promptitude que sur un bâtiment de guerre.

«Amène et cargue partout!»

Au dernier commandement, toutes les voiles s'abaissèrent, et le navire s'avança d'une façon presque insensible, ne marchant plus que par l'impulsion donnée.

«Et maintenant, si vous voulez monter, monsieur Morrel, dit Dantès voyant l'impatience de l'armateur, voici votre comptable, M. Danglars, qui sort de sa cabine, et qui vous donnera tous les renseignements que vous pouvez désirer. Quant à moi, il faut que je veille au mouillage et que je mette le navire en deuil.»

L'armateur ne se le fit pas dire deux fois. Il saisit un câble que lui jeta Dantès, et, avec une dextérité qui eût fait honneur à un homme de mer, il gravit les échelons cloués sur le flanc rebondi du bâtiment, tandis que celui-ci, retournant à son poste de second, cédait la conversation à celui qu'il avait annoncé sous le nom de Danglars, et qui, sortant de sa cabine, s'avançait effectivement au-devant de l'armateur.

Le nouveau venu était un homme de vingt-cinq à vingt-six ans, d'une figure assez sombre, obséquieux envers ses supérieurs, insolent envers ses subordonnés: aussi, outre son titre d'agent comptable, qui est toujours un motif de répulsion pour les matelots, était-il généralement aussi mal vu de l'équipage qu'Edmond Dantès au contraire en était aimé.

«Eh bien, monsieur Morrel, dit Danglars, vous savez le malheur, n'est-ce pas?

—Oui, oui, pauvre capitaine Leclère! c'était un brave et honnête homme!

—Et un excellent marin surtout, vieilli entre le ciel et l'eau, comme il convient à un homme chargé des intérêts d'une maison aussi importante que maison Morrel et fils, répondit Danglars.

—Mais, dit l'armateur, suivant des yeux Dantès qui cherchait son mouillage, mais il me semble qu'il n'y a pas besoin d'être si vieux marin que vous le dites, Danglars, pour connaître son métier, et voici notre ami Edmond qui fait le sien, ce me semble, en homme qui n'a besoin de demander des conseils à personne.

—Oui, dit Danglars en jetant sur Dantès un regard oblique où brilla un éclair de haine, oui, c'est jeune, et cela ne doute de rien. À peine le capitaine a-t-il été mort qu'il a pris le commandement sans consulter personne, et qu'il nous a fait perdre un jour et demi à l'île d'Elbe au lieu de revenir directement à Marseille.

—Quant à prendre le commandement du navire, dit l'armateur, c'était son devoir comme second; quant à perdre un jour et demi à l'île d'Elbe, il a eu tort; à moins que le navire n'ait eu quelque avarie à réparer.

—Le navire se portait comme je me porte, et comme je désire que vous vous portiez, monsieur Morrel; et cette journée et demie a été perdue par pur caprice, pour le plaisir d'aller à terre, voilà tout.

—Dantès, dit l'armateur se retournant vers le jeune homme, venez donc ici.

—Pardon, monsieur, dit Dantès, je suis à vous dans un instant.»

Puis s'adressant à l'équipage: «Mouille!» dit-il.

Aussitôt l'ancre tomba, et la chaîne fila avec bruit. Dantès resta à son poste, malgré la présence du pilote, jusqu'à ce que cette dernière manœuvre fût terminée; puis alors:

«Abaissez la flamme à mi-mât, mettez le pavillon en berne, croisez les vergues!

—Vous voyez, dit Danglars, il se croit déjà capitaine, sur ma parole.

—Et il l'est de fait, dit l'armateur.

—Oui, sauf votre signature et celle de votre associé, monsieur Morrel.

—Dame! pourquoi ne le laisserions-nous pas à ce poste? dit l'armateur. Il est jeune, je le sais bien, mais il me paraît tout à la chose, et fort expérimenté dans son état.»

Un nuage passa sur le front de Danglars.

«Pardon, monsieur Morrel, dit Dantès en s'approchant; maintenant que le navire est mouillé, me voilà tout à vous: vous m'avez appelé, je crois?»

Danglars fit un pas en arrière.

«Je voulais vous demander pourquoi vous vous étiez arrêté à l'île d'Elbe?

—Je l'ignore, monsieur; c'était pour accomplir un dernier ordre du capitaine Leclère, qui, en mourant, m'avait remis un paquet pour le grand maréchal Bertrand.

—L'avez-vous donc vu, Edmond?

—Qui?

—Le grand maréchal?

—Oui.»

Morrel regarda autour de lui, et tira Dantès à part.

«Et comment va l'Empereur? demanda-t-il vivement.

—Bien, autant que j'aie pu en juger par mes yeux.

—Vous avez donc vu l'Empereur aussi?

—Il est entré chez le maréchal pendant que j'y étais.

—Et vous lui avez parlé?

—C'est-à-dire que c'est lui qui m'a parlé, monsieur, dit Dantès en souriant.

—Et que vous a-t-il dit?

—Il m'a fait des questions sur le bâtiment, sur l'époque de son départ pour Marseille, sur la route qu'il avait suivie et sur la cargaison qu'il portait. Je crois que s'il eût été vide, et que j'en eusse été le maître, son intention eût été de l'acheter; mais je lui ai dit que je n'étais que simple second, et que le bâtiment appartenait à la maison Morrel et fils. «Ah! ah! a-t-il dit, je la connais. Les Morrel sont armateurs de père en fils, et il y avait un Morrel qui servait dans le même régiment que moi lorsque j'étais en garnison à Valence.»

—C'est pardieu vrai! s'écria l'armateur tout joyeux; c'était Policar Morrel, mon oncle, qui est devenu capitaine. Dantès, vous direz à mon oncle que l'Empereur s'est souvenu de lui, et vous le verrez pleurer, le vieux grognard. Allons, allons, continua l'armateur en frappant amicalement sur l'épaule du jeune homme, vous avez bien fait, Dantès, de suivre les instructions du capitaine Leclère et de vous arrêter à l'île d'Elbe, quoique, si l'on savait que vous avez remis un paquet au maréchal et causé avec l'Empereur, cela pourrait vous compromettre.

—En quoi voulez-vous, monsieur, que cela me compromette? dit Dantès: je ne sais pas même ce que je portais, et l'Empereur ne m'a fait que les questions qu'il eût faites au premier venu. Mais, pardon, reprit Dantès, voici la santé et la douane qui nous arrivent; vous permettez, n'est-ce pas?

—Faites, faites, mon cher Dantès.»

Le jeune homme s'éloigna, et, comme il s'éloignait, Danglars se rapprocha.

«Eh bien, demanda-t-il, il paraît qu'il vous a donné de bonnes raisons de son mouillage à Porto-Ferrajo?

—D'excellentes, mon cher monsieur Danglars.

—Ah! tant mieux, répondit celui-ci, car c'est toujours pénible de voir un camarade qui ne fait pas son devoir.

—Dantès a fait le sien, répondit l'armateur, et il n'y a rien à dire. C'était le capitaine Leclère qui lui avait ordonné cette relâche.

—À propos du capitaine Leclère, ne vous a-t-il pas remis une lettre de lui?

—Qui?

—Dantès.

—À moi, non! En avait-il donc une?

—Je croyais qu'outre le paquet, le capitaine Leclère lui avait confié une lettre.

—De quel paquet voulez-vous parler, Danglars?

—Mais de celui que Dantès a déposé en passant à Porto-Ferrajo?

—Comment savez-vous qu'il avait un paquet à déposer à Porto-Ferrajo?»

Danglars rougit.

«Je passais devant la porte du capitaine qui était entrouverte, et je lui ai vu remettre ce paquet et cette lettre à Dantès.

—Il ne m'en a point parlé, dit l'armateur; mais s'il a cette lettre, il me la remettra.»

Danglars réfléchit un instant.

«Alors, monsieur Morrel, je vous prie, dit-il, ne parlez point de cela à Dantès; je me serai trompé.»

En ce moment, le jeune homme revenait; Danglars s'éloigna.

«Eh bien, mon cher Dantès, êtes-vous libre? demanda l'armateur.

—Oui, monsieur.

—La chose n'a pas été longue.

—Non, j'ai donné aux douaniers la liste de marchandises; et quant à la consigne, elle avait envoyé avec le pilote côtier un homme à qui j'ai remis nos papiers.

—Alors, vous n'avez plus rien à faire ici?»

Dantès jeta un regard rapide autour de lui.

«Non, tout est en ordre, dit-il.

—Vous pouvez donc alors venir dîner avec nous?

—Excusez-moi, monsieur Morrel, excusez-moi, je vous prie, mais je dois ma première visite à mon père. Je n'en suis pas moins reconnaissant de l'honneur que vous me faites.

—C'est juste, Dantès, c'est juste. Je sais que vous êtes bon fils.

—Et... demanda Dantès avec une certaine hésitation, et il se porte bien, que vous sachiez, mon père?

—Mais je crois que oui, mon cher Edmond, quoique je ne l'aie pas aperçu.

—Oui, il se tient enfermé dans sa petite chambre.

—Cela prouve au moins qu'il n'a manqué de rien pendant votre absence.»

Dantès sourit.

«Mon père est fier, monsieur, et, eût-il manqué de tout, je doute qu'il eût demandé quelque chose à qui que ce soit au monde, excepté à Dieu.

—Eh bien, après cette première visite, nous comptons sur vous.

—Excusez-moi encore, monsieur Morrel, mais après cette première visite, j'en ai une seconde qui ne me tient pas moins au cœur.

—Ah! c'est vrai, Dantès; j'oubliais qu'il y a aux Catalans quelqu'un qui doit vous attendre avec non moins d'impatience que votre père: c'est la belle Mercédès.»

Dantès sourit.

«Ah! ah! dit l'armateur, cela ne m'étonne plus, qu'elle soit venue trois fois me demander des nouvelles du Pharaon. Peste! Edmond, vous n'êtes point à plaindre, et vous avez là une jolie maîtresse!

—Ce n'est point ma maîtresse, monsieur, dit gravement le jeune marin: c'est ma fiancée.

—C'est quelquefois tout un, dit l'armateur en riant.

—Pas pour nous, monsieur, répondit Dantès.

—Allons, allons, mon cher Edmond, continua l'armateur, que je ne vous retienne pas; vous avez assez bien fait mes affaires pour que je vous donne tout loisir de faire les vôtres. Avez-vous besoin d'argent?

—Non, monsieur; j'ai tous mes appointements du voyage, c'est-à-dire près de trois mois de solde.

—Vous êtes un garçon rangé, Edmond.

—Ajoutez que j'ai un père pauvre, monsieur Morrel.

—Oui, oui, je sais que vous êtes un bon fils. Allez donc voir votre père: j'ai un fils aussi, et j'en voudrais fort à celui qui, après un voyage de trois mois, le retiendrait loin de moi.

—Alors, vous permettez? dit le jeune homme en saluant.

—Oui, si vous n'avez rien de plus à me dire.

—Non.

—Le capitaine Leclère ne vous a pas, en mourant, donné une lettre pour moi?

—Il lui eût été impossible d'écrire, monsieur; mais cela me rappelle que j'aurai un congé de quinze jours à vous demander.

—Pour vous marier?

—D'abord; puis pour aller à Paris.

—Bon, bon! vous prendrez le temps que vous voudrez, Dantès; le temps de décharger le bâtiment nous prendra bien six semaines, et nous ne nous remettrons guère en mer avant trois mois.... Seulement, dans trois mois, il faudra que vous soyez là. Le Pharaon, continua l'armateur en frappant sur l'épaule du jeune marin, ne pourrait pas repartir sans son capitaine.

—Sans son capitaine! s'écria Dantès les yeux brillants de joie; faites bien attention à ce que vous dites là, monsieur, car vous venez de répondre aux plus secrètes espérances de mon cœur. Votre intention serait-elle de me nommer capitaine du Pharaon?

—Si j'étais seul, je vous tendrais la main, mon cher Dantès, et je vous dirais: «C'est fait.» Mais j'ai un associé, et vous savez le proverbe italien: Che a compagne a padrone. Mais la moitié de la besogne est faite au moins, puisque sur deux voix vous en avez déjà une. Rapportez-vous-en à moi pour avoir l'autre, et je ferai de mon mieux.

—Oh! monsieur Morrel, s'écria le jeune marin, saisissant, les larmes aux yeux, les mains de l'armateur; monsieur Morrel, je vous remercie, au nom de mon père et de Mercédès.

—C'est bien, c'est bien, Edmond, il y a un Dieu au ciel pour les braves gens, que diable! Allez voir votre père, allez voir Mercédès, et revenez me trouver après.

—Mais vous ne voulez pas que je vous ramène à terre?

—Non, merci; je reste à régler mes comptes avec Danglars. Avez-vous été content de lui pendant le voyage?

—C'est selon le sens que vous attachez à cette question, monsieur. Si c'est comme bon camarade, non, car je crois qu'il ne m'aime pas depuis le jour où j'ai eu la bêtise, à la suite d'une petite querelle que nous avions eue ensemble, de lui proposer de nous arrêter dix minutes à l'île de Monte-Cristo pour vider cette querelle; proposition que j'avais eu tort de lui faire, et qu'il avait eu, lui, raison de refuser. Si c'est comme comptable que vous me faites cette question je crois qu'il n'y a rien à dire et que vous serez content de la façon dont sa besogne est faite.

—Mais, demanda l'armateur, voyons, Dantès, si vous étiez capitaine du Pharaon, garderiez-vous Danglars avec plaisir?

—Capitaine ou second, monsieur Morrel, répondit dit Dantès, j'aurai toujours les plus grands égards pour ceux qui posséderont la confiance de mes armateurs.

—Allons, allons, Dantès, je vois qu'en tout point vous êtes un brave garçon. Que je ne vous retienne plus: allez, car je vois que vous êtes sur des charbons.

—J'ai donc mon congé? demanda Dantès.

—Allez, vous dis-je.

—Vous permettez que je prenne votre canot?

—Prenez.

—Au revoir, monsieur Morrel, et mille fois merci.

—Au revoir, mon cher Edmond, bonne chance!»

Le jeune marin sauta dans le canot, alla s'asseoir à la poupe, et donna l'ordre d'aborder à la Canebière. Deux matelots se penchèrent aussitôt sur leurs rames, et l'embarcation glissa aussi rapidement qu'il est possible de le faire, au milieu des mille barques qui obstruent l'espèce de rue étroite qui conduit, entre deux rangées de navires, de l'entrée du port au quai d'Orléans.

L'armateur le suivit des yeux en souriant, jusqu'au bord, le vit sauter sur les dalles du quai, et se perdre aussitôt au milieu de la foule bariolée qui, de cinq heures du matin à neuf heures du soir, encombre cette fameuse rue de la Canebière, dont les Phocéens modernes sont si fiers, qu'ils disent avec le plus grand sérieux du monde et avec cet accent qui donne tant de caractère à ce qu'ils disent: «Si Paris avait la Canebière, Paris serait un petit Marseille.»

En se retournant, l'armateur vit derrière lui Danglars, qui, en apparence, semblait attendre ses ordres, mais qui, en réalité, suivait comme lui le jeune marin du regard.

Seulement, il y avait une grande différence dans l'expression de ce double regard qui suivait le même homme.




 

第一章 船到马赛

一八一五年二月二十四日,在避风堰了望塔上的了望员向人们发出了信号,告之三桅帆船法老号到了。它是从士麦拿出发经过的里雅斯特和那不勒斯来的。立刻一位领港员被派出去,绕过伊夫堡,在摩琴海岬和里翁岛之间登上了船。

圣•琪安海岛的平台上即刻挤满了看热闹的人。在马赛,一艘大船的进港终究是一件大事,尤其是象法老号这样的大船,船主是本地人,船又是在佛喜造船厂里建造装配的,因而就特别引人注目。

法老号渐渐驶近了,它已顺利通过了卡拉沙林岛和杰罗斯岛之间由几次火山爆发所造成的海峡,绕过波米琪岛,驶近了港口。尽管船上扯起了三张主桅帆,一张大三角帆和一张后桅帆,但它驶得非常缓慢,一副无精打采的样子,以致岸上那些看热闹的人本能地预感到有什么不幸的事发生了,于是互相探问船上究竟发生了什么不幸的事。不过那些航海行家们一眼就看出,假如的确发生了什么意外事情的话,那一定与船的本身无关。因为从各方面来看,它并无丝毫失去操纵的迹象。领港员正在驾驶着动作敏捷的法老号通过马赛港狭窄的甬道进口。在领港员的旁边,有一青年正在动作敏捷地打着手势,他那敏锐的眼光注视着船的每一个动作,并重复领港员的每一个命令。

岸上看热闹的人中弥漫着一种焦躁不安的情绪。其中有一位忍耐不住了,他等不及帆船入港就跳进了一只小艇迎着大船驶去,那只小艇在大船到里瑟夫湾对面的地方时便靠拢了法老号。

大船上的那个青年看见了来人,就摘下帽子,从领港员身旁离开并来到了船边。他是一个身材瘦长的青年,年龄约莫有十九岁左右的样子,有着一双黑色的眼睛和一头乌黑的头发;他的外表给人一种极其镇定和坚毅的感觉,那种镇定和坚毅的气质是只有从小就经过大风大浪,艰难险阻的人才具有的。

“啊!是你呀,唐太斯?”小艇的人喊道。“出了什么事?为什么你们船上显得这样丧气?”

“太不幸了,莫雷尔先生!”那个青年回答说,“太不幸了,尤其是对我!在契维塔韦基亚附近,我们失去了我们勇敢的莱克勒船长。”

“货呢?”船主焦急地问。

“货都安全,莫雷尔先生,那方面我想你是可以满意的。但可怜的莱克勒船长——”

“货物怎么样”?船主问道。

“货物未受任何损失,平安到达。不过,可怜的莱克勒船长他……”“他怎么了?出了什么事?”船主带着稍微放松一点的口气问。“那位可敬的船长怎么了?”

“他死了。”

“掉在海里了吗?”

“不,先生,他是得脑膜炎死的,临终时痛苦极了。”说完他便转身对船员喊到:“全体注意!准备抛锚!”

全体船员立刻按命令行动起来。船上一共有八个到十个海员,他们有的奔到大帆的索子那里,有的奔到三角帆和主帆的索子那里,有的则去控制转帆索和卷帆索。那青年水手四下环视了一下,看到他的命令已被迅速准确地执行,便又转过脸去对着船主。

“这件不幸的事是怎么发生的?”船主先等了一会儿便又重新拾起话题。

“唉,先生!完全是始料不到的事。在离开那不勒斯以前,莱克勒船长曾和那不勒斯港督交谈了很久。开船的时候,他就觉得头极不舒服。二十四个小时后,他就开始发烧,三天后就死了。我们按惯例海葬了他,想来他也可以安心长眠了。我们把他端端正正地缝裹在吊床里,头脚处放了两块各三十六磅重的铅块,就在艾尔及里奥岛外把他海葬了。我们把他的佩剑和十字荣誉勋章带了回来准备交给他的太太做纪念。船长这一生总算没虚度了。青年的脸上露出一个忧郁的微笑,又说,“他和英国人打仗打了十年,到头来仍能象常人那样死在床上。”

“爱德蒙,你知道,”船主说道,他显得越来越放心了,“我们都是凡人,都免不了一死,老年人终究要让位给青年人。不然,你看,青年人就无法得到升迁的机会,而且你已向我保证货物——”

“货物是完好无损的,莫雷尔先生,请相信我好了。我想这次航行你至少赚二万五千法郎呢。”

这时,船正在驶过圆塔,青年就喊道:“注意,准备收主帆,后帆和三角帆!”

他的命令立刻被执行了,犹如在一艘大战舰上一样。

“收帆!卷帆!”最后那个命令刚下达完,所有的帆就都收了下来,船在凭借惯性向前滑行,几乎觉不到是在向前移动了。

“现在请您上船来吧,莫雷尔先生,”唐太斯说,他看到船主已经有点着急便说道,“你的押运员腾格拉尔先生已走出船舱了,他会把详细情形告诉您的。我还得去照顾抛锚和给这只船挂丧的事。”

船主没再说什么便立即抓住了唐太斯抛给他的一条绳子,以水手般敏捷的动作爬上船边的弦梯,那青年去执行他的任务了,把船王和那个他称为腾格拉尔的人留在了一起。腾格拉尔现在正向船主走来。他约莫有二十五六岁,天生一副对上谄媚对下轻视无礼,不讨人喜欢的面孔。他在船上担任押运员,本来就惹水手们讨厌,他个人的一些作派也是惹人讨厌的一个因素,船员都憎恶他,却很爱戴爱德蒙•唐太斯。

“莫雷尔先生,”腾格拉尔说,“你听说我们所遭到的不幸了吧?”

“唉,是的!可怜的莱克勒船长!他的确是一个勇敢而又诚实的人!”

“而且也是一名一流的海员,是在大海与蓝天之间度过一生的——是负责莫雷尔父子公司这种重要的公司的最合适的人才。”腾格拉尔回答。

“可是,”船主一边说,一边把眼光盯在了正在指挥抛锚的唐太斯身上,“在我看来,腾格拉尔,一个水手要干得很内行,实在也不必象你所说的那样的老海员才行,因为你看,我们这位朋友爱德蒙,不需任何人的指示,似乎也干得很不错,完全可以称职了。”

“是的,”腾格拉尔向爱德蒙扫了一眼,露出仇恨的目光说,“是的,他很年轻,而年轻人总是自视甚高的,船长刚去世,他就跟谁也不商量一下,竟自作主张地独揽指挥权,对下面发号施令起来,而且还在厄尔巴岛耽搁了一天半,没有直航返回马赛。”

“说到他执掌这只船的指挥权,”莫雷尔说道,“他既然是船上大副,这就应该是他的职责。至于在厄尔巴岛耽搁了一天半的事儿,是他的错,除非这只船有什么故障。”

“这只船是象你我的身体一样,毫无毛病,莫雷尔先生,那一天半的时间完全是浪费——只是因为他要到岸上玩玩,别无他事。”

“唐太斯!”船主转过身去喊青年,“到这儿来!”

“等一下,先生,”唐太斯回答,“我就来。”然后他对船员喊道,“抛锚!”

锚立刻抛下去了,铁链哗啦啦一阵响声过去。虽有领港员在场,唐太斯仍然克尽职守,直到这项工作完成,才喊“降旗,把旗降在旗杆半中央。把公司的旗也降一半致哀,“看,”腾格拉尔说,“他简直已自命为船长啦。”

“嗯,事实上,他已经的确是了。”船主说。

“不错,就缺你和你的和伙人签字批准了,摩斯尔先生。”

“那倒不难。”船主说,“不错,他很年轻,但依我看,他似乎可以说已是一个经验丰富的海员了。”

腾格拉尔的眉际掠过一片阴云。

“对不起,莫雷尔先生,”唐太斯走过来说,“船现在已经停妥,我可以听的您吩咐了。刚才是您在叫我吗?”

腾格拉尔向后退了一两步。

“我想问问你为什么要在厄尔巴岛停泊耽搁了一天半时间。”

“究竟为什么我也不十分清楚,我只是在执行莱克勒船长最后的一个命令而已。他在临终的时候,要我送一包东西给贝特朗元帅。”

“你见到他了吗,爱德蒙?”

“谁?”

“元帅。”

“见到了。”

莫雷尔向四周张望了一下,把唐太斯拖到一边,急忙问道:“陛下他好吗?”

“看上去还不错。”

“这么说,你见到陛下了,是吗?”

“我在元帅房间里的时候,他进来了。”

“你和他讲了话吗?”

“是他先跟我讲话的,先生。”唐太斯微笑着说。

“他跟你都说了些什么?”

“问了我一些关于船的事——什么时候启航开回马赛,从哪儿来,船装了些什么货。我敢说,假如船上没有装货,而我又是船主的话,他会把船买下来的。但我告诉他,我只是大副,船是莫雷尔父子公司的。‘哦,哦!’他说,‘我了解他们!莫雷尔这个家族的人世世代代都当船主。当我驻守在瓦朗斯的时候,我那个团里面也有一个姓莫雷尔的人。”

“太对了!一点不错!”船主非常高兴地喊道。“那是我的叔叔波立卡•莫雷尔,他后来被提升到上尉。唐太斯,你一定要去告诉我叔叔,说陛下还记得他,你将看到那个老兵,被感动得掉眼泪的。好了,好了!”他慈爱地拍拍爱德蒙的肩膀继续说,“你做得很对,唐太斯,你是应该执行莱克勒船长的命令在厄尔巴岛靠一下岸的——但是如果你曾带一包东西给元帅,并还同陛下讲过话的事被人知道的话,那你就会受连累的。”

“我怎么会受连累呢?”唐太斯问。“我连带去的是什么东西根本都不知道,而陛下所问及的,又是一般的人所常问的那些普通问题。哦,对不起,海关关员和卫生部的检查员来了1”说完那青年人就向舷门那儿迎过去了。

他刚离开,腾格拉尔就凑了过来说道:

“哦,看来他已拿出充分的理由来向您解释他为什么在费拉约港靠岸的原因了,是吧?”

“是的,理由很充分,我亲爱的腾格拉尔。”

“哦,那就好,”押运员说,“看到一个同伴工作上不能尽责,心里总是很难受的。”

“唐太斯是尽了责的,”船主说道,“这件事不必多说了,这次耽搁是按莱克勒船长的吩咐做的。”

“说到莱克勒船长,唐太斯没有把一封他的信转给你吗?”

“给我的信?没有呀。有一封信吗?”

“我相信除了那包东西外,莱克勒船长还另有一封信托他转交的。”

“你说的是一包什么东西,腾格拉尔?”

“咦,就是唐太斯在费拉约港留下的那包东西呀。”

“你怎么知道他曾留了一包东西在费拉约港呢?”

经船主这样一问,腾格拉尔的脸顿时涨红了。“那天我经过船长室门口时,那门是半开着的,我便看见船长把那包东西和一封信交给了唐太斯。”

“他没有对我提到这件事,”船主说,“但是如果有信,他一定会交给我的。”

腾格拉尔想了一会儿。“这样的话,莫雷尔先生,请你,”他说,“有关这事,请你别再去问唐太斯了,或许是我弄错了。”

这时,那青年人回来了,腾格拉尔便乘机溜走了。

“喂,我亲爱的唐太斯,你现在没事了吗?”船主问。

“没事了,先生。”

“你回来的挺快呀。”

“是的。我拿了一份我们的进港证给了海关关员,其余的证件,我已交给了领港员,他们已派人和他同去了。”

“那么你在这儿的事都做完了是吗?”

唐太斯向四周看了一眼。

“没事了现在一切都安排妥了。”

“那么你愿意和我一起去共进晚餐吗?”

“请你原谅,莫雷尔先生。我得先去看看我父亲。但对你的盛情我还是非常感激的。”

“没错,唐太斯,真是这样,我早就知道你是一个好儿子。”

“嗯”唐太斯犹豫了一下问道:“你知道我父亲的近况吗?”

“我相信他很好,我亲爱的爱德蒙,不过最近我没见到他。”

“是啊,他老爱把自己关在他那个小屋里。”

“但那至少可以说明,当你不在的时候,他的日子还过得去。”

唐太斯微笑了一下。“我父亲是很要强的,很要面子,先生。即便是他饿肚子没饭吃了,恐怕除了上帝以外,他不会向任何人去乞讨的。”

“那么好吧,你先去看你的父亲吧,我们等着你。”

“我恐怕还得再请你原谅,莫雷尔先生,——因为我看过父亲以后,我还有另外一个地方要去一下。”

“真是的,唐太斯,我怎么给忘记了,在迦泰罗尼亚人那里,还有一个人也象你父亲一样在焦急地期待着你呢,——那可爱的美塞苔丝。”

唐太斯的脸红了。

“哈哈!”船主说,“难怪她到我这儿来了三次,打听法老号有什么消息没有呢。嘻嘻!爱德蒙,你的这位小情妇可真漂亮啊!”

“她不是我的情妇,”青年水手神色庄重严肃地说,“她是我的未婚妻。”

“有时两者是一回事。”莫雷尔微笑着说。

“我们俩可不是这样的,先生。”唐太斯回答。

“得了,得了,我亲爱的爱德蒙,”船主又说,“我不耽搁你了。我的事你办得很出色,我也应该让你有充分的时间去痛快地办一下自己的事了。你要钱用吗?”

“不,先生,我的报酬还都在这儿,——差不多有三个月的薪水呢。”

“你真是一个守规矩的小伙子,爱德蒙。”

“我还有一位可怜的父亲呢,先生。”

“不错,不错,我知道你是一个好儿子。那么去吧,去看你的父亲去吧。我自己也有个儿子,要是他航海三个月回来后,竟还有人阻扰他来看我,我会大大地发火的。”

“那么我可以走了吗,先生?”

“走吧,假如你再没有什么事要跟我说的话。”

“没有了。”

“莱克勒船长临终前,没有托你交一封信给我吗?”

“他当时已经根本不能动笔了,先生。不过,我倒想起了一件事,我还得向你请两星期的假。”

“是去结婚吗?”

“是的,先是去结婚,然后还得到巴黎去一次。”

“好,好。你就离开两个星期吧,唐太斯。反正船上卸货得花六个星期,卸完货以后,还得要过三个月以后才能再出海,你只要在三个月以内回来就行,——因为法老号,”船主拍拍青年水手的背,又说,“没有船长是不能出海的呀。”

“没有船长!”唐太斯眼睛里闪烁着兴奋的光芒,不禁说道,“你说什么呀,你好象窥视到了我心底最秘密的一线希望。你真要任命我做法老号的船长吗?”

“我亲爱的唐太斯,假如我是一人说了就算数的老板,我现在就可任命你,事情也就一言为定了,但你也知道,意大利有一句俗话——谁有了一个合伙人,谁就有了一个主人。但这事至少已成功一半了,因为在两张投票之中,你已经得到了一标。让我去把另外那一票也为你争取过来吧,我尽力办到。”

“啊,莫雷尔先生,”青年水手的眼睛里含着泪水,紧握住船主的手喊道——“莫雷尔先生,我代表我父亲和美塞苔丝谢谢你了。”

“好了,好了,爱德蒙,别提了,上天保佑好心人!快到你父亲那儿去吧,快去看看美塞苔丝吧,然后再到我这儿来。”

“我把您送上岸好吗?”

“不用了,谢谢你。我还得留下来和腾格拉尔核对一下帐目。你在这次航行里对他还满意吗?”

“那得看您这个问题是指哪一方面了,先生。假如您的意思是问,他是不是一个好伙计?那么我要说不是,因为自从那次我傻里傻气地和他吵了一次架以后,我曾向他提议在基督山岛上停留十分钟以消除不愉快,我想他从那以后开始讨厌我了——那次的事我本来就不该提那个建议,而他拒绝我也是很对的。假如你的问题是指他做押运员是否称职,那我就说他是无可挑剔的,对他的工作你会满意的。”

“但你要告诉我,唐太斯,假如由你来负责法老号,你愿意把腾格拉尔留在船上吗?”

“莫雷尔先生,”唐太斯回答道,“无论我做船长也好,做大副也好,凡是那些能获得我们船主信任的人,我对他们总是极尊重的。”

“好,好,唐太斯!我看你在各个方面都是好样的。别让我再耽误你了,快去吧,我看你已有些急不可耐啦。”

“那么我可以走了吗?”

“快走吧。我已经说过了。”

“我可以借用一下您的小艇吗?”

“当然可以。”

“那么,莫雷尔先生,再会吧。再一次多谢啦!”

“我希望不久能再看到你,我亲爱的爱德蒙。祝你好运!”

青年水手跳上了小艇,坐在船尾,吩咐朝卡纳比埃尔街划去。两个水手即刻划动起来,小船就飞快地在那从港口直到奥尔兰码头的千百只帆船中间穿梭过去。

船主微笑着目送着他,直到他上了岸,消失在卡纳比埃尔街上的人流里。这条街从清晨五点钟直到晚上九点钟都拥挤着川流不息的人群。卡纳比埃尔街是马赛最有名的街道,马赛的居民很以它为自豪,他们甚至煞有其事地庄重地宣称:“假如巴黎也有一条卡纳比埃尔街,那巴黎就可称为小马赛了。”

船主转过身来时,看见腾格拉尔正站在他背后。腾格拉尔表面上看似在等候他的吩咐,实际上却象他一样,在用目光遥送那青年水手。这两个人虽然都在注视着爱德蒙•唐太斯,但两个人目光里的神情和含义却大不相同。




II Le père et le fils.

Laissons Danglars, aux prises avec le génie de la haine, essayer de souffler contre son camarade quelque maligne supposition à l'oreille de l'armateur, et suivons Dantès, qui, après avoir parcouru la Canebière dans toute sa longueur, prend la rue de Noailles, entre dans une petite maison située du côté gauche des Allées de Meilhan, monte vivement les quatre étages d'un escalier obscur, et, se retenant à la rampe d'une main, comprimant de l'autre les battements de son cœur, s'arrête devant une porte entre baillée, qui laisse voir jusqu'au fond d'une petite chambre.

Cette chambre était celle qu'habitait le père de Dantès.

La nouvelle de l'arrivée du Pharaon n'était encore parvenue au vieillard, qui s'occupait, monté sur une chaise, à palissader d'une main tremblante quelques capucines mêlées de clématites, qui montaient en grimpant le long du treillage de sa fenêtre.

Tout à coup il se sentit prendre à bras-le-corps, et une voix bien connue s'écria derrière lui:

«Mon père, mon bon père!»

Le vieillard jeta un cri et se retourna; puis, voyant son fils, il se laissa aller dans ses bras, tout tremblant et tout pâle.

«Qu'as-tu donc, père? s'écria le jeune homme inquiet; serais-tu malade?

—Non, non, mon cher Edmond, mon fils, mon enfant, non; mais je ne t'attendais pas, et la joie, le saisissement de te revoir ainsi à l'improviste... mon Dieu! il me semble que je vais mourir!

—Eh bien, remets-toi donc, père! c'est moi, bien moi! On dit toujours que la joie ne fait pas mal, et voilà pourquoi je suis entré ici sans préparation. Voyons, souris-moi, au lieu de me regarder comme tu le fais, avec des yeux égarés. Je reviens et nous allons être heureux.

—Ah! tant mieux, garçon! reprit le vieillard, mais comment allons-nous être heureux? tu ne me quittes donc plus? Voyons, conte-moi ton bonheur.

—Que le Seigneur me pardonne, dit le jeune homme, de me réjouir d'un bonheur fait avec le deuil d'une famille! Mais Dieu sait que je n'eusse pas désiré ce bonheur; il arrive, et je n'ai pas la force de m'en affliger: le brave capitaine Leclère est mort, mon père, et il est probable que, par la protection de M. Morrel, je vais avoir sa place. Comprenez-vous, mon père? capitaine à vingt ans! avec cent louis d'appointements et une part dans les bénéfices! n'est-ce pas plus que ne pouvait vraiment l'espérer un pauvre matelot comme moi?

—Oui, mon fils, oui, en effet, dit le vieillard, c'est heureux.

—Aussi je veux que du premier argent que je toucherai vous ayez une petite maison, avec un jardin pour planter vos clématites, vos capucines et vos chèvrefeuilles.... Mais, qu'as-tu donc, père, on dirait que tu te trouves mal?

—Patience, patience! ce ne sera rien.»

Et, les forces manquant au vieillard, il se renversa en arrière.

«Voyons! voyons! dit le jeune homme, un verre de vin, mon père; cela vous ranimera; où mettez-vous votre vin?

—Non, merci, ne cherche pas; je n'en ai pas besoin, dit le vieillard essayant de retenir son fils.

—Si fait, si fait, père, indiquez-moi l'endroit.»

Et il ouvrit deux ou trois armoires.

«Inutile... dit le vieillard, il n'y a plus de vin.

—Comment, il n'y a plus de vin! dit en pâlissant à son tour Dantès, regardant alternativement les joues creuses et blêmes du vieillard et les armoires vides, comment, il n'y a plus de vin! Auriez-vous manqué d'argent, mon père?

—Je n'ai manqué de rien, puisque te voilà, dit le vieillard.

—Cependant, balbutia Dantès en essuyant la sueur qui coulait de son front, cependant je vous avais laissé deux cents francs, il y a trois mois, en partant.

—Oui, oui, Edmond, c'est vrai; mais tu avais oublié en partant une petite dette chez le voisin Caderousse; il me l'a rappelée, en me disant que si je ne payais pas pour toi il irait se faire payer chez M. Morrel. Alors, tu comprends, de peur que cela te fît du tort....

—Eh bien?

—Eh bien, j'ai payé, moi.

—Mais, s'écria Dantès, c'était cent quarante francs que je devais à Caderousse!

—Oui, balbutia le vieillard.

—Et vous les avez donnés sur les deux cent francs que je vous avais laissés?»

Le vieillard fit un signe de tête.

«De sorte que vous avez vécu trois mois avec soixante francs! murmura le jeune homme.

—Tu sais combien il me faut peu de chose, dit vieillard.

—Oh! mon Dieu, mon Dieu, pardonnez-moi! s'écria Edmond en se jetant à genoux devant le bonhomme.

—Que fais-tu donc?

—Oh! vous m'avez déchiré le cœur.

—Bah! te voilà, dit le vieillard en souriant; maintenant tout est oublié, car tout est bien.

—Oui, me voilà, dit le jeune homme, me voilà avec un bel avenir et un peu d'argent. Tenez, père, dit-il, prenez, prenez, et envoyez chercher tout de suite quelque chose.»

Et il vida sur la table ses poches, qui contenaient une douzaine de pièces d'or, cinq ou six écus de cinq francs et de la menue monnaie.

Le visage du vieux Dantès s'épanouit.

«À qui cela? dit-il.

—Mais, à moi!... à toi!... à nous!... Prends, achète des provisions, sois heureux, demain il y en a d'autres.

—Doucement, doucement, dit le vieillard en souriant; avec ta permission, j'userai modérément de la bourse: on croirait, si l'on me voyait acheter trop de choses à la fois, que j'ai été obligé d'attendre le retour pour les acheter.

—Fais comme tu voudras; mais, avant toutes choses, prends une servante, père; je ne veux pas que tu restes seul. J'ai du café de contrebande et d'excellent tabac dans un petit coffre de la cale, tu l'auras dès demain. Mais chut! voici quelqu'un.

—C'est Caderousse qui aura appris ton arrivée, et qui vient sans doute te faire son compliment de bon retour.

—Bon, encore des lèvres qui disent une chose tandis que le cœur en pense une autre, murmura Edmond; mais, n'importe, c'est un voisin qui nous a rendu service autrefois, qu'il soit le bienvenu.»

En effet, au moment où Edmond achevait la phrase à voix basse, on vit apparaître encadrée par la porte du palier, la tête noire et barbue de Caderousse. C'était un homme de vingt-cinq à vingt-six ans; il tenait à sa main un morceau de drap, qu'en sa qualité de tailleur il s'apprêtait à changer en un revers d'habit.

«Eh! te voilà donc revenu, Edmond? dit-il avec un accent marseillais des plus prononcés et avec un large sourire qui découvrait ses dents blanches comme de l'ivoire.

—Comme vous voyez, voisin Caderousse, et prêt à vous être agréable en quelque chose que ce soit, répondit Dantès en dissimulant mal sa froideur sous cette offre de service.

—Merci, merci; heureusement, je n'ai besoin de rien, et ce sont même quelquefois les autres qui ont besoin de moi. (Dantès fit un mouvement.) Je ne te dis pas cela pour toi, garçon; je t'ai prêté de l'argent, tu me l'as rendu; cela se fait entre bons voisins, et nous sommes quittes.

—On n'est jamais quitte envers ceux qui nous ont obligés, dit Dantès, car lorsqu'on ne leur doit plus l'argent, on leur doit la reconnaissance.

—À quoi bon parler de cela! Ce qui est passé est passé. Parlons de ton heureux retour, garçon. J'étais donc allé comme cela sur le port pour rassortir du drap marron, lorsque je rencontrai l'ami Danglars.

«—Toi, à Marseille?

«—Eh oui, tout de même, me répondit-il.

«—Je te croyais à Smyrne.

«—J'y pourrais être, car j'en reviens.

«—Et Edmond, où est-il donc, le petit?

«—Mais chez son père, sans doute, répondit Danglars; et alors je suis venu, continua Caderousse, pour avoir le plaisir de serrer la main à un ami.

—Ce bon Caderousse, dit le vieillard, il nous aime tant.

—Certainement que je vous aime, et que je vous estime encore, attendu que les honnêtes gens sont rares! Mais il paraît que tu deviens riche, garçon?» continua le tailleur en jetant un regard oblique sur la poignée d'or et d'argent que Dantès avait déposée sur la table.

Le jeune homme remarqua l'éclair de convoitise qui illumina les yeux noirs de son voisin.

«Eh! mon Dieu! dit-il négligemment, cet argent n'est point à moi; je manifestais au père la crainte qu'il n'eût manqué de quelque chose en mon absence, et pour me rassurer, il a vidé sa bourse sur la table. Allons, père, continua Dantès, remettez cet argent dans votre tirelire; à moins que le voisin Caderousse n'en ait besoin à son tour, auquel cas il est bien à son service.

—Non pas, garçon, dit Caderousse, je n'ai besoin de rien, et, Dieu merci l'état nourrit son homme. Garde ton argent, garde: on n'en a jamais de trop; ce qui n'empêche pas que je ne te sois obligé de ton offre comme si j'en profitais.

—C'était de bon cœur, dit Dantès.

—Je n'en doute pas. Eh bien, te voilà donc au mieux avec M. Morrel, câlin que tu es?

—M. Morrel a toujours eu beaucoup de bonté pour moi, répondit Dantès.

—En ce cas, tu as tort de refuser son dîner.

—Comment, refuser son dîner? reprit le vieux Dantès; il t'avait donc invité à dîner?

—Oui, mon père, reprit Edmond en souriant de l'étonnement que causait à son père l'excès de l'honneur dont il était l'objet.

—Et pourquoi donc as-tu refusé, fils? demanda le vieillard.

—Pour revenir plus tôt près de vous, mon père, répondit le jeune homme; j'avais hâte de vous voir.

—Cela l'aura contrarié, ce bon M. Morrel, reprit Caderousse; et quand on vise à être capitaine, c'est un tort que de contrarier son armateur.

—Je lui ai expliqué la cause de mon refus, reprit Dantès, et il l'a comprise, je l'espère.

—Ah! c'est que, pour être capitaine, il faut un peu flatter ses patrons.

—J'espère être capitaine sans cela, répondit Dantès.

—Tant mieux, tant mieux! cela fera plaisir à tous les anciens amis, et je sais quelqu'un là-bas, derrière la citadelle de Saint-Nicolas, qui n'en sera pas fâché.

—Mercédès? dit le vieillard.

—Oui, mon père, reprit Dantès, et, avec permission, maintenant que je vous ai vu, maintenant que je sais que vous vous portez bien et que vous avez tout ce qu'il vous faut, je vous demanderai la permission d'aller faire visite aux Catalans.

—Va, mon enfant, dit le vieux Dantès, et que Dieu te bénisse dans ta femme comme il m'a béni dans mon fils.

—Sa femme! dit Caderousse; comme vous y allez, père Dantès! elle ne l'est pas encore, ce me semble!

—Non; mais, selon toute probabilité, répondit Edmond, elle ne tardera pas à le devenir.

—N'importe, n'importe, dit Caderousse, tu as bien fait de te dépêcher, garçon.

—Pourquoi cela?

—Parce que la Mercédès est une belle fille, et que les belles filles ne manquent pas d'amoureux; celle-là surtout, ils la suivent par douzaines.

—Vraiment, dit Edmond avec un sourire sous lequel perçait une légère nuance d'inquiétude.

—Oh! oui, reprit Caderousse, et de beaux partis même; mais, tu comprends, tu vas être capitaine, on n'aura garde de te refuser, toi!

—Ce qui veut dire, reprit Dantès avec un sourire qui dissimulait mal son inquiétude, que si je n'étais pas capitaine....

—Eh! eh! fit Caderousse.

—Allons, allons, dit le jeune homme, j'ai meilleure opinion que vous des femmes en général, et de Mercédès en particulier, et, j'en suis convaincu, que je sois capitaine ou non, elle me restera fidèle.

—Tant mieux! tant mieux! dit Caderousse, c'est toujours, quand on va se marier, une bonne chose que d'avoir la foi, mais, n'importe; crois-moi, garçon, ne perds pas de temps à aller lui annoncer ton arrivée et à lui faire part de tes espérances.

—J'y vais», dit Edmond.

Il embrassa son père, salua Caderousse d'un signe et sortit. Caderousse resta un instant encore; puis, prenant congé du vieux Dantès, il descendit à son tour et alla rejoindre Danglars, qui l'attendait au coin de la rue Senac.

—Eh bien, dit Danglars, l'as-tu vu?

—Je le quitte, dit Caderousse.

—Et t'a-t-il parlé de son espérance d'être capitaine?

—Il en parle comme s'il l'était déjà.

—Patience! dit Danglars, il se presse un peu trop, ce me semble.

—Dame! il paraît que la chose lui est promise par M. Morrel.

—De sorte qu'il est bien joyeux?

—C'est-à-dire qu'il en est insolent; il m'a déjà fait ses offres de service comme si c'était un grand personnage; il m'a offert de me prêter de l'argent comme s'il était un banquier.

—Et vous avez refusé?

—Parfaitement; quoique j'eusse bien pu accepter, attendu que c'est moi qui lui ai mis à la main les premières pièces blanches qu'il a maniées. Mais maintenant M. Dantès n'aura plus besoin de personne, il va être capitaine.

—Bah! dit Danglars, il ne l'est pas encore.

—Ma foi, ce serait bien fait qu'il ne le fût pas, dit Caderousse, ou sans cela il n'y aura plus moyen de lui parler.

—Que si nous le voulons bien, dit Danglars, il restera ce qu'il est, et peut-être même deviendra moins qu'il n'est.

—Que dis-tu?

—Rien, je me parle à moi-même. Et il est toujours amoureux de la belle Catalane?

—Amoureux fou. Il y est allé; mais ou je me trompe fort, ou il aura du désagrément de ce côté-là.

—Explique-toi.

—À quoi bon?

—C'est plus important que tu ne crois. Tu n'aimes pas Dantès, hein?

—Je n'aime pas les arrogants.

—Eh bien, alors! dis-moi ce que tu sais relativement à la Catalane.

—Je ne sais rien de bien positif; seulement j'ai vu des choses qui me font croire, comme je te l'ai dit, que le futur capitaine aura du désagrément aux environs du chemin des Vieilles-Infirmeries.

—Qu'as-tu vu? allons, dis.

—Eh bien, j'ai vu que toutes les fois que Mercédès vient en ville, elle y vient accompagnée d'un grand gaillard de Catalan à l'œil noir, à la peau rouge, très brun, très ardent, et qu'elle appelle mon cousin.

—Ah! vraiment! et crois-tu que ce cousin lui fasse la cour?

—Je le suppose: que diable peut faire un grand garçon de vingt et un ans à une belle fille de dix-sept?

—Et tu dis que Dantès est allé aux Catalans?

—Il est parti devant moi.

—Si nous allions du même côté, nous nous arrêterions à la Réserve, et, tout en buvant un verre de vin de La Malgue, nous attendrions des nouvelles.

—Et qui nous en donnera?

—Nous serons sur la route, et nous verrons sur le visage de Dantès ce qui se sera passé.

—Allons, dit Caderousse; mais c'est toi qui paies?

—Certainement,» répondit Danglars.

Et tous deux s'acheminèrent d'un pas rapide vers l'endroit indiqué. Arrivés là, ils se firent apporter une bouteille et deux verres. Le père Pamphile venait de voir passer Dantès il n'y avait pas dix minutes. Certains que Dantès était aux Catalans, ils s'assirent sous le feuillage naissant des platanes et des sycomores, dans les branches desquels une bande joyeuse d'oiseaux chantaient un des premiers beaux jours de printemps.

 

第二章 父与子

我们暂且先放下不谈腾格拉尔如何怀着仇恨,竭力在船主莫雷尔的耳边讲他的同伴的坏话的。且说唐太斯横过了卡纳比埃尔街,顺着诺埃尹街转入梅兰巷,走进了靠左边的一家小房子里。他在黑暗的楼梯上一手扶着栏杆,一手按在他那狂跳的心上,急急地奔上了四层楼梯。他在一扇半开半掩的门前停了下来,那半开的门里是一个小房间。

唐太斯的父亲就住在这个房间里。法老号到港的消息老人还不知道。这时他正踩在一张椅子上,用颤抖的手指在窗口绑扎牵牛花和萎草花,想编成一个花棚。突然他觉得一只手臂拦腰抱住了他,随即一个熟悉的声音在耳边喊起来,“父亲!亲爱的父亲!”

老人惊叫了一声,转过身来,一看是自己的儿子,就颤巍巍地脸色惨白地倒在了他的怀抱中。

“你怎么啦,我最亲爱的父亲!你病了吗?”青年吃惊地问。

“不,不,我亲爱的爱德蒙——我的孩子——我的宝贝!不,我没想到你回来了。我真太高兴了,这样突然的看见你太让我激动了——天哪,我觉得我都快要死了。”

“高兴点,亲爱的父亲!是我——真的是我!人们都说高兴绝不会有伤身体的,所以我就偷偷的溜了进来。嗨!对我笑笑,不要拿这种疑惑的眼光看我呀。是我回来啦,我们现在要过快活的日子了。”

“孩子,我们要过快活的日子,——我们要过快活的日子,”老人说道。“但我们怎么才能快活呢?难道你会永远不再离开我了吗?来,快告诉我你交了什么好运了?”

“愿上帝宽恕我:我的幸福是建立在另一家人丧亲的痛苦上的,但上帝知道我并不是自己要这样的。事情既然已经发生了,我实在无法装出那种悲哀的样子。父亲,我们那位好心的船长莱克勒先生他死了,承蒙莫雷尔先生的推荐,我极有可能接替他的位置。你懂吗,父亲?想想看,我二十岁就能当上船长,薪水是一百金路易 【法国金币名。——译注】,还可以分红利!这可是象我这样的穷水手以前连想都不敢想的呀。”

“是的,我亲爱的孩子,”老人回答说,——“是的,这真是一桩大喜事的。”

“嗯,等我拿到第一笔钱时,我就为你买一所房子,要带花园的,你可以在里面种种牵牛花,萎草花和皂荚花什么的。你怎么了,父亲,你不舒服吗?”

“没什么,没什么,就会好的。”老人说着,终因年老体衰,力不从心,倒在了椅子里。

“来,来,”青年说,“喝点酒吧,父亲,你就会好的。你把酒放在哪儿了?”

“不,不用了,谢谢。你不用找了,我不喝。”老人说。

“喝,一定要喝父亲,告诉我酒在什么地方?”唐太斯一面说着,一面打开了两三个碗柜。

“你找不到的,”老人说,“没有酒了。”

“什么!没有酒了?”唐太斯说,他的脸色渐渐变白了,看着老人那深陷的双颊,又看看那空空的碗柜——“什么!没有酒了?父亲,你缺钱用吗?”

“我只要见到了你,就什么都不缺了。”老人说。

“可是,”唐太斯擦了一把额头上的冷汗,嗫嚅地说,——“可是三个月前我临走的时候给你留下过两百法郎呀。”

“是的,是的,爱德蒙,一点儿不错。但你当时忘了你还欠我们邻居卡德鲁斯一笔小债。他跟我提起了这件事,对我说,假如我不代你还债,他就会去找莫雷尔先生,去向他讨还,所以,为了免得你受影响……”

“那么?”

“哪,我就把钱还给他了。”

“可是,”唐太斯叫了起来,“我欠了卡德鲁斯一百四十法朗埃!”

“不错。”老人呐呐地说。

“那就是说你就从我留给你的两百法朗里抽出来还了他了?”

老人做了一个肯定的表示。

“这么说,三个月来你就只靠六十个法朗来维持生活!”青年自言自语地说。

“你知道我花销不大。”老人说。

“噢,上帝饶恕我吧!”爱德蒙哭着跪到了老人的面前。

“你这是怎么了?”

“你使我感到太伤心了!”

“这没什么,孩子。”老人说,“我一看到你,就什么都忘了,现在一切都好了。”

“是啊,我回来了,”青年说,“带着一个幸福远大的前程和一点钱回来了。看,父亲,看!”他说,“拿着吧——拿着,赶快叫人去买点东西。”说着他翻开口袋,把钱全倒在桌子上,一共有十几块金洋,五六块艾居 【法国银币名。——译注】和一些小零币。老唐太斯的脸上顿时展开了笑容。

“这些钱是谁的?”他问。

“是我的!你的!我们的!拿着吧,去买些吃的东西。快活些,明天我们还会有更多的。”

“小声点,轻点声,”老人微笑着说。”我还是把你的钱节省点用吧——因为大家要是看见我一次买了那么多的东西,就会说我非得等着你回来才能买得起那些东西。”

“随你便吧,但最重要的,父亲,该先雇一个佣人。我决不再让你独自一个人长期孤零零地生活了。我私下带了一些咖啡和上等烟草,现在都放在船上的小箱子里,明天早晨我就可以拿来给你了。嘘,别出声!有人来了。”

“是卡德鲁斯,他一定是听到了你回来的消息,知道你交了好运了,来向你道贺的。”

“哼!口是心非的家伙,”爱德蒙轻声说道。“不过,他毕竟是我们的邻居,而且还帮过我们的忙,所以我们还是应该表示欢迎的。”

爱德蒙的这句话刚轻声讲完,卡德鲁斯那个黑发蓬松的头便出现在门口。他看上去约莫二十五六岁,手里拿着一块布料,他原是一个裁缝,这块布料是他预备拿来做衣服的衬里用的。

“怎么!真是你回来了吗,爱德蒙?”他带着很重的马赛口音开口说道,露出满口白得如象牙一样的牙齿笑着。

“是的,我回来了,卡德鲁斯邻居,我正准备着想使你高兴一下呢。”唐太斯回答道,答话虽彬彬有礼,却仍掩饰不住他内心的冷淡。

“谢谢,谢谢,不过幸亏我还不需要什么。倒是有时人家需要我的帮忙呢。”唐太斯不觉动了一下。“我不是指你,我的孩子。不,不!我借钱给你,你还了我。好邻居之间这种事是常有的,我们已经两清了。”

“我们对那些帮助过我们的人是永远忘不了的。”唐太斯说,“因为我们虽还清了他们的钱,却还不清负他们的情的。”

“还提它干什么?过去的都过去了。让我们来谈谈你这次幸运的归来的事儿吧,孩子。我刚才到码头上去配一块细花布,碰到了我们的朋友腾格拉尔。‘怎么!你也在马赛呀!’我当时就喊了出来。他说:‘是呀。’‘我还以为你在士麦拿呢。’‘不错,我去过那儿,但现在又回来了。’‘我那亲爱的小家伙爱德蒙他在哪儿,’我问他。腾格拉尔就回答说:‘一定在他父亲那儿。’所以我就急忙跑来了,”卡德鲁斯接着说,“来高高兴兴地和老朋友握手。”

“好心的卡德鲁斯!”老人说,“他待我们多好啊!”

“是呀,我当然要这样的,我爱你们,并且敬重你们,天底下好人可不多啊!我的孩子,你好象是发了财回来啦。”裁缝一面说,一面斜眼看着唐太斯抛在桌子上的那一把金币和银币。

青年看出了从他邻居那黑眼睛里流露出的贪婪的目光。

他漫不经心地说,“这些钱不是我的,父亲看出我担心,他当我不在的时候缺钱用,为了让我放心,就把他钱包里的钱都倒在桌子上给我看。来吧,父亲。”唐太斯接着说,“快把这些钱收回到你的箱子里去吧,——除非我们的邻居卡德鲁斯要用,我们倒是乐意帮这个忙的。”

“不,孩子,不,”卡德鲁斯说,“我根本不需要,干我这行够吃的了。把你的钱收起来吧,——我说。一个人的钱不一定非得很多,我虽用不上你的钱,但对你的好意我还是很感激的。”

“我可是真心的呀。”唐太斯说。

“那当然,那当然。唔,我听说你和莫雷尔先生的关系不错,你这只得宠的小狗!”

“莫雷尔先生待我一直特别友善。”唐太斯回答。

“那么他请你吃饭你不该拒绝他呀。”

“什么!你竟然回绝他请你吃饭?”老唐太斯说。“他邀请过你吃饭吗?”

“是的,我亲爱的父亲。”爱德蒙回答。看到父亲因自己的儿子得到别人的器重而显出惊异的神情,便笑了笑。

“孩子呀,你为什么拒绝呢?”老人问。

“为了快点回来看你呀,我亲爱的父亲,”青年答道,“我太想你了。”

“但你这样做一定会使可敬的莫雷尔先生不高兴的,”卡德鲁斯说。“尤其是当你快要升为船长的时候,是不该在这时得罪船主的。”

“但我已把谢绝的理由向他解释过了,”唐太斯回答,“我想他会谅解的。”

“但是要想当船长,就该对船主恭敬一点才好。”

“我希望不恭顺也能当船长。”唐太斯说。

“那更好,——那更好!你这个消息会让那些老朋友听了都高兴的,我还知道圣•尼古拉堡那边有一个人,听到这个好消息也会高兴的。”

“你是说美塞苔丝吗?”老人说。

“是的,我亲爱的父亲,现在我已经见过了你,知道你很好,并不缺什么,我就放心了。请允许我到迦太罗尼亚人的村里,好吗?”

“去吧,我亲爱的孩子,”老唐太斯说,“望上帝保佑你的妻子,就如同保佑我的儿子一样!”

“他的妻子!”卡德鲁斯说,“你说得太早了点吧,唐太斯老爹。她还没正式成为他的妻子呢。”

“是这样的,但从各方面看,她肯定会成为我妻子的。”爱德蒙回答。

“不错,不错,”卡德鲁斯说,“但你这次回来得很快,做得是对的,我的孩子。”

“你这是什么意思?”

“因为美塞苔丝是一位非常漂亮的姑娘,而漂亮姑娘总是不乏有人追求的。尤其是她,身后有上打的追求者呢。”

“真的吗?”爱德蒙虽微笑着回答,但微笑里却流露出一点的不安。

“啊,是的,“卡德鲁斯又说,“而且都是些条件不错的人呢,但你知道,你就要做船长了,她怎么会拒绝你呢?”

“你是说,“唐太斯问道,他微笑着并没有掩饰住他的焦急,“假如我不是一个船长——”

“唉,唉。”卡德鲁斯说。

“得了,得了,”年轻的唐太斯说:“一般说来,对女人,我可比你了解的得多,尤其是美塞苔丝。我相信,不论我当不当船长,她都是忠诚于我的。”

“那再好也没有了,卡德鲁斯说。“一个人快要结婚的时候,信心十足总是好事。别管这些了,我的孩子,快去报到吧,并把你的希望告诉她。”

“我就去。”爱德蒙回答他,拥抱了一下他的父亲,挥挥手和卡德鲁斯告辞,就走出房间去了。

卡德鲁斯又呆了一会,便离开老唐太斯,下楼去见腾格拉尔,后者正在西纳克街的拐角上等他。

“怎么样,”腾格拉尔说,“你见到他了吗?”

“我刚从他那儿来。”

“他提到他希望做船长的事了吗?”

“他说的若有其事,那口气就好象事情已经决定了似的。”

“别忙!”腾格拉尔说,“依我看,他未免太心急了”。

“怎么,这件事莫雷尔先生好象已经答应他了啦。”

“这么说他已经在那儿自鸣得意了吗?”

“他简直骄傲得很,已经要来关照我了。好象他是个什么大人物似的,而且还要借钱给我,好象是一个银行家。”

“你拒绝了吗?”

“当然,虽然我即便是接受了也问心无愧,因为他第一次摸到发亮的银币,还是我放到他手里的。但现在唐太斯先生已不再要人帮忙了,他就要做船长了。”

“呸!”腾格拉尔说,“他现在还没有做成呢。”

“他还是做不成的好,”卡德鲁斯回答,“不然我们就别想再跟他说上话了。”

“假如我们愿意可以还让他爬上去,”腾格拉尔答道,“他爬不上去,或许不如现在呢。”

“你这话是什么意思?”

“没什么,我不过自己这么说着玩儿罢了。他还爱着那个漂亮的迦太尼亚小妞吗?”

“简直爱得发疯了,但除非是我弄错了,在这方面他可能要遇到点麻烦了。”

“你说清楚点。”

“我干吗要说清楚呢?”

“这件事或许比你想象得还要重要,你不喜欢唐太斯对吧?”

“我一向不喜欢目空一切的人。”

“那么关于迦太罗尼亚人的事,把你所知道的都告诉我吧。”

“我所知道的可都不怎么确切,只是就我亲眼见的来说,我猜想那位未来的船长会在老医务所路附近。”

“你知道些什么事,告诉我!”

“是这样的,我每次看见美塞苔丝进城时,总有一个身材魁梧高大的迦太罗尼亚小伙子陪着她,那个人有一对黑色的眼睛,肤色褐中透红,很神气很威武,她叫他表哥。”

“真的!那么你认为这位表兄在追求她吗?”

“我只是这么想。一个身材魁梧的二十几岁的小伙子,对一个漂亮的十七岁的少女还能有什么别的想法呢?”

“你说唐太斯已到迦太罗尼亚人那儿去了吗”?

“我没有下楼他就去了。”

“那我们就到这条路上去吧,我们可以在瑞瑟夫酒家那儿等着,一面喝拉玛尔格酒,一面听听消息。”

“谁向我们通消息呢?”

“我们在半路上等着他呀,看一下他的神色怎么样,就知道了。”

“走吧,”卡德鲁斯说,“但话说在前面,你来付酒钱。”

“那当然,”腾格拉尔说道。他们快步走向约定的地点,要了瓶酒。

邦非尔老爹看见唐太斯在十分钟以前刚刚过去。他们既确知了他还在迦太罗尼亚人的村里。便在长着嫩叶的梧桐树下和大枫树底下坐下来。头上的树枝间,小鸟们正在动人地合唱着,歌唱春天的好时光。




III Les Catalans.

À cent pas de l'endroit où les deux amis, les regards à l'horizon et l'oreille au guet, sablaient le vin pétillant de La Malgue, s'élevait, derrière une butte nue et rongée par le soleil et le mistral, le village des Catalans.

Un jour, une colonie mystérieuse partit de l'Espagne et vint aborder à la langue de terre où elle est encore aujourd'hui. Elle arrivait on ne savait d'où et parlait une langue inconnue. Un des chefs, qui entendait le provençal, demanda à la commune de Marseille de leur donner ce promontoire nu et aride, sur lequel ils venaient, comme les matelots antiques, de tirer leurs bâtiments. La demande lui fut accordée, et trois mois après, autour des douze ou quinze bâtiments qui avaient amené ces bohémiens de la mer, un petit village s'élevait.

Ce village construit d'une façon bizarre et pittoresque, moitié maure, moitié espagnol, est celui que l'on voit aujourd'hui habité par des descendants de ces hommes, qui parlent la langue de leurs pères. Depuis trois ou quatre siècles, ils sont encore demeurés fidèles à ce petit promontoire, sur lequel ils s'étaient abattus, pareils à une bande d'oiseaux de mer, sans se mêler en rien à la population marseillaise, se mariant entre eux, et ayant conservé les mœurs et le costume de leur mère patrie, comme ils en ont conservé le langage.

Il faut que nos lecteurs nous suivent à travers l'unique rue de ce petit village, et entrent avec nous dans une de ces maisons auxquelles le soleil a donné, au-dehors, cette belle couleur feuille morte particulière aux monuments du pays, et, au-dedans, une couche de badigeon, cette teinte blanche qui forme le seul ornement des posadas espagnoles.

Une belle jeune fille aux cheveux noirs comme le jais, aux yeux veloutés comme ceux de la gazelle, tenait debout, adossée à une cloison, et froissait entre ses doigts effilés et d'un dessin antique une bruyère innocente dont elle arrachait les fleurs, et dont les débris jonchaient déjà le sol; en outre, ses bras nus jusqu'au coude, ses bras brunis, mais qui semblaient modelés sur ceux de la Vénus d'Arles, frémissaient d'une sorte d'impatience fébrile, et elle frappait la terre de son pied souple et cambré, de sorte que l'on entrevoyait la forme pure, fière et hardie de sa jambe, emprisonnée dans un bas de coton rouge à coins gris et bleus.

À trois pas d'elle, assis sur une chaise qu'il balançait d'un mouvement saccadé, appuyant son coude à un vieux meuble vermoulu, un grand garçon de vingt à vingt-deux ans la regardait d'un air où se combattaient l'inquiétude et le dépit; ses yeux interrogeaient, mais le regard ferme et fixe de la jeune fille dominait son interlocuteur.

«Voyons, Mercédès, disait le jeune homme, voici Pâques qui va revenir, c'est le moment de faire une noce, répondez-moi!

—Je vous ai répondu cent fois, Fernand, et il faut en vérité que vous soyez bien ennemi de vous-même pour m'interroger encore!

—Eh bien, répétez-le encore, je vous en supplie, répétez-le encore pour que j'arrive à le croire. Dites-moi pour la centième fois que vous refusez mon amour, qu'approuvait votre mère; faites-moi bien comprendre que vous vous jouez de mon bonheur, que ma vie et ma mort ne sont rien pour vous. Ah! mon Dieu, mon Dieu! avoir rêvé dix ans d'être votre époux, Mercédès, et perdre cet espoir qui était le seul but de ma vie!

—Ce n'est pas moi du moins qui vous ai jamais encouragé dans cet espoir, Fernand, répondit Mercédès; vous n'avez pas une seule coquetterie à me reprocher à votre égard. Je vous ai toujours dit: «Je vous aime comme un frère, mais n'exigez jamais de moi autre chose que cette amitié fraternelle, car mon cœur est à un autre.» Vous ai-je toujours dit cela, Fernand?

—Oui, je le sais bien, Mercédès, répondit le jeune homme; oui, vous vous êtes donné, vis-à-vis de moi, le cruel mérite de la franchise; mais oubliez-vous que c'est parmi les Catalans une loi sacrée de se marier entre eux?

—Vous vous trompez, Fernand, ce n'est pas une loi, c'est une habitude, voilà tout; et, croyez-moi, n'invoquez pas cette habitude en votre faveur. Vous êtes tombé à la conscription, Fernand; la liberté qu'on vous laisse, c'est une simple tolérance; d'un moment à l'autre vous pouvez être appelé sous les drapeaux. Une fois soldat, que ferez-vous de moi, c'est-à-dire d'une pauvre fille orpheline, triste, sans fortune, possédant pour tout bien une cabane presque en ruine, où pendent quelques filets usés, misérable héritage laissé par mon père à ma mère et par ma mère à moi? Depuis un an qu'elle est morte, songez donc, Fernand, que je vis presque de la charité publique! Quelquefois vous feignez que je vous suis utile, et cela pour avoir le droit de partager votre poche avec moi; et j'accepte, Fernand, parce que vous êtes le fils d'un frère de mon père, parce que nous avons été élevés ensemble et plus encore parce que, par-dessus tout, cela vous ferait trop de peine si je vous refusais. Mais je sens bien que ce poisson que je vais vendre et dont je tire l'argent avec lequel j'achète le chanvre que je file, je sens bien, Fernand, que c'est une charité.

—Et qu'importe, Mercédès, si, pauvre et isolée que vous êtes, vous me convenez ainsi mieux que la fille du plus fier armateur ou du plus riche banquier de Marseille! À nous autres, que nous faut-il? Une honnête femme et une bonne ménagère. Où trouverais-je mieux que vous sous ces deux rapports?

—Fernand, répondit Mercédès en secouant la tête, on devient mauvaise ménagère et on ne peut répondre de rester honnête femme lorsqu'on aime un autre homme que son mari. Contentez-vous de mon amitié, car, je vous le répète, c'est tout ce que je puis vous promettre, et je ne promets que ce que je suis sûre de pouvoir donner.

—Oui, je comprends, dit Fernand; vous supportez patiemment votre misère, mais vous avez peur de la mienne. Eh bien, Mercédès, aimé de vous, je tenterai la fortune; vous me porterez bonheur, et je deviendrai riche: je puis étendre mon état de pêcheur; je puis entrer comme commis dans un comptoir; je puis moi-même devenir marchand!

—Vous ne pouvez rien tenter de tout cela, Fernand; vous êtes soldat, et si vous restez aux Catalans, c'est parce qu'il n'y a pas de guerre. Demeurez donc pêcheur; ne faites point de rêves qui vous feraient paraître la réalité plus terrible encore, et contentez-vous de mon amitié, puisque je ne puis vous donner autre chose.

—Eh bien, vous avez raison, Mercédès, je serai marin; j'aurai, au lieu du costume de nos pères que vous méprisez, un chapeau verni, une chemise rayée et une veste bleue avec des ancres sur les boutons. N'est-ce point ainsi qu'il faut être habillé pour vous plaire?

—Que voulez-vous dire? demanda Mercédès en lançant un regard impérieux, que voulez-vous dire? Je ne vous comprends pas.

—Je veux dire, Mercédès, que vous n'êtes si dure et si cruelle pour moi que parce que vous attendez quelqu'un qui est ainsi vêtu. Mais celui que vous attendez est inconstant peut-être, et, s'il ne l'est pas, la mer l'est pour lui.

—Fernand, s'écria Mercédès, je vous croyais bon et je me trompais! Fernand, vous êtes un mauvais cœur d'appeler à l'aide de votre jalousie les colères de Dieu! Eh bien, oui, je ne m'en cache pas, j'attends et j'aime celui que vous dites, et s'il ne revient pas, au lieu d'accuser cette inconstance que vous invoquez, vous, je dirai qu'il est mort en m'aimant.»

Le jeune Catalan fit un geste de rage.

«Je vous comprends, Fernand: vous vous en prendrez à lui de ce que je ne vous aime pas; vous croiserez votre couteau catalan contre son poignard! À quoi cela vous avancera-t-il? À perdre mon amitié si vous êtes vaincu, à voir mon amitié se changer en haine si vous êtes vainqueur. Croyez-moi, chercher querelle à un homme est un mauvais moyen de plaire à la femme qui aime cet homme. Non, Fernand, vous ne vous laisserez point aller ainsi à vos mauvaises pensées. Ne pouvant m'avoir pour femme, vous vous contenterez de m'avoir pour amie et pour sœur; et d'ailleurs, ajouta-t-elle, les yeux troublés et mouillés de larmes, attendez, attendez, Fernand: vous l'avez dit tout à l'heure, la mer est perfide, et il y a déjà quatre mois qu'il est parti; depuis quatre mois j'ai compté bien des tempêtes!»

Fernand demeura impassible; il ne chercha pas à essuyer les larmes qui roulaient sur les joues de Mercédès; et cependant, pour chacune de ces larmes, il eût donné un verre de son sang; mais ces larmes coulaient pour un autre.

Il se leva, fit un tour dans la cabane et revint, s'arrêta devant Mercédès, l'œil sombre et les poings crispés.

«Voyons, Mercédès, dit-il, encore une fois répondez: est-ce bien résolu?

—J'aime Edmond Dantès, dit froidement la jeune fille, et nul autre qu'Edmond ne sera mon époux.

—Et vous l'aimerez toujours?

—Tant que je vivrai.»

Fernand baissa la tête comme un homme découragé, poussa un soupir qui ressemblait à un gémissement; puis tout à coup relevant le front, les dents serrées et les narines entrouvertes:

«Mais s'il est mort?

—S'il est mort, je mourrai.

—Mais s'il vous oublie?

—Mercédès! cria une voix joyeuse au-dehors de la maison, Mercédès!

—Ah! s'écria la jeune fille en rougissant de joie et en bondissant d'amour, tu vois bien qu'il ne m'a pas oubliée, puisque le voilà!»

Et elle s'élança vers la porte, qu'elle ouvrit en s'écriant:

«À moi, Edmond! me voici.»

Fernand, pâle et frémissant, recula en arrière comme fait un voyageur à la vue d'un serpent, et rencontrant sa chaise, il y retomba assis.

Edmond et Mercédès étaient dans les bras l'un de l'autre. Le soleil ardent de Marseille, qui pénétrait à travers l'ouverture de la porte, les inondait d'un flot de lumière. D'abord ils ne virent rien de ce qui les entourait. Un immense bonheur les isolait du monde, et ils ne parlaient que par ces mots entrecoupés qui sont les élans d'une joie si vive qu'ils semblent l'expression de la douleur.

Tout à coup Edmond aperçut la figure sombre de Fernand, qui se dessinait dans l'ombre, pâle et menaçante; par un mouvement dont il ne se rendit pas compte lui-même, le jeune Catalan tenait la main sur le couteau passé à sa ceinture.

«Ah! pardon, dit Dantès en fronçant le sourcil à son tour, je n'avais pas remarqué que nous étions trois.»

Puis, se tournant vers Mercédès:

«Qui est ce monsieur? demanda-t-il.

—Monsieur sera votre meilleur ami, Dantès, car c'est mon ami à moi, c'est mon cousin, c'est mon frère; c'est Fernand; c'est-à-dire l'homme qu'après vous, Edmond, j'aime le plus au monde; ne le reconnaissez-vous pas?

—Ah! si fait», dit Edmond.

Et, sans abandonner Mercédès, dont il tenait la main serrée dans une des siennes, il tendit avec un mouvement de cordialité son autre main au Catalan.

Mais Fernand, loin de répondre à ce geste amical, resta muet et immobile comme une statue.

Alors Edmond promena son regard investigateur de Mercédès, émue et tremblante, à Fernand, sombre et menaçant.

Ce seul regard lui apprit tout.

La colère monta à son front.

«Je ne savais pas venir avec tant de hâte chez vous Mercédès, pour y trouver un ennemi.

—Un ennemi! s'écria Mercédès avec un regard de courroux à l'adresse de son cousin; un ennemi chez moi, dis-tu, Edmond! Si je croyais cela, je te prendrais sous le bras et je m'en irais à Marseille, quittant la maison pour n'y plus jamais rentrer.»

L'œil de Fernand lança un éclair.

«Et s'il t'arrivait malheur, mon Edmond, continua-t-elle avec ce même flegme implacable qui prouvait à Fernand que la jeune fille avait lu jusqu'au plus profond de sa sinistre pensée, s'il t'arrivait malheur, je monterais sur le cap de Morgion, et je me jetterais sur les rochers la tête la première.»

Fernand devint affreusement pâle.

«Mais tu t'es trompé, Edmond, poursuivit-elle, tu n'as point d'ennemi ici; il n'y a que Fernand, mon frère, qui va te serrer la main comme à un ami dévoué.»

Et à ces mots, la jeune fille fixa son visage impérieux sur le Catalan, qui, comme s'il eût été fasciné par ce regard, s'approcha lentement d'Edmond et tendit la main.

Sa haine, pareille à une vague impuissante, quoique furieuse, venait se briser contre l'ascendant que cette femme exerçait sur lui.

Mais à peine eut-il touché la main d'Edmond, qu'il sentit qu'il avait fait tout ce qu'il pouvait faire, et qu'il s'élança hors de la maison.

«Oh! s'écriait-il en courant comme un insensé en noyant ses mains dans ses cheveux, oh! qui me délivrera donc de cet homme? Malheur à moi! malheur à moi!

—Eh! le Catalan! eh! Fernand! où cours-tu?» dit une voix.

Le jeune homme s'arrêta tout court, regarda autour de lui, et aperçut Caderousse attablé avec Danglars sous un berceau de feuillage.

«Eh! dit Caderousse, pourquoi ne viens-tu pas? Es-tu donc si pressé que tu n'aies pas le temps de dire bonjour aux amis?

—Surtout quand ils ont encore une bouteille presque pleine devant eux», ajouta Danglars.

Fernand regarda les deux hommes d'un air hébété, et ne répondit rien.

«Il semble tout penaud, dit Danglars, poussant du genou Caderousse: est-ce que nous nous serions trompés, et qu'au contraire de ce que nous avions prévu, Dantès triompherait?

—Dame! il faut voir», dit Caderousse.

Et se retournant vers le jeune homme:

«Eh bien, voyons, le Catalan, te décides-tu?» dit-il.

Fernand essuya la sueur qui ruisselait de son front et entra lentement sous la tonnelle, dont l'ombrage sembla rendre un peu de calme à ses sens et la fraîcheur un peu de bien-être à son corps épuisé.

«Bonjour, dit-il, vous m'avez appelé, n'est-ce pas?»

Et il tomba plutôt qu'il ne s'assit sur un des sièges qui entouraient la table.

«Je t'ai appelé parce que tu courais comme un fou, et que j'ai eu peur que tu n'allasses te jeter à la mer, dit en riant Caderousse. Que diable, quand on a des amis, c'est non seulement pour leur offrir un verre de vin, mais encore pour les empêcher de boire trois ou quatre pintes d'eau.»

Fernand poussa un gémissement qui ressemblait à un sanglot et laissa tomber sa tête sur ses deux poignets, posés en croix sur la table.

«Eh bien, veux-tu que je te dise, Fernand, reprit Caderousse, entamant l'entretien avec cette brutalité grossière des gens du peuple auxquels la curiosité fait oublier toute diplomatie; eh bien, tu as l'air d'un amant déconfit!»

Et il accompagna cette plaisanterie d'un gros rire.

«Bah! répondit Danglars, un garçon taillé comme celui-là n'est pas fait pour être malheureux en amour; tu te moques, Caderousse.

—Non pas, reprit celui-ci; écoute plutôt comme il soupire. Allons, allons, Fernand, dit Caderousse, lève le nez et réponds-nous: ce n'est pas aimable de ne pas répondre aux amis qui nous demandent des nouvelles de notre santé.

—Ma santé va bien, dit Fernand crispant ses poings mais sans lever la tête.

—Ah! vois-tu Danglars, dit Caderousse en faisant signe de l'œil à son ami, voici la chose: Fernand, que tu vois, et qui est un bon et brave Catalan, un des meilleurs pêcheurs de Marseille, est amoureux d'une belle fille qu'on appelle Mercédès; mais malheureusement il paraît que la belle fille, de son coté, est amoureuse du second du Pharaon; et, comme le Pharaon est entré aujourd'hui même dans le port, tu comprends?

—Non, je ne comprends pas, dit Danglars.

—Le pauvre Fernand aura reçu son congé, continua Caderousse.

—Eh bien, après? dit Fernand relevant la tête et regardant Caderousse, en homme qui cherche quelqu'un sur qui faire tomber sa colère; Mercédès ne dépend de personne? n'est-ce pas? et elle est bien libre d'aimer qui elle veut.

—Ah! si tu le prends ainsi, dit Caderousse, c'est autre chose! Moi, je te croyais un Catalan; et l'on m'avait dit que les Catalans n'étaient pas hommes à se laisser supplanter par un rival; on avait même ajouté que Fernand surtout était terrible dans sa vengeance.»

Fernand sourit avec pitié.

«Un amoureux n'est jamais terrible, dit-il.

—Le pauvre garçon! reprit Danglars feignant de plaindre le jeune homme du plus profond de son cœur. Que veux-tu? il ne s'attendait pas à voir revenir ainsi Dantès tout à coup; il le croyait peut-être mort, infidèle, qui sait? Ces choses-là sont d'autant plus sensibles qu'elles nous arrivent tout à coup.

—Ah! ma foi, dans tous les cas, dit Caderousse qui buvait tout en parlant et sur lequel le vin fumeux de La Malgue commençait à faire son effet, dans tous les cas, Fernand n'est pas le seul que l'heureuse arrivée de Dantès contrarie, n'est-ce pas, Danglars?

—Non, tu dis vrai, et j'oserais presque dire que cela lui portera malheur.

—Mais n'importe, reprit Caderousse en versant un verre de vin à Fernand, et en remplissant pour la huitième ou dixième fois son propre verre tandis que Danglars avait à peine effleuré le sien; n'importe, en attendant il épouse Mercédès, la belle Mercédès; il revient pour cela, du moins.»

Pendant ce temps, Danglars enveloppait d'un regard perçant le jeune homme, sur le cœur duquel les paroles de Caderousse tombaient comme du plomb fondu.

«Et à quand la noce? demanda-t-il.

—Oh! elle n'est pas encore faite! murmura Fernand.

—Non, mais elle se fera, dit Caderousse, aussi vrai que Dantès sera le capitaine du Pharaon, n'est-ce pas, Danglars?»

Danglars tressaillit à cette atteinte inattendue, et se retourna vers Caderousse, dont à son tour il étudia le visage pour voir si le coup était prémédité; mais il ne lut rien que l'envie sur ce visage déjà presque hébété par l'ivresse.

«Eh bien, dit-il en remplissant les verres, buvons donc au capitaine Edmond Dantès, mari de la belle Catalane!»

Caderousse porta son verre à sa bouche d'une main alourdie et l'avala d'un trait. Fernand prit le sien et le brisa contre terre.

«Eh! eh! eh! dit Caderousse, qu'aperçois-je donc là-bas, au haut de la butte, dans la direction des Catalans? Regarde donc, Fernand, tu as meilleure vue que moi; je crois que je commence à voir trouble, et, tu le sais, le vin est un traître: on dirait deux amants qui marchent côte à côte et la main dans la main. Dieu me pardonne! ils ne se doutent pas que nous les voyons, et les voilà qui s'embrassent!»

Danglars ne perdait pas une des angoisses de Fernand, dont le visage se décomposait à vue d'œil.

«Les connaissez-vous, monsieur Fernand? dit-il.

—Oui, répondit celui-ci d'une voix sourde, c'est M. Edmond et Mlle Mercédès.

—Ah! voyez-vous! dit Caderousse, et moi qui ne les reconnaissais pas! Ohé! Dantès! ohé! la belle fille! venez par ici un peu, et dites-nous à quand la noce, car voici M. Fernand qui est si entêté qu'il ne veut pas nous le dire.

—Veux-tu te taire! dit Danglars, affectant de retenir Caderousse, qui, avec la ténacité des ivrognes, penchait hors du berceau; tâche de te tenir debout et laisse les amoureux s'aimer tranquillement. Tiens, regarde M. Fernand, et prends exemple: il est raisonnable, lui.»

Peut-être Fernand, poussé à bout, aiguillonné par Danglars comme le taureau par les banderilleros, allait-il enfin s'élancer, car il s'était déjà levé et semblait se ramasser sur lui-même pour bondir sur son rival; mais Mercédès, riante et droite, leva sa belle tête et fit rayonner son clair regard; alors Fernand se rappela la menace qu'elle avait faite, de mourir si Edmond mourait, et il retomba tout découragé sur son siège.

Danglars regarda successivement ces deux hommes: l'un abruti par l'ivresse, l'autre dominé par l'amour.

«Je ne tirerai rien de ces niais-là, murmura-t-il, et j'ai grand-peur d'être ici entre un ivrogne et un poltron: voici un envieux qui se grise avec du vin, tandis qu'il devrait s'enivrer de fiel; voici un grand imbécile à qui on vient de prendre sa maîtresse sous son nez et qui se contente de pleurer et de se plaindre comme un enfant. Et cependant, cela vous a des yeux flamboyants comme ces Espagnols, ces Siciliens et ces Calabrais, qui se vengent si bien; cela vous a des poings à écraser une tête de bœuf aussi sûrement que le ferait la masse d'un boucher. Décidément, le destin d'Edmond l'emporte; il épousera la belle fille, il sera capitaine et se moquera de nous; à moins que... un sourire livide se dessina sur les lèvres de Danglars—à moins que je ne m'en mêle, ajouta-t-il.

—Holà! continuait de crier Caderousse à moitié levé et les poings sur la table, holà! Edmond! tu ne vois donc pas les amis, ou est-ce que tu es déjà trop fier pour leur parler?

—Non, mon cher Caderousse, répondit Dantès, je ne suis pas fier, mais je suis heureux, et le bonheur aveugle, je crois, encore plus que la fierté.

—À la bonne heure! voilà une explication, dit Caderousse. Eh! bonjour, madame Dantès.»

Mercédès salua gravement.

«Ce n'est pas encore mon nom, dit-elle, et dans mon pays cela porte malheur, assure-t-on, d'appeler les filles du nom de leur fiancé avant que ce fiancé soit leur mari; appelez-moi donc Mercédès, je vous prie.

—Il faut lui pardonner, à ce bon voisin Caderousse, dit Dantès, il se trompe de si peu de chose!

—Ainsi, la noce va avoir lieu incessamment monsieur Dantès? dit Danglars en saluant les deux jeunes gens.

—Le plus tôt possible, monsieur Danglars; aujourd'hui tous les accords chez le papa Dantès, et demain ou après-demain, au plus tard, le dîner des fiançailles, ici, à la Réserve. Les amis y seront, je l'espère; c'est vous dire que vous êtes invité, monsieur Danglars; c'est te dire que tu en es, Caderousse.

—Et Fernand, dit Caderousse en riant d'un rire pâteux, Fernand en est-il aussi?

—Le frère de ma femme est mon frère, dit Edmond, et nous le verrions avec un profond regret, Mercédès et moi, s'écarter de nous dans un pareil moment.»

Fernand ouvrit la bouche pour répondre; mais la voix expira dans sa gorge, et il ne put articuler un seul mot.

«Aujourd'hui les accords, demain ou après-demain les fiançailles... diable! vous êtes bien pressé, capitaine.

—Danglars, reprit Edmond en souriant, je vous dirai comme Mercédès disait tout à l'heure à Caderousse: ne me donnez pas le titre qui ne me convient pas encore, cela me porterait malheur.

—Pardon, répondit Danglars; je disais donc simplement que vous paraissiez bien pressé; que diable! nous avons le temps: le Pharaon ne se remettra guère en mer avant trois mois.

—On est toujours pressé d'être heureux, monsieur Danglars, car lorsqu'on a souffert longtemps on a grand-peine à croire au bonheur. Mais ce n'est pas l'égoïsme seul qui me fait agir: il faut que j'aille à Paris.

—Ah! vraiment! à Paris: et c'est la première fois que vous y allez, Dantès?

—Oui.

—Vous y avez affaire?

—Pas pour mon compte: une dernière commission de notre pauvre capitaine Leclère à remplir; vous comprenez, Danglars, c'est sacré. D'ailleurs soyez tranquille, je ne prendrai que le temps d'aller et revenir.

—Oui, oui, je comprends», dit tout haut Danglars.

Puis tout bas:

«À Paris, pour remettre à son adresse sans doute la lettre que le grand maréchal lui a donnée. Pardieu! cette lettre me fait pousser une idée, une excellente idée! Ah! Dantès, mon ami, tu n'es pas encore couché au registre du Pharaon sous le numéro 1.»

Puis se retournant vers Edmond, qui s'éloignait déjà:

«Bon voyage! lui cria-t-il.

—Merci», répondit Edmond en retournant la tête et en accompagnant ce mouvement d'un geste amical.

Puis les deux amants continuèrent leur route, calmes et joyeux comme deux élus qui montent au ciel.

 

 

第三章 迦太罗尼亚人的村庄

那二位朋友一面喝着泛着泡沫的拉玛尔格酒,一面竖着耳朵,留神着百步开外的一个地方。那儿,在一座光秃秃的被风雨无情的侵蚀了的小山的后面,有一个小村庄,便是罗尼亚人居住的地方。很久以前有一群神秘的移民离开西班牙,来到了这块突出在海湾里的地带安居下来了,一直生活到现在,当时没有人知道他们从什么地方来。也没有人能够听懂他们所说的话。移民中的一位首领懂普罗旺斯语,就恳求马赛市政当局把这块荒芜贫瘠的海岬赐给他们,以便他们可以象古代的航海者那样把他们的小船拖到岸上安居下来。当局同意了他们的这个要求。三个月后,在那十四五艘当初运载这些移民渡海而来的小帆船周围,就兴建了一个小小的村庄。这个村庄的建筑风格独树一帜,一半似西班牙风格,一半似摩尔风格,别有情趣,现在的居民就是当初那些人的后代,他们还是说着他们祖先的语言。三四百年来,他们象一群海鸟似的一心一意地依恋在这块小海岬上,与马赛人界限分明,他们族内通婚,保持着他们原有的风俗习惯,犹如保持他们的语言一样。

读者仍请随我穿过这小村子里惟一的一条街,走进其中的一所房子里,这所房子的墙外爬满了颇具乡村风味的藤类植物,阳光普照着那些枯死的叶子,上面涂上了一层美丽的色彩,房子里面是用象西班牙旅馆里那样千篇一律的石灰粉刷的。一个年轻美貌的姑娘正斜靠在壁板上,她的头发黑得象乌玉一般,眼睛象羚羊的眼睛一般温柔,她那富有古希腊雕刻之美的纤细的手指,正在抚弄一束石南花,那花瓣被撕碎了散播在地板上。她的手臂一直裸到肘部,露出了被日光晒成褐色的那部分,美得象维纳斯女神的手一样。她那双柔软好看的脚上穿着纱袜,踝处绣着灰蓝色的小花,由于内心焦燥不安,一只脚正在轻轻地拍打着地面,好象故意要展露出她那丰满匀称小腿似的。离她不远处,坐着一个年约二十二岁的高大青年,他跷起椅子的两条后腿不住地摇晃着,手臂支撑在一张被蛀虫蚀的旧桌子上,他在注视着她,脸上一副烦恼不安的神色。

他在用眼睛询问她,但年轻姑娘以坚决而镇定的目光控制住了他。

“你看,美塞苔丝,”那青年说道,“复活节快要到了,你说,这不正是结婚的好时候吗?”

“我已经对你说过一百次啦,弗尔南多。你再问下去是自寻烦恼了。”

“唉,再说一遍吧,我求求你,再说一遍吧,这样我才会相信!就算说一百遍也好。说你拒绝我的爱。那可是你母亲曾经许诺过,让我进一步了解你不关心我的幸福,对我的死活一点不放在心上,唉!十年来我一直梦想着成为你的丈夫,美塞苔丝,而现在你却使我的希望破灭了,那可是我活在世上惟一的希望啊!”

“可这毕竟不是我让你抱那种希望的,弗尔南多,”美塞苔丝回答说,“你怪不得我,我从未诱惑过你。我一直都对你说,‘我只把你看作我的哥哥,别向我要求超出兄妹之爱的感情,因为我的心早已属于另外一个人了。’我不是一直都对你这样说的吗,弗尔南多?”

“是的,我知道得很清楚,美塞苔丝,”青年回答道。“是的,你对我坦白,这固然很好,但毕竟残酷。你忘记了同族通婚是我们迦太罗尼亚人的一条神圣的法律了吗?”

“你错了,弗尔南多,那不是一条什么法律,只不过是一种风俗罢了。我求你不要靠这种风俗来帮你的忙啦,你已到了服兵役的年龄,目前只是暂时缓征,你随时都可能应征入伍的。旦当了兵,你怎么来安置我呢?我——一个无依无靠的孤儿,没有财产,只有一间快塌了的小屋和一些破烂的渔网,这点可怜的遗产还是我父亲传给我母亲,我母亲又传给我的呢。弗尔南多,你也知道我母亲去世已一年多了,我几乎完全靠着大伙儿救济才得以维持生计,你有时装着要我帮你的忙,好借此让我分享你捕鱼得来的收获,我接受了,弗尔南多,因为你是我的表兄,我们从小一起长大的,更因为,假如我拒绝,会伤了你的心。但我心里很明白,我拿这些鱼去卖,换亚麻纺线——弗尔南多,这和施舍有什么两样呢!”

“那又有什么关系呢?美塞苔丝,尽管你这样孤单穷苦,但你仍然象最骄傲的船主女儿或马赛最有钱的银行家的小姐,完全配得上我的!对我来说,我只要一个忠心的女人和好主妇,可我现在到哪儿才能找到一个在这两方面比你更好的人呢?”

“弗尔南多,”美塞苔丝摇摇头说道,“一个女人能否成为一个好主妇倒很难说,但假如她爱着另外一个人甚于爱她的丈夫,谁还能说她是一个忠心的女人呢?请你满足于我们之间的友谊吧,我对你再说一遍,只能对你许诺这些,我无法许诺我不能给你的东西。”

“我懂了,”弗尔南多回答说,“你可以忍受自己的穷困,却怕我受穷,那么,美塞苔丝,只要有了你的爱,我就会去努力奋斗。你会给我带来好运的,我会发财的,我可以扩大我的渔业,或许还可以找到一个货仓管理员的职位,到时候我就可以成为一个商人了。”

“你是不能去做这种事的,你是个士兵,你之所以还能留在村里,那是因为现在没有战争。所以,你还是做一个渔夫吧。

别胡思乱想了,因为梦想会使你觉得现实更令人难以忍受。就以我的友谊为满足吧,因为我实在不能给你超出这点以外的情感。”

“那么,你说得对,美塞苔丝。既然你鄙视我们祖先传下来的这身衣服,我就脱掉它。去当一名水手,戴一顶闪光的帽子,穿一件水手衫,外加一件蓝色的短外套,纽扣上镶有铁锚。这样一身打扮该讨你喜欢了吧?”

“你这是什么意思?”美塞苔丝忿忿的瞟了他一眼。“——你在胡说些什么?我不懂。”

“我的意思是,美塞苔丝,你之所以对我如此冷酷无情,都是因为你在等一个人,他就是这样一身打扮。不过也许你所等待的这个人是靠不住的,即使他自己可靠,大海对他是否可靠可就难说了。”

“弗尔南多!”美塞苔丝高声喊了起来,“我原以为你是个心地善良的人,现在我才知道我错了!弗尔南多,你祈求上帝降怒来帮助你泄私愤真是太卑鄙了!是的,我不否认,我是在等待着,我是爱你所指的那个人,即使他不回来,我也不相信他会象你所说的那样靠不住,我相信他至死都只会爱我一个人。”

迦太罗尼亚青年显出忿忿的样子。

“我知道你心里怎么想的,弗尔南多,因为我不爱你,所以你对他怀恨在心,你会用你的迦太罗尼亚短刀去同他的匕首决斗的。可那终究又能得到什么结果呢?假如你失败了,你就会失去我的友谊,假如你打败了他,你就会看到我对你的友谊变成了仇恨。相信我,想靠和一个男人去打架来赢得爱那个男人的女人的心,这种方法简直太笨了。不,弗尔南多,你决不能有这种坏念头。无法使我做你的妻子,你还可以把我看作你的朋友和妹妹的。”她的眼睛里已含着泪水,茫然地说,“等着吧,等着吧,弗尔南多!你刚才说海是变幻莫测的,他已经去了四个月了,这四个月中曾有过几次险恶的风暴。”

弗尔南多没有回答,他也不想去擦掉美塞苔丝脸上的泪水,虽然那每一滴眼泪都好象在他的心上在每一滴血一样,但这些眼泪并非是为他恰恰相反是为另一个人流的,他站起身来,在小屋里踱来踱去,然后他突然脸色阴沉地捏紧了拳头在美塞苔丝面前停了下来,对她说,“美塞苔丝,求你再说一遍,这是不是你最后的决定?”

“我爱爱德蒙•唐太斯,”姑娘平静地说,“除了爱德蒙,谁也不能做我的丈夫。”

“你永远爱他吗?”

“我活一天,就爱他一天。”

弗尔南多象一个战败了的战士垂下了头,长长地出了一口气,突然他又抬起头来望着她,咬牙切齿地说:“假如他死——”

“假如他死了,我也跟着死。”

“美塞苔丝!”这时一个声音突然在屋外兴冲冲地叫了起来,“美塞苔丝!”

“啊!”青年女子的脸因兴奋而涨的通红,兴奋地一跃而起,“你看,他没有忘记我,他来了!”她冲到门口,打开门,说,“爱德蒙,我在这儿呢!”

弗尔南多脸色苍白,全身颤抖,象看见了一条赤练蛇的游人一般,他向后缩去,踉踉跄跄地靠在椅子上,一下子坐了下去。爱德蒙和美塞苔丝互相紧紧地拥抱着,马赛耀眼的阳光从开着门的房间走来,把他们照射在光波里面。他们瞬时忘掉了一切。极度地快活仿佛把他们与世隔绝,他们只能断断续续地讲话,这是因为他们高兴地到了极点,当人们极端高兴时,表面看来反象悲伤,突然爱德蒙发现了弗尔南多那张阴沉的脸,这张埋在阴影里的脸带着威胁的神气。那迦太罗尼亚青年不自觉动了一下,下意识地按了按在腰部皮带上的短刀。

“啊,对不起!”唐太斯皱着眉头转过身来说,“我不知道这儿有三个人。”然后他转过身去问美塞苔丝,“这位先生是谁?”

“这位先生将要成为你最好的朋友,唐太斯,因为他是我的朋友,我的堂兄,我的哥哥,他叫弗尔南多——除了你以外,爱德蒙,他就是世界上我最喜爱的人了。你不记得他了吗?”

“是的,记得,”爱德蒙说道,他并没有放开美塞苔丝的手,用一只手握着美塞苔丝,另一只手亲热地伸给了那个迦太罗尼亚人。但弗尔南多对这个友好的表示毫无反映,依旧象一尊石像似的一动也不动。爱德蒙于是拿回手,仔细看了看这边正在焦急为难的美塞苔丝,又看了看那边怀着阴郁敌意的弗尔南多。这一看他全明白了,他脸色立刻变了,有点发怒了。

“我如此匆忙地赶来,想不到在这儿会遇到一个对头。”

“一个对头!”美塞苔丝愤怒地扫了她堂兄一眼,喊道,“你说什么,爱德蒙,我家里有一个对头?假如果真如此,我就要挽起你的胳膊,我们一同到马赛去,离开这个家,永远不回来了。”

弗尔南多的眼里几乎射出火来。

“要是你遭到什么不幸,亲爱的爱德蒙,”姑娘继续镇静地说下去,使弗尔南多觉得她已洞悉他心底深处的坏念头,“要是你真的遭到不幸,我就爬到莫尔吉翁海角的岩石上去,从那儿跳下去,永远葬身海底。”

弗尔南多脸色惨白,象死人一样。

“你弄错啦,爱德蒙,”她又说,“这儿没有你的对头——这儿只有我的哥哥弗尔南多,他会象一个老朋友那样跟你握手的。”

年轻姑娘说完最后这句话,便把她那威严的眼光盯住迦太罗尼亚人弗尔南多,后者则象被那睛光催眠了一样,慢慢地向爱德蒙走来,伸出了他的手。他的仇恨象一个来势汹猛却又无力的浪头,被美塞苔丝所说的一番话击得粉碎。刚一触到爱德蒙的手,他就觉得再也无法忍受了,于是便一下子冲出屋子去了。

“噢!噢!”他喊着,象个疯子似的狂奔着,双手狠狠地猛抓自己的头发,——“噢!谁能帮我除掉这个人?我真是太不幸了!”

“喂,迦太罗尼亚人!喂弗尔南多!你到哪儿去?”一个声音传来。

那青年突然停了下来,环顾四周,看见卡德鲁斯和腾格拉尔在一个凉棚里对桌而坐。

“喂,”卡德鲁斯说,“你怎么不过来呀?难道你就这么连向你的老朋友打声招呼的时间都没有了吗?”

“尤其是当他们面前还放着满满一瓶洒的时候。”腾格拉尔接上一句。

弗尔南多带着一种恍恍惚惚的眼神望着他们,什么也没说。

“他看上去不大对头,”腾格拉尔碰碰卡德鲁斯的膝盖说。

“别是我们弄错了,唐太斯得胜了吧?”

“唔,我们来问个明白吧,”卡德鲁斯说着,就转过身去对那青年说道,“喂,迦太罗尼亚人,你拿定主意了吗?”

弗尔南多擦了擦额头上的冷汗,慢慢地走入凉棚,在那凉棚中,荫凉似乎使他平静了些,清爽的空气使他那精疲力尽的身体重新振作了一些。

“你们好!”他说道,“是你们叫我吗?”说着他便重重地在桌子旁边的椅子上坐了下来,象瘫下来似的。

“我看你象个疯子似的乱跑,就叫了你一声,怕你去跳海,”卡德鲁斯大笑着说。“见鬼!一个人有了朋友,不但得请他喝酒,还得劝阻他不要没事找事地去喝三四品顺水!”

(法国旧时一种液体容量单位,“一品顺”等于零点九三升。)

弗尔南多象是在呻吟似的叹了一口气,一下子伏在了桌子上,把脸埋在两只手掌里。

“咦,我说,弗尔南多,”卡德鲁斯一开头就戳到了对方痛处,这种小市民气的人由于好奇心竟忘记了说话的技巧,“你的脸色看上去很不对劲,象是失恋了似的。”说完便爆发出一阵粗鲁的大笑。

“得了罢!”腾格拉尔说,“象他那样棒的青年小伙子怎么会在情场上吃败仗呢。卡德鲁斯,你别开他的玩笑了!”

“不,”卡德鲁斯答道,“你只要听听他叹息的声音就知道了!得了,得了,弗尔南多把头抬起来,跟我们说说看。朋友们可是最关心你的健康,你不回答我们可不太好呀。”

“我很好,没生什么玻”弗尔南多紧握双拳,头依然没抬起来说。“啊!你看,腾格拉尔,”卡德鲁斯对他的朋友使了个眼色,说道,“是这么回事,现在在你眼前的弗尔南多,他是一个勇敢的迦太罗尼亚人,是马赛首屈一指的渔夫。他爱上了一位非常漂亮的姑娘,芳名叫美塞苔丝,不幸得很,那位漂亮姑娘却偏偏爱着法老号上的大副,今天法老号到了——你该明白这其中的奥妙了吧!”

“不,我不明白。”腾格拉尔说。

“可怜的弗尔南多,竟然被人家姑娘给拒绝了。”卡德鲁斯补充说。

“是的,可这又怎么样?”弗尔南多猛地抬起头来,眼睛直盯着卡德鲁斯,象要找谁来出气似的。“谁管得着美塞苔丝?她要爱谁就爱谁,不是吗?”

“哦!如果你偏要这么说,可就是另一回事了!”卡德鲁斯说。“我以为你是个真正的迦太罗尼亚人呢,人家告诉我说,凡是迦太罗尼亚人是绝不会让对手夺去一样东西的。人家甚至还对我说,尤其是弗尔南多,他的报复心可重了。”

弗尔南多凄然微笑了一下,“一个情人是永远不会使人害怕的!”他说。

“可怜的人!”腾格拉尔说,他假装感动得同情起这个青年来。“唉,你看,他没料到唐太斯会这样突然地回来。他正以为他已经在海上死了,或碰巧移情别恋了!突然发生了这种事,的确是很令人难受的。”

“唉,真的,但无论如何,”卡德鲁斯一面说话,一面喝酒,这时拉马尔格酒的酒劲已开始在发作了,——“不管怎么说,这次唐太斯回来可是交了好运了,受打击的不只是弗尔南多一个人,腾格拉尔?”

“哦,你的话没错,不过要我说他自己也快要倒霉了!”

“嗯,别提了,”卡德鲁斯说,他给弗尔南多倒了一杯酒,也给自己倒了一杯,这已是他喝的也不知是第八杯还是第九杯了,而腾格拉尔始终只是抿一下酒杯而已。没关系你就等着看他是怎样娶那位可爱的美塞苔丝吧,——他这次回来就是来办这件事的。”

腾格拉尔这时以锐利的目光盯着那青年,卡德鲁斯的话字字句句都融进了那青年的心里。

“他们什么结婚时候?”他问。

“还没决定!”弗尔南多低声地说。

“不过,快了,”卡德鲁斯说,“这是肯定的,就象唐太斯肯定就要当法老号的船长一样。呃,对不对。腾格拉尔?”

腾格拉尔被这个意外的攻击吃了一惊,他转身向卡德鲁斯,细察他的脸部的表情,看看他是不是故意的,但他在那张醉醉醺醺的脸上看到了嫉妒。

“来吧,”他倒满三只酒杯说:“我们来为爱德蒙•唐太斯船长,为美丽的迦太罗尼亚女人的丈夫干一杯!”

卡德鲁斯哆嗦着的手把杯子送到嘴边,咕咚一声一饮而进。弗尔南多则把酒杯掉在了地上,杯子碎了。

“呃,呃,呃,”卡德鲁斯舌头发硬的说。“迦太罗尼亚人村那边,小山岗上那是什么东西呀?看弗尔南多!你的眼睛比我好使。我一点也看不清楚。你知道酒是骗人的家伙,但我敢说那是一对情人,正手挽手地在那儿并肩散步。老天爷!他们不知道我们能看见他们,这会儿他们正在拥抱呢!”

腾格拉尔当然不会放过让弗尔南多更加痛苦的机会。

“你认识他们吗,弗尔南多先生?”他说。

“认识,”那青年低声回答。“那是爱德蒙先生和美塞苔丝小姐!”

“啊!看那儿,喏!”卡德鲁斯说,“人怎么竟认不出他们呢!喂,唐太斯,喂,美丽的姑娘!到这边来,告诉我们,你们什么时候举行婚礼,因为弗尔南多先生就是不告诉我们!”

“你别嚷好吗?”腾格拉尔故意阻止卡德鲁斯,后者却要说下去的样子带着醉鬼的拗性,已把头探出了凉棚。“为人要公道一点,让那对情人安安静静地去谈情说爱吧。看咱们的弗尔南多先生,向人家学习一下吧,人家这才叫通情达理!”

弗尔南多已被腾格拉尔挑逗得忍无可忍了,他象一头被激怒的公牛,忽地一下站了起来,好象憋足了一股劲要向他的敌人冲去似的。正在这时,美塞苔丝带着微笑优雅地抬起她那张可爱的脸,闪动着她那对明亮的眸子。一看到这对眼睛,弗尔南多就想起她曾发出的威胁,便又沉重地跌回了他的座位上了。腾格拉尔对这两个人,看看这个又看看那个,一个在发酒疯,另一个却完全被爱征服了。

“我跟这个傻瓜打交道是搞不出什么名堂来的,”他默默地自语道,“我竟在这儿夹在了一个是醉鬼,一个是懦夫中间,这真让我不安,可这个迦太罗尼亚人那闪光的眼睛却象西班牙人、西西里人和卡拉布兰人,而他不仅将要娶到一位漂亮的姑娘,而且又要做船长,他可以嘲笑我们这些人,除非——”腾格拉尔的嘴边浮起一个阴险的微笑——“除非我来做点什么干涉一下。”他加上了一句。

“喂!”卡德鲁斯继续喊道,并用拳头撑住桌子,抬起了半个身子——“喂,爱德蒙!你竟究是没看见你的朋友呢,还是春风得意不愿和他们讲话?”

“不是的,我的亲爱的朋友,”唐太斯回答,“我不是什么骄傲,只是我太快活了,而想快活是比骄傲更容易使人盲目的。”

“呀,这倒是一种说法!”卡德鲁斯说。“噢,您好唐太斯夫人!”

美塞苔丝庄重地点头示意说:“现在请先别这么称呼我,在我的家乡,人们说,对一个未结婚的姑娘,就拿她未婚夫的姓名称呼她,是会给她带来恶运的。所以,请你还是叫我美塞苔丝吧。”

“我们得原谅这位好心的卡德鲁斯邻居,”唐太斯说,“他不小心说错话了。”

“那么,就赶快举行婚礼呀,唐太斯先生。”腾格拉尔向那对年青人致意说。

“我也是想越快越好,腾格拉尔先生。今天先到我父亲那儿把一切准备好,明天就在这儿的瑞瑟夫酒家举行婚礼。我希望我的好朋友都能来,也就是说,请您也来,腾格拉尔先生,还有你,卡德鲁斯。”

“弗尔南多呢,”卡德鲁斯说完便格格地笑了几声,“也请他去吗?”

“我妻子的兄长也是我的兄长,”爱德蒙说,“假如这种场合他不在,美塞苔丝和我就会感到很遗憾。”

弗尔南多张开嘴想说话,但话到嘴边又止住了。

“今天准备,明天举行婚礼!你也太急了点吧,船长!”

“腾格拉尔,”爱德蒙微笑着说,“我也要像美塞苔丝刚才对卡德鲁斯所说的那样对你说一遍,请不要把还不属于我的头衔戴到我的头上,那样或许会使我倒霉的。”

“对不起,”腾格拉尔回答,“我只不过是说你太匆忙了点。我们的时间还很多——法老号在三个月内是不会再出海的。”

“人总是急于得到幸福的,腾格拉尔先生,因为我们受苦的时间太长了,实在不敢相信天下会有好运这种东西。我之所以这么着急,倒也并非完全为了我自己,我还得去巴黎去一趟。”

“去巴黎?真的!你是第一次去那儿吧?”

“是的。”

“你去那儿有事吗”?

“不是我的私事,是可怜的莱克勒船长最后一次差遣。你知道我指的是什么,腾格拉尔,这是我应尽的义务,而且,我去只要不长的时间就够了。”

“是,是,我知道,”腾格拉尔说,然后他又低声对自己说,“到巴黎去,一定是去送大元帅给他的信。嗯!这封信倒使我有了一个主意!一个好主意唉,唐太斯,我的朋友,你还没有正式任命为法老号上的第一号人物呢。”于是他又转向那正要离去的爱德蒙大声喊到。“一路顺风!”

“谢谢。”爱德蒙友好地点一下头说。于是这对情人便又平静而又欢喜地继续走他们的路去了。




IV Complot.

Danglars suivit Edmond et Mercédès des yeux jusqu'à ce que les deux amants eussent disparu à l'un des angles du fort Saint-Nicolas; puis, se retournant alors, il aperçut Fernand, qui était retombé pâle et frémissant sur sa chaise, tandis que Caderousse balbutiait les paroles d'une chanson à boire.

«Ah çà! mon cher monsieur, dit Danglars à Fernand, voilà un mariage qui ne me paraît pas faire le bonheur de tout le monde!

—Il me désespère, dit Fernand.

—Vous aimiez donc Mercédès?

—Je l'adorais!

—Depuis longtemps?

—Depuis que nous nous connaissons, je l'ai toujours aimée.

—Et vous êtes là à vous arracher les cheveux, au lieu de chercher remède à la chose! Que diable! je ne croyais pas que ce fût ainsi qu'agissaient les gens de votre nation.

—Que voulez-vous que je fasse? demanda Fernand.

—Et que sais-je, moi? Est-ce que cela me regarde? Ce n'est pas moi, ce me semble, qui suis amoureux de Mlle Mercédès, mais vous. Cherchez, dit l'Évangile, et vous trouverez.

—J'avais trouvé déjà.

—Quoi?

—Je voulais poignarder l'homme, mais la femme m'a dit que s'il arrivait malheur à son fiancé, elle se tuerait.

—Bah! on dit ces choses-là, mais on ne les fait point.

—Vous ne connaissez point Mercédès, monsieur: du moment où elle a menacé, elle exécuterait.

—Imbécile! murmura Danglars: qu'elle se tue ou non, que m'importe, pourvu que Dantès ne soit point capitaine.

—Et avant que Mercédès meure, reprit Fernand avec l'accent d'une immuable résolution, je mourrais moi-même.

—En voilà de l'amour! dit Caderousse d'une voix de plus en plus avinée; en voilà, ou je ne m'y connais plus!

—Voyons, dit Danglars, vous me paraissez un gentil garçon, et je voudrais, le diable m'emporte! vous tirer de peine; mais....

—Oui, dit Caderousse, voyons.

—Mon cher, reprit Danglars, tu es aux trois quarts ivres: achève la bouteille, et tu le seras tout à fait. Bois, et ne te mêle pas de ce que nous faisons: pour ce que nous faisons il faut avoir toute sa tête.

—Moi ivre? dit Caderousse, allons donc! J'en boirais encore quatre, de tes bouteilles, qui ne sont pas plus grandes que des bouteilles d'eau de Cologne! Père Pamphile, du vin!»

Et pour joindre la preuve à la proposition, Caderousse frappa avec son verre sur la table.

«Vous disiez donc, monsieur? reprit Fernand, attendant avec avidité la suite de la phrase interrompue.

—Que disais-je? Je ne me le rappelle plus. Cet ivrogne de Caderousse m'a fait perdre le fil de mes pensées.

—Ivrogne tant que tu le voudras; tant pis pour ceux qui craignent le vin, c'est qu'ils ont quelque mauvaise pensée qu'ils craignent que le vin ne leur tire du cœur.»

Et Caderousse se mit à chanter les deux derniers vers d'une chanson fort en vogue à cette époque:

Tous les méchants sont buveurs d'eau. C'est bien prouvé par le déluge.

«Vous disiez, monsieur, reprit Fernand, que vous voudriez me tirer de peine; mais, ajoutiez-vous....

—Oui, mais, ajoutais-je... pour vous tirer de peine il suffit que Dantès n'épouse pas celle que vous aimez et le mariage peut très bien manquer, ce me semble, sans que Dantès meure.

—La mort seule les séparera, dit Fernand.

—Vous raisonnez comme un coquillage, mon ami, dit Caderousse, et voilà Danglars, qui est un finaud, un malin, un grec, qui va vous prouver que vous avez tort. Prouve, Danglars. J'ai répondu de toi. Dis-lui qu'il n'est pas besoin que Dantès meure; d'ailleurs ce serait fâcheux qu'il mourût, Dantès. C'est un bon garçon, je l'aime, moi, Dantès. À ta santé, Dantès.»

Fernand se leva avec impatience.

«Laissez-le dire, reprit Danglars en retenant le jeune homme, et d'ailleurs, tout ivre qu'il est, il ne fait point si grande erreur. L'absence disjoint tout aussi bien que la mort; et supposez qu'il y ait entre Edmond et Mercédès les murailles d'une prison, ils seront séparés ni plus ni moins que s'il y avait là la pierre d'une tombe.

—Oui, mais on sort de prison, dit Caderousse, qui avec les restes de son intelligence se cramponnait à la conversation, et quand on est sorti de prison et qu'on s'appelle Edmond Dantès, on se venge.

—Qu'importe! murmura Fernand.

—D'ailleurs, reprit Caderousse, pourquoi mettrait-on Dantès en prison? Il n'a ni volé, ni tué, ni assassiné.

—Tais-toi, dit Danglars.

—Je ne veux pas me taire, moi, dit Caderousse. Je veux qu'on me dise pourquoi on mettrait Dantès en prison. Moi, j'aime Dantès. À ta santé, Dantès!»

Et il avala un nouveau verre de vin. Danglars suivit dans les yeux atones du tailleur les progrès de l'ivresse, et se tournant vers Fernand:

«Eh bien, comprenez-vous, dit-il, qu'il n'y a pas besoin de le tuer?

—Non, certes, si, comme vous le disiez tout à l'heure, on avait le moyen de faire arrêter Dantès. Mais ce moyen, l'avez-vous?

—En cherchant bien, dit Danglars, on pourrait le trouver. Mais continua-t-il, de quoi diable! vais-je me mêler là; est-ce que cela me regarde?

—Je ne sais pas si cela vous regarde, dit Fernand en lui saisissant le bras; mais ce que je sais, c'est que vous avez quelque motif de haine particulière contre Dantès: celui qui hait lui-même ne se trompe pas aux sentiments des autres.

—Moi, des motifs de haine contre Dantès? Aucun, sur ma parole. Je vous ai vu malheureux et votre malheur m'a intéressé, voilà tout; mais du moment où vous croyez que j'agis pour mon propre compte, adieu, mon cher ami, tirez-vous d'affaire comme vous pourrez.»

Et Danglars fit semblant de se lever à son tour.

«Non pas, dit Fernand en le retenant, restez! Peu m'importe, au bout du compte, que vous en vouliez à Dantès, ou que vous ne lui en vouliez pas: je lui en veux, moi; je l'avoue hautement. Trouvez le moyen et je l'exécute, pourvu qu'il n'y ait pas mort d'homme, car Mercédès a dit qu'elle se tuerait si l'on tuait Dantès.»

Caderousse, qui avait laissé tomber sa tête sur la table releva le front, et regardant Fernand et Danglars avec des yeux lourds et hébétés:

«Tuer Dantès! dit-il, qui parle ici de tuer Dantès? je ne veux pas qu'on le tue, moi: c'est mon ami; il a offert ce matin de partager son argent avec moi, comme j'ai partagé le mien avec lui: je ne veux pas qu'on tue Dantès.

—Et qui te parle de le tuer, imbécile! reprit Danglars; il s'agit d'une simple plaisanterie; bois à sa santé, ajouta-t-il en remplissant le verre de Caderousse, et laisse-nous tranquilles.

—Oui, oui, à la santé de Dantès! dit Caderousse en vidant son verre, à sa santé!... à sa santé!... là!

—Mais le moyen, le moyen? dit Fernand.

—Vous ne l'avez donc pas trouvé encore, vous?

—Non, vous vous en êtes chargé.

—C'est vrai, reprit Danglars, les Français ont cette supériorité sur les Espagnols, que les Espagnols ruminent et que les Français inventent.

—Inventez donc alors, dit Fernand avec impatience.

—Garçon, dit Danglars, une plume, de l'encre et du papier!

—Une plume, de l'encre et du papier! murmura Fernand.

—Oui, je suis agent comptable: la plume, l'encre et le papier sont mes instruments; et sans mes instruments je ne sais rien faire.

—Une plume, de l'encre et du papier! cria à son tour Fernand.

—Il y a ce que vous désirez là sur cette table, dit le garçon en montrant les objets demandés.

—Donnez-les-nous alors.»

Le garçon prit le papier, l'encre et la plume, et les déposa sur la table du berceau.

«Quand on pense, dit Caderousse en laissant tomber sa main sur le papier, qu'il y a là de quoi tuer un homme plus sûrement que si on l'attendait au coin d'un bois pour l'assassiner! J'ai toujours eu plus peur d'une plume, d'une bouteille d'encre et d'une feuille de papier que d'une épée ou d'un pistolet.

—Le drôle n'est pas encore si ivre qu'il en a l'air, dit Danglars; versez-lui donc à boire, Fernand.»

Fernand remplit le verre de Caderousse, et celui-ci en véritable buveur qu'il était, leva la main de dessus le papier et la porta à son verre.

Le Catalan suivit le mouvement jusqu'à ce que Caderousse, presque vaincu par cette nouvelle attaque, reposât ou plutôt laissât retomber son verre sur la table.

«Eh bien? reprit le Catalan en voyant que le reste de la raison de Caderousse commençait à disparaître sous ce dernier verre de vin.

—Eh bien, je disais donc, par exemple, reprit Danglars, que si, après un voyage comme celui que vient de faire Dantès, et dans lequel il a touché à Naples et à l'île d'Elbe, quelqu'un le dénonçait au procureur du roi comme agent bonapartiste....

—Je le dénoncerai, moi! dit vivement le jeune homme.

—Oui; mais alors on vous fait signer votre déclaration, on vous confronte avec celui que vous avez dénoncé: je vous fournis de quoi soutenir votre accusation, je le sais bien; mais Dantès ne peut rester éternellement en prison, un jour ou l'autre il en sort, et, ce jour où il en sort, malheur à celui qui l'y a fait entrer!

—Oh! je ne demande qu'une chose, dit Fernand, c'est qu'il vienne me chercher une querelle!

—Oui, et Mercédès! Mercédès, qui vous prend en haine si vous avez seulement le malheur d'écorcher l'épiderme à son bien-aimé Edmond!

—C'est juste, dit Fernand.

—Non, non, reprit Danglars, si on se décidait à une pareille chose, voyez-vous, il vaudrait bien mieux prendre tout bonnement comme je le fais, cette plume, la tremper dans l'encre, et écrire de la main gauche, pour que l'écriture ne fût pas reconnue, une petite dénonciation ainsi conçue.»

Et Danglars, joignant l'exemple au précepte, écrivit de la main gauche et d'une écriture renversée, qui n'avait aucune analogie avec son écriture habituelle, les lignes suivantes qu'il passa à Fernand, et que Fernand lut à demi-voix:

Monsieur le procureur du roi est prévenu, par un ami du trône et de la religion, que le nommé Edmond Dantès, second du navire le Pharaon, arrivé ce matin de Smyrne, après avoir touché à Naples et à Porto-Ferrajo, a été chargé, par Murat, d'une lettre pour l'usurpateur, et, par l'usurpateur, d'une lettre pour le comité bonapartiste de Paris.

On aura la preuve de son crime en l'arrêtant, car on trouvera cette lettre ou sur lui, ou chez son père, ou dans sa cabine à bord du Pharaon.

«À la bonne heure, continua Danglars; ainsi votre vengeance aurait le sens commun, car d'aucune façon alors elle ne pourrait retomber sur vous, et la chose irait toute seule; il n'y aurait plus qu'à plier cette lettre, comme je le fais, et à écrire dessus: «À Monsieur le Procureur royal.» Tout serait dit.»

Et Danglars écrivit l'adresse en se jouant.

«Oui, tout serait dit», s'écria Caderousse, qui par un dernier effort d'intelligence avait suivi la lecture, et qui comprenait d'instinct tout ce qu'une pareille dénonciation pourrait entraîner de malheur; «oui, tout serait dit: seulement, ce serait une infamie.»

Et il allongea le bras pour prendre la lettre.

«Aussi, dit Danglars en la poussant hors de la portée de sa main, aussi, ce que je dis et ce que je dis et ce que je fais, c'est en plaisantant; et, le premier, je serais bien fâché qu'il arrivât quelque chose à Dantès, ce bon Dantès! Aussi, tiens...»

Il prit la lettre, la froissa dans ses mains et la jeta dans un coin de la tonnelle.

«À la bonne heure, dit Caderousse, Dantès est mon ami, et je ne veux pas qu'on lui fasse de mal.

—Eh! qui diable y songe à lui faire du mal! ce n'est ni moi ni Fernand! dit Danglars en se levant et en regardant le jeune homme qui était demeuré assis, mais dont l'œil oblique couvait le papier dénonciateur jeté dans un coin.

—En ce cas, reprit Caderousse, qu'on nous donne du vin: je veux boire à la santé d'Edmond et de la belle Mercédès.

—Tu n'as déjà que trop bu, ivrogne, dit Danglars, et si tu continues tu seras obligé de coucher ici, attendu que tu ne pourras plus te tenir sur tes jambes.

—Moi, dit Caderousse en se levant avec la fatuité de l'homme ivre; moi, ne pas pouvoir me tenir sur mes jambes! Je parie que je monte au clocher des Accoules, et sans balancer encore!

—Eh bien, soit, dit Danglars, je parie, mais pour demain: aujourd'hui il est temps de rentrer; donne-moi donc le bras et rentrons.

—Rentrons, dit Caderousse, mais je n'ai pas besoin de ton bras pour cela. Viens-tu, Fernand? rentres-tu avec nous à Marseille?

—Non, dit Fernand, je retourne aux Catalans, moi.

—Tu as tort, viens avec nous à Marseille, viens.

—Je n'ai point besoin à Marseille, et je n'y veux point aller.

—Comment as-tu dit cela? Tu ne veux pas, mon bonhomme! eh bien, à ton aise! liberté pour tout le monde! Viens, Danglars, et laissons monsieur rentrer aux Catalans, puisqu'il le veut.»

Danglars profita de ce moment de bonne volonté de Caderousse pour l'entraîner du côté de Marseille; seulement, pour ouvrir un chemin plus court et plus facile à Fernand, au lieu de revenir par le quai de la Rive-Neuve, il revint par la porte Saint-Victor.

Caderousse le suivait, tout chancelant, accroché à son bras.

Lorsqu'il eut fait une vingtaine de pas, Danglars se retourna et vit Fernand se précipiter sur le papier, qu'il mit dans sa poche; puis aussitôt, s'élançant hors de la tonnelle, le jeune homme tourna du côté du Pillon.

«Eh bien, que fait-il donc? dit Caderousse, il nous a menti: il a dit qu'il allait aux Catalans, et il va à la ville! Holà! Fernand! tu te trompes, mon garçon!

—C'est toi qui vois trouble, dit Danglars, il suit tout droit le chemin des Vieilles-Infirmeries.

—En vérité! dit Caderousse, eh bien, j'aurais juré qu'il tournait à droite; décidément le vin est un traître.

—Allons, allons, murmura Danglars, je crois que maintenant la chose est bien lancée, et qu'il n'y a plus qu'à la laisser marcher toute seule.»

 

 

第四章 阴谋

腾格拉尔的眼睛一直随着爱德蒙和美塞苔丝,直到他们消失在圣•尼古拉堡的一个拐角处才回过头来仔细地观察弗尔南多,弗尔南多已经倒在椅子里,脸色苍白,浑身发抖,卡德鲁斯正在一边含糊地唱歌一边喝酒。

“我亲爱的先生,”腾格拉尔对弗尔南多说,“这桩婚事,并不能使人人快活。”

“它使人失望。”弗尔南多说。

“那么,你也爱美塞苔丝吗?”

“我崇拜她!”

“你爱上她很久了吗?”

“从第一次见她,我就爱上她了。”

“既然这样,那么你为什么不去想个补救的办法。见鬼,我想不到你们迦太人会这样窝囊。”

“你叫我怎么办”弗尔南多说。

“我怎么知道?这是我的事吗?又不是我爱上了美塞苔丝小姐——是你。‘找吧,’福音书上说,‘你总会找到的。’”

“我已经找到了。”

“什么?”

“我要杀了那个男的,那个女人曾经对我说,如果她的未婚夫遭到什么不幸,她就会自杀的。”

“得了吧,人都会这么说的,但决不会真的去做的。”

“你不了解美塞苔丝,她是说得出来,就做得到的。”

“傻瓜!”腾格拉尔自言自语地说,“只要唐太斯当不上船长就行,她自杀不自杀跟我有什么关系?”

“如果美塞苔丝死了,”弗尔南多语气坚决地说,“那我也情愿死。”

“这就是我所说的爱情!”卡德鲁斯说,他的口齿比刚才更加含糊不清了,“这是爱情!,否则我就不知道爱情究竟是什么了。”

“喂,”腾格拉尔说,“我看你倒是个老实人,活该我倒霉,我倒愿意帮你的忙,可是——”

“喂,”卡德鲁斯说,“可是什么?”

“亲爱的人,”腾格拉尔回答说,“你现在已经醉得差不多了,喝光这一瓶,你就会烂醉了,去喝吧,别来打扰我们的事情,因为这事得动一下脑筋才能冷静地下判断。”

“我喝酒!”卡德鲁斯说,“好,那倒不错!这种酒瓶还没有香水瓶子大,我能喝上四瓶,邦费勒老爹,再拿点酒来!”卡德鲁斯用他的酒杯敲着桌子嚷道。

“先生,你刚才说——?”弗尔南多等这一段插话一说完就着急的问道。

“我刚才说什么来着?我怎么想不起来。卡德鲁斯这个酒鬼把我的思路给打断了。”

“爱喝就喝,那些怕酒的人就不敢喝,因为他们心里怀着鬼胎,怕给酒勾出来。”卡德鲁斯此时又哼起了当时一首极流行的歌曲的最后两句来:

坏蛋个个都喝水,

洪水可以做证人

“先生,你刚才说你很愿意帮我的忙,就是——”

“对了,就是我附带说一句,我帮你的忙,只要唐太斯娶不到你所爱的那个人就算了,我看,那件事是不难办到的,只是不必非把唐太斯置于死地。”

“只有死才能拆开他们。”弗尔南多说。“看你讲话的这个样子,真象一个呆子,朋友,”卡德鲁斯说,“这位是腾格拉尔,他是一个诡计多端的智多星,他马上就能证明你错了,证明给他看,腾格拉尔。我来代你回答吧。唐太斯不一定非死不可,假如他死了,也实在太可惜了,唐太斯是个好人。我喜欢唐太斯。唐太斯,祝你健康!”

弗尔南多不耐烦地站起来。“让他去说吧。”腾格拉尔按住那青年说,“他虽喝醉了,但讲的话倒也不失道理。分离和死亡会产生同样的结果,假如爱德蒙和美塞苔丝之间隔着一道监狱的墙,那么他们不得不分手,其结果与让他躺的坟墓里一样的。”

“不错,但关在牢里的人是会出来的,”卡德鲁斯说,他凭着尚存的一些理智仍在努力倾听着谈话,“而他一旦出来,象爱德蒙•唐太斯这样的人,他报起仇来——”

“那有什么可怕?”弗尔南多轻声地说。

“噢,我倒知道,”卡德鲁斯说,“凭什么把唐太斯关到牢里去?他又没有抢劫,杀人,害人。”

“闭嘴。”腾格拉尔说。

“我就不闭嘴!”卡德鲁斯继续说,“凭什么关系把唐太斯关到牢里去。我喜欢唐太斯。唐太斯我祝你健康!”他又喝了一杯酒。

腾格拉尔看到那裁缝的神色已经恍恍惚惚了,知道酒性已经发作了,便转过去,对弗尔南多说:“喂,你知道没人非要让他死不可。”

“那当然了,假如象你刚才所说的那样,你有办法可以使唐太斯被捕,那当然就没有这个必要了。你有办法吗?”

“只要去找,总是有办法的?”

“我不知道这事究竟是否与你有关,”弗尔南多抓住他的手臂说,“但我知道,你对唐太斯也一定怀有某种私怨,因为心怀怨恨的人是决不会看错别人的情绪的。”

“我?我怀有恨唐太斯的动机?不!我发誓!我是看到你很不快活,而我又很关心你,仅此而已,既然你认为我怀有什么私心,那就再见吧,我亲爱的朋友,你自己想办法解决这事吧。”腾格拉尔站起来装作要走的样子。

“不,不,”弗尔南多拉住他的手说,“请别走!你究竟恨不恨唐太斯与我没有关系。我是恨他!我可以公开宣布恨他。只要你能有办法,我就来干,——只要不杀了他就行,因为美塞苔斯曾说过,假如唐太斯死了,她也要去自杀。”

卡德鲁斯本来已把头伏在桌子上,现在忽然抬起头来,用他那迟钝无光的眼睛望着弗尔南多说:“杀唐太斯!谁说要杀唐太斯?我不愿意他死——我不愿意!他是我的朋友,今天早上还说要借钱给我,象我借给他一样。我不许人杀唐太斯——我不许!”

“谁说过要杀他了,你这傻瓜!”腾格拉尔答道。“我们只是开开玩笑而已,喝杯酒,祝他身体健康吧,”他给卡德鲁斯倒满了酒,又说,“别来打扰我们。”

“对,对,为唐太斯身体健康干杯!”卡德鲁斯把酒一饮而尽说,“这杯祝他身体健康祝他健康!嗨!”

“可是办法,——办法呢?”弗尔南多说。

“你还一点也想不起来吗?”

“没有,办法得由你想。”

“真的,”腾格拉尔说道,“法国人比西班牙人强,西班牙人还在苦苦思考之时,法国人则一拍脑袋主意就来了。”

“那么你有主意了吗?”弗尔南多不耐烦地说。

“伙计,”腾格拉尔说。“把笔墨纸张拿过来。”

“笔墨纸张?”弗尔南多咕哝的说。

“是的,我是一个押运员。笔墨和纸张是我的工具,没有工具我是什么事都做不了的。”

“把笔墨纸张拿来!”弗尔南多大声喊道。

“都在那张桌子上。”侍者指指文具说。

“拿到这儿来。”

侍者听命给他拿了过来。

卡德鲁斯手按着纸说:“想到用这东西杀人比候在树林旁边暗杀还要牢靠,也太令人寒心了!我一向就害怕笔、墨水和纸,比害怕刀剑或手枪还要厉害。”

“这家伙看来并不象他外表那样醉的厉害,”腾格拉尔说,“再灌他几杯,弗尔南多。”

弗尔南多又给卡德鲁斯斟满酒,后者原是一个酒徒,一看见酒,便放开了纸,抓起了酒杯。那迦太兰人一直看着卡德鲁斯,直看到他在这次进攻之下毫无招架之力,把酒杯象掉下来似的放到桌上为止。

“好了!”那迦太兰人看到卡德鲁斯最后的一点理智也消失在这杯酒里了,才又继续说道。

“好了,那么,譬如说,”腾格拉尔重又继续说道,“唐太斯现在刚刚航海回来,途中又在厄尔巴岛靠过,这次航海以后,假如有人向检察官告发,说他是一个拿破仑党的眼线的话——”

“我去告发他!”青年连忙喊道。

“好的,但这样他们就会叫你在告发书上签名的,还叫你和被告对质,我可以给你提供告发他的资料,因为我对于事实知道得很清楚。但唐太斯不会在牢里给关一辈子的,总有一天他会出来的。他一出来,必定要找那个使他入狱的人报仇的。”

“嘿,我就盼着他来找我打架呢。”

“是的,可是美塞苔丝,——美塞苔丝呢,只要你碰破她心爱的爱德蒙一层皮,她就会痛恨你的呀!”

“一点不错!”弗尔南多说。

“不行,不能这样做!”腾格拉尔继续说,“但是假如我们决定采取我现在所说的这个办法,那就好得多了,只要这支笔,蘸着这瓶墨水,用左手(那样笔迹就不会被人认出来)写一封告密信就得了。”腾格拉尔一面说着一面写了起来,他用左手写下了几行歪歪斜斜的根本看不出是他自己的笔迹的文字,然后他把那篇文字交给弗尔南多,弗尔南多低声读道:“检察官先生台鉴,敝人拥护王室及教会之人士,兹向您报告有爱德蒙•唐太斯其人,系法老号之大副,今晨自士麦拿经那不勒斯抵埠,中途曾停靠费拉约港。此人受缪拉之命送信与逆贼,并受逆贼命送信与巴黎拿破仑党委员会。犯罪证据在将其逮捕时即可获得,信件不是在其身上,就是在其父家中,或者在法老号上他的船舱里。”

“好极了,”腾格拉尔说,“这样你的报仇就不会被人知道了,这封信自可生效,而且肯定追究不到你的头上来的。没什么别的事了,只要象我这样把信折叠起来,写上‘呈交皇家检察官阁下’,一切就都解决了。”腾格拉尔一面说着,一面把收信人的姓名地址都写在了上面。

“不错,一切都解决了!”卡德鲁斯喊道,他凭着最后一点清醒已听到了那封信的内容,知道如果这样一去告密,会出现什么样的后果,“不错,一切都解决了,只是这样做太可耻了,太不名誉了!”他伸手想拿那封信。

“是的,”腾格拉尔说,一面把信移开了,使他拿不到,“我刚才所说所做的不过是开开玩笑而已,假如唐太斯,这位可敬的唐太斯遭到了什么不幸,我会第一个感到难过的,你看,”他拿起了那封信,把它揉成一团,抛向凉棚的一个角落里。

“这就对了!”卡德鲁斯说。“唐太斯是我的朋友,我可不能让他被人陷害。”

“哪个鬼家伙想陷害他?肯定不是我,弗尔南多也不会!”

腾格拉尔说着便站了起来望了一眼那个青年,青年依旧坐着,但眼睛却盯在了那被抛在角落里的告密信上。

“既然这样,”卡德鲁斯说道,“我们再来喝点酒吧。我想再喝几杯来祝德爱德蒙和那可爱的美塞苔丝健康。”

“你已经喝得不少了啦,酒鬼,”腾格拉尔说,“你要是再喝,就得睡在这儿了,因为你连站都站不起来了。”

“我喝多了。”卡德鲁斯一面说,一面带着一个醉鬼被冒犯时的那副样子站了起来,“我站不起来了?我跟你打赌,我能一口气跑上阿歌兰史教堂的钟楼,连脚步都不会乱!”

“好吧!”腾格拉尔说,“我跟你打赌,不过等明天吧,——今天该回去了。我们走吧,我来扶你。”

“很好,我们这就走,”卡德鲁斯说,“但我可用不着你来扶。走,弗尔南多,你不和我们一块儿回马赛吗?”

“不,”弗尔南多回答,“我回迦太兰村。”

“你错啦。跟我们一起到马赛去吧,走吧。”

“我不去。”

“你这是什么意思?你不去?好,随你的便吧,我的小伙子,在这个世界上人人都是自由的。走吧,腾格拉尔,随那位先生的便罢,他高兴就让他回迦太兰村去好了。”

腾格拉尔这时是很愿意顺着卡德鲁斯的脾气行事的,他扶着他踉踉跄跄地沿着胜利港向马赛走去。

他们大约向前走了二十码左右,腾格拉尔回过头来,看见弗尔南多正在弯腰捡起那张揉皱的纸,并塞进他的口袋里,然后冲出凉棚,向皮隆方面奔去。

“咦,”卡德鲁斯说,“看,他多会撒谎!他说要回迦太兰村去,可却朝城里那个方向走去了。喂,弗尔南多!”

“唔,是你弄错了,”腾格拉尔说,“他一点没错。”

“噢,”卡德鲁斯说,“我还以为他走错了呢,酒这东西真会骗人!”

“哼,”腾格拉尔心里想,“这件事我看开端还不错,现在只待静观它的发展了。”




V Le repas des fiançailles.

Le lendemain fut un beau jour. Le soleil se leva pur et brillant, et les premiers rayons d'un rouge pourpre diaprèrent de leurs rubis les pointes écumeuses des vagues.

Le repas avait été préparé au premier étage de cette même Réserve, avec la tonnelle de laquelle nous avons déjà fait connaissance. C'était une grande salle éclairée par cinq ou six fenêtres, au-dessus de chacune desquelles (explique le phénomène qui pourra!) était écrit le nom d'une des grandes villes de France.

Une balustrade en bois, comme le reste du bâtiment, régnait tout le long de ces fenêtres.

Quoique le repas ne fût indiqué que pour midi, dès onze heures du matin, cette balustrade était chargée de promeneurs impatients. C'étaient les marins privilégiés du Pharaon et quelques soldats, amis de Dantès. Tous avaient, pour faire honneur aux fiancés, fait voir le jour à leurs plus belles toilettes.

Le bruit circulait, parmi les futurs convives, que les armateurs du Pharaon devaient honorer de leur présence le repas de noces de leur second; mais c'était de leur part un si grand honneur accordé à Dantès que personne n'osait encore y croire.

Cependant Danglars, en arrivant avec Caderousse, confirma à son tour cette nouvelle. Il avait vu le matin M. Morrel lui-même, et M. Morrel lui avait dit qu'il viendrait dîner à la Réserve.

En effet, un instant après eux, M. Morrel fit à son tour son entrée dans la chambre et fut salué par les matelots du Pharaon d'un hourra unanime d'applaudissements. La présence de l'armateur était pour eux la confirmation du bruit qui courait déjà que Dantès serait nommé capitaine; et comme Dantès était fort aimé à bord, ces braves gens remerciaient ainsi l'armateur de ce qu'une fois par hasard son choix était en harmonie avec leurs désirs. À peine M. Morrel fut-il entré qu'on dépêcha unanimement Danglars et Caderousse vers le fiancé: ils avaient mission de le prévenir de l'arrivée du personnage important dont la vue avait produit une si vive sensation, et de lui dire de se hâter.

Danglars et Caderousse partirent tout courant mais ils n'eurent pas fait cent pas, qu'à la hauteur du magasin à poudre ils aperçurent la petite troupe qui venait.

Cette petite troupe se composait de quatre jeunes filles amies de Mercédès et Catalanes comme elle, et qui accompagnaient la fiancée à laquelle Edmond donnait le bras. Près de la future marchait le père Dantès, et derrière eux venait Fernand avec son mauvais sourire.

Ni Mercédès ni Edmond ne voyaient ce mauvais sourire de Fernand. Les pauvres enfants étaient si heureux qu'ils ne voyaient qu'eux seuls et ce beau ciel pur qui les bénissait.

Danglars et Caderousse s'acquittèrent de leur mission d'ambassadeurs; puis après avoir échangé une poignée de main bien vigoureuse et bien amicale avec Edmond, ils allèrent, Danglars prendre place près de Fernand, Caderousse se ranger aux côtés du père Dantès, centre de l'attention générale.

Ce vieillard était vêtu de son bel habit de taffetas épinglé, orné de larges boutons d'acier, taillés à facettes. Ses jambes grêles, mais nerveuses, s'épanouissaient dans de magnifiques bas de coton mouchetés, qui sentaient d'une lieue la contrebande anglaise. À son chapeau à trois cornes pendait un flot de rubans blancs et bleus.

Enfin, il s'appuyait sur un bâton de bois tordu et recourbé par le haut comme un pedum antique. On eût dit un de ces muscadins qui paradaient en 1796 dans les jardins nouvellement rouverts du Luxembourg et des Tuileries.

Près de lui, nous l'avons dit, s'était glissé Caderousse, Caderousse que l'espérance d'un bon repas avait achevé de réconcilier avec les Dantès, Caderousse à qui il restait dans la mémoire un vague souvenir de ce qui s'était passé la veille, comme en se réveillant le matin on trouve dans son esprit l'ombre du rêve qu'on a fait pendant le sommeil.

Danglars, en s'approchant de Fernand, avait jeté sur l'amant désappointé un regard profond. Fernand, marchant derrière les futurs époux, complètement oublié par Mercédès, qui dans cet égoïsme juvénile et charmant de l'amour n'avait d'yeux que pour son Edmond. Fernand était pâle, puis rouge par bouffées subites qui disparaissaient pour faire place chaque fois à une pâleur croissante. De temps en temps, il regardait du côté de Marseille, et alors un tremblement nerveux et involontaire faisait frissonner ses membres. Fernand semblait attendre ou tout au moins prévoir quelque grand événement.

Dantès était simplement vêtu. Appartenant à la marine marchande, il avait un habit qui tenait le milieu entre l'uniforme militaire et le costume civil; et sous cet habit, sa bonne mine, que rehaussaient encore la joie et la beauté de sa fiancée, était parfaite.

Mercédès était belle comme une de ces Grecques de Chypre ou de Céos, aux yeux d'ébène et aux lèvres de corail. Elle marchait de ce pas libre et franc dont marchent les Arlésiennes et les Andalouses. Une fille des villes eût peut-être essayé de cacher sa joie sous un voile ou tout au moins sous le velours de ses paupières, mais Mercédès souriait et regardait tous ceux qui l'entouraient, et son sourire et son regard disaient aussi franchement qu'auraient pu le dire ses paroles: Si vous êtes mes amis, réjouissez-vous avec moi, car, en vérité, je suis bien heureuse!

Dès que les fiancés et ceux qui les accompagnaient furent en vue de la Réserve, M. Morrel descendit et s'avança à son tour au-devant d'eux, suivi des matelots et des soldats avec lesquels il était resté, et auxquels il avait renouvelé la promesse déjà faite à Dantès qu'il succéderait au capitaine Leclère. En le voyant venir, Edmond quitta le bras de sa fiancée et le passa sous celui de M. Morrel. L'armateur et la jeune fille donnèrent alors l'exemple en montant les premiers l'escalier de bois qui conduisait à la chambre où le dîner était servi, et qui cria pendant cinq minutes sous les pas pesants des convives.

«Mon père, dit Mercédès en s'arrêtant au milieu de la table, vous à ma droite, je vous prie; quant à ma gauche, j'y mettrai celui qui m'a servi de frère», fit-elle avec une douceur qui pénétra au plus profond du cœur de Fernand comme un coup de poignard.

Ses lèvres blêmirent, et sous la teinte bistrée de son mâle visage on put voir encore une fois le sang se retirer peu à peu pour affluer au cœur.

Pendant ce temps, Dantès avait exécuté la même manœuvre; à sa droite il avait mis M. Morrel, à sa gauche Danglars; puis de la main il avait fait signe à chacun de se placer à sa fantaisie.

Déjà couraient autour de la table les saucissons d'Arles à la chair brune et au fumet accentué, les langoustes à la cuirasse éblouissante, les prayres à la coquille rosée, les oursins, qui semblent des châtaignes entourées de leur enveloppe piquante, les clovisses, qui ont la prétention de remplacer avec supériorité, pour les gourmets du Midi, les huîtres du Nord; enfin tous ces hors-d'œuvre délicats que la vague roule sur sa rive sablonneuse, et que les pêcheurs reconnaissants désignent sous le nom générique de fruits de mer.

«Un beau silence! dit le vieillard en savourant un verre de vin jaune comme la topaze, que le père Pamphile en personne venait d'apporter devant Mercédès. Dirait-on qu'il y a ici trente personnes qui ne demandent qu'à rire.

—Eh! un mari n'est pas toujours gai, dit Caderousse.

—Le fait est, dit Dantès, que je suis trop heureux en ce moment pour être gai. Si c'est comme cela que vous l'entendez, voisin, vous avez raison! La joie fait quelquefois un effet étrange, elle oppresse comme la douleur.»

Danglars observa Fernand, dont la nature impressionnable absorbait et renvoyait chaque émotion.

«Allons donc, dit-il, est-ce que vous craindriez quelque chose? il me semble, au contraire, que tout va selon vos désirs!

—Et c'est justement cela qui m'épouvante, dit Dantès, il me semble que l'homme n'est pas fait pour être si facilement heureux! Le bonheur est comme ces palais des îles enchantées dont les dragons gardent les portes. Il faut combattre pour le conquérir, et moi, en vérité, je ne sais en quoi j'ai mérité le bonheur d'être le mari de Mercédès.

—Le mari, le mari, dit Caderousse en riant, pas encore, mon capitaine; essaie un peu de faire le mari, et tu verras comme tu seras reçu!»

Mercédès rougit. Fernand se tourmentait sur sa chaise, tressaillait au moindre bruit, et de temps en temps essuyait de larges plaques de sueur qui perlaient sur son front, comme les premières gouttes d'une pluie d'orage.

«Ma foi, dit Dantès, voisin Caderousse, ce n'est point la peine de me démentir pour si peu. Mercédès n'est point encore ma femme, c'est vrai... (il tira sa montre). Mais, dans une heure et demie elle le sera!»

Chacun poussa un cri de surprise, à l'exception du père Dantès, dont le large rire montra les dents encore belles. Mercédès sourit et ne rougit plus. Fernand saisit convulsivement le manche de son couteau.

«Dans une heure! dit Danglars pâlissant lui-même; et comment cela?

—Oui, mes amis, répondit Dantès, grâce au crédit de M. Morrel, l'homme après mon père auquel je dois le plus au monde, toutes les difficultés sont aplanies. Nous avons acheté les bans, et à deux heures et demie le maire de Marseille nous attend à l'hôtel de ville. Or, comme une heure et un quart viennent de sonner, je ne crois pas me tromper de beaucoup en disant que dans une heure trente minutes Mercédès s'appellera Mme Dantès.»

Fernand ferma les yeux: un nuage de feu brûla ses paupières; il s'appuya à la table pour ne pas défaillir, et, malgré tous ses efforts, ne put retenir un gémissement sourd qui se perdit dans le bruit des rires et des félicitations de l'assemblée.

«C'est bien agir, cela, hein, dit le père Dantès. Cela s'appelle-t-il perdre son temps, à votre avis? Arrivé d'hier au matin, marié aujourd'hui à trois heures! Parlez-moi des marins pour aller rondement en besogne.

—Mais les autres formalités, objecta timidement Danglars: le contrat, les écritures?...

—Le contrat, dit Dantès en riant, le contrat est tout fait: Mercédès n'a rien, ni moi non plus! Nous nous marions sous le régime de la communauté, et voilà! Ça n'a pas été long à écrire et ce ne sera pas cher à payer.»

Cette plaisanterie excita une nouvelle explosion de joie et de bravos.

«Ainsi, ce que nous prenions pour un repas de fiançailles, dit Danglars, est tout bonnement un repas de noces.

—Non pas, dit Dantès; vous n'y perdrez rien, soyez tranquilles. Demain matin, je pars pour Paris. Quatre jours pour aller, quatre jours pour revenir, un jour pour faire en conscience la commission dont je suis chargé, et le 1er mars je suis de retour; au 2 mars donc le véritable repas de noces.»

Cette perspective d'un nouveau festin redoubla l'hilarité au point que le père Dantès, qui au commencement du dîner se plaignait du silence, faisait maintenant, au milieu de la conversation générale, de vains efforts pour placer son vœu de prospérité en faveur des futurs époux.

Dantès devina la pensée de son père et y répondit par un sourire plein d'amour. Mercédès commença de regarder l'heure au coucou de la salle et fit un petit signe à Edmond.

Il y avait autour de la table cette hilarité bruyante et cette liberté individuelle qui accompagnent, chez les gens de condition inférieure, la fin des repas. Ceux qui étaient mécontents de leur place s'étaient levés de table et avaient été chercher d'autres voisins. Tout le monde commençait à parler à la fois, et personne ne s'occupait de répondre à ce que son interlocuteur lui disait, mais seulement à ses propres pensées.

La pâleur de Fernand était presque passée sur les joues de Danglars; quant à Fernand lui-même, il ne vivait plus et semblait un damné dans le lac de feu. Un des premiers, il s'était levé et se promenait de long en large dans la salle, essayant d'isoler son oreille du bruit des chansons et du choc des verres.

Caderousse s'approcha de lui au moment où Danglars, qu'il semblait fuir, venait de le rejoindre dans un angle de la salle.

«En vérité, dit Caderousse, à qui les bonnes façons de Dantès et surtout le bon vin du père Pamphile avaient enlevé tous les restes de la haine dont le bonheur inattendu de Dantès avait jeté les germes dans son âme, en vérité, Dantès est un gentil garçon; et quand je le vois assis près de sa fiancée, je me dis que ç'eût été dommage de lui faire la mauvaise plaisanterie que vous complotiez hier.

—Aussi, dit Danglars, tu as vu que la chose n'a pas eu de suite; ce pauvre M. Fernand était si bouleversé qu'il m'avait fait de la peine d'abord; mais du moment qu'il en a pris son parti, au point de s'être fait le premier garçon de noces de son rival, il n'y a plus rien à dire.»

Caderousse regarda Fernand, il était livide.

«Le sacrifice est d'autant plus grand, continua Danglars, qu'en vérité la fille est belle. Peste! l'heureux coquin que mon futur capitaine; je voudrais m'appeler Dantès douze heures seulement.

—Partons-nous? demanda la douce voix de Mercédès; voici deux heures qui sonnent, et l'on nous attend à deux heures un quart.

—Oui, oui, partons! dit Dantès en se levant vivement.

—Partons!» répétèrent en chœur tous les convives.

Au même instant, Danglars, qui ne perdait pas de vue Fernand assis sur le rebord de la fenêtre, le vit ouvrir des yeux hagards, se lever comme par un mouvement convulsif, et retomber assis sur l'appui de cette croisée; presque au même instant un bruit sourd retentit dans l'escalier; le retentissement d'un pas pesant, une rumeur confuse de voix mêlées à un cliquetis d'armes couvrirent les exclamations des convives, si bruyantes qu'elles fussent, et attirèrent l'attention générale, qui se manifesta à l'instant même par un silence inquiet. Le bruit s'approcha: trois coups retentirent dans le panneau de la porte; chacun regarda son voisin d'un air étonné.

«Au nom de la loi!» cria une voix vibrante, à laquelle aucune voix ne répondit.

Aussitôt la porte s'ouvrit, et un commissaire, ceint de son écharpe, entra dans la salle, suivi de quatre soldats armés, conduits par un caporal.

L'inquiétude fit place à la terreur.

«Qu'y a-t-il? demanda l'armateur en s'avançant au-devant du commissaire qu'il connaissait; bien certainement, monsieur, il y a méprise.

—S'il y a méprise, monsieur Morrel, répondit le commissaire croyez que la méprise sera promptement réparée; en attendant, je suis porteur d'un mandat d'arrêt; et quoique ce soit avec regret que je remplisse ma mission, il ne faut pas moins que je la remplisse: lequel de vous, messieurs, est Edmond Dantès?»

Tous les regards se tournèrent vers le jeune homme qui, fort ému, mais conservant sa dignité, fit un pas en avant et dit:

«C'est moi, monsieur, que me voulez-vous?

—Edmond Dantès, reprit le commissaire, au nom de la loi, je vous arrête!

—Vous m'arrêtez! dit Edmond avec une légère pâleur, mais pourquoi m'arrêtez-vous?

—Je l'ignore, monsieur, mais votre premier interrogatoire vous l'apprendra.»

M. Morrel comprit qu'il n'y avait rien à faire contre l'inflexibilité de la situation: un commissaire ceint de son écharpe n'est plus un homme, c'est la statue de la loi, froide, sourde, muette.

Le vieillard, au contraire, se précipita vers l'officier; il y a des choses que le cœur d'un père ou d'une mère ne comprendra jamais.

Il pria et supplia: larmes et prières ne pouvaient rien; cependant son désespoir était si grand, que le commissaire en fut touché.

«Monsieur, dit-il, tranquillisez-vous; peut-être votre fils a-t-il négligé quelque formalité de douane ou de santé, et, selon toute probabilité, lorsqu'on aura reçu de lui les renseignements qu'on désire en tirer, il sera remis en liberté.

—Ah çà! qu'est-ce que cela signifie? demanda en fronçant le sourcil Caderousse à Danglars, qui jouait la surprise.

—Le sais-je, moi? dit Danglars; je suis comme toi: je vois ce qui se passe, je n'y comprends rien, et je reste confondu.»

Caderousse chercha des yeux Fernand: il avait disparu. Toute la scène de la veille se représenta alors à son esprit avec une effrayante lucidité. On eût dit que la catastrophe venait de tirer le voile que l'ivresse de la veille avait jeté entre lui et sa mémoire.

«Oh! oh! dit-il d'une voix rauque, serait-ce la suite de la plaisanterie dont vous parliez hier, Danglars? En ce cas, malheur à celui qui l'aurait faite, car elle est bien triste.

—Pas du tout! s'écria Danglars, tu sais bien, au contraire, que j'ai déchiré le papier.

—Tu ne l'as pas déchiré, dit Caderousse; tu l'as jeté dans un coin, voilà tout.

—Tais-toi, tu n'as rien vu, tu étais ivre.

—Où est Fernand? demanda Caderousse.

—Le sais-je, moi! répondit Danglars, à ses affaires probablement: mais, au lieu de nous occuper de cela, allons donc porter du secours à ces pauvres affligés.»

En effet, pendant cette conversation, Dantès avait en souriant, serré la main à tous ses amis, et s'était constitué prisonnier en disant:

«Soyez tranquilles, l'erreur va s'expliquer, et probablement que je n'irai même pas jusqu'à la prison.

—Oh! bien certainement, j'en répondrais», dit Danglars qui, en ce moment, s'approchait, comme nous l'avons dit, du groupe principal.

Dantès descendit l'escalier, précédé du commissaire de police et entouré par les soldats. Une voiture, dont la portière était tout ouverte, attendait à la porte, il y monta, deux soldats et le commissaire montèrent après lui; la portière se referma, et la voiture reprit le chemin de Marseille.

«Adieu, Dantès! adieu, Edmond!» s'écria Mercédès en s'élançant sur la balustrade.

Le prisonnier entendit ce dernier cri, sorti comme un sanglot du cœur déchiré de sa fiancée; il passa la tête par la portière, cria: «Au revoir, Mercédès!» et disparut à l'un des angles du fort Saint-Nicolas.

«Attendez-moi ici, dit l'armateur, je prends la première voiture que je rencontre, je cours à Marseille, et je vous rapporte des nouvelles.

—Allez! crièrent toutes les voix, allez! et revenez bien vite!»

Il y eut, après ce double départ, un moment de stupeur terrible parmi tous ceux qui étaient restés.

Le vieillard et Mercédès restèrent quelque temps isolés, chacun dans sa propre douleur; mais enfin leurs yeux se rencontrèrent; ils se reconnurent comme deux victimes frappées du même coup, et se jetèrent dans les bras l'un de l'autre.

Pendant ce temps, Fernand rentra, se versa un verre d'eau qu'il but, et alla s'asseoir sur une chaise.

Le hasard fit que ce fut sur une chaise voisine que vint tomber Mercédès en sortant des bras du vieillard.

Fernand, par un mouvement instinctif, recula sa chaise.

«C'est lui, dit à Danglars Caderousse, qui n'avait pas perdu de vue le Catalan.

—Je ne crois pas, répondit Danglars, il était trop bête; en tout cas, que le coup retombe sur celui qui l'a fait.

—Tu ne me parles pas de celui qui l'a conseillé, dit Caderousse.

—Ah! ma foi, dit Danglars, si l'on était responsable de tout ce que l'on dit en l'air!

—Oui, lorsque ce que l'on dit en l'air retombe par la pointe.»

Pendant ce temps, les groupes commentaient l'arrestation de toutes les manières.

«Et vous, Danglars, dit une voix, que pensez-vous de cet événement?

—Moi, dit Danglars, je crois qu'il aura rapporté quelques ballots de marchandises prohibées.

—Mais si c'était cela, vous devriez le savoir, Danglars, vous qui étiez agent comptable.

—Oui, c'est vrai; mais l'agent comptable ne connaît que les colis qu'on lui déclare: je sais que nous sommes chargés de coton, voilà tout; que nous avons pris le chargement à Alexandrie, chez M. Pastret, et à Smyrne, chez M. Pascal; ne m'en demandez pas davantage.

—Oh! je me rappelle maintenant, murmura le pauvre père, se rattachant à ce débris, qu'il m'a dit hier qu'il avait pour moi une caisse de café et une caisse de tabac.

—Voyez-vous, dit Danglars, c'est cela: en notre absence, la douane aura fait une visite à bord du Pharaon, et elle aura découvert le pot aux roses.»

Mercédès ne croyait point à tout cela; car, comprimée jusqu'à ce moment, sa douleur éclata tout à coup en sanglots.

«Allons, allons, espoir! dit, sans trop savoir ce qu'il disait, le père Dantès.

—Espoir! répéta Danglars.

—Espoir», essaya de murmurer Fernand.

Mais ce mot l'étouffait; ses lèvres s'agitèrent, aucun son ne sortit de sa bouche.

«Messieurs, cria un des convives resté en vedette sur la balustrade; messieurs, une voiture! Ah! c'est M. Morrel! courage, courage! sans doute qu'il nous apporte de bonnes nouvelles.»

Mercédès et le vieux père coururent au-devant de l'armateur, qu'ils rencontrèrent à la porte. M. Morrel était fort pâle.

«Eh bien? s'écrièrent-ils d'une même voix.

—Eh bien, mes amis! répondit l'armateur en secouant la tête, la chose est plus grave que nous ne le pensions.

—Oh! monsieur, s'écria Mercédès, il est innocent!

—Je le crois, répondit M. Morrel, mais on l'accuse....

—De quoi donc? demanda le vieux Dantès.

—D'être un agent bonapartiste.»

Ceux de mes lecteurs qui ont vécu dans l'époque où se passe cette histoire se rappelleront quelle terrible accusation c'était alors, que celle que venait de formuler M. Morrel. Mercédès poussa un cri; le vieillard se laissa tomber sur une chaise.

«Ah! murmura Caderousse, vous m'avez trompé, Danglars, et la plaisanterie a été faite; mais je ne veux pas laisser mourir de douleur ce vieillard et cette jeune fille, et je vais tout leur dire.

—Tais-toi, malheureux! s'écria Danglars en saisissant la main de Caderousse, ou je ne réponds pas de toi-même; qui te dit que Dantès n'est pas véritablement coupable? Le bâtiment a touché à l'île d'Elbe, il y est descendu, il est resté tout un jour à Porto-Ferrajo; si l'on trouvait sur lui quelque lettre qui le compromette, ceux qui l'auraient soutenu passeraient pour ses complices.»

Caderousse, avec l'instinct rapide de l'égoïsme, comprit toute la solidité de ce raisonnement; il regarda Danglars avec des yeux hébétés par la crainte et la douleur, et, pour un pas qu'il avait fait en avant, il en fit deux en arrière.

«Attendons, alors, murmura-t-il.

—Oui, attendons, dit Danglars; s'il est innocent, on le mettra en liberté; s'il est coupable, il est inutile de se compromettre pour un conspirateur.

—Alors, partons, je ne puis rester plus longtemps ici.

—Oui, viens, dit Danglars enchanté de trouver un compagnon de retraite, viens, et laissons-les se retirer de là comme ils pourront.»

Ils partirent: Fernand, redevenu l'appui de la jeune fille, prit Mercédès par la main et la ramena aux Catalans. Les amis de Dantès ramenèrent, de leur côté, aux allées de Meilhan, ce vieillard presque évanoui.

Bientôt cette rumeur, que Dantès venait d'être arrêté comme agent bonapartiste, se répandit par toute la ville.

«Eussiez-vous cru cela, mon cher Danglars? dit M. Morrel en rejoignant son agent comptable et Caderousse, car il regagnait lui-même la ville en toute hâte pour avoir quelque nouvelle directe d'Edmond par le substitut du procureur du roi, M. de Villefort, qu'il connaissait un peu; auriez-vous cru cela?

—Dame, monsieur! répondit Danglars, je vous avais dit que Dantès, sans aucun motif, avait relâché à l'île d'Elbe, et cette relâche, vous le savez, m'avait paru suspecte.

—Mais aviez-vous fait part de vos soupçons à d'autres qu'à moi?

—Je m'en serais bien gardé, monsieur, ajouta tout bas Danglars; vous savez bien qu'à cause de votre oncle, M. Policar Morrel, qui a servi sous l'autre et qui ne cache pas sa pensée, on vous soupçonne de regretter Napoléon; j'aurais eu peur de faire tort à Edmond et ensuite à vous; il y a de ces choses qu'il est du devoir d'un subordonné de dire à son armateur et de cacher sévèrement aux autres.

—Bien, Danglars, bien, dit l'armateur, vous êtes un brave garçon; aussi j'avais d'avance pensé à vous, dans le cas où ce pauvre Dantès fût devenu le capitaine du Pharaon.

—Comment cela, monsieur?

—Oui, j'avais d'avance demandé à Dantès ce qu'il pensait de vous, et s'il aurait quelque répugnance à vous garder à votre poste; car, je ne sais pourquoi, j'avais cru remarquer qu'il y avait du froid entre vous.

—Et que vous a-t-il répondu?

—Qu'il croyait effectivement avoir eu dans une circonstance qu'il ne m'a pas dite, quelques torts envers vous, mais que toute personne qui avait la confiance de l'armateur avait la sienne.

—L'hypocrite! murmura Danglars.

—Pauvre Dantès! dit Caderousse, c'est un fait qu'il était excellent garçon.

—Oui, mais en attendant, dit M. Morrel, voilà le Pharaon sans capitaine.

—Oh! dit Danglars, il faut espérer, puisque nous ne pouvons repartir que dans trois mois, que d'ici à cette époque Dantès sera mis en liberté.

—Sans doute, mais jusque-là?

—Eh bien, jusque-là me voici, monsieur Morrel, dit Danglars; vous savez que je connais le maniement d'un navire aussi bien que le premier capitaine au long cours venu, cela vous offrira même un avantage, de vous servir de moi, car lorsque Edmond sortira de prison, vous n'aurez personne à remercier: il reprendra sa place et moi la mienne, voilà tout.

—Merci, Danglars, dit l'armateur; voilà en effet qui concilie tout. Prenez donc le commandement, je vous y autorise, et surveillez le débarquement: il ne faut jamais, quelque catastrophe qui arrive aux individus, que les affaires souffrent.

—Soyez tranquille, monsieur; mais pourra-t-on le voir au moins, ce bon Edmond?

—Je vous dirai cela tout à l'heure, Danglars; je vais tâcher de parler à M. de Villefort et d'intercéder près de lui en faveur du prisonnier. Je sais bien que c'est un royaliste enragé, mais, que diable! tout royaliste et procureur du roi qu'il est, il est un homme aussi, et je ne le crois pas méchant.

—Non, dit Danglars, mais j'ai entendu dire qu'il était ambitieux, et cela se ressemble beaucoup.

—Enfin, dit M. Morrel avec un soupir, nous verrons; allez à bord, je vous y rejoins.»

Et il quitta les deux amis pour prendre le chemin du palais de justice.

«Tu vois, dit Danglars à Caderousse, la tournure que prend l'affaire. As-tu encore envie d'aller soutenir Dantès maintenant?

—Non, sans doute; mais c'est cependant une terrible chose qu'une plaisanterie qui a de pareilles suites.

—Dame! qui l'a faite? ce n'est ni toi ni moi, n'est-ce pas? c'est Fernand. Tu sais bien que quant à moi j'ai jeté le papier dans un coin: je croyais même l'avoir déchiré.

—Non, non, dit Caderousse. Oh! quant à cela, j'en suis sûr; je le vois au coin de la tonnelle, tout froissé, tout roulé, et je voudrais même bien qu'il fût encore où je le vois!

—Que veux-tu? Fernand l'aura ramassé, Fernand l'aura copié ou fait copier, Fernand n'aura peut-être même pas pris cette peine; et, j'y pense... mon Dieu! il aura peut-être envoyé ma propre lettre! Heureusement que j'avais déguisé mon écriture.

—Mais tu savais donc que Dantès conspirait?

—Moi, je ne savais rien au monde. Comme je l'ai dit, j'ai cru faire une plaisanterie, pas autre chose. Il paraît que, comme Arlequin, j'ai dit la vérité en riant.

—C'est égal, reprit Caderousse, je donnerais bien des choses pour que toute cette affaire ne fût pas arrivée, ou du moins pour n'y être mêlé en rien. Tu verras qu'elle nous portera malheur, Danglars!

—Si elle doit porter malheur à quelqu'un, c'est au vrai coupable, et le vrai coupable c'est Fernand et non pas nous. Quel malheur veux-tu qu'il nous arrive à nous? Nous n'avons qu'à nous tenir tranquilles, sans souffler le mot de tout cela, et l'orage passera sans que le tonnerre tombe.

—Amen! dit Caderousse en faisant un signe d'adieu à Danglars et en se dirigeant vers les allées de Meilhan, tout en secouant la tête et en se parlant à lui-même, comme ont l'habitude de faire les gens fort préoccupés.

—Bon! dit Danglars, les choses prennent la tournure que j'avais prévue: me voilà capitaine par intérim, et si cet imbécile de Caderousse peut se taire, capitaine tout de bon. Il n'y a donc que le cas où la justice relâcherait Dantès? Oh! mais, ajouta-t-il avec un sourire, la justice est la justice, et je m'en rapporte à elle.»

Et sur ce, il sauta dans une barque en donnant l'ordre au batelier de le conduire à bord du Pharaon, où l'armateur, on se le rappelle, lui avait donné rendez-vous.

 

第五章 婚宴

清晨,明媚的朝阳染红了天空,抚慰着那吐着白沫的浪潮。

瑞瑟夫酒家此时已备好了丰富的酒筵,(酒家的那座凉棚是读者们已熟悉了的)。摆席的那个大厅非常宽敞,并排开着几扇大窗子,每个窗子上都有用金字写着的法国各大城市的名字。在这排窗子底下,是一条跟屋子一样长的木板走廊。筵席虽预定在十二点钟开始。但在这之前的一小时,走廊上便早已挤满了性急的前来贺喜的客人,他们有些是法老号上同唐太斯要好的船员,有些是他的私人朋友,全都穿着最漂亮的衣服,给这个愉快的日子增光不少,大家都在纷纷议论,法老号的船主要来参加婚宴,但大家又似乎都不相信唐太斯能有这么大的面子。

还是与卡德鲁斯同来的腾格拉尔证实了这个消息,说他刚才遇到了莫雷尔先生,莫雷尔先生亲口说要来赴宴。

果然,不一会儿,莫雷尔先生便走了进来。法老号的水手们纷纷向他致意、欢呼。在他们看来船主的光临证实了一个传闻,唐太斯不久就要做法老号船长了,由于唐太斯是船员们都一致爱戴的人物,所以当船员们发现他们上司的意见和选择正好符合了他们的愿望时,也就禁不住欢喜起来。

这一阵嘈杂而亲热的欢迎过去以后,腾格拉尔和卡德鲁斯便被派去到新郎家中去报告重要人物已经到了的消息,希望新郎赶快来迎接他的贵宾。

二人便火速前往,但他们还没走出百步远,就有一群人向他们走来,前面走着的那对新人和一群伴随新娘的青年人,新娘的旁边是唐太斯的父亲,他们的后面则跟着弗尔南多。他的脸上仍旧挂着一种阴险的微笑。

美塞苔丝和爱德蒙都没有注意到他脸上那种异样的表情。他们实在是太幸福了,所以他们的眼睛除了互相深情地注视着以外,就只看到他们头上那明朗而美丽的天空。

腾格拉尔他们完成了自己的使命,并向爱德蒙亲热地道贺以后,腾格拉尔就走到了弗尔南多的身边,卡德鲁斯则和唐太斯老爹留在了一起。老唐太斯现在已成了众人注目的焦点。

他穿着一套剪裁合体、熨得笔挺、钉着铁钮扣的黑衣服。他那瘦小但依旧相当有力的小腿上套着一双脚踝处绣满了花的长统袜子,一看便知是英国货;他的三角帽上垂下一长条蓝白色丝带结成的穗子;拄着一根雕刻得很奇特的手杖。卡德鲁斯一副卑谄的样子跟在他身旁,希望美餐一顿的渴望使他又与唐太斯父子重归于好了,昨晚上的事,他脑子里留有模糊不清的印象,——就象人从梦中醒来时脑子里留下的模糊印象一样。

腾格拉尔走近那个失恋的情人的时候,意味深长的看了他一眼。只见弗尔南多脸色苍白,神情茫然地慢慢跟在那对幸福的人后面,而面前那对满心欢喜的人却似乎已完全忘记了还有他这个人存在着。他的脸偶尔会突然涨得通红,神经质的抽搐一下,——焦急不安的朝马赛那个方向望一眼,好象在期待某种惊人的大事发生似的。

唐太斯的衣着不仅很合式,而且也很简单,他穿着一套半似军服,半似便服的商船船员制服。他那张英俊的脸上闪着喜悦和幸福的光芒,显得更加英气勃发。

美塞苔丝可爱得象塞浦路斯或凯奥斯的希腊美女一样,她的眼睛乌黑明亮,嘴唇鲜红娇嫩,她的步伐就象阿尔妇女和安达卢西亚妇女那样轻盈和婀娜多姿。假如她是一个城里姑娘,她一定会把她的喜悦掩饰起来,或至少垂下她那浓密的睫毛,以掩饰她那一对水汪汪的热情的眼睛,但美塞苔丝却是一个劲地微笑着左右顾盼,好象在说:“假如你们是我的朋友,那么就和我一起欢乐吧,因为我实在是太幸福了。”

当这队伴着新郎新娘的行列进入瑟夫酒家的时候,莫雷尔先生就迎上前来,他身后跟着早已聚集在那儿的士兵和水手,他们已经从莫雷尔先生那儿知道他已经许过的诺言,知道唐太斯就要接替已故的莱克勒船长了,爱德蒙一走到雇主的前面,便把他的未婚妻的手臂递给莫雷尔先生,后者就带着她踏上了木头楼梯,向摆好了酒席的大厅走去,宾客们嘻嘻哈哈地跟在后面,楼梯在拥挤的人群脚下吱吱地响着。

“爸爸,”美塞苔丝走到桌子前面停下来说。“请您坐到我的右边,左边这个置人要让一位始终象亲兄弟那样照顾我的人坐,”她这句温柔而甜密的话象一把匕首直刺入弗尔南多的心。他的嘴唇苍白,棕黑的皮肤下,可以看见血液突然退去,象是受到了某种意外的压缩,流回到了心脏里去了一样。

这时,坐在桌子对面的唐太斯,也同样正在安排他最尊贵的来宾莫雷尔先生坐在他在右边,腾格拉尔坐在他的左边,其余的人也都各自找到了他们认为最适当的位子坐下。

现在便开始尽情地享受那些放满在桌子上的美味佳肴了。新鲜香美的阿尔腊肠,鲜红耀目的带壳龙虾,色彩鲜明的大虾,外面有刺而里面细腻上口的海胆,还有为南方食客所极力赞美、认为比牡蛎还香美可口的蛤蜊——这一切,再加上无数从沙滩上捕来的,被那些该感谢的渔夫称为“海果”的各种珍馔美肴,都呈在了这次婚筵席上。

“真安静啊!”新郎的父亲说,他正拿起一杯黄玉色的酒举到嘴边,这杯酒是美塞苔丝献上的,谁会想到这儿有三十个又说又笑的人呢?

“唉!”卡德鲁斯叹息到,“做丈夫的并非永远是开心的,”事实是,”唐太斯答,“我是太幸福了,所以反而乐不起来了,假如你是这样认为的话,我可敬的朋友,我想你是说对了,有的时候,快乐会产生一种奇特的效果,它会压住我们,就象悲哀一样。”

腾格拉尔向弗尔南多看了看,只见他易于激动的天性把每一个新的感受都明显地表露在脸上。

“咦,你有什么不快乐?”他问爱德蒙。“你难道怕有什么样的灾难降临吗?我敢说今天在众人眼里你最称心如意啦。”

“使我感到不安的也正是这一点,”唐太斯答道“在我看来幸福似乎不该这样轻易到手的,幸福应该是我们小时候书上所读到的神奇的魔宫,有凶猛的毒龙守在入口,有各种各样大大小小的的妖魔鬼怪挡主去路,要征服这一切,就非去战斗不可。我现在真得觉得有点奇怪,凭什么获得这份荣耀——做美塞苔丝的丈夫。”

“丈夫,丈夫?”卡德鲁斯大声笑着说,“还没有做成呢,我的船长,你就试试去做个丈夫吧,瞧瞧会怎么样。”

美塞苔丝不禁脸上泛起了红晕。焦躁不安的弗尔南多每当听到一点响声就会显得很吃惊的样子,他不时抹一下额头上沁出汗,那汗珠就象暴风雨即将来时落下的雨蹼那样粗大。

“哦,那倒没什么,卡德鲁斯邻居,这种小事是不值得一提的,不错,美塞苔丝此刻还不能真正算我的妻子,但是,”他掏出表来看了看,就说,“再过一个半小时,她就是我的妻子了。”

所有的人都惊叫了一声,只有老唐太斯除外,他开怀大笑,露出一排很整齐的牙齿。美塞苔丝微笑了一下,不再羞涩了。弗尔南多则神经质地紧握着他的刀柄。

“一个小时?”腾格拉尔问,他的脸色也变白了,“怎么回事,我的朋友?

“是的,,”唐太斯回答道,“在这儿我特别感谢莫雷尔先生在这世界上,除了我父亲以外,我的幸福完全归功于他,由于他的帮忙,一切困难都已经解决了。我们已经付了结婚预告费,两点半的时候,马赛市长就会在维丽大酒家等候我们。现在已经是一点一刻了,所以我说再过一个半小时美塞苔丝会变成唐太斯夫人并非言之过早。”

弗尔南多闭上了双眼,一种火一样的感觉掠过了他的眉头,他不得不将身子伏在桌子上以免跌倒。他虽然努力克制着自己,但仍禁不住发出一声长叹,但是他的叹息声被嘈杂的祝贺声淹没了。

“凭良心,”老人大声说,“这事你办得真迅速。昨天早晨才到这儿的,今天三点钟就结婚!我终于相信了水手是办事的快手!”

“可是”腾格拉尔胆怯地说。“其它手续怎么办呢,——婚书,文契?”

“噢,你真是!”唐太斯笑着回答说,“我们的婚书早已写好子。美塞苔丝没有什么财产,我也一样。所以,你看,我们的婚书根本没费多少时间就写好了,而且也没花几个钱。”这个笑话引起众人一阵哄笑和掌声。

“那么,我们认为只不过是订婚的喜酒变成结婚的喜酒了。”腾格拉尔说。

“不,不!”唐太斯回答,“可别把人看成是那么小器,明天得动身到巴黎去。四天来回,再加一天的时间办事就够了。三月初我就能回来,回来后,第二天我就请大家喝喜酒。”

想到又一次有美餐的机会,宾客们更加欢乐无比,老唐太斯还在宴席一开始的时候就曾嫌太静,现在人们是如此嘈杂喧哗,他竟很想找一个机会来向新娘新郎表示祝贺了。

唐太斯觉察到父亲那种亲热的焦急之情,便愉快地报以感激的一笑。美塞苔丝的眼睛不时地去瞟一眼摆在房子里的钟,她向爱德蒙做了一个手势,示意。

席间的气氛是愉快的,无拘无束的,这是在社交集会时司空见惯的现象,大家太快乐了以致摆脱了一切拘谨礼仪的束缚。那些在席间觉得座位不称心的人已经换了位置,并找到了称心如意的邻座。有的人都在乱哄哄地说,不住嘴地说着话,谁也不关心谁,大家都在各说各的话。

弗尔南多苍白的脸色似乎已传染给腾格拉尔的脸上,弗尔南多自己却似乎正在忍受着死囚一般的痛苦,他再也坐不住了,站起来首先离开席,象要躲开这一片震耳欲聋的声音里所洋溢的喜气似的,一言不发地在大厅另一端走来走去。

弗尔南多似乎要躲开腾格拉尔,而腾格拉尔却偏偏又来找他,卡德鲁斯一见这种情形,也向别房间的那一角走过去。

“凭良心讲,”卡德鲁斯说,由于唐太斯友善的款待和他喝下的那些美酒的满足劲也起了作用,他脑子里对唐太斯交了好运的妒嫉之意反而一扫而光了,“——凭良心讲,唐太斯实在是一个顶好的人,当我看到他坐在他那漂亮的未婚妻旁边时候,一想到你们昨天的计划用的那有套把戏,真觉得太不应该了。”

“哦,那事反正又不是真的,”腾格拉尔回答说,“最初我是出于同情弗尔南多受到的打击,但当我看到他甚至做着他的情敌的伴郎仍完全克制住他自己的情感时,我知道这事就不必再多说了。”卡德鲁斯凝视着弗尔南多,弗尔南多的脸色白的象一张纸。“说实在的,”腾格拉尔又说,“姑娘长得可真美,这个牺牲可不算校说真的,我那位未来的船长真是个交好运的家伙!老天爷!我真希望,我如果是他就好了。”

“我们可以走了吗?美塞苔丝那银铃般的声音问道,“两点钟已经过了,你知道我们说好的在一刻钟之内到维丽大酒家的。”

“是的,没错!”唐太斯一面大声说,一面急忙站了起来说:“我们马上就走吧!”

于上全体宾客随声咐和着,也都一起欢呼着站了起来,并开始组成一个行列。

就在这时,正在密切注意着弗尔南多的腾格拉尔突然看见他象痉挛似的抽搐了一下,踉踉跄跄退到了一扇开着的窗子前面,靠在身边的一把椅子上。此时,只听楼梯上响起了一片嘈杂声并夹杂着士兵整齐的步伐,刀剑的铿锵声以及佩挂物的撞击声,接着又传来了一片由众多声音所组成的嗡嗡声,这片嗡嗡声窒息了喜宴的喧哗声,房间里立刻罩上了一种不安的气氛。

那嘈声愈来愈近了。房门上响起了三下叩击声。人们神色惊奇面面相觑。

“我们是来执行法院命令的,”一个响亮的声音喊道,但房间里谁也没有应声,门开了,一个佩挂绶带的警长走了进来,后面跟着四个士兵和一个伍长。在场的人们现在由不安变成了极端的恐惧。

“请问警长突然驾到,有何贵干?”莫雷尔先生走上前去对那警长说道,他们显然是彼此认识的。“我想一定是发生了什么误会吧。”

“莫雷尔先生。”警长回答道,“如果是误会,很快就可以澄清的。现在,我只是奉命来把人带走,虽然我自己也很不愿意执行交给我的这项任务,但我又必须完成它。在这些人当中哪位是爱德蒙•唐太斯?”人们的眼睛唰得一下都转了那青年身上,那青年虽也很不安,却依旧很庄严地挺身而出,用坚定的口吻说:“我就是,请问有什么事?”

“爱德蒙•唐太斯,”警长回答说,“我以法律的名义逮捕你!”

“逮捕我!”爱德蒙应了一声,脸上微微有点变色,“请问这是为什么?”

“我不清楚,不过你在第一次被审问的时候就会知道的。”

莫雷尔先生觉得此事辩也是没用的。一个绶带军官在外执行命令已不再是一个人,而变成了冷酷无情的法律的化身。

老唐太斯急忙向警长走去,——因为有些事情是做父母的心所无法了解的。他拼命的求情,他的恳求和眼泪虽毫无用处,但他那极度失望的样子却打动了警长的同情心。“先生,”他说,“请你冷静一点。您的儿子大概是触犯了海关或卫生公署的某些条例,很可能在回答几个问题以后就会被释放的。”

“这到底是怎么回事?”卡德鲁斯横眉怒目地问腾格拉尔,而后者却装出一副莫名其妙的的神情。

“我怎么知道?”他答道,“我和你一样,对眼前的事根本一无所知,他们说的话我一点儿都不懂。”卡德鲁斯于是用目光四下里寻找弗尔南多,但他已经不见了。

前一天的情景极其清晰地浮现在他脑子里了。他现在目击的这场突如其来的横祸已揭去了他昨天醉酒时蒙在记忆上的那层薄纱。

“哼!”他声音嘶哑地对腾格拉尔说,“这个,难道就是你昨天那套鬼把戏里的一部分吧?果真如此的话,玩把戏的那个家伙真该死!这种做法太可耻了。”

“别胡说了。”腾格拉尔反驳道,“你明明看见我把那张纸撕碎了扔了的。

“不,你没有!”卡德鲁斯答道,“你只是把它扔在了一边。我看见你把它扔在一个角落里了。”

“闭嘴!你根本什么也没看见。你当时喝醉了!”

“弗尔南多去哪儿了?”卡德鲁斯问。

“我怎么知道?”腾格拉尔回答,“大概是处理他自己的事情去了吧,先别管他在哪儿了,我们赶紧去看看有没有什么办法可以帮一下我们那位可怜的朋友。”

在他们谈话的时候,唐太斯正和他的朋友们一一握手告别,然后他走到那位官员身边,说:“请诸位放心,我只不过去解释一些小误会而已,我想我又没犯什么法,不会坐牢的。”

“唔,肯定是这样!”腾格拉尔接着话茬说,他现在已走到大家的前面,“我相信只不过是一点误会而已。”

唐太斯夹在警长和士兵中间走下楼去。门口已有一辆马车在等候着他了。他钻进了车里,两个兵和那警长也接着进去了,马车就向马赛驶去了。

“再见了,再见了,我亲爱的爱德蒙!”美塞苔丝扑到栏杆上向他伸出手臂大声喊着。

这样被带走的人听到那最后的一声呼喊,象感到了他未婚妻的心被撕碎了一般,他从车厢里探出头来喊道:“再见了,美塞苔丝。”于是马车就转过圣尼古位堡的一个拐角不见了。

“你们大家都在这儿等我!”莫雷尔先生喊道,“我马上找一辆马车赶到马赛去,等打听着消息回来告诉你们。”

“对呀!”许多声音异口同声的喊道,“去吧,快去快回!”

莫雷尔先生走了以后,留下来的那些人都有些不知所措。

老爹和美塞苔丝各自怀着满腹的忧愁木然呆立着,最后,这两个遭受同一打击下的不幸的人的目光终于碰到了一起,悲伤地拥抱在了一起。这时弗尔南多又出现了,他用一只颤抖的手给自己倒了一杯水,一饮而尽,然后在一张椅子上坐了下来。

美塞苔丝已离开了老人的怀抱,正虚弱地倒在一张椅子上,碰巧弗尔南多的座位就在她的旁边,他本能地把他的椅子拖后了一点。

“是他!”卡德鲁斯低声对腾格拉尔说,他的眼睛始终没离开过弗尔南多。

“我倒不这样认为,”那一个回答说,“他太蠢了,绝想不出这种计谋的。我希望那个做孽的人会受惩罚。”

“你怎么不说那个给他出谋划策的人该受罚呢!”卡德鲁斯说。

“当然罗,”腾格拉尔说,“不过,并不是每个人都要对他随口说的负责的!”

“哼,如果随便讲话的真的兑现了就该他负责。”

这时,对被捕这件事大家都在议论纷纷。

“腾格拉尔,”有人问,“你对这事怎么看?”

“我想,”腾格拉尔说,“可能是唐太斯在船上被搜出了什么被认为是违禁品的小东西吧。”

“但假如他真这样做了,你怎么会不知道呢?腾格拉尔,你不是船上的押运员吗?”

“我只知道我要对船上装的货物负责。我知道船上装着棉花,是从亚历山大港潘斯德里先生的货仓和士麦拿潘斯考先生的货仓里装上船的。我所知道仅此而已,至于别的什么,我是没必要去过问的。”

“噢,现在我想起来了!”那可怜的老爹说,“我的儿子昨天告诉我,说他有一小盒咖啡和一点烟草在船上带给我!”

“你看,这就对了!”腾格拉尔宣称说。“现在祸根找着了,一定是海关关员当我不在的时候上船去搜查,发现了可怜的唐太斯藏着宝贝了。”

美塞苔丝根本不相信她的爱人被捕的这种说法。她一直努力克制着悲哀,现在突然地放声大哭起来。

“别哭,别哭,”老人说,“我可怜的孩子,事情会有希望!”

“会有希望的!腾格拉尔也说。

“会有希望的!”弗尔南多也想这么说,但他的话却哽住了,他的嘴唇蠕动了一下,但始终没发出声音来。

“这下好了!好消息!”站在走廊上的一个人忽然喊道。

“莫雷尔先生回来了。他一定会带好消息给我们的。”

美塞苔丝和老人急忙奔向前去迎接船主,在门口碰到了他。莫雷尔先生的脸色非常惨白。

“有什么消息?”大家异口同声地问。

“唉,诸位,”莫雷尔先生无奈地摇摇头说,“事情比我们预料的要严重得多。”

“呵,先生,他是无罪的呀!”美塞苔丝抽搭着说。

“这我相信!”莫雷尔先生回答说,“可是他仍然被指控为——”

“什么罪名?”老唐太斯问。

“控他是一个拿破仑党的眼线!”

读者们一定还记得,在我们这个故事发生的那个年代,这是多么可怕的一个罪名。美塞苔丝绝望地惨叫了一声,而心碎的老人则气息奄奄地倒在了一张椅子上。

“腾格拉尔!”卡德鲁斯低声说,“你骗了我,——昨天晚上你说的那套鬼把戏已成现实了。现在我明白了。但我不忍心看到一个可怜的老头子和一个无辜的姑娘这样痛苦不堪。我要去把一切都告诉他们。”

“闭嘴,你这傻瓜!”腾格拉尔急忙抓住他的胳膊恶狠狠地说,“不然我可不负责你自己的人身安全。谁能说清楚唐太斯究竟是有罪还是无罪?船的确停靠过厄尔巴岛,他的确曾离船在岛上呆了一整天。现在,假如从他身上找到什么有关的信件或其他文件,到那时凡是帮他说话的人都会被看作是他的同谋的。”

出于自私心的本能,卡德鲁斯立刻感觉出了这番话的份量。他满脸恐惧和忧虑地望着腾格拉尔,然后连忙采取了进一步退两步的态度。

“那么,我们等等再说吧。”他嗫嚅着说道。

“是啊!”腾格拉尔回答。“我们等等再说吧。假如他的确是无辜的,那自然会被释放,假如的确有罪,那我们可犯不上为他而受连累。”

“那么我们走吧。我们不能再呆在这儿了。”

“好,我们走吧!”腾格拉尔为能找到一个一同退场的同伴而感到很高兴。“我们不管这事了,别人爱走不走,随他们的便。”

他们走了以后,弗尔南多又成了美塞苔丝的保护人了,领她回迦太兰村去了。而唐太斯的一些朋友则护送着那位心碎的老人回家去了。

爱德蒙被控为拿破仑党的眼线从而被捕的消息很快就在城里流传开了。

“你能相信有这种事情吗,我亲爱的腾格拉尔?”莫雷尔先生问,他因急于回城去打听唐太斯的新消息,途中赶上了他的押运员和卡德鲁斯。“你认为这种事可能吗?”

“噢,您知道,我已经对您说过,”腾格拉尔回答说“我觉得他在厄尔巴岛停靠这件事是非常可疑的。”

“你的这种怀疑除了对我以外还对别人提起过吗?”

“当然没有!”腾格拉尔回答说。然后又低声耳语道,“您知道,您的叔叔波立卡•莫雷尔先生曾在先朝当过官,而且关于这件事又不怎么隐讳,所以说不定您也会有很大的嫌疑的,人家会说您也不满于拿破仑的垮台。假如我对别人讲了我心中的疑虑那我不是就伤害到了爱德蒙和您么。我很清楚,象我这样做下属的人,不论发生了什么事情,都应该先通知船主,而且必须小心谨慎,不能让其他的人知道才行。”

“很好,腾格拉尔,很好!”莫雷尔先生说道。“你是一个好小伙子,本来,我在安排那可怜的爱德蒙当法老号的船长的时候,也打算过如何安排你的。”

“你说什么,先生!”

“我事先曾问过唐太斯,问他对你有何看法,对你继续在船任职什么意见——因为我已看出你们之间的关系相当冷淡。”

“他是怎么回答的?”

“他说他的确因某件事得罪过你,但记不清是为什么了。他说不论是谁,只要船主信任他,他也应该尊敬他。”

“伪君子!”腾格拉尔低声地骂了一句。

“可怜的唐太斯!”卡德鲁斯说。“谁都无法否认他是一个心地高尚的好小伙子!”

“可就目前这种状况来看,”莫雷尔先生继续说,“我们可别忘了法老号现在是处在没有船长管理的状态之中。”

“噢!”腾格拉尔回答说,“反正我们三个月之内还不会离开这个港口,但愿到那时,唐太斯能被释放出来。”

“这点我毫不怀疑,只是这期间我们怎么办呢?”

“哦,这期间反正我在这儿,莫雷尔先生,”腾格拉尔答道,“您也知道,我管理船上一切的本领,并不亚于经验最丰富的现任船长。假如您愿意让我为您效劳,这对您也是很有利的,因为唐太斯一旦获释回来,法老号上的人事就不必再变动了,只要唐太斯和我各干各的本职工作就行了。”

“谢谢,我的好朋友,谢谢你的这个好主意——这下可把所有问题都解决了。我立刻任命你来指挥法老号,并监督卸货。不论个人出了什么事,业务总不能受影响。”

“请放心好了,莫雷尔先生,但您想我们什么时候才去探望可怜的爱德蒙呢?”

“我见到维尔福先生以后,就可以马上让你知道的,我要尽力要求他为爱德蒙说说情。我知道他是个激烈的保王党。但是,除了这点和他那检察官的地位以外,他也是个人,而且我不认为他是个坏人!”

“也许不是坏人,”腾格拉尔答道,“但我听说,他野心勃勃,而野心又最会使人的心肠变硬的!”

“唉,也只能这样了!”莫雷尔先生说,“我们走一步看一步吧!你现在赶快到船上去吧,我等会儿到船上来找你。”说着那可敬的船主离开了那两位朋友,向法院的方向走去了。

“你看,”腾格拉尔对卡德鲁斯说,“事情变复杂了吧。你现在还想去为爱德蒙辩护吗?”

“不,当然不,但我觉得开玩笑竟开出这样可怕的后果也实在太可怕了。”

“我倒要问问,这种后果是谁造成的?不是你,也不是我,而是弗尔南多。你当然知道得很清楚,我把那张纸丢在房间的角落里了,——真的,我还以为我当时把它撕了呢。”

“噢,没有!”卡德鲁斯答道,“这一点我记得很清楚,你没有撕。我清清楚楚地看见你把它揉皱了丢在凉棚角落里,我倒真希望那纸条现在还在那儿。”

“嗯,如果你的确看到过,那又有什么办法,一定是弗尔南多把它拾了起来,另外抄了一遍,或改写了一遍,或许,他甚至根本就没重抄。现在我想起来了,天哪!他也许就是把那张纸条给送去了1谢天谢地,幸亏我那笔迹是伪装过的。”

“那么,你是否早就知道唐太斯参与了谋反的呢?”

“不,我早就说过,我还以为只不过是一个玩笑罢了。但似乎是,象阿尔勒甘一样,我在玩笑中道出了实情。”

“可是,”卡德鲁斯又说道,“我真不愿意看到发生这样的事,或至少应该与我无关。你就等着瞧吧,腾格拉尔,这件事会使我们两个都倒霉的。”

“胡说!如果这件事真会带来什么灾难,那也应该落到那个罪人的头上,而那个人,你也知道,是弗尔南多。我们怎么会牵扯在里面呢?只要我们自己保守秘密,不声不响的,对这件事不去对别人泄露一个字就得了。这样你就会看到那风波过去,而我们丝毫不受任何影响。”

“那好吧!”卡德鲁斯答应了一声,就挥手告别了腾格拉尔,朝梅朗港方向走去了,他一边走,一面晃动着脑袋嘴里还念念有词的,像在自己苦思冥想似的。

“好了,现在,”腾格拉尔自言自语地说,“一切都已随了我的心愿。我已暂时当上了法老号船长,而且还可能永远地当下去,只要卡德鲁斯那个傻瓜不多嘴多舌的。我只怕唐太斯会重新放出来的。不过,他已落到了法院的手里,”他又带着微笑说,“而法院是公正的,”说着,他便跳进了一只小艇,叫人摇到法老号上去,因为莫雷尔先生说过要在那儿见他的。




VI Le substitut du procureur du roi.

Rue du Grand-Cours, en face de la fontaine des Méduses, dans une de ces vieilles maisons à l'architecture aristocratique bâties par Puget, on célébrait aussi le même jour, à la même heure, un repas de fiançailles.

Seulement, au lieu que les acteurs de cette autre scène fussent des gens du peuple, des matelots et des soldats, ils appartenaient à la tête de la société marseillaise. C'étaient d'anciens magistrats qui avaient donné la démission de leur charge sous l'usurpateur; de vieux officiers qui avaient déserté nos rangs pour passer dans ceux de l'armée de Condé; des jeunes gens élevés par leur famille encore mal rassurée sur leur existence, malgré les quatre ou cinq remplaçants qu'elle avait payés, dans la haine de cet homme dont cinq ans d'exil devaient faire un martyr, et quinze ans de Restauration un dieu.

On était à table, et la conversation roulait, brûlante de toutes les passions, les passions de l'époque, passions d'autant plus terribles, vivantes et acharnées dans le Midi que depuis cinq cents ans les haines religieuses venaient en aide aux haines politiques.

L'Empereur, roi de l'île d'Elbe après avoir été souverain d'une partie du monde, régnant sur une population de cinq à six mille âmes, après avoir entendu crier: Vive Napoléon! par cent vingt millions de sujets et en dix langues différentes, était traité là comme un homme perdu à tout jamais pour la France et pour le trône. Les magistrats relevaient les bévues politiques; les militaires parlaient de Moscou et de Leipsick; les femmes, de son divorce avec Joséphine. Il semblait à ce monde royaliste, tout joyeux et tout triomphant non pas de la chute de l'homme, mais de l'anéantissement du principe, que la vie recommençait pour lui, et qu'il sortait d'un rêve pénible.

Un vieillard, décoré de la croix de Saint-Louis, se leva et proposa la santé du roi Louis XVIII à ses convives; c'était le marquis de Saint-Méran.

À ce toast, qui rappelait à la fois l'exilé de Hartwell et le roi pacificateur de la France, la rumeur fut grande, les verres se levèrent à la manière anglaise, les femmes détachèrent leurs bouquets et en jonchèrent la nappe. Ce fut un enthousiasme presque poétique.

«Ils en conviendraient s'ils étaient là, dit la marquise de Saint-Méran, femme à l'œil sec, aux lèvres minces, à la tournure aristocratique et encore élégante, malgré ses cinquante ans, tous ces révolutionnaires qui nous ont chassés et que nous laissons à notre tour bien tranquillement conspirer dans nos vieux châteaux qu'ils ont achetés pour un morceau de pain, sous la Terreur: ils en conviendraient, que le véritable dévouement était de notre côté, puisque nous nous attachions à la monarchie croulante, tandis qu'eux, au contraire, saluaient le soleil levant et faisaient leur fortune, pendant que, nous, nous perdions la nôtre; ils en conviendraient que notre roi, à nous, était bien véritablement Louis le Bien-Aimé, tandis que leur usurpateur, à eux, n'a jamais été que Napoléon le Maudit; n'est-ce pas, de Villefort?

—Vous dites, madame la marquise?... Pardonnez-moi, je n'étais pas à la conversation.

—Eh! laissez ces enfants, marquise, reprit le vieillard qui avait porté le toast; ces enfants vont s'épouser, et tout naturellement ils ont à parler d'autre chose que de politique.

—Je vous demande pardon, ma mère, dit une jeune et belle personne aux blonds cheveux, à l'œil de velours nageant dans un fluide nacré; je vous rends M. de Villefort, que j'avais accaparé pour un instant. Monsieur de Villefort, ma mère vous parle.

—Je me tiens prêt à répondre à madame si elle veut bien renouveler sa question que j'ai mal entendue, dit M. de Villefort.

—On vous pardonne, Renée, dit la marquise avec un sourire de tendresse qu'on était étonné de voir fleurir sur cette sèche figure; mais le cœur de la femme est ainsi fait, que si aride qu'il devienne au souffle des préjugés et aux exigences de l'étiquette, il y a toujours un coin fertile et riant: c'est celui que Dieu a consacré à l'amour maternel. On vous pardonne.... Maintenant je disais, Villefort, que les bonapartistes n'avaient ni notre conviction, ni notre enthousiasme, ni notre dévouement.

—Oh! madame, ils ont du moins quelque chose qui remplace tout cela: c'est le fanatisme. Napoléon est le Mahomet de l'Occident; c'est pour tous ces hommes vulgaires, mais aux ambitions suprêmes, non seulement un législateur et un maître, mais encore c'est un type, le type de l'égalité.

—De l'égalité! s'écria la marquise. Napoléon, le type de l'égalité! et que ferez-vous donc de M. de Robespierre? Il me semble que vous lui volez sa place pour la donner au Corse; c'est cependant bien assez d'une usurpation, ce me semble.

—Non, madame, dit Villefort, je laisse chacun sur son piédestal: Robespierre, place Louis XV, sur son échafaud; Napoléon, place Vendôme, sur sa colonne; seulement l'un a fait de l'égalité qui abaisse, et l'autre de l'égalité qui élève; l'un a ramené les rois au niveau de la guillotine, l'autre a élevé le peuple au niveau du trône. Cela ne veut pas dire, ajouta Villefort en riant, que tous deux ne soient pas d'infâmes révolutionnaires, et que le 9 thermidor et le 4 avril 1814 ne soient pas deux jours heureux pour la France, et dignes d'être également fêtés par les amis de l'ordre et de la monarchie; mais cela explique aussi comment, tout tombé qu'il est pour ne se relever jamais, je l'espère, Napoléon a conservé ses séides. Que voulez-vous, marquise? Cromwell, qui n'était que la moitié de tout ce qu'a été Napoléon, avait bien les siens!

—Savez-vous que ce que vous dites là, Villefort, sent la révolution d'une lieue? Mais je vous pardonne: on ne peut pas être fils de girondin et ne pas conserver un goût de terroir.»

Une vive rougeur passa sur le front de Villefort.

«Mon père était girondin, madame, dit-il, c'est vrai; mais mon père n'a pas voté la mort du roi; mon père a été proscrit par cette même Terreur qui vous proscrivait, et peu s'en est fallu qu'il ne portât sa tête sur le même échafaud qui avait vu tomber la tête de votre père.

—Oui, dit la marquise, sans que ce souvenir sanglant amenât la moindre altération sur ses traits; seulement c'était pour des principes diamétralement opposés qu'ils y fussent montés tous deux, et la preuve c'est que toute ma famille est restée attachée aux princes exilés, tandis que votre père a eu hâte de se rallier au nouveau gouvernement, et qu'après que le citoyen Noirtier a été girondin, le comte Noirtier est devenu sénateur.

—Ma mère, ma mère, dit Renée, vous savez qu'il était convenu qu'on ne parlerait plus de ces mauvais souvenirs.

—Madame, répondit Villefort, je me joindrai à Mlle de Saint-Méran pour vous demander bien humblement l'oubli du passé. À quoi bon récriminer sur des choses dans lesquelles la volonté de Dieu même est impuissante? Dieu peut changer l'avenir; il ne peut pas même modifier le passé. Ce que nous pouvons, nous autres hommes, c'est sinon le renier, du moins jeter un voile dessus. Eh bien, moi, je me suis séparé non seulement de l'opinion, mais encore du nom de mon père. Mon père a été ou est même peut-être encore bonapartiste et s'appelle Noirtier; moi, je suis royaliste et m'appelle de Villefort. Laissez mourir dans le vieux tronc un reste de sève révolutionnaire, et ne voyez, madame, que le rejeton qui s'écarte de ce tronc, sans pouvoir, et je dirai presque sans vouloir s'en détacher tout à fait.

—Bravo, Villefort, dit le marquis, bravo, bien répondu! Moi aussi, j'ai toujours prêché à la marquise l'oubli du passé, sans jamais avoir pu l'obtenir d'elle, vous serez plus heureux, je l'espère.

—Oui, c'est bien, dit la marquise, oublions le passé, je ne demande pas mieux, et c'est convenu; mais qu'au moins Villefort soit inflexible pour l'avenir. N'oubliez pas, Villefort, que nous avons répondu de vous à Sa Majesté: que Sa Majesté, elle aussi, a bien voulu oublier, à notre recommandation (elle tendit la main), comme j'oublie à votre prière. Seulement s'il vous tombe quelque conspirateur entre les mains, songez qu'on a d'autant plus les yeux sur vous que l'on sait que vous êtes d'une famille qui peut-être est en rapport avec ces conspirateurs.

—Hélas! madame, dit Villefort, ma profession et surtout le temps dans lequel nous vivons m'ordonnent d'être sévère. Je le serai. J'ai déjà eu quelques accusations politiques à soutenir, et, sous ce rapport, j'ai fait mes preuves. Malheureusement, nous ne sommes pas au bout.

—Vous croyez? dit la marquise.

—J'en ai peur. Napoléon à l'île d'Elbe est bien près de la France; sa présence presque en vue de nos côtes entretient l'espérance de ses partisans. Marseille est pleine d'officiers à demi-solde, qui, tous les jours, sous un prétexte frivole, cherchent querelle aux royalistes; de là des duels parmi les gens de classe élevée, de là des assassinats dans le peuple.

—Oui, dit le comte de Salvieux, vieil ami de M. de Saint-Méran et chambellan de M. le comte d'Artois, oui, mais vous savez que la Sainte-Alliance le déloge.

—Oui, il était question de cela lors de notre départ de Paris, dit M. de Saint-Méran. Et où l'envoie-t-on?

—À Sainte-Hélène.

—À Sainte-Hélène! Qu'est-ce que cela? demanda la marquise.

—Une île située à deux mille lieues d'ici, au-delà de l'équateur, répondit le comte.

—À la bonne heure! Comme le dit Villefort, c'est une grande folie que d'avoir laissé un pareil homme entre la Corse, où il est né, et Naples, où règne encore son beau-frère, et en face de cette Italie dont il voulait faire un royaume à son fils.

—Malheureusement, dit Villefort, nous avons les traités de 1814, et l'on ne peut toucher à Napoléon sans manquer à ces traités.

—Eh bien, on y manquera, dit M. de Salvieux. Y a-t-il regardé de si près, lui, lorsqu'il s'est agi de faire fusiller le malheureux duc d'Enghien?

—Oui, dit la marquise, c'est convenu, la Sainte-Alliance débarrasse l'Europe de Napoléon, et Villefort débarrasse Marseille de ses partisans. Le roi règne ou ne règne pas: s'il règne, son gouvernement doit être fort et ses agents inflexibles; c'est le moyen de prévenir le mal.

—Malheureusement, madame, dit en souriant Villefort, un substitut du procureur du roi arrive toujours quand le mal est fait.

—Alors, c'est à lui de le réparer.

—Je pourrais vous dire encore, madame, que nous ne réparons pas le mal, mais que nous le vengeons: voilà tout.

—Oh! monsieur de Villefort, dit une jeune et jolie personne, fille du comte de Salvieux et amie de Mlle de Saint-Méran, tâchez donc d'avoir un beau procès, tandis que nous serons à Marseille. Je n'ai jamais vu une cour d'assises, et l'on dit que c'est fort curieux.

—Fort curieux, en effet, mademoiselle, dit le substitut; car au lieu d'une tragédie factice, c'est un drame véritable; au lieu de douleurs jouées ce sont des douleurs réelles. Cet homme qu'on voit là, au lieu, la toile baissée, de rentrer chez lui, de souper en famille et de se coucher tranquillement pour recommencer le lendemain, rentre dans la prison où il trouve le bourreau. Vous voyez bien que, pour les personnes nerveuses qui cherchent les émotions, il n'y a pas de spectacle qui vaille celui-là. Soyez tranquille, mademoiselle, si la circonstance se présente je vous le procurerai.

—Il nous fait frissonner... et il rit! dit Renée toute pâlissante.

—Que voulez-vous... c'est un duel.... J'ai déjà requis cinq ou six fois la peine de mort contre des accusés politiques ou autres.... Eh bien, qui sait combien de poignards à cette heure s'aiguisent dans l'ombre, ou sont déjà dirigés contre moi?

—Oh! mon Dieu! dit Renée en s'assombrissant de plus en plus, parlez-vous donc sérieusement, monsieur de Villefort?

—On ne peut plus sérieusement, mademoiselle, reprit le jeune magistrat, le sourire sur les lèvres. Et avec ces beaux procès que désire mademoiselle pour satisfaire sa curiosité, et que je désire, moi, pour satisfaire mon ambition, la situation ne fera que s'aggraver. Tous ces soldats de Napoléon, habitués à aller en aveugles à l'ennemi, croyez-vous qu'ils réfléchissent en brûlant une cartouche ou en marchant à la baïonnette? Eh bien, réfléchiront-ils davantage pour tuer un homme qu'ils croient leur ennemi personnel, que pour tuer un Russe, un Autrichien ou un Hongrois qu'ils n'ont jamais vu? D'ailleurs il faut cela, voyez-vous; sans quoi notre métier n'aurait point d'excuse. Moi-même, quand je vois luire dans l'œil de l'accusé l'éclair lumineux de la rage, je me sens tout encouragé, je m'exalte: ce n'est plus un procès, c'est un combat; je lutte contre lui, il riposte, je redouble, et le combat finit, comme tous les combats, par une victoire ou une défaite. Voilà ce que c'est que de plaider! c'est le danger qui fait l'éloquence. Un accusé qui me sourirait après ma réplique me ferait croire que j'ai parlé mal, que ce que j'ai dit est pâle, sans vigueur, insuffisant. Songez donc à la sensation d'orgueil qu'éprouve un procureur du roi, convaincu de la culpabilité de l'accusé, lorsqu'il voit blêmir et s'incliner son coupable sous le poids des preuves et sous les foudres de son éloquence! Cette tête se baisse, elle tombera.»

Renée jeta un léger cri.

«Voilà qui est parler, dit un des convives.

—Voilà l'homme qu'il faut dans des temps comme les nôtres! dit un second.

—Aussi, dit un troisième, dans votre dernière affaire vous avez été superbe, mon cher Villefort. Vous savez, cet homme qui avait assassiné son père; eh bien, littéralement, vous l'aviez tué avant que le bourreau y touchât.

—Oh! pour les parricides, dit Renée, oh! peu m'importe, il n'y a pas de supplice assez grand pour de pareils hommes; mais pour les malheureux accusés politiques!...

—Mais c'est pire encore, Renée, car le roi est le père de la nation, et vouloir renverser ou tuer le roi, c'est vouloir tuer le père de trente-deux millions d'hommes.

—Oh! c'est égal, monsieur de Villefort, dit Renée, vous me promettez d'avoir de l'indulgence pour ceux que je vous recommanderai?

—Soyez tranquille, dit Villefort avec son plus charmant sourire, nous ferons ensemble mes réquisitoires.

—Ma chère, dit la marquise, mêlez-vous de vos colibris, de vos épagneuls et de vos chiffons, et laissez votre futur époux faire son état. Aujourd'hui, les armes se reposent et la robe est en crédit; il y a là-dessus un mot latin d'une grande profondeur.

Cedant arma togae, dit en s'inclinant Villefort.

—Je n'osais point parler latin, répondit la marquise.

—Je crois que j'aimerais mieux que vous fussiez médecin, reprit Renée; l'ange exterminateur, tout ange qu'il est, m'a toujours fort épouvantée.

—Bonne Renée! murmura Villefort en couvant la jeune fille d'un regard d'amour.

—Ma fille, dit le marquis, M. de Villefort sera le médecin moral et politique de cette province; croyez-moi, c'est un beau rôle à jouer.

—Et ce sera un moyen de faire oublier celui qu'a joué son père, reprit l'incorrigible marquise.

—Madame, reprit Villefort avec un triste sourire, j'ai déjà eu l'honneur de vous dire que mon père avait, je l'espère du moins, abjuré les erreurs de son passé; qu'il était devenu un ami zélé de la religion et de l'ordre, meilleur royaliste que moi peut-être; car lui, c'était avec repentir, et, moi, je ne le suis qu'avec passion.»

Et après cette phrase arrondie, Villefort, pour juger de l'effet de sa faconde, regarda les convives, comme, après une phrase équivalente, il aurait au parquet regardé l'auditoire.

«Eh bien, mon cher Villefort, reprit le comte de Salvieux, c'est justement ce qu'aux Tuileries je répondais avant-hier au ministre de la maison du roi, qui me demandait un peu compte de cette singulière alliance entre le fils d'un girondin et la fille d'un officier de l'armée de Condé; et le ministre a très bien compris. Ce système de fusion est celui de Louis XVIII. Aussi le roi, qui, sans que nous nous en doutassions, écoutait notre conversation, nous a-t-il interrompus en disant: «Villefort, remarquez que le roi n'a pas prononcé le nom de Noirtier, et au contraire a appuyé sur celui de Villefort; Villefort, a donc dit le roi, fera un bon chemin; c'est un jeune homme déjà mûr, et qui est de mon monde. J'ai vu avec plaisir que le marquis et la marquise de Saint-Méran le prissent pour gendre, et je leur eusse conseillé cette alliance s'ils n'étaient venus les premiers me demander permission de la contracter.»

—Le roi a dit cela, comte? s'écria Villefort ravi.

—Je vous rapporte ses propres paroles, et si le marquis veut être franc, il avouera que ce que je vous rapporte à cette heure s'accorde parfaitement avec ce que le roi lui a dit à lui-même quand il lui a parlé, il y a six mois, d'un projet de mariage entre sa fille et vous.

—C'est vrai, dit le marquis.

—Oh! mais je lui devrai donc tout, à ce digne prince. Aussi que ne ferais-je pas pour le servir!

—À la bonne heure, dit la marquise, voilà comme je vous aime: vienne un conspirateur dans ce moment, et il sera le bienvenu.

—Et moi, ma mère, dit Renée, je prie Dieu qu'il ne vous écoute point, et qu'il n'envoie à M. de Villefort que de petits voleurs, de faibles banqueroutiers et de timides escrocs; moyennant cela, je dormirai tranquille.

—C'est comme si, dit en riant Villefort, vous souhaitiez au médecin des migraines, des rougeoles et des piqûres de guêpe, toutes choses qui ne compromettent que l'épiderme. Si vous voulez me voir procureur du roi, au contraire, souhaitez-moi de ces terribles maladies dont la cure fait honneur au médecin.»

En ce moment, et comme si le hasard n'avait attendu que l'émission du souhait de Villefort pour que ce souhait fût exaucé, un valet de chambre entra et lui dit quelques mots à l'oreille. Villefort quitta alors la table en s'excusant, et revint quelques instants après, le visage ouvert et les lèvres souriantes.

Renée le regarda avec amour; car, vu ainsi, avec ses yeux bleus, son teint mat et ses favoris noirs qui encadraient son visage, c'était véritablement un élégant et beau jeune homme; aussi l'esprit tout entier de la jeune fille sembla-t-il suspendu à ses lèvres, en attendant qu'il expliquât la cause de sa disparition momentanée.

«Eh bien, dit Villefort, vous ambitionniez tout à l'heure, mademoiselle, d'avoir pour mari un médecin, j'ai au moins avec les disciples d'Esculape (on parlait encore ainsi en 1815) cette ressemblance, que jamais l'heure présente n'est à moi, et qu'on me vient déranger même à côté de vous, même au repas de mes fiançailles.

—Et pour quelle cause vous dérange-t-on, monsieur? demanda la belle jeune fille avec une légère inquiétude.

—Hélas! pour un malade qui serait, s'il faut en croire ce que l'on m'a dit, à toute extrémité: cette fois c'est un cas grave, et la maladie frise l'échafaud.

—Ô mon Dieu! s'écria Renée en pâlissant.

—En vérité! dit tout d'une voix l'assemblée.

—Il paraît qu'on vient tout simplement de découvrir un petit complot bonapartiste.

—Est-il possible? dit la marquise.

—Voici la lettre de dénonciation.»

Et Villefort lut:

»Monsieur le procureur du roi est prévenu, par un ami du trône et de la religion, que le nommé Edmond Dantès, second du navire le Pharaon, arrivé ce matin de Smyrne, après avoir touché à Naples et à Porto-Ferrajo, a été chargé, par Murat, d'une lettre pour l'usurpateur, et, par l'usurpateur d'une lettre pour le comité bonapartiste de Paris.

On aura la preuve de son crime en l'arrêtant, car on trouvera cette lettre ou sur lui, ou chez son père, ou dans sa cabine à bord du Pharaon.»

—Mais, dit Renée, cette lettre, qui n'est qu'une lettre anonyme d'ailleurs, est adressée à M. le procureur du roi, et non à vous.

—Oui, mais le procureur du roi est absent; en son absence, l'épître est parvenue à son secrétaire, qui avait mission d'ouvrir les lettres; il a donc ouvert celle ci, m'a fait chercher, et, ne me trouvant pas, a donné des ordres pour l'arrestation.

—Ainsi, le coupable est arrêté, dit la marquise.

—C'est-à-dire l'accusé, reprit Renée.

—Oui, madame, dit Villefort, et, comme j'avais l'honneur de le dire tout à l'heure à Mlle Renée, si l'on trouve la lettre en question, le malade est bien malade.

—Et où est ce malheureux? demanda Renée.

—Il est chez moi.

—Allez, mon ami, dit le marquis, ne manquez pas à vos devoirs pour demeurer avec nous, quand le service du roi vous attend ailleurs; allez donc où le service du roi vous attend.

—Oh! monsieur de Villefort, dit Renée en joignant les mains, soyez indulgent, c'est le jour de vos fiançailles!»

Villefort fit le tour de la table, et, s'approchant de la chaise de la jeune fille, sur le dossier de laquelle il s'appuya:

«Pour vous épargner une inquiétude, dit-il, je ferai tout ce que je pourrai, chère Renée; mais, si les indices sont sûrs, si l'accusation est vraie, il faudra bien couper cette mauvaise herbe bonapartiste.»

Renée frissonna à ce mot couper, car cette herbe qu'il s'agissait de couper avait une tête.

«Bah! bah! dit la marquise, n'écoutez pas cette petite fille, Villefort, elle s'y fera.»

Et la marquise tendit à Villefort une main sèche qu'il baisa, tout en regardant Renée et en lui disant des yeux:

«C'est votre main que je baise, ou du moins que je voudrais baiser en ce moment.

—Tristes auspices! murmura Renée.

—En vérité, mademoiselle, dit la marquise, vous êtes d'un enfantillage désespérant: je vous demande un peu ce que le destin de l'État peut avoir à faire avec vos fantaisies de sentiment et vos sensibleries de cœur.

—Oh! ma mère! murmura Renée.

—Grâce pour la mauvaise royaliste, madame la marquise, dit de Villefort, je vous promets de faire mon métier de substitut du procureur du roi en conscience, c'est-à-dire d'être horriblement sévère.»

Mais, en même temps que le magistrat adressait ces paroles à la marquise, le fiancé jetait à la dérobée un regard à sa fiancée, et ce regard disait:

«Soyez tranquille, Renée: en faveur de votre amour, je serai indulgent.»

Renée répondit à ce regard par son plus doux sourire, et Villefort sortit avec le paradis dans le cœur.

 

第六章 代理检察官

差不多就在唐太斯举行婚宴的同一个时间里,大法院路上墨杜萨喷泉对面的一座宏大的贵族式的巨宅里,也正有人在设宴请吃订婚酒。但这儿的宾客可不是水手,士兵和那些头面人物下层平民百姓;团聚在这儿的都是马赛上流社会的头面人物,——文官曾在拿破仑统治的时期辞职退休;武官则从法军里开小差并投身于外国列强的军队里,而那些青年人则都在咒骂那个逆贼的环境中长大的,五年的流放的生活本该把这个人变成一个殉道者,而十五年的复辟生涯却使他被尊为半神的人。

宾客们围坐在餐桌前,席间的谈话热烈而紧张,谈话里充满了当时使南方居民们激昂复仇的情绪,法国南部曾经过五百年的宗教斗争,所以党派之间的对立的情绪极其激烈。

那个皇帝,曾一度统治过半个世界,并听惯了一亿二千万臣民用十种不同的语言高呼“拿破仑万岁!”现在却被贬为爱尔巴岛的国王,仅仅统治着五六千人;在餐桌边上这些人看来,他已经永远失去了法国,永远失去了他在法国的皇位了。

那些文官们滔滔不绝地讨论着他们的政治观点;武官们则在谈论莫斯科和来比锡战役,女人们则正在议论着约瑟芬皇后离婚的事。这一群保皇党人不但在庆祝一个人的垮台,而且还在庆祝一种主义的灭亡,他们相信政治上的繁荣已重新在他们眼前展现开来,他们已从痛苦的恶梦中醒来了。

一个佩戴着圣路易十字勋章的老人站了起来,他提议为国王路易十八的健康干杯。这位老人是圣梅朗侯爵。这一杯酒立刻使人联想到了在哈威尔的放逐生活和那爱好和平的法国国王,大家群情激昂,纷纷学英国人举杯祝贺的样子把酒杯举到了空中,太太小姐们则把挂在她们胸前的花束解开来散花女神般地把花撒了一桌。一时间,席上气氛热烈充满了诗意。

圣•梅朗侯爵夫人有着一对严厉而令人憎恶的眼睛,虽然是已有五十岁了但看上去仍有贵族气派,她说:“那些革命党人,他们不仅赶走我们,还抢走我们的财产,到后来在恐怖时期却只卖了一点点钱。他们如果在这儿,就不得不承认,真正的信仰还是站在我们这一边的,因为我们自愿追随一个没落的王朝的命运,而他们却恰恰相反,他们只知道对一个初升的朝阳顶礼膜拜,是的,是的,我们不得不承认:我们为之牺牲了官位财富的这位国王,才真正是我们‘万民爱戴的路易’,而他们那个篡权夺位者却永远只是个被人诅咒的‘该死的拿破仑’。我说的对不对,维尔福?”

“您说什么,请您原谅,夫人。真的请您原谅,我刚才没留心听您在说什么。”

“夫人,夫人!”刚才那个提议祝酒的老人插进来说,“别去打扰那些年青人吧,他们快要结婚了,当然他们要谈什么就去谈好了,只是自然不会去谈政治了。”

“算了吧,我亲爱的妈妈,”一个年轻的美人说道,她长着浓密褐色头发,眼睛水灵灵顾盼如珍珠般闪亮,“这都怪我不好,是我刚才缠住了维尔福先生,以致使他没有听到您说的话。好了现在您跟他说吧,而且您爱谈多久就谈多久。维尔福先生,我请您注意,我母亲在跟您说话呢。”

“如果侯爵夫人愿意把刚才的话再说一遍,我是非常乐于答复。”福尔维先生说。

“算了,蕾妮,我饶了你。”侯爵夫人说道,她那严厉死板的脸上露出一点温柔慈爱的神色。

女人总是这样的,其他的一切感情或许都会萎谢,但在母性的胸怀里,总有宽厚善良的一面,这是上帝特地给母爱留下的一席之地——“福尔维,我刚才说:拿破仑党分子丝毫没有我们那种真诚,热情和忠心。”

“啊,夫人,他们倒也有代替这些品德的东西,”青年回答说,“那就是狂热。拿破仑是西方的穆罕默德,他的那些庸庸碌碌却又野心勃勃的信徒们很崇拜他,他们不仅把他看作一个领袖和立法者,还把他看作平民的化身。”

“他!”侯爵夫人喊道,“拿破仑,平等的象征!天哪!那么,你把罗伯斯庇尔 【罗伯斯庇尔(1758—1794)法国资产阶级革命时期时代雅各宾党的领袖,革命政府的首脑,在热月九日政变后,被处死。——译注】又比做什么?算了,不要把后者头衔拿来去赐给那个科西嘉人 【指拿破仑——译注】了。我看,篡位的事已经够多的了。”

“不,夫人,如果给这些英雄们树上纪念像的话,我要给他们每个人一个正确的地位——罗伯庇尔的应该树在他建立的断头台那个地方;拿破仑的则应该刻在旺多姆广场上的廊柱上。这两个人所代表的平等,其性质上是相反的,差别就在于——前一个是降低了平等,而后一个则是抬高了平等的地位。一个要把国王送上断头台,而另一个则要把人民抬高到王位上。请注意,”维尔福微着笑说,“我并不是在否认我刚才说的这两个人都是闹革命的混蛋,我承认热月九日 【热月九日是罗伯斯庇尔等人被捕的日子。——译注】和四月四日 【这里指的是1814年4月初拿破仑退位被囚的日子——译注】是法国并不幸运的两个日子,是值得王朝和文明社会的朋友们庆祝的日子,我想说的是,虽然我想信拿破仑已永远一蹶不振,但他却仍然拥有一批狂热的信徒。还有,侯爵夫人,其他那些大逆不道的人也都是这样的,——譬如说,克伦威尔吧 【克伦威尔(1599—1658),英国政治家,资产阶级革命的领导人。——译注】他虽然还不及拿破仑的一半,但他也有他的信徒。”

“你知道不知道,维尔福,你满口都是革命党那种可怕的强辩,这一点我倒可以原谅,一个吉伦党徒 【18世纪法国资产阶级革命时期,代表大工商业资产阶级的政党,1792年后转向反对革命。——译注】的儿子,难道会对恐怖保留一点兴趣。”

维尔福的脸涨的通红,“不错,夫人,”他回答道,“我的父亲是一个吉伦特党党员,但他并没有去投票赞成处死国王。在恐怖时期,他也和您一样是一个受难者,也几乎和您的父亲一样在同一个断头台上被杀。”

“不错,”侯爵夫人回答,这个被唤醒的悲惨的记忆丝毫没使她动容,“但我要请您记住,我们两家的父亲虽然同时被害,但他们各自的原因却是大相径庭的。为了证明这一点,我来把旧事重新提一遍:亲王 【指路易十八——译注】被流放的时候,我的家庭成员依旧是他忠诚的臣仆,而你的父亲却迫不及待的去投奔了新政府,公民瓦蒂成为吉伦特党以后,就摇身一变成了瓦蒂埃伯爵,并以上议员和政治家的姿态出现了。”

“亲爱的妈妈,”蕾妮插进来说:“您是知道的,大家早已讲好了的,别再提这些讨厌的往事了。”

“夫人,”维尔福说道,“我同意圣•梅明小姐的话,垦求您把过去忘了吧,这些陈年老账还翻它做什么?我本人不仅放弃了我父亲的政治主张,而且还抛弃了他的姓。他以前是——不,或许现在还是——一个拿破仑党人,他叫他的诺瓦蒂埃。我呢,相反,是一个忠诚的保皇党人,我姓我的维尔福。在一棵老树上还残余着点革命的液汁,就让它随着枯萎的老树干一起去干枯吧,至于那些新生的丫枝,它生长的地方离主干已隔开了一段距离,它很想和主干完全脱离关系,只是心有余而力不足罢了。”

“好,维尔福!”侯爵叫道,“说得妙极了!这几年来,我总在劝侯爵夫人,忘掉过去的事情,但从未成功过,但愿你能替我说服她。”

“好了,”侯爵夫人说道;“让我们永远忘记过去的事吧!这样再好不过了。至少,维尔福将来一定不会再动摇了。记住,维尔福,我们已用我们的身家性命向皇上为你作了担保,正因为如此,皇上才答应不追究过去(说到这里,她把她的手伸给他吻了一下),象我现在答应你的请求一样。你也要牢牢记祝要是有谁犯了颠覆政府罪而落到了你的手里,你可一定得严惩罪犯,因为大家都知道,你出身于一个可疑的家庭。”

“嗨,夫人!”维尔福回答说,“我的职业,正象我们现在所处的这个时代一样,要求我不得不严厉的,我已经很顺利的处理了几次公诉,都使罪犯受了应得的惩罚。不幸的是,我们现在还没到万事大吉的时候。”

“你真这样认为吗?”侯爵夫人问。

“恐怕是这样的。那在厄尔巴岛上的拿破仑,离法国仍然太近了,由于他近在咫尺,他的信徒们就会仍然抱有希望。马赛到处是些领了半饷休养的军官,他们每天尽为些鸡毛蒜皮的小事而借口和保皇党人吵架,所以上流社会中常常闹决斗,而下层社会中则时常闹暗杀。”

“你或许也听说过吧?”萨尔维欧伯爵说。萨尔维欧伯爵是圣•梅朗侯爵老朋友之一,又是亚托士伯爵的侍从官。“听说神圣同盟想要移居他地呢。”

“是的,我们离开巴黎的时候,他们正在研究这件事,”圣•梅朗侯爵说,“他们要把他移居到什么地方云呢?”

“到圣赫勒拿岛。”

“到圣•爱仑?那是个什么地方?”侯爵夫人问。

“是赤道那边的一个岛,离这儿有六千哩。”伯爵回答。

“那好极了!正如维尔福所说的,把这样一个人留在现在那个地方真是太蠢了,那儿一边靠近科西嘉——他出生的地方,一边靠近那勒斯——他妹夫在那儿做国王的地方,而对面就是意大利,他曾垂涎过那儿的主权,还想使他儿子做那儿的国王呢。”

“不幸的是,”维尔福说,“我们被一八一四年的条约束缚着,除非破坏那些条约,否则我们是无法动一动拿破仑的。”

“哼,那些条约迟早要被破坏,”萨尔维欧伯爵说,“不幸是德•昂甘公爵就是被他枪毙的,难道我们还要为他这样严守条约吗?”

“嗯,”侯爵夫人说,“有神圣同盟的帮助,我们有可能除掉拿破仑,至于他在马赛的那些信徒,我们必须让维尔福先生来予以肃清。要做国王就得象一个国王,那样来统治不然就干脆不做国王,如果我们承认他是法国的最高统治者,就必须为他这个王国保持和平与安宁。而最好的办法就是任命一批忠贞不渝的大臣来平定每一次可能的暴乱,——这是防止出乱子的最好方法。”

“夫人,”维尔福回答说,“不幸的是法律之手段虽强硬却无法做到防患于未然。”

“那么,法律的工作只是来弥补祸患了。”

“不,夫人,这一步法律也常常无力办到,它所能做的,只是惩戒既成的祸患而已。”

“噢,维尔福先生!”一个美丽的年轻姑娘喊道,她是萨尔维欧伯爵的女儿,圣•梅朗小姐的密友,“您想想办法,我们还在马赛的时候办几件轰动的案子吧,我从来没到过法庭看审讯案子,我听说那儿非常有趣!”

“有趣,当然罗,”青年答道,“比起在剧院里看杜撰的悲剧当然要有趣得多,在法院里,您所看到的案子是活生生的悲剧,——真正人生悲剧。您在那儿所看到的犯人,脸色苍白,焦急,惊恐,而当那场悲剧降下幕以后,他却无法回家平静地和他的家人共进晚餐,然后休息,准备明天再来重演一遍那悲哀的样子,他离开了您的视线以后,就被押回到了牢房里,被交给了刽子手。您自己来决定吧,看看您的神经能否受得了这样的场面。对这种事,请您放心,一旦有什么好机会,我一定不会忘了通知您,至于到场不到场,自然由您自己来决定。”

蕾妮脸色苍白地说:“您难道没看见您把我们都吓成什么样了吗?您还笑呢。”

“那你们想看到些什么?这是一种生死决斗。算起来,我已经判处过五六个政治犯和其他罪犯的死刑了,而谁能断定此刻又有多少正磨刀霍霍?伺机来对付我呢?”

“我的天!维尔福先生,”蕾妮说,她已愈来愈害怕了,“您不是在开玩笑吧?”

“我说的是真话,”年轻的法官面带微笑地回答说,“碰到有趣的审问,年轻的姑娘希望满足她的好奇心,而我是希望满足我的进取心,所以这种案件只会越审越严重。举个例子来说,在拿破仑手下的那些士兵——您能相信吗,他们习惯于听到命令就盲目地前冲去杀他从没见过的俄国人,奥地利人或匈牙利人,但当他们一旦知道了自己的私人仇敌以后,竟会畏畏缩缩地不敢用小刀刺进他的心脏?而且,这种事主要的是敌意在起作用,假如不是因为敌意,我们的职业就毫无意义了。

对我来说,当我看到被告眼中冒着怒火的时候,我就会觉得勇气倍增,精神亢奋。这已不再是一场诉讼,而是一场战斗。我攻击他,他反击我,我加倍地进攻,于是战斗就结束了,象所有的战斗一样,其结果不是胜就是败。整个诉讼过程就是这么一回事,其间的在于言辞争辩是否有利,如果被告嘲笑我说的话,我便想到,我一定是哪儿说的不好,我说的话一定苍白无力而不得当的。那么,您想,当一个检察官证实被告是有罪的,并看到被告在他的雄辩之下脸色苍白,低头认罪的时候,他会感到多么得意啊!那个低下的头不久就要被砍掉了——”蕾妮轻轻地叫了一声。

“好!”有一个来宾喊道,“这正是我所谓有意义的谈话。”

“他正是目前我们所需要的人材。”第二个说。

“上次那件案子您办得漂亮极了,我亲爱的维尔福!”第三个说,“我是指那个谋杀生父的案子。说真的,他还没被交给刽子手之前,就已被您置于死地了。”

“噢!说到那个东式父的逆子,对这种罪犯,什么惩罚都不过分的,”蕾妮插进来说道,“但对那些不幸的政治犯,他们惟一的罪名不就是参与政治阴谋——”

“什么,那可是最大逆不道的罪名。难道您不明白吗,蕾妮,君为民父,凡是任何阴谋或计划想推翻或谋杀三千二百万人民之父的生命和安全的人,不就是一个更坏的弑父逆子吗?”

“那种事我一点都不懂,”蕾妮回答,“可是,不管怎样维尔福先生,您已经答应过我——不是吗?——对那些我为他们求情的人,一定要从宽处理的。”

“这一点您放心好了,”维尔福带着他甜蜜的微笑回答。

“对于最终的判决,我们一定来商量着办好了。”

“宝贝,”侯爵夫人说,“你不要去照顾一下鸽子,你的小狗和刺绣吧,别来干预那些你根本不懂的事。这种年头,真是武事不修,文官得道,关于这一点,有一句拉丁话说得非常深刻。”

“‘Cedantarmatog,’ 【拉丁文:不要武器,要长袍(即:偃武修文)——译注】”维尔福微微欠身道。

“我不敢说拉丁语。”侯爵夫人说。

“嗯,”蕾妮说,“我真觉的有点儿遗憾,您为什么不选择另外一种职业——譬如说,做一个医生,杀人天使,虽然有天使之称,但在我看来似乎总是可怕的。”

“亲爱的,好心的蕾妮!”维尔福低声说道温柔地看了一眼那可爱的姑娘。

“我的孩子,“侯爵大声说,“维尔福先生将成为本省道德上和政治上的医生,这是一种高尚的职业。”

“而且可以洗刷掉他父亲的行为给人们种下的印象。”本性难移的侯爵夫人又接上一句。

“夫人,”维尔福苦笑着说道,“我很幸运地看到我父亲已经——至少我希望——公开承认了他过去的错误,他目前已是宗教和秩序的忠诚的朋友——一个或许比他的儿子还要好的保皇党,因为他是带着忏悔之情,而我只不过是凭着一腔热血罢了。”说完这篇斟字酌句演讲以后,维尔福环顾了一下四周,以观察他演说词的效果好象他此刻是在法庭上对旁听席讲话似的。

“好啊,我亲爱的维尔福,”萨尔维欧伯爵大声说道“您的话简直就象那次我在伊勒里宫讲的一样,那次御前大臣问我,他说一个吉伦特党徒的儿子同一个保皇党的女儿的联姻是否有点奇特,他很理解这种政治上化敌为友的主张,而且这正是国王的主张。想不到国王听到了我们的谈话,他插话说‘维尔福’——请注意。国王在这儿并没有叫‘诺瓦蒂埃’这个名字,相反的却很郑重地使用了‘维尔福’这个姓。国王说“‘维尔福’是一个极有判断能力,极小心细致的青年,他在他那一行一定会成为一个出人头地的人物,我很喜欢他,我很高兴听到他将要成为圣•梅朗侯爵夫妇的女婿。倘若不是他们先来求我同意这桩婚事的话,我自己本来也是这么想把这一对撮合起来的。”

“陛下是那样说的吗,伯爵?”维尔福喜不自禁地问。

“我是照他的话说的,一个字也没改。如果侯爵愿意直言相告的话,他一定会承认,我所讲的这些和他六个月前去见陛下求他恩准和他女儿的婚事时陛下对他讲的话完全一致。”

“是这样的,”侯爵回答说,“他说的是实情。”

我对这位宽宏慈悲的国王是感恩载德!我将竭尽全力为国王效劳”。

“那太好了,”侯爵夫人大声说道,“我就喜欢你这个样子,现在,好了,如果现在一个谋反分子落在你的手里,我们可正等着他呢。”

“我,啊,亲爱的妈妈”,蕾妮说。“我祈祷上帝请他不要听您的话,请他只让一些无足轻重的小犯人,穷苦的债务人,可怜的骗子落到维尔福先生的手里,那样我们晚上睡觉才能安稳。

“那还不是一回事”维尔福大笑着说,“您就等于祈求只许一个医生治头痛,麻疹,蜂蜇,或一些轻微病症一样,您希望我当检察官的话,您就应该给我来一些疑难病症的病人,这样才能显出我这个医生医术高明呀。”

正在这时,象是维尔福的愿望一说出口就能达到似的,一个仆人走了进来,在他的耳边低声说了些什么,维尔福立刻站起来离开了席位,说有要事待办,就走了出去,但一会他又回来了,满脸洋溢着喜悦的神色。蕾妮含情脉脉地望着他,她钦慕凝视着她那温雅聪明的爱人,当然了,他有漂亮的仪容,眼睛里闪耀着非凡的热情奋发的光芒,这些正是她爱慕的。

您刚才希望我去做一个医生”维尔福对她说道“好吧,同希腊神医埃斯科拉庇的教条相比我致少有一点是大同小异的,就是没有哪一天可以说是属于我自己的,即使是在我订婚的这一天。”

“刚才又要叫你到哪儿去?”圣•梅朗小姐微微带着不安的神色问。

“唉!假如我听到的话是真的,哪么现在就有一个病人,已危在旦夕了,这种病很严重,已经病得行将就木了。”

“多可怕呀!”蕾妮惊叫了起来,她本来因激动而变得发红的面颊变得煞白。

“真有这么一会事?”在座的宾客们异口同声地惊喊了起来。

“噢,如果我得到的消息确凿的话,刚才我们又发现一次拿破仑党的阴谋活动。”

“这次可能是真的吗?”侯爵夫人喊到。

“请让我来把这封密信念给你们听吧。”维尔福说“‘敝人系拥护王室及教会之人士,兹向您报告,有爱德蒙•唐太斯其人,系法老号之大副,今晨自士麦拿经那不勒斯抵埠,中途曾停靠费拉约港。此人受缪拉之命送信与逆贼,并受逆贼之命送信与巴黎拿破仑党委员会。犯罪证据在将其逮捕时即可获得,该信件不是在其身上,就是在其父家中,或者在法老号上他的船舱里。’”

“可是,”蕾妮说,“这必竟只是一封乱写的匿名信,况且又不是写给你的,这是写给检察官的。”

“不错,检察官不在,他的秘书便受命拆开看了这封信。他认为这事很重要,遂派人来找我,又因找不到我。他就自己下了逮捕令,把那人抓了起来。”

“这么说那个罪犯已被逮捕了,是吗?”侯爵夫人说。

“这应该说是被告。”蕾妮说。

“已经被捕了,”维尔福回答说,“正如我们刚才有幸向蕾妮小姐说过的那样,假如那封关键的信找到了,那个病人可就没救了。”

“那个不幸的人在哪儿?”蕾妮问。

“他在我们家里。”

“快去吧,我的朋友,”侯爵夫人插进来说,“别因为和我们呆在一起而疏忽了你的职责。你是国王的臣仆,职务所在,不论哪儿都得去。”

“噢,维尔福先生!”蕾妮紧握着他的双手喊道,“今天是我们订婚的日子,你可要对那人宽大一点啊!”那青年绕过桌子,走到那美丽的姑娘身边,靠在她的椅子上,温柔地说:“为了让您高兴,我亲爱的蕾妮,在我力所能及的范围内,我答应您尽量宽大些。但假如证据确凿的话,您就必须同意,我下命令把他杀头。”

蕾妮一听到最后两个字便痉挛似的震颤了一下,把头转向了一边,好象她那温柔的天性受不了如此冷酷,说要把一个活生生的人杀掉似的。

“别听那傻姑娘唠叨了,维尔福,”侯爵夫人说,“她不久就会听惯这些事情的。”说着,圣•梅朗夫人就把她那瘦骨嶙嶙的手伸给了维尔福,他一边吻,一边望着蕾妮,他的眼睛似乎在对她说,“我亲爱的此刻我吻的是您的手;或至少我希望如此。”

“这些都是不祥之兆!”可怜的蕾妮叹息道。

“说真的,孩子!”侯爵夫人愤愤地说,“你真是太傻,太孩子气了。我倒想知道,你这种讨厌的怪脾气和国家大事究竟有什么关系!”

“啊,妈妈!”蕾妮低声埋怨地说。

“夫人,我求您饶恕她这一次小小的错误吧,”维尔福说,“我答应您,我一定尽我的职责,对罪犯严惩不贷。”但当法官的维尔福在向侯爵夫人说这番话的时候,做情人的维尔福却向未婚妻丢了个眼色,他的目光说:“放心吧,蕾妮,为了您的爱,我会从宽处理的。” 蕾妮以她最甜蜜的温柔的微笑回报了他那一眼,于是维尔福就满怀着无比幸福走了出去。




VII L'interrogatoire.

À peine de Villefort fut-il hors de la salle à manger qu'il quitta son masque joyeux pour prendre l'air grave d'un homme appelé à cette suprême fonction de prononcer sur la vie de son semblable. Or, malgré la mobilité de sa physionomie, mobilité que le substitut avait, comme doit faire un habile acteur, plus d'une fois étudiée devant sa glace, ce fut cette fois un travail pour lui que de froncer son sourcil et d'assombrir ses traits. En effet, à part le souvenir de cette ligne politique suivie par son père, et qui pouvait, s'il ne s'en éloignait complètement, faire dévier son avenir, Gérard de Villefort était en ce moment aussi heureux qu'il est donné à un homme de le devenir; déjà riche par lui-même, il occupait à vingt-sept ans une place élevée dans la magistrature, il épousait une jeune et belle personne qu'il aimait, non pas passionnément, mais avec raison, comme un substitut du procureur du roi peut aimer, et outre sa beauté, qui était remarquable, Mlle de Saint-Méran, sa fiancée, appartenait à une des familles les mieux en cour de l'époque; et outre l'influence de son père et de sa mère, qui, n'ayant point d'autre enfant, pouvaient la conserver tout entière à leur gendre, elle apportait encore à son mari une dot de cinquante mille écus, qui, grâce aux espérances, ce mot atroce inventé par les entremetteurs de mariage, pouvait s'augmenter un jour d'un héritage d'un demi-million.

Tous ces éléments réunis composaient donc pour Villefort un total de félicité éblouissant, à ce point qu'il lui semblait voir des taches au soleil, quand il avait longtemps regardé sa vie intérieure avec la vue de l'âme.

À la porte, il trouva le commissaire de police qui l'attendait. La vue de l'homme noir le fit aussitôt retomber des hauteurs du troisième ciel sur la terre matérielle où nous marchons; il composa son visage, comme nous l'avons dit, et s'approchant de l'officier de justice:

«Me voici, monsieur, lui dit-il; j'ai lu la lettre, et vous avez bien fait d'arrêter cet homme; maintenant donnez-moi sur lui et sur la conspiration tous les détails que vous avez recueillis.

—De la conspiration, monsieur, nous ne savons rien encore, tous les papiers saisis sur lui ont été enfermés en une seule liasse, et déposés cachetés sur votre bureau. Quant au prévenu, vous l'avez vu par la lettre même qui le dénonce, c'est un nommé Edmond Dantès, second à bord du trois-mâts le Pharaon, faisant le commerce de coton avec Alexandrie et Smyrne, et appartenant à la maison Morrel et fils, de Marseille.

—Avant de servir dans la marine marchande, avait-il servi dans la marine militaire?

—Oh! non, monsieur; c'est un tout jeune homme.

—Quel âge?

—Dix-neuf ou vingt ans au plus.»

En ce moment, et comme Villefort, en suivant la Grande-Rue, était arrivé au coin de la rue des Conseils, un homme qui semblait l'attendre au passage l'aborda: c'était M. Morrel.

«Ah! monsieur de Villefort! s'écria le brave homme en apercevant le substitut, je suis bien heureux de vous rencontrer. Imaginez-vous qu'on vient de commettre la méprise la plus étrange, la plus inouïe: on vient d'arrêter le second de mon bâtiment, Edmond Dantès.

—Je le sais, monsieur, dit Villefort, et je viens pour l'interroger.

—Oh! monsieur, continua M. Morrel, emporté par son amitié pour le jeune homme, vous ne connaissez pas celui qu'on accuse, et je le connais, moi: imaginez-vous l'homme le plus doux, l'homme le plus probe, et j'oserai presque dire l'homme qui sait le mieux son état de toute la marine marchande. Ô monsieur de Villefort! je vous le recommande bien sincèrement et de tout mon cœur.»

Villefort, comme on a pu le voir, appartenait au parti noble de la ville, et Morrel au parti plébéien; le premier était royaliste ultra, le second était soupçonné de sourd bonapartisme. Villefort regarda dédaigneusement Morrel, et lui répondit avec froideur:

«Vous savez, monsieur, qu'on peut être doux dans la vie privée, probe dans ses relations commerciales, savant dans son état, et n'en être pas moins un grand coupable, politiquement parlant; vous le savez, n'est-ce pas, monsieur?»

Et le magistrat appuya sur ces derniers mots, comme s'il en voulait faire l'application à l'armateur lui-même; tandis que son regard scrutateur semblait vouloir pénétrer jusqu'au fond du cœur de cet homme assez hardi d'intercéder pour un autre, quand il devait savoir que lui-même avait besoin d'indulgence.

Morrel rougit, car il ne se sentait pas la conscience bien nette à l'endroit des opinions politiques; et d'ailleurs la confidence que lui avait faite Dantès à l'endroit de son entrevue avec le grand maréchal et des quelques mots que lui avait adressés l'Empereur lui troublait quelque peu l'esprit. Il ajouta, toutefois, avec l'accent du plus profond intérêt:

«Je vous en supplie, monsieur de Villefort, soyez juste comme vous devez l'être, bon comme vous l'êtes toujours, et rendez-nous bien vite ce pauvre Dantès!»

Le rendez-nous sonna révolutionnairement à l'oreille du substitut du procureur du roi.

«Eh! eh! se dit-il tout bas, rendez-nous... ce Dantès serait-il affilié à quelque secte de carbonari, pour que son protecteur emploie ainsi, sans y songer, la formule collective? On l'a arrêté dans un cabaret, m'a dit, je crois, le commissaire; en nombreuse compagnie, a-t-il ajouté: ce sera quelque vente.»

Puis tout haut:

«Monsieur, répondit-il, vous pouvez être parfaitement tranquille, et vous n'aurez pas fait un appel inutile à ma justice si le prévenu est innocent; mais si, au contraire, il est coupable, nous vivons dans une époque difficile, monsieur, où l'impunité serait d'un fatal exemple: je serai donc forcé de faire mon devoir.»

Et sur ce, comme il était arrivé à la porte de sa maison adossée au palais de justice, il entra majestueusement, après avoir salué avec une politesse de glace le malheureux armateur, qui resta comme pétrifié à la place où l'avait quitté Villefort.

L'antichambre était pleine de gendarmes et d'agents de police; au milieu d'eux, gardé à vue, enveloppé de regards flamboyants de haine, se tenait debout, calme et immobile, le prisonnier.

Villefort traversa l'antichambre, jeta un regard oblique sur Dantès, et, après avoir pris une liasse que lui remit un agent, disparut en disant:

«Qu'on amène le prisonnier.»

Si rapide qu'eût été ce regard, il avait suffi à Villefort pour se faire une idée de l'homme qu'il allait avoir à interroger: il avait reconnu l'intelligence dans ce front large et ouvert, le courage dans cet œil fixe et ce sourcil froncé, et la franchise dans ces lèvres épaisses et à demi ouvertes, qui laissaient voir une double rangée de dents blanches comme l'ivoire.

La première impression avait été favorable à Dantès; mais Villefort avait entendu dire si souvent, comme un mot de profonde politique, qu'il fallait se défier de son premier mouvement, attendu que c'était le bon, qu'il appliqua la maxime à l'impression, sans tenir compte de la différence qu'il y a entre les deux mots.

Il étouffa donc les bons instincts qui voulaient envahir son cœur pour livrer de là assaut à son esprit, arrangea devant la glace sa figure des grands jours et s'assit, sombre et menaçant, devant son bureau.

Un instant après lui, Dantès entra.

Le jeune homme était toujours pâle, mais calme et souriant; il salua son juge avec une politesse aisée, puis chercha des yeux un siège, comme s'il eût été dans le salon de l'armateur Morrel.

Ce fut alors seulement qu'il rencontra ce regard terne de Villefort, ce regard particulier aux hommes de palais, qui ne veulent pas qu'on lise dans leur pensée, et qui font de leur œil un verre dépoli. Ce regard lui apprit qu'il était devant la justice, figure aux sombres façons.

«Qui êtes-vous et comment vous nommez-vous? demanda Villefort en feuilletant ces notes que l'agent lui avait remises en entrant, et qui depuis une heure étaient déjà devenues volumineuses, tant la corruption des espionnages s'attache vite à ce corps malheureux qu'on nomme les prévenus.

—Je m'appelle Edmond Dantès, monsieur, répondit le jeune homme d'une voix calme et sonore; je suis second à bord du navire le Pharaon, qui appartient à MM. Morrel et fils.

—Votre âge? continua Villefort.

—Dix-neuf ans, répondit Dantès.

—Que faisiez-vous au moment où vous avez été arrêté?

—J'assistais au repas de mes propres fiançailles, monsieur», dit Dantès d'une voix légèrement émue, tant le contraste était douloureux de ces moments de joie avec la lugubre cérémonie qui s'accomplissait, tant le visage sombre de M. de Villefort faisait briller de toute sa lumière la rayonnante figure de Mercédès.

«Vous assistiez au repas de vos fiançailles? dit le substitut en tressaillant malgré lui.

—Oui, monsieur, je suis sur le point d'épouser une femme que j'aime depuis trois ans.»

Villefort, tout impassible qu'il était d'ordinaire, fut cependant frappé de cette coïncidence, et cette voix émue de Dantès surpris au milieu de son bonheur alla éveiller une fibre sympathique au fond de son âme: lui aussi se mariait, lui aussi était heureux, et on venait troubler son bonheur pour qu'il contribuât à détruire la joie d'un homme qui, comme lui, touchait déjà au bonheur.

Ce rapprochement philosophique, pensa-t-il, fera grand effet à mon retour dans le salon de M. de Saint-Méran; et il arrangea d'avance dans son esprit, et pendant que Dantès attendait de nouvelles questions, les mots antithétiques à l'aide desquels les orateurs construisent ces phrases ambitieuses d'applaudissements qui parfois font croire à une véritable éloquence.

Lorsque son petit speech intérieur fut arrangé, Villefort sourit à son effet, et revenant à Dantès:

«Continuez, monsieur, dit-il.

—Que voulez-vous que je continue?

—D'éclairer la justice.

—Que la justice me dise sur quel point elle veut être éclairée, et je lui dirai tout ce que je sais; seulement, ajouta-t-il à son tour avec un sourire, je la préviens que je ne sais pas grand-chose.

—Avez-vous servi sous l'usurpateur?

—J'allais être incorporé dans la marine militaire lorsqu'il est tombé.

—On dit vos opinions politiques exagérées, dit Villefort, à qui l'on n'avait pas soufflé un mot de cela, mais qui n'était pas fâché de poser la demande comme on pose une accusation.

—Mes opinions politiques, à moi, monsieur? Hélas! c'est presque honteux à dire, mais je n'ai jamais eu ce qu'on appelle une opinion: j'ai dix-neuf ans à peine, comme j'ai eu l'honneur de vous le dire; je ne sais rien, je ne suis destiné à jouer aucun rôle; le peu que je suis et que je serai, si l'on m'accorde la place que j'ambitionne, c'est à M. Morrel que je le devrai. Aussi, toutes mes opinions, je ne dirai pas politiques, mais privées, se bornent-elles à ces trois sentiments: j'aime mon père, je respecte M. Morrel et j'adore Mercédès. Voilà, monsieur, tout ce que je puis dire à la justice; vous voyez que c'est peu intéressant pour elle.»

À mesure que Dantès parlait, Villefort regardait son visage à la fois si doux et si ouvert, et se sentait revenir à la mémoire les paroles de Renée, qui, sans le connaître, lui avait demandé son indulgence pour le prévenu. Avec l'habitude qu'avait déjà le substitut du crime et des criminels, il voyait, à chaque parole de Dantès, surgir la preuve de son innocence. En effet, ce jeune homme, on pourrait presque dire cet enfant, simple, naturel, éloquent de cette éloquence du cœur qu'on ne trouve jamais quand on la cherche, plein d'affection pour tous, parce qu'il était heureux, et que le bonheur rend bons les méchants eux-mêmes, versait jusque sur son juge la douce affabilité qui débordait de son cœur, Edmond n'avait dans le regard, dans la voix, dans le geste, tout rude et tout sévère qu'avait été Villefort envers lui, que caresses et bonté pour celui qui l'interrogeait.

«Pardieu, se dit Villefort, voici un charmant garçon, et je n'aurai pas grand-peine, je l'espère, à me faire bien venir de Renée en accomplissant la première recommandation qu'elle m'a faite: cela me vaudra un bon serrement de main devant tout le monde et un charmant baiser dans un coin.»

Et à cette douce espérance la figure de Villefort s'épanouit; de sorte que, lorsqu'il reporta ses regards de sa pensée à Dantès, Dantès, qui avait suivi tous les mouvements de physionomie de son juge, souriait comme sa pensée.

«Monsieur, dit Villefort, vous connaissez-vous quelques ennemis?

—Des ennemis à moi, dit Dantès: j'ai le bonheur d'être trop peu de chose pour que ma position m'en ait fait. Quant à mon caractère, un peu vif peut-être, j'ai toujours essayé de l'adoucir envers mes subordonnés. J'ai dix ou douze matelots sous mes ordres: qu'on les interroge, monsieur, et ils vous diront qu'ils m'aiment et me respectent, non pas comme un père, je suis trop jeune pour cela, mais comme un frère aîné.

—Mais, à défaut d'ennemis, peut-être avez-vous des jaloux: vous allez être nommé capitaine à dix-neuf ans, ce qui est un poste élevé dans votre état; vous allez épouser une jolie femme qui vous aime, ce qui est un bonheur rare dans tous les états de la terre; ces deux préférences du destin ont pu vous faire des envieux.

—Oui, vous avez raison. Vous devez mieux connaître les hommes que moi, et c'est possible; mais si ces envieux devaient être parmi mes amis, je vous avoue que j'aime mieux ne pas les connaître pour ne point être forcé de les haïr.

—Vous avez tort, monsieur. Il faut toujours, autant que possible, voir clair autour de soi; et, en vérité vous me paraissez un si digne jeune homme, que je vais m'écarter pour vous des règles ordinaires de la justice et vous aider à faire jaillir la lumière en vous communiquant la dénonciation qui vous amène devant moi: voici le papier accusateur; reconnaissez-vous l'écriture?»

Et Villefort tira la lettre de sa poche et la présenta à Dantès. Dantès regarda et lut. Un nuage passa sur son front, et il dit:

«Non, monsieur, je ne connais pas cette écriture, elle est déguisée, et cependant elle est d'une forme assez franche. En tout cas, c'est une main habile qui l'a tracée. Je suis bien heureux, ajouta-t-il en regardant avec reconnaissance Villefort, d'avoir affaire à un homme tel que vous, car en effet mon envieux est un véritable ennemi.»

Et à l'éclair qui passa dans les yeux du jeune homme en prononçant ces paroles, Villefort put distinguer tout ce qu'il y avait de violente énergie cachée sous cette première douceur.

«Et maintenant, voyons, dit le substitut, répondez-moi franchement, monsieur, non pas comme un prévenu à son juge, mais comme un homme dans une fausse position répond à un autre homme qui s'intéresse à lui: qu'y a-t-il de vrai dans cette accusation anonyme?»

Et Villefort jeta avec dégoût sur le bureau la lettre que Dantès venait de lui rendre.

«Tout et rien, monsieur, et voici la vérité pure, sur mon honneur de marin, sur mon amour pour Mercédès, sur la vie de mon père.

—Parlez, monsieur», dit tout haut Villefort.

Puis tout bas, il ajouta:

«Si Renée pouvait me voir, j'espère qu'elle serait contente de moi, et qu'elle ne m'appellerait plus un coupeur de tête!

—Eh bien, en quittant Naples, le capitaine Leclère tomba malade d'une fièvre cérébrale; comme nous n'avions pas de médecin à bord et qu'il ne voulut relâcher sur aucun point de la côte, pressé qu'il était de se rendre à l'île d'Elbe, sa maladie empira au point que vers la fin du troisième jour, sentant qu'il allait mourir, il m'appela près de lui.

«—Mon cher Dantès, me dit-il, jurez-moi sur votre honneur de faire ce que je vais vous dire; il y va des plus hauts intérêts.

«—Je vous le jure, capitaine, lui répondis-je.

«—Eh bien, comme après ma mort le commandement du navire vous appartient, en qualité de second, vous prendrez ce commandement, vous mettrez le cap sur l'île d'Elbe, vous débarquerez à Porto-Ferrajo, vous demanderez le grand maréchal, vous lui remettrez cette lettre: peut-être alors vous remettra-t-on une autre lettre et vous chargera-t-on de quelque mission. Cette mission qui m'était réservée, Dantès, vous l'accomplirez à ma place, et tout l'honneur en sera pour vous.

«—Je le ferai, capitaine, mais peut-être n'arrive-t-on pas si facilement que vous le pensez près du grand maréchal.

«—Voici une bague que vous lui ferez parvenir, dit le capitaine, et qui lèvera toutes les difficultés.

«Et à ces mots, il me remit une bague.

«Il était temps: deux heures après le délire le prit; le lendemain il était mort.

—Et que fîtes-vous alors?

—Ce que je devais faire, monsieur, ce que tout autre eût fait à ma place: en tout cas, les prières d'un mourant sont sacrées; mais, chez les marins, les prières d'un supérieur sont des ordres que l'on doit accomplir. Je fis donc voile vers l'île d'Elbe, où j'arrivai le lendemain, je consignai tout le monde à bord et je descendis seul à terre. Comme je l'avais prévu, on fit quelques difficultés pour m'introduire près du grand maréchal; mais je lui envoyai la bague qui devait me servir de signe de reconnaissance, et toutes les portes s'ouvrirent devant moi. Il me reçut, m'interrogea sur les dernières circonstances de la mort du malheureux Leclère, et, comme celui-ci l'avait prévu, il me remit une lettre qu'il me chargea de porter en personne à Paris. Je le lui promis, car c'était accomplir les dernières volontés de mon capitaine. Je descendis à terre, je réglai rapidement toutes les affaires de bord; puis je courus voir ma fiancée, que je retrouvai plus belle et plus aimante que jamais. Grâce à M. Morrel, nous passâmes par-dessus toutes les difficultés ecclésiastiques; enfin, monsieur, j'assistais, comme je vous l'ai dit, au repas de mes fiançailles, j'allais me marier dans une heure, et je comptais partir demain pour Paris, lorsque, sur cette dénonciation que vous paraissez maintenant mépriser autant que moi, je fus arrêté.

—Oui, oui, murmura Villefort, tout cela me paraît être la vérité, et, si vous êtes coupable, c'est par imprudence; encore cette imprudence était-elle légitimée par les ordres de votre capitaine. Rendez-nous cette lettre qu'on vous a remise à l'île d'Elbe, donnez-moi votre parole de vous représenter à la première réquisition, et allez rejoindre vos amis.

—Ainsi je suis libre, monsieur! s'écria Dantès au comble de la joie.

—Oui, seulement donnez-moi cette lettre.

—Elle doit être devant vous, monsieur; car on me l'a prise avec mes autres papiers, et j'en reconnais quelques-uns dans cette liasse.

—Attendez, dit le substitut à Dantès, qui prenait ses gants et son chapeau, attendez; à qui est-elle adressée?

À M. Noirtier, rue Coq-Héron, à Paris

La foudre tombée sur Villefort ne l'eût point frappé d'un coup plus rapide et plus imprévu; il retomba sur son fauteuil, d'où il s'était levé à demi pour atteindre la liasse de papiers saisis sur Dantès, et, la feuilletant précipitamment, il en tira la lettre fatale sur laquelle il jeta un regard empreint d'une indicible terreur.

«M. Noirtier, rue Coq-Héron, nº 13, murmura-t-il en pâlissant de plus en plus.

—Oui, monsieur, répondit Dantès étonné, le connaissez-vous?

—Non, répondit vivement Villefort: un fidèle serviteur du roi ne connaît pas les conspirateurs.

—Il s'agit donc d'une conspiration? demanda Dantès, qui commençait, après s'être cru libre, à reprendre une terreur plus grande que la première. En tout cas, monsieur, je vous l'ai dit, j'ignorais complètement le contenu de la dépêche dont j'étais porteur.

—Oui, reprit Villefort d'une voix sourde; mais vous savez le nom de celui à qui elle était adressée!

—Pour la lui remettre à lui-même, monsieur, il fallait bien que je le susse.

—Et vous n'avez montré cette lettre à personne? dit Villefort tout en lisant et en pâlissant, à mesure qu'il lisait.

—À personne, monsieur, sur l'honneur!

—Tout le monde ignore que vous étiez porteur d'une lettre venant de l'île d'Elbe et adressée à M. Noirtier?

—Tout le monde, monsieur, excepté celui qui me l'a remise.

—C'est trop, c'est encore trop!» murmura Villefort.

Le front de Villefort s'obscurcissait de plus en plus à mesure qu'il avançait vers la fin; ses lèvres blanches, ses mains tremblantes, ses yeux ardents faisaient passer dans l'esprit de Dantès les plus douloureuses appréhensions. Après cette lecture, Villefort laissa tomber sa tête dans ses mains, et demeura un instant accablé.

«Ô mon Dieu! qu'y a-t-il donc, monsieur?» demanda timidement Dantès.

Villefort ne répondit pas; mais au bout de quelques instants, il releva sa tête pâle et décomposée, et relut une seconde fois la lettre.

«Et vous dites que vous ne savez pas ce que contenait cette lettre? reprit Villefort.

—Sur l'honneur, je le répète, monsieur, dit Dantès, je l'ignore. Mais qu'avez-vous vous-même, mon Dieu! vous allez vous trouver mal; voulez-vous que je sonne, voulez-vous que j'appelle?

—Non, monsieur, dit Villefort en se levant vivement, ne bougez pas, ne dites pas un mot: c'est à moi à donner des ordres ici, et non pas à vous.

—Monsieur, dit Dantès blessé, c'était pour venir à votre aide, voilà tout.

—Je n'ai besoin de rien; un éblouissement passager, voilà tout: occupez-vous de vous et non de moi, répondez.»

Dantès attendit l'interrogatoire qu'annonçait cette demande, mais inutilement: Villefort retomba sur son fauteuil, passa une main glacée sur son front ruisselant de sueur, et pour la troisième fois se mit à relire la lettre.

«Oh! s'il sait ce que contient cette lettre, murmura-t-il, et qu'il apprenne jamais que Noirtier est le père de Villefort, je suis perdu, perdu à jamais!»

Et de temps en temps il regardait Edmond, comme si son regard eût pu briser cette barrière invisible qui enferme dans le cœur les secrets que garde la bouche.

«Oh! n'en doutons plus! s'écria-t-il tout à coup.

—Mais, au nom du Ciel, monsieur! s'écria le malheureux jeune homme, si vous doutez de moi, si vous me soupçonnez, interrogez-moi, et je suis prêt à vous répondre.»

Villefort fit sur lui-même un effort violent, et d'un ton qu'il voulait rendre assuré:

«Monsieur, dit-il, les charges les plus graves résultent pour vous de votre interrogatoire, je ne suis donc pas le maître, comme je l'avais espéré d'abord, de vous rendre à l'instant même la liberté; je dois, avant de prendre une pareille mesure, consulter le juge d'instruction. En attendant, vous avez vu de quelle façon j'en ai agi envers vous.

—Oh! oui, monsieur, s'écria Dantès, et je vous remercie, car vous avez été pour moi bien plutôt un ami qu'un juge.

—Eh bien, monsieur, je vais vous retenir quelque temps encore prisonnier, le moins longtemps que je pourrai; la principale charge qui existe contre vous c'est cette lettre, et vous voyez...»

Villefort s'approcha de la cheminée, la jeta dans le feu, et demeura jusqu'à ce qu'elle fût réduite en cendres.

«Et vous voyez, continua-t-il, je l'anéantis.

—Oh! s'écria Dantès, monsieur, vous êtes plus que la justice, vous êtes la bonté!

—Mais; écoutez-moi, poursuivit Villefort, après un pareil acte, vous comprenez que vous pouvez avoir confiance en moi, n'est-ce pas?

—Ô monsieur! ordonnez et je suivrai vos ordres.

—Non, dit Villefort en s'approchant du jeune homme, non, ce ne sont pas des ordres que je veux vous donner; vous le comprenez, ce sont des conseils.

—Dites, et je m'y conformerai comme à des ordres.

—Je vais vous garder jusqu'au soir ici, au palais de justice; peut-être qu'un autre que moi viendra vous interroger: dites tout ce que vous m'avez dit, mais pas un mot de cette lettre.

—Je vous le promets, monsieur.»

C'était Villefort qui semblait supplier, c'était le prévenu qui rassurait le juge.

«Vous comprenez, dit-il en jetant un regard sur les cendres, qui conservaient encore la forme du papier, et qui voltigeaient au-dessus des flammes: maintenant, cette lettre est anéantie, vous et moi savons seuls qu'elle a existé; on ne vous la représentera point: niez-la donc si l'on vous en parle, niez-la hardiment et vous êtes sauvé.

—Je nierai, monsieur, soyez tranquille, dit Dantès.

—Bien, bien!» dit Villefort en portant la main au cordon d'une sonnette.

Puis s'arrêtant au moment de sonner:

«C'était la seule lettre que vous eussiez? dit-il.

—La seule.

—Faites-en serment.»

Dantès étendit la main.

«Je le jure», dit-il.

Villefort sonna.

Le commissaire de police entra.

Villefort s'approcha de l'officier public et lui dit quelques mots à l'oreille; le commissaire répondit par un simple signe de tête.

«Suivez monsieur», dit Villefort à Dantès.

Dantès s'inclina, jeta un dernier regard de reconnaissance à Villefort et sortit.

À peine la porte fut-elle refermée derrière lui que les forces manquèrent à Villefort, et qu'il tomba presque évanoui sur un fauteuil.

Puis, au bout d'un instant:

«Ô mon Dieu! murmura-t-il, à quoi tiennent la vie et la fortune!... Si le procureur du roi eût été à Marseille, si le juge d'instruction eût été appelé au lieu de moi, j'étais perdu; et ce papier, ce papier maudit me précipitait dans l'abîme. Ah! mon père, mon père, serez-vous donc toujours un obstacle à mon bonheur en ce monde, et dois-je lutter éternellement avec votre passé!»

Puis, tout à coup, une lueur inattendue parut passer par son esprit et illumina son visage; un sourire se dessina sur sa bouche encore crispée, ses yeux hagards devinrent fixes et parurent s'arrêter sur une pensée.

«C'est cela, dit-il; oui, cette lettre qui devait me perdre fera ma fortune peut-être. Allons, Villefort, à l'œuvre!»

Et après s'être assuré que le prévenu n'était plus dans l'antichambre, le substitut du procureur du roi sortit à son tour, et s'achemina vivement vers la maison de sa fiancée.

 

第七章 审问

维尔福刚一进客厅,便收起了笑容,作出了一副手握生死大权者的庄严气派。他脸部的表情极富于变化,——这是他常常对着镜子训练出来的,因为一个职业演说家就应该是这样的表情,现在他得费点劲才能皱起他的眉头,装出一副庄严沉着的气派。维尔福唯一感到遗憾的就是他父亲的政治路线,如果不是他自己处事极端审慎,那过去的事情就会影响到他现在的事业,但除此之外,他可以说是享尽人间的幸福了。他很富有,虽然他仅仅只有27岁,但已居高位,他快要和一个年青美丽的姑娘结婚,他爱她。并非出于热情,而是出于理智,是以一个代理检察官的态度爱她,他的未婚妻,不仅美丽而且还出身于最显赫的名门望族,她的父母膝下只有一个女儿,所以他们的政治势力可以全部用来培植他们的女婿。此外,她还可以给他带来一笔五万艾居的嫁奁,将来有一天大概还可以增加五十万遗产。这一切因素综合起来,使维尔福得到了无限的幸福,所以,当维尔福略一回省,静心默察自己内心世界的时候,他就好象自己眼花缭乱了起来。

维尔福在门口遇了正在等候他的警官。一见到这位警长,他便从九天之外回到地面上来了,于是他的脸上马上摆出了一副道貌岸然的样子,说道,那“信我看过了,先生,您办得很对,应该把那个人逮起来。现在请你告诉我,你有没有搜有到有关他造反的材料?”

“关于他造反的材料,先生,我们现在还无从知道,我得到的材料已经放到您的办公桌上了。犯人名子叫爱德蒙•唐太斯,是三桅大帆船法老号上的大副,那条船是从亚历山大和士麦拿装棉花来的,是马摩父子公司所有。”

“他在从事航海这个工作以前,有没有在海军服过役呢?”

“哦,没有,先生,他还很年轻。”

“多大年纪?”

“顶多还不过十九、二十岁。”

这时,维尔福已经走到民康尼尔大街的拐角边处,有一个人似乎在那儿等他,那人走向前来,是莫雷尔先生。

“哦,维尔福先生,”他喊道,“很高兴见到您!刚才发生了一个很令人不可思意的事情——您手下的人把我船上的大副,爱德蒙•唐太斯抓走了。”

“这事我知道,先生,”维尔福回答,“我现在就是去审问的。”

“噢,”莫雷尔说道,由于他对那个朋友友情甚笃,便急切地求起情来,“您不知道他,但我很了解他。他是世界上最善良、最正直的人了,我敢说,在整个商船界,再没有一个比他更好的船员了,维尔福先生,我真心诚意地向您担保!”

正如我们已经知道维尔福是马赛上流社会中的人物,而莫雷尔只是一个平民,前者是一个保守党,而后者是一个拿破仑党的嫌疑犯。维尔福轻蔑地看着莫雷尔,冷冷地回答道。

“你知道,阁下,一个人的私生活上也可能是可敬可靠的,可以是商船界里最好的船员,但从政治上讲,可能是一个罪大恶极的人,是不是?”

代理法官这番话的语气很重,仿佛是冲着船主说的,而他那审视的眼光似乎直穿对方的心内,象是说,你竟敢为别人说人情,你应该知道你本人还需要宽大处理。莫雷尔的脸刷地红了,因为在政治方面,他的见解并不十分明朗;此外,唐太斯告诉过他的有关他谒见大元帅的事,以及皇上对他说的那番话更增加了他内心的不安,但他仍用深为关怀的语气说;“维尔福先生,我求您,您一向所做的事都是那样公正仁慈,早些把他送还给我们吧。”

这“给我们”三个字在代理检察官听来很有些革命的味道。“哦,哦!”他思忖道“难道唐太斯是烧炭党 【十九世纪初意大利的一个秘密政治组织,因经常装扮成烧炭人集会于树林,故称烧炭党。——译注】分子,不然的话他的保护人要用这种态度来求情呢?我记得他是在一个酒店里被捕的,当时有许多人同他在一起,假如他是冤枉的,那你的求情一定不会落空的,但是如果他有罪,那也只能施以惩罚。否则在目前这个时期,有罪不惩可太危险了,我不得不行使我的职权。”

这时,他已走到了自己的家门口,他的家就在法院隔壁,他态度冷淡地向船长行了个礼便进去了。那船主呆呆地立在维尔福离开他的地方,客厅里挤满了警察和宪兵,在他们中间,站着那个罪犯,他虽然被严加看管,却很镇定,而且还带着微笑。维尔福穿过客厅,瞥了唐太斯一眼,从一个宪兵手里接过一包东西,一边向里走,一边说:“把犯人带进来。”

维尔福刚才那一瞥虽然急促,但对那个即将要审问的犯人却已经有了一个初步的看法,他已从他那饱满的前额上看出了他的聪慧,从那黑眼睛里和弯弯的眉毛看出了勇敢,从那半张着的,露出一排洁白的牙齿的厚嘴唇上看出了他的直率。

维尔福的第一个印象很不错,但他也常常听人讲。切勿信任第一次的冲动,他把这句格言也用到印象上了,而且不顾这两者间的差别了,所以他抑住心头的怜悯感,板起脸来,在他的办公桌前座了下来,过了一会,唐太斯进来了,他的脸色也很苍白,但是很镇定,还是带着微笑,他从容有礼的向法官行了个礼,四下里看了看,象找个座位,好象他是在莫雷尔先生的客厅里似的,就在这时,当他的目光接触到维尔福的目光——那种法官所特有的目光,似乎象要看透嫌疑犯脑子里的罪恶思想似的。

“你是干什么的?”维尔福一边问,一边翻阅着一堆文件,那里边有关于这个犯人的材料,就是他进来时那个宪兵给他的。

“我叫爱德蒙•唐太斯,”青年镇定地回答说,“我是法老号船上的大副,那条船属于摩来尔父子公司所有。”

“你的年龄”维尔福又问。“十九岁”唐太斯回答。

“你被捕的时候在干什么?”

“我是在请人吃喜酒,先生。”青年人说着,他的声音有点儿微微颤抖,刚才那个快乐的时刻与现在这种痛苦的经历对照起来,差别实在是太大了,而维尔福先生阴沉的脸色和唐太斯满脸红光对照起来,也实在是反差太大了。“你在请人吃喜酒?”代理检察官问道,不由自主地打了个寒噤。

“是的,先生,我正要娶一位我爱了三年的姑娘。”维尔福虽然仍面不改色,但却为这个巧合吃了一惊。唐太斯颤抖的声音告诉他在他的胸膛里引起了一阵同情的共鸣。唐太斯是在他的幸福时刻被人召来的,而他自己也快要结婚了,他也是在自己的幸福时刻被人召来的,而他又是来破坏另一个人的幸福的。这种哲学上的相似之处,,在圣•梅朗侯爵家里倒是一个极好的话题,大谈而特谈一通。他这样想着,当唐太斯等待他往下问的时候,他起码在整理着他的思绪,他越想越觉得这是很好的对称话题,而演说家们往往用对称话题来获得雄辨之誉,当这篇演讲整理好之后,维尔福想到他可能产生的效果,不禁微笑了一下,然后他,转过来向唐太斯说“往下说,先生。”

“您让我继续说些什么?”

“把你知道的一切都讲出来。”

“告诉我您要知道哪一方面的事情,这样我才可以把我所知道的一切都讲出来。”只是,他苦笑了一下,又说,“我得事先告诉您,我知道的很少。”

“你有没有在逆贼手下服务过?”

“我刚编入皇家海军的时候,他就倒台了。”

“有人报告说,你政见很极端。”维尔福说,其实他根本没听说过这类事,但他偏要这么一提,就如同提出一项指控一样。

“我的政见!我!”唐太斯问道,“唉,先生,我从来没有什么政见,我还没满19岁,我什么都不知道,我起不了什么作用,假如我得到了我所希望的那个职位,应该归功莫雷尔先生,所以,我的全部见解——我不说政见,而只是私人见解——不出这三个范围:我亲爱的父亲,我尊敬的莫雷尔先生,我喜欢的美茜蒂丝。先生,这就是我所能告诉您的一切,您瞧,对这些事您不会感兴趣的。”

唐太斯说话时,维尔福一直注视着他那温和而开朗的脸,耳边也似乎响起了蕾妮的话,蕾妮虽不认识这个嫌疑犯,但却替他求过情,请求他宽大处理,代理检察官根据案例和对犯人的审理来看,这个青年所说的每一字都愈来愈使他相信他是无辜的。这个孩子,——因为他还说不上是个成年人——单纯,自然说话时理直气壮充分显示出了他内心的坦然,他对每一个人都抱着好感,因为他很幸福。而即使在幸福产生了恶果的时候,他甚至还这般和蔼可亲,尽管维尔福装出一副可畏的目光和严厉的口吻。

“没错,”维尔福心想,“他是一个可爱的小伙子!看来我不难讨好蕾妮了,完成她第一次请求我做的事,这样我可以在公开场合吻她的手,还可以私下里讨一个甜蜜的吻”脑子里充满了这种想法,维尔福的脸也变得开朗起来了,所以当他转向唐太斯的时候,后者也注意到他脸色的改变,也微笑起来。

“先生”维尔福说,“你知不知道你有什么仇人吗?”

“我有仇人?”唐太斯答道,“我的地位还不够那种资格。至于我自己的脾气,或许是有点急躁了,但我一直在努力地改正。我手下有十二三个水手,如果你问他们,他们会告诉您的,他们喜欢我尊敬我,把我看成是长兄一般,我不敢说敬我如父,因为我太年轻了。”

“即使没有仇人,或许有人嫉妒你,你才19岁就要做船长了——这对你来说算是一个很好的职位。你又要和一个爱你的姑娘结婚了,这两桩运气的事或许已引起另外一个人的嫉妒哩。”

“您说的对。您对人们的了解比我深刻的多,我承认,您所说的这种事可能是存在的,但假如这些嫉妒的人是我的朋友,那我宁愿不知道他们,免得对他们产生仇恨。”

“你错了,你应该随时尽可能地看清你周围的环境。你看来倒象是一个可敬的青年,我愿意破例帮你查出那个写这封信的发信人。信就在这儿,你认识这笔迹吗?”维尔福一边说一边从他的口袋里拿出了那封信,递给了唐太斯,唐太斯看完信。一片疑云浮上了他的眉头,他说;“不,先生,我不认识这笔迹,这是伪装过的,可是写的很流利。不管是谁写的,写这信的人很灵巧。”他感激地望着维尔福说:“我很幸运,能遇到象您这样的人来审问我。至于这个嫉妒我的人,倒真是个仇人。”从那青年人眼里射出来的急速的一瞥,维尔福看出来在温和的表面下蕴含着惊人的力量。

“现在,”代理检察官说:“坦白的告诉我——不是一个犯人面对法官,而是一个受委屈的孩子面对关心他的人。——这封匿名的告发信里究竟有多少是实情?”于是,维尔福把唐太斯刚才还给他的那封信轻蔑地扔在了他的办公桌上。

“没有一点儿是真的。我可以把实情告诉您。我以水手的名誉,以我对美塞苔丝的爱,以我父亲的生命向你发誓——”

“说吧,先生,”维尔福说。然后,心想假如蕾妮看到我这个样子和场合,她一定很满意,一定不会再叫我刽子手了。

“唔,我们离开那不勒斯以后,莱克勒船长就突然得到了脑膜炎。我们船上没有医生,而他又急于要到爱尔巴去,所以沿途没有停靠任何港口。他的脑子愈来愈不清楚了,在第三天,快要过去的时候,他知道自己快不行了,就叫我到他那儿去。‘我亲爱的唐太斯,’他说,‘我要你发誓完成我将要你做的这件事,因为这是一件非常重要的大事。’“‘我发誓,船长,’我回答说。

“‘好,你是大副,我死后,这条船由你来指挥,把船驶向厄尔巴岛去,在费拉约岛靠岸,然后去找大元帅。把这封信交给他。也许他们会另外给你一封信,叫你当次信差。你一定要完成这本来应该是我去做的事,并享受它所带来的一切荣誉和利益。

“‘我一定照办,船长,但也许我去见大元帅时不象您预期的那样顺利,万一不让我见到他呢?’“‘这儿有一只戒指拿着他求见,就不会有问题了,船长说完就给了我这只戒指,他交给我的正是时候,两个小时后,他就昏迷不醒,第二天,他就去世了。’”

“你当时怎么办了?”

“我做了我应该做的事,不论谁处在我的位置上,他都会那样做的,不论在那里,一个人快要死的时候,他的最后请求,都是神圣的,对一个水手来说,他的上司最后的请求就是命令。我向厄尔巴岛驶去,第二天就到了。我命令所有的人都留在船上,而我自己一个人上岸去了,不出我所料,我想见大元帅却遇到了一些麻烦,我把船长交给我的那个戒指拿了出来,元帅看过之后,马上就获准了。他问了一些关于莱克勒船长去世的事。而且,正如船长所说的的那样,大元帅给了我一封信,要我带去给一个住在巴黎的人。我接过了那封信,因为这是船长命令我这样做的事。我在此地靠岸,安排了船上的事,就赶快去看我的未婚妻了,我发现她更可爱,比以前更爱我了。但得谢谢莫雷尔先生,一切手续都在以前办好了,一句话,很顺利再就是我请人吃喜酒了。再过一个小时,我就已经结婚了,我本来是预备明天动身到巴黎去的,由于这次告密,我就被捕了,我看您现在和我一样,是很鄙视这次告密的。”

“是的,”维尔福说,“看来这象是实事,既使你有错,也只能算是疏忽罪,而且即然是奉了你船长的命令,这种疏忽罪就不算什么了,你把从厄尔巴岛带来的这封信交给我们,记下你的话,然后回到你的朋友那里去吧,需要你的时候,你再来。”

“那么,我是自由的了,先生?”唐太斯高兴地喊到。

“是的,你得先把那封信给我。”

“已经在您这儿了,他们已早从我身上把它搜去了,还有其它的信,我看到都在那包东西里面。

“等一等,”正当唐太斯去拿他的帽子和手套时,代理法官叫住了他,那封信是写给谁的。”

“是给诺瓦蒂埃先生的,地址是巴黎高海隆路。”

即使是一个霹雷炸响,也未必能使他维尔福如此震惊,如此的意外,悴不及防,他倒在椅子里,匆忙地翻着他的口袋,带着恐怖的神色盯着它。

“高海隆路13号诺瓦蒂埃先生收。”他轻声地念着,脸色变的十分苍白。

“是的,”唐太斯说,他也吃了一惊,,“难道您认识他吗?”

“不,”维尔福急忙回答,‘国王忠实的奴仆是不认识叛匪的。’“那么说,这是个谋反案了吧?”唐太斯问,他本以为自己获得了自由,但现在比以前更加惊惶了,“但是,我已经对您说过,先生,我对信的内容,是一点也不知道的。”

“不错,但你知道收信人的名子。”维尔福说。

“我要去送信,就不得不知道那个人的地址。”

“这封信你有没有给别人看过?”维尔福问,脸色变得越来越苍白了。

“没有,我可以发誓。”

“没有人知道你从厄尔巴岛带一封信给诺瓦蒂埃先生吗?”

“除了给我这封信的人外,没有人知道!”

“这就够了,”维尔福轻声地说,他的脸色越来越沉着,他这种神态使唐太斯满心疑惧。

维尔福读完这封信,低下了头,并用双手遮住了他的脸。

“噢,怎么回事?”唐太斯胆怯地问。维尔福没有回答,只是抬起头来嘘了一口气,又继续读那封信。

“你能向我发誓,说绝对不知道这封信的内容吗?”

“我向您发誓,先生,到底是怎么一回事?您是病了吧,我拉铃叫人来帮忙好吧?”唐太斯说。

“不,你不要动,这儿发命令的是我,而不是你!”维尔福站起来说。

“先生,我是叫人来照顾您,您好像是病了。”

“不,我不需要,只是一时的不舒服罢了,还是当心儿你自己吧,别管我,回答我提出的问题!”

但他什么也没有提,只是回到了椅子上,用手抹了一下他那大汗淋淋的额头,第三次读了那封信。“噢,如果他知道了内容,”他轻声地说,“那他就完了,而且知道诺瓦蒂埃就是维尔福的父亲,那我也就完了!”他用眼睛盯着爱德蒙,唐太斯好象要看穿他的心思似的。

“哦,用不着再怀疑了,他肯定已经知道了一切。”他突然大声喊。

“天哪,”那不幸的青年说,“假如您怀疑我,问我吧,我可以答应您的。”

维尔福费了好大的劲,极力想使自己镇定下来,他说,“先生,这次审问的结果是你的罪名严重,我无法象刚才希望的那样立刻给你自由了。在做出这样的规定前,我必须先去同预审官商量一下,但我对你的态度如何,你是知道的。”

“噢,先生,”唐太斯说,“您刚才待我象兄弟,是一个朋友,而不象是一个法官。”

“那好,我要再耽搁你一会的时间,但我会尽可能使时间缩短,你主要的罪状是这封信,你看——”维尔福走近壁炉,把信投进了火里,直等到它完全烧荆“你看,我销毁了它。”

“噢,您太公正了,简直是太好了。”唐太斯说道。

“听着,你刚才看见我所做的事了吧,现在可以相信我了吧,信任我了吧!”维尔福对他说。

“是的,请您吩咐我吧,我一定遵命。”

“今晚之前,我得把你扣留在法院里,假如有谁来审问你,对于这封信你一定不要提。”

“我答应。”

现在看来倒好象是维尔福在求情,而犯人在安慰他了。你看,他说,“信是销毁了,只有你和我知道有这么一封信。所以,要是有人问到你,你就根本否认有这么一回事。”

“放心,我一定否认的。”

“你只有这一封信?”

“是的。”

“你发誓,”

“我发誓!”

维尔福拉响了铃,警长走进来,维尔福在他的耳边低声说了几句话,警长点点头会意。

“跟他去吧。”维尔福对唐太斯说。唐太斯向维尔福感激地行了个礼,就走出去了。他身后的门还没有完全关上,维尔福已经精疲力尽了,他再也支持不住了,昏昏沉沉地躺在了一张椅子上。

过了一会他喃喃地说:“啊,我的上帝,假如检察官此时在马赛,假如刚才不是叫我,而是找到了预审法官,那可就全完了,这封告发信,差点把我打入十八层地狱。噢,我的父亲,难道你过去的行为,将永远阻碍我的成功吗?”突然他的脸上掠过了一丝微笑,他那犹豫的眼光变得坚定了起来,他似乎全神贯注地在盘算着一个想法。

“这个办法很好,”他说,“这封信本来就是使我完蛋的,它也许会使我飞黄腾达起来的。”他四周看了看,确信犯人已经离开以后,代理检察官就赶快向他新娘的家里走去了。




VIII Le château d'If.

En traversant l'antichambre, le commissaire de police fit un signe à deux gendarmes, lesquels se placèrent, l'un à droite l'autre à gauche de Dantès; on ouvrit une porte qui communiquait de l'appartement du procureur du roi au palais de justice, on suivit quelque temps un de ces grands corridors sombres qui font frissonner ceux-là qui y passent, quand même ils n'ont aucun motif de frissonner.

De même que l'appartement de Villefort communiquait au palais de justice, le palais de justice communiquait à la prison, sombre monument accolé au palais et que regarde curieusement, de toutes ses ouvertures béantes, le clocher des Accoules qui se dresse devant lui.

Après nombre de détours dans le corridor qu'il suivait, Dantès vit s'ouvrir une porte avec un guichet de fer; le commissaire de police frappa, avec un marteau de fer, trois coups qui retentirent, pour Dantès, comme s'ils étaient frappés sur son cœur; la porte s'ouvrit, les deux gendarmes poussèrent légèrement leur prisonnier, qui hésitait encore. Dantès franchit le seuil redoutable, et la porte se referma bruyamment derrière lui. Il respirait un autre air, un air méphitique et lourd: il était en prison.

On le conduisit dans une chambre assez propre, mais grillée et verrouillée; il en résulta que l'aspect de sa demeure ne lui donna point trop de crainte: d'ailleurs, les paroles du substitut du procureur du roi, prononcées avec une voix qui avait paru à Dantès si pleine d'intérêt, résonnaient à son oreille comme une douce promesse d'espérance.

Il était déjà quatre heures lorsque Dantès avait été conduit dans sa chambre. On était, comme nous l'avons dit, au 1er mars, le prisonnier se trouva donc bientôt dans la nuit.

Alors, le sens de l'ouïe s'augmenta chez lui du sens de la vue qui venait de s'éteindre: au moindre bruit qui pénétrait jusqu'à lui, convaincu qu'on venait le mettre en liberté, il se levait vivement et faisait un pas vers la porte; mais bientôt le bruit s'en allait mourant dans une autre direction, et Dantès retombait sur son escabeau.

Enfin, vers les dix heures du soir, au moment où Dantès commençait à perdre l'espoir, un nouveau bruit se fit entendre, qui lui parut, cette fois, se diriger vers sa chambre: en effet, des pas retentirent dans le corridor et s'arrêtèrent devant sa porte; une clef tourna dans la serrure, les verrous grincèrent, et la massive barrière de chêne s'ouvrit, laissant voir, tout à coup dans la chambre sombre l'éblouissante lumière de deux torches.

À la lueur de ces deux torches, Dantès vit briller les sabres et les mousquetons de quatre gendarmes.

Il avait fait deux pas en avant, il demeura immobile à sa place en voyant ce surcroît de force.

«Venez-vous me chercher? demanda Dantès.

—Oui répondit un des gendarmes.

—De la part de M. le substitut du procureur du roi?

—Mais je le pense.

—Bien, dit Dantès, je suis prêt à vous suivre.»

La conviction qu'on venait le chercher de la part de M. de Villefort ôtait toute crainte au malheureux jeune homme: il s'avança donc, calme d'esprit, libre de démarche, et se plaça de lui-même au milieu de son escorte.

Une voiture attendait à la porte de la rue, le cocher était sur son siège, un exempt était assis près du cocher.

«Est-ce donc pour moi que cette voiture est là? demanda Dantès.

—C'est pour vous, répondit un des gendarmes, montez.»

Dantès voulut faire quelques observations, mais la portière s'ouvrit, il sentit qu'on le poussait; il n'avait ni la possibilité ni même l'intention de faire résistance, il se trouva en un instant assis au fond de la voiture, entre deux gendarmes; les deux autres s'assirent sur la banquette de devant, et la pesante machine se mit à rouler avec un bruit sinistre.

Le prisonnier jeta les yeux sur les ouvertures, elles étaient grillées: il n'avait fait que changer de prison; seulement celle-là roulait, et le transportait en roulant vers un but ignoré. À travers les barreaux serrés à pouvoir à peine y passer la main, Dantès reconnut cependant qu'on longeait la rue Caisserie, et que par la rue Saint-Laurent et la rue Taramis on descendait vers le quai. Bientôt, il vit, à travers ses barreaux, à lui, et les barreaux du monument près duquel il se trouvait, briller les lumières de la Consigne. La voiture s'arrêta, l'exempt descendit, s'approcha du corps de garde; une douzaine de soldats en sortirent et se mirent en haie; Dantès voyait, à la lueur des réverbères du quai, reluire leurs fusils.

«Serait-ce pour moi, se demanda-t-il, que l'on déploie une pareille force militaire?»

L'exempt, en ouvrant la portière qui fermait à clef quoique sans prononcer une seule parole répondit à cette question, car Dantès vit, entre les deux haies de soldats, un chemin ménagé pour lui de la voiture au port.

Les deux gendarmes qui étaient assis sur la banquette de devant descendirent les premiers, puis on le fit descendre à son tour, puis ceux qui se tenaient à ses côtés le suivirent. On marcha vers un canot qu'un marinier de la douane maintenait près du quai par une chaîne. Les soldats regardèrent passer Dantès d'un air de curiosité hébétée. En un instant, il fut installé à la poupe du bateau, toujours entre ces quatre gendarmes, tandis que l'exempt se tenait à la proue. Une violente secousse éloigna le bateau du bord, quatre rameurs nagèrent vigoureusement vers le Pilon. À un cri poussé de la barque, la chaîne qui ferme le port s'abaissa, et Dantès se trouva dans ce qu'on appelle le Frioul c'est-à-dire hors du port. Le premier mouvement du prisonnier, en se trouvant en plein air, avait été un mouvement de joie.

L'air, c'est presque la liberté. Il respira donc à pleine poitrine cette brise vivace qui apporte sur ses ailes toutes ces senteurs inconnues de la nuit et de la mer. Bientôt, cependant, il poussa un soupir; il passait devant cette Réserve où il avait été si heureux le matin même pendant l'heure qui avait précédé son arrestation, et, à travers l'ouverture ardente de deux fenêtres, le bruit joyeux d'un bal arrivait jusqu'à lui.

Dantès joignit ses mains, leva les yeux au ciel et pria.

La barque continuait son chemin; elle avait dépassé la Tête de Mort, elle était en face de l'anse du Pharo; elle allait doubler la batterie, c'était une manœuvre incompréhensible pour Dantès.

«Mais où donc me menez-vous? demanda-t-il l'un des gendarmes.

—Vous le saurez tout à l'heure.

—Mais encore....

—Il nous est interdit de vous donner aucune explication.»

Dantès était à moitié soldat; questionner des subordonnés auxquels il était défendu de répondre lui parut une chose absurde, et il se tut. Alors les pensées les plus étranges passèrent par son esprit: comme on ne pouvait faire une longue route dans une pareille barque, comme il n'y avait aucun bâtiment à l'ancre du côté où l'on se rendait, il pensa qu'on allait le déposer sur un point éloigné de la côte et lui dire qu'il était libre; il n'était point attaché, on n'avait fait aucune tentative pour lui mettre les menottes, cela lui paraissait d'un bon augure; d'ailleurs le substitut, si excellent pour lui, ne lui avait-il pas dit que, pourvu qu'il ne prononçât point ce nom fatal de Noirtier, il n'avait rien à craindre? Villefort n'avait-il pas, en sa présence, anéanti cette dangereuse lettre, seule preuve qu'il eût contre lui? Il attendit donc, muet et pensif, et essayant de percer, avec cet œil du marin exercé aux ténèbres et accoutumé à l'espace, l'obscurité de la nuit. On avait laissé à droite l'île Ratonneau, où brûlait un phare, et tout en longeant presque la côte, on était arrivé à la hauteur de l'anse des Catalans. Là, les regards du prisonnier redoublèrent d'énergie: c'était là qu'était Mercédès, et il lui semblait à chaque instant voir se dessiner sur le rivage sombre la forme vague et indécise d'une femme.

Comment un pressentiment ne disait-il pas à Mercédès que son amant passait à trois cents pas d'elle?

Une seule lumière brillait aux Catalans. En interrogeant la position de cette lumière, Dantès reconnut qu'elle éclairait la chambre de sa fiancée. Mercédès était la seule qui veillât dans toute la petite colonie. En poussant un grand cri le jeune homme pouvait être entendu de sa fiancée.

Une fausse honte le retint. Que diraient ces hommes qui le regardaient, en l'entendant crier comme un insensé? Il resta donc muet et les yeux fixés sur cette lumière.

Pendant ce temps, la barque continuait son chemin; mais le prisonnier ne pensait point à la barque il pensait à Mercédès.

Un accident de terrain fit disparaître la lumière. Dantès se retourna et s'aperçut que la barque gagnait le large.

Pendant qu'il regardait, absorbé dans sa propre pensée, on avait substitué les voiles aux rames, et la barque s'avançait maintenant, poussée par le vent.

Malgré la répugnance qu'éprouvait Dantès à adresser au gendarme de nouvelles questions, il se rapprocha de lui, et lui prenant la main.

«Camarade, lui dit-il, au nom de votre conscience et de par votre qualité de soldat, je vous adjure d'avoir pitié de moi et de me répondre. Je suis le capitaine Dantès, bon et loyal Français, quoique accusé de je ne sais quelle trahison: où me menez-vous? dites-le, et, foi de marin, je me rangerai à mon devoir et me résignerai à mon sort.»

Le gendarme se gratta l'oreille, regarda son camarade. Celui-ci fit un mouvement qui voulait dire à peu près: Il me semble qu'au point où nous en sommes il n'y a pas d'inconvénient, et le gendarme se retourna vers Dantès:

«Vous êtes Marseillais et marin, dit-il, et vous me demandez où nous allons?

—Oui, car, sur mon honneur, je l'ignore.

—Ne vous en doutez-vous pas?

—Aucunement.

—Ce n'est pas possible.

—Je vous le jure sur ce que j'ai de plus sacré monde. Répondez-moi donc, de grâce!

—Mais la consigne?

—La consigne ne vous défend pas de m'apprendre ce que je saurai dans dix minutes, dans une demi heure, dans une heure peut-être. Seulement vous m'épargnez d'ici là des siècles d'incertitude. Je vous le demande, comme si vous étiez mon ami, regardez: je ne veux ni me révolter ni fuir; d'ailleurs je ne le puis: où allons-nous?

—À moins que vous n'ayez un bandeau sur les yeux, ou que vous ne soyez jamais sorti du port de Marseille, vous devez cependant deviner où vous allez?

—Non.

—Regardez autour de vous alors.»

Dantès se leva, jeta naturellement les yeux sur le point où paraissait se diriger le bateau, et à cent toises devant lui il vit s'élever la roche noire et ardue sur laquelle monte, comme une superfétation du silex, le sombre château d'If.

Cette forme étrange, cette prison autour de laquelle règne une si profonde terreur, cette forteresse qui fait vivre depuis trois cents ans Marseille de ses lugubre traditions, apparaissant ainsi tout à coup à Dantès qui ne songeait point à elle, lui fit l'effet que fait au condamné à mort l'aspect de l'échafaud.

«Ah! mon Dieu! s'écria-t-il, le château d'If! et qu'allons nous faire là?»

Le gendarme sourit.

«Mais on ne me mène pas là pour être emprisonné? continua Dantès. Le château d'If est une prison d'État, destinée seulement aux grands coupables politiques. Je n'ai commis aucun crime. Est-ce qu'il y a des juges d'instruction, des magistrats quelconques au château d'If?

—Il n'y a, je suppose, dit le gendarme, qu'un gouverneur, des geôliers, une garnison et de bons murs. Allons, allons, l'ami, ne faites pas tant l'étonné; car, en vérité, vous me feriez croire que vous reconnaissez ma complaisance en vous moquant de moi.»

Dantès serra la main du gendarme à la lui briser.

«Vous prétendez donc, dit-il, que l'on me conduit au château d'If pour m'y emprisonner?

—C'est probable, dit le gendarme; mais en tout cas, camarade, il est inutile de me serrer si fort.

—Sans autre information, sans autre formalité? demanda le jeune homme.

—Les formalités sont remplies, l'information est faite.

—Ainsi, malgré la promesse de M. de Villefort?...

—Je ne sais si M. de Villefort vous a fait une promesse, dit le gendarme, mais ce que je sais, c'est que nous allons au château d'If. Eh bien, que faites-vous donc? Holà! camarades, à moi!»

Par un mouvement prompt comme l'éclair, qui cependant avait été prévu par l'œil exercé du gendarme, Dantès avait voulu s'élancer à la mer; mais quatre poignets vigoureux le retinrent au moment où ses pieds quittaient le plancher du bateau.

Il retomba au fond de la barque en hurlant de rage.

«Bon! s'écria le gendarme en lui mettant un genou sur la poitrine, bon! voilà comme vous tenez votre parole de marin. Fiez-vous donc aux gens doucereux! Eh bien, maintenant, mon cher ami, faites un mouvement, un seul, et je vous loge une balle dans la tête. J'ai manqué à ma première consigne, mais, je vous en réponds, je ne manquerai pas à la seconde.»

Et il abaissa effectivement sa carabine vers Dantès qui sentit s'appuyer le bout du canon contre sa tempe. Un instant, il eut l'idée de faire ce mouvement défendu et d'en finir ainsi violemment avec le malheur inattendu qui s'était abattu sur lui et l'avait pris tout à coup dans ses serres de vautour. Mais, justement parce que ce malheur était inattendu, Dantès songea qu'il ne pouvait être durable; puis les promesses de M. de Villefort lui revinrent à l'esprit; puis, s'il faut le dire enfin, cette mort au fond d'un bateau, venant de la main d'un gendarme, lui apparue laide et nue. Il retomba donc sur le plancher de la barque en poussant un hurlement de rage et en se rongeant les mains avec fureur. Presque au même instant, un choc violent ébranla le canot. Un des bateliers sauta sur le roc que la proue de la petite barque venait de toucher, une corde grinça en se déroulant autour d'une poulie, et Dantès comprit qu'on était arrivé et qu'on amarrait l'esquif.

En effet, ses gardiens, qui le tenaient à la fois par les bras et par le collet de son habit, le forcèrent de se relever, le contraignirent à descendre à terre, et le traînèrent vers les degrés qui montent à la porte de la citadelle, tandis que l'exempt, armé d'un mousqueton à baïonnette, le suivait par-derrière.

Dantès, au reste, ne fit point une résistance inutile; sa lenteur venait plutôt d'inertie que d'opposition; il était étourdi et chancelant comme un homme ivre. Il vit de nouveau des soldats qui s'échelonnaient sur le talus rapide, il sentit des escaliers qui le forçaient de lever les pieds, il s'aperçut qu'il passait sous une porte et que cette porte se refermait derrière lui, mais tout cela machinalement, comme à travers un brouillard, sans rien distinguer de positif. Il ne voyait même plus la mer, cette immense douleur des prisonniers, qui regardent l'espace avec le sentiment terrible qu'ils sont impuissants à le franchir.

Il y eut une halte d'un moment, pendant laquelle il essaya de recueillir ses esprits. Il regarda autour de lui: il était dans une cour carrée, formée par quatre hautes murailles; on entendait le pas lent et régulier des sentinelles; et chaque fois qu'elles passaient devant deux ou trois reflets que projetait sur les murailles la lueur de deux ou trois lumières qui brillaient dans l'intérieur du château, on voyait scintiller le canon de leurs fusils.

On attendit là dix minutes à peu près; certains que Dantès ne pouvait plus fuir, les gendarmes l'avaient lâché. On semblait attendre des ordres, ces ordres arrivèrent.

«Où est le prisonnier? demanda une voix.

—Le voici, répondirent les gendarmes.

—Qu'il me suive, je vais le conduire à son logement.

—Allez», dirent les gendarmes en poussant Dantès. Le prisonnier suivit son conducteur, qui le conduisit effectivement dans une salle presque souterraine, dont les murailles nues et suantes semblaient imprégnées d'une vapeur de larmes. Une espèce de lampion posé sur un escabeau, et dont la mèche nageait dans une graisse fétide, illuminait les parois lustrées de cet affreux séjour, et montrait à Dantès son conducteur, espèce de geôlier subalterne, mal vêtu et de basse mine.

«Voici votre chambre pour cette nuit, dit-il; il est tard, et M. le gouverneur est couché. Demain, quand il se réveillera et qu'il aura pris connaissance des ordres qui vous concernent, peut-être vous changera-t-il de domicile; en attendant, voici du pain, il y a de l'eau dans cette cruche, de la paille là-bas dans un coin: c'est tout ce qu'un prisonnier peut désirer. Bonsoir.»

Et avant que Dantès eût songé à ouvrir la bouche pour lui répondre, avant qu'il eût remarqué où le geôlier posait ce pain, avant qu'il se fût rendu compte de l'endroit où gisait cette cruche, avant qu'il eût tourné les yeux vers le coin où l'attendait cette paille destinée à lui servir de lit, le geôlier avait pris le lampion, et, refermant la porte, enlevé au prisonnier ce reflet blafard qui lui avait montré, comme à la lueur d'un éclair, les murs ruisselants de sa prison.

Alors il se trouva seul dans les ténèbres et dans le silence, aussi muet et aussi sombre que ces voûtes dont il sentait le froid glacial s'abaisser sur son front brûlant.

Quand les premiers rayons du jour eurent ramené un peu de clarté dans cet antre, le geôlier revint avec ordre de laisser le prisonnier où il était. Dantès n'avait point changé de place. Une main de fer semblait l'avoir cloué à l'endroit même où la veille il s'était arrêté: seulement son œil profond se cachait sous une enflure causée par la vapeur humide de ses larmes. Il était immobile et regardait la terre.

Il avait ainsi passé toute la nuit debout, et sans dormir un instant.

Le geôlier s'approcha de lui, tourna autour de lui, mais Dantès ne parut pas le voir.

Il lui frappa sur l'épaule, Dantès tressaillit et secoua la tête.

«N'avez-vous donc pas dormi, demanda le geôlier.

—Je ne sais pas», répondit Dantès.

Le geôlier le regarda avec étonnement.

«N'avez-vous pas faim? continua-t-il.

—Je ne sais pas, répondit encore Dantès.

—Voulez-vous quelque chose?

—Je voudrais voir le gouverneur.»

Le geôlier haussa les épaules et sortit.

Dantès le suivit des yeux, tendit les mains vers la porte entrouverte, mais la porte se referma.

Alors sa poitrine sembla se déchirer dans un long sanglot. Les larmes qui gonflaient sa poitrine jaillirent comme deux ruisseaux, il se précipita le front contre terre et pria longtemps, repassant dans son esprit toute sa vie passée, et se demandant à lui-même quel crime il avait commis dans cette vie, jeune encore, qui méritât une si cruelle punition.

La journée se passa ainsi. À peine s'il mangea quelques bouchées de pain et but quelques gouttes d'eau. Tantôt il restait assis et absorbé dans ses pensées; tantôt il tournait tout autour de sa prison comme fait un animal sauvage enfermé dans une cage de fer.

Une pensée surtout le faisait bondir: c'est que, pendant cette traversée, où, dans son ignorance du lieu où on le conduisait, il était resté si calme et si tranquille, il aurait pu dix fois, se jeter à la mer, et, une fois dans l'eau, grâce à son habileté à nager, grâce à cette habitude qui faisait de lui un des plus habiles plongeurs de Marseille, disparaître sous l'eau, échapper à ses gardiens, gagner la côte, fuir, se cacher dans quelque crique déserte, attendre un bâtiment génois ou catalan, gagner l'Italie ou l'Espagne et de là écrire à Mercédès de venir le rejoindre. Quant à sa vie, dans aucune contrée il n'en était inquiet: partout les bons marins sont rares; il parlait l'italien comme un Toscan, l'espagnol comme un enfant de la Vieille-Castille; il eût vécu libre, heureux avec Mercédès, son père, car son père fût venu le rejoindre; tandis qu'il était prisonnier, enfermé au château d'If dans cette infranchissable prison, ne sachant pas ce que devenait son père, ce que devenait Mercédès, et tout cela parce qu'il avait cru à la parole de Villefort: c'était à en devenir fou; aussi Dantès se roulait-il furieux sur la paille fraîche que lui avait apportée son geôlier.

Le lendemain, à la même heure, le geôlier entra.

«Eh bien, lui demanda le geôlier, êtes-vous plus raisonnable aujourd'hui qu'hier?»

Dantès ne répondit point.

«Voyons donc, dit celui-ci, un peu de courage! Désirez-vous quelque chose qui soit à ma disposition? voyons, dites.

—Je désire parler au gouverneur.

—Eh! dit le geôlier avec impatience, je vous ai déjà dit que c'est impossible.

—Pourquoi cela, impossible?

—Parce que, par les règlements de la prison, il n'est point permis à un prisonnier de le demander.

—Qu'y a-t-il donc de permis ici? demanda Dantès.

—Une meilleure nourriture en payant, la promenade, et quelquefois des livres.

—Je n'ai pas besoin de livres, je n'ai aucune envie de me promener et je trouve ma nourriture bonne; ainsi je ne veux qu'une chose, voir le gouverneur.

—Si vous m'ennuyez à me répéter toujours la même chose, dit le geôlier, je ne vous apporterai plus à manger.

—Eh bien, dit Dantès, si tu ne m'apportes plus à manger, je mourrai de faim, voilà tout.»

L'accent avec lequel Dantès prononça ces mots prouva au geôlier que son prisonnier serait heureux de mourir; aussi, comme tout prisonnier, de compte fait, rapporte dix sous à peu près par jour à son geôlier, celui de Dantès envisagea le déficit qui résulterait pour lui de sa mort, et reprit d'un ton plus radouci:

«Écoutez: ce que vous désirez là est impossible; ne le demandez donc pas davantage, car il est sans exemple que, sur sa demande, le gouverneur soit venu dans la chambre d'un prisonnier; seulement, soyez bien sage, on vous permettra la promenade, et il est possible qu'un jour, pendant que vous vous promènerez, le gouverneur passera: alors vous l'interrogerez, et, s'il veut vous répondre, cela le regarde.

—Mais, dit Dantès, combien de temps puis-je attendre ainsi sans que ce hasard se présente?

—Ah! dame, dit le geôlier, un mois, trois mois, six mois, un an peut-être.

—C'est trop long, dit Dantès; je veux le voir tout de suite.

—Ah! dit le geôlier, ne vous absorbez pas ainsi dans un seul désir impossible, ou, avant quinze jours, vous serez fou.

—Ah! tu crois? dit Dantès.

—Oui, fou. C'est toujours ainsi que commence la folie; nous en avons un exemple ici: c'est en offrant sans cesse un million au gouverneur, si on voulait le mettre en liberté, que le cerveau de l'abbé qui habitait cette chambre avant vous s'est détraqué.

—Et combien y a-t-il qu'il a quitté cette chambre?

—Deux ans.

—On l'a mis en liberté?

—Non: on l'a mis au cachot.

—Écoute! dit Dantès, je ne suis pas un abbé, je ne suis pas fou; peut-être le deviendrai-je; mais, malheureusement, à cette heure, j'ai encore tout mon bon sens: je vais te faire une autre proposition.

—Laquelle?

—Je ne t'offrirai pas un million, moi, car je ne pourrais pas te le donner; mais je t'offrirai cent écus si tu veux, la première fois que tu iras à Marseille, descendre jusqu'aux Catalans, et remettre une lettre à une jeune fille qu'on appelle Mercédès... pas même une lettre, deux lignes seulement.

—Si je portais ces deux lignes et que je fusse découvert, je perdrais ma place, qui est de mille livres par an, sans compter les bénéfices et la nourriture; vous voyez donc bien que je serais un grand imbécile de risquer de perdre mille livres pour en gagner trois cents.

—Eh bien! dit Dantès, écoute et retiens bien ceci: si tu refuses de prévenir le gouverneur que je désire lui parler; si tu refuses de porter deux lignes à Mercédès, ou tout au moins de la prévenir que je suis ici, un jour je t'attendrai derrière ma porte, et, au moment où tu entreras, je te briserai la tête avec cet escabeau.

—Des menaces! s'écria le geôlier en faisant un pas en arrière et en se mettant sur la défensive; décidément la tête vous tourne. L'abbé a commencé comme vous, et dans trois jours vous serez fou à lier, comme lui; heureusement que l'on a des cachots au château d'If.»

Dantès prit l'escabeau, et il le fit tournoyer autour de sa tête.

«C'est bien! c'est bien! dit le geôlier; eh bien! puisque vous le voulez absolument, on va prévenir le gouverneur.

—À la bonne heure!» dit Dantès en reposant son escabeau sur le sol et en s'asseyant dessus, la tête basse et les yeux hagards, comme s'il devenait réellement insensé.

Le geôlier sortit, et, un instant après, rentra avec quatre soldats et un caporal.

«Par ordre du gouverneur, dit-il, descendez le prisonnier un étage au-dessous de celui-ci.

—Au cachot, alors? dit le caporal.

—Au cachot. Il faut mettre les fous avec les fous.»

Les quatre soldats s'emparèrent de Dantès qui tomba dans une espèce d'atonie et les suivit sans résistance.

On lui fit descendre quinze marches, et on ouvrit la porte d'un cachot dans lequel il entra en murmurant:

«Il a raison, il faut mettre les fous avec les fous.»

La porte se referma, et Dantès alla devant lui, les mains étendues jusqu'à ce qu'il sentît le mur; alors il s'assit dans un angle et resta immobile, tandis que ses yeux, s'habituant peu à peu à l'obscurité, commençaient à distinguer les objets.

Le geôlier avait raison, il s'en fallait de bien peu que Dantès ne fût fou.

 

第八章 伊夫堡

警长穿过外客厅的时候对两个宪兵做了一个手势,他们就跟上来了,一个站在唐太斯的右边,一个站在他的左边。一扇通向院子的门已经打开了,他们穿过了条长长的、阴森森的走廊,这条走廊的外貌,即使最大胆的人看了也会不寒而栗的,法院和监狱是相通的,监狱是一座幽暗的大建筑,从它铁格子的窗口望出去可以看见阿库尔教堂钟楼的尖顶。拐了无数的弯,唐太斯终于看见了一扇铁门,警长在门上敲了三下,唐太斯觉得每一个都敲在他的心里似的,门开了,两个宪兵把他轻轻地往前一推,他便迟疑地迈了进去,那门猛地在他的身后关上了。他呼吸到了一种空气,那是一种混浊的略带臭味的空气,他被带到了一个房间里,虽然门窗都装着铁栏杆,但还算是干净些,所以它的外观倒还不使他怎么害怕,再说代理检察官刚才似乎对他充满了关切,他的话还在他的耳边,象是在允诺给他自由似的,唐太斯被关进这个牢房的时候是下午四点钟,我们已经说过,这天是三月一日,所以没呆多久就进入了黑夜。幽暗使他的听觉变得敏锐了起来,每有一个微弱声音传进这个房间,他就赶快站起来到门边,都认为是来释放他的,但声音又渐渐沉寂了,唐太斯只好颓然地坐在了他的木凳子上,最后,大约到了十点左右,唐太斯开始绝望的时候,一把钥匙插入了锁,并转动了一下,门闩嘎嘎地响了几声,那笨重的大铁门便突然打开了,两只火把上的光照亮了整个房间,借着火把的灯光,唐太斯看清了四个宪兵身佩闪光的佩刀和马枪,他迎上前去,但一看到这些新增的士兵便又停下步来。

“你们是来接我的吗?”他问。

“是的。”一个士兵回答。

“是奉了代理检察官的命令吗?”

“我想是吧。”

“那好。”

即然相信他们是代理检察官派来的,不幸的唐太斯便打消了一切疑虑开了门。他镇定地迈步向前走去,自动地走在了宪兵的中间。门口有一辆马车车夫坐在车座上,他的身后有一位下级检察官。

“这辆马车是给我坐的吗?”唐太斯问。

“是给你坐的。”一个宪兵回答。

唐太斯想说什么,但觉得后边有人推了他一下,他既无力也无心作出什么拒绝,就登上了踏板,立刻被夹在了两个宪兵之间,其余两个在对面的位置上坐了下来,于是马车轮子开始在石路上笨重地滚动起来。

犯人看了看车窗,车窗也是钉着栏杆的。他虽然已从牢里出来,但现在正在被送到一个他所不知道的地方去。通过车窗和栏杆,唐太斯看到他们正经过凯塞立街。沿着劳伦码头和塔拉密司街向港口方向驶去,不久,他又觉得灯塔上的光穿过窗上的栏杆,照到了他的身上。

马车停了下来,那个警官下了车向卫兵室走去,不久,里面出来了十几个卫兵,排起队来,借着码头的灯光,唐太斯看到了他们的毛瑟枪在闪光。

“难道他们是为了我吗?”他想。

警官打开车门,他虽然什么也没说,但唐太斯的疑问已经得到了答复——因为他看见了两排士兵夹道排成了一条甬道,从马车直排到码头。坐在他对面的两个宪兵先下来然后命令他下了车,左右两边的宪兵跟在他的后面。他们向一艘小船走去,那条小船是一个海关关员的,用一条铁链拴在码头旁边。

士兵们都带着一种惊奇的神色看着唐太斯。刹那间,他已经被士兵们夹持着坐在船尾,警官刚坐在船头,船只一篙就被撑离了岸,四个健壮的桨手划着它迅速地向皮隆方向驶去。船上喊了一声,封锁港口的铁链就垂了下来。转眼,他们已经到了港口外面。

犯人一到大海上最初是很高兴,他深深地吸了一口新鲜空气,——空气是自由的,他感到了一种舒畅,但不久他就叹了一口气,因为他正在从瑞瑟夫酒家经过,这天早上他还在那儿,还是那样地快乐,而现在,从那敞开的窗子里,传来了他人在跳舞,在欢笑,在喧哗的声音。唐太斯双手合在胸前,仰面朝天祈祷起来。

小船继续前进着,他们已经过了穆德峡,现在已经到了灯塔前面,正要绕过炮台。唐太斯对这一条航线感到有些不理解。

“你们要把我带到那里去?”他问。

“待一会你就知道了。”

“但是——”

“我们是奉命,不得向你做任何解释。”

唐太斯知道去向奉命不得作答的下属提出问题是毫无意义的举动,也就沉没了。

这时,他的脑子里冒出了一些奇怪的念头,他们所乘的这只小船是不能做长途航行的,港口外面又没有大帆船停泊在那里;他想,他们或许要在某个很偏僻的地方放他走,他没有被绑起来,他们也丝毫没有给他上手铐的意图,这似乎是个好兆头,而且,那位很仁慈地对待他的代理法官不是告诉过他,说是要他不提到诺瓦蒂埃这个可怕的名子,他就什么也不说了,也不必害怕,代理法官不是还当着他的面把那封致命的信毁了吗,那攻击他的唯一证据也没有了,于是,他就一言不发地等着,努力在黑暗中看清航向。

他们已经过了兰顿纽岛,那儿也有一座灯塔,立在他们右边,现在已正对着迦太罗尼亚人村的海面上,犯人更加睁大了眼睛,他好象在沙滩上隐隐约约地辨认女人的身影,因为美塞苔丝就在那儿。她怎么会不预感到她的爱人就在她的身边呢?

有一处灯光还隐隐约约可辨,唐太斯认出那是美塞苔丝房间,在那个小小的村落里,只有美塞苔丝没睡,他真想大声喊出来让她听到自己的声音,但他没有喊,因为如果宪兵们听到他象一个疯子似的大声喊叫起来,他们会怎么想呢。

他依旧一言不发,但眼睛盯在那灯光上,小船继续前进着,他在思念着美塞苔丝。一片隆起的高地挡住了那灯光。唐太斯转过头来,发现他们已经划到了海上,在他沉思的时,他们早已经扯起了风帆。

唐太斯虽然极不愿意再提出疑问,但他还是禁不住转向靠近他的那个宪兵,抓住了他的一只手。

“朋友,我以一个基督教徒和水手的身份请求您,请您告诉我,我们究竟到那里去?我是唐太斯船长,一个忠实的法国人,有人诬告我是叛徒,请你告诉我你们究竟要押我到什么地方去,我以我的人格向你保证,我一定听天由命。”

那宪兵迟疑不决地看着他的同伴,他的同伴长叹一声,象是说告诉他也无妨。于是那宪兵回答说:“你是马赛本地人,又是个水手,怎么会不知道你在往什么地方去?”

“凭良心说,我一点也不知道。”

“那是不可能的。”

“我向你们发誓,的确如此。告诉我吧,我求您们了。”

“但那命令怎么办呢?”

“那命令并没有阻止你告诉我在十分钟前,半小时,或一小时后我一定会知道的事呀。别让我闷在葫芦里了吧,你看,我把你当成了朋友,我又不想反抗逃走,而且,我也做不出那样的事,我们究竟是到什么地方?”

“除非你是瞎子或是从来没出过马赛港,不然你一定会知道的。”

“那么你四周看看吧!”

唐太斯站起来向前望去,他看到了一百码远处,在黑森森地岩石上,竖着的是伊夫堡。三百多年来,这座阴森森的监狱曾有过许多可怕的传说,所以当他出现在唐太斯的眼前的时候,他就象一个死囚看见了断头台一样。

“伊夫堡?”他喊到,“我们到那儿去干什么?”

宪兵们只是笑了笑。

“我该不是被扣留到那儿吧?”唐太斯说,“那可是关重要的政治犯的地方。我没有犯罪。伊夫堡有法官吗?”

“那儿,只有一个典狱长,一个卫队,一些囚卒和厚厚的墙。好,好别装出一副吃惊的样子了,不然我真要觉得你在用嘲笑来报答我的好意了。”

“那么,这么说,我也要被关在这里面?”

“或许是吧。不过,你这样紧紧地捏着我的手也无济于事呀。”

“不经过任何手续了吧?”

“一切手继已经办齐啦。”

“这么说,也不用考虑维尔福先生所许的愿了吗?”

“我们不知道维尔福先生曾许过你什么愿。”宪兵说,我知道我们是押你到伊夫监狱去,咦,你想干什么,朋友,抓住他!

宪兵那训练有素的眼睛只看见了急速一动,那是唐太斯正跃身准备投入海里的一瞬间,但是,四条强有力的手臂已经抓住了他,以致他的脚好象给钉在了地板上一样,他疯狂地叫着跌进了船舱里。

好几个宪兵用膝头顶着他的胸膛说“你们水手的信用原来是这样的!别在相信这些甜言蜜语了!听着先生,我的朋友,我已经违背了我的第一个命令,但我不会违背第二个命令,你要是动一动,我马上就叫你的脑袋开花,”他的枪对着了唐太斯,后者觉得枪已顶住了他的头。

这时,他很想故意就此了结那些忽然降临到他头上的恶运,但正因为那恶运是不期而致,唐太斯认为它不会坚持太久的。他记起了维尔福先生的许诺,于是希望又复活了,而且他想,如果这样在船上死在一个宪兵的手里,似乎他觉得太平庸,太丢人的脸了。所以他索性倒在船舱里,怒吼了一声,恨恨地咬着自己的手。

这当儿,一个剧烈的震动使小船全身摇晃了一下,他们已经到达目的地,一个水手跳上岸去,一条铁索拖过滑轮,水手们已经在用缆绳系住小船。

宪兵们抓住他的手臂,硬拉他起身,拖他踏上石级,向城堡走去,那个警长跟在后面,拿着一把上了刺刀的火枪。

唐太斯没做什么反抗,他象是一个梦游的人,看见士兵排在两旁,他也知道在有石级的地方不得不抬脚迈上去,他觉得他过了一道门,那道门在他走过以后就关上了,他看到的所有的东西都象是在雾里似的,一切都是模模糊糊的,他甚至连海都看不见了,——海景在犯人的眼里是这样的令人沮丧。他只能带着痛苦的回忆望着犯人眼前那一片浩瀚的海洋了,知道他再也不能纵横驰骋了。

他们停了一下,乘这个时候也竭力使自己集中一下思想。

他向四周看了看,才发现他正站在一个高墙环绕的的正方形天井里。他听到哨兵们均匀的脚步,当他在灯光前走过时,他看见了他们的毛瑟枪在闪光。

他们等候了有十分钟,。宪兵确信唐太斯不会再逃走了,便松手放开他。他们象在等命令,而命令终于来了。

“犯人在什么地方?”一个声音在问。

“在这儿。”一个宪兵在回答。

“叫他到我这里来,我带他到他自己房间里去。”

“走!”宪兵推着唐太斯说。

犯人跟在他的引路人后面走,后者领他走进了一个几乎埋在地下的房间,光秃秃的墙壁发出难闻的臭味,象是挂满了泪珠;长凳上放着一盏灯,灯光昏暗地照着房间,唐太斯看清了他引路人的面貌,他是一个下级狱卒,衣着十分不整齐,脸色阴沉沉的。

“这是你今天晚上的房间,”他说“时间已经晚了,典狱长先生已经睡了。明天,当他醒来看到关于处置你的命令的时候,他或许给你换地方。现在,这儿有面包,水和稻草。一个犯人所希望的也就是这些了,晚安。”唐太斯还没来得及看到狱卒把面包和水放在什么地方,还不曾向屋角看一看稻草究竟在什么地方,那狱卒已经拿起他的灯走了。

唐太斯,独自站在黑暗和寂静里,他头上的圆形拱顶发出冰冷的寒气,直逼进他火一样燃烧的额头,而他象那拱顶似的一言不发,一动也不动地站着。天一亮,狱卒就带着唐太斯不必调换房间的命令回来了。他发现犯人还站在那个地方,一动也没动,好象钉在那儿似的,他的两眼都哭肿了。他就是这样站了整整一夜的,不曾睡过一会儿。狱卒走向前去,唐太斯象没看见似的,他碰一碰他的肩头,唐太斯吃了一惊。

“你没有睡吗?”狱卒说。

“我不知道。”唐太斯回答。狱卒呆呆地瞪了他一会儿。

“你饿不饿?”他又问。

“我不知道。”

“你想干什么?”

“我想见一见典狱长。”

狱卒耸耸他的肩膀,便离开了房间走了。

唐太斯目送着他向那半开着的门伸出手去,但门又关上了,他的情绪一下子爆发了出来,他跌倒在地上,眼泪夺眶而出,他扪心自问,究竟犯了什么罪,要受到这样的惩罚。

这一天就这样过去了,他没吃一点食物,只是在斗室里走来走去,象一只被困在笼子里的野兽似的,最使他苦恼的是,在这次被押送的途中,他竟这样的平静和呆笨,他本来这次跳海也是成功的,他的游泳技术是素来有名的,他可以游到岸边躲起来,等到热那亚船或西班牙船来的时候,逃到西班牙或意大利去,美塞苔丝和他的父亲可以到那儿去找我团聚,他跟本用不着担心以后的生活,因为他是一个好海员是到处都受人欢迎的,他讲起意大利语来就象托斯卡人一样 【意大利的一种民族。——译注】,而讲起西班牙语来就象卡斯蒂利亚人 【西班牙的一种民族。——译注】,那时他就会很幸福的。但是现在他却被囚禁到了伊夫堡这个地方,再也无法知道他父亲和美塞苔丝的命运如何了。而这一切都是因为他轻信了维尔福的许诺,他愈想愈气得发疯,痛恨得在稻草上打滚。第二天早上,狱卒又来了。

“喂,你今天想了通吗,”狱卒说,唐太斯没有回答。

“好了,振作一点,在我力所能及的范围内,你有什么要求没有?”

“我想见典狱长。”

“唉,我已经告你,这是不可能的,”狱卒不耐烦地说。

“为什么不可能?”

“因为这是这里的规定所不允许的。”

“假如你付得起钱,伙食可以好一点,还有书可读,还可以让你散散步。”

“我不要书,我对伙食已经很满意,我也不想什么散步,我只希望见见典狱长。”

“假如你老拿这个问题来麻烦我,我就不给你饭吃啦。”

“嗯,那么,假如你不拿来,我就饿死了,——那也成。”

唐太斯讲这些话的口吻使狱卒相信他的囚犯的确很愿意死,但由于狱卒每天从每一个犯人身上可以赚到十个左右的生活费,他说话时语气又软了下来,“你提的要求是不可能的,但你要是驯驯服服的在这儿,你就可以去散散步,你也许会有一天碰到典狱长,至于他是否能回答你的话,那就看他的了。”

“可是,我要等多久呢?”唐太斯问。

“哦,一个月,——六个月——一年。”

“这太久了,我希望能立刻见到他。”

“噢,别老去想那些不可能的事,否则你不到二个星期就会发疯的!”狱卒说。

“你这样认为吗?”

“是的,就会发疯的,疯子一开始的时候,就是这样的,我们这里就有这样一个例子。有一个神甫先前就在这个牢房里,他也是总跟典狱长说,要求得到自由,他就是这样开始发疯的。”

“他离开这儿多久了?”

“两年了。”

“那么他被释放了吗?”

“没有,他给关到地牢里了。”

“听着,我不是那个神甫,我也没有疯,或许将来,我会疯,但目前还没有,我想跟你另外商量一件事。”

“什么事?”

“我给你一百万法郎,因为我没有那么多钱,假如你为我到马赛去一趟,到迦太罗尼亚人村找一个名叫美塞苔丝的姑娘,替我带两行字,我就给你一百个艾居。”

“要是我听了你的话,信被人搜出来,我这个饭碗就保不住了,我在这里一年可挣一千里弗,为了三百里弗去冒这个险,我不成了个大傻瓜了。”

“好吧,”唐太斯说,“那么你要记住,假如你不肯替我带个口信给美塞苔丝,又不肯告诉她我在这儿,总有一天,我会躲在门背后,当你进来的时候,我就用这张长凳把你的脑壳打碎。”

“你威胁我,!狱卒一面喊,一面退后几步做出防备的样子,“你一定要发疯了,那个也象你这样开头的,三天之内,你就要象他那样穿上一件保险衣 【专门用来束缚疯子的一种衣服。——译注】但幸亏这里还有地牢。”

唐太斯抓起长凳子,在他的头上挥舞着。

“好!”狱卒说,“好极了,即然你这样坚持如此,我就去告诉典狱长。”

“这就对了,”唐太斯说完,放下长凳,坐在上面,垂下头,瞪着眼,象是真疯了似的。狱卒出去了,一会儿以后,带着一个伍长和四个兵回来了。

“奉典狱长之命,把犯人带到下面去。”他说。

“是的,我们必须疯子同疯子关在一起。”士兵们过来抓住了唐太斯的胳膊,唐太斯已经陷入一种虚弱的状态,毫不反抗地随着他们去了。

他向下走了十五级楼梯,一间地牢的门已经打开了,他走了进去,嘴里喃喃地说:“他说的不错,疯子应该和疯子在一起。”门关上了,唐太斯伸出双手向前走去,直到他碰到了墙壁,他于是在角落里座了下来,等他的眼睛渐渐习惯于黑暗,那狱卒说的不错,唐太斯离完全发疯已经不远了。




IX Le soir des fiançailles.

Villefort, comme nous l'avons dit, avait repris le chemin de la place du Grand-Cours, et en rentrant dans la maison de Mme de Saint-Méran, il trouva les convives qu'il avait laissés à table passés au salon en prenant le café.

Renée l'attendait avec une impatience qui était partagée par tout le reste de la société. Aussi fut-il accueilli par une exclamation générale:

«Eh bien, trancheur de têtes, soutien de l'État, Brutus royaliste! s'écria l'un, qu'y a-t-il? voyons!

—Eh bien, sommes-nous menacés d'un nouveau régime de la Terreur? demanda l'autre.

—L'ogre de Corse serait-il sorti de sa caverne? demanda un troisième.

—Madame la marquise, dit Villefort s'approchant de sa future belle-mère, je viens vous prier de m'excuser si je suis forcé de vous quitter ainsi.... Monsieur le marquis, pourrais-je avoir l'honneur de vous dire deux mots en particulier?

—Ah! mais c'est donc réellement grave? demanda la marquise, en remarquant le nuage qui obscurcissait le front de Villefort.

—Si grave que je suis forcé de prendre congé de vous pour quelques jours; ainsi, continua-t-il en se tournant vers Renée, voyez s'il faut que la chose soit grave.

—Vous partez, monsieur? s'écria Renée, incapable de cacher l'émotion que lui causait cette nouvelle inattendue.

—Hélas! oui, mademoiselle, répondit Villefort: il le faut.

—Et où allez-vous donc? demanda la marquise.

—C'est le secret de la justice, madame; cependant si quelqu'un d'ici a des commissions pour Paris, j'ai un de mes amis qui partira ce soir et qui s'en chargera avec plaisir.»

Tout le monde se regarda.

«Vous m'avez demandé un moment d'entretien? dit le marquis.

—Oui, passons dans votre cabinet, s'il vous plaît.»

Le marquis prit le bras de Villefort et sortit avec lui.

«Eh bien, demanda celui-ci en arrivant dans son cabinet, que se passe-t-il donc? parlez.

—Des choses que je crois de la plus haute gravité, et qui nécessitent mon départ à l'instant même pour Paris. Maintenant, marquis, excusez l'indiscrète brutalité de la question, avez-vous des rentes sur l'État?

—Toute ma fortune est en inscriptions; six à sept cent mille francs à peu près.

—Eh bien, vendez, marquis, vendez, ou vous êtes ruiné.

—Mais, comment voulez-vous que je vende d'ici?

—Vous avez un agent de change, n'est-ce pas?

—Oui.

—Donnez-moi une lettre pour lui, et qu'il vende sans perdre une minute, sans perdre une seconde; peut-être même arriverai-je trop tard.

—Diable! dit le marquis, ne perdons pas de temps.»

Et il se mit à table et écrivit une lettre à son agent de change, dans laquelle il lui ordonnait de vendre à tout prix.

«Maintenant que j'ai cette lettre, dit Villefort en la serrant soigneusement dans son portefeuille, il m'en faut une autre.

—Pour qui?

—Pour le roi.

—Pour le roi?

—Oui.

—Mais je n'ose prendre sur moi d'écrire ainsi à Sa Majesté.

—Aussi, n'est-ce point à vous que je la demande, mais je vous charge de la demander à M. de Salvieux. Il faut qu'il me donne une lettre à l'aide de laquelle Je puisse pénétrer près de Sa Majesté, sans être soumis à toutes les formalités de demande d'audience, qui peuvent me faire perdre un temps précieux.

—Mais n'avez-vous pas le garde des Sceaux, qui a ses grandes entrées aux Tuileries, et par l'intermédiaire duquel vous pouvez jour et nuit parvenir jusqu'au roi?

—Oui, sans doute, mais il est inutile que je partage avec un autre le mérite de la nouvelle que je porte. Comprenez-vous? le garde des Sceaux me reléguerait tout naturellement au second rang et m'enlèverait tout le bénéfice de la chose. Je ne vous dis qu'une chose, marquis: ma carrière est assurée si j'arrive le premier aux Tuileries, car j'aurai rendu au roi un service qu'il ne lui sera pas permis d'oublier.

—En ce cas, mon cher, allez faire vos paquets; moi, j'appelle de Salvieux, et je lui fais écrire la lettre qui doit vous servir de laissez-passer.

—Bien, ne perdez pas de temps, car dans un quart d'heure il faut que je sois en chaise de poste.

—Faites arrêter votre voiture devant la porte.

—Sans aucun doute; vous m'excuserez auprès de la marquise, n'est-ce pas? auprès de Mlle de Saint-Méran, que je quitte, dans un pareil jour, avec un bien profond regret.

—Vous les trouverez toutes deux dans mon cabinet, et vous pourrez leur faire vos adieux.

—Merci cent fois; occupez-vous de ma lettre.»

Le marquis sonna; un laquais parut.

«Dites au comte de Salvieux que je l'attends.... Allez, maintenant, continua le marquis s'adressant à Villefort.

—Bon, je ne fais qu'aller et venir.»

Et Villefort sortit tout courant; mais à la porte il songea qu'un substitut du procureur du roi qui serait vu marchant à pas précipités risquerait de troubler le repos de toute une ville; il reprit donc son allure ordinaire, qui était toute magistrale.

À sa porte, il aperçut dans l'ombre comme un blanc fantôme qui l'attendait debout et immobile.

C'était la belle fille catalane, qui, n'ayant pas de nouvelles d'Edmond, s'était échappée à la nuit tombante du Pharo pour venir savoir elle-même la cause de l'arrestation de son amant.

À l'approche de Villefort, elle se détacha de la muraille contre laquelle elle était appuyée et vint lui barrer le chemin.

Dantès avait parlé au substitut de sa fiancée, et Mercédès n'eut point besoin de se nommer pour que Villefort la reconnût. Il fut surpris de la beauté et de la dignité de cette femme, et lorsqu'elle lui demanda ce qu'était devenu son amant, il lui sembla que c'était lui l'accusé, et que c'était elle le juge.

«L'homme dont vous parlez, dit brusquement Villefort, est un grand coupable, et je ne puis rien faire pour lui, mademoiselle.»

Mercédès laissa échapper un sanglot, et, comme Villefort essayait de passer outre, elle l'arrêta une seconde fois.

«Mais où est-il du moins, demanda-t-elle, que je puisse m'informer s'il est mort ou vivant?

—Je ne sais, il ne m'appartient plus», répondit Villefort.

Et, gêné par ce regard fin et cette suppliante attitude, il repoussa Mercédès et rentra, refermant vivement la porte, comme pour laisser dehors cette douleur qu'on lui apportait.

Mais la douleur ne se laisse pas repousser ainsi. Comme le trait mortel dont parle Virgile, l'homme blessé l'emporte avec lui. Villefort rentra, referma la porte, mais arrivé dans son salon les jambes lui manquèrent à son tour; il poussa un soupir qui ressemblait à un sanglot, et se laissa tomber dans un fauteuil.

Alors, au fond de ce cœur malade naquit le premier germe d'un ulcère mortel. Cet homme qu'il sacrifiait à son ambition, cet innocent qui payait pour son père coupable, lui apparut pâle et menaçant, donnant la main à sa fiancée, pâle comme lui, et traînant après lui le remords, non pas celui qui fait bondir le malade comme les furieux de la fatalité antique, mais ce tintement sourd et douloureux qui, à de certains moments, frappe sur le cœur et le meurtrit au souvenir d'une action passée, meurtrissure dont les lancinantes douleurs creusent un mal qui va s'approfondissant jusqu'à la mort.

Alors il y eut dans l'âme de cet homme encore un instant d'hésitation. Déjà plusieurs fois il avait requis, et cela sans autre émotion que celle de la lutte du juge avec l'accusé, la peine de mort contre les prévenus; et ces prévenus, exécutés grâce à son éloquence foudroyante qui avait entraîné ou les juges ou le jury, n'avaient pas même laissé un nuage sur son front, car ces prévenus étaient coupables, ou du moins Villefort les croyait tels.

Mais, cette fois, c'était bien autre chose: cette peine de la prison perpétuelle, il venait de l'appliquer à un innocent, un innocent qui allait être heureux, et dont il détruisait non seulement la liberté, mais le bonheur: cette fois, il n'était plus juge, il était bourreau.

En songeant à cela, il sentait ce battement sourd que nous avons décrit, et qui lui était inconnu jusqu'alors, retentissant au fond de son cœur et emplissant sa poitrine de vagues appréhensions. C'est ainsi que, par une violente souffrance instinctive, est averti le blessé, qui jamais n'approchera sans trembler le doigt de sa blessure ouverte et saignante avant que sa blessure soit fermée.

Mais la blessure qu'avait reçue Villefort était de celles qui ne se ferment pas, ou qui ne se ferment que pour se rouvrir plus sanglantes et plus douloureuses qu'auparavant.

Si, dans ce moment, la douce voix de Renée eût retenti à son oreille pour lui demander grâce; si la belle Mercédès fût entrée et lui eût dit: «Au nom du Dieu qui nous regarde et qui nous juge, rendez-moi mon fiancé», oui, ce front à moitié plié sous la nécessité s'y fût courbé tout à fait, et de ses mains glacées eût sans doute, au risque de tout ce qui pouvait en résulter pour lui, signé l'ordre de mettre en liberté Dantès; mais aucune voix ne murmura dans le silence, et la porte ne s'ouvrit que pour donner entrée au valet de chambre de Villefort, qui vint lui dire que les chevaux de poste étaient attelés à la calèche de voyage.

Villefort se leva, ou plutôt bondit, comme un homme qui triomphe d'une lutte intérieure, courut à son secrétaire, versa dans ses poches tout l'or qui se trouvait dans un des tiroirs, tourna un instant effaré dans la chambre, la main sur son front, et articulant des paroles sans suite; puis enfin, sentant que son valet de chambre venait de lui poser son manteau sur les épaules, il sortit, s'élança en voiture, et ordonna d'une voix brève de toucher rue du Grand-Cours, chez M. de Saint-Méran.

Le malheureux Dantès était condamné.

Comme l'avait promis M. de Saint-Méran, Villefort trouva la marquise et Renée dans le cabinet. En apercevant Renée, le jeune homme tressaillit; car il crut qu'elle allait lui demander de nouveau la liberté de Dantès. Mais, hélas! il faut le dire à la honte de notre égoïsme, la belle jeune fille n'était préoccupée que d'une chose: du départ de Villefort.

Elle aimait Villefort, Villefort allait partir au moment de devenir son mari. Villefort ne pouvait dire quand il reviendrait, et Renée, au lieu de plaindre Dantès, maudit l'homme qui, par son crime, la séparait de son amant.

Que devait donc dire Mercédès!

La pauvre Mercédès avait retrouvé, au coin de la rue de la Loge, Fernand, qui l'avait suivie; elle était rentrée aux Catalans, et mourante, désespérée, elle s'était jetée sur son lit. Devant ce lit, Fernand s'était mis à genoux, et pressant sa main glacée, que Mercédès ne songeait pas à retirer, il la couvrait de baisers brûlants que Mercédès ne sentait même pas.

Elle passa la nuit ainsi. La lampe s'éteignit quand il n'y eut plus d'huile: elle ne vit pas plus l'obscurité qu'elle n'avait vu la lumière, et le jour revint sans qu'elle vît le jour.

La douleur avait mis devant ses yeux un bandeau qui ne lui laissait voir qu'Edmond.

«Ah! vous êtes là! dit-elle enfin, en se retournant du côté de Fernand.

—Depuis hier je ne vous ai pas quittée», répondit Fernand avec un soupir douloureux.

M. Morrel ne s'était pas tenu pour battu: il avait appris qu'à la suite de son interrogatoire Dantès avait été conduit à la prison; il avait alors couru chez tous ses amis, il s'était présenté chez les personnes de Marseille qui pouvaient avoir de l'influence, mais déjà le bruit s'était répandu que le jeune homme avait été arrêté comme agent bonapartiste, et comme, à cette époque, les plus hasardeux regardaient comme un rêve insensé toute tentative de Napoléon pour remonter sur le trône, il n'avait trouvé partout que froideur, crainte ou refus, et il était rentré chez lui désespéré, mais avouant cependant que la position était grave et que personne n'y pouvait rien.

De son côté, Caderousse était fort inquiet et fort tourmenté: au lieu de sortir comme l'avait fait M. Morrel, au lieu d'essayer quelque chose en faveur de Dantès, pour lequel d'ailleurs il ne pouvait rien, il s'était enfermé avec deux bouteilles de vin de cassis, et avait essayé de noyer son inquiétude dans l'ivresse. Mais, dans l'état d'esprit où il se trouvait, c'était trop peu de deux bouteilles pour éteindre son jugement; il était donc demeuré, trop ivre pour aller chercher d'autre vin, pas assez ivre pour que l'ivresse eût éteint ses souvenirs, accoudé en face de ses deux bouteilles vides sur une table boiteuse, et voyant danser, au reflet de sa chandelle à la longue mèche, tous ces spectres, qu'Hoffmann a semés sur ses manuscrits humides de punch, comme une poussière noire et fantastique.

Danglars, seul, n'était ni tourmenté ni inquiet; Danglars même était joyeux, car il s'était vengé d'un ennemi et avait assuré, à bord du Pharaon, sa place qu'il craignait de perdre; Danglars était un de ces hommes de calcul qui naissent avec une plume derrière l'oreille et un encrier à la place du cœur; tout était pour lui dans ce monde soustraction ou multiplication, et un chiffre lui paraissait bien plus précieux qu'un homme, quand ce chiffre pouvait augmenter le total que cet homme pouvait diminuer.

Danglars s'était donc couché à son heure ordinaire et dormait tranquillement.

Villefort, après avoir reçu la lettre de M. de Salvieux, embrassé Renée sur les deux joues, baisé la main de Mme de Saint-Méran, et serré celle du marquis, courait la poste sur la route d'Aix.

Le père Dantès se mourait de douleur et d'inquiétude.

Quant à Edmond, nous savons ce qu'il était devenu.

 

第九章 订婚之夜

维尔福急匆匆赶回大高碌路,当他走进屋里的时候,发现他离开时的那些宾客已经移坐到客厅里了,蕾妮和那些人都在着急地等待他,他一进来,立刻受到大家的欢呼。

“喂,专砍脑袋的人,国家的支柱,布鲁特斯 【(公元前85—42)古罗马政治家——译注】究竟是发生了什么事?”一个人问。

“是不是新的恐怖时期又到了?”又一个人问。

“是那个科西嘉魔鬼逃了出来?”第三个人问。”

“侯爵夫人,”维尔福走到他未来的岳母跟前说,“我请您原谅我在这个时候离开您。侯爵阁下,请允许我私下里同您说几句话,好吗?”

“呀,这事情十分重要吗?”侯爵问,他已经注意到维尔福满脸愁云。

“严重到我不得不离开你们几天,所以,”他又转过身去向蕾妮说“是的,事情是否严重,您自己是可想而知的。”

“您要离开我们了吗?”蕾妮掩饰不住她的情感,不禁地喊到。

“唉,我也是身不由己。”维尔福答道。

“那么,你要到那里去?”侯爵夫人问。

“夫人,这是法院的秘密,但假如您在巴黎有什么事要办,我的一位朋友今晚上就上那儿去。”宾客们都不禁面面相觑。

“你要同我单独谈话吗?”侯爵说。

“是的,我们到您的书房里去吧。”侯爵挽起了他的手臂,同他一起走出客厅。

“好啦。”他们一进书房,他就问,“告诉我吧,出了什么事?”

“一件非常重要的事,所以,我不得不立刻到巴黎去一趟。

现在,请原谅我不能泄露机密,侯爵,我大胆唐突问您一句,您的手里有没有国家证券?”

“我的财产都买成公债了,——有六七十万法朗吧。”

“那么,卖掉,赶快卖它们。”

“呃,我在这儿怎么卖呢?”

“您总有个代理人吧?”

“有的。”

“那么写一封信给我带去,告诉他赶快卖掉,一分一秒都不要耽误,或者我到那儿时已经晚了!”

“见鬼。”侯爵说,“那么我们不要浪费时间了。”

“于是他坐了下来,写了一封信给他的代理人,命令他不论什么价钱都要赶快卖掉他的证券。

“唔,”现在,维尔福把信封夹进他的笔记本里,一面说,“再写一封信!’“写给谁?”

“写给国王。”

“我可不敢随便写信给国王。”

“我不是要求您写信给国王,您叫萨欧伯爵写好了。我要一封能使我能尽快见到国王的信,无需经过那些繁杂的拜见手续,不然会丧失很多宝贵时间的。”

“你自己去问掌玺大臣好了,他有进奏权,会设法让你朝见的。”

“当然可以,不过,何必要把我发现的功劳让别人来分享呢。掌玺大臣会把我甩向一边。而他一个人独亨其功的,我告诉您,侯爵,假如我能第一个进入杜伊勒宫,我的前程就有保障了,因为,我这一次为国王所作的事,他永远也不会忘掉的。”

“即然如此,那你就快准备吧,我会叫萨尔维欧给您写你所需要的那封信的。”

“最好能赶快写,再过一刻钟我就要上路了。”

“你叫马车在门口停一下吧。”

“您代我向夫人和蕾妮小姐表示歉意吧,我今天就这样离开她们,的确是非常抱歉的。”

“她们都会到我这里来,这些话,留着你自己去说吧。”

“多谢,多谢。请赶快写信吧。“

侯爵拉了铃,一个仆人应声走进。

“去,告诉萨尔维伯爵,就说我在这儿等着他。”

“现在好了,你可以走了。”侯爵说。

“好,我马上就回来!”

维尔福匆匆地走出了侯爵府,忽然他又想到,假如有看见代理法官走路这样慌张,全城准会骚动起来,所以,他又恢复了他正常的恣态,官气十足地走去,在他的家门口,他看到了有一个人站在阴影里,看来好象是等候他的,那是美塞苔丝,她因为得不到爱人的消息,所以,跑来打听他了。

当维尔福走过去的时候,她就迎上前来,唐太斯曾经提到过他的这位新娘,所以维尔福立刻就认出了她,她美丽和端庄的仪恣使他吃了一惊,当她问道她的情人的情形的时候,他觉的她象是法官,而他倒成了犯人了。

“你所说的那个青年是一个罪人,”维尔福急忙说,“我没法帮助他的忙,小姐。”美茜塞苔再也忍不住她的眼泪了,当维尔福大步要走过她的时候,她又问道:“请您告诉我,他在什么地方,我想知道他究竟是死是活。”

“我不知道,他已经不由我管了。”维尔福回答。

他急于想结束这样的会面,所以就推开她,把门重重关上了,象是要把他的痛苦关到门外似的,但他内心的痛苦是无法这样被驱逐的,象维吉尔 【(公元前71—19)古罗马人——译注】所说的致命箭一样,受伤的人永远带着它。他走进去,关上门,一走到客厅,他就支持不住了,象呜咽似的,他长叹一声,倒进了一张椅子上。

然后,在那颗受伤的心灵深处,又出现一个致命疮伤的最初征兆。那个由于他的野心而被他牺牲的人,那个代他父亲受过的无辜的牺牲者,又在他的眼前出现了,他脸色苍白,带着威胁的神气,一只手牵着未婚妻,她的脸色也是一样的苍白,这种形象使他深感内疚——不是古人所说的那种猛烈可怕的内疚,而是一种缓慢的,折磨人的,与日俱增直到死亡的痛苦。

他犹豫了一会。他常常主张对犯人处以极刑,是靠了他那不可抗拒的雄辨把他们定罪的,他的眉头从来没有留下一点儿阴影,因为他们是有罪的——至少,他相信是如此,但现在这件事却完全不一样,他给一个清白无辜的判了无期徒刑——那是一个站在幸福之门无辜的人。这一次,他不是法官而是刽子手了。

他以前从没有过的这种感觉,现在,当他怀着茫然的恐惧,犹如一个受伤的人用一只手指去接触到他的伤口时,会本能地颤抖起来一样。这一种感觉只有当伤口愈合以后,往往还会再次裂开,并且这一次裂开的伤口更加疼痛。他的耳边响起了蕾妮请求他从宽办理的甜蜜声音或是那美塞苔丝似乎又进来对他说,“看在上帝的份上,我求您把我的未婚夫还给我吧!”如果是这一种情形,那他就会不顾一切,用他那冰冷的手签署他的释放令。但没有声音来打破房间的沉寂,只有维尔福的仆人进来告诉他长途旅行的马车已经准备好了。

维尔福站起来,或者更确切地说,象是一个战胜了一次内心斗争的人那样,从椅子上一跃而起,急忙打开他写字台的一个抽屉,把里面所有的金子都倒进他的口袋里,用手摸着头,一动也不动地站了一会,最后,他的仆人已把他的大氅披在了他的肩上,他这才出了门口,上了马车。吩咐车夫赶快到大高碌路侯爵府。

不幸的唐太斯就这样被定了罪。

正如侯爵所说的,维尔福看见侯爵夫人和蕾妮都在书房里。他看见蕾妮的时候,不由得吃了一惊,因为在他的想象中,她又要来为唐太斯求情了。唉,实际上她只想着维尔福即将离开她了。

她爱维尔福,而他却要在成为她的丈夫的这一刻离开她而去了,也不知道他何时才能回来,所以蕾妮非但不为唐太斯求情,反而恨起这个人来了,就因为他的犯罪,她和他的爱人就得分离了。

那么,美塞苔丝又怎么样了呢,?她在碌琪路的拐角上遇到了弗尔南多。她回到了迦太罗尼亚人村后,便绝望地躺在了床上。弗尔南多跪在了她的身边,拿起了她的手,吻遍了它。但美塞苔丝已毫无了感觉,那一夜她就是这样过来的,灯油燃尽了,但她并没觉得黑暗,她也没有注意到它的光明,悲哀蒙住了她的双眼,她只能看到一样东西,那就是唐太斯。

“啊,你在这儿,”她终于意识到了他的存在。

“从昨天起我就在这儿,就没有离开过您。”弗尔南多痛苦地说。

莫雷尔先生,就没有放弃过努力。他打听到唐太斯已经被投入了监狱,就去找他认识的所有的朋友和城里那些有钱有势的朋友,但城里的风声已经传开,说唐太斯是被当做拿破仑党的密使而被捕的,而且当时再大胆量的人也认为拿破仑东山再起是狂妄之举,因此,莫雷尔先生也四处遭到拒绝,只能是失望的回家。

卡德鲁斯也感到了不安,但是他没有想办法去救唐太斯,只是带了一瓶酒把自己关在房子里,想用酒来忘掉他的回忆。

可是他没有做到这一点,他已醉的腿都抬不动了,但他却忘不掉那可怕的往事。

只有腾格拉尔一个人一点都不觉得烦恼或不安,他甚至还很高兴——他认为自己已除掉了一块绊脚石,并保全了他在法老号上的地位。腾格拉尔是一个一心只为自己打算的人,这种人生下来耳朵上就夹了一支笔,心眼里头放着一瓶墨水,在他看来,一切都是加减乘除而已,在他看来,一个人的生命还不如一个数字宝贵,因为数字使他有所增加,而生命却只会渐渐消亡。

维尔福接过了萨尔维欧先生写的信以后,就拥抱了一下蕾妮,吻了吻侯爵夫人的手,和侯爵握手告别,起程前往巴黎去了。

唐太斯的老父亲正在被悲哀和焦急煎熬着。




X Le petit cabinet des Tuileries.

Abandonnons Villefort sur la route de Paris, où, grâce aux triples guides qu'il paie, il brûle le chemin et pénétrons à travers les deux ou trois salons qui le précèdent dans ce petit cabinet des Tuileries, à la fenêtre cintrée, si bien connu pour avoir été le cabinet favori de Napoléon et de Louis XVIII, et pour être aujourd'hui celui de Louis-Philippe.

Là, dans ce cabinet, assis devant une table de noyer qu'il avait rapportée d'Hartwell, et que, par une de ces manies familières aux grands personnages, il affectionnait tout particulièrement, le roi Louis XVIII écoutait assez légèrement un homme de cinquante à cinquante-deux ans, à cheveux gris, à la figure aristocratique et à la mise scrupuleuse, tout en notant à la marge un volume d'Horace, édition de Gryphias, assez incorrecte quoique estimée, et qui prêtait beaucoup aux sagaces observations philologiques de Sa Majesté.

«Vous dites donc, monsieur? dit le roi.

—Que je suis on ne peut plus inquiet, Sire.

—Vraiment? auriez-vous vu en songe sept vaches grasses et sept vaches maigres?

—Non, Sire, car cela ne nous annoncerait que sept années de fertilité et sept années de disette, et, avec un roi aussi prévoyant que l'est Votre Majesté, la disette n'est pas à craindre.

—De quel autre fléau est-il donc question, mon cher Blacas?

—Sire, je crois, j'ai tout lieu de croire qu'un orage se forme du côté du Midi.

—Eh bien, mon cher duc, répondit Louis XVIII, je vous crois mal renseigné, et je sais positivement, au contraire, qu'il fait très beau temps de ce côté-là.»

Tout homme d'esprit qu'il était, Louis XVIII aimait la plaisanterie facile.

«Sire dit M. de Blacas, ne fût-ce que pour rassurer un fidèle serviteur, Votre Majesté ne pourrait-elle pas envoyer dans le Languedoc, dans la Provence et dans le Dauphiné des hommes sûrs qui lui feraient un rapport sur l'esprit de ces trois provinces?

Conimus surdis, répondit le roi, tout en continuant d'annoter son Horace.

—Sire, répondit le courtisan en riant, pour avoir l'air de comprendre l'hémistiche du poète de Vénouse, Votre Majesté peut avoir parfaitement raison en comptant sur le bon esprit de la France; mais je crois ne pas avoir tout à fait tort en craignant quelque tentative désespérée.

—De la part de qui?

—De la part de Bonaparte, ou du moins de son parti.

—Mon cher Blacas, dit le roi, vous m'empêchez de travailler avec vos terreurs.

—Et moi, Sire, vous m'empêchez de dormir avec votre sécurité.

—Attendez, mon cher, attendez, je tiens une note très heureuse sur le Pastor quum traheret; attendez et vous continuerez après.»

Il se fit un instant de silence, pendant lequel Louis XVIII inscrivit, d'une écriture qu'il faisait aussi menue que possible, une nouvelle note en marge de son Horace; puis, cette note inscrite:

—Continuez, mon cher duc, dit-il en se relevant de l'air satisfait d'un homme qui croit avoir eu une idée lorsqu'il a commencé l'idée d'un autre. Continuez, je vous écoute.

—Sire, dit Blacas, qui avait eu un instant l'espoir de confisquer Villefort à son profit, je suis forcé de vous dire que ce ne sont point de simples bruits dénués de tout fondement, de simples nouvelles en l'air, qui m'inquiètent. C'est un homme bien-pensant méritant toute ma confiance, et chargé par moi de surveiller le Midi (le duc hésita en prononçant ces mots), qui arrive en poste pour me dire: Un grand péril menace le roi. Alors, je suis accouru Sire.

Mala ducis agi domum, continua Louis XVIII en annotant.

—Votre Majesté m'ordonne-t-elle de ne plus insister sur ce sujet?

—Non, mon cher duc, mais allongez la main.

—Laquelle?

—Celle que vous voudrez, là-bas, à gauche.

—Ici, Sire?

—Je vous dis à gauche et vous cherchez à droite; c'est à ma gauche que je veux dire: là; vous y êtes; vous devez trouver le rapport du ministre de la police en date d'hier.... Mais, tenez voici M. Dandré lui-même... n'est-ce pas, vous dites M. Dandré? interrompit Louis XVIII, s'adressant à l'huissier qui venait en effet d'annoncer le ministre de la police.

—Oui, Sire, M. le baron Dandré, reprit l'huissier.

—C'est juste, baron, reprit Louis XVIII avec un imperceptible sourire; entrez, baron, et racontez au duc ce que vous savez de plus récent sur M. de Bonaparte. Ne nous dissimulez rien de la situation, quelque grave qu'elle soit. Voyons, l'île d'Elbe est-elle un volcan, et allons-nous en voir sortir la guerre flamboyante et toute hérissée: belle, horrida bella

M. Dandré se balança fort gracieusement sur le dos d'un fauteuil auquel il appuyait ses deux mains et dit:

«Votre Majesté a-t-elle bien voulu consulter le rapport d'hier?

—Oui, oui, mais dites au duc lui-même, qui ne peut le trouver, ce que contenait le rapport; détaillez-lui ce que fait l'usurpateur dans son île.

—Monsieur, dit le baron au duc, tous les serviteurs de Sa Majesté doivent s'applaudir des nouvelles récentes qui nous parviennent de l'île d'Elbe. Bonaparte...»

M. Dandré regarda Louis XVIII qui, occupé à écrire une note, ne leva pas même la tête.

«Bonaparte, continua le baron, s'ennuie mortellement; il passe des journées entières à regarder travailler ses mineurs de Porto-Longone.

—Et il se gratte pour se distraire, dit le roi.

—Il se gratte? demanda le duc; que veut dire votre Majesté?

—Eh oui, mon cher duc; oubliez-vous donc que ce grand homme, ce héros, ce demi-dieu est atteint d'une maladie de peau qui le dévore, prurigo?

—Il y a plus, monsieur le duc, continua le ministre de la police, nous sommes à peu près sûrs que dans peu de temps l'usurpateur sera fou.

—Fou?

—Fou à lier: sa tête s'affaiblit, tantôt il pleure des larmes, tantôt il rit à gorge déployée; d'autres fois, il passe des heures sur le rivage à jeter des cailloux dans l'eau, et lorsque le caillou a fait cinq ou six ricochets, il paraît aussi satisfait que s'il avait gagné un autre Marengo ou un nouvel Austerlitz. Voilà, vous en conviendrez, des signes de folie.

—Ou de sagesse, monsieur le baron, ou de sagesse, dit Louis XVIII en riant: c'était en jetant des cailloux à la mer que se récréaient les grands capitaines de l'Antiquité; voyez Plutarque, à la vie de Scipion l'Africain.»

M. de Blacas demeura rêveur entre ces deux insouciances. Villefort, qui n'avait pas voulu tout lui dire pour qu'un autre ne lui enlevât point le bénéfice tout entier de son secret, lui en avait dit assez, cependant, pour lui donner de graves inquiétudes.

«Allons, allons, Dandré, dit Louis XVIII, Blacas n'est point encore convaincu, passez à la conversion de l'usurpateur.»

Le ministre de la police s'inclina.

«Conversion de l'usurpateur! murmura le duc, regardant le roi et Dandré, qui alternaient comme deux bergers de Virgile. L'usurpateur est-il converti?

—Absolument, mon cher duc.

—Aux bons principes; expliquez cela, baron.

—Voici ce que c'est, monsieur le duc, dit le ministre avec le plus grand sérieux du monde: dernièrement Napoléon a passé une revue, et comme deux ou trois de ses vieux grognards, comme il les appelle, manifestaient le désir de revenir en France il leur a donné leur congé en les exhortant à servir leur bon roi; ce furent ses propres paroles, monsieur le duc, j'en ai la certitude.

—Eh bien, Blacas, qu'en pensez-vous? dit le roi triomphant, en cessant un instant de compulser le scoliaste volumineux ouvert devant lui.

—Je dis, Sire, que M. le ministre de la Police ou moi nous nous trompons; mais comme il est impossible que ce soit le ministre de la Police, puisqu'il a en garde le salut et l'honneur de Votre Majesté, il est probable que c'est moi qui fais erreur. Cependant, Sire, à la place de Votre Majesté, je voudrais interroger la personne dont je lui ai parlé; j'insisterai même pour que Votre Majesté lui fasse cet honneur.

—Volontiers, duc, sous vos auspices je recevrai qui vous voudrez; mais je veux le recevoir les armes en main. Monsieur le ministre, avez-vous un rapport plus récent que celui-ci! car celui-ci a déjà la date du 20 février, et nous sommes au 3 mars!

—Non, Sire, mais j'en attendais un d'heure en heure. Je suis sorti depuis le matin, et peut-être depuis mon absence est-il arrivé.

—Allez à la préfecture, et s'il n'y en a pas, eh bien, eh bien, continua riant Louis XVIII, faites-en un; n'est-ce pas ainsi que cela se pratique?

—Oh! Sire! dit le ministre, Dieu merci, sous ce rapport, il n'est besoin de rien inventer; chaque jour encombre nos bureaux des dénonciations les plus circonstanciées, lesquelles proviennent d'une foule de pauvres hères qui espèrent un peu de reconnaissance pour des services qu'ils ne rendent pas, mais qu'ils voudraient rendre. Ils tablent sur le hasard, et ils espèrent qu'un jour quelque événement inattendu donnera une espèce de réalité à leurs prédictions.

—C'est bien; allez, monsieur, dit Louis XVIII, et songez que je vous attends.

—Je ne fais qu'aller et venir, Sire; dans dix minutes je suis de retour.

—Et moi, Sire, dit M. de Blacas, je vais chercher mon messager.

—Attendez donc, attendez donc, dit Louis XVIII. En vérité, Blacas, il faut que je vous change vos armes; je vous donnerai un aigle aux ailes déployées, tenant entre ses serres une proie qui essaie vainement de lui échapper, avec cette devise: Tenax.

—Sire, j'écoute, dit M. de Blacas, se rongeant les poings d'impatience.

—Je voudrais vous consulter sur ce passage: Molli fugiens anhelitu; vous savez, il s'agit du cerf qui fuit devant le loup. N'êtes-vous pas chasseur et grand louvetier? Comment trouvez-vous, à ce double titre, le molli anhelitu?

—Admirable, Sire; mais mon messager est comme le cerf dont vous parlez, car il vient de faire 220 lieues en poste, et cela en trois jours à peine.

—C'est prendre bien de la fatigue et bien du souci, mon cher duc, quand nous avons le télégraphe qui ne met que trois ou quatre heures, et cela sans que son haleine en souffre le moins du monde.

—Ah! Sire, vous récompensez bien mal ce pauvre jeune homme, qui arrive de si loin et avec tant d'ardeur pour donner à Votre Majesté un avis utile; ne fût-ce que pour M. de Salvieux, qui me le recommande, recevez-le bien, je vous en supplie.

—M. de Salvieux, le chambellan de mon frère?

—Lui-même.

—En effet, il est à Marseille.

—C'est de là qu'il m'écrit.

—Vous parle-t-il donc aussi de cette conspiration?

—Non, mais il me recommande M. de Villefort, et me charge de l'introduire près de Votre Majesté.

—M. de Villefort? s'écria le roi; ce messager s'appelle-t-il donc M. de Villefort?

—Oui, Sire.

—Et c'est lui qui vient de Marseille?

—En personne.

—Que ne me disiez-vous son nom tout de suite! reprit le roi, en laissant percer sur son visage un commencement d'inquiétude.

—Sire, je croyais ce nom inconnu de Votre Majesté.

—Non pas, non pas, Blacas; c'est un esprit sérieux, élevé, ambitieux surtout; et, pardieu, vous connaissez de nom son père.

—Son père?

—Oui, Noirtier.

—Noirtier le girondin? Noirtier le sénateur?

—Oui, justement.

—Et Votre Majesté a employé le fils d'un pareil homme?

—Blacas, mon ami, vous n'y entendez rien, je vous ai dit que Villefort était ambitieux: pour arriver, Villefort sacrifiera tout, même son père.

—Alors, Sire, je dois donc le faire entrer?

—À l'instant même, duc. Où est-il?

—Il doit m'attendre en bas, dans ma voiture.

—Allez me le chercher.

—J'y cours.»

Le duc sortit avec la vivacité d'un jeune homme; l'ardeur de son royalisme sincère lui donnait vingt ans.

Louis XVIII resta seul, reportant les yeux sur son Horace entrouvert et murmurant:

Justum et tenacem propositi virum.

M. de Blacas remonta avec la même rapidité qu'il était descendu; mais dans l'antichambre il fut forcé d'invoquer l'autorité du roi. L'habit poudreux de Villefort, son costume, où rien n'était conforme à la tenue de cour, avait excité la susceptibilité de M. de Brézé, qui fut tout étonné de trouver dans ce jeune homme la prétention de paraître ainsi vêtu devant le roi. Mais le duc leva toutes les difficultés avec un seul mot: Ordre de Sa Majesté; et malgré les observations que continua de faire le maître des cérémonies, pour l'honneur du principe, Villefort fut introduit.

Le roi était assis à la même place où l'avait laissé le duc. En ouvrant la porte, Villefort se trouva juste en face de lui: le premier mouvement du jeune magistrat fut de s'arrêter.

«Entrez, monsieur de Villefort, dit le roi, entrez.»

Villefort salua et fit quelques pas en avant, attendant que le roi l'interrogeât.

«Monsieur de Villefort, continua Louis XVIII, voici le duc de Blacas, qui prétend que vous avez quelque chose d'important à nous dire.

—Sire, M. le duc a raison, et j'espère que Votre Majesté va le reconnaître elle-même.

—D'abord, et avant toutes choses, monsieur, le mal est-il aussi grand, à votre avis, que l'on veut me le faire croire?

—Sire, je le crois pressant; mais, grâce à la diligence que j'ai faite, il n'est pas irréparable, je l'espère.

—Parlez longuement si vous le voulez, monsieur, dit le roi, qui commençait à se laisser aller lui-même à l'émotion qui avait bouleversé le visage de M. de Blacas, et qui altérait la voix de Villefort; parlez, et surtout commencez par le commencement: j'aime l'ordre en toutes choses.

—Sire, dit Villefort, je ferai à Votre Majesté un rapport fidèle, mais je la prierai cependant de m'excuser si le trouble où je suis jette quelque obscurité dans mes paroles.»

Un coup d'œil jeté sur le roi après cet exorde insinuant, assura Villefort de la bienveillance de son auguste auditeur, et il continua:

«Sire, je suis arrivé le plus rapidement possible à Paris pour apprendre à Votre Majesté que j'ai découvert dans le ressort de mes fonctions, non pas un de ces complots vulgaires et sans conséquence, comme il s'en trame tous les jours dans les derniers rangs du peuple et de l'armée, mais une conspiration véritable, une tempête qui ne menace rien de moins que le trône de Votre Majesté. Sire, l'usurpateur arme trois vaisseaux; il médite quelque projet, insensé peut-être, mais peut-être aussi terrible, tout insensé qu'il est. À cette heure, il doit avoir quitté l'île d'Elbe pour aller où? je l'ignore, mais à coup sûr pour tenter une descente soit à Naples, soit sur les côtes de Toscane, soit même en France. Votre Majesté n'ignore pas que le souverain de l'île d'Elbe a conservé des relations avec l'Italie et avec la France.

—Oui, monsieur, je le sais, dit le roi fort ému, et, dernièrement encore, on a eu avis que des réunions bonapartistes avaient lieu rue Saint-Jacques; mais continuez, je vous prie; comment avez-vous eu ces détails?

—Sire, ils résultent d'un interrogatoire que j'ai fait subir à un homme de Marseille que depuis longtemps je surveillais et que j'ai fait arrêter le jour même de mon départ; cet homme, marin turbulent et d'un bonapartisme qui m'était suspect, a été secrètement à l'île d'Elbe; il y a vu le grand maréchal qui l'a chargé d'une mission verbale pour un bonapartiste de Paris, dont je n'ai jamais pu lui faire dire le nom; mais cette mission était de charger ce bonapartiste de préparer les esprits à un retour (remarquez que c'est l'interrogatoire qui parle, Sire), à un retour qui ne peut manquer d'être prochain.

—Et où est cet homme? demanda Louis XVIII.

—En prison, Sire.

—Et la chose vous a paru grave?

—Si grave, Sire, que cet événement m'ayant surpris au milieu d'une fête de famille, le jour même de mes fiançailles, j'ai tout quitté, fiancée et amis, tout remis à un autre temps pour venir déposer aux pieds de Votre Majesté et les craintes dont j'étais atteint et l'assurance de mon dévouement.

—C'est vrai, dit Louis XVIII; n'y avait-il pas un projet d'union entre vous et Mlle de Saint-Méran?

—La fille d'un des plus fidèles serviteurs de Votre Majesté.

—Oui, oui; mais revenons à ce complot, monsieur de Villefort.

—Sire, j'ai peur que ce soit plus qu'un complot, j'ai peur que ce soit une conspiration.

—Une conspiration dans ces temps-ci, dit le roi en souriant, est chose facile à méditer, mais plus difficile à conduire à son but, par cela même que, rétabli d'hier sur le trône de nos ancêtres, nous avons les yeux ouverts à la fois sur le passé, sur le présent et sur l'avenir; depuis dix mois, mes ministres redoublent de surveillance pour que le littoral de la Méditerranée soit bien gardé. Si Bonaparte descendait à Naples, la coalition tout entière serait sur pied, avant seulement qu'il fût à Piombino; s'il descendait en Toscane, il mettrait le pied en pays ennemi; s'il descend en France, ce sera avec une poignée d'hommes, et nous en viendrons facilement à bout, exécré comme il l'est par la population. Rassurez-vous donc, monsieur; mais ne comptez pas moins sur notre reconnaissance royale.

—Ah! voici M. Dandré!» s'écria le duc de Blacas.

En ce moment, parut en effet sur le seuil de la porte M. le ministre de la Police, pâle, tremblant, et dont le regard vacillait, comme s'il eût été frappé d'un éblouissement.

Villefort fit un pas pour se retirer; mais un serrement de main de M. de Blacas le retint.

 

第十章 杜伊勒里宫的小书房

这里先不说维尔福是如何星夜兼程赶往巴黎,并经过两三座宫殿最后进入了杜伊勒宫的小书房,先说杜伊勒宫这间有拱形窗门的小书房,它是非常闻名的,因为拿破仑和路易十八都喜欢在这儿办公,而当今的路易•菲力浦又成了这里的主人。

在这部书房里,国王路易十八正坐在一张胡桃木制成的桌子上办公,这张桌子是他从哈德维尔带回来的,他特别喜欢它,这原本也没有什么,因为大人物都有些癖好,而这就是他的癖好之一。此刻,他正在漫不经心地听一个约五十多岁,头发灰白,一副贵族仪表,风度极为高雅的人在讲话,他的手边放着一本格里夫斯版的贺拉斯 【(公元前65—8),古罗马人。——译注】他正在上面作注释,国王那种聪慧博学的见解大多是从这本书上得来的。

“你在说什么,先生?”国王问。

“我感到非常不安,陛下。”

“真得吗,难道你做了一个梦,梦见七只肥牛和七只瘦牛了吗?” 【见《圣经旧约•创世纪》。书中讲埃及法老梦见七头肥牛和七头瘦牛在河边吃青草。约瑟解释说,这是预示着七个半年后时有七个荒年。后来果然应效。——译注】 “不,陛下,因为那个梦不过是预示着我们将有七个丰年和七个荒年,而象陛下这样明察万里的国王的治理,荒年倒不是一件可怕的事。”

“那么,您还有什么可以担心的,我亲爱的勃拉卡斯?”

“陛下,我有充分担心的理由相信南方正在酝酿着一次大的风暴。”

“唉,亲爱的公爵,我想你是听错了。我所知道的正好相反,我确实知道那个地方风和日丽。”象路易十八这样一个人也喜欢开这样一个愉快的玩笑。

“陛下,就算只是为了让一个忠心的臣仆安心,陛下可否派可靠的人员去视察一下郎格多克,普罗旺斯和陀菲内,把这三省的民情带回来向您报告一下?”

“Conimussurdis。 【拉丁文:我们低声唱——译注】”国王依旧在他的贺拉斯诗集上做注释。

“陛下,”朝臣回答,并笑了笑,做出他懂得这句话意思的样子,“陛下可以完全相信法兰西人民的忠心,但我所担心的某种亡命企图不见得是没有道理的。

“拿破仑或至少是他的党羽。”

“我亲爱的勃拉卡斯,”国王说,“您这样惊慌都使我无法工作了。”

“而您陛下,您这样高枕无忧地叫我不能安眠。”

“等等,我亲爱的先生,请等一会儿,我在Pastorquumtraheret 【拉丁文:当牧童跟着走的时候——译注】这一句上找到了一条非常有趣的注释——再等一会,我写好了以后就听您讲。”

谈话暂时中断了一会,路易十八用极小的字体在那本诗集上的空白处写下了一个注释,然后,他带着一种自满的神色抬起头来看着公爵,好象说他已经有了一个独到的见解,而对方只能复述他人的见解似的,他说:“说吧,我亲爱的公爵,请接着说下去,我听着。”

“陛下,”勃拉卡斯说,此时他很想把维尔福的功劳占为己有,“我不得不告诉你,使我如此担忧不安的并不仅仅是谣言。

我派了我手下一个很有头脑的人去南方视察了一下动态。”公爵说这些话的时候有点儿犹豫,“他刚才急匆匆赶来告诉我,说陛下的安全受到了威胁,就急忙赶来了。”

“Maaducisavidomum,”路易十八依旧边写注解边说道。

“陛下不想叫我把这件事说下去了吗?”

“没有那个意思,亲爱的公爵,但您且伸手找一找。”

“找什么?”

“随便你找,就在左边。”

“我告诉是在左边,您却在右边找,我说是在左边,——对了,就在那儿,你可以找警长大臣昨天的报告。哟,唐德雷本人来了。”在侍从官进来报告以后,唐德雷先生走了进来。

“进来,”路易十八微微一笑说,“进来,男爵,把你所知道的一切,关于拿破仑他最近的消息都告诉公爵,什么也不要隐瞒,不管它有多么严重。厄尔巴岛是不是个火山,那儿会不会爆发火焰和可怕的战争——Bella!Horridabella!”唐德雷把双手背在身后,非常庄重地靠在一张椅子上说:“陛下有没有看过昨天的报告?”

“看过了,看过了,你把内容讲给公爵听吧,他找不到那份报告,尤其是关于逆贼在他的小岛上一切的所做所为,要讲得详细点。”

“阁下,”男爵对公爵说,“陛下所有的臣仆都应该以我们从厄尔巴岛得来的最新消息而感到欣慰,波拿巴,”唐德雷说到这里,望望路易十八,后者正在写一条注释,甚至连头都没有抬起来,——“波拿巴,”男爵继续说,“快要闷死了,他整天在澳特龙哥看矿工们干活。

“而且以搔痒来消遣。”国王加上一句。

“搔痒?”公爵问,“陛下这句话是什么意思?”

“一点不错,我亲爱的公爵。您忘了这位伟人,这位英雄,这位半仙得了一种使他痒得要命的皮肤病吗?”

“而且,公爵阁下,”警务大臣又说,“我们几乎可以肯定地说,逆贼就会发疯的。”

“发疯?”

“某种程度的发疯,他的神志已经不清了。他时而痛哭,时而狂笑,时而一连几小时在海边上拿石子来打水漂当那石子在水面上连跳五六下的时候,他就高兴得好象又取得了一次马伦戈 【在捷克,一八○五年,拿破仑在此打败奥俄联军。——译注】或奥斯特利茨 【在意大利,一八○○年,拿破仑在此打败奥军。——译注】之役一样。我想您也得承认,这些无可争辩的事实都是脑力衰弱的象征。”

“或是智慧的象征,男爵阁下,——或许是智慧的象征,”路易十八笑着说。“古代最伟大的船长们也都是在大海上打水漂儿取乐的,不信可看普鲁塔克 【(公元46—126),古希腊历史家。——译注】著的《施底奥•阿菲力加弩传》。”

勃拉卡斯公爵对国王和大臣这种盲目的泰然处之的态度深感不解。只可惜维尔福不肯泄露全部秘密,深恐他的功劳被人抢去,但所透露给他那点信息已经够使他感到不安的了。

“喂,唐德雷,”路易十八说,“勃拉卡斯还是不相信,再讲一点逆贼的转变给他听听。”

警务大臣躬身致意。

“逆贼的转变?”公爵喃喃地说,看着眼前象维吉尔诗里的牧童那样一唱一答的国王和唐德雷。“逆贼转变了?”

“一点不错,我亲爱的公爵。”

“转变成什么样了?”

“变得循规蹈矩了。男爵,你说给他听听。”

“哦,是这样的,公爵阁下,”大臣以极其庄重的语气说,“拿破仑最近作了一次侦查,他的两三个旧臣表示想重回法国,他便给他们准了假并告诫他们要‘为他们的好国王效劳’。这些都是他亲口说的,公爵阁下,我确信无疑。”

“喂,勃拉卡斯,你对这事怎么看?”国王得意地问,停了一会儿他的注解工作。

“我说,陛下,如果不是警务大臣部下被人骗了,就是我受骗了,但警务大臣是不可能受骗的,因为他是陛下安全和荣誉的保障,所以大概出错的是我。可是,陛下,假如您能允许我再进一谏言的话,陛下不妨问一下我刚才对您提起过的那个人,而且我请求陛下赐给他这种荣幸。”

“我非常愿意,公爵,只要您赞成,您高兴要我接见谁,我就接见谁,只要他手里不拿枪就行。大臣先生,您有没有比这更新的报告?这是二月二十日的,而我们现在已经是三月三日了。”

“还没有,陛下,但我时刻都在等待着,说不定今天早晨我离开办公室的这段时间里,新的报告又到了。”

“那么去走一趟吧,假如那儿还没有?——哦,哦,”路易十八又说,“就造一份好了,你们不是经常这样做吗?”国王笑着说。

“噢,陛下,”部长回答,“我们根本无需来捏造报告。每天,我们的办公桌上都堆满了最为详尽的告密书,都是那些被革职的人员送来的,虽然他们现在尚未官复原职,但却都很乐意回来为陛下效劳。他们相信命运,希望有朝一日会发生意外的大事以使他们的期望变成现实。”

“好吧,先生,去吧。”路易十八说,“别忘了我在等着你。”

“我只要来去的时间就够了,陛下。我十分钟内就回来。”

“我呢,陛下,”勃拉卡斯公爵说,“我去找一下我的信使。”

“等一下,先生,等一下,”路易十八说。“真的,勃拉卡斯,我看您这种雄赳赳气昂昂的样子。我让你猜一谜,有一只展开双翅的老鹰,它的脚爪抓住了一只猎物,这个猎物想逃跑,但又逃不了,它的名字就叫做——Tenax 【拉丁文:固执——译注】。”

“陛下,我知道了。”勃拉卡斯公爵说,不耐烦地咬着他的指甲。

“我想同您商讨一下这句话,‘Mollifugiensanhelitu 【拉丁文:气喘吁吁地逃跑的胆小鬼。——译注】,’您知道,这是指一只逃避狼的牡鹿。您不是一个狩猎行家和猎狼人吗?那么,您觉得那只Mollianhelitu如何?”

“妙极了,陛下,不过我那个信使正象您所说的那只牡鹿一样,因为他只花三天多一点的时间,就跑了六百六十哩路来到这里。”

“那一定够疲倦,够焦急的罗,我亲爱的公爵,而现在我们已经有了快报,要不了三四个钟头就可送到了,根本用不着大喘气。”

“啊,陛下,恐怕您对这个可怜的青年太不领情了,他从那么远的地方跑来,满怀极大的热情,来给陛下送一份有用的情报,是萨尔维欧先生介绍给我的,看在萨尔欧维先生的面子上,我也求陛下就接见他一次吧。”

“萨尔欧维先生?是我弟弟那个侍从官吗?”

“是的陛下。”

“他在罗赛。”

“是从那儿写信给我的。”

“不,但是他极力向我推荐了维尔福先生,要求我带他来见陛下。”

“维尔福先生!”国王喊道,“那个信使的名子叫维尔福吗?”

“是的,陛下”

“他从马赛赶来的吗?”

“是的他亲自赶来的。”

“您为什么不早提起他的名字呢?”国王问道,“而且还很有野心,真的!您知道他的父亲叫什么名字吗?”

“他的父亲?”

“是的,叫诺瓦蒂埃。”

“是那个吉伦特党徒诺瓦蒂埃吗?是那个做上议员的诺瓦蒂埃。”

“就是他。”

“陛下怎么用了这么一个人的儿子。”

“勃拉卡斯,我的朋友,你知道的真是太少了。我告诉过您,维尔福是很有野心的,只要自己能成功,他什么都可以牺牲掉,甚至于他的父亲。”

“那,陛下,人可以带他进来吗?”

“马上带他进来,公爵。他在那儿?”

“就在下面,在我的马车里。”

“立刻去叫他。”

公爵就象个年青人那样敏捷地走了出去,他尽忠国王的热忱使他年青了许多,房间里只剩下了路易十八。他又把目光投向了那半开的贺拉斯诗集上,嘴里喃喃说到“Justumettenacempropositivirum 【拉丁文:一个正直而坚定的人。——译注】”勃拉卡斯公爵以他下楼时的同样速度回来了,但一到了候见厅里,他又不得不停下来等待通告。维尔福穿的不是进见时的服装,再加上那种风尘扑扑的外貌,引起了司仪大臣勃黎齐的怀疑,他对这个青年竟敢穿这样的衣服来谒见国王陛下感到非常惊讶,但公爵终于用“奉国王之命”几个字排除了一切困难,所以不管这位司仪大臣的意见如何,不管他如何尊重他的戒律,维尔福还是被通报了。

国王仍是坐在公爵离开他的那个老地方,门一开,维尔福发现他正面对着国王,那青年法官的第一个动作便是停了脚步。

“进来,维尔福先生,”国王说,维尔福鞠了一躬,向前走了几步,等候国王垂询。

“维尔福先生,”路易十八说,“勃拉卡斯公爵告诉我说你有很重要的消息要报告。”

“陛下,公爵说得不错,我相信陛下一定会意识到它的重要性的。”

“在还没有谈正事以前,你先告诉我,先生,依你看,这件事情真的象他们对我说的那么严重吗?”

“陛下,这个事情的确很严重,我希望由于我来的正是时候,事情不至于无法挽救。”

“你尽量说吧,先生,”国王说,他开始被勃拉卡斯脸上的神色和维尔福激动的语气打动了,“说吧,先生,请从头说起,我喜欢一切都有条有理。”

“陛下,”维尔福说,“我向您保证献上一份可靠的情报,假如由于我很焦急而出现有些地方语无伦次,请陛下恕罪。”讲完了这一段谨慎而又巧妙的开场白之后,维尔福向国王瞥了一眼,看到了他那威严的听者面露慈祥,这才放下心来。于是,继续说:“陛下,我尽可能快点到巴黎来,是向陛下报告一件我在执行任务时发现的事情,这不是象每天在下层阶级或军队里所发生的那种无足轻重的、平凡的暴乱,它的确是一次谋反——是一次威胁到陛下王位的的谋反。陛下,逆贼武装了三条船,并定下了阴谋计划,那计划既狂妄,又可怕,此时此刻,他已经离开了厄尔巴岛,去哪儿我不知道,但是肯定是要在某一个地方登陆,不是在那不勒斯,就是在托斯卡纳海岸,甚至可能到法国海岸,陛下不会不知道,这个厄尔巴岛之主与意大利和法国都保持着联系。”

“我知道,先生,”国王说,并显得十分激动,“最近我还获得情报,知道那拿破仑分子在圣•杰克司街集会妄图死灰获复燃。但请你说下去,你是怎么知道这个消息的?”

“陛下,我是在审问一个马赛人时知道的,我对他已经注意到了好长时间,他是在我离开的那一天被抓起来的。他是一个不安分守己的水手,我一向就怀疑他是一个拿破仑党分子,最近他秘密到爱巴尔岛去了一趟,在那儿见了大元帅,大元帅叫他带一个口信到巴黎,给一个在巴黎的拿破仑分子,只是巴黎的那个拿破仑分子叫什么名字,我没能盘审出来,但口信内容我已经知道了,就是这个人要招集人马——不久就要卷土重来了。”

“这个人现在在那里?”国王问。

“在狱监里。”

“你觉得这事很严重吗?”

“严重极了,陛下,这件事发生的时候我正在家里请客,那天是我订婚的日子,当时我大吃一惊,马上离开了我的未婚妻和朋友们,以便赶快地赶到陛下的脚下,向陛下陈述谋反的事件,以表示我对陛下的忠心。”

“对了,你是和圣•梅朗小姐订婚吗?”路易十八问。

“是的,是陛下一个忠诚的臣仆的女儿。”

“是的,是的。还是让我们接着谈这次阴谋造反的事吧,维尔福先生。”

“陛下,我担心这不仅是一次谋反的阴谋,而是一次真正的谋反。”

“在目前这个时间谋反,”路易十八笑一笑说。“想想到很容易,但成功很难,因为我们祖先刚刚恢复王位,我们对于过去,现在和未来都看得很清楚。过去十个月来,我们的各个大臣都加倍地警惕着地中海,以确保平安无事,如波拿巴在那不勒斯登陆,那么在他到达皮昂比诺以前,是整个联军就会行动起来,如果他在托斯卡纳登陆,就踏上了一块与他为敌的国土,如果他在法国登陆,那他只有带点少数的人马,象他这样被人民深恶痛绝的人,其结果是可以想得到的,放心吧,好了先生,不过,王室仍然很感谢您。”

“啊,唐德雷阁下来了!”勃拉卡卡斯大声喊到。这时,警务大臣在门口出现了,他脸色苍白,全身颤抖,象就要昏死过去的样子,维尔福正想告退,勃拉斯公爵却拉住了他的手,留住了他。




XI L'Ogre de Corse.

Louis XVIII, à l'aspect de ce visage bouleversé, repoussa violemment la table devant laquelle il se trouvait.

«Qu'avez-vous donc, monsieur le baron? s'écria-t-il, vous paraissez tout bouleversé: ce trouble, cette hésitation, ont-ils rapport à ce que disait M. de Blacas, et à ce que vient de me confirmer M. de Villefort?»

De son côté, M. de Blacas s'approchait vivement du baron, mais la terreur du courtisan empêchait de triompher l'orgueil de l'homme d'État; en effet, en pareille circonstance, il était bien autrement avantageux pour lui d'être humilié par le préfet de police que de l'humilier sur un pareil sujet.

«Sire... balbutia le baron.

—Eh bien, voyons!» dit Louis XVIII.

Le ministre de la Police, cédant alors à un mouvement de désespoir, alla se précipiter aux pieds de Louis XVIII, qui recula d'un pas, en fronçant le sourcil.

«Parlerez-vous? dit-il.

—Oh! Sire, quel affreux malheur! suis-je assez à plaindre? je ne m'en consolerai jamais!

—Monsieur, dit Louis XVIII, je vous ordonne de parler.

—Eh bien, Sire, l'usurpateur a quitté l'île d'Elbe le 28 février et a débarqué le 1er mars.

—Où cela? demanda vivement le roi.

—En France, Sire, dans un petit port; près d'Antibes, au golfe Juan.

—L'usurpateur a débarqué en France, près d'Antibes, au golfe Juan, à deux cent cinquante lieues de Paris, le 1er mars, et vous apprenez cette nouvelle aujourd'hui seulement 3 mars!... Eh! monsieur, ce que vous me dites là est impossible: on vous aura fait un faux rapport, ou vous êtes fou.

—Hélas! Sire, ce n'est que trop vrai!»

Louis XVIII fit un geste indicible de colère et d'effroi, et se dressa tout debout, comme si un coup imprévu l'avait frappé en même temps au cœur et au visage.

«En France! s'écria-t-il, l'usurpateur en France! Mais on ne veillait donc pas sur cet homme? mais qui sait? on était donc d'accord avec lui?

—Oh! Sire, s'écria le duc de Blacas, ce n'est pas un homme comme M. Dandré que l'on peut accuser de trahison. Sire, nous étions tous aveugles, et le ministre de la Police a partagé l'aveuglement général voilà tout.

—Mais... dit Villefort; puis s'arrêtant tout à coup: Ah! pardon, pardon, Sire, fit-il en s'inclinant, mon zèle m'emporte, que Votre Majesté daigne m'excuser.

—Parlez, monsieur, parlez hardiment, dit le roi; vous seul nous avez prévenu du mal, aidez-nous à y chercher le remède.

—Sire, dit Villefort, l'usurpateur est détesté dans le Midi; il me semble que s'il se hasarde dans le Midi, on peut facilement soulever contre lui la Provence et le Languedoc.

—Oui, sans doute, dit le ministre, mais il s'avance par Gap et Sisteron.

—Il s'avance, il s'avance, dit Louis XVIII; il marche donc sur Paris?»

Le ministre de la Police garda un silence qui équivalait au plus complet aveu.

«Et le Dauphiné, monsieur, demanda le roi à Villefort, croyez-vous qu'on puisse le soulever comme la Provence?

—Sire, je suis fâché de dire à Votre Majesté une vérité cruelle; mais l'esprit du Dauphiné est loin de valoir celui de la Provence et du Languedoc. Les montagnards sont bonapartistes, Sire.

—Allons, murmura Louis XVIII, il était bien renseigné. Et combien d'hommes a-t-il avec lui?

—Sire, je ne sais, dit le ministre de la Police.

—Comment, vous ne savez! Vous avez oublié de vous informer de cette circonstance? Il est vrai qu'elle est de peu d'importance, ajouta-t-il avec un sourire écrasant.

—Sire, je ne pouvais m'en informer; la dépêche portait simplement l'annonce du débarquement et de la route prise par l'usurpateur.

—Et comment donc vous est parvenue cette dépêche?» demanda le roi.

Le ministre baissa la tête, et une vive rougeur envahit son front.

«Par le télégraphe, Sire», balbutia-t-il.

Louis XVIII fait un pas en avant et croisa les bras comme eût fait Napoléon.

«Ainsi, dit-il, pâlissant de colère, sept armées coalisées auront renversé cet homme; un miracle du ciel m'aura replacé sur le trône de mes pères après vingt-cinq ans d'exil; j'aurai, pendant ces vingt-cinq ans étudié, sondé, analysé les hommes et les choses de cette France qui m'était promise, pour qu'arrivé au but de tous mes vœux, une force que je tenais entre mes mains éclate et me brise!

—Sire, c'est de la fatalité, murmura le ministre, sentant qu'un pareil poids, léger pour le destin, suffisait à écraser un homme.

—Mais ce que disaient de nous nos ennemis est donc vrai: Rien appris, rien oublié? Si j'étais trahi comme lui, encore, je me consolerais; mais être au milieu de gens élevés par moi aux dignités, qui devaient veiller sur moi plus précieusement que sur eux-mêmes, car ma fortune c'est la leur, avant moi ils n'étaient rien, après moi ils ne seront rien, et périr misérablement par incapacité, par ineptie! Ah! oui, monsieur, vous avez bien raison, c'est de la fatalité.»

Le ministre se tenait courbé sous cet effrayant anathème.

M. de Blacas essuyait son front couvert de sueur; Villefort souriait intérieurement, car il sentait grandir son importance.

«Tomber, continuait Louis XVIII, qui du premier coup d'œil avait sondé le précipice où penchait la monarchie, tomber et apprendre sa chute par le télégraphe! Oh! j'aimerais mieux monter sur l'échafaud de mon frère Louis XVI, que de descendre ainsi l'escalier des Tuileries, chassé par le ridicule.... Le ridicule, monsieur, vous ne savez pas ce que c'est, en France, et cependant vous devriez le savoir.

—Sire, Sire, murmura le ministre, par pitié!...

—Approchez, monsieur de Villefort, continua le roi s'adressant au jeune homme, qui, debout, immobile et en arrière, considérait la marche de cette conversation où flottait éperdu le destin d'un royaume, approchez et dites à monsieur qu'on pouvait savoir d'avance tout ce qu'il n'a pas su.

—Sire, il était matériellement impossible de deviner les projets que cet homme cachait à tout le monde.

—Matériellement impossible! oui, voilà un grand mot, monsieur; malheureusement, il en est des grands mots comme des grands hommes, je les ai mesurés. Matériellement impossible à un ministre, qui a une administration, des bureaux, des agents, des mouchards, des espions et quinze cent mille francs de fonds secrets, de savoir ce qui se passe à soixante lieues des côtes de France! Eh bien, tenez, voici monsieur, qui n'avait aucune de ces ressources à sa disposition, voici monsieur, simple magistrat, qui en savait plus que vous avec toute votre police, et qui eût sauvé ma couronne s'il eût eu comme vous le droit de diriger un télégraphe.»

Le regard du ministre de la Police se tourna avec une expression de profond dépit sur Villefort, qui inclina la tête avec la modestie du triomphe.

«Je ne dis pas cela pour vous, Blacas, continua Louis XVIII, car si vous n'avez rien découvert, vous, au moins avez-vous eu le bon esprit de persévérer dans votre soupçon: un autre que vous eût peut-être considéré la révélation de M. de Villefort comme insignifiante, ou bien encore suggérée par une ambition vénale.»

Ces mots faisaient allusion à ceux que le ministre de la Police avait prononcés avec tant de confiance une heure auparavant.

Villefort comprit le jeu du roi. Un autre peut-être se serait laissé emporter par l'ivresse de la louange; mais il craignit de se faire un ennemi mortel du ministre de la Police, bien qu'il sentît que celui-ci était irrévocablement perdu. En effet, le ministre qui n'avait pas, dans la plénitude de sa puissance, su deviner le secret de Napoléon, pouvait, dans les convulsions de son agonie, pénétrer celui de Villefort: il ne lui fallait, pour cela, qu'interroger Dantès. Il vint donc en aide au ministre au lieu de l'accabler.

«Sire, dit Villefort, la rapidité de l'événement doit prouver à Votre Majesté que Dieu seul pouvait l'empêcher en soulevant une tempête; ce que Votre Majesté croit de ma part l'effet d'une profonde perspicacité est dû, purement et simplement, au hasard; j'ai profité de ce hasard en serviteur dévoué, voilà tout. Ne m'accordez pas plus que je ne mérite, Sire, pour ne revenir jamais sur la première idée que vous aurez conçue de moi.»

Le ministre de la Police remercia le jeune homme par un regard éloquent, et Villefort comprit qu'il avait réussi dans son projet, c'est-à-dire que, sans rien perdre de la reconnaissance du roi, il venait de se faire un ami sur lequel, le cas échéant, il pouvait compter.

«C'est bien, dit le roi. Et maintenant, messieurs, continua-t-il en se retournant vers M. de Blacas et vers le ministre de la Police, je n'ai plus besoin de vous, et vous pouvez vous retirer: ce qui reste à faire est du ressort du ministre de la Guerre.

—Heureusement, Sire, dit M. de Blacas, que nous pouvons compter sur l'armée. Votre Majesté sait combien tous les rapports nous la peignent dévouée à votre gouvernement.

—Ne me parlez pas de rapports: maintenant, duc, je sais la confiance que l'on peut avoir en eux. Eh! mais, à propos de rapports, monsieur le baron, qu'avez-vous appris de nouveau sur l'affaire de la rue Saint-Jacques?

—Sur l'affaire de la rue Saint-Jacques!» s'écria Villefort, ne pouvant retenir une exclamation.

Mais s'arrêtant tout à coup:

«Pardon, Sire, dit-il, mon dévouement à Votre Majesté me fait sans cesse oublier, non le respect que j'ai pour elle, ce respect est trop profondément gravé dans mon cœur, mais les règles de l'étiquette.

—Dites et faites, monsieur, reprit Louis XVIII; vous avez acquis aujourd'hui le droit d'interroger.

—Sire, répondit le ministre de la Police, je venais justement aujourd'hui donner à Votre Majesté les nouveaux renseignements que j'avais recueillis sur cet événement, lorsque l'attention de Votre Majesté a été détournée par la terrible catastrophe du golfe; maintenant, ces renseignements n'auraient plus aucun intérêt pour le roi.

—Au contraire, monsieur, au contraire, dit Louis XVIII, cette affaire me semble avoir un rapport direct avec celle qui nous occupe, et la mort du général Quesnel va peut-être nous mettre sur la voie d'un grand complot intérieur.»

À ce nom du général Quesnel, Villefort frissonna.

«En effet, Sire, reprit le ministre de la Police, tout porterait à croire que cette mort est le résultat, non pas d'un suicide, comme on l'avait cru d'abord, mais d'un assassinat: le général Quesnel sortait, à ce qu'il paraît, d'un club bonapartiste lorsqu'il a disparu. Un homme inconnu était venu le chercher le matin même, et lui avait donné rendez-vous rue Saint-Jacques; malheureusement, le valet de chambre du général, qui le coiffait au moment où cet inconnu a été introduit dans le cabinet, a bien entendu qu'il désignait la rue Saint-Jacques, mais n'a pas retenu le numéro.»

À mesure que le ministre de la Police donnait au roi Louis XVIII ces renseignements, Villefort, qui semblait suspendu à ses lèvres, rougissait et pâlissait.

Le roi se retourna de son côté.

«N'est-ce pas votre avis, comme c'est le mien, monsieur de Villefort, que le général Quesnel, que l'on pouvait croire attaché à l'usurpateur, mais qui, réellement, était tout entier à moi, a péri victime d'un guet-apens bonapartiste?

—C'est probable, Sire, répondit Villefort; mais ne sait-on rien de plus?

—On est sur les traces de l'homme qui avait donné le rendez-vous.

—On est sur ses traces? répéta Villefort.

—Oui, le domestique a donné son signalement: c'est un homme de cinquante à cinquante-deux ans, brun, avec des yeux noirs couverts d'épais sourcils, et portant moustaches; il était vêtu d'une redingote bleue, et portait à sa boutonnière une rosette d'officier de la Légion d'honneur. Hier on a suivi un individu dont le signalement répond exactement à celui que je viens de dire, et on l'a perdu au coin de la rue de la Jussienne et de la rue Coq-Héron.»

Villefort s'était appuyé au dossier d'un fauteuil car à mesure que le ministre de la Police parlait, il sentait ses jambes se dérober sous lui; mais lorsqu'il vit que l'inconnu avait échappé aux recherches de l'agent qui le suivait, il respira.

«Vous chercherez cet homme, monsieur, dit le roi au ministre de la Police; car, si, comme tout me porte à le croire, le général Quesnel, qui nous eût été si utile en ce moment, a été victime d'un meurtre, bonapartistes ou non, je veux que ses assassins soient cruellement punis.»

Villefort eut besoin de tout son sang-froid pour ne point trahir la terreur que lui inspirait cette recommandation du roi.

«Chose étrange! continua le roi avec un mouvement d'humeur, la police croit avoir tout dit lorsqu'elle a dit: un meurtre a été commis, et tout fait lorsqu'elle a ajouté: on est sur la trace des coupables.

—Sire, Votre Majesté, sur ce point du moins, sera satisfaite, je l'espère.

—C'est bien, nous verrons; je ne vous retiens pas plus longtemps, baron; monsieur de Villefort, vous devez être fatigué de ce long voyage, allez vous reposer. Vous êtes sans doute descendu chez votre père?»

Un éblouissement passa sur les yeux de Villefort.

«Non, Sire, dit-il, je suis descendu hôtel de Madrid, rue de Tournon.

—Mais vous l'avez vu?

—Sire, je me suis fait tout d'abord conduire chez M. le duc de Blacas.

—Mais vous le verrez, du moins?

—Je ne le pense pas, Sire.

—Ah! c'est juste, dit Louis XVIII en souriant de manière à prouver que toutes ces questions réitérées n'avaient pas été faites sans intention, j'oubliais que vous êtes en froid avec M. Noirtier, et que c'est un nouveau sacrifice fait à la cause royale, et dont il faut que je vous dédommage.

—Sire, la bonté que me témoigne Votre Majesté est une récompense qui dépasse de si loin toutes mes ambitions, que je n'ai rien à demander de plus au roi.

—N'importe, monsieur, et nous ne vous oublierons pas, soyez tranquille; en attendant (le roi détacha la croix de la Légion d'honneur qu'il portait d'ordinaire sur son habit bleu, près de la croix de Saint-Louis, au-dessus de la plaque de l'ordre de Notre-Dame du mont Carmel et de Saint-Lazare, et la donnant à Villefort), en attendant, dit-il, prenez toujours cette croix.

—Sire, dit Villefort, Votre Majesté, se trompe, cette croix est celle d'officier.

—Ma foi, monsieur, dit Louis XVIII, prenez-la telle qu'elle est; je n'ai pas le temps d'en faire demander une autre. Blacas, vous veillerez à ce que le brevet soit délivré à M. de Villefort.»

Les yeux de Villefort se mouillèrent d'une larme d'orgueilleuse joie; il prit la croix et la baisa.

«Et maintenant, demanda-t-il, quels sont les ordres que me fait l'honneur de me donner Votre Majesté?

—Prenez le repos qui vous est nécessaire et songez que, sans force à Paris pour me servir, vous pouvez m'être à Marseille de la plus grande utilité.

—Sire, répondit Villefort en s'inclinant, dans une heure j'aurai quitté Paris.

—Allez, monsieur, dit le roi, et si je vous oubliais—la mémoire des rois est courte—ne craignez pas de vous rappeler à mon souvenir.... Monsieur le baron, donnez l'ordre qu'on aille chercher le ministre de la Guerre. Blacas, restez.

—Ah! monsieur, dit le ministre de la Police à Villefort en sortant des Tuileries, vous entrez par la bonne porte et votre fortune est faite.

—Sera-t-elle longue?» murmura Villefort en saluant le ministre, dont la carrière était finie, et en cherchant des yeux une voiture pour rentrer chez lui.

Un fiacre passait sur le quai, Villefort lui fit un signe, le fiacre s'approcha; Villefort donna son adresse et se jeta dans le fond de la voiture, se laissant aller à ses rêves d'ambition. Dix minutes après, Villefort était rentré chez lui; il commanda ses chevaux pour dans deux heures, et ordonna qu'on lui servît à déjeuner.

Il allait se mettre à table lorsque le timbre de la sonnette retentit sous une main franche et ferme: le valet de chambre alla ouvrir, et Villefort entendit une voix qui prononçait son nom.

«Qui peut déjà savoir que je suis ici?» se demanda le jeune homme.

En ce moment, le valet de chambre rentra.

«Eh bien, dit Villefort, qu'y a-t-il donc? qui a sonné? qui me demande?

—Un étranger qui ne veut pas dire son nom.

—Comment! un étranger qui ne veut pas dire son nom? et que me veut cet étranger?

—Il veut parler à monsieur.

—À moi?

—Oui.

—Il m'a nommé?

—Parfaitement.

—Et quelle apparence a cet étranger?

—Mais, monsieur, c'est un homme d'une cinquantaine d'années.

—Petit? grand?

—De la taille de monsieur à peu près.

—Brun ou blond?

—Brun, très brun: des cheveux noirs, des yeux noirs, des sourcils noirs.

—Et vêtu, demanda vivement Villefort, vêtu de quelle façon?

—D'une grande lévite bleue boutonnée du haut en bas; décoré de la Légion d'honneur.

—C'est lui, murmura Villefort en pâlissant.

—Eh pardieu! dit en paraissant sur la porte l'individu dont nous avons déjà donné deux fois le signalement, voilà bien des façons; est-ce l'habitude à Marseille que les fils fassent faire antichambre à leur père?

—Mon père! s'écria Villefort; je ne m'étais donc pas trompé... et je me doutais que c'était vous.

—Alors, si tu te doutais que c'était moi, reprit le nouveau venu, en posant sa canne dans un coin et son chapeau sur une chaise, permets-moi de te dire, mon cher Gérard, que ce n'est guère aimable à toi de me faire attendre ainsi.

—Laissez-nous, Germain», dit Villefort.

Le domestique sortit en donnant des marques visibles d'étonnement.

 

第十一章 科西嘉岛的魔王

看到这种神色慌张的样子,路易十八就猛地推开了那张他正在写字的桌子。

“出什么事了,男爵先生?”他惊讶地问,“看来你好象是一副大难临头的样子,你这惊慌犹豫的样子,是否与刚才勃拉卡斯先生又加以证实的事有关?”

勃拉卡斯公爵赶紧向男爵走去,那大臣的惊慌的神色完全吓退了这位元老的得意心情,说实在的,在这种情况下,如果是警务大臣战胜了他,实在是比使大臣受到羞辱对他有利得多。

“陛下,”——男爵嚅嚅地说。

“什么事?”路易十八问。那绝望几乎压倒了警务大臣,几乎是扑到了国王的脚下,后者不由得倒退了几步,并皱起了眉头。

“请您快说呀。”他说。

“噢,陛下,灾难降临了,我真该死,我永远也不能饶恕我自己!”

“先生我命令你快说。”路易十八说道。

“陛下,逆贼已在二月十八日离开了厄尔巴岛,三月一日登陆了。”

“在那儿?——在意大利吗?”国王问。

“在法国,陛下,昂蒂布附近一个小巷口的琪恩湾那儿。”

“那逆贼于三月一日在离巴黎七百五十哩的琪恩湾昂布附近登陆,而今天都三月四日了你才得到消息!哦,先生,你告诉我的事是难以叫人想象的,如果不是你得到了一份假情报,那么你就是发疯了。”

“唉,陛下,这事千真万确!”

国王做了一个难以形容的,愤怒和惊惶的动作,然后猛地一下子挺直并站了起来,象是这个突然的打击同时击中了他的脸和心一样。“在法国,”他喊到,“这个逆贼已经到了法国了!这么说,他们没有看住这个人,谁知道?或许他们是和他串通的!”

“噢,陛下!”勃拉卡斯公爵惊喊到,这事决不该怪罪唐德雷说他不忠。陛下,我们都瞎了眼,警务大臣也同大家一样仅此而已。”

“但是,”——维尔福刚刚说了两个字,便又突然停住了。

“请您原谅,陛下,”他一面说一面欠了一下身子,我的忠诚已使我无法自制了。望陛下宽恕。”

“说吧,先生,大胆地说吧,”国王说道。“看来只有你一个人把这个坏消息及早告诉了我们,现在请你帮助我们找到什么补救的办法!”

“陛下,”维尔福说:“逆贼在南方是遭人憎恨的,假如他想在那儿冒险,我们就很容易发动郎格多克和普罗旺斯两省的民众起来反对他。”

“那是当然”,大臣说道,只不过是顺着加普和锡斯特龙挺进。

“挺进,他在挺进!”路易十八说。“这么说他是在向巴黎挺进了吗?”

警务大臣一声不响了,这无疑是一种默认。

“陀菲内省呢,先生?”国王问维尔福,“你觉得我们也可能象在普罗旺斯省那样去做吗?”

“陛下,我很抱歉不得不禀告陛下一个严酷的事实,陀菲内的民情远不如普罗旺斯或朗格多克。那些山民都是拿破仑党分子,陛下。”

“那么,路易十八喃喃地说,“他的情报倒很正确了,他带了多少人?”

“我不知道。陛下。警务大臣说。

“什么!你不知道,你没去打听打听这方面的消息?是啊,这件事没什么了不起,”他说着苦笑了一下。

“陛下,这是没法知道的,快报上只提到了登陆和逆贼所走的路线。”

“你这个快报是怎么来的?”

大臣低下了头,涨红了脸,他喃喃地说,“快报是投递站接力送来的,陛下。”

路易十八向前跨了一步,象拿破仑那样交叉起双臂。“哦,这么说七国联军推翻了那个人,在我经过了二十五年的流亡以后,上天显出奇迹,又把我送到了我父亲的宝座上。在这二十五年中,我研究,探索,分析我的国家和人民和事物,而今正当我全部心愿就要实现的时候,我手里的权力却爆炸了,把我炸得粉碎!”

“陛下这是劫数!”大臣轻声地说,他觉得这样的一种压力,在命运之神看来不论多么微不足道,却已经能够压跨一个人了。

“那么,我们的敌人抨击我们说的话没错了,什么都没有学到,什么都不会忘记!假如我也象他那样为国家所共弃,那我倒可以自慰,既然是大家推荐我为尊,他们大家就应该爱护我胜过爱护他们自己才是。因为我的荣辱也就是他们的荣辱,在我继位之前,他们是一无所有的,在我逊位之后,他们也将一无所有,我竟会因他们的愚昧和无能而自取灭亡!噢,是的,先生,你说的不错——这是劫数!”

在这一番冷嘲热讽之下,大臣一直躬着腰,不敢抬头。勃拉卡斯德公爵一个劲地擦着他头上的冷汗。只有维尔福暗自得意,因为他觉得他越发显得重要了。

“亡国!”国王路易又说,他一眼就看出了国王将要坠入的深渊——。“亡国,从快报上才知道亡国的消息!噢,我情愿踏上我哥哥路易十六的断头台而不愿意这样丑态百出地被人赶下杜伊勒宫的楼梯。笑话呀,你为什么不知道他在法国的力量,而这原是你应该知道的!”

“陛下,陛下,”大臣咕哝地说,“陛下开恩——”

“请您过来,维尔福先生,”国王又对那青年说道,后者一动也不动,屏住了呼吸,倾听一场关系到一个国王的命运的谈话,——“来来,告诉大臣先生,他所不知道的一切,别人却能事先知道。”

“陛下,那个人一手遮盖住了天下人的耳目,谁也无法事先知道这个计划。”

“无法知道,这是多么伟大的字眼,不幸的是我已经都知道了,天下确实有伟大的字眼,先生,一位大臣他手里有庞大的机关,有警察,有秘探,有一百五十万法朗的秘密活动经费,竟无法说出离法国一百八十里以外的情况。难道真的无法知道,那么,看看吧,这儿有一位先生,他的手下并没有这些条件,只是一个法官,可他却比你和所有警务都知道的多。假如,他象你那样有权指挥快报机构的话,他早就可以帮我保住这顶皇冠啦。”

警务大臣的眼光都转到维尔福身上,神色中带着仇恨,后者却带着胜利的谦逊低下了头。

“我并没有在说您,勃拉卡斯,”路易十八继续说道,“因为算是您没有发现什么,但至少您很明达,曾坚持您的怀疑,要是换了个人,就会认为维尔福先生的发现是无足轻重的,或他只是想贪功邀赏罢了。”

这些话是射向警务大臣一小时前带着极为自信的口气所发的那番议论的,维尔福很明白国王讲话的意图。要是换了别人,也许被这一番赞誉所陶醉,而忘乎所以了,但他怕自己会成为警务大臣的死敌,他已看出大臣的失败是无可挽回的了。

事情也确实如此,这位大臣的权力在握的时候虽不能揭穿拿破仑的秘密,但在他垂死挣扎之际,却可能揭穿他的秘密,因为他只要问一问唐太斯便一切都明白了,所以维尔福不得不落井下石,反而来帮他一把了。

“陛下,”维尔福说,事态变化之迅速足以向陛下证明:只有上帝掀起一阵风暴才能把它止祝陛下誉臣有先见之明,实际上我纯粹是出于偶然,我只不过象一个忠心的臣仆那样抓住了这个偶然的机会而已。陛下,请不要对我过奖了,否则,我将来恐怕再无机会来附和您的好意了。”

警务大臣向这位青年人投去了感激的一瞥,维尔福明白他的计划已经成功了,也就是说他既没有损害了国王的感激之情,又新交上了一个朋友,必要时,也许可以依靠他呢。

“那也好,”国王又开始说道,“先生们,”他转过向勃拉卡斯公爵和警务大臣说道,“我对你们没有什么可以谈的了,你们可以退下了。剩下的事必须由陆军部来办理了。”

“幸亏,陛下,”勃拉卡斯说,“我们可以信赖陆军,陛下知道。所有的报告都证实他们是忠心耿耿的。”

“先生,别再向我提起报告了!我现在已经知道可以信赖他们的程度了,可是,说到报告,男爵阁下,你知道有关圣•杰克司事件的消息吗?”

“圣•杰克司街的事件!”维尔福禁不住惊叫了一声。然后,又急忙换了口气说,“请您原谅,陛下,我对陛下的忠诚使我忘记了——倒不是忘记了对您的尊敬,而是一时忘记了礼仪。”

“请随意一些,先生!”国王答道,“今天你有提出问题的权利。”

“陛下,”警务大臣回答道,“我刚才就是来向陛下报告有关这方面的最新消息的,碰巧陛下的注意力都集中到那件可怕的大事上去了,现在陛下恐怕不会再感兴趣了吧。”

“恰恰相反,先生,恰恰相反,”路易十八说,“依我看和刚才我们所关心的事一定有关系,奎斯奈尔将军之死或许会引起一次内部的大叛乱。”

维尔福听到奎斯奈尔将军的名字不禁颤粟了一下。

“陛下,”警务大臣说,“事实上,一切证据都说明这他的死,并不象我们以前所相信的那样是自杀,而是一次谋杀。好象是奎斯奈尔将军在离开一个拿破仑党俱乐部的时候失踪的。那天早晨,曾有人和他在一起,并约他在圣•杰克司街相会,不幸的是当那个陌生人进来的时候,将军的贴身保镖正在梳头,他只听到了街名,没听清门牌号码。”

当警务大臣向国王讲述这件事的时候,维尔福全神贯注地听着,脸上一阵红一阵白,好象他的整个生命都维系于这番话上似的。国王把目光转到了他的身上。

“维尔福先生,人们都以为这位奎斯奈尔将军是追随逆贼的,但实际上他却是完全忠心于我的,我觉得他是拿破仑党所设的一次圈套的牺牲品,你是否与我有同感?”

“这是可能的,陛下,”维尔福回答。“但现在只知道这些吗?”

“他们已经在跟踪那个和他约会的人了。”

“已经跟踪他了吗?”维尔福说。

“是的,仆人已把他的外貌描绘了出来。他是一个年约五十一二岁的人,棕褐色皮肤,蓬松的眉毛底下有一双黑色的眼睛,胡子又长又密。他身穿蓝色披风,钮孔上挂着荣誉团军官的玫瑰花形徽章。昨天跟踪到一个人,他的外貌和以上所描过的完全相符,但那人到裘森尼街和高海隆路的拐角上便突然不见了。”

维尔福将身子靠在了椅背上,因为警务大臣在讲述的时候,他直觉得两腿发软,当他听到那人摆脱了跟踪他的密探的时候,他才松了一口气。

“继续追踪这个人,先生,”国王对警务大臣说,“奎斯尔将军目前对我们非常有用,从各方面看来,我相信他是被谋杀的,假如果真如此,那么暗杀他的凶手,不论是否是拿破仑党,都该从严惩处。”

国王讲这些话的,维尔福在极力使自己镇定下来,以免露出恐怖的神色。

“多妙呀!”国王用很尖酸的语气继续说道。“当警务部说‘又发生了一起谋杀案’的时候,尤其是,当他们又加上一句‘我们已经在追踪凶手’的时候,他们就以为一切就都已了结。”

“陛下,我相信陛下对此已经满意了。”

“等着瞧吧。我不再耽搁你了,男爵。维尔福先生,你经过这次长途旅程,一定很疲乏了,回去休息吧。你大概是下塌在你父亲那儿吧?”

维尔福感到微微有点昏眩。“不,陛下,”他答道,“我下塌在导农街的马德里饭店里。”

“你去见过他了吗?”

“陛下,我刚到就去找勃拉卡斯公爵先生了。”

“但你总得去见他吧?”

“我不想去见他,陛下。”

“呀,我忘啦,”路易十八说道,随即微笑了一下,借以表示这一切问题是没有任何意图的,“我忘记了你和诺瓦莱埃先生的关系并不太好,这又是效忠王室而作出的一次牺牲,为了两次牺牲你该得到报偿。”

“陛下,陛下对我的仁慈已超过了我所希望的最高报偿,我已别无所求了。”

“那算什么,先生,我们是不会忘记你的,你放心好了。现在(说到这里,国王将他佩戴在蓝色上衣上的荣誉勋章摘了下来,递给了维尔福,这枚勋章原先戴在他的圣•路易十字勋章的旁边。圣•拉柴勋章之上的)——现在暂时先接受这个勋章吧。”

“陛下,”维尔福说,“陛下搞错了,这种勋章是军人佩戴的。”

“是啊!”路易十八说,“拿着吧,就算这样吧,因为我来不及给你弄个别的了。勃拉卡斯,您记得把荣誉勋位证书发给维尔福先生。”

维尔福的眼睛里充满了喜悦和得意的泪水。他接过勋章在上面吻了一下。“现在,”他说,“我能问一下:陛下还有什么命令赐我去执行吗?”

“你需要休息,先休息去吧,要记住,你虽然不能在巴黎这儿为我服务,但你在马赛对我也是很有用处呢。”

“陛下,”维尔福一面鞠躬,一面回答,“我在一个钟头之内就要离开巴黎了。”

“去吧,先生,”国王说,“假如我忘了你(国王记忆力都不强),就设法使我想起你来,不用怕。男爵先生,去叫军政大臣来。勃拉卡斯,你留在这儿。”

“啊,先生,”在他们离开杜伊勒里宫的时候,警务部长对维尔福说,“您走的门路不错,您的前程远大!”“谁知道能否真的前程远大?”维尔福心里这样思忖着,一面向大臣致敬告别,他的任务已经完成了,他环顾四周寻找出租的马车。这时正巧有一辆从眼前经过,他便喊住了它,告诉了地址,然后跳到车里,躺在座位上,做起野心梦来了。

十分钟之后,维尔福到了他的旅馆,他吩咐马车两小时后来接他,并吩咐把早餐给他拿来。他正要进餐时,门铃有了,听那铃声,便知道这人果断有力。仆人打开了门,维尔福听到来客提到了他的名字。

“谁会知道我在这儿呢?”青年自问道。

仆人走进来。

“咦,”维尔福说,“什么事?谁拉铃?谁要见我?”

“一个陌生人,他不愿意说出他的姓名。”

“一个不愿意说出姓名的陌生人,他想干什么?”

“他想同您说话。”

“同我。”

“是的。”

“他有没有说出我的名字?”

“说了。”

“他是个什么样的人。”

“唔,先生,是一个五十岁左右的人。”

“个头是高是矮?”

“跟您差不多,先生。”

“头发是黑的还是黄的?”

“黑,——黑极了,黑眼睛,黑头发,黑眉毛。”

“穿什么衣服?”维尔福急忙问。

“穿一件蓝色的披风,排胸扣的,还挂着荣誉勋章。”

“是他!”维尔福说道,脸色变得苍白。

“呃,一点不错!”我们已描绘过两次外貌的那个人走进门来说,“规矩还不少哪!儿子叫他父亲候在外客厅里,这可是马赛的规矩吗?”

“父亲!”维尔福喊道,“我没弄错,我觉得这一定是您。”

“哦,那么,假如你觉得这样肯定,”来客一面说着,一面把他的手杖靠在了一个角落里,把帽子放在了一张椅子上,“让我告诉你,我亲爱的杰拉尔,你要我这样等在门外可太不客气了。”

“你去吧,茄曼。”维尔福说。于是那仆人带着一脸的惊异神色退出了房间。




XII Le père et le fils.

M. Noirtier, car c'était en effet lui-même qui venait d'entrer, suivit des yeux le domestique jusqu'à ce qu'il eût refermé la porte; puis, craignant sans doute qu'il n'écoutât dans l'antichambre, il alla rouvrir derrière lui: la précaution n'était pas inutile, et la rapidité avec laquelle maître Germain se retira prouva qu'il n'était point exempt du péché qui perdit nos premiers pères. M. Noirtier prit alors la peine d'aller fermer lui-même la porte de l'antichambre, revint fermer celle de la chambre à coucher, poussa les verrous, et revint tendre la main à Villefort, qui avait suivi tous ces mouvements avec une surprise dont il n'était pas encore revenu.

«Ah çà! sais-tu bien, mon cher Gérard, dit-il au jeune homme en le regardant avec un sourire dont il était assez difficile de définir l'expression, que tu n'as pas l'air ravi de me voir?

—Si fait, mon père, dit Villefort, je suis enchanté; mais j'étais si loin de m'attendre à votre visite, qu'elle m'a quelque peu étourdi.

—Mais, mon cher ami, reprit M. Noirtier en s'asseyant, il me semble que je pourrais vous en dire autant. Comment! vous m'annoncez vos fiançailles à Marseille pour le 28 février, et le 3 mars vous êtes à Paris?

—Si j'y suis, mon père, dit Gérard en se rapprochant de M. Noirtier, ne vous en plaignez pas, car c'est pour vous que j'étais venu, et ce voyage vous sauvera peut-être.

—Ah! vraiment, dit M. Noirtier en s'allongeant nonchalamment dans le fauteuil où il était assis; vraiment! contez-moi donc cela, monsieur le magistrat, ce doit être curieux.

—Mon père, vous avez entendu parler de certain club bonapartiste qui se tient rue Saint-Jacques?

—No 53? Oui, j'en suis vice-président.

—Mon père, votre sang-froid me fait frémir.

—Que veux-tu, mon cher? quand on a été proscrit par les montagnards, qu'on est sorti de Paris dans une charrette de foin, qu'on a été traqué dans les landes de Bordeaux par les limiers de Robespierre, cela vous a aguerri à bien des choses. Continue donc. Eh bien, que s'est-il passé à ce club de la rue Saint-Jacques?

—Il s'y est passé qu'on y a fait venir le général Quesnel, et que le général Quesnel, sorti à neuf heures du soir de chez lui, a été retrouvé le surlendemain dans la Seine.

—Et qui vous a conté cette belle histoire?

—Le roi lui-même, monsieur.

—Eh bien, moi, en échange de votre histoire, continua Noirtier, je vais vous apprendre une nouvelle.

—Mon père, je crois savoir déjà ce que vous allez me dire.

—Ah! vous savez le débarquement de Sa Majesté l'Empereur?

—Silence, mon père, je vous prie, pour vous d'abord, et puis ensuite pour moi. Oui, je savais cette nouvelle, et même je la savais avant vous, car depuis trois jours je brûle le pavé, de Marseille à Paris, avec la rage de ne pouvoir lancer à deux cents lieues en avant de moi la pensée qui me brûle le cerveau.

—Il y a trois jours! êtes-vous fou? Il y a trois jours, l'Empereur n'était pas embarqué.

—N'importe, je savais le projet.

—Et comment cela?

—Par une lettre qui vous était adressée de l'île d'Elbe.

—À moi?

—À vous, et que j'ai surprise dans le portefeuille du messager. Si cette lettre était tombée entre les mains d'un autre, à cette heure, mon père, vous seriez fusillé, peut-être.»

Le père de Villefort se mit à rire.

«Allons, allons, dit-il, il paraît que la Restauration a appris de l'Empire la façon d'expédier promptement les affaires.... Fusillé! mon cher, comme vous y allez! et cette lettre, où est-elle? Je vous connais trop pour craindre que vous l'ayez laissée traîner.

—Je l'ai brûlée, de peur qu'il n'en restât un seul fragment: car cette lettre, c'était votre condamnation.

—Et la perte de votre avenir, répondit froidement Noirtier; oui, je comprends cela; mais je n'ai rien à craindre puisque vous me protégez.

—Je fais mieux que cela, monsieur, je vous sauve.

—Ah! diable! ceci devient plus dramatique; expliquez-vous.

—Monsieur, j'en reviens à ce club de la rue Saint-Jacques.

—Il paraît que ce club tient au cœur de messieurs de la police. Pourquoi n'ont-ils pas mieux cherché? ils l'auraient trouvé.

—Ils ne l'ont pas trouvé, mais ils sont sur la trace.

—C'est le mot consacré, je le sais bien: quand la police est en défaut, elle dit qu'elle est sur la trace, et le gouvernement attend tranquillement le jour où elle vient dire, l'oreille basse, que cette trace est perdue.

—Oui, mais on a trouvé un cadavre: le général Quesnel a été tué, et dans tous les pays du monde cela s'appelle un meurtre.

—Un meurtre, dites-vous? mais rien ne prouve que le général ait été victime d'un meurtre: on trouve tous les jours des gens dans la Seine, qui s'y sont jetés de désespoir, qui s'y sont noyés ne sachant pas nager.

—Mon père, vous savez très bien que le général ne s'est pas noyé par désespoir, et qu'on ne se baigne pas dans la Seine au mois de janvier. Non, non, ne vous abusez pas, cette mort est bien qualifiée de meurtre.

—Et qui l'a qualifiée ainsi?

—Le roi lui-même.

—Le roi! Je le croyais assez philosophe pour comprendre qu'il n'y a pas de meurtre en politique. En politique, mon cher, vous le savez comme moi, il n'y a pas d'hommes, mais des idées; pas de sentiments, mais des intérêts; en politique, on ne tue pas un homme: on supprime un obstacle, voilà tout. Voulez-vous savoir comment les choses se sont passées? eh bien, moi, je vais vous le dire. On croyait pouvoir compter sur le général Quesnel: on nous l'avait recommandé de l'île d'Elbe, l'un de nous va chez lui, l'invite à se rendre rue Saint-Jacques à une assemblée où il trouvera des amis; il y vient, et là on lui déroule tout le plan, le départ de l'île d'Elbe, le débarquement projeté; puis, quand il a tout écouté tout entendu, qu'il ne reste plus rien à lui apprendre, il répond qu'il est royaliste: alors chacun se regarde; on lui fait faire serment, il le fait, mais de si mauvaise grâce vraiment, que c'était tenter Dieu que de jurer ainsi; eh bien, malgré tout cela, on a laissé le général sortir libre, parfaitement libre. Il n'est pas rentré chez lui, que voulez-vous, mon cher? Il est sorti de chez nous: il se sera trompé de chemin, voilà tout. Un meurtre! en vérité vous me surprenez, Villefort, vous, substitut du procureur du roi, de bâtir une accusation sur de si mauvaises preuves. Est-ce que jamais je me suis avisé de vous dire à vous, quand vous exercez votre métier de royaliste, et que vous faites couper la tête à l'un des miens: «Mon fils, vous avez commis un meurtre!» Non, j'ai dit: «Très bien, monsieur, vous avez combattu victorieusement; à demain la revanche.»

—Mais, mon père, prenez garde, cette revanche sera terrible quand nous la prendrons.

—Je ne vous comprends pas.

—Vous comptez sur le retour de l'usurpateur?

—Je l'avoue.

—Vous vous trompez, mon père, il ne fera pas dix lieues dans l'intérieur de la France sans être poursuivi, traqué, pris comme une bête fauve.

—Mon cher ami, l'Empereur est, en ce moment, sur la route de Grenoble, le 10 ou le 12 il sera à Lyon, et le 20 ou le 25 à Paris.

—Les populations vont se soulever....

—Pour aller au-devant de lui.

—Il n'a avec lui que quelques hommes, et l'on enverra contre lui des armées.

—Qui lui feront escorte pour rentrer dans la capitale. En vérité, mon cher Gérard, vous n'êtes encore qu'un enfant; vous vous croyez bien informé parce qu'un télégraphe vous dit, trois jours après le débarquement: «L'usurpateur est débarqué à Cannes avec quelques hommes; on est à sa poursuite.» Mais où est-il? que fait-il? vous n'en savez rien: on le poursuit, voilà tout ce que vous savez. Eh bien, on le poursuivra ainsi jusqu'à Paris, sans brûler une amorce.

—Grenoble et Lyon sont des villes fidèles, et qui lui opposeront une barrière infranchissable.

—Grenoble lui ouvrira ses portes avec enthousiasme, Lyon tout entier ira au-devant de lui. Croyez-moi, nous sommes aussi bien informés que vous, et notre police vaut bien la vôtre: en voulez-vous une preuve? c'est que vous vouliez me cacher votre voyage, et que cependant j'ai su votre arrivée une demi-heure après que vous avez eu passé la barrière; vous n'avez donné votre adresse à personne qu'à votre postillon, eh bien, je connais votre adresse, et la preuve en est que j'arrive chez vous juste au moment où vous allez vous mettre à table; sonnez donc, et demandez un second couvert; nous dînerons ensemble.

—En effet, répondit Villefort, regardant son père avec étonnement, en effet, vous me paraissez bien instruit.

—Eh! mon Dieu, la chose est toute simple; vous autres, qui tenez le pouvoir, vous n'avez que les moyens que donne l'argent; nous autres, qui l'attendons, nous avons ceux que donne le dévouement.

—Le dévouement? dit Villefort en riant.

—Oui, le dévouement; c'est ainsi qu'on appelle en termes honnêtes, l'ambition qui espère.»

Et le père de Villefort étendit lui-même la main vers le cordon de la sonnette pour appeler le domestique que n'appelait pas son fils. Villefort lui arrêta le bras.

«Attendez, mon père, dit le jeune homme, encore un mot.

—Dites.

—Si mal faite que soit la police royaliste, elle sait cependant une chose terrible.

—Laquelle?

—C'est le signalement de l'homme qui, le matin du jour où a disparu le général Quesnel, s'est présenté chez lui.

—Ah! elle sait cela, cette bonne police? et ce signalement, quel est-il?

—Teint brun, cheveux, favoris et yeux noirs redingote bleue boutonnée jusqu'au menton, rosette d'officier de la Légion d'honneur à la boutonnière, chapeau à larges bords et canne de jonc.

—Ah! ah! elle sait cela? dit Noirtier, et pourquoi donc, en ce cas, n'a-t-elle pas mis la main sur cet homme?

—Parce qu'elle l'a perdu, hier ou avant-hier, au coin de la rue Coq-Héron.

—Quand je vous disais que votre police était une sotte?

—Oui, mais d'un moment à l'autre elle peut le trouver.

—Oui, dit Noirtier en regardant insoucieusement autour de lui, oui, si cet homme n'est pas averti, mais il l'est; et, ajouta-t-il en souriant, il va changer de visage et de costume.»

À ces mots, il se leva, mit bas sa redingote et sa cravate, alla vers une table sur laquelle étaient préparées toutes les pièces du nécessaire de toilette de son fils, prit un rasoir, se savonna le visage, et d'une main parfaitement ferme abattit ces favoris compromettants qui donnaient à la police un document si précieux.

Villefort le regardait faire avec une terreur qui n'était pas exempte d'admiration.

Ses favoris coupés, Noirtier donna un autre tour à ses cheveux: prit, au lieu de sa cravate noire, une cravate de couleur qui se présentait à la surface d'une malle ouverte; endossa, au lieu de sa redingote bleue et boutonnante, une redingote de Villefort, de couleur marron et de forme évasée; essaya devant la glace le chapeau à bords retroussés du jeune homme, parut satisfait de la manière dont il lui allait, et, laissant la canne de jonc dans le coin de la cheminée où il l'avait posée, il fit siffler dans sa main nerveuse une petite badine de bambou avec laquelle l'élégant substitut donnait à sa démarche la désinvolture qui en était une des principales qualités.

«Eh bien, dit-il, se retournant vers son fils stupéfait, lorsque cette espèce de changement à vue fut opéré, eh bien, crois-tu que ta police me reconnaisse maintenant?

—Non, mon père, balbutia Villefort; je l'espère, du moins.

—Maintenant, mon cher Gérard, continua Noirtier, je m'en rapporte à ta prudence pour faire disparaître tous les objets que je laisse à ta garde.

—Oh! soyez tranquille, mon père, dit Villefort.

—Oui, oui! et maintenant je crois que tu as raison, et que tu pourrais bien, en effet, m'avoir sauvé la vie; mais, sois tranquille, je te rendrai cela prochainement.»

Villefort hocha la tête. «Tu n'es pas convaincu?

—J'espère, du moins, que vous vous trompez.

—Reverras-tu le roi?

—Peut-être.

—Veux-tu passer à ses yeux pour un prophète?

—Les prophètes de malheur sont mal venus à la cour, mon père.

—Oui, mais, un jour ou l'autre, on leur rend justice; et suppose une seconde Restauration, alors tu passeras pour un grand homme.

—Enfin, que dois-je dire au roi?

—Dis-lui ceci: «Sire, on vous trompe sur les dispositions de la France, sur l'opinion des villes, sur l'esprit de l'armée; celui que vous appelez à Paris l'ogre de Corse, qui s'appelle encore l'usurpateur à Nevers, s'appelle déjà Bonaparte à Lyon, et l'Empereur à Grenoble. Vous le croyez traqué, poursuivi, en fuite; il marche, rapide comme l'aigle qu'il rapporte. Les soldats, que vous croyez mourants de faim, écrasés de fatigue, prêts à déserter, s'augmentent comme les atomes de neige autour de la boule qui se précipite. Sire, partez; abandonnez la France à son véritable maître, à celui qui ne l'a pas achetée, mais conquise; partez, Sire, non pas que vous couriez quelque danger, votre adversaire est assez fort pour faire grâce, mais parce qu'il serait humiliant pour un petit-fils de saint Louis de devoir la vie à l'homme d'Arcole, de Marengo et d'Austerlitz.» Dis-lui cela, Gérard; ou plutôt, va, ne lui dis rien; dissimule ton voyage; ne te vante pas de ce que tu es venu faire et de ce que tu as fait à Paris; reprends la poste; si tu as brûlé le chemin pour venir, dévore l'espace pour retourner; rentre à Marseille de nuit; pénètre chez toi par une porte de derrière, et là reste bien doux, bien humble, bien secret, bien inoffensif surtout, car cette fois, je te le jure, nous agirons en gens vigoureux et qui connaissent leurs ennemis. Allez, mon fils, allez, mon cher Gérard, et moyennant cette obéissance aux ordres paternels, ou, si vous l'aimez mieux, cette déférence pour les conseils d'un ami, nous vous maintiendrons dans votre place. Ce sera, ajouta Noirtier en souriant, un moyen pour vous de me sauver une seconde fois, si la bascule politique vous remet un jour en haut et moi en bas. Adieu, mon cher Gérard; à votre prochain voyage, descendez chez moi.»

Et Noirtier sortit à ces mots, avec la tranquillité qui ne l'avait pas quitté un instant pendant la durée de cet entretien si difficile.

Villefort, pâle et agité, courut à la fenêtre, entrouvrit le rideau, et le vit passer, calme et impassible, au milieu de deux ou trois hommes de mauvaise mine, embusqués au coin des bornes et à l'angle des rues, qui étaient peut-être là pour arrêter l'homme aux favoris noirs, à la redingote bleue et au chapeau à larges bords.

Villefort demeura ainsi, debout et haletant, jusqu'à ce que son père eût disparu au carrefour Bussy. Alors il s'élança vers les objets abandonnés par lui, mit au plus profond de sa malle la cravate noire et la redingote bleue, tordit le chapeau qu'il fourra dans le bas d'une armoire, brisa la canne de jonc en trois morceaux qu'il jeta au feu, mit une casquette de voyage, appela son valet de chambre, lui interdit d'un regard les mille questions qu'il avait envie de faire, régla son compte avec l'hôtel, sauta dans sa voiture qui l'attendait tout attelée, apprit à Lyon que Bonaparte venait d'entrer à Grenoble, et, au milieu de l'agitation qui régnait tout le long de la route, arriva à Marseille, en proie à toutes les transes qui entrent dans le cœur de l'homme avec l'ambition et les premiers honneurs.

 

第十二章 父与子

诺瓦蒂埃先生因为进来的人的确就是他,用他的眼睛一直跟随着那仆人,一直看到他把门关上,然后,他又走过去把门打开了,无疑他是怕外客厅里有人偷听,这个预防倒并非没用,因为,从茄曼的突然退下这个行动上来看,他显然也犯了我们的始祖因之而堕落的原罪。诺瓦蒂埃先生不怕麻烦地小心地去关上了外客厅的门,又关上了卧室的门,然后才把他的手伸给了维尔福,而后者正带着惊魂未定的神色在呆呆地注视着他的一举一动。

“啊,我亲爱的杰拉尔,”来客对青年说道,并深情地望了他一眼,“你知道么,看样子你似乎并不十分高兴看到我?”

“我亲爱的父亲,”维尔福说,“我,恰恰相反,我是很高兴的,只是我没想到您会来,父亲,所以吃了一惊。”

“可是,我亲爱的朋友,”诺瓦蒂埃先生一边说,一边找了一个地方坐了下来,“我倒正想对你说这句话,因为你告诉我说你是在二月二十八日订婚,而三月三日却已到了巴黎这儿了。”

“我亲爱的父亲,”杰拉尔说着,一面把椅子拉近了诺瓦蒂埃先生,“就算我来了,您也不必抱怨,因为我是为您而来的,我这次来也许能救您的命呢。”

“啊,真的吗!”诺瓦蒂埃先生已舒舒服服地躺在椅子里了。“真的,请讲给我听听,法官先生,这一定很有趣。”

“父亲,您听说过圣杰克司街有一个拿破仑党俱乐部吗?”

“不错,在五十三号,我就是该俱乐部的副主席。”

“父亲,您的镇定简直使我有点儿害怕了。”

“噢,我的好孩子,一个曾被山岳党所放逐,曾躲在干草车里逃出了巴黎,被罗伯斯庇尔的暗探在波尔多的旷野里追逐过的人,他对很多事情都早已习惯了。请往下说吧,圣杰克司街的俱乐部怎么了?”

“哦,他们引诱奎斯尔将军去那里,奎斯奈尔将军是在晚上九点钟离家的,次日在赛纳河里被人发现的。”

“这个故事是谁告诉你的?”

“国王亲自告诉我的。”

“那么好吧,作为对你的故事的回报,”诺瓦蒂埃又说,“我也讲个故事给你听听。”

“我亲爱的父亲,我想,我已经知道您要告诉我的是什么了。”

“哦,你已听到皇帝陛下登陆的消息了?”

“别这么大声,父亲,我求求您,——为了您自己也为了我。是的,我听说这个消息了,甚至比您还早就听说了。三天以前,我以最快的速度,几乎拼命似的从马赛赶到巴黎来,因为我恨不得把我脑子里的所苦恼着的一个念头一下子就送到六百里以外去。”

“三天以前!你疯啦?三天以前圣上还没有登陆呢。”

“那没有关系,我早已知道他的计划了。”

“你是怎么知道的””

“从一封由厄尔巴岛发出的送给您的信上知道的。”

“给我的信?”

“是给您的,我是在那送信人的笔记本里发现的。要是那封信落到了别人的手里,您我亲爱的父亲呀,您这个时候大概早已被枪毙啦。”

维尔福的父亲大笑起来。“嗯,嗯,”他说,“看来昏君倒也从圣上那儿学到了速断速决的方法了。枪毙!我的好孩子!你这个刑罚执行得太快了吧。你所说的这封信在哪儿?我非常了解你的为人,我想你是不会让这样的一件东西随便乱扔的吧。”

“我把它给烧了,就怕留下只字片言,因为那封信简直就是您的判决书。”

“而且还会断送你的前程,”诺瓦蒂埃说道,“是的,这一点我倒不难理解。既然有你来保护我我就什么都不必怕了。”

“我不仅仅是保护了您,先生,我救了您的命!”

“是吗?咦,事情真是愈来愈戏剧化了,请你再说说看!”

“我得再回到圣杰克司街那个俱乐部的话题上去。”

“看来这俱乐部倒颇使警务部头痛。那他们为什么不再仔细地搜一搜呢?他们会找到——”

“他们没有找到,但他们已经有线索了。”

“不过那是老生常谈,这句话的意思我知道得很清楚。当警务部没有办法的时候,他们就宣称已经有线索了,于是政府就耐心地等着,直等到有一天,他们说象一溜青烟一样,那个线索失踪了。”

“不错,但他们找到了一具尸体,奎斯奈尔将军被害了,而在世界各国,他们都称那是一次谋杀。”

“谋杀!你是这样认为吗?咦,根本没有任何证据可以证明将军是被谋杀的呀。赛纳河里每天都可能捞到死人,或是自己跳下去的,或是因为不会游泳而淹死的。”

“父亲,您知道得很清楚,将军并不是一个会因绝望而跳水自杀的人,大正月里也不会有人在赛纳河里洗澡。不,不!不要弄错了,这次的死明明是一次谋杀。”

“这是谁定性的?”

“国王亲自说的。”

“国王!我还当他是一个哲学家,能懂得政治上并无谋杀这件事呢。亲爱的,你我都知道得很清楚,在政治上,是没有人的存在的,只有主义,没有感情可言,只有利害。在政治上,我们不是杀了一个人,而是除去了一个障碍。你想不想知道实情?好吧,我来告诉你。最初大家都很信赖奎斯奈尔将军,他是厄尔巴岛方面介绍来的。我们中有人到他那儿去邀请他到圣杰克司街去,请他去见几个朋友。他去了,大家就把计划告诉了他,如何离开厄尔巴岛,在什么时间登陆等等。当他知道了详情以后,他回答说,他是一个保皇党。当时大家都面面相觑,我们叫他发誓保守秘密,他发了个誓,但口是心非,以致真的激怒了上天来显灵报应!尽管如此,大家还是让将军自由地离开了,完全让他自由了。可是他却没回家。让我怎么说呢?

唉,亲爱的,很可能他在离开我们之后,他迷了路。你说谋杀!

真的,维尔福,你太令我吃惊了!你,一个代理检察官,竟如此捕风捉影地给人定罪!当你为王宅尽忠,把我党的一个成员杀头的时候,我是否对你说过,‘我的儿子,你犯了谋杀罪啦?’没有,我只是说,‘好极了,先生,你得胜了,明天,说不定,胜利又是我们的了。”

“但是,父亲,要注意,当我们胜利了的时候,我们的报复可是铁面无情的。”

“我不懂你的意思。”

“您是在指望逆贼复位吗?”

“我们是这样想的。”

“您错啦,他在法国境内还走不出五里路,就会被跟踪,追逐的,象一只野兽那样被抓住的。”

“我亲爱的朋友,圣上这个时候已在格勒诺布尔的路上了。十一、二日他就会到达里昂,而在二十日或二十五日到达巴黎。”

“人民会起来——”

“是的,起来迎接他的。”

“他只带了几个人来,而我们会派军队去剿灭他的。”

“是的,他们会护送他进首都的。真的,我亲爱的杰拉尔,你只是个小孩子,你自以为消息很灵通,因为有一份急报在皇上登陆后对你说,‘逆贼携随从数人于戛纳登陆,已在追逐中。’那么他现在在哪儿?在干些什么?恐怕你一点都不知道吧。他在被追逐中,你所知道的仅此而已。妙极了,象这样,他们可以不费一枪一弹就把他直追到巴黎来。”

“格勒诺布尔和里昂都是效忠王室的城市,人民会起来反对他,使那儿变成一道插翅难飞的关卡。”

“格勒诺布尔会热情地为他大开城门的,全里昂的人也都会赶快出来欢迎的。相信我,我们同你们一样消息灵通;我们的警务部也象你们的一样效率高。要给你举一个例子来证明吗?就拿你这次到巴黎来说吧。你想瞒过我,尽管你的行踪只告诉了你的马车夫,可是我却得到了你的住址,证据是,你刚在桌子面前一坐下,我就来到了这儿。现在,假如你不介意,请拉一下铃再要一副刀叉碟子来,我们一同进餐吧。”

“真是这样!”维尔福惊奇地望着他的父亲回答,“你们的消息看来的确很灵通。”

“呃,事情很简单。你们当权的人所拥有的,只不过是金钱能收买到的东西,而我们在野人,却可以得到由信仰所激发的一切。”

“信仰?”维尔福微笑着说。

“不错,是信仰。那两个字的含义,我相信,就是有希望的雄心。”说完,维尔福的父亲伸手去准备拉那条叫人的铃绳,想叫侍者进来。维尔福却按住了他的手臂。

“等一等,我亲爱的父亲,青年说道,我再说一句话。”

“说吧。”

“不管保皇党的警务部多么无能,他们却知道一件可怕的事。”

“什么事?”

“就是有个人的外貌特征在奎斯奈将军失踪的那天早上到将军家里去过。”

“哦,能干的警务部知道了这件事,那个人的外貌特征什么样?”

“褐色的皮肤,头发,眉毛胡须,都是黑的,排胸扣的蓝色披风,钮扣上挂着荣誉团军官的玫瑰形勋章,戴阔边帽子,一支藤手杖。”

“啊,啊!他们知道了这一切?”诺瓦蒂埃说,“那么,为什么他们不捉住那个人?”

“因为昨天,或者前天,他们跟踪那人到高海隆路拐角上的时候,把他给跟丢了。”

“我说你们警备部是些脓包吗?”

“是的,或许他们迟早会捉到他的。”

“不错,”诺瓦蒂埃说,随即漫不经心地环四周看了看——“不错,假如这个人事先没有得到警告或许会被他们抓住的,但现在他已经得到了警告。”他微笑了一下又说,“因此他就要改变他的相貌和穿着了,说着他走到放梳妆品的桌子前面,在脸上擦了一些肥皂,拿起一把剃刀,用一只结实的手刮掉那险些给他添麻烦的胡子,因为它们是给警务部留下了非常明显的印象。维尔福惊奇地注视着他。

胡子刮掉了,诺瓦蒂埃又把他的头发重新整理了一下,然后,拿起一条放在一只打开着的旅行皮包上面的花领巾,打了上去,穿上了维尔福的一件燕尾服式的棕黑色的一衣,脱下了他自己那件高领蓝色披风,在镜子前面试,他又拿了他儿子的一顶狭边帽子,觉得非常合适;把手杖放在原先那个壁炉角落里,拿起一支细竹手杖,用他那有力的手虎虎地试了一下,这支细手杖是文雅代理法官走路时用的,拿着它更显得从容轻快,这是他的主要特征之一。

“好了”化完了妆以后,他转过身来寻着他惊讶得目瞪口呆的儿子说,“怎么样,你们警务部还能认出吗?”

“认不出来了,父亲。维尔福讷纳地说,“至少,我希望如此。”

“现在,我亲爱的孩子,”诺瓦蒂埃又说,“我留给你来照料这些东西,全凭你的谨慎来把它处理掉了。”

“哦,放心好了。”维尔福说。

“是,是的,我现在相信你的确说的不错,你真的救了我的命,但你放心,我很快就会向你报恩的。”

维尔福摇摇头。

“你不相信?”

“至少,我希望是您弄错了。”

“你愿不愿意在他面前当一个预言家呢?”

“讲祸事的预言家是不受宫廷欢迎的,父亲。”

“不错,但他们总有一天会得到报偿的,假如真的发生了第二次的复辟,你那时就可以成为一个伟人了。”

“好吧,我对国王该说些什么呢?”

“对他这样说:‘陛下,关于法国的形势,市民的舆论,军队的士气,您受骗了。那个在巴黎被您称为科西嘉岛的魔王,在内韦尔被冠以逆贼头衔的人,已经在里昂被人欢呼为波拿巴,在格勒诺布尔被尊为皇帝了。您以为他是在被围剿,被追逐,或将要被擒获了,但他却在迅速前进,就象他所养的鹰那样。

您所信赖的士兵都快要饿死,累死啦,他们随时都准备着开小差,然后象雪片附在向前滚的雪球似地赶到他那儿去。陛下,走吧!把法兰西让给它真正的主了吧,让给那个不是把它买到手,而是征服它的人吧。走吧,陛下,倒并不是因为您会遇到什么危险,因为您的对手很强大,会宽容您的,面对圣•路易的孙子来说,竟让那个打赢了阿柯尔战役,马伦戈战役,奥斯特利茨战役的那个人饶他一命未免也太丢脸了。’就对他这样说,或者,最好还是什么也不要告诉他。把你这次行程严守秘密,别吹嘘你到巴黎来干什么,或曾干了什么。赶快回去,在黑夜里进入马赛,从后门溜回家,静静地,服服贴贴地,不声不响地呆在那儿,而最重要的,就是不要惹人讨厌,因为这一次,我敢向你保证,我们认清了谁是敌人以后要给以狠狠的惩罚的。

走吧,我的儿子,走吧,我亲爱的杰拉尔,假如你能听从我的话或者如果你高兴,把它算作友好的忠告也行,我们还可以保留你的原职的。这个,”诺瓦蒂埃微笑了一下又说,“就算是一种交易吧,假如有一天,在政治的天平上你高我低的时候,还希望你再救我一命。再见了,我亲爱的杰拉尔,下次再来时,请在我的门口下车。”诺瓦蒂埃在讲这番话后,他便以同样安祥的态度离开了房间。维尔福脸色苍白,急忙奔到窗前,撩开窗帘,看着他泰然自若地走过街口两三个鬼头鬼脑的人的身边,这两三个人,也许就是等候在那儿来抓一个长黑胡子的,穿蓝色披风,戴阔边呢帽的人的。

维尔福屏息静气地站在那儿呆望着,直望到他的父亲拐入了蒲赛街。然后他转过身来急忙去处理他留下来的那堆东西,把那黑领结和蓝披风塞进旅行包的箱底里,把帽子仍进了黑洞洞的壁厨里,把手杖折成几段,一下子投进了壁炉,然后戴上他的旅行便帽,叫仆人来,用眼色示意让他不要提任何问题,付了饭店的账,跳上那辆早已等候着的马车里,他在里昂得知波拿巴已进入格勒诺布尔,沿途到处都是兵荒马乱的,他终于到达马赛,这个野心勃勃的人初尝成功的喜悦,但同时,他心中又充满了种种希望和忧虑。




XIII Les Cent-Jours.

M. Noirtier était un bon prophète, et les choses marchèrent vite, comme il l'avait dit. Chacun connaît ce retour de l'île d'Elbe, retour étrange, miraculeux, qui, sans exemple dans le passé, restera probablement sans imitation dans l'avenir.

Louis XVIII n'essaya que faiblement de parer ce coup si rude: son peu de confiance dans les hommes lui ôtait sa confiance dans les événements. La royauté, ou plutôt la monarchie, à peine reconstituée par lui, trembla sur sa base encore incertaine, et un seul geste de l'Empereur fit crouler tout cet édifice mélange informe de vieux préjugés et d'idées nouvelles. Villefort n'eut donc de son roi qu'une reconnaissance non seulement inutile pour le moment, mais même dangereuse, et cette croix d'officier de la Légion d'honneur, qu'il eut la prudence de ne pas montrer, quoique M. de Blacas, comme le lui avait recommandé le roi, lui en eût fait soigneusement expédier le brevet.

Napoléon eût, certes, destitué Villefort sans la protection de Noirtier, devenu tout-puissant à la cour des Cent-Jours, et par les périls qu'il avait affrontés et par les services qu'il avait rendus. Ainsi, comme il le lui avait promis, le girondin de 93 et le sénateur de 1806 protégea celui qui l'avait protégé la veille.

Toute la puissance de Villefort se borna donc, pendant cette évocation de l'empire, dont, au reste, il fut bien facile de prévoir la seconde chute, à étouffer le secret que Dantès avait été sur le point de divulguer.

Le procureur du roi seul fut destitué, soupçonné qu'il était de tiédeur en bonapartisme.

Cependant, à peine le pouvoir impérial fut-il rétabli, c'est-à-dire à peine l'empereur habita-t-il ces Tuileries que Louis XVIII venait de quitter, et eut-il lancé ses ordres nombreux et divergents de ce petit cabinet où nous avons, à la suite de Villefort, introduit nos lecteurs, et sur la table de noyer duquel il retrouva, encore tout ouverte et à moitié pleine, la tabatière de Louis XVIII, que Marseille, malgré l'attitude de ses magistrats, commença à sentir fermenter en elle ces brandons de guerre civile toujours mal éteints dans le Midi; peu s'en fallut alors que les représailles n'allassent au-delà de quelques charivaris dont on assiégea les royalistes enfermés chez eux, et des affronts publics dont on poursuivit ceux qui se hasardaient à sortir.

Par un revirement tout naturel, le digne armateur, que nous avons désigné comme appartenant au parti populaire, se trouva à son tour en ce moment, nous ne dirons pas tout-puissant, car M. Morrel était un homme prudent et légèrement timide, comme tous ceux qui ont fait une lente et laborieuse fortune commerciale, mais en mesure, tout dépassé qu'il était par les zélés bonapartistes qui le traitaient de modéré, en mesure, dis-je, d'élever la voix pour faire entendre une réclamation; cette réclamation, comme on le devine facilement, avait trait à Dantès.

Villefort était demeuré debout, malgré la chute de son supérieur, et son mariage, en restant décidé, était cependant remis à des temps plus heureux. Si l'empereur gardait le trône, c'était une autre alliance qu'il fallait à Gérard, et son père se chargerait de la lui trouver; si une seconde Restauration ramenait Louis XVIII en France, l'influence de M. de Saint-Méran doublait, ainsi que la sienne, et l'union redevenait plus sortable que jamais.

Le substitut du procureur du roi était donc momentanément le premier magistrat de Marseille, lorsqu'un matin sa porte s'ouvrit, et on lui annonça M. Morrel.

Un autre se fût empressé d'aller au-devant de l'armateur, et, par cet empressement, eût indiqué sa faiblesse; mais Villefort était un homme supérieur qui avait, sinon la pratique, du moins l'instinct de toutes choses. Il fit faire antichambre à Morrel, comme il eût fait sous la Restauration, quoiqu'il n'eût personne près de lui, mais par la simple raison qu'il est d'habitude qu'un substitut du procureur du roi fasse faire antichambre; puis, après un quart d'heure qu'il employa à lire deux ou trois journaux de nuances différentes, il ordonna que l'armateur fût introduit.

M. Morrel s'attendait à trouver Villefort abattu: il le trouva comme il l'avait vu six semaines auparavant, c'est-à-dire calme, ferme et plein de cette froide politesse, la plus infranchissable de toutes les barrières qui séparent l'homme élevé de l'homme vulgaire.

Il avait pénétré dans le cabinet de Villefort, convaincu que le magistrat allait trembler à sa vue, et c'était lui, tout au contraire, qui se trouvait tout frissonnant et tout ému devant ce personnage interrogateur, qui l'attendait le coude appuyé sur son bureau.

Il s'arrêta à la porte. Villefort le regarda, comme s'il avait quelque peine à le reconnaître. Enfin, après quelques secondes d'examen et de silence, pendant lesquelles le digne armateur tournait et retournait son chapeau entre ses mains:

«Monsieur Morrel, je crois? dit Villefort.

—Oui, monsieur, moi-même, répondit l'armateur.

—Approchez-vous donc, continua le magistrat, en faisant de la main un signe protecteur, et dites-moi à quelle circonstance je dois l'honneur de votre visite.

—Ne vous en doutez-vous point, monsieur? demanda Morrel.

—Non, pas le moins du monde; ce qui n'empêche pas que je ne sois tout disposé à vous être agréable, si la chose était en mon pouvoir.

—La chose dépend entièrement de vous, monsieur, dit Morrel.

—Expliquez-vous donc, alors.

—Monsieur, continua l'armateur, reprenant son assurance à mesure qu'il parlait, et affermi d'ailleurs par la justice de sa cause et la netteté de sa position, vous vous rappelez que, quelques jours avant qu'on apprit le débarquement de Sa Majesté l'empereur, j'étais venu réclamer votre indulgence pour un malheureux jeune homme, un marin, second à bord de mon brick; il était accusé, si vous vous le rappelez de relations avec l'île d'Elbe: ces relations, qui étaient un crime à cette époque, sont aujourd'hui des titres de faveur. Vous serviez Louis XVIII alors, et ne l'avez pas ménagé, monsieur; c'était votre devoir. Aujourd'hui, vous servez Napoléon, et vous devez le protéger; c'est votre devoir encore. Je viens donc vous demander ce qu'il est devenu.»

Villefort fit un violent effort sur lui même.

«Le nom de cet homme? demanda-t-il: ayez la bonté de me dire son nom.

—Edmond Dantès.»

Évidemment, Villefort eût autant aimé, dans un duel, essuyer le feu de son adversaire à vingt-cinq pas, que d'entendre prononcer ainsi ce nom à bout portant; cependant il ne sourcilla point. «De cette façon, se dit en lui-même Villefort, on ne pourra point m'accuser d'avoir fait de l'arrestation de ce jeune homme une question purement personnelle.»

«Dantès? répéta-t-il, Edmond Dantès, dites-vous?

—Oui, monsieur.»

Villefort ouvrit alors un gros registre placé dans un casier voisin, recourut à une table, de la table passa à des dossiers, et, se retournant vers l'armateur:

«Êtes-vous bien sûr de ne pas vous tromper, monsieur?» lui dit-il de l'air le plus naturel.

Si Morrel eût été un homme plus fin ou mieux éclairé sur cette affaire, il eût trouvé bizarre que le substitut du procureur du roi daignât lui répondre sur ces matières complètement étrangères à son ressort; et il se fût demandé pourquoi Villefort ne le renvoyait point aux registres d'écrou, aux gouverneurs de prison, au préfet du département. Mais Morrel, cherchant en vain la crainte dans Villefort, n'y vit plus, du moment où toute crainte paraissait absente, que la condescendance: Villefort avait rencontré juste.

«Non, monsieur, dit Morrel, je ne me trompe pas; d'ailleurs, je connais le pauvre garçon depuis dix ans, et il est à mon service depuis quatre. Je vins, vous en souvenez-vous? il y a six semaines, vous prier d'être clément, comme je viens aujourd'hui vous prier d'être juste pour le pauvre garçon; vous me reçûtes même assez mal et me répondîtes en homme mécontent. Ah! c'est que les royalistes étaient durs aux bonapartistes en ce temps-là!

—Monsieur, répondit Villefort arrivant à la parade avec sa prestesse et son sang-froid ordinaires, j'étais royaliste alors que je croyais les Bourbons non seulement les héritiers légitimes du trône, mais encore les élus de la nation; mais le retour miraculeux dont nous venons d'être témoins m'a prouvé que je me trompais. Le génie de Napoléon a vaincu: le monarque légitime est le monarque aimé.

—À la bonne heure! s'écria Morrel avec sa bonne grosse franchise, vous me faites plaisir de me parler ainsi, et j'en augure bien pour le sort d'Edmond.

—Attendez donc, reprit Villefort en feuilletant un nouveau registre, j'y suis: c'est un marin, n'est-ce pas, qui épousait une Catalane? Oui, oui; oh! je me rappelle maintenant: la chose était très grave.

—Comment cela?

—Vous savez qu'en sortant de chez moi il avait été conduit aux prisons du palais de justice.

—Oui, eh bien?

—Eh bien, j'ai fait mon rapport à Paris, j'ai envoyé les papiers trouvés sur lui. C'était mon devoir que voulez-vous... et huit jours après son arrestation le prisonnier fut enlevé.

—Enlevé! s'écria Morrel; mais qu'a-t-on pu faire du pauvre garçon?

—Oh! rassurez-vous. Il aura été transporté à Fenestrelle, à Pignerol, aux Îles Sainte-Marguerite, ce que l'on appelle dépaysé, en termes d'administration; et un beau matin vous allez le voir revenir prendre le commandement de son navire.

—Qu'il vienne quand il voudra, sa place lui sera gardée. Mais comment n'est-il pas déjà revenu? Il me semble que le premier soin de la justice bonapartiste eût dû être de mettre dehors ceux qu'avait incarcérés la justice royaliste.

—N'accusez pas témérairement, mon cher monsieur Morrel, répondit Villefort; il faut, en toutes choses, procéder légalement. L'ordre d'incarcération était venu d'en haut, il faut que d'en haut aussi vienne l'ordre de liberté. Or, Napoléon est rentré depuis quinze jours à peine; à peine aussi les lettres d'abolition doivent-elles être expédiées.

—Mais, demanda Morrel, n'y a-t-il pas moyen de presser les formalités, maintenant que nous triomphons? J'ai quelques amis, quelque influence, je puis obtenir mainlevée de l'arrêt.

—Il n'y a pas eu d'arrêt.

—De l'écrou, alors.

—En matière politique, il n'y a pas de registre d'écrou; parfois les gouvernements ont intérêt à faire disparaître un homme sans qu'il laisse trace de son passage: des notes d'écrou guideraient les recherches.

—C'était comme cela sous les Bourbons peut-être, mais maintenant....

—C'est comme cela dans tous les temps, mon cher monsieur Morrel; les gouvernements se suivent et se ressemblent; la machine pénitentiaire montée sous Louis XIV va encore aujourd'hui, à la Bastille près. L'Empereur a toujours été plus strict pour le règlement de ses prisons que ne l'a été le Grand Roi lui-même; et le nombre des incarcérés dont les registres ne gardent aucune trace est incalculable.»

Tant de bienveillance eût détourné des certitudes, et Morrel n'avait pas même de soupçons.

«Mais enfin, monsieur de Villefort, dit-il, quel conseil me donneriez-vous qui hâtât le retour du pauvre Dantès?

—Un seul, monsieur: faites une pétition au ministre de la Justice.

—Oh! monsieur, nous savons ce que c'est que les pétitions: le ministre en reçoit deux cents par jour et n'en lit point quatre.

—Oui, reprit Villefort, mais il lira une pétition envoyée par moi, apostillée par moi, adressée directement par moi.

—Et vous vous chargeriez de faire parvenir cette pétition, monsieur?

—Avec le plus grand plaisir. Dantès pouvait être coupable alors; mais il est innocent aujourd'hui, et il est de mon devoir de faire rendre la liberté à celui qu'il a été de mon devoir de faire mettre en prison.»

Villefort prévenait ainsi le danger d'une enquête peu probable, mais possible, enquête qui le perdait sans ressource.

«Mais comment écrit-on au ministre?

—Mettez-vous là, monsieur Morrel, dit Villefort, en cédant sa place à l'armateur; je vais vous dicter.

—Vous auriez cette bonté?

—Sans doute. Ne perdons pas de temps, nous n'en avons déjà que trop perdu.

—Oui, monsieur, songeons que le pauvre garçon attend, souffre et se désespère peut-être.»

Villefort frissonna à l'idée de ce prisonnier le maudissant dans le silence et l'obscurité; mais il était engagé trop avant pour reculer: Dantès devait être brisé entre les rouages de son ambition.

«J'attends, monsieur», dit l'armateur assis dans le fauteuil de Villefort et une plume à la main.

Villefort alors dicta une demande dans laquelle, dans un but excellent, il n'y avait point à en douter, il exagérait le patriotisme de Dantès et les services rendus par lui à la cause bonapartiste; dans cette demande, Dantès était devenu un des agents les plus actifs du retour de Napoléon; il était évident qu'en voyant une pareille pièce, le ministre devait faire justice à l'instant même, si justice n'était point faite déjà.

La pétition terminée, Villefort la relut à haute voix.

«C'est cela, dit-il, et maintenant reposez-vous sur moi.

—Et la pétition partira bientôt, monsieur?

—Aujourd'hui même.

—Apostillée par vous?

—La meilleure apostille que je puisse mettre, monsieur, est de certifier véritable tout ce que vous dites dans cette demande.»

Et Villefort s'assit à son tour, et sur un coin de la pétition appliqua son certificat.

«Maintenant, monsieur, que faut-il faire? demanda Morrel.

—Attendre, reprit Villefort; je réponds de tout.»

Cette assurance rendit l'espoir à Morrel: il quitta le substitut du procureur du roi enchanté de lui, et alla annoncer au vieux père de Dantès qu'il ne tarderait pas à revoir son fils.

Quand à Villefort, au lieu de l'envoyer à Paris, il conserva précieusement entre ses mains cette demande qui, pour sauver Dantès dans le présent, le compromettait si effroyablement dans l'avenir, en supposant une chose que l'aspect de l'Europe et la tournure des événements permettaient déjà de supposer, c'est-à-dire une seconde Restauration.

Dantès demeura donc prisonnier: perdu dans les profondeurs de son cachot, il n'entendit point le bruit formidable de la chute du trône de Louis XVIII et celui, plus épouvantable encore, de l'écroulement de l'empire.

Mais Villefort, lui, avait tout suivi d'un œil vigilant, tout écouté d'une oreille attentive. Deux fois, pendant cette courte apparition impériale que l'on appela les Cent-Jours, Morrel était revenu à la charge, insistant toujours pour la liberté de Dantès, et chaque fois Villefort l'avait calmé par des promesses et des espérances; enfin, Waterloo arriva. Morrel ne reparut pas chez Villefort: l'armateur avait fait pour son jeune ami tout ce qu'il était humainement possible de faire; essayer de nouvelles tentatives sous cette seconde Restauration était se compromettre inutilement.

Louis XVIII remonta sur le trône. Villefort, pour qui Marseille était plein de souvenirs devenus pour lui des remords, demanda et obtint la place de procureur du roi vacante à Toulouse; quinze jours après son installation dans sa nouvelle résidence, il épousa Mlle Renée de Saint-Méran, dont le père était mieux en cour que jamais.

Voilà comment Dantès, pendant les Cent-Jours et après Waterloo, demeura sous les verrous, oublié, sinon des hommes, au moins de Dieu.

Danglars comprit toute la portée du coup dont il avait frappé Dantès, en voyant revenir Napoléon en France: sa dénonciation avait touché juste, et, comme tous les hommes d'une certaine portée pour le crime et d'une moyenne intelligence pour la vie ordinaire, il appela cette coïncidence bizarre un décret de la Providence.

Mais quand Napoléon fut de retour à Paris et que sa voix retentit de nouveau, impérieuse et puissante, Danglars eut peur; à chaque instant, il s'attendit à voir reparaître Dantès, Dantès sachant tout, Dantès menaçant et fort pour toutes les vengeances; alors il manifesta à M. Morrel le désir de quitter le service de mer, et se fit recommander par lui à un négociant espagnol, chez lequel il entra comme commis d'ordre vers la fin de mars, c'est-à-dire dix ou douze jours après la rentrée de Napoléon aux Tuileries; il partit donc pour Madrid, et l'on n'entendit plus parler de lui.

Fernand, lui, ne comprit rien. Dantès était absent, c'était tout ce qu'il lui fallait. Qu'était-il devenu? il ne chercha point à le savoir. Seulement, pendant tout le répit que lui donnait son absence, il s'ingénia, partie à abuser Mercédès sur les motifs de cette absence, partie à méditer des plans d'émigration et d'enlèvement; de temps en temps aussi, et c'étaient les heures sombres de sa vie, il s'asseyait sur la pointe du cap Pharo, de cet endroit où l'on distingue à la fois Marseille et le village des Catalans, regardant, triste et immobile comme un oiseau de proie, s'il ne verrait point, par l'une de ces deux routes, revenir le beau jeune homme à la démarche libre, à la tête haute qui, pour lui aussi, était devenu messager d'une rude vengeance. Alors, le dessein de Fernand était arrêté: il cassait la tête de Dantès d'un coup de fusil et se tuait après, se disait-il à lui-même, pour colorer son assassinat. Mais Fernand s'abusait: cet homme-là ne se fût jamais tué, car il espérait toujours.

Sur ces entrefaites, et parmi tant de fluctuations douloureuses, l'empire appela un dernier ban de soldats, et tout ce qu'il y avait d'hommes en état de porter les armes s'élança hors de France, à la voix retentissante de l'empereur. Fernand partit comme les autres, quittant sa cabane et Mercédès, et rongé de cette sombre et terrible pensée que, derrière lui peut-être, son rival allait revenir et épouser celle qu'il aimait.

Si Fernand avait jamais dû se tuer, c'était en quittant Mercédès qu'il l'eût fait.

Ses attentions pour Mercédès, la pitié qu'il paraissait donner à son malheur, le soin qu'il prenait d'aller au-devant de ses moindres désirs, avaient produit l'effet que produisent toujours sur les cœurs généreux les apparences du dévouement: Mercédès avait toujours aimé Fernand d'amitié; son amitié s'augmenta pour lui d'un nouveau sentiment, la reconnaissance.

«Mon frère, dit-elle en attachant le sac du conscrit sur les épaules du Catalan, mon frère, mon seul ami, ne vous faites pas tuer, ne me laissez pas seule dans ce monde, où je pleure et où je serai seule dès que vous n'y serez plus.»

Ces paroles, dites au moment du départ, rendirent quelque espoir à Fernand. Si Dantès ne revenait pas, Mercédès pourrait donc un jour être à lui.

Mercédès resta seule sur cette terre nue, qui ne lui avait jamais paru si aride, et avec la mer immense pour horizon. Toute baignée de pleurs, comme cette folle dont on nous raconte la douloureuse histoire, on la voyait errer sans cesse autour du petit village des Catalans: tantôt s'arrêtant sous le soleil ardent du Midi, debout, immobile, muette comme une statue, et regardant Marseille; tantôt assise au bord du rivage, écoutant ce gémissement de la mer, éternel comme sa douleur, et se demandant sans cesse s'il ne valait pas mieux se pencher en avant, se laisser aller à son propre poids, ouvrir l'abîme et s'y engloutir, que de souffrir ainsi toutes ces cruelles alternatives d'une attente sans espérance.

Ce ne fut pas le courage qui manqua à Mercédès pour accomplir ce projet, ce fut la religion qui lui vint en aide et qui la sauva du suicide.

Caderousse fut appelé, comme Fernand; seulement, comme il avait huit ans de plus que le Catalan, et qu'il était marié, il ne fit partie que du troisième ban, et fut envoyé sur les côtes.

Le vieux Dantès, qui n'était plus soutenu que par l'espoir, perdit l'espoir à la chute de l'empereur.

Cinq mois, jour pour jour, après avoir été séparé de son fils, et presque à la même heure où il avait été arrêté, il rendit le dernier soupir entre les bras de Mercédès.

M. Morrel pourvut à tous les frais de son enterrement, et paya les pauvres petites dettes que le vieillard avait faites pendant sa maladie.

Il y avait plus que de la bienfaisance à agir ainsi, il y avait du courage. Le Midi était en feu, et secourir même à son lit de mort, le père d'un bonapartiste aussi dangereux que Dantès était un crime.

 

第十三章 百日

诺瓦蒂埃先生真是一个预言家,事态的发展正如他所说的那样。谁都知道从爱尔巴岛卷土重来的这次著名的历史事件,——那次奇妙的复归,不仅是史无前例,而且大概也会后无来者。

路易十八对这一猛烈的打击只是软弱无力地抵抗了一下。他这个还没有坐稳的王朝,本来基础就不稳固,一向是摇摇欲坠,只要拿破仑一挥手,这座由旧偏见和新观念不好调和而构成的上层建筑便坍了下来。所以维尔福从国王那里只得了一些感激(这在目前反而可说是对他有害的)和荣誉十字勋章,但对这个勋章,他倒多了个心眼,并没有佩挂它,尽管勃拉卡斯公爵按时把荣誉勋位证书送了来。

诺瓦蒂埃当时成了显赫一时的人物,要不是为了他,拿破仑无疑早就把维尔福免职了。这个一七九三年的吉伦特党人和一八○六年的上议员保护了这个不久前保护过他的人。

帝国正在复活期间,但已不难预见它的二次倾覆了。维尔福的全部力量都用在封住那几乎被唐太斯所泄漏的秘密上了。只有检察官被免了职,因为他有效忠于王室的嫌疑。

帝国的权力刚刚建立,也就是说,皇帝刚刚住进杜伊勒里宫,从我们已经向读者们介绍过的那间小书房里发出了无数命令,在桌子上路易十八留下的那半空的鼻烟盒还敞开在那里。在马赛,不管官员们的态度如何,老百姓已知道:南北始终未被扑灭的内战的余烬又重新燃起来了;保党人如果敢冒险外出,必定会遭到斥骂和侮辱,这时如果要想挑起人民来报复他们,是不费吹灰之力的。

由于时势的变化,那位可敬的船主在当时虽还说不上势倾全市,因为他毕竟是个谨慎而胆小的人,以致许多最狂热的拿破仑党分子竟斥他为“温和派”,但却已有足够的势力可使他所提出的要求闻达于当局,而他的那个要求,我们不难猜到,是与唐太斯有关的。

维尔福的上司虽已倒台,他本人却依旧保留了原职,只是他的婚事已暂时搁在了一边,以期等待一个更有利的时机。假如皇帝能保住王位,那么杰拉尔就需要一个不同的联姻来帮助他的事业,他的父亲已负责再给他另找一个了。假如路易十八重登王位,则圣•梅朗侯爵以及他本人的势力就会大增,那桩婚事也就比以前更实惠了。

代理检察官暂时当上了马赛的首席法官,一天早晨,仆人推门进来,说莫雷尔先生来访。换了别人很可能就会赶忙去接见船主了。但维尔福是一个很能干的人,他知道这样做等于是在显其软弱。所以尽管他并没有别的客人,但仍让莫雷尔在外客厅里等候,理由只是代理检察官总是要叫每个人都等候一下的,读了一刻钟的报纸以后,他才吩咐请莫雷尔先生进来。

莫雷尔原以为维尔福会显出一副垂头丧气的样子。没想到见到他的时候,发觉他仍象六个星期以前见到他的时候一样,镇定,稳重,冷漠而彬彬有礼,这是教养有素的上等人和平民之间最难逾越的鸿沟。他走进维尔福的书房。满以为那法官见他就会发抖,但正相反,他看到的是维尔福坐在那儿,手肘支在办公桌上,用手托着头,于是他自己感到浑身打了个寒颤。他在门口停了下来。维尔福凝视了他一会儿,象是有点不认识他了似的。在这短短的一瞬间,那诚实的船主只是困惑地把他的帽子在两手中转动着,然后——“我想您是莫雷尔先生吧?”维尔福说。

“是的,先生。”

“请进来先生,”法官象赐恩似地摆一摆手说,“请告诉我是什么原因使我能有幸看到你的来访。”

“您猜不到吗,先生?”莫雷尔问。

“猜不到,但假如我可以做出什么为您效劳的话,我是很高兴的。”

“先生,”莫雷尔说,他渐渐恢复了自信心,“您还记得吧,在皇帝陛下登陆的前几天,我曾来为一个青年人求过情,他是我船上的大副,被控与厄尔巴岛有联系。那样的联系,在当时是一种罪名,尽管在今天却已是一种荣耀了。您当时是为路易十八效劳,不能庇护他,那是您的职责。但今天您定是为拿破仑效劳,您就应该保护他了,——这同样也是您的职责。所以我就是来问问那个青年人现在怎么样了。”

维尔福竭力控制住自己。“他叫什么名字?”他问道。“把他的姓名告诉我。”

“爱德蒙•唐太斯。”

虽然,维尔福宁愿面对一支二十五步外的枪口也不愿听人提到这个名字,但他依旧面不改色。

“唐太斯?”他重复了一遍,“爱德蒙•唐太斯?”

“是的,先生。”

维尔福翻开一大卷档案,放到桌子上,又从桌子上那儿走去翻另外那些档案,然后转向莫雷尔:“您肯定没弄错吗,先生?”他以世界上最自然的口吻说道。

假若莫雷尔再心细一点,或对这种事较有经验的话,那他说应该觉得奇怪,为什么对代理检察官不打发他去问监狱长,去问档案官,而是这样亲自答复他。但此时莫雷尔在维尔福身上没发现半点恐惧,只觉得对方很谦恭。维尔福的作法果然不错。

“没有,”莫雷尔说,“我没弄错。我认识他已经十年了,在他被捕的那一小时里,他还在为我服务呢。您也许还记得,六个星期以前,我曾来请求您对他从宽办理。正象我今天来请求您对他公道一些一样。您当时接待我的态度非常冷淡,啊,在那个年头里,保皇党人对拿破仑党当时是非常严厉的。”

“先生,”维尔福答道,“我当时是一个保皇党人,因为当时我以为波旁家族不仅是王伯的嫡系继承者,而且是国人所拥戴的君主。但皇帝这次奇迹般地复位证明我是错了,只有万民所爱戴的人才是合法的君主。”

“这就对了。”莫雷尔大声说道。“我很高兴听到您这样说,我相信可以从您这番话上得到爱德蒙的喜讯。”

“等一等,”维尔福一边说,一边翻阅一宗档案,“有了,他是一个水手,而且快要娶一个年轻的迦太兰姑娘了。我现在想起来了,这是一件非常严重的案子。”

“怎么回事?”

“您知道,他离开这儿以后,就被关到法院的监狱里去了。”

“那么后来呢?”

“我向巴黎打了个报告,把从他身上找到的文件附送去了。你该明白,这是我的职责。过了一个星期,他就被带走了。”

“带走了!”莫雷尔说。“他们把那个可怜的孩子怎样了呢?”

“哦,他大概被送到费尼斯德里,壁尼罗尔,或圣•玛加里岛去了。你一定会在某一天看到他回来再给您当船长的。”

“无论他什么时候回来,那个位置都给他保留着。但他怎么还不回来呢?依我看,依拿破仑党法院最关切的事,就该是释放那些被保皇党法院关进监狱里去的人。”

“别太心急,莫雷尔先生,”维尔福说道,“凡事我们都得按法律手续进行。禁闭令是上面签发的,他的释放令也得在老地方办理。拿破仑复位还不到两个星期,那些信还没送出去呢。”

“但是,”莫雷尔说,“现在我们已经赢了,除了等待办理这些正式手续之外,难道就没有别的办法了吗?我有几个朋友,他们有点势力,我可以弄到一张撤消逮捕的命令的。”

“根本就没什么逮捕令。”

“那么,在入狱登记簿上勾消他的名字。”

“政治犯是不登记的。有时,政府就是用这种办法来使一个人失踪而不留任何痕迹的。入了册就有据可查了。”

“波旁王执政时,或许是那样,但现在——”

“任何时代都是这样的,我亲爱的莫雷尔,从路易十四那个时代就开始这样了。皇帝对于狱规的管理比路易更加严格,监狱里不登记姓名的犯人多得不计其数。”

即使莫雷尔再有什么怀疑,这番苦口婆心的辩解也足以使之完全消除了。“那么,维尔福先生,您能否给我个什么忠告以便使可怜的唐太斯快点回来?”他问道。

“去求一下警务大臣吧。”

“噢,我知道那意味着什么。大臣每天都要收到两百封请愿书,但他还看不了三封。”

“那倒是真的,不过由我签署的,并由我呈上去的请愿书他一定会看的。”

“您愿意负责送去吗?”

“非常愿意。唐太斯当时有罪,但现在他已无罪了。当时把他判罪和现在使他重获自由都同样是我的职责。”

这样,维尔福就避免了一次调查的危险,一经查究,他可就完了,这虽然并不一定会成为事实,但却是很有可能的。

“可是我怎么去对大臣说明?”

“到这儿来,”维尔福一边说,一边把他的座位让给了莫雷尔,“我说,您写。”

“真的由您费心来办吗?”

“当然罗。别浪费时间了,我们已经浪费得太多啦。”

“是的。想想那个可怜的青年人还在那儿等待着,在那儿受苦,或许在那儿绝望了呢。”

维尔福一想到那个犯人在那黑暗寂静的牢房里咒骂他,就不禁打了个寒颤。但他仍不肯让步,在维尔福的野心的重压之下,唐太斯是必须被摧毁的。

维尔福口述了一封措辞美妙的请愿书,他在里面夸大了唐太斯的爱国心和对拿破仑党的功劳。以致唐太斯简直成了使拿破仑卷土重来最出力的一名活跃分子。据推测,一看到这份函件,大臣会立刻释放他的。请愿书写好了,维尔福把它朗诵了一遍。

“成了,”他说,“其余的事交给我来办好了。”

“请愿书很快就送去吗?”

“今天就送出去。”

“由您批署?”

“证明您的请愿书内容属实,这是我很乐意做的事。”维尔福说着便坐了下来,在信的末端签上了字。

“还要做什么别的吗?”莫雷尔问。

“去等着吧,”维尔福回答,“一切由我来负责好了。”

这个保证使莫雷尔充满了希望,于是他告别了维尔福,赶快去告诉老唐太斯,说不久就可以看见他的儿子了。

维尔福却并没有履行诺言把信送到巴黎去,而是小心地把那封现在看来可以救唐太斯但未来却极易危害他的请愿书保存了起来,以等待那件似乎并非不可能的事情的发生,好二次复辟。

“这样唐太斯仍然还是犯人,被埋没在黑牢的深处,他根本听不到路易十八垮台的消息,以及帝国倾覆时那更可怕的骚动。

但维尔福却用警觉的目光注视着一切,用警觉的耳朵倾听着一切。在拿破仑复位的“百日”期间,莫雷尔曾先后两次提出他的请求,但都被维尔福甜言蜜语地把他哄骗走了。最后发生了滑铁卢之战,莫雷尔就不再来了。他已尽了他力所能及的一切,这时任何新的尝试不仅徒劳无益而且很可能会有害他自己。

路易十八又重新登上了王位。在马赛能引起维尔福内心愧疚的记忆太多了,所以他请求并获准了调任图卢兹检察官一职,两星期后,他就和蕾妮结婚了,岳父在宫廷里比以前更显赫了。这就说明了在“百日”期间和滑铁卢战役以后,唐太斯为什么会依旧被关在牢里,好象上帝已把他忘了似的,但实际上人们并没有忘记他。

腾格拉尔很清楚他给了唐太斯那一击是多么厉害,他象所有做贼心虚但又要小聪明的人一样,诿称这是天意。当拿破仑回到巴黎以后,腾格拉尔害怕极了,唯恐唐太斯会随时来复仇,于是他便把自己希望出海的想法告诉了莫雷尔先生,得到了一封介绍信,把他介绍给了一个西班牙商人,三月底就到那儿去供职,那是在拿破仑回来后的第十一二天。他当时离开马赛后去了马德里,此后就没有听到他的消息了。

弗尔南多只知道唐太斯已从眼前消失了,其他的事他则一概不知。到底唐太斯怎么样了,他也懒得去问。只是,在他情敌不在的这一期间,他时时苦思冥想,有时想到编个离开的理由来欺骗美茜蒂丝,有时想迁移或强行把她带走。于是他常常忧郁地,一动不动地坐在弗罗湾的顶端,从那儿可以同时望到马赛和迦太罗尼亚人村,他是在守望着一个英俊的年轻人出现在他眼前,那个人就是他的复仇使者。弗尔南多已下定决心:他要一枪打死唐太斯,然后自杀。但他错了,他这个人是不会自杀的,因为他还抱有某种希望。

在这个时候,帝国作了最后一次呼吁,法国境内所有能拿起武器的男子都赶去听从他们皇帝的号召了,弗尔南多和其他的人一同离开了马赛,但心里却怀着一个可怕的念头,深恐他的敌人会在他不在的时候回来,而同美茜蒂丝结了婚。假若弗尔南多真的想自杀,则在他离开美茜蒂丝的时候就该这样做的了。他对她的关心,以及他对她的不幸所表示的同情,都产生了效果。美茜蒂丝一向象兄妹般地深爱着弗尔南多,现在这份情谊上又加上了一份感激之情。

“哥哥,”她把行囊挂上他肩头的时候说,“你要自己当心一点,因为如果你再永远离开了我,那我在这个世界上就只有孤零零的一个人了。”这些话在弗尔南多心中注入了一线希望。如果唐太斯不回来的话,总有一天,美茜蒂丝也许就是他的了。

现在只剩下美茜蒂丝一个人孤零零地来面对这从未如此荒凉的大平原,和从未如此一望无际的大海了。她天天以泪洗面,人们看见她有时不断地在迦太罗尼亚人住的这个小村子周围徘徊,有时看见她一动不动地象一尊石像似的站着,呆望着马赛;又有时看见她坐在海边,倾听那如同自己的哀愁那样永恒的海的呻吟,她常常自问,是否应该让自己投入海洋那无底的深渊里,也许这样可以比忍受如此焦灼的等待更好一些。

她并非缺乏这样做的勇气,而是她的宗教观念帮了她的忙,救了她的命。

卡德鲁斯也象弗尔南多一样应征入伍了,但由于他已经结婚,且比弗尔南多大八岁,所以仅被派去驻守边疆。老唐太斯一直是靠希望支撑着的,拿破仑一倒,全部希望都成了泡影。在和他的儿子分离五个月以后,几乎也可以说就在他儿子被捕的那一刻,他就在美茜蒂丝的怀里咽下了最后一口气。莫雷尔先生不仅负担了他的全部丧葬费,还把那可怜的老人生前所借的几笔小债也还清了。

这样做不仅需要出于慈悲心,而且也需要勇气,——因为象唐太斯这样危险的一个拿破仑分子,即使你去帮助他临终的父亲,也会被人当作一个罪名来污蔑的。




XIV Le prisonnier furieux et le prisonnier fou.

Un an environ après le retour de Louis XVIII, il y eut visite de M. l'inspecteur général des prisons.

Dantès entendit rouler et grincer du fond de son cachot tous ces préparatifs, qui faisaient en haut beaucoup de fracas, mais qui, en bas, eussent été des bruits inappréciables pour toute autre oreille que pour celle d'un prisonnier, accoutumé à écouter, dans le silence de la nuit, l'araignée qui tisse sa toile, et la chute périodique de la goutte d'eau qui met une heure à se former au plafond de son cachot.

Il devina qu'il se passait chez les vivants quelque chose d'inaccoutumé: il habitait depuis si longtemps une tombe qu'il pouvait bien se regarder comme mort.

En effet, l'inspecteur visitait, l'un après l'autre, chambres, cellules et cachots. Plusieurs prisonniers furent interrogés: c'étaient ceux que leur douceur ou leur stupidité recommandait à la bienveillance de l'administration; l'inspecteur leur demanda comment ils étaient nourris, et quelles étaient les réclamations qu'ils avaient à faire.

Ils répondirent unanimement que la nourriture était détestable et qu'ils réclamaient leur liberté.

L'inspecteur leur demanda alors s'ils n'avaient pas autre chose à lui dire.

Ils secouèrent la tête. Quel autre bien que la liberté peuvent réclamer des prisonniers?

L'inspecteur se tourna en souriant, et dit au gouverneur:

«Je ne sais pas pourquoi on nous fait faire ces tournées inutiles. Qui voit un prisonnier en voit cent; qui entend un prisonnier en entend mille; c'est toujours la même chose: mal nourris et innocents. En avez-vous d'autres?

—Oui, nous avons les prisonniers dangereux ou fous, que nous gardons au cachot.

—Voyons, dit l'inspecteur avec un air de profonde lassitude, faisons notre métier jusqu'au bout; descendons dans les cachots.

—Attendez, dit le gouverneur, que l'on aille au moins chercher deux hommes; les prisonniers commettent parfois, ne fût-ce que par dégoût de la vie et pour se faire condamner à mort, des actes de désespoir inutiles: vous pourriez être victime de l'un de ces actes.

—Prenez donc vos précautions», dit l'inspecteur.

En effet, on envoya chercher deux soldats et l'on commença de descendre par un escalier si puant, si infect, si moisi, que rien que le passage dans un pareil endroit affectait désagréablement à la fois la vue, l'odorat et la respiration.

«Oh! fit l'inspecteur en s'arrêtant à moitié de la descente, qui diable peut loger là?

—Un conspirateur des plus dangereux, et qui nous est particulièrement recommandé comme un homme capable de tout.

—Il est seul?

—Certainement.

—Depuis combien de temps est-il là?

—Depuis un an à peu près.

—Et il a été mis dans ce cachot dès son entrée.

—Non, monsieur, mais après avoir voulu tuer le porte-clefs chargé de lui porter sa nourriture.

—Il a voulu tuer le porte-clefs?

—Oui, monsieur, celui-là même qui nous éclaire, n'est-il pas vrai, Antoine? demanda le gouverneur.

—Il a voulu me tuer tout de même, répondit le porte-clefs.

—Ah çà! mais c'est donc un fou que cet homme?

—C'est pire que cela, dit le porte-clefs, c'est un démon.

—Voulez-vous qu'on s'en plaigne? demanda l'inspecteur au gouverneur.

—Inutile, monsieur, il est assez puni comme cela, d'ailleurs, à présent, il touche presque à la folie, et, selon l'expérience que nous donnent nos observations, avant une autre année d'ici il sera complètement aliéné.

—Ma foi, tant mieux pour lui, dit l'inspecteur; une fois fou tout à fait, il souffrira moins.»

C'était, comme on le voit, un homme plein d'humanité que cet inspecteur, et bien digne des fonctions philanthropiques qu'il remplissait.

«Vous avez raison, monsieur, dit le gouverneur, et votre réflexion prouve que vous avez profondément étudié la matière. Ainsi, nous avons dans un cachot, qui n'est séparé de celui-ci que par une vingtaine de pieds, et dans lequel on descend par un autre escalier, un vieil abbé, ancien chef de parti en Italie, qui est ici depuis 1811, auquel la tête a tourné vers la fin de 1813, et qui, depuis ce moment, n'est pas physiquement reconnaissable: il pleurait, il rit; il maigrissait, il engraisse. Voulez-vous le voir plutôt que celui-ci? Sa folie est divertissante et ne vous attristera point.

—Je les verrai l'un et l'autre, répondit l'inspecteur; il faut faire son état en conscience.»

L'inspecteur en était à sa première tournée et voulait donner bonne idée de lui à l'autorité.

«Entrons donc chez celui-ci d'abord, ajouta-t-il.

—Volontiers», répondit le gouverneur.

Et il fit signe au porte-clefs, qui ouvrit la porte.

Au grincement des massives serrures, au cri des gonds rouillés tournant sur leurs pivots, Dantès, accroupi dans un angle de son cachot, où il recevait avec un bonheur indicible le mince rayon du jour qui filtrait à travers un étroit soupirail grillé, releva la tête. À la vue d'un homme inconnu, éclairé par deux porte-clefs tenant des torches, et auquel le gouverneur parlait le chapeau à la main, accompagné par deux soldats, Dantès devina ce dont il s'agissait, et, voyant enfin se présenter une occasion d'implorer une autorité supérieure, bondit en avant les mains jointes.

Les soldats croisèrent aussitôt la baïonnette, car ils crurent que le prisonnier s'élançait vers l'inspecteur avec de mauvaises intentions.

L'inspecteur lui-même fit un pas en arrière.

Dantès vit qu'on l'avait présenté comme homme à craindre.

Alors, il réunit dans son regard tout ce que le cœur de l'homme peut contenir de mansuétude et d'humilité, et s'exprimant avec une sorte d'éloquence pieuse qui étonna les assistants, il essaya de toucher l'âme de son visiteur.

L'inspecteur écouta le discours de Dantès, jusqu'au bout, puis se tournant vers le gouverneur:

«Il tournera à la dévotion, dit-il à mi-voix; il est déjà disposé à des sentiments plus doux. Voyez, la peur fait son effet sur lui; il a reculé devant les baïonnettes; or, un fou ne recule devant rien: j'ai fait sur ce sujet des observations bien curieuses à Charenton.»

Puis, se retournant vers le prisonnier:

«En résumé, dit-il, que demandez-vous?

—Je demande quel crime j'ai commis; je demande que l'on me donne des juges; je demande que mon procès soit instruit; je demande enfin que l'on me fusille si je suis coupable, mais aussi qu'on me mette en liberté si je suis innocent.

—Êtes-vous bien nourri? demanda l'inspecteur.

—Oui, je le crois, je n'en sais rien. Mais cela importe peu; ce qui doit importer, non seulement à moi, malheureux prisonnier, mais encore à tous les fonctionnaires rendant la justice, mais encore au roi qui nous gouverne, c'est qu'un innocent ne soit pas victime d'une dénonciation infâme et ne meure pas sous les verrous en maudissant ses bourreaux.

—Vous êtes bien humble aujourd'hui, dit le gouverneur; vous n'avez pas toujours été comme cela. Vous parliez tout autrement, mon cher ami, le jour où vous vouliez assommer votre gardien.

—C'est vrai, monsieur, dit Dantès, et j'en demande bien humblement pardon à cet homme qui a toujours été bon pour moi.... Mais, que voulez-vous? j'étais fou, j'étais furieux.

—Et vous ne l'êtes plus?

—Non, monsieur, car la captivité m'a plié, brisé, anéanti.... Il y a si longtemps que je suis ici!

—Si longtemps?... et à quelle époque avez-vous été arrêté? demanda l'inspecteur.

—Le 28 février 1815, à deux heures de l'après-midi.»

L'inspecteur calcula.

«Nous sommes au 30 juillet 1816; que dites-vous donc? il n'y a que dix-sept mois que vous êtes prisonnier.

—Que dix-sept mois! reprit Dantès. Ah! monsieur, vous ne savez pas ce que c'est que dix-sept mois de prison: dix-sept années, dix-sept siècles; surtout pour un homme qui, comme moi, touchait au bonheur, pour un homme qui, comme moi, allait épouser une femme aimée, pour un homme qui voyait s'ouvrir devant lui une carrière honorable, et à qui tout manque à l'instant; qui, du milieu du jour le plus beau, tombe dans la nuit la plus profonde, qui voit sa carrière détruite, qui ne sait si celle qui l'aimait l'aime toujours, qui ignore si son vieux père est mort ou vivant. Dix-sept mois de prison, pour un homme habitué à l'air de la mer, à l'indépendance du marin, à l'espace, à l'immensité, à l'infini! Monsieur, dix-sept mois de prison, c'est plus que ne le méritent tous les crimes que désigne par les noms les plus odieux la langue humaine. Ayez donc pitié de moi, monsieur, et demandez pour moi, non pas l'indulgence, mais la rigueur; non pas une grâce, mais un jugement; des juges, monsieur, je ne demande que des juges; on ne peut pas refuser des juges à un accusé.

—C'est bien, dit l'inspecteur, on verra.»

Puis, se retournant vers le gouverneur:

«En vérité, dit-il, le pauvre diable me fait de la peine. En remontant, vous me montrerez son livre d'écrou.

—Certainement, dit le gouverneur; mais je crois que vous trouverez contre lui des notes terribles.

—Monsieur, continua Dantès, je sais que vous ne pouvez pas me faire sortir d'ici de votre propre décision; mais vous pouvez transmettre ma demande à l'autorité, vous pouvez provoquer une enquête, vous pouvez, enfin, me faire mettre en jugement: un jugement, c'est tout ce que je demande; que je sache quel crime j'ai commis, et à quelle peine je suis condamné; car, voyez-vous, l'incertitude, c'est le pire de tous les supplices.

—Éclairez-moi, dit l'inspecteur.

—Monsieur, s'écria Dantès, je comprends, au son de votre voix, que vous êtes ému. Monsieur, dites-moi d'espérer.

—Je ne puis vous dire cela, répondit l'inspecteur, je puis seulement vous promettre d'examiner votre dossier.

—Oh! alors, monsieur, je suis libre, je suis sauvé.

—Qui vous a fait arrêter? demanda l'inspecteur.

—M. de Villefort, répondit Dantès. Voyez-le et entendez-vous avec lui.

—M. de Villefort n'est plus à Marseille depuis un an, mais à Toulouse.

—Ah! cela ne m'étonne plus, murmura Dantès: mon seul protecteur est éloigné.

—M. de Villefort avait-il quelque motif de haine contre vous? demanda l'inspecteur.

—Aucun, monsieur; et même il a été bienveillant pour moi.

—Je pourrai donc me fier aux notes qu'il a laissées sur vous ou qu'il me donnera?

—Entièrement, monsieur.

—C'est bien, attendez.»

Dantès tomba à genoux, levant les mains vers le ciel, et murmurant une prière dans laquelle il recommandait à Dieu cet homme qui était descendu dans sa prison, pareil au Sauveur allant délivrer les âmes de l'enfer.

La porte se referma; mais l'espoir descendu avec l'inspecteur était resté enfermé dans le cachot de Dantès.

«Voulez-vous voir le registre d'écrou tout de suite, demanda le gouverneur, ou passer au cachot de l'abbé?

—Finissons-en avec les cachots tout d'un coup, répondit l'inspecteur. Si je remontais au jour, je n'aurais peut-être plus le courage de continuer ma triste mission.

—Ah! celui-là n'est point un prisonnier comme l'autre, et sa folie, à lui, est moins attristante que la raison de son voisin.

—Et quelle est sa folie?

—Oh! une folie étrange: il se croit possesseur d'un trésor immense. La première année de sa captivité, il a fait offrir au gouvernement un million, si le gouvernement le voulait mettre en liberté; la seconde année, deux millions, la troisième, trois millions, et ainsi progressivement. Il en est à sa cinquième année de captivité: il va vous demander de vous parler en secret, et vous offrira cinq millions.

—Ah! ah! c'est curieux en effet, dit l'inspecteur; et comment appelez-vous ce millionnaire?

—L'abbé Faria.

—No 27! dit l'inspecteur.

—C'est ici. Ouvrez, Antoine.»

Le porte-clefs obéit, et le regard curieux de l'inspecteur plongea dans le cachot de l'abbé fou.

C'est ainsi que l'on nommait généralement le prisonnier.

Au milieu de la chambre, dans un cercle tracé sur la terre avec un morceau de plâtre détaché du mur, était couché un homme presque nu, tant ses vêtements étaient tombés en lambeaux. Il dessinait dans ce cercle des lignes géométriques fort nettes, et paraissait aussi occupé de résoudre son problème qu'Archimède l'était lorsqu'il fut tué par un soldat de Marcellus. Aussi ne bougea-t-il pas même au bruit que fit la porte du cachot en s'ouvrant, et ne sembla-t-il se réveiller que lorsque la lumière des torches éclaira d'un éclat inaccoutumé le sol humide sur lequel il travaillait. Alors il se retourna et vit avec étonnement la nombreuse compagnie qui venait de descendre dans son cachot.

Aussitôt, il se leva vivement, prit une couverture jetée sur le pied de son lit misérable, et se drapa précipitamment pour paraître dans un état plus décent aux yeux des étrangers.

«Que demandez-vous? dit l'inspecteur sans varier sa formule.

—Moi, monsieur! dit l'abbé d'un air étonné; je ne demande rien.

—Vous ne comprenez pas, reprit l'inspecteur: je suis agent du gouvernement, j'ai mission de descendre dans les prisons et d'écouter les réclamations des prisonniers.

—Oh! alors, monsieur, c'est autre chose, s'écria vivement l'abbé, et j'espère que nous allons nous entendre.

—Voyez, dit tout bas le gouverneur, cela ne commence-t-il pas comme je vous l'avais annoncé?

—Monsieur, continua le prisonnier, je suis l'abbé Faria, né à Rome, j'ai été vingt ans secrétaire du cardinal Rospigliosi; j'ai été arrêté, je ne sais trop pourquoi, vers le commencement de l'année 1811, depuis ce moment, je réclame ma liberté des autorités italiennes et françaises.

—Pourquoi près des autorités françaises? demanda le gouverneur.

—Parce que j'ai été arrêté à Piombino et que je présume que, comme Milan et Florence, Piombino est devenu le chef-lieu de quelque département français.»

L'inspecteur et le gouverneur se regardèrent en riant.

«Diable, mon cher, dit l'inspecteur, vos nouvelles de l'Italie ne sont pas fraîches.

—Elles datent du jour où j'ai été arrêté, monsieur, dit l'abbé Faria; et comme Sa Majesté l'Empereur avait créé la royauté de Rome pour le fils que le ciel venait de lui envoyer, je présume que, poursuivant le cours de ses conquêtes, il a accompli le rêve de Machiavel et de César Borgia, qui était de faire de toute l'Italie un seul et unique royaume.

—Monsieur, dit l'inspecteur, la Providence a heureusement apporté quelque changement à ce plan gigantesque dont vous me paraissez assez chaud partisan.

—C'est le seul moyen de faire de l'Italie un État fort, indépendant et heureux, répondit l'abbé.

—Cela est possible, répondit l'inspecteur, mais je ne suis pas venu ici pour faire avec vous un cours de politique ultramontaine, mais pour vous demander ce que j'ai déjà fait, si vous avez quelques réclamations à faire sur la manière dont vous êtes nourri et logé.

—La nourriture est ce qu'elle est dans toutes les prisons, répondit l'abbé, c'est-à-dire fort mauvaise; quant au logement, vous le voyez, il est humide et malsain, mais néanmoins assez convenable pour un cachot. Maintenant, ce n'est pas de cela qu'il s'agit mais bien de révélations de la plus haute importance et du plus haut intérêt que j'ai à faire au gouvernement.

—Nous y voici, dit tout bas le gouverneur à l'inspecteur.

—Voilà pourquoi je suis si heureux de vous voir, continua l'abbé, quoique vous m'ayez dérangé dans un calcul fort important, et qui, s'il réussit, changera peut-être le système de Newton. Pouvez-vous m'accorder la faveur d'un entretien particulier?

—Hein! que disais-je! fit le gouverneur à l'inspecteur.

—Vous connaissez votre personne», répondit ce dernier souriant. Puis, se retournant vers Faria:

«Monsieur, dit-il, ce que vous me demandez est impossible.

—Cependant, monsieur, reprit l'abbé, s'il s'agissait de faire gagner au gouvernement une somme énorme, une somme de cinq millions, par exemple?

—Ma foi, dit l'inspecteur en se retournant à son tour vers le gouverneur, vous aviez prédit jusqu'au chiffre.

—Voyons, reprit l'abbé, s'apercevant que l'inspecteur faisait un mouvement pour se retirer, il n'est pas nécessaire que nous soyons absolument seuls; M. le gouverneur pourra assister à notre entretien.

—Mon cher monsieur, dit le gouverneur, malheureusement nous savons d'avance et par cœur ce que vous direz. Il s'agit de vos trésors, n'est-ce pas?»

Faria regarda cet homme railleur avec des yeux où un observateur désintéressé eût vu, certes, luire l'éclair de la raison et de la vérité.

«Sans doute, dit-il; de quoi voulez-vous que je parle, sinon de cela?

—Monsieur l'inspecteur, continua le gouverneur, je puis vous raconter cette histoire aussi bien que l'abbé, car il y a quatre ou cinq ans que j'en ai les oreilles rebattues.

—Cela prouve, monsieur le gouverneur, dit l'abbé, que vous êtes comme ces gens dont parle l'Écriture, qui ont des yeux et qui ne voient pas, qui ont des oreilles et qui n'entendent pas.

—Mon cher monsieur, dit l'inspecteur, le gouvernement est riche et n'a, Dieu merci, pas besoin de votre argent; gardez-le donc pour le jour où vous sortirez de prison.»

L'œil de l'abbé se dilata; il saisit la main de l'inspecteur.

«Mais si je n'en sors pas de prison, dit-il, si, contre toute justice, on me retient dans ce cachot, si j'y meurs sans avoir légué mon secret à personne, ce trésor sera donc perdu! Ne vaut-il pas mieux que le gouvernement en profite, et moi aussi? J'irai jusqu'à six millions, monsieur; oui, j'abandonnerai six millions, et je me contenterai du reste si l'on veut me rendre la liberté.

—Sur ma parole, dit l'inspecteur à demi-voix, si l'on ne savait que cet homme est fou, il parle avec un accent si convaincu qu'on croirait qu'il dit la vérité.

—Je ne suis pas fou, monsieur, et je dis bien la vérité, reprit Faria qui, avec cette finesse d'ouïe particulière aux prisonniers, n'avait pas perdu une seule des paroles de l'inspecteur. Ce trésor dont je vous parle existe bien réellement, et j'offre de signer un traité avec vous, en vertu duquel vous me conduirez à l'endroit désigné par moi; on fouillera la terre sous nos yeux, et si je mens, si l'on ne trouve rien, si je suis un fou, comme vous le dites, eh bien! vous me ramènerez dans ce même cachot, où je resterai éternellement, et où je mourrai sans plus rien demander ni à vous ni à personne.»

Le gouverneur se mit à rire.

«Est-ce bien loin votre trésor? demanda-t-il.

—À cent lieues d'ici à peu près, dit Faria.

—La chose n'est pas mal imaginée, dit le gouverneur; si tous les prisonniers voulaient s'amuser à promener leurs gardiens pendant cent lieues, et si les gardiens consentaient à faire une pareille promenade, ce serait une excellente chance que les prisonniers se ménageraient de prendre la clef des champs dès qu'ils en trouveraient l'occasion, et pendant un pareil voyage l'occasion se présenterait certainement.

—C'est un moyen connu, dit l'inspecteur, et monsieur n'a pas même le mérite de l'invention. Puis, se retournant vers l'abbé.

«Je vous ai demandé si vous étiez bien nourri? dit-il.

—Monsieur, répondit Faria, jurez-moi sur le Christ de me délivrer si je vous ai dit vrai, et je vous indiquerai l'endroit où le trésor est enfoui.

—Êtes-vous bien nourri? répéta l'inspecteur.

—Monsieur, vous ne risquez rien ainsi, et vous voyez bien que ce n'est pas pour me ménager une chance pour me sauver, puisque je resterai en prison tandis qu'on fera le voyage.

—Vous ne répondez pas à ma question, reprit avec impatience l'inspecteur.

—Ni vous à ma demande! s'écria l'abbé. Soyez donc maudit comme les autres insensés qui n'ont pas voulu me croire! Vous ne voulez pas de mon or, je le garderai; vous me refusez la liberté, Dieu me l'enverra. Allez, je n'ai plus rien à dire.»

Et l'abbé, rejetant sa couverture, ramassa son morceau de plâtre, et alla s'asseoir de nouveau au milieu de son cercle, où il continua ses lignes et ses calculs.

«Que fait-il là? dit l'inspecteur se retirant.

—Il compte ses trésors», reprit le gouverneur. Faria répondit à ce sarcasme par un coup d'œil empreint du plus suprême mépris.

Ils sortirent. Le geôlier ferma la porte derrière eux.

«Il aura, en effet, possédé quelques trésors, dit l'inspecteur en remontant l'escalier.

—Ou il aura rêvé qu'il les possédait, répondit le gouverneur, et le lendemain il se sera réveillé fou.

—En effet, dit l'inspecteur avec la naïveté de la corruption; s'il eût été réellement riche, il ne serait pas en prison.»

Ainsi finit l'aventure pour l'abbé Faria. Il demeura prisonnier, et, à la suite de cette visite, sa réputation de fou réjouissant s'augmenta encore.

Caligula ou Néron, ces grands chercheurs de trésors, ces désireurs de l'impossible, eussent prêté l'oreille aux paroles de ce pauvre homme et lui eussent accordé l'air qu'il désirait, l'espace qu'il estimait à un si haut prix, et la liberté qu'il offrait de payer si cher. Mais les rois de nos jours, maintenus dans la limite du probable, n'ont plus l'audace de la volonté; ils craignent l'oreille qui écoute les ordres qu'ils donnent, l'œil qui scrute leurs actions; ils ne sentent plus la supériorité de leur essence divine; ils sont des hommes couronnés, voilà tout. Jadis, ils se croyaient, ou du moins se disaient fils de Jupiter, et retenaient quelque chose des façons du dieu leur père: on ne contrôle pas facilement ce qui se passe au-delà des nuages; aujourd'hui, les rois se laissent aisément rejoindre. Or, comme il a toujours répugné au gouvernement despotique de montrer au grand jour les effets de la prison et de la torture; comme il y a peu d'exemples qu'une victime des inquisitions ait pu reparaître avec ses os broyés et ses plaies saignantes, de même la folie, cet ulcère né dans la fange des cachots à la suite des tortures morales, se cache presque toujours avec soin dans le lieu où elle est née, ou, si elle en sort, elle va s'ensevelir dans quelque hôpital sombre, où les médecins ne reconnaissent ni l'homme ni la pensée dans le débris informe que leur transmet le geôlier fatigué.

L'abbé Faria, devenu fou en prison, était condamné, par sa folie même, à une prison perpétuelle.

Quant à Dantès, l'inspecteur lui tint parole. En remontant chez le gouverneur, il se fit présenter le registre d'écrou. La note concernant le prisonnier était ainsi conçue:

Edmond Dantès: Bonapartiste enragé: a pris une part active au retour de l'île d'Elbe.

À tenir au plus grand secret et sous la plus stricte surveillance.

Cette note était d'une autre écriture et d'une encre différente que le reste du registre ce qui prouvait qu'elle avait été ajoutée depuis l'incarcération de Dantès.

L'accusation était trop positive pour essayer de la combattre. L'inspecteur écrivit donc au-dessous de l'accolade:

«Rien à faire.»

Cette visite avait, pour ainsi dire, ravivé Dantès depuis qu'il était entré en prison, il avait oublié de compter les jours, mais l'inspecteur lui avait donné une nouvelle date et Dantès ne l'avait pas oubliée. Derrière lui, il écrivit sur le mur, avec un morceau de plâtre détaché de son plafond, 30 juillet 1816, et, à partir de ce moment, il fit un cran chaque jour pour que la mesure du temps ne lui échappât plus.

Les jours s'écoulèrent, puis les semaines, puis les mois: Dantès attendait toujours, il avait commencé par fixer à sa liberté un terme de quinze jours. En mettant à suivre son affaire la moitié de l'intérêt qu'il avait paru éprouver, l'inspecteur devait avoir assez de quinze jours. Ces quinze jours écoulés, il se dit qu'il était absurde à lui de croire que l'inspecteur se serait occupé de lui avant son retour à Paris; or, son retour à Paris ne pouvait avoir lieu que lorsque sa tournée serait finie, et sa tournée pouvait durer un mois ou deux; il se donna donc trois mois au lieu de quinze jours. Les trois mois écoulés, un autre raisonnement vint à son aide, qui fit qu'il s'accorda six mois, mais ces six mois écoulés, en mettant les jours au bout les uns des autres, il se trouvait qu'il avait attendu dix mois et demi. Pendant ces dix mois, rien n'avait été changé au régime de sa prison; aucune nouvelle consolante ne lui était parvenue; le geôlier interrogé était muet, comme d'habitude. Dantès commença à douter de ses sens, à croire que ce qu'il prenait pour un souvenir de sa mémoire n'était rien autre chose qu'une hallucination de son cerveau, et que cet ange consolateur qui était apparu dans sa prison y était descendu sur l'aile d'un rêve.

Au bout d'un an, le gouverneur fut changé, il avait obtenu la direction du fort de Ham; il emmena avec lui plusieurs de ses subordonnés et, entre autres, le geôlier de Dantès. Un nouveau gouverneur arriva; il eût été trop long pour lui d'apprendre les noms de ses prisonniers, il se fit représenter seulement leurs numéros. Cet horrible hôtel garni se composait de cinquante chambres; leurs habitants furent appelés du numéro de la chambre qu'ils occupaient, et le malheureux jeune homme cessa de s'appeler de son prénom d'Edmond ou de son nom de Dantès, il s'appela le n 34.

 

第十四章 两犯人

路易十八复位后一年左右,监狱巡查员到伊夫堡来作了一次视察。唐太斯从他那幽深的地牢里听到了那准备迎接巡查员的嘈杂的声音,在地牢里的一般是听不见的,只有听惯了蜘蛛在夜的静寂里织网,凝聚在黑牢顶上的水珠间歇的滴声犯人的耳朵才能听得出来。他猜想生活在自由之中的那些人发生什么不平常的事了。他已很久没同外界发生任何接触了,以致他把自己看作了死人。

巡查员依次视察大牢单间牢房和地牢,有几个犯人,由于他们的行为良好或愚蠢得到了当局的怜悯。巡查员问他们的伙食如何,有什么要求没有。他们一致回答说伙食太坏,要求恢复自由。巡查员又问他们还有什么别的要求没有。他们摇摇头!他们除了自由以外还能希求什么别的呢?巡查员微笑着转过身来对监狱长说:“我真不明白上面为什么要作这些无用的视察,你见过一个犯人,就等于见到了全体犯人,说得总是老一套,什么伙食坏啦,冤枉啦。还有别的犯人吗?”

“有,危险的犯人和发疯的犯人都在地牢里。”

“我们去看看,”巡察查员带着疲乏的神色说。“我得完成我的任务。我们下去吧。”

“请等一下,我们先派两个士兵去,”监狱长说。“那些犯人有时只为了活得不耐烦,想判个死刑,就会毫无意义地走极端,那样你或许可能成为一个牺牲品的。”

“必须采取一切必要的防范措施。”巡查员说。

于是便找来了两个兵,巡查员他们顺着一条污臭,潮湿,黑暗的楼梯往下走,仅走过这些地方,就已使眼睛,鼻子和呼吸感到很难受了。

“噢!”巡查员走到中途停下来说道,“见什么鬼,是谁住在这种地方?”

“一个最危险的谋反分子,一个我们奉命要特别严加看守的人,这个家伙什么都干得出。”

“就他一个人吗?”

“当然罗。”

“他到这儿多久了?”

“有一年了吧。”

“他一来就关在这种地方吗?”

“不,是他想杀死一狱卒以后才关到这里来的。”

“他想杀死狱卒?”

“是呀,就是替我们掌灯的这一个。对不对,安多尼?”

“对,他要杀我!”狱卒回答。

“他一定是发疯了。”巡察说。

“他比疯子还糟糕——他是一个恶鬼!”狱卒答道。

“您要我训斥他一顿吗?”巡查员问。

“噢,不必了,这是没有用的。他已经受够罪的了。而且,他现在差不多已经疯了,再过一年,就会变成一个十足的疯子的。”

“疯了对他来说反而好些,——他的痛苦会少一些。”巡查员说。从这句话上读者可以看出,巡查员是一个较有人情味的人,做他这份差事很合适。

“您说得不错,先生,”监狱长说,“这句话说明您对这一行很有研究,现在,大约再走二十步,下一层楼梯,我们就可以在一间地牢里看见一个老神甫,他原是意大利一个政党的领袖,从一八一一年起他就在这儿了,一八一三年发了疯,从那时起,他就来了一个惊人的转变。他时而哭,时而笑。以前愈来愈瘦,现在胖起来了。您最好还是去看看他,别去看那个,因为他疯得很有趣。”

“两个我都要看,”巡查员回答,“我做事不能敷衍唐塞。”

这是巡查员第一次视察,他想显示一下他的权威。“我们先去看这一个。”他又说。

“好的。”监狱长答道。于是他向狱卒示意,叫他打开牢门。

听到钥匙在锁里的转动的声音以及铰链的嘎嘎声,那本来踯伏在地牢的一角,带着说不出的快乐在享受从铁栅里射进来的一线微光的唐太斯,他抬起头来。看到了一个陌生人,两个狱卒掌着灯,还有两个兵陪着他,而且监狱长还脱了帽对他讲话,唐太斯猜到来者是何许人,知道他向上层当局申诉的时机到了,于是合着双手跳向前去。

两个兵急忙用他们的刺刀向前一挡,因为他们以为他要来伤害巡查员,巡查员也退后了两三步。唐太斯看出自己被人当作是一个危险的犯人了。于是,他脸上做了一个心地最温顺,最卑微的人所能有的全部表情,用一种令人非常惊讶的虔敬的雄辩进行了一番表白,想打动巡查员的心。

巡查员留神倾听着,然后转向监狱长,说道:“他会皈依宗教的,他已经驯服多了。他很害怕,看见刺刀就后退,疯子是什么都不怕的。这一点在夏朗东曾出于好奇心而观察过几次。”

然后他又转向犯人,“你有什么要求?”他说。

“我要求知道我犯了什么罪,我要求公开审判,总而言之,我要求:假如我有罪,就枪毙我,假如我是冤枉的,就该让我自由。”

“你的伙食怎么样?”巡查员说。

“还可以,我也不知道,但那没有关系。真正重要的是,一个清白无辜的人,不该是一次卑鄙的告密的牺牲品,不该就这样一直咒骂着他的刽子手而老死在狱中,这不仅关系到我这个不幸的犯人,还关系到司法长官,更关系到统治我们的国王。”

“你今天倒非常恭顺,”监狱长说。“但你并不总是这样的,譬如说,那一天,你就要想杀死狱卒。”

“不错,先生,我请他原谅,因为他一向待我很好,我当时非常恼怒,简直是发疯啦。”

“你现在不那样了吗?”

“不了,监狱生活已经使我低头屈膝,俯首贴耳了。我来这儿已经这么久啦。”

“这么久啦?你是什么时候被捕的?”巡查员问。

“一八一五年二月二十八日,下午两点半钟。”

“今天是一八一六年七月三十。咦,才十七个月呀。”

“才十七个月!”唐太斯答道。“噢,您不知道在监狱里的十七个月意味着什么!那简直等于说十七个世纪,尤其是象我这样一个即将得到幸福,将和他所喜欢的女子结婚的人,他看到光明的前途就在他眼前而霎那间竟一切都失去了,他从最欢乐的白天一下子堕入了无穷无尽的黑夜。他看到自己的前途给毁灭了,他不知道他未婚妻的命运现在怎样了,也不知道他年老的父亲究竟是否还活着!十七个月的监狱生活对一个呼吸惯了海上的空气,过惯了水手的独立生活,看惯了海阔天空,无拘无束的人是太难过了!先生,即使是犯了人类史上最令人发指的罪行,十七个月的禁闭也是惩罚得太重了。可怜可怜我吧,我不求赦罪,只求公开审判。先生,我只要求见一见法官,他们是不该拒绝审问嫌疑犯的。”

“我们研究研究吧,”巡查员说,然后转向监狱长,“凭良心说,这个可怜的犯人真使我有点感动了。你一定得把他的档案给我看看。”

“当然可以,但您只会看到对他不利的可怕的记录。”

“先生,”唐太斯又说,“我知道您无权释放我的,但您可以代我向上面提出请求,您可以使我受审,我所要求的仅此而已。”

“你说明白一点。”巡查员说。

“先生,”唐太斯大声说道,“从您的声音里我可以听出您已经被怜悯心所感动了,请告诉我,至少我有希望吧。”

“我还不能这样说,”巡查员答道,“我只能答应调查一下你的案子。”

“噢,那么我自由了!我得救了!”

“是谁下令逮捕你的?”

“是维尔福先生。请去见他,听他说些什么。”

“维尔福先生已不在马赛了,他现在在图卢兹。”

“怪不得我迟迟不放,”唐太斯喃喃地说,“原来我唯一的保护人调走了。”

“他对你有没有什么私人的恩怨?”

“一点没有,正相反,他对我非常好。”

“那么,关于你的事,我可以信赖他所留下来的记录或他给我的意见了?”

“绝对可信。”

“很好,那么,耐心等着吧。”

唐太斯跪下来,喃喃地祷告着,他祈祷上帝赐福于这个象救世主去拯救地狱里的灵魂一样到他狱中来的这个人。门又关上了,但现在唐太斯心中又怀有了一个新来的希望。

“您是想马上看那档案呢,还是先去看看别的牢房?”监狱长问。

“我们先把牢房看完了再说吧,”巡查员说。“我一旦上去了,恐怕就没有勇气再下来了。”

“嗯,这个犯人,不象那一个。他疯得跟他的邻居不一样,也不那么感动人。”

“他有什么怪念头?”

“他只认为他有着一处极大的宝藏。头一年,他提议献给政府一百万让他自由,第二年,两百万,第三年,三百万,不断地这样加上去。现在他入狱已经是五个年头了,他一定会要求和您密谈,给您五百万的。”

“哦,那倒的确很有趣。这位大富翁叫什么名字?”

“法利亚神甫。”

“二十七号。”巡查员说。

“就是这里,打开门,安多尼。”

狱卒遵命打开了牢门,巡查员好奇地向“疯神甫”的牢房里探视着。在这个地牢的中央,有一个用从墙壁上挖下来的石灰画成的圆圈,圆圈里坐着一个人,他的衣服已成了碎布条,难以遮住身体了。他正在圆圈里划几何线,那神态就象阿基米德当马赛鲁斯的兵来杀他时的那样全神贯注。尽管开门的声音很响,但他却一动也不动,继续演算他的问题,直到火炬的光以稀有的光芒照亮了地牢阴暗的墙壁,他才抬起头来,很惊奇地发现他的地牢里竟来了这么多人。他急忙从他的床上抓过被单,把他自己裹了起来。

“你有什么要求?”巡查员问。

“我吗,先生!”神甫带着一种惊愕的神气答道,“我什么要求也没有。”

“你没弄明白,”巡查员又说,“我是当局派来视察监狱,听取犯人的要求的。”

“哦,那就不同了,”神甫大声说,“我希望我们大家能互想谅解。”

“又来了,监狱长低声说道,“就象我告诉过您的那样,他又要开始讲了。”

“先生,”犯人继续说道,“我是法里亚神甫,罗马人。我曾给红衣主教斯巴达当过二十年秘书。我是在一八一一年被捕的,是什么原因我却不知道。从那时起,我就在向意法两国政府要求还我自由。”

“为什么要向法国政府要求呢?”

“因为我是在皮昂比诺被捕的,而据我推测,象梅朗和佛罗伦萨一样,皮昂比诺已成为法国所属的省会了。”

巡查员和监狱长相视而笑。

“见鬼!亲爱的,”巡察员说,“你从意大利得来的新闻已经是老皇历啦!”

“这是根据我被捕那一天的消息推测的,”法利亚神甫答道。“既然皇帝要为他的儿子建立罗马王国,我想他大概也已实现了马基难里和凯撒•布琪亚的梦想,把意大利变成了一个统一的王国了吧。”

“先生,”巡查员回答说,“上帝已经把你这个看来竭诚支持的计划改变过了。”

“这可是使意大利获得幸福和独立和唯一方法呀。”

“可能是吧,但我不是来和你讨论意大利政治的,我是来问你,你对于吃的和住的有什么要求吗。”

“吃的东西和其他监狱一样,也就是说,坏极了,住的地方非常不卫生,但既然是地牢,也总算还过得去。这都没什么关系。我要讲的是一个秘密,我所要揭露的秘密可是极其重要的。”

“那一套又来了。”监狱长耳语道。

“为了那个理由,我很高兴见到您,”神甫继续说道,“尽管您刚才打断了我一次最重要的演算,如果那个演算成功,可能会把牛顿的学说都改变过来。您能允许我同您私下谈几句话吗?”

“我说得怎么样?”监狱长说。

“你的确了解。”巡查员回答道。

“你所要求的事是不可能的,先生。”他对法利亚说道。

“可是,神甫说,“我要和您说的可是很大一笔钱,达五百万呢。”

“正是你所说的那个数目。”这次是巡查员对监狱长耳语了。

“当然,法里亚看到巡查员已想走开,就继续说,“我们也并非绝对要单独谈话,监狱长也可以在场。”

“不幸的是,”监狱长说,“我早已知道你要说什么了,是关于你的宝藏,是不是?”

法里亚眼睛盯住他,那种表情足以使任何人都相信他是神志清楚的。“当然罗,”他说,“除此之外我还有什么可说的呢?”

“巡查员先生,监狱长又说,“那个故事我也可以告诉您,因为它已经在我耳边喋喋不休了四五年了。”

“那就证明,”神甫说道。“你正如《圣经》上所说的那些人,他们视而不见,听而不闻。”

“政府不需要你的宝藏,”巡查员说道:“留着吧,等你释放以后自己享用好了。”

神甫的眼睛闪闪发光,他一把抓住巡查员的手。“可以假如我出不了狱呢,”他大声说道。“假如,偏偏不讲公道,我被老关在这间地牢里,假如我死在这儿而不曾告诉过任何人我的秘密,则那个宝藏不是就白白地丧失了吗?”倒不如由政府享一点利益,我自己也享受一点,那不更好吗?”我情愿出到六百万,先生,是的,我愿意放弃六百万,余下的那些我也就满足了,只要换来我的自由。”

“老实说,”巡查员低声说道,“要不是你事先早告诉我这个人是个疯子,说不定我真会相信他说的话呢。”

“我没有疯!”法里亚大声回答说道,他有着犯人们那特有的敏锐的听觉,把巡查员所说的每一个字都听得清清楚楚。

“我所说的宝藏真有其事,我提议来签订一个协议,内容说明,我答应领你们到那个地方去,由你们来挖,假如我欺骗了你们,就把我再带回到这儿来,我不求别的。”

监狱长大笑起来。“那个地方离这儿远吗?”

“三百里。”

“这个主意倒不坏,”监狱长说道。“假如每个犯人都想作一次三百里的旅行,而他们的看守又答应陪他们去,他们倒是有了一个很妙的逃跑的机会了。”

“这个办法并不新奇,巡查员说道,“神甫先生看来是不能享受发明权了。”然后他又转向法里亚,“我已经问过了你的伙食怎么样?”他说。

“请对我发个誓,”法里亚答道,“假如我对您讲的话证明是真实的话,就一定要让我自由,那么你们去那儿,我可以留在这儿等。”

“你的伙食怎么样?”巡查员又问了一遍。

“先生,你们毫无危险呀,因为,如我所说的,我愿意在这儿等,那我就不会有逃跑的机会啦。”

“你还没回答我的问题呢。”巡查员不耐烦地说道。

“你也没回答我的呀,”神甫大声说道。“那以,你也该受诅咒!象其他那些不肯相信我的傻瓜一样。你不愿意接受我的金子,我就留着给自己。你不肯给我自由,上帝会给我的。你们走吧!我没什么可说的了。”于是神甫扔下他的床单,又坐回到了老地方,继续进行他的演算去了。

“他在那儿干什么?”

“在计算他的宝藏呢。”监狱长回答说。

法里亚以极其轻蔑的一瞥回敬了这句讽刺他的话。

他们走了出去,狱卒在他们身后把门又锁上了。

“或许他曾一度有过钱。”巡查员说。

“也许是做梦发了财,醒来后就疯了。”

“总而言之,”巡查员说,“假如他有钱,他就不会到这儿来了。”这句话坦白道出了当时的腐败情形。

法里亚神甫的这次遭遇就这样结束了。他依旧还是住在他的地牢里,这次视察只是更加使人相信他是个疯子了。

假如神甫遭到的是那些热衷于寻找宝藏的人,那些认为天下没有办不到之事的狂想者,如凯力球垃王或尼罗王,则他们就会答应这个可怜的人,允许他以他的财富来换取他迫切祈求得到的自由和空气。但近代的国王,他们生活的天地是这样狭窄,已不再有勇气狂想了。从前,国王都相信他们是天神的儿子,或至少如此自以为是,而且多少还带着点他们父亲天神的风度。而现在,云层后面的变幻虽尚无法控制,但国王却已都自视为常人了。

要专制政府允许那些牺牲在他人的政权之下的重见天日,一向是和他们的政策相违背的。犯人被毒打得肢体不全,血肉模糊,法庭当然不愿意他再被人看见,疯子总是被藏在地牢里的,即使让他出狱,也不过是往某个阴气沉沉的医院里一送,狱卒送他到那儿时往往只是一具变了形的人体残骸了,连医生也认不出这还是一个人,还留有一点思想。法里亚神是在监狱里发疯的,单凭他的发疯就足以判他无期徒刑。

巡查员实践了他对唐太斯的诺言。他检查了档案,找到了下面这张关于他的记录:

爱德蒙•唐太斯拿破仑党分子,曾负责协助逆贼自厄尔巴岛归来。应严加看守,小心戒备。

这条记录的笔迹和其它的不同,证明是在他入狱以后附加的。巡查员面对眼前记录上这个无法抗争的罪名,只得批上一句,“无需复议。”

那次巡查又在唐太斯的心中重新燃起了希望。自从入狱以来,他已忘记了计算日期。但巡查员给了他一个新的日期,他没有忘记。他用一块从屋顶上掉下来的石灰在墙上写道,“一八一六年七月三十日”,从那时起,他每天做一个记号,以免再把日子忘掉。日子一天天,一个星期一个星期地过去了,后来是一个月一个月地过去了,唐太斯仍然处在期待之中。他最初预计可在两个星期以内释放。可是两个星期过去然后他想到巡查员可在回到巴黎以前是不会有所行动的,而他要在巡查完毕以后才能回到那儿,所以他又定期为三个月。但三个月也过去了,三个月之后又过了六个月。在这么长一段时间里,没有发生任何有利的转变。于是唐太斯开始幻想,认为巡查员的视察只不过是一个梦,是脑子里的一个幻想而已。

一年以后,监狱长被调任汉姆市长。他带走了几个下属,看管唐太斯的狱卒也在其中。新监狱长到任了。他认为记犯人的名字实在太麻烦了,所以干脆他用他们的号码来代替。这个可怕的地方一共有五十个房间,犯人们以他们的房间号码来命名。那不幸的青年已不再叫爱德蒙•唐太斯,他现在成了“三十四号”。




XV Le numéro 34 et le numéro 27.

Dantès passa tous les degrés du malheur que subissent les prisonniers oubliés dans une prison.

Il commença par l'orgueil, qui est une suite de l'espoir et une conscience de l'innocence; puis il en vint à douter de son innocence, ce qui ne justifiait pas mal les idées du gouverneur sur l'aliénation mentale; enfin il tomba du haut de son orgueil, il pria, non pas encore Dieu, mais les hommes; Dieu est le dernier recours. Le malheureux, qui devrait commencer par le Seigneur, n'en arrive à espérer en lui qu'après avoir épuisé toutes les autres espérances.

Dantès pria donc qu'on voulût bien le tirer de son cachot pour le mettre dans un autre, fût-il plus noir et plus profond. Un changement, même désavantageux, était toujours un changement, et procurerait à Dantès une distraction de quelques jours. Il pria qu'on lui accordât la promenade, l'air, des livres, des instruments. Rien de tout cela ne lui fut accordé; mais n'importe, il demandait toujours. Il s'était habitué à parler à son nouveau geôlier, quoiqu'il fût encore, s'il était possible, plus muet que l'ancien; mais parler à un homme, même à un muet, était encore un plaisir. Dantès parlait pour entendre le son de sa propre voix: il avait essayé de parler lorsqu'il était seul, mais alors il se faisait peur.

Souvent, du temps qu'il était en liberté, Dantès s'était fait un épouvantail de ces chambrées de prisonniers, composées de vagabonds, de bandits et d'assassins, dont la joie ignoble met en commun des orgies inintelligibles et des amitiés effrayantes. Il en vint à souhaiter d'être jeté dans quelqu'un de ces bouges, afin de voir d'autres visages que celui de ce geôlier impassible qui ne voulait point parler; il regrettait le bagne avec son costume infamant, sa chaîne au pied, sa flétrissure sur l'épaule. Au moins, les galériens étaient dans la société de leurs semblables, ils respiraient l'air, ils voyaient le ciel; les galériens étaient bien heureux.

Il supplia un jour le geôlier de demander pour lui un compagnon, quel qu'il fût, ce compagnon dût-il être cet abbé fou dont il avait entendu parler. Sous l'écorce du geôlier, si rude qu'elle soit, il reste toujours un peu de l'homme. Celui-ci avait souvent, du fond du cœur, et quoique son visage n'en eût rien dit, plaint ce malheureux jeune homme, à qui la captivité était si dure; il transmit la demande du numéro 34 au gouverneur; mais celui-ci, prudent comme s'il eût été un homme politique, se figura que Dantès voulait ameuter les prisonniers, tramer quelque complot, s'aider d'un ami dans quelque tentative d'évasion, et il refusa.

Dantès avait épuisé le cercle des ressources humaines. Comme nous avons dit que cela devait arriver, il se tourna alors vers Dieu.

Toutes les idées pieuses éparses dans le monde, et que glanent les malheureux courbés par la destinée, vinrent alors rafraîchir son esprit; il se rappela les prières que lui avait apprises sa mère, et leur trouva un sens jadis ignoré de lui; car, pour l'homme heureux, la prière demeure un assemblage monotone et vide de sens, jusqu'au jour où la douleur vient expliquer à l'infortuné ce langage sublime à l'aide duquel il parle à Dieu.

Il pria donc, non pas avec ferveur, mais avec rage. En priant tout haut, il ne s'effrayait plus de ses paroles; alors il tombait dans des espèces d'extases; il voyait Dieu éclatant à chaque mot qu'il prononçait; toutes les actions de sa vie humble et perdue, il les rapportait à la volonté de ce Dieu puissant, s'en faisait des leçons, se proposait des tâches à accomplir, et, à la fin de chaque prière, glissait le vœu intéressé que les hommes trouvent bien plus souvent moyen d'adresser aux hommes qu'à Dieu: Et pardonnez-nous nos offenses, comme nous les pardonnons à ceux qui nous ont offensés.

Malgré ses prières ferventes, Dantès demeura prisonnier.

Alors son esprit devint sombre, un nuage s'épaissit devant ses yeux. Dantès était un homme simple et sans éducation; le passé était resté pour lui couvert de ce voile sombre que soulève la science. Il ne pouvait, dans la solitude de son cachot et dans le désert de sa pensée, reconstruire les âges révolus, ramener les peuples éteints, rebâtir les villes antiques, que l'imagination grandit et poétise, et qui passent devant les yeux, gigantesques et éclairées par le feu du ciel, comme les tableaux babyloniens de Martinn; lui n'avait que son passé si court, son présent si sombre son avenir si douteux: dix-neuf ans de lumière à méditer peut-être dans une éternelle nuit! Aucune distraction ne pouvait donc lui venir en aide: son esprit énergique, et qui n'eût pas mieux aimé que de prendre son vol à travers les âges, était forcé de rester prisonnier comme un aigle dans une cage. Il se cramponnait alors à une idée, à celle de son bonheur détruit sans cause apparente et par une fatalité inouïe; il s'acharnait sur cette idée, la tournant, la retournant sur toutes les faces, et la dévorant pour ainsi dire à belles dents, comme dans l'enfer de Dante l'impitoyable Ugolin dévore le crâne de l'archevêque Roger. Dantès n'avait eu qu'une foi passagère, basée sur la puissance; il la perdit comme d'autres la perdent après le succès. Seulement, il n'avait pas profité.

La rage succéda à l'ascétisme. Edmond lançait des blasphèmes qui faisaient reculer d'horreur le geôlier; il brisait son corps contre les murs de sa prison; il s'en prenait avec fureur à tout ce qui l'entourait, et surtout à lui-même, de la moindre contrariété que lui faisait éprouver un grain de sable, un fétu de paille, un souffle d'air. Alors cette lettre dénonciatrice qu'il avait vue, que lui avait montrée Villefort, qu'il avait touchée, lui revenait à l'esprit, chaque ligne flamboyait sur la muraille comme le Mane, Thecel, Pharès de Balthazar. Il se disait que c'était la haine des hommes et non la vengeance de Dieu qui l'avait plongé dans l'abîme où il était; il vouait ces hommes inconnus à tous les supplices dont son ardente imagination lui fournissait l'idée, et il trouvait encore que les plus terribles étaient trop doux et surtout trop courts pour eux; car après le supplice venait la mort; et dans la mort était, sinon le repos, du moins l'insensibilité qui lui ressemble.

À force de se dire à lui-même, à propos de ses ennemis, que le calme était la mort, et qu'à celui qui veut punir cruellement il faut d'autres moyens que la mort, il tomba dans l'immobilité morne des idées de suicide; malheur à celui qui, sur la pente du malheur, s'arrête à ces sombres idées! C'est une de ces mers mortes qui s'étendent comme l'azur des flots purs, mais dans lesquelles le nageur sent de plus en plus s'engluer ses pieds dans une vase bitumineuse qui l'attire à elle, l'aspire, l'engloutit. Une fois pris ainsi, si le secours divin ne vient point à son aide, tout est fini, et chaque effort qu'il tente l'enfonce plus avant dans la mort.

Cependant cet état d'agonie morale est moins terrible que la souffrance qui l'a précédé et que le châtiment qui le suivra peut-être; c'est une espèce de consolation vertigineuse qui vous montre le gouffre béant, mais au fond du gouffre le néant. Arrivé là, Edmond trouva quelque consolation dans cette idée; toutes ses douleurs, toutes ses souffrances, ce cortège de spectres qu'elles tramaient à leur suite, parurent s'envoler de ce coin de sa prison où l'ange de la mort pouvait poser son pied silencieux. Dantès regarda avec calme sa vie passée, avec terreur sa vie future, et choisit ce point milieu qui lui paraissait être un lieu d'asile.

«Quelquefois, se disait-il alors, dans mes courses lointaines, quand j'étais encore un homme, et quand cet homme, libre et puissant, jetait à d'autres hommes des commandements qui étaient exécutés, j'ai vu le ciel se couvrir, la mer frémir et gronder, l'orage naître dans un coin du ciel, et comme un aigle gigantesque battre les deux horizons de ses deux ailes; alors je sentais que mon vaisseau n'était plus qu'un refuge impuissant, car mon vaisseau, léger comme une plume à la main d'un géant, tremblait et frissonnait lui-même. Bientôt, au bruit effroyable des lames, l'aspect des rochers tranchants m'annonçait la mort, et la mort m'épouvantait; je faisais tous mes efforts pour y échapper, et je réunissais toutes les forces de l'homme et toute l'intelligence du marin pour lutter avec Dieu!... C'est que j'étais heureux alors, c'est que revenir à la vie, c'était revenir au bonheur; c'est que cette mort, je ne l'avais pas appelée, je ne l'avais pas choisie; c'est que le sommeil enfin me paraissait dur sur ce lit d'algues et de cailloux; c'est que je m'indignais, moi qui me croyais une créature faite à l'image de Dieu de servir, après ma mort, de pâture aux goélands et aux vautours. Mais aujourd'hui c'est autre chose: j'ai perdu tout ce qui pouvait me faire aimer la vie, aujourd'hui la mort me sourit comme une nourrice à l'enfant qu'elle va bercer; mais aujourd'hui je meurs à ma guise, et je m'endors las et brisé, comme je m'endormais après un de ces soirs de désespoir et de rage pendant lesquels j'avais compté trois mille tours dans ma chambre, c'est-à-dire trente mille pas, c'est-à-dire à peu près dix lieues.»

Dès que cette pensée eut germé dans l'esprit du jeune homme, il devint plus doux, plus souriant; il s'arrangea mieux de son lit dur et de son pain noir, mangea moins, ne dormit plus, et trouva à peu près supportable ce reste d'existence qu'il était sûr de laisser là quand il voudrait, comme on laisse un vêtement usé.

Il y avait deux moyens de mourir: l'un était simple, il s'agissait d'attacher son mouchoir à un barreau de la fenêtre et de se pendre; l'autre consistait à faire semblant de manger et à se laisser mourir de faim. Le premier répugna fort à Dantès. Il avait été élevé dans l'horreur des pirates, gens que l'on pend aux vergues des bâtiments; la pendaison était donc pour lui une espèce de supplice infamant qu'il ne voulait pas s'appliquer à lui-même; il adopta donc le deuxième, et en commença l'exécution le jour même.

Près de quatre années s'étaient écoulées dans les alternatives que nous avons racontées. À la fin de la deuxième, Dantès avait cessé de compter les jours et était retombé dans cette ignorance du temps dont autrefois l'avait tiré l'inspecteur.

Dantès avait dit: «Je veux mourir» et s'était choisi son genre de mort; alors il l'avait bien envisagé, et de peur de revenir sur sa décision, il s'était fait serment à lui-même de mourir ainsi. Quand on me servira mon repas du matin et mon repas du soir, avait-il pensé, je jetterai les aliments par la fenêtre et j'aurai l'air de les avoir mangés.

Il le fit comme il s'était promis de le faire. Deux fois le jour, par la petite ouverture grillée qui ne lui laissait apercevoir que le ciel, il jetait ses vivres, d'abord gaiement, puis avec réflexion, puis avec regret; il lui fallut le souvenir du serment qu'il s'était fait pour avoir la force de poursuivre ce terrible dessein. Ces aliments, qui lui répugnaient autrefois, la faim, aux dents aiguës, les lui faisait paraître appétissants à l'œil et exquis à l'odorat; quelquefois, il tenait pendant une heure à sa main le plat qui le contenait, l'œil fixé sur ce morceau de viande pourrie ou sur ce poisson infect, et sur ce pain noir et moisi. C'étaient les derniers instincts de la vie qui luttaient encore en lui et qui de temps en temps terrassaient sa résolution. Alors son cachot ne lui paraissait plus aussi sombre, son état lui semblait moins désespéré; il était jeune encore; il devait avoir vingt-cinq ou vingt-six ans, il lui restait cinquante ans à vivre à peu près, c'est-à-dire deux fois ce qu'il avait vécu. Pendant ce laps de temps immense, que d'événements pouvaient forcer les portes, renverser les murailles du château d'If et le rendre à la liberté! Alors, il approchait ses dents du repas que, Tantale volontaire, il éloignait lui-même de sa bouche; mais alors le souvenir de son serment lui revenait à l'esprit, et cette généreuse nature avait trop peur de se mépriser soi-même pour manquer à son serment. Il usa donc, rigoureux et impitoyable, le peu d'existence qui lui restait, et un jour vint où il n'eut plus la force de se lever pour jeter par la lucarne le souper qu'on lui apportait.

Le lendemain il ne voyait plus, il entendait à peine. Le geôlier croyait à une maladie grave; Edmond espérait dans une mort prochaine.

La journée s'écoula ainsi: Edmond sentait un vague engourdissement, qui ne manquait pas d'un certain bien-être, le gagner. Les tiraillements nerveux de son estomac s'étaient assoupis; les ardeurs de sa soif s'étaient calmées; lorsqu'il fermait les yeux, il voyait une foule de lueurs brillantes pareilles à ces feux follets qui courent la nuit sur les terrains fangeux: c'était le crépuscule de ce pays inconnu qu'on appelle la mort. Tout à coup le soir, vers neuf heures il entendit un bruit sourd à la paroi du mur contre lequel il était couché.

Tant d'animaux immondes étaient venus faire leur bruit dans cette prison que, peu à peu, Edmond avait habitué son sommeil à ne pas se troubler de si peu de chose; mais cette fois, soit que ses sens fussent exaltés par l'abstinence, soit que réellement le bruit fût plus fort que de coutume, soit que dans ce moment suprême tout acquît de l'importance, Edmond souleva sa tête pour mieux entendre.

C'était un grattement égal qui semblait accuser, soit une griffe énorme, soit une dent puissante, soit enfin la pression d'un instrument quelconque sur des pierres.

Bien qu'affaibli, le cerveau du jeune homme fut frappé par cette idée banale constamment présente à l'esprit des prisonniers: la liberté. Ce bruit arrivait si juste au moment où tout bruit allait cesser pour lui, qu'il lui semblait que Dieu se montrait enfin pitoyable à ses souffrances et lui envoyait ce bruit pour l'avertir de s'arrêter au bord de la tombe où chancelait déjà son pied. Qui pouvait savoir si un de ses amis, un de ces êtres bien-aimés auxquels il avait songé si souvent qu'il y avait usé sa pensée, ne s'occupait pas de lui en ce moment et ne cherchait pas à rapprocher la distance qui les séparait?

Mais non, sans doute Edmond se trompait, et c'était un de ces rêves qui flottent à la porte de la mort.

Cependant, Edmond écoutait toujours ce bruit. Ce bruit dura trois heures à peu près, puis Edmond entendit une sorte de croulement, après quoi le bruit cessa.

Quelques heures après, il reprit plus fort et plus rapproché. Déjà Edmond s'intéressait à ce travail qui lui faisait société; tout à coup le geôlier entra.

Depuis huit jours à peu près qu'il avait résolu de mourir, quatre jours qu'il avait commencé de mettre ce projet à exécution, Edmond n'avait point adressé la parole à cet homme, ne lui répondant pas quand il lui avait parlé pour lui demander de quelle maladie il croyait être atteint, et se retournant du côté du mur quand il en était regardé trop attentivement. Mais aujourd'hui, le geôlier pouvait entendre ce bruissement sourd, s'en alarmer, y mettre fin, et déranger ainsi peut-être ce je ne sais quoi d'espérance, dont l'idée seule charmait les derniers moments de Dantès.

Le geôlier apportait à déjeuner.

Dantès se souleva sur son lit, et, enflant sa voix, se mit à parler sur tous les sujets possibles, sur la mauvaise qualité des vivres qu'il apportait, sur le froid dont on souffrait dans ce cachot, murmurant et grondant pour avoir le droit de crier plus fort, et lassant la patience du geôlier, qui justement ce jour-là avait sollicité pour le prisonnier malade un bouillon et du pain frais, et qui lui apportait ce bouillon et ce pain.

Heureusement, il crut que Dantès avait le délire; il posa les vivres sur la mauvaise table boiteuse sur laquelle il avait l'habitude de les poser, et se retira.

Libre alors, Edmond se remit à écouter avec joie.

Le bruit devenait si distinct que, maintenant, le jeune homme l'entendait sans efforts.

«Plus de doute, se dit-il à lui-même, puisque ce bruit continue, malgré le jour, c'est quelque malheureux prisonnier comme moi qui travaille à sa délivrance. Oh! si j'étais près de lui, comme je l'aiderais!»

Puis, tout à coup, un nuage sombre passa sur cette aurore d'espérance dans ce cerveau habitué au malheur et qui ne pouvait se reprendre que difficilement aux joies humaines; cette idée surgit aussitôt, que ce bruit avait pour cause le travail de quelques ouvriers que le gouverneur employait aux réparations d'une chambre voisine.

Il était facile de s'en assurer; mais comment risquer une question? Certes, il était tout simple d'attendre l'arrivée du geôlier, de lui faire écouter ce bruit, et de voir la mine qu'il ferait en l'écoutant; mais se donner une pareille satisfaction, n'était-ce pas trahir des intérêts bien précieux pour une satisfaction bien courte? Malheureusement, la tête d'Edmond, cloche vide, était assourdie par le bourdonnement d'une idée; il était si faible que son esprit flottait comme une vapeur, et ne pouvait se condenser autour d'une pensée. Edmond ne vit qu'un moyen de rendre la netteté à sa réflexion et la lucidité à son jugement; il tourna les yeux vers le bouillon fumant encore que le geôlier venait de déposer sur la table, se leva, alla en chancelant jusqu'à lui, prit la tasse, la porta à ses lèvres, et avala le breuvage qu'elle contenait avec une indicible sensation de bien-être.

Alors il eut le courage d'en rester là: il avait entendu dire que de malheureux naufragés recueillis, exténués par la faim, étaient morts pour avoir gloutonnement dévoré une nourriture trop substantielle. Edmond posa sur la table le pain qu'il tenait déjà presque à portée de sa bouche, et alla se recoucher. Edmond ne voulait plus mourir.

Bientôt, il sentit que le jour rentrait dans son cerveau; toutes ses idées, vagues et presque insaisissables, reprenaient leur place dans cet échiquier merveilleux, où une case de plus peut-être suffit pour établir la supériorité de l'homme sur les animaux. Il put penser et fortifier sa pensée avec le raisonnement.

Alors il se dit:

«Il faut tenter l'épreuve, mais sans compromettre personne. Si le travailleur est un ouvrier ordinaire, je n'ai qu'à frapper contre mon mur, aussitôt il cessera sa besogne pour tâcher de deviner quel est celui qui frappe et dans quel but il frappe. Mais comme son travail sera non seulement licite, mais encore commandé, il reprendra bientôt son travail. Si au contraire c'est un prisonnier, le bruit que je ferai l'effrayera; il craindra d'être découvert; il cessera son travail et ne le reprendra que ce soir, quand il croira tout le monde couché et endormi.»

Aussitôt, Edmond se leva de nouveau. Cette fois, ses jambes ne vacillaient plus et ses yeux étaient sans éblouissements. Il alla vers un angle de sa prison, détacha une pierre minée par l'humidité, et revint frapper le mur à l'endroit même où le retentissement était le plus sensible.

Il frappa trois coups.

Dès le premier, le bruit avait cessé, comme par enchantement.

Edmond écouta de toute son âme. Une heure s'écoula, deux heures s'écoulèrent, aucun bruit nouveau ne se fit entendre; Edmond avait fait naître de l'autre côté de la muraille un silence absolu.

Plein d'espoir, Edmond mangea quelques bouchées de son pain, avala quelques gorgées d'eau, et, grâce à la constitution puissante dont la nature l'avait doué, se retrouva à peu près comme auparavant.

La journée s'écoula, le silence durait toujours.

La nuit vint sans que le bruit eût recommencé.

«C'est un prisonnier», se dit Edmond avec une indicible joie.

Dès lors sa tête s'embrasa, la vie lui revint violente à force d'être active.

La nuit se passa sans que le moindre bruit se fît entendre.

Edmond ne ferma pas les yeux de cette nuit.

Le jour revint; le geôlier rentra apportant les provisions. Edmond avait déjà dévoré les anciennes; il dévora les nouvelles, écoutant sans cesse ce bruit qui ne revenait pas, tremblant qu'il eût cessé pour toujours, faisant dix ou douze lieues dans son cachot, ébranlant pendant des heures entières les barreaux de fer de son soupirail, rendant l'élasticité et la vigueur à ses membres par un exercice désappris depuis longtemps, se disposant enfin à reprendre corps à corps sa destinée à venir, comme fait, en étendant ses bras, et en frottant son corps d'huile, le lutteur qui va entrer dans l'arène. Puis, dans les intervalles de cette activité fiévreuse il écoutait si le bruit ne revenait pas, s'impatientant de la prudence de ce prisonnier qui ne devinait point qu'il avait été distrait dans son œuvre de liberté par un autre prisonnier, qui avait au moins aussi grande hâte d'être libre que lui.

Trois jours s'écoulèrent, soixante-douze mortelles heures comptées minute par minute!

Enfin un soir, comme le geôlier venait de faire sa dernière visite, comme pour la centième fois Dantès collait son oreille à la muraille, il lui sembla qu'un ébranlement imperceptible répondait sourdement dans sa tête, mise en rapport avec les pierres silencieuses.

Dantès se recula pour bien rasseoir son cerveau ébranlé, fit quelques tours dans la chambre, et replaça son oreille au même endroit.

Il n'y avait plus de doute, il se faisait quelque chose de l'autre côté; le prisonnier avait reconnu le danger de sa manœuvre et en avait adopté quelque autre, et, sans doute pour continuer son œuvre avec plus de sécurité, il avait substitué le levier au ciseau.

Enhardi par cette découverte, Edmond résolut de venir en aide à l'infatigable travailleur. Il commença par déplacer son lit, derrière lequel il lui semblait que l'œuvre de délivrance s'accomplissait, et chercha des yeux un objet avec lequel il pût entamer la muraille, faire tomber le ciment humide, desceller une pierre enfin.

Rien ne se présenta à sa vue. Il n'avait ni couteau ni instrument tranchant; du fer à ses barreaux seulement, et il s'était assuré si souvent que ses barreaux étaient bien scellés, que ce n'était plus même la peine d'essayer à les ébranler.

Pour tout ameublement, un lit, une chaise, une table, un seau, une cruche.

À ce lit il y avait bien des tenons de fer, mais ces tenons étaient scellés au bois par des vis. Il eût fallu un tournevis pour tirer ces vis et arracher ces tenons.

À la table et à la chaise, rien; au seau, il y avait eu autrefois une anse, mais cette anse avait été enlevée.

Il n'y avait plus, pour Dantès, qu'une ressource, c'était de briser sa cruche et, avec un des morceaux de grès taillés en angle, de se mettre à la besogne.

Il laissa tomber la cruche sur un pavé, et la cruche vola en éclats.

Dantès choisit deux ou trois éclats aigus, les cacha dans sa paillasse, et laissa les autres épars sur la terre. La rupture de sa cruche était un accident trop naturel pour que l'on s'en inquiétât.

Edmond avait toute la nuit pour travailler; mais dans l'obscurité, la besogne allait mal, car il lui fallait travailler à tâtons, et il sentit bientôt qu'il émoussait l'instrument informe contre un grès plus dur. Il repoussa donc son lit et attendit le jour. Avec l'espoir, la patience lui était revenue.

Toute la nuit il écouta et entendit le mineur inconnu qui continuait son œuvre souterraine.

Le jour vint, le geôlier entra. Dantès lui dit qu'en buvant la veille à même la cruche, elle avait échappé à sa main et s'était brisée en tombant. Le geôlier alla en grommelant chercher une cruche neuve, sans même prendre la peine d'emporter les morceaux de la vieille.

Il revint un instant après, recommanda plus d'adresse au prisonnier et sortit.

Dantès écouta avec une joie indicible le grincement de la serrure qui, chaque fois qu'elle se refermait jadis, lui serrait le cœur. Il écouta s'éloigner le bruit des pas, puis quand ce bruit se fut éteint, il bondit vers sa couchette qu'il déplaça, et, à la lueur du faible rayon de jour qui pénétrait dans son cachot, put voir la besogne inutile qu'il avait faite la nuit précédente, en s'adressant au corps de la pierre au lieu de s'adresser au plâtre qui entourait ses extrémités.

L'humidité avait rendu ce plâtre friable.

Dantès vit avec un battement de cœur joyeux que ce plâtre se détachait par fragments; ces fragments étaient presque des atomes, c'est vrai; mais au bout d'une demi-heure, cependant, Dantès en avait détaché une poignée à peu près. Un mathématicien eût pu calculer qu'avec deux années à peu près de ce travail, en supposant qu'on ne rencontrât point le roc, on pouvait se creuser un passage de deux pieds carrés et de vingt pieds de profondeur.

Le prisonnier se reprocha alors de ne pas avoir employé à ce travail ces longues heures successivement écoulées, toujours plus lentes, et qu'il avait perdues dans l'espérance, dans la prière et dans le désespoir.

Depuis six ans à peu près qu'il était enfermé dans ce cachot, quel travail, si lent qu'il fût, n'eût-il pas achevé!

Et cette idée lui donna une nouvelle ardeur.

En trois jours, il parvint, avec des précautions inouïes, à enlever tout le ciment et à mettre à nu la pierre: la muraille était faite de moellons au milieu desquels, pour ajouter à la solidité, avait pris place de temps en temps, une pierre de taille. C'était une de ces pierres de taille qu'il avait presque déchaussée, et qu'il s'agissait maintenant d'ébranler dans son alvéole.

Dantès essaya avec ses ongles, mais ses ongles étaient insuffisants pour cela.

Les morceaux de la cruche introduits dans les intervalles se brisaient lorsque Dantès voulait s'en servir en manière de levier.

Après une heure de tentatives inutiles, Dantès se releva, la sueur et l'angoisse sur le front.

Allait-il donc être arrêté ainsi dès le début, et lui faudrait-il attendre, inerte et inutile, que son voisin qui de son côté se lasserait peut-être, eût tout fait!

Alors une idée lui passa par l'esprit; il demeura debout et souriant; son front humide de sueur se sécha tout seul.

Le geôlier apportait tous les jours la soupe de Dantès dans une casserole de fer-blanc. Cette casserole contenait sa soupe et celle d'un second prisonnier, car Dantès avait remarqué que cette casserole était ou entièrement pleine, ou à moitié vide, selon que le porte-clefs commençait la distribution des vivres par lui ou par son compagnon.

Cette casserole avait un manche de fer; c'était ce manche de fer qu'ambitionnait Dantès et qu'il eût payé, si on les lui avait demandées en échange, de dix années de sa vie.

Le geôlier versa le contenu de cette casserole dans l'assiette de Dantès. Après avoir mangé sa soupe avec une cuiller de bois, Dantès lavait cette assiette qui servait ainsi chaque jour.

Le soir Dantès posa son assiette à terre, à mi-chemin de la porte à la table; le geôlier en entrant mit le pied sur l'assiette et la brisa en mille morceaux.

Cette fois, il n'y avait rien à dire contre Dantès: il avait eu le tort de laisser son assiette à terre, c'est vrai, mais le geôlier avait eu celui de ne pas regarder à ses pieds.

Le geôlier se contenta donc de grommeler.

Puis il regarda autour de lui dans quoi il pouvait verser la soupe; le mobilier de Dantès se bornait à cette seule assiette, il n'y avait pas de choix.

«Laissez la casserole, dit Dantès, vous la reprendrez en m'apportant demain mon déjeuner.»

Ce conseil flattait la paresse du geôlier, qui n'avait pas besoin ainsi de remonter, de redescendre et de remonter encore.

Il laissa la casserole.

Dantès frémit de joie.

Cette fois, il mangea vivement la soupe et la viande que, selon l'habitude des prisons, on mettait avec la soupe. Puis, après avoir attendu une heure, pour être certain que le geôlier ne se raviserait point, il dérangea son lit, prit sa casserole, introduisit le bout du manche entre la pierre de taille dénuée de son ciment et les moellons voisins, et commença de faire le levier.

Une légère oscillation prouva à Dantès que la besogne venait à bien.

En effet, au bout d'une heure, la pierre était tirée du mur, où elle faisait une excavation de plus d'un pied et demi de diamètre.

Dantès ramassa avec soin tout le plâtre, le porta dans les angles de sa prison, gratta la terre grisâtre avec un des fragments de sa cruche et recouvrit le plâtre de terre.

Puis, voulant mettre à profit cette nuit où le hasard, ou plutôt la savante combinaison qu'il avait imaginée, avait remis entre ses mains un instrument si précieux, il continua de creuser avec acharnement.

À l'aube du jour, il replaça la pierre dans son trou, repoussa son lit contre la muraille et se coucha.

Le déjeuner consistait en un morceau de pain; le geôlier entra et posa ce morceau de pain sur la table.

«Eh bien, vous ne m'apportez pas une autre assiette? demanda Dantès.

—Non, dit le porte-clefs; vous êtes un brise-tout, vous avez détruit votre cruche, et vous êtes cause que j'ai cassé votre assiette; si tous les prisonniers faisaient autant de dégâts, le gouvernement n'y pourrait pas tenir. On vous laisse la casserole, on vous versera votre soupe dedans; de cette façon, vous ne casserez pas votre ménage, peut-être.»

Dantès leva les yeux au ciel et joignit ses mains sous sa couverture. Ce morceau de fer qui lui restait faisait naître dans son cœur un élan de reconnaissance plus vif vers le ciel que ne lui avaient jamais causé, dans sa vie passée, les plus grands biens qui lui étaient survenus.

Seulement, il avait remarqué que, depuis qu'il avait commencé à travailler, lui, le prisonnier ne travaillait plus.

N'importe, ce n'était pas une raison pour cesser sa tâche; si son voisin ne venait pas à lui, c'était lui qui irait à son voisin.

Toute la journée il travailla sans relâche; le soir, il avait, grâce à son nouvel instrument, tiré de la muraille plus de dix poignées de débris de moellons, de plâtre et de ciment.

Lorsque l'heure de la visite arriva, il redressa de son mieux le manche tordu de sa casserole et remit le récipient à sa place accoutumée. Le porte-clefs y versa la ration ordinaire de soupe et de viande, ou plutôt de soupe et de poisson, car ce jour-là était un jour maigre, et trois fois par semaine on faisait faire maigre aux prisonniers. Ç'eût été encore un moyen de calculer le temps, si depuis longtemps Dantès n'avait pas abandonné ce calcul.

Puis, la soupe versée, le porte-clefs se retira. Cette fois, Dantès voulut s'assurer si son voisin avait bien réellement cessé de travailler.

Il écouta.

Tout était silencieux comme pendant ces trois jours où les travaux avaient été interrompus.

Dantès soupira; il était évident que son voisin se défiait de lui.

Cependant, il ne se découragea point et continua de travailler toute la nuit; mais après deux ou trois heures de labeur, il rencontra un obstacle. Le fer ne mordait plus et glissait sur une surface plane.

Dantès toucha l'obstacle avec ses mains et reconnut qu'il avait atteint une poutre.

Cette poutre traversait ou plutôt barrait entièrement le trou qu'avait commencé Dantès.

Maintenant, il fallait creuser dessus ou dessous.

Le malheureux jeune homme n'avait point songé à cet obstacle.

«Oh! mon Dieu, mon Dieu! s'écria-t-il, je vous avais cependant tant prié, que j'espérais que vous m'aviez entendu. Mon Dieu! après m'avoir ôté la liberté de la vie, mon Dieu! après m'avoir ôté le calme de la mort, mon Dieu! qui m'avez rappelé à l'existence, mon Dieu! ayez pitié de moi, ne me laissez pas mourir dans le désespoir!

—Qui parle de Dieu et de désespoir en même temps?» articula une voix qui semblait venir de dessous terre et qui, assourdie par l'opacité, parvenait au jeune homme avec un accent sépulcral.

Edmond sentit se dresser ses cheveux sur sa tête, et il recula sur ses genoux.

«Ah! murmura-t-il, j'entends parler un homme.»

Il y avait quatre ou cinq ans qu'Edmond n'avait entendu parler que son geôlier, et pour le prisonnier le geôlier n'est pas un homme: c'est une porte vivante ajoutée à sa porte de chêne; c'est un barreau de chair ajouté à ses barreaux de fer.

«Au nom du Ciel! s'écria Dantès, vous qui avez parlé, parlez encore, quoique votre voix m'ait épouvanté; qui êtes-vous?

—Qui êtes-vous vous-même? demanda la voix.

—Un malheureux prisonnier, reprit Dantès qui ne faisait, lui, aucune difficulté de répondre.

—De quel pays?

—Français.

—Votre nom?

—Edmond Dantès.

—Votre profession?

—Marin.

—Depuis combien de temps êtes-vous ici?

—Depuis le 28 février 1815.

—Votre crime?

—Je suis innocent.

—Mais de quoi vous accuse-t-on?

—D'avoir conspiré pour le retour de l'Empereur.

—Comment! pour le retour de l'Empereur! l'Empereur n'est donc plus sur le trône?

—Il a abdiqué à Fontainebleau en 1814 et a été relégué à l'île d'Elbe. Mais vous-même, depuis quel temps êtes-vous donc ici, que vous ignorez tout cela?

—Depuis 1811.»

Dantès frissonna; cet homme avait quatre ans de prison de plus que lui.

«C'est bien, ne creusez plus, dit la voix en parlant fort vite; seulement dites-moi à quelle hauteur se trouve l'excavation que vous avez faite?

—Au ras de la terre.

—Comment est-elle cachée?

—Derrière mon lit.

—A-t-on dérangé votre lit depuis que vous êtes en prison?

—Jamais.

—Sur quoi donne votre chambre?

—Sur un corridor.

—Et le corridor?

—Aboutit à la cour.

—Hélas! murmura la voix.

—Oh! mon Dieu! qu'y a-t-il donc? s'écria Dantès.

—Il y a que je me suis trompé, que l'imperfection de mes dessins m'a abusé, que le défaut d'un compas m'a perdu, qu'une ligne d'erreur sur mon plan a équivalu à quinze pieds en réalité, et que j'ai pris le mur que vous creusez pour celui de la citadelle!

—Mais alors vous aboutissiez à la mer?

—C'était ce que je voulais.

—Et si vous aviez réussi!

—Je me jetais à la nage, je gagnais une des îles qui environnent le château d'If, soit l'île de Daume, soit l'île de Tiboulen, soit même la côte, et alors j'étais sauvé.

—Auriez-vous donc pu nager jusque-là?

—Dieu m'eût donné la force; et maintenant tout est perdu.

—Tout?

—Oui. Rebouchez votre trou avec précaution, ne travaillez plus, ne vous occupez de rien, et attendez de mes nouvelles.

—Qui êtes-vous au moins... dites-moi qui vous êtes?

—Je suis... je suis... le no 27.

—Vous défiez-vous donc de moi?» demanda Dantès.

Edmond crut entendre comme un rire amer percer la voûte et monter jusqu'à lui.

«Oh! je suis bon chrétien, s'écria-t-il, devinant instinctivement que cet homme songeait à l'abandonner; je vous jure sur le Christ que je me ferai tuer plutôt que de laisser entrevoir à vos bourreaux et aux miens l'ombre de la vérité; mais, au nom du Ciel, ne me privez pas de votre présence, ne me privez pas de votre voix, ou, je vous le jure, car je suis au bout de ma force, je me brise la tête contre la muraille, et vous aurez ma mort à vous reprocher.

—Quel âge avez-vous? votre voix semble être celle d'un jeune homme.

—Je ne sais pas mon âge, car je n'ai pas mesuré le temps depuis que je suis ici. Ce que je sais, c'est que j'allais avoir dix-neuf ans lorsque j'ai été arrêté, le 18 février 1815.

—Pas tout à fait vingt-six ans, murmura la voix. Allons, à cet âge on n'est pas encore un traître.

—Oh! non! non! je vous le jure, répéta Dantès. Je vous l'ai déjà dit et je vous le redis, je me ferai couper en morceaux plutôt que de vous trahir.

—Vous avez bien fait de me parler; vous avez bien fait de me prier, car j'allais former un autre plan et m'éloigner de vous. Mais votre âge me rassure, je vous rejoindrai, attendez-moi.

—Quand cela?

—Il faut que je calcule nos chances; laissez-moi vous donner le signal.

—Mais vous ne m'abandonnerez pas, vous ne me laisserez pas seul, vous viendrez à moi, ou vous me permettrez d'aller à vous? Nous fuirons ensemble, et si nous ne pouvons fuir, nous parlerons, vous des gens que vous aimez, moi des gens que j'aime. Vous devez aimer quelqu'un?

—Je suis seul au monde.

—Alors vous m'aimerez, moi: si vous êtes jeune, je serai votre camarade; si vous êtes vieux je serai votre fils. J'ai un père qui doit avoir soixante-dix ans, s'il vit encore; je n'aimais que lui et une jeune fille qu'on appelait Mercédès. Mon père ne m'a pas oublié, j'en suis sûr; mais elle Dieu sait si elle pense encore à moi. Je vous aimerai comme j'aimais mon père.

—C'est bien, dit le prisonnier, à demain.»

Ce peu de paroles furent dites avec un accent qui convainquit Dantès; il n'en demanda pas davantage, se releva, prit les mêmes précautions pour les débris tirés du mur qu'il avait déjà prises, et repoussa son lit contre la muraille.

Dès lors, Dantès se laissa aller tout entier à son bonheur; il n'allait plus être seul certainement, peut-être même allait-il être libre; le pis aller, s'il restait prisonnier, était d'avoir un compagnon; or la captivité partagée n'est plus qu'une demi-captivité. Les plaintes qu'on met en commun sont presque des prières; des prières qu'on fait à deux sont presque des actions de grâces.

Toute la journée, Dantès alla et vint dans son cachot, le cœur bondissant de joie. De temps en temps, cette joie l'étouffait: il s'asseyait sur son lit, pressant sa poitrine avec sa main. Au moindre bruit qu'il entendait dans le corridor, il bondissait vers la porte. Une fois ou deux, cette crainte qu'on le séparât de cet homme qu'il ne connaissait point, et que cependant il aimait déjà comme un ami, lui passa par le cerveau. Alors il était décidé: au moment où le geôlier écarterait son lit, baisserait la tête pour examiner l'ouverture, il lui briserait la tête avec le pavé sur lequel était posée sa cruche.

On le condamnerait à mort, il le savait bien; mais n'allait-il pas mourir d'ennui et de désespoir au moment où ce bruit miraculeux l'avait rendu à la vie?

Le soir le geôlier vint; Dantès était sur son lit, de là il lui semblait qu'il gardait mieux l'ouverture inachevée. Sans doute il regarda le visiteur importun d'un œil étrange, car celui-ci lui dit:

«Voyons, allez-vous redevenir encore fou?»

Dantès ne répondit rien, il craignait que l'émotion de sa voix ne le trahît.

Le geôlier se retira en secouant la tête.

La nuit arrivée, Dantès crut que son voisin profiterait du silence et de l'obscurité pour renouer la conversation avec lui, mais il se trompait; la nuit s'écoula sans qu'aucun bruit répondît à sa fiévreuse attente. Mais le lendemain, après la visite du matin, et comme il venait d'écarter son lit de la muraille, il entendit frapper trois coups à intervalles égaux; il se précipita à genoux.

«Est-ce vous? dit-il; me voilà!

—Votre geôlier est-il parti? demanda la voix.

—Oui, répondit Dantès, il ne reviendra que ce soir, nous avons douze heures de liberté.

—Je puis donc agir? dit la voix.

—Oh! oui, oui, sans retard, à l'instant même, je vous en supplie.»

Aussitôt, la portion de terre sur laquelle Dantès, à moitié perdu dans l'ouverture, appuyait ses deux mains sembla céder sous lui; il se rejeta en arrière, tandis qu'une masse de terre et de pierres détachées se précipitait dans un trou qui venait de s'ouvrir au-dessous de l'ouverture que lui-même avait faite; alors, au fond de ce trou sombre et dont il ne pouvait mesurer la profondeur, il vit paraître une tête, des épaules et enfin un homme tout entier qui sortit avec assez d'agilité de l'excavation pratiquée.

 

第十五章 三十四号和二十七号

那些被遗忘了的犯人在地牢里所受的各种各样的痛苦唐太斯都尝到了,他最初很高傲,因为他怀有希望并自知无罪,然后他开始怀疑起自己的冤枉来,这种怀疑多少证实了监狱长认为他是精神错乱的这一看法,他从高傲的顶端一交跌了下来,他开始恳求,不是向上帝恳求,而是向人恳求。却等到这个不幸的人,他本该一开始便寻求主的庇护的,但他却等到希望都破灭了以后才寄希望于上帝。

唐太斯恳求他换一间单房,因为不管怎么说,换动一次,总是一次变动,可以使他发泄一点烦闷。他请求允许他散步,给他一点书和手工。结果什么都没满足,那也没有关系,他还是照样的要求。他努力使自己和新来的狱卒讲话,虽然他可能比以前的那个更沉默寡言,但是,对一个人讲话,即使对方是个哑巴,也是一种乐趣。唐太斯讲话的用意是要听听他自己的声音,他也曾尝试自言自语,但他却被自己的声音吓了一跳。

在他入狱以前,每当想到这样一些犯人聚集在一起,他们中有贼,有流浪汉,有杀人犯,心中便不禁要作呕。而现在他却希望和他们在一起,以便除了看到那不和他讲话的狱卒以外,还可以看到一些其他的面孔,他羡慕那些穿着囚衣,系着铁链,肩上钉着记号的苦工。充当苦工的囚徒能呼吸到外面新鲜的空气,又能互相见面,他们是非常幸福的。他恳求狱卒为他找个同伴,哪怕是那个疯神甫也好。

那个狱卒,纵然因为看惯了许多受苦的情形而心肠硬了些,但毕竟是个人。在他内心深处,也常常同情这个如此受苦的不幸的青年,于是他把三十四号的要求报告给了监狱长。但后者却审慎得象个政治家,竟以为唐太斯想结党或企图逃跑,所以拒绝了他的请求。唐太斯已尽了一切努力,他终于转向了上帝。

所有那些久已忘记的敬神之念此时都回忆起来了。他记起了母亲所教他的祷告,并在那些祷告里发现了一种他以前从未意识到的意义。因为在顺境中,祷告似乎只是字语的堆积,直到有一天,灾祸来临后,他那祈求上苍怜悯的话,才显得非常的崇高!他祷告,并非出自热诚,而是出自仇怒。他大声地祷告,他已不再怕听到他自己的声音了。然后他陷入了一种神志恍惚的状态。他似乎看到上帝在倾听他所说的每一个字。

他把他一生的行为都献到万能的主的面前,诉说他所愿意去做的种种事情,并在每一次祷告地结尾引用这样一句话而这句话向上帝请求时常用而向人请求时更常用,“请宽恕我们的罪恶,象我们宽恕那些罪于我们的人一样。”尽管作了这种最诚恳的祷告,唐太斯却依旧还是名犯人。

渐渐地,心头充满了阴郁。他很单纯,又没有受过什么教育,所以,在他那孤独的地牢里,凭他自己的想象无法重新唤回那些已经逝去的年代,复活那些已经灭亡了的民族,无法重建那些被想象渲染得如此宏伟广大,象马丁的名画里所描绘得那样被天火所照耀,在我们眼前而已消逝了古代城市。他无法做到这一点,他过去的生命短暂,目前很阴郁,未来的又很朦胧。十九年的光太微弱了,无法照亮,那无穷尽的黑暗!他没有消闷解愁的方法。他那充沛的精力,本来可以借追溯往事来活跃一下,现在却被囚禁了起来,象一只被关在笼子里的鹰一样。他只抓住了一个念头,即他的幸福,那被空前的动运所不明不白地毁灭了的幸福。他把这个念头想了又想,然后,象但丁的地狱里的乌哥里诺吞下罗格大主教的头颅骨似的把它囫囵吞了下去。

竭力的自制以后狂怒。唐太斯用自己的身体去撞监狱的墙,嘴里对上帝大声咒骂着,以致他的狱卒吓得对他望而却步。他把愤怒转嫁到他周围的一切上,他泄怒于自己,泄怒于那来惹他的最微不足道的东西,如一粒沙子,一根草,或一点气息,维尔福给他看的那封告密信在他的脑海里重新浮现出来,一行似乎是用火红的字母写在墙上一般。他对自己说,把他抛入这无限痛苦的深渊里的,是人的仇恨而不是天的报应。

他用他所能想象得出的种种最可怕的酷刑来惩罚这些不明的迫害者,但觉得一切酷刑都不够厉害,因为在酷刑之后接着就是死亡,而死了以后,即使不是安息,至少也是近于安息的那种麻木状态。

由于老是想着死就是安息,由于想发明比死更残酷的刑罚,他开始想到了自杀。真是不幸,处于痛苦中的他竟又有了这种念头!自杀之念头就象那死海,肉眼看来似乎很风平浪静;但假如轻率地冒险去投入它的怀抱,就会发现自己被陷在了一个泥沼里,愈陷愈深被吞进去。一旦陷进去,除非是上帝之手把他从那里拉出来,否则就一切都完了,他的挣扎只会加速他的毁灭。但是,这种心灵上的惨境却没有先前的受苦和此后的惩罚那样可怕。这也是一种慰藉,这种慰藉犹如使人只看见深渊张开的大口,而不知底下是一片黑暗。

爱德蒙从这个念头上获得了一些安慰。当死神就要来临的时候,他一切的忧愁,一切痛苦,以及伴随着忧愁痛苦而来的那一连串妖魔鬼怪都从他的地牢里逃了出去。唐太斯平静地回顾着自己过去的生活,恐惧地瞻仰他的未来,就选择了那儿似乎可以给他作一个避难所。

“有时候,”在心里说,“在我远航的时候,当我自由自在,身强力壮,指挥着别人的时候,我也曾见过天空突然布满了阴云暴怒地吐着白沫,波涛翻滚,天空中象有一只大怪鸟遮天蔽日而来。那时,我觉得我的船只是一个不起作用的藏身之处,它象是巨人手中的一根羽毛,在大风暴来临之前颤抖着,震荡着。不久,浪潮的怒吼和尖利的岩石向我宣布死亡即将来临,那时,很害怕死亡,于是我以一个男子汉和一个水手的全部技术和智慧与万能的主抗争。我之所以那样做,因为那时我处在幸福之中,挽回了生命就是挽回了欢乐,我不允许那样的去死,不愿意那样的去死,那长眠在岩石和海藻所筑成的床上的景象是很可怕的,因为我不愿意自己这个上帝依照他自己的模样创造出来的人去喂海鸥和乌鸦。但现在不同了。我已经失去了使我为之留恋的生命中的一切,死神在向我微笑,邀我去长眠。我是自愿去死的。我是精疲力尽而死的。就好象在那几天晚上,我绕着这个地牢来回走了三千遍以后带着绝望和仇怒睡去一样。”

一旦有了这种念头,他就比较平静、温和了。他尽力把他的床整理好,只吃很少东西,睡很短一点时间,并发觉这样生活下去也可以,因为他觉得他能愉快地把生存抛开,象抛掉一件破旧的衣服一样。他有两种方法可以死:一是用他的手帕挂在窗口的栅栏上吊死,一是绝食而死,但前面这个计划使他感到厌恶。唐太斯一向厌恶海盗,海盗被擒以后就是在帆船上吊死的,他不愿意采用这种不光彩的死法。他决定采用第二种办法,于是,当天就实施起来了。入狱以来差不多已过去四年了,在第二年的年底,他又忘了计算日期,因为从那时起他觉得巡查员已抛弃了他。

唐太斯说过:“我想死。”并选定了死的方法,由于怕自己改变主意,他便发誓一定要去死。“当早餐和晚餐拿来的时候,”他想道,“我就把它倒出窗外,就算已经把它吃了。”

他按设想要做的那样去做了,把狱卒每天给他送来的两次食物从钉着栅栏的窗洞里倒出去,最初很高兴,后来就有点犹豫,最后则很悔恨。只因那誓言才使他有力量继续这样做下去。过去,人一看到这此食物就恶心,现在由于饥饿难忍,看到这些食物觉得非常可口的,有几次,他整小时的把盘子端在手里,凝视着那不满一口的腐肉,臭鱼和发霉的黑面包。神秘的生存本能在他的内心中与他抗争,并不时地动摇着他的决心,那时,他那间地牢似乎也不象以前那么阴森了,他也不象以前那么绝望了。他还年轻,才不过二十四岁,他差不多还有五十年可活。在那样长的时间里,谁能断言不会发生什么意料不到的事,从而可以打开他的牢门,恢复他的自由呢?他本来自愿做丹达露斯,自动绝食的,现在想到这里,便把食物送到了唇边;但他又想起了他的誓言,他天性高尚,深怕食言会有损于自己的人格。于是他毅然无情地坚持了下去,直到最后,他连把晚餐倒出窗外去的力气都没有了。第二天早晨,他的视觉和听觉失去了作用;狱卒以为他得了重病,爱德蒙则只想早点死去。

那一天就这样过去了。爱德蒙觉得精神恍惚,胃痉挛所造成的那种痛苦感消失了,口渴也减轻了,一闭上眼睛,就仿佛见眼前有星光在乱舞,象是无数流星在夜空里游戏似的。这就是那个神秘的死之国度里升起的光!

大约在晚上九点钟的时候,爱德蒙突然听到靠他所睡的这一面墙上发出了一种空洞的声音。

牢房里住着许多讨厌的小动物,它们常发出一些响声,他早已习以为常了。可是现在,不知是因为绝食使他的感官更灵敏了呢,还是因为那声音的确比平常的响,也许是因为在那弥留之际,一切都有了新的意义,总之爱德蒙抬起头来倾听了一会儿。这是一种不断的搔扒声,象是一只巨爪,或一颗强有力的牙齿,或某种铁器在啮石头似的。

年轻人虽然已很衰弱,但他的脑子里却立刻闪出了那个一切犯人都时刻难忘的念头——自由!他觉得,似乎上苍终于怜悯他的不幸了,所以派这个声音来警告他立刻悬崖勒马。或许是那些他所挚爱,一刻也不能忘怀的人之中,有一个也在想念着他,正在努力缩短那分隔他们的距离。

不,不!他无疑地是错了,这只是那些飘浮在死亡之门前的梦幻罢了。

爱德蒙还是听出了那响声。它约摸持续了三个小时;然后他听到一块东西掉了下来的响声,接着就一切都恢复了平静。

过了几小时,声音又响起来了,而且比刚才更近更清晰了。爱德蒙对那种劳动产生了兴趣,因为它使他有了个伴儿。

但突然间,狱卒进来了。

一周以前,他下决心去死,四天前,他开始付诸实施以来,爱德蒙就没有和这个人讲过话,问他是怎么回事,他也不回答,当狱卒仔细观察他时,他就转过脸去面对着墙壁,但现在狱卒或许听到这种声音,要是追查起来,或许会永远终止这种声音,从而毁灭了这在他临终时来安慰他的唯一的一线希望了。

狱卒给他送来了早餐。唐太斯支摇起身子,开始东拉西扯说起话来,什么伙食太坏啦,地牢太冷啦,抱怨这个,埋怨那个,并故意拉高了嗓门,以便让狱卒听得不耐烦,碰巧那天狱卒为他的犯人求得了一点肉汤和白面包,并且给他送来了。

幸亏狱卒以为唐太斯在讲呓语,他把食物放在那张歪歪斜斜的桌子上后,就退了出去。。爱德蒙终于又自由了,他又惊喜地倾听起来。那个声音又响了,而且现在是这样的清晰,他可以毫不费力的听到了。

“不必怀疑了,”他想,“一定是有个犯人在努力求得他的自由。噢,假如我和他一起,可以帮他多少忙呀!”

突然间,他那惯于接受不幸,难于接受欢乐与希望的头脑里,那希望之光又被一片阴云遮住了。他想,这种声音说不定是监狱长吩咐工人修隔壁那监牢所发出来的。

要确定这一点倒也不难,但他怎么能冒险去问人呢?要引起狱卒注意那声音并不难,只要注意观察他听声音时的表情就可得到答案了,但如果用这种方法,说不定会因一时的满足而出卖了自己宝贵的希望,不幸的是爱德蒙还是这样的虚弱,以致他无法的思想集中,专想一个问题。

他知道,只有一个办法可以使他的思想变清晰些把目光转向了狱卒给他送来的那盆汤上,并站起来踉踉跄跄地走了过去,带着说不出的舒服之感喝干了它,然后他又克制住自己不要吃得太多。因为他曾听人说过,海上遭遇不幸被救起来的人常因心急吞了太多的食物而致死。爱德蒙把那快要送进嘴里的面包又放回到了桌子上,回到他床上,他已不再想死了。

不久他就觉得脑子清醒了许多,他又可以思想了,于是就用推理来加强他的思想。他对自己说:“我一定要考验一下,但必须不连累别人。假如这是一个工人,我只要敲敲墙壁,他就会停止工作,并过来查究是谁在敲墙,为什么要敲墙,由于他是监狱长派来干活的,所以不久就会重新干起来。假如,反过来讲,这是一个犯人,那我所发出的声音就会吓倒他,他会停止工作,直到他认为每个人都睡着了以后才会再动手。”

爱德蒙又一次起身,这次他的腿不抖了,也不再眼花目眩了。他走到地牢的一角,挖下一块因受潮而松动的石片,拿来敲击那墙壁上声音听得最清楚的地方。他敲了三下,第一下敲下去,那声音就停止了,象是变魔术似的。

爱德蒙留心倾听着。一小时过去了,两小时过去了,墙上再也听不到任何声音了,一切都是静静的。

满怀着希望,爱德蒙吃了几口面包,喝了一点水,仗着自己良好的体质,他发觉自己已差不多完全恢复了。

这一天就在极端的寂静中度过去了;夜来临了,但并没有带着那声音同来。

“这是一个犯人!”爱德蒙高兴自忖道。

这一夜又在打不破的寂静中度过去了。爱德蒙一夜没合眼。

早晨,狱卒又把他的饭送了来,他已经把前一天的都吃了。他吃了这些东西以后便焦急地想再听到那种声音,在他的斗室里转了又转,摇摇窗上的铁栅栏,活动一下他的四肢,使它们恢复那原有的能力,准备应付可能降临的事变。每过一会儿,他就听听那声音有没有再来,渐渐地他对那个犯人的审慎感到不耐烦起来,而那个犯人却猜不到打扰他的原来也是一个象他自己那样热切盼望着自由的犯人。

三天过去了,要命的七十二个钟头,是一分钟一分钟的数过去的呀!

终于在一天晚上,狱卒来作了最后一次的查看,唐太斯又一次把他的耳朵贴到墙上去的,他仿佛听到石块之间有一种几乎察觉不出的响动。他缩身离开墙,在他的斗室里踱来踱去,以便集中思想,然后又把耳朵贴到老地方去。

不用再怀疑了,那一边一定在做一件什么工作,而犯人已发觉了危险,所以比以前更小心地在继续干着,已用凿子代替了铁杆。

在这个发现的鼓舞之下,爱德蒙决心要帮助那个不屈不挠的劳动者。他先搬开了他的床,因为在他看来,那工作是在床后面那个方向进行着的。他用眼睛寻找一件什么东西以便可以用来穿透墙壁,挖掘水泥,搬开石块。

但他什么也没看到。他没有小刀等尖利的工具,虽然他窗上的栅栏是铁做的,但它非常牢固,他已试过多次了。地牢里的全部家具就是一张床,一把椅子,一张桌子,一只水桶和一个瓦壶。床上有铁档子,但却是旋紧在木架子上的,得用螺丝刀才能把它们取下来。桌子和椅子无法利用,水桶是有柄的,但那柄已被拆掉了。只有一种办法了,就是把瓦罐打碎,挑一块锋利的碎片来挖墙。他把瓦壶摔到了地上,碎成了片。他挑了两三块最锋利的藏到床上草褥子里,其余的留在地上。他有整夜的时间可以工作,但在黑暗之中,他干不了多少,他不久就感觉到工具碰到了某种坚硬的东西。他把床推回去,等待天亮。一有了希望便也有了耐心。

他整夜都听着那个隐蔽的工作者,那个人在继续他的挖掘工程。白天来了,狱卒走进来了。唐太斯告诉他,说他在喝水的时候瓦罐从手里滑下去,摔碎了,狱卒一边埋怨一边给他去另外拿了一个,甚至都懒得去打扫那些碎片。他很快就回来了,并叮嘱犯人以后要小心一点,然后就走了。

唐太斯无比喜悦地听到钥匙在锁里格勒地一响。他注意听着,他注意听着,直到那脚步声完全消失,然后,他急忙拉开自己的床,借着透进地牢里来的那点微弱的光线,才发现昨天晚上他挖的是块石头而不是石头周围的石灰,由于牢内潮湿,石灰一碰就碎。他很高兴地看到它竟会自己剥落,当然,那只是一些碎片,但半小时以后,他已刮下了满满一把。一位数学家大概可以算出来,这样挖下去,两年之内,假如不计那些石头,就可以掘成一条二十尺长,二尺宽的地道。犯人埋怨自己不该把那么多时间浪费在祷告和绝望中,而没有及早开始这项工作,在被关在这里的六年里,还有什么事完成不了呢?

唐太斯接连工作了三天,极其小心地挖掉了水泥层,使石头露了出来。墙壁是用碎石砌成的,为了使它更坚固,还用粗糙不平的大石块嵌住其间的空隙里。他所挖到的就是这样一块石头,他必须把它从石窝里挖出来。他勉强用他的指甲去挖,但指甲太软了;至于那瓦罐的碎片,嵌进石缝里一撬就碎了,经过一小时白费力气的辛苦以后,他住手了。难道他就这样刚开头就停下来,然后什么也不做地干等着,等着那位疲倦但也许有工具的邻居来完成一切吗?一个想法突然出现在他的脑子里,他微笑起来,额头上的汗也干了。

狱卒给唐太斯送汤来的时候,总是盛在一只铁的平底锅里的。这只平底锅还盛着另一个犯人的汤,因为唐太斯曾注意到,它有时是很满的,有时则是半空的,这是看狱卒是先送给他还是先送给他的同伴而定。这只平底锅的柄是铁的,唐太斯情愿以他十年的生命来和它交换。

狱卒每次把这只平底锅里的东西倒入唐太斯的盆里以后,唐太斯就用一只木匙来喝汤,然后洗干净,留待第二次再用。当天晚上,唐太斯故意的把盆子放在门旁边。狱卒进门时脚踩到盆子上,把它踩破了。这一次他不能怪唐太斯了。他固然有错,不该把它放到那里,但狱卒走路也该看着点儿。

那狱卒咕哝几句也就算了。他看了一下四周,想找个东西来盛汤,但唐太斯所有的餐具只有一只盆子,再无其他可以代替的东西了。

“把锅留下吧,”唐太斯说,“你给我送早餐来的时候再带去好了。”这个建议正合狱卒的心意,这可以使他不必上下再多跑一次了。于是他就把平底锅留了下来。

唐太斯简直高兴极了。他急忙吃了他的食物,又等了一个钟头,唯恐狱卒会改变主意又回来,然后,他搬开床,把平底锅的把手一端插进墙上大石块和碎石的缝里,把它当作一条杠杆。他开始撬动,大石块动了一下,他明白这个主意不错,一小时以后,那块大石头就从墙上挖了出来,露出了一个一尺半见方的洞穴。

唐太斯小心地把泥灰都收拢来,捧到地牢的一个角落里,上面用泥土把它盖上。现在他手里有了这样宝贵的一样工具,这是碰巧得来的,或更确切地说,是他巧施计谋得来的,他决定要尽量利用这一夜功夫,继续拼命地工作。天一亮,他就把石头放回原处,把床也推回去靠住墙壁,在床上躺下来。早餐只有一片面包,狱卒进来把面包放在了桌子上。

“咦,你没有另外给我拿一只盆子来。”唐太斯说。

“没有,”狱卒回答说,“什么东西都让你给弄坏。你先是打烂了瓦罐,后来你又让我踩破了你的盆子,要是所有的犯人都象你这个样,政府就支付不了啦。我就把锅留给你,就用这个来盛汤吧,那样,省得让你再打碎了碟子。”

唐太斯抬头望天,在被子里双手合十。他对上天让他保留这一片铁器比给他留下什么都更感激。但他也注意到了,那边的那个犯人已停止了工作。这没关系,他得加紧工作,假如他的邻居不来靠拢他,他可以去接近他。他不知疲倦地整天工作着,到了傍晚时分,他已经挖出了十把水泥、石灰和碎石片。当狱卒快要来的时候,唐太斯就扳直了那条锅柄,把铁锅放回了原处。狱卒向锅里倒了一些老一套的肉汤,不,说得确切些,是鱼汤,因为这一天是斋日,犯人每星期得斋戒三次。要不是唐太斯早就忘了数日子,这本来倒也是一种数日子的方法。狱卒倒了汤就走了。唐太斯很想确定他的邻居是否真的已停止了工作。他听了一会儿,一切都是静静的,就象过去的三天来一样。唐太斯叹了一口气,很明显的他的邻居不信任他。但是,他仍然毫不气馁地整夜工作。两三小时以后,他遇到了一个障碍物。铁柄碰上丝毫不起作用,只是在一个平面上滑了一下。

唐太斯用手去一摸,发觉原来是一条横梁。这条横梁挡住了,或更贴切地说,完全堵住了唐太斯所挖成的洞,所以必须在它的上面或下面从头再挖起。那不幸的青年没料到会遇到这种障碍。“噢,上帝!上帝呵!”他轻声地说,“我曾这样诚心诚意地向您祷告,希望您能听到我的话。你剥夺了我的自由,又剥夺了我死亡的安息,是您又让我有了生存下去的希望,我的上帝呵!可怜可怜我吧,别让我绝望而死吧!”

“是谁在把上帝和绝望放在一块儿说?”一个象是来自地下的声音说道,这个因隔了一层而被压低了声音传到那青年人的耳朵里,阴森森的,象是从坟墓里发出来的。爱德蒙感到头发都竖了起来,他身子向后一缩,跪在了地上。

“啊!”他说,“我听到了一个人的声音。”四五年来,除了狱卒以外,他再没有听到过别人讲话,而在一个犯人看来,狱卒不能算是个人,他是橡木门以外的一扇活的门,铁栅栏以外的一道血和肉的障碍物。

“看在上帝的份上,”唐太斯说道,“请再说话吧,虽然你的声音吓了我一跳,你是谁?

“你是谁?”那声音问。

“一个不幸的犯人。”唐太斯回答说,他答话的时候毫不犹豫。

“哪国人?”

“法国人。”

“叫什么名字?”

“爱德蒙唐太斯。”

“干那一行的?”

“是一个水手。”

“你到这儿有多久了?”

“是一八一五年二月二十八日来的。”

“什么罪名?”

“我是无辜的。”

“那么别人指控你什么罪?”

“参与皇帝的复位活动。”

“什么!皇帝复位!那么皇帝不在位了吗?”

“他是一八一四年在枫丹白露逊位的,以后就被押到厄尔巴岛去了。你在这儿多久了,怎么连这些事都不知道?”

“我是一八一一年来的。”

唐太斯不禁打了个寒颤,这个人比自己多关了四年牢。

“不要再挖了,”那声音说道,“只告诉我你的洞有多高就得了。”

“和地面齐平。”

“这个洞怎么遮起来的?”

“在我的床背后。”

“你关进来以后,你的床搬动过没有?”

“没有。”

“你的房间通向什么地方?”

“通向一条走廊。”

“走廊呢?”

“通到天井里。”

“糟糕!那声音低声说道。

“哦,怎么了?”唐太斯喊道。

“我算错啦,我计划里的这一点缺陷把一切都毁了。设计图上只错了一条线,实行起来就等于错了十五尺。我把你所挖的这面墙当作城堡的墙啦。”

“但那样你不是就挖到海边去了吗?”

“那就是我所希望的。”

“假如你成功了呢?”

“我就跳到海里,登上附近的一个岛上,多姻岛或是波伦岛,那时我就安全了。”

“你能游那么远吗?”

“上帝会给我力量的,可现在一切都完了!”

“一切都完了?”

“是的,你小心别再挖了。别再干了。听候我的消息再说吧。”

“至少请告诉我你是谁呀。”

“我是——我是二十七号。”

“那么你信不过我吗?”唐太斯说。他似乎听到从那个无名客那儿传过来一阵苦笑。

“噢,我是一个基督徒,”唐太斯大声说,他本能地猜想到这个人是有意要弃他而去。“我以基督的名义向你发誓,我情愿让他们杀了我也不会向刽子手们吐露一点实情的,看在上帝的份上,别离开,别不和我说话,不然我向你发誓因为我已忍耐到了极限,我会把头在墙上撞碎的,会懊悔的。”

“你多大了?听你的声音象是一个青年人。”

“我不知道自己的年龄,因为自从到了这里以后,我就不曾计算过时间。我所知道的只是当我被捕的时候,我刚满十九岁,当时是一八一五年二月二十八日。”

“那你还不满二十六岁!”那声音轻轻地说,“在这个年龄,是不会做奸细的。”

“不,不,不!”唐太斯喊道,“我再向你发誓,就是他们把我剁成肉酱也不会出卖你的!”

“幸亏你对我这样说,这样请求我,因为我就要另去拟一个计划了,不顾你了,但是你的年龄使我放了心。我会再来找你的。等着我吧。”

“什么时候?”

“我得算算我们的机会再说,我会打信号给你的。”

“千万别抛弃我,即使请你到我这儿来,要不就让我到你那儿去。我们一同逃走,即使我们逃不了,我们也能说话,你谈你所爱的人,我谈我所爱的那些人。你一定爱着什么人吧?”

“不,我在这个世界上孤单一人。”

“那么你会爱我的。假如你年轻,我就做你的朋友,假如你年纪大了,我就做你的儿子。我有一个父亲,要是他还活着,该有七十岁啦,我只爱他和一个名叫美塞苔丝的年轻姑娘。我父亲没有忘了我,这一点我可以肯定,但她还爱不爱我,那就只有上帝知道了。我会象爱我父亲那样爱你的。”

“很好!”那声音答道,“明天见。”

这几个字的语气无疑是出于诚意的。唐太斯站起身来,象以往做的那样小心地埋藏了从墙上挖下来的碎石和残片,把床推回去靠住墙壁。他现在整个儿沉没在幸福里了,他将不再孤独了,或许不久就会获得自由了。退一步说,即使他依旧还是犯人,他也至少有了一个伙伴,而犯人的生活一经与人分尝,其苦味也就减少了一半。

唐太斯整天地在他的小单房里踱来踱去,心里充满了欢喜。他有时竟高兴得发呆,他在床上坐下来,用手按住自己的胸膛。每有极轻微的响动,他就会一跃跳到门口去。有几次,他内心里突然产生了一种担忧,唯恐他会被迫同这个他把他当作朋友的人分离。如果发生这种事,他打定了主意,只要狱卒一移开他的床,弯下身来检查那洞口,他就用他的瓦罐砸碎他的脑袋。这样他会被处死,但他本来就已经快要忧虑绝望而死了,是这个神妙不可思议的声音又把他救活了过来。

傍晚时分,狱卒来了,唐太斯已上了床。他觉得这样似乎可以把那未挖成的洞口保护得更严一点。他的眼里无疑露出了一种奇异的目光,因为那狱卒说,“喂,你又疯了吗?”

唐太斯没有回答。他怕他的声音会把自己的情绪泄漏出来。狱卒一边摇着头一边退了出去。夜晚降临了,唐太斯满以为他的邻居会利用这寂静来招呼他,他想错了。但第二天早晨,正当他把床拖离墙壁时,他听到了三下叩击声,他赶紧跪下来。

“是你吗?”他说,“我在这儿。”

“你那边的狱卒走了吗?”

“走了,”唐太斯说,“他不到晚上是不会再回来的。我们有十二小时可以自由自在的。”

“那么,我可以动手了?”那声音说。

“噢,是的,是的,马上动手吧,我求求你!”

唐太斯这时半个身体钻在洞里,他撑手的那一块地面突然间陷了下去。他赶紧缩回身来,一大堆石头和泥土落了下去,就在他自己所挖成的这个洞下面,又露出来一个头,接着露出了肩膀,最后露出了整个人,那个人十分敏捷地钻进了他的地牢里。




XVI Un savant italien.

Dantès prit dans ses bras ce nouvel ami, si longtemps et si impatiemment attendu, et l'attira vers sa fenêtre, afin que le peu de jour qui pénétrait dans le cachot l'éclairât tout entier.

C'était un personnage de petite taille, aux cheveux blanchis par la peine plutôt que par l'âge, à l'œil pénétrant caché sous d'épais sourcils qui grisonnaient, à la barbe encore noire et descendant jusque sur sa poitrine: la maigreur de son visage creusé par des rides profondes, la ligne hardie de ses traits caractéristiques, révélaient un homme plus habitué à exercer ses facultés morales que ses forces physiques. Le front du nouveau venu était couvert de sueur.

Quand à son vêtement, il était impossible d'en distinguer la forme primitive, car il tombait en lambeaux.

Il paraissait avoir soixante-cinq ans au moins, quoiqu'une certaine vigueur dans les mouvements annonçât qu'il avait moins d'années peut-être que n'en accusait une longue captivité.

Il accueillit avec une sorte de plaisir les protestations enthousiastes du jeune homme; son âme glacée sembla, pour un instant, se réchauffer et se fondre au contact de cette âme ardente. Il le remercia de sa cordialité avec une certaine chaleur, quoique sa déception eût été grande de trouver un second cachot où il croyait rencontrer la liberté.

«Voyons d'abord, dit-il, s'il y a moyen de faire disparaître aux yeux de vos geôliers les traces de mon passage. Toute notre tranquillité à venir est dans leur ignorance de ce qui s'est passé.»

Alors il se pencha vers l'ouverture, prit la pierre, qu'il souleva facilement malgré son poids, et la fit entrer dans le trou.

«Cette pierre a été descellée bien négligemment, dit-il en hochant la tête: vous n'avez donc pas d'outils?

—Et vous, demanda Dantès avec étonnement, en avez-vous donc?

—Je m'en suis fait quelques-uns. Excepté une lime, j'ai tout ce qu'il me faut, ciseau, pince, levier.

—Oh! je serais curieux de voir ces produits de votre patience et de votre industrie, dit Dantès.

—Tenez, voici d'abord un ciseau.»

Et il lui montra une lame forte et aiguë emmanchée dans un morceau de bois de hêtre.

«Avec quoi avez-vous fait cela? dit Dantès.

—Avec une des fiches de mon lit. C'est avec cet instrument que je me suis creusé tout le chemin qui m'a conduit jusqu'ici; cinquante pieds à peu près.

—Cinquante pieds! s'écria Dantès avec une espèce de terreur.

—Parlez plus bas, jeune homme, parlez plus bas; souvent il arrive qu'on écoute aux portes des prisonniers.

—On me sait seul.

—N'importe.

—Et vous dites que vous avez percé cinquante pieds pour arriver jusqu'ici?

—Oui, telle est à peu près la distance qui sépare ma chambre de la vôtre; seulement j'ai mal calculé ma courbe, faute d'instrument de géométrie pour dresser mon échelle de proportion; au lieu de quarante pieds d'ellipse, il s'en est rencontré cinquante; je croyais, ainsi que je vous l'ai dit, arriver jusqu'au mur extérieur, percer ce mur et me jeter à la mer. J'ai longé le corridor, contre lequel donne votre chambre, au lieu de passer dessous; tout mon travail est perdu, car ce corridor donne sur une cour pleine de gardes.

—C'est vrai, dit Dantès; mais ce corridor ne longe qu'une face de ma chambre, et ma chambre en a quatre.

—Oui, sans doute, mais en voici d'abord une dont le rocher fait la muraille; il faudrait dix années de travail à dix mineurs munis de tous leurs outils pour percer le rocher; cette autre doit être adossée aux fondations de l'appartement du gouverneur; nous tomberions dans les caves qui ferment évidemment à la clef et nous serions pris; l'autre face donne, attendez donc, où donne l'autre face?

Cette face était celle où était percée la meurtrière à travers laquelle venait le jour: cette meurtrière, qui allait toujours en se rétrécissant jusqu'au moment où elle donnait entrée au jour, et par laquelle un enfant n'aurait certes pas pu passer, était en outre garnie par trois rangs de barreaux de fer qui pouvaient rassurer sur la crainte d'une évasion par ce moyen le geôlier le plus soupçonneux.

Et le nouveau venu, en faisant cette question, traîna la table au-dessous de la fenêtre.

«Montez sur cette table» dit-il à Dantès.

Dantès obéit, monta sur la table, et, devinant les intentions de son compagnon, appuya le dos au mur et lui présenta les deux mains.

Celui qui s'était donné le nom du numéro de sa chambre, et dont Dantès ignorait encore le véritable nom, monta alors plus lestement que n'eût pu le faire présager son âge, avec une habileté de chat ou de lézard, sur la table d'abord, puis de la table sur les mains de Dantès, puis de ses mains sur ses épaules; ainsi courbé en deux, car la voûte du cachot l'empêchait de se redresser, il glissa sa tête entre le premier rang de barreaux, et put plonger alors de haut en bas.

Un instant après, il retira vivement la tête.

«Oh! oh! dit-il, je m'en étais douté.»

Et il se laissa glisser le long du corps de Dantès sur la table, et de la table sauta à terre.

«De quoi vous étiez-vous douté?» demanda le jeune homme anxieux, en sautant à son tour auprès de lui.

Le vieux prisonnier méditait.

«Oui, dit-il, c'est cela; la quatrième face de votre cachot donne sur une galerie extérieure, espèce de chemin de ronde où passent les patrouilles et où veillent des sentinelles.

—Vous en êtes sûr?

—J'ai vu le shako du soldat et le bout de son fusil et je ne me suis retiré si vivement que de peur qu'il ne m'aperçût moi-même.

—Eh bien? dit Dantès.

—Vous voyez bien qu'il est impossible de fuir par votre cachot.

—Alors? continua le jeune homme avec un accent interrogateur.

—Alors, dit le vieux prisonnier, que la volonté de Dieu soit faite!»

Et une teinte de profonde résignation s'étendit sur les traits du vieillard.

Dantès regarda cet homme qui renonçait ainsi et avec tant de philosophie à une espérance nourrie depuis si longtemps, avec un étonnement mêlé d'admiration.

«Maintenant, voulez-vous me dire qui vous êtes? demanda Dantès.

—Oh! mon Dieu, oui, si cela peut encore vous intéresser, maintenant que je ne puis plus vous être bon à rien.

—Vous pouvez être bon à me consoler et à me soutenir, car vous me semblez fort parmi les forts.»

L'abbé sourit tristement.

«Je suis l'abbé Faria, dit-il, prisonnier depuis 1811, comme vous le savez, au château d'If; mais j'étais depuis trois ans renfermé dans la forteresse de Fenestrelle. En 1811, on m'a transféré du Piémont en France. C'est alors que j'ai appris que la destinée, qui, à cette époque, lui semblait soumise, avait donné un fils à Napoléon, et que ce fils au berceau avait été nommé roi de Rome. J'étais loin de me douter alors de ce que vous m'avez dit tout à l'heure: c'est que, quatre ans plus tard, le colosse serait renversé. Qui règne donc en France? Est-ce Napoléon II?

—Non, c'est Louis XVIII.

—Louis XVIII, le frère de Louis XVI, les décrets du ciel sont étranges et mystérieux. Quelle a donc été l'intention de la Providence en abaissant l'homme qu'elle avait élevé et en élevant celui qu'elle avait abaissé?»

Dantès suivait des yeux cet homme qui oubliait un instant sa propre destinée pour se préoccuper ainsi des destinées du monde.

«Oui, oui, continua-t-il, c'est comme en Angleterre: après Charles Ier, Cromwell, après Cromwell, Charles II, et peut-être après Jacques II, quelque gendre, quelque parent, quelque prince d'Orange; un stathouder qui se fera roi; et alors de nouvelles concessions au peuple, alors une constitution alors la liberté! Vous verrez cela, jeune homme, dit-il en se retournant vers Dantès, et en le regardant avec des yeux brillants et profonds, comme en devaient avoir les prophètes. Vous êtes encore d'âge à le voir, vous verrez cela.

—Oui, si je sors d'ici.

—Ah c'est juste, dit l'abbé Faria. Nous sommes prisonniers; il y a des moments où je l'oublie, et où, parce que mes yeux percent les murailles qui m'enferment, je me crois en liberté.

—Mais pourquoi êtes-vous enfermé, vous?

—Moi? parce que j'ai rêvé en 1807 le projet que Napoléon a voulu réaliser en 1811; parce que, comme Machiavel, au milieu de tous ces principicules qui faisaient de l'Italie un nid de petits royaumes tyranniques et faibles, j'ai voulu un grand et seul empire, compact et fort: parce que j'ai cru trouver mon César Borgia dans un niais couronné qui a fait semblant de me comprendre pour me mieux trahir. C'était le projet d'Alexandre VI et de Clément VII; il échouera toujours, puisqu'ils l'ont entrepris inutilement et que Napoléon n'a pu l'achever; décidément l'Italie est maudite!»

Et le vieillard baissa la tête.

Dantès ne comprenait pas comment un homme pouvait risquer sa vie pour de pareils intérêts; il est vrai que s'il connaissait Napoléon pour l'avoir vu et lui avoir parlé, il ignorait complètement, en revanche, ce que c'étaient que Clément VII et Alexandre VI.

«N'êtes-vous pas, dit Dantès, commençant à partager l'opinion de son geôlier, qui était l'opinion générale au château d'If, le prêtre que l'on croit... malade?

—Que l'on croit fou, vous voulez dire, n'est-ce pas?

—Je n'osais, dit Dantès en souriant.

—Oui, oui, continua Faria avec un rire amer; oui, c'est moi qui passe pour fou; c'est moi qui divertis depuis si longtemps les hôtes de cette prison, et qui réjouirais les petits enfants, s'il y avait des enfants dans le séjour de la douleur sans espoir.»

Dantès demeura un instant immobile et muet.

«Ainsi, vous renoncez à fuir? lui dit-il.

—Je vois la fuite impossible; c'est se révolter contre Dieu que de tenter ce que Dieu ne veut pas qui s'accomplisse.

—Pourquoi vous décourager? ce serait trop demander aussi à la Providence que de vouloir réussir du premier coup. Ne pouvez-vous pas recommencer dans un autre sens ce que vous avez fait dans celui-ci?

—Mais savez-vous ce que j'ai fait, pour parler ainsi de recommencer? Savez-vous qu'il m'a fallu quatre ans pour faire les outils que je possède? Savez-vous que depuis deux ans je gratte et creuse une terre dure comme le granit? Savez-vous qu'il m'a fallu déchausser des pierres qu'autrefois je n'aurais pas cru pouvoir remuer, que des journées tout entières se sont passées dans ce labeur titanique et que parfois, le soir, j'étais heureux quand j'avais enlevé un pouce carré de ce vieux ciment, devenu aussi dur que la pierre elle-même? Savez-vous, savez-vous que pour loger toute cette terre et toutes ces pierres que j'enterrais, il m'a fallu percer la voûte d'un escalier, dans le tambour duquel tous ces décombres ont été tour à tour ensevelis, si bien qu'aujourd'hui le tambour est plein, et que je ne saurais plus où mettre une poignée de poussière? Savez-vous, enfin, que je croyais toucher au but de tous mes travaux, que je me sentais juste la force d'accomplir cette tâche, et que voilà que Dieu non seulement recule ce but, mais le transporte je ne sais où? Ah! je vous le dis, je vous le répète, je ne ferai plus rien désormais pour essayer de reconquérir ma liberté, puisque la volonté de Dieu est qu'elle soit perdue à tout jamais.»

Edmond baissa la tête pour ne pas avouer à cet homme que la joie d'avoir un compagnon l'empêchait de compatir, comme il eût dû, à la douleur qu'éprouvait le prisonnier de n'avoir pu se sauver.

L'abbé Faria se laissa aller sur le lit d'Edmond, et Edmond resta debout.

Le jeune homme n'avait jamais songé à la fuite. Il y a de ces choses qui semblent tellement impossibles qu'on n'a pas même l'idée de les tenter et qu'on les évite d'instinct. Creuser cinquante pieds sous la terre, consacrer à cette opération un travail de trois ans pour arriver, si on réussit, à un précipice donnant à pic sur la mer; se précipiter de cinquante, de soixante, de cent pieds peut-être, pour s'écraser, en tombant, la tête sur quelque rocher, si la balle des sentinelles ne vous a point déjà tué auparavant; être obligé, si l'on échappe à tous ces dangers, de faire en nageant une lieue, c'en était trop pour qu'on ne se résignât point, et nous avons vu que Dantès avait failli pousser cette résignation jusqu'à la mort.

Mais maintenant que le jeune homme avait vu un vieillard se cramponner à la vie avec tant d'énergie et lui donner l'exemple des résolutions désespérées, il se mit à réfléchir et à mesurer son courage. Un autre avait tenté ce qu'il n'avait pas même eu l'idée de faire; un autre, moins jeune, moins fort, moins adroit que lui, s'était procuré, à force d'adresse et de patience, tous les instruments dont il avait besoin pour cette incroyable opération, qu'une mesure mal prise avait pu seule faire échouer: un autre avait fait tout cela, rien n'était donc impossible à Dantès: Faria avait percé cinquante pieds, il en percerait cent, Faria, à cinquante ans, avait mis trois ans à son œuvre; il n'avait que la moitié de l'âge de Faria, lui, il en mettrait six; Faria, abbé, savant, homme d'Église, n'avait pas craint de risquer la traversée du château d'If à l'île de Daume, de Ratonneau ou de Lemaire; lui, Edmond le marin, lui, Dantès le hardi plongeur, qui avait été si souvent chercher une branche de corail au fond de la mer, hésiterait-il donc à faire une lieue en nageant? que fallait-il pour faire une lieue en nageant? une heure? Eh bien, n'était-il donc pas resté des heures entières à la mer sans reprendre pied sur le rivage! Non, non, Dantès n'avait besoin que d'être encouragé par un exemple. Tout ce qu'un autre a fait ou aurait pu faire, Dantès le fera.

Le jeune homme réfléchit un instant.

«J'ai trouvé ce que vous cherchiez», dit-il au vieillard.

Faria tressaillit.

«Vous? dit-il, et en relevant la tête d'un air qui indiquait que si Dantès disait la vérité, le découragement de son compagnon ne serait pas de longue durée; vous, voyons, qu'avez-vous trouvé?

—Le corridor que vous avez percé pour venir de chez vous ici s'étend dans le même sens que la galerie extérieure, n'est-ce pas?

—Oui.

—Il doit n'en être éloigné que d'une quinzaine de pas?

—Tout au plus.

—Eh bien, vers le milieu du corridor nous perçons un chemin formant comme la branche d'une croix. Cette fois, vous prenez mieux vos mesures. Nous débouchons sur la galerie extérieure. Nous tuons la sentinelle et nous nous évadons. Il ne faut, pour que ce plan réussisse, que du courage, vous en avez; que de la vigueur, je n'en manque pas. Je ne parle pas de la patience, vous avez fait vos preuves et je ferai les miennes.

—Un instant, répondit l'abbé; vous n'avez pas su, mon cher compagnon, de quelle espèce est mon courage, et quel emploi je compte faire de ma force. Quand à la patience, je crois avoir été assez patient en recommençant chaque matin la tâche de la nuit, et chaque nuit la tâche du jour. Mais alors écoutez-moi bien, jeune homme, c'est qu'il me semblait que je servais Dieu, en délivrant une de ses créatures qui, étant innocente, n'avait pu être condamnée.

—Eh bien, demanda Dantès, la chose n'en est-elle pas au même point, et vous êtes-vous reconnu coupable depuis que vous m'avez rencontré, dites?

—Non, mais je ne veux pas le devenir. Jusqu'ici je croyais n'avoir affaire qu'aux choses, voilà que vous me proposez d'avoir affaire aux hommes. J'ai pu percer un mur et détruire un escalier, mais je ne percerai pas une poitrine et ne détruirai pas une existence.»

Dantès fit un léger mouvement de surprise.

«Comment, dit-il, pouvant être libre, vous seriez retenu par un semblable scrupule?

—Mais, vous-même, dit Faria, pourquoi n'avez-vous pas un soir assommé votre geôlier avec le pied de votre table, revêtu ses habits et essayé de fuir?

—C'est que l'idée ne m'en est pas venue, dit Dantès.

—C'est que vous avez une telle horreur instinctive pour un pareil crime, une telle horreur que vous n'y avez pas même songé, reprit le vieillard; car dans les choses simples et permises nos appétits naturels nous avertissent que nous ne dévions pas de la ligne de notre droit. Le tigre, qui verse le sang par nature, dont c'est l'état, la destination, n'a besoin que d'une chose, c'est que son odorat l'avertisse qu'il a une proie à sa portée. Aussitôt, il bondit vers cette proie, tombe dessus et la déchire. C'est son instinct, et il y obéit. Mais l'homme, au contraire, répugne au sang; ce ne sont point les lois sociales qui répugnent au meurtre, ce sont les lois naturelles.»

Dantès resta confondu: c'était, en effet, l'explication de ce qui s'était passé à son insu dans son esprit ou plutôt dans son âme, car il y a des pensées qui viennent de la tête, et d'autres qui viennent du cœur.

«Et puis, continua Faria, depuis tantôt douze ans que je suis en prison, j'ai repassé dans mon esprit toutes les évasions célèbres. Je n'ai vu réussir que rarement les évasions. Les évasions heureuses, les évasions couronnées d'un plein succès, sont les évasions méditées avec soin et lentement préparées; c'est ainsi que le duc de Beaufort s'est échappé du château de Vincennes; l'abbé Dubuquoi du Fort-l'Évêque, et Latude de la Bastille. Il y a encore celles que le hasard peut offrir: celles-là sont les meilleures; attendons une occasion, croyez-moi, et si cette occasion se présente, profitons-en.

—Vous avez pu attendre, vous, dit Dantès en soupirant; ce long travail vous faisait une occupation de tous les instants, et quand vous n'aviez pas votre travail pour vous distraire, vous aviez vos espérances pour vous consoler.

—Puis, dit l'abbé, je ne m'occupais point qu'à cela.

—Que faisiez-vous donc?

—J'écrivais ou j'étudiais.

—On vous donne donc du papier, des plumes, de l'encre?

—Non, dit l'abbé, mais je m'en fais.

—Vous vous faites du papier, des plumes et de l'encre? s'écria Dantès.

—Oui.» Dantès regarda cet homme avec admiration; seulement, il avait encore peine à croire ce qu'il disait. Faria s'aperçut de ce léger doute.

«Quand vous viendrez chez moi, lui dit-il, je vous montrerai un ouvrage entier, résultat des pensées, des recherches et des réflexions de toute ma vie, que j'avais médité à l'ombre du Colisée à Rome, au pied de la colonne Saint-Marc à Venise, sur les bords de l'Arno à Florence, et que je ne me doutais guère qu'un jour mes geôliers me laisseraient le loisir d'exécuter entre les quatre murs du château d'If. C'est un Traité sur la possibilité d'une monarchie générale en Italie. Ce fera un grand volume in-quarto.

—Et vous l'avez écrit?

—Sur deux chemises. J'ai inventé une préparation qui rend le linge lisse et uni comme le parchemin.

—Vous êtes donc chimiste.

—Un peu. J'ai connu Lavoisier et je suis lié avec Cabanis.

—Mais, pour un pareil ouvrage, il vous a fallu faire des recherches historiques. Vous aviez donc des livres?

—À Rome, j'avais à peu près cinq mille volumes dans ma bibliothèque. À force de les lire et de les relire, j'ai découvert qu'avec cent cinquante ouvrages bien choisis on a, sinon le résumé complet des connaissances humaines, du moins tout ce qu'il est utile à un homme de savoir. J'ai consacré trois années de ma vie à lire et à relire ces cent cinquante volumes, de sorte que je les savais à peu près par cœur lorsque j'ai été arrêté. Dans ma prison, avec un léger effort de mémoire, je me les suis rappelés tout à fait. Ainsi pourrais-je vous réciter Thucydide, Xénophon, Plutarque, Tite-Live, Tacite, Strada, Jornandès, Dante, Montaigne, Shakespeare, Spinosa, Machiavel et Bossuet. Je ne vous cite que les plus importants.

—Mais vous savez donc plusieurs langues?

—Je parle cinq langues vivantes, l'allemand, le français, l'italien, l'anglais et l'espagnol; à l'aide du grec ancien je comprends le grec moderne; seulement je le parle mal, mais je l'étudie en ce moment.

—Vous l'étudiez? dit Dantès.

—Oui, je me suis fait un vocabulaire des mots que je sais, je les ai arrangés, combinés, tournés et retournés, de façon qu'ils puissent me suffire pour exprimer ma pensée. Je sais à peu près mille mots, c'est tout ce qu'il me faut à la rigueur, quoiqu'il y en ait cent mille, je crois, dans les dictionnaires. Seulement, je ne serai pas éloquent, mais je me ferai comprendre à merveille et cela me suffit.»

De plus en plus émerveillé, Edmond commençait à trouver presque surnaturelles les facultés de cet homme étrange; il voulut le trouver en défaut sur un point quelconque, il continua:

«Mais si l'on ne vous a pas donné de plumes, dit-il avec quoi avez-vous pu écrire ce traité si volumineux?

—Je m'en suis fait d'excellentes, et que l'on préférerait aux plumes ordinaires si la matière était connue, avec les cartilages des têtes de ces énormes merlans que l'on nous sert quelquefois pendant les jours maigres. Aussi vois-je toujours arriver les mercredis, les vendredis et les samedis avec grand plaisir, car ils me donnent l'espérance d'augmenter ma provision de plumes, et mes travaux historiques sont, je l'avoue, ma plus douce occupation. En descendant dans le passé, j'oublie le présent; en marchant libre et indépendant dans l'histoire, je ne me souviens plus que je suis prisonnier.

—Mais de l'encre? dit Dantès, avec quoi vous êtes-vous fait de l'encre?

—Il y avait autrefois une cheminée dans mon cachot, dit Faria; cette cheminée a été bouchée quelque temps avant mon arrivée, sans doute, mais pendant de longues années on y avait fait du feu: tout l'intérieur en est donc tapissé de suie. Je fais dissoudre cette suie dans une portion du vin qu'on me donne tous les dimanches, cela me fournit de l'encre excellente. Pour les notes particulières, et qui ont besoin d'attirer les yeux, je me pique les doigts et j'écris avec mon sang.

—Et quand pourrai-je voir tout cela? demanda Dantès.

—Quand vous voudrez, répondit Faria.

—Oh! tout de suite! s'écria le jeune homme.

—Suivez-moi donc», dit l'abbé.

Et il rentra dans le corridor souterrain où il disparut. Dantès le suivit.

 

第十六章 一位意大利学者

唐太斯用热烈的拥抱来迎接他这位渴望已久的朋友,然后把他拉到窗口,以便借着从铁栅栏间透进来的微弱的光线把他整个人看得清楚些。这个人身材瘦小,头发已经灰白,那大概是受苦和忧虑的结果而不是由于年龄的原因,眼睛深陷有神,几乎被那灰色的眉毛所掩没了,一把又长又黑的胡子一直垂到胸前。他那神色疲惫的脸上刻满了忧虑的皱纹,再加上他那个性坚毅的轮廓,一望便知他是一个惯于劳心而少劳力的人。他的额头正淌着大滴的汗珠。他的衣服已破碎成了片,披在身上,已看不出它们原来的样子了。

他看上去六十岁到六十五岁之间,但他行动上倒挺利索,这说明由于长期囚禁的结果使他显得比实际年龄老一些。他那变得冷漠了的心境似乎又变得温暖激奋起来。他很诚意地感谢这样亲热的欢迎,尽管他有些失望,因为他原来以为可获得自由,而现在却只是进入了另外一间地牢。

“我们来看看,”他说,“我进来的痕迹能不能想法去掉。我们要严守秘密,千万不能让狱卒知道。”他走向洞口,弯下身子,轻而易举地把那块大石头拿了起来。然后,又把它塞回原位说:“你挖这块石头的时候太不小心了,我想你大概是没有工具作帮手吧。”

“工具?”唐太斯吃惊地问道,“难道你有工具吗?”

“我自己做了几样,除了少一把锉刀以外其余必要的我都有了,我有凿子,钳子和锤子。”

“噢,我很想看看你凭耐心和巧手做出来的这些东西!”

“好吧,这是我的凿子。”说着,他拿出一片尖利结实的铁块,上面有一块木棒做的柄。

“你是怎么做成的?”唐太斯问。

“用我床上的一根铁楔子做的。我就是用这个工具挖通了到这儿来的路,至少有五十尺的距离。”

“五十尺!”唐太斯惊叫了一声。

“小声点儿,小伙子,说话轻点儿!在这种国家监狱里,是常常有人站在牢房门外偷听犯人的谈话。”

“但他们知道我是一个人。”

“那也一样。”

“你说你挖了五十尺才挖到这儿吗?”

“不错,那差不多就是你我两个房间之间的距离。可惜我没有把转弯弄对,我因为缺少必要的几何量具来计算我的比例图,本来只要挖一条四十尺长的弧线就行了,我却挖了五十尺。我已经告诉过你,我本来是想挖到外墙,挖穿它,然后跳进海里去的,但是,我却顺着你房间对面的走廊挖,没有挖到底下去。我的一切努力白费了。因为这条走廊是通到院子里的,而院子里到处都是兵。”

“不错。”唐太斯说,“但你所说的走廊只占我房间的一面,还有另外三面呢。那三面方位你清楚吗?”

“这一面是用实心的岩石筑成的,得有十个经验丰富的矿工,带着所需要的各种工具,再花许多年的功夫才能挖穿它。

另外这一面和监狱长住处的下部相联,假如我们挖过去,只钻进一间锁了门的地牢里,在那儿又会被人捉住的。你这间地牢的第四面,也就是最后一面是通向——等一下,它是通向哪儿的呢?”

引起好奇心的这一面有透进光线的窗洞,这个窗洞向外渐渐缩小,开口的地方连一个小孩都钻不过去,上面还装着三条铁栅,所以连最多疑的狱卒也尽可以放心,知道犯人是绝不可能从这个地方逃跑的。新来者一面说着,一面把桌子拖到窗口底下。“爬上去。”他对唐太斯说。

年轻人顺从地爬上桌子,他已猜到了他同伴的意图,就将背牢牢地贴住墙壁,伸出双手。唐太斯到目前为止只知道这个人的牢房号码,从他外表来看绝想不到他竟会这样敏捷,他一跳就跳了上来,象一只猫或一条蜥蜴那样敏捷的从桌子爬到唐太斯伸出的手上,又从手上爬到他的肩头上,然后,弯下腰,由于地牢的房顶使他无法伸直身子,所以他勉强把头从窗洞的栅栏间塞了出去,以便从上到下看个仔细。

一会儿以后,他赶紧缩回头说道:“我早料到会是如此!”

凭着象刚才上去那样灵巧地从唐太斯的肩上溜了下来,敏捷地从桌上跳到地面上。

“你早料到了什么?”年青人用焦急的口吻问道,他也从桌子上跳了下来。

老犯人沉思了一下。“是的,”他终于说,“是这样的。你房间的这一面的外边是一条露天走廊,不断地有巡逻兵在那儿踱来踱去,而且日夜还有哨兵把守着。”

“你看清楚了吗?”

“当然。我看到了一个哨兵的军帽和毛瑟枪的枪管,所以我才赶紧地把头缩回来,我怕他会看见我。”

“怎么办呢?”唐太斯问。

“现在你该知道了要想从你的地牢里逃出去是绝对不可能的了吧?”

“那么,”年青人用疑问的口吻追问道。

“那么?”老犯人答道,“上帝的意志是应该服从的!”当老人慢慢地吐出这些字的时候,一种听天由命的神情渐渐显示在他阴云密布的脸上。这个人酝酿了这么久的希望,现在就这样一下子放弃了,唐太斯望着他,既惊讶又钦佩。

“请告诉我,我求求你,你是什么人?”他终于说。

“好吧,”那人回答说,“如果你对我还存有好奇心,我可以告诉你,反正现在我已无力帮助你了。”

“你可以安慰我,鼓励我,因为依我看,你是强者中的强者。”

怪客凄然微笑了一下。“那么听着,”他说,“我是法利亚神甫,是在一八一一年关到伊夫堡来的。在这以前,我曾在费尼斯德坦克堡被关过三年。一八一一年,我从皮埃蒙特被转押到了法国。在那个时候,拿破仑似乎万事如意,甚至把他那个还在摇篮里的儿子封做了罗马国王。我万没想到竟会发生你刚才告诉我的那个转变。想不到四年以后,这个庞大的帝国竟会被人推翻。那么法国现在由谁统治呢,拿破仑二世吗?”

“不,是路易十八。”

“路易十六的兄弟!天意真太难测了!究竟是因为什么苍天要贬黜一个显赫有名的人,去抬举一个软弱无能的人呢?”

唐太斯的全部注意力都被他吸引去了,这个人多么奇怪,他竟忘记了自己的不幸,而关心起别人的命运来了。

“是啊,英国也是这样的,”他继续说道,“查理一世以后,来了克伦威尔,克伦威尔之后是查理二世,然后是詹姆士二世,詹姆士二世的继承人是他的一个外甥,一个亲戚,一个什么爱尔兰亲王,一个自任为国王的总督,对人民作了一些新的让步,订立一部宪法,然后自由来了!你会看到的,小伙子,”他转向唐太斯,以一种预言家的所有的兴奋的眼光凝视着他说,“你还年轻,你会看到的。”

“是的,假如我能出狱的话!”

“不错,”法利亚答道,“我们是犯人,但有时候常常忘记了这一点,甚至有些时候,当我头脑里的想象把我带到这座监狱外的时候,我真以为自己已经获得了自由了呢。”

“你怎么会到这儿来的?”

“一八○七年,我想出了那个拿破仑在一八一一年实现的计划。因为,象马基维里一样,我也希望改变意大利的政治局面,我不愿意看着它分裂成许多个小王国,每一个小王国有一个无能的或残暴的统治者。我想把它建成一个伟大的,团结的,强有力的帝国。最后,由于我把一个头戴王冠的傻瓜错当成我的凯撒布琪亚,他假装采纳了我的意见,但实际上却出卖了我。亚历山大六世和克力门七世也曾有过这种计划,但现在是绝不会成功的了,因为他们轻视这种计划,认为它不会有好结果,而拿破仑不能实现。意大利似乎命中注定要倒霉的。”老人说最后这几个字时的语气极其沮丧,他的头无力地垂到胸前。

在唐太斯听来,这一切都是无法理解的,他不懂一个人怎么能为这种事甘冒生命的危险。不错,他知道一点拿破仑,因为他曾见过他,并和他讲过话,但克力门七世和亚历山大六世,他听都没听过。

“你是不是就是那位有病的神甫?”唐太斯说,他开始有点相信狱卒的话了,这也是伊夫堡普通的看法。——“你是想说他们叫我疯子,对不对?”

“我不敢那么说。”唐太斯微笑着回答。

“好吧,那么,”法利亚带着苦笑重新接着说,“让我来回答你这个问题吧,我承认我是伊夫堡那个普通人认为的疯犯人。

很多年来,他们都把我当作笑料,指给来参观监狱的来宾看,说我如何如何地疯狂,假如在这个暗无天日的地方有孩子们来的话。还极可能再抬举我一下,叫我耍把戏给孩子们看。”

唐太斯默默无言地呆立了许久。最后,他终于说,“那么你完全放弃逃走的希望了吗?”

“逃走已是不可能的了,而且我认为,硬要去尝试那万能的上帝显然不许的事未免太违抗上帝了。”

“不,不要泄气。你第一次尝试就希望成功,那未免期望太高我吗?为什么不再试试看,在另一个方向找一个出口呢?”

“你把重新开始说得这么轻松,你知不知道我以前是怎么做的?首先,我花了四年的功夫来制做我现在所有的这些工具,然后又花了两年的功夫来挖掘那象花岗石一样坚硬的泥土,然后我又得搬开那些我曾认为连摇都摇不动的大石头。我整天都做着这种非人力所及的工作,如果到晚上我能挖下一寸见方这种坚实的水泥,就认为自己是很不错的了。你知道,这种水泥,由于年代已久,简直如同石头一般难挖。然后,我又得把挖出来的大量泥土灰沙藏起来,我不得不掘通一条楼梯,把它们扔到楼梯底下的空隙里。那个地方现在已经完全塞满了,如果再投一把泥土进去,一定会被人发觉的。你再想想看,我本来完全相信我已经实现了我的目标,达到了我的目的了,为了这项工作,我曾尽了我的全力,而正当我算来已经成功了的时候,希望却永远地离开了。不,我再说一遍,想叫我重新再试,那显然是违背天意的,是决不可能的了。”

唐太斯低下头,他对于这个计划的失败并不感到怎么遗憾,他不愿意让他的同伴看到他脸上的这种表情。说老实话,这个年青人的心里现在只有高兴儿,因为他发觉自己已不再孤独了,不再冷清了。

神甫就势倒在爱德蒙的床上休息,而爱德蒙仍然站着。他以前从未想过要逃走。有些事情看来实在是不可能的,以致他的脑子里从没有过那种念头。在地底下挖一条五十尺的地道,用三年的时间来干这项工作,即使成功了,也不过是把自己带到了海边的一块悬崖边上,从五十尺,六十尺,或许一百尺的高处向下跳,冒着在岩石摔得粉身碎骨的危险,即使哨兵的子弹没打死你,你逃过了一切危险,也还得再游三里路的海面,这一切在唐太斯看来实在是太艰难了,这种计划他甚至连做梦都没有想到过,他只是听天由命。但现在他看到一个老人竟这样大胆不怕死的在寻求活路,他也就有了一个新的希望,勇气和精力也被激励起来。已经有别人尝试过他希望连想都没有想过的事,而那个人,还不如他年轻,不如他强壮,也不如他这样灵敏,却凭着耐心和技巧给自己配备了做那桩惊人的工作所必需的一切工具,只是由于计算上的一个失误而变成了一场空。那个人既然做到了这一切,那么,唐太斯就没有什么做不到的事了!法利亚从他的牢房里掘通了五十尺地道,唐太斯则决心掘通两倍于那个距离。年已五十的法利亚,用了三年的时间的时光致力于工作,还没有前者一半年龄的他,却虚度了六年的时光。做教士和哲学家的法利亚,甘愿冒生命危险去游过三哩路然后登上大魔岛,兰顿纽岛,或黎玛岛,难道象他这样一个身强力壮的水手,一个经验丰富的潜泳者,竟做不到这一点吗?难道象他这样的常常只为了好玩而潜到海底去采珊瑚的人,还会迟疑去游那三里路吗?三里路他在一小时内就可以游到,从前,纯碎是为了消遣,他曾多次在水里游过两倍于那么长的距离!唐太斯下决心以这位大无畏的同伴为榜样,并牢牢地记住,曾做成过一次的事,是可以再一次做到的。

年轻人继续沉思默想了片刻,说道,“我想出你所寻求的办法了!”

法利亚吃了一惊。“真的吗?”他赶紧抬起头来说道,“请告诉我你发现了什么?”

“你从你住的地牢挖过来的这条通道,是不是和外面这条走廊是同一个方向?”

“是呀。”

“而走廊离你的地道不过十五步左右?”

“最多也不过如此。”

“那好吧,我来告诉你我们该怎么做吧。我们必须在地道的中间处开一条丁字形的路。这一次你测量得准确一些。我们可以挖到你讲过的那条走廊边上,杀死看守走廊的哨兵,就此逃走。要保证成功,我们只需要勇气,这个你不缺,还要力气,这个我也有,至于说耐心,你已经够多的了,现在就瞧我的吧。”

“等一下,我亲爱的朋友,”神甫答道,“你显然还不了解我有的是什么样的勇气,打算把力气用在何处,说到忍耐,我那样夜以继日的工作,倒也够耐心的了,不过,小伙子,请听我说,那时,我觉得一个无辜的人,不该受罪的人归于自由是不会使万能的主不高兴的。”

“难道你观念改变了吗?”唐太斯问,“难道在遇见我以后你认为自己是有罪的了吗?”

“不,但我不希望变成个罪人。到目前为止,我始终以为是在同环境作战,但现在你却提出一个同人作战的计划。我能够挖通一堵墙,或拆毁一座楼梯,但我不愿意去刺穿一个人的胸膛,或毁掉一个生命。”

唐太斯微微露出一点惊异之色。“当前面就是你有自由的时候,”他说,“你就为了那样的一个理由而踌躇不前吗?”

“请告诉我,”法利亚答道,“有谁阻止过你拆一根床腿下来,打倒你的狱卒,穿上他的衣服,然后设法逃走?”

“只是因为我从没想到过这样一个计划罢啦!”唐太斯回答说。

“那是因为,”老人说,“上帝不允许人犯这样的罪,所以阻止了这个想法钻入你的脑子里。凡是一切简单易行的事,我们天生的本能自会阻止我们偏离正道。譬如说老虎吧,它本性嗜血,所以只要用鼻子一嗅,就可以知道它的牺牲品已经进了它的范围了,于是,它扑向牺牲品的身上,把它撕得粉碎。那就是它的本能,它在按本能行事。但人却正相反,人是怕见血的。谋杀不但为社会的法律所不容而且也是自然的法则所不容的。”

唐太斯默默无言的听着这一番话,觉得有点不知如何是好了,因为这种想法一向活跃在他的脑子里,或者,说得准确些,曾活跃在他的心里,因为有些想法是脑海中想出来的,而有些想法则是从心里流露出来的。

“自从我入狱以来,”法利亚说,“我把所有的那些有名的越狱案都在我脑子里想过了。那些最终成功的人,都经过了长期的计划和小心安排的,举些例子来说,如波福公爵之逃出万森堡,杜布古神甫之逃出伊微克堡,拉都特之逃出巴士底监狱。但存心想逃脱而最后成功的例子却是很少的。机会常常会出其不意地到来,那是我们始料不到的。所以,让我们耐心地等待一个有利的时机吧,相信时遇吧,你将来会知道,我抓时机是不会比你差的。”

“唉!”唐太斯说,“你大概很善于等待。这次长期的工作使你每时每刻都有事儿做了,而当你无事可做的时候,你还有希望,可以使你重新振作起来。”

“我老实跟你说吧,”老人答道,“我不是单靠这个的。”

“那么你还做些什么呢?”

“我写作,或者从事研究。”

“那么他们给了你笔,墨水和纸吗?”

“噢,不!”神甫回答说,他们没给我,是我自己制做的。

唐太斯惊呼道:“你自己做的纸,笔和墨水?”

“是的。”

唐太斯钦佩地望着他。但他的脑子里仍然有些疑惑,神甫的慧眼一下子就看了出来。

“等你到我的地牢里去的时候,”他说,“我可以给你看一篇已完成了的文章,那是我反省自己的一生的心血的结晶,那是在罗马竞技场的废墟里,在威尼斯圣马克古宫的圆柱脚下,在狱卒会让我在伊夫堡的牢墙之内有时间把它们写出来。我说的那篇文章的题目叫做《论建立意大利统一王国》,印出来可以成为一册四开本的大书。”

“您把这些文章写在了什么东西上面?”

写在了我的两件衬衣上。我发明了一种药剂,可以使得在布片上写字就象在羊皮纸上写一样光滑流利。”

“那么说,你还是一位化学家?”

“勉强算是吧,我认识拉瓦锡,也是卡巴尼斯的好朋友。”

“但是写这样的巨著,你一定需要一些书作参考,你有书吗?”

“在我罗马的书房里,有将近有五千本书。但把它们读过了许多遍以后我发觉,一个人只要有一百五十本精选过的书,就如同掌握了人类一切知识,至少是够用的了或者该知道的都知道了。我用一生中三年的时间来致力于研究这一百五十本书,直到我把它们完全记在心里为止。所以入狱以后,我只要略微回忆一下,就可以清楚记起它们的内容,就象把书本摊开在我面前一样。我可以把休昔的底斯,萨诺芬,普罗塔克,塔都司李浮斯,塔西佗,史德拉达,约南特斯,但丁,蒙田,莎士比亚,斯宾诺莎,马基维里和布苏亚的书全部背给你听。我在这里仅仅只举出了几个最有名的作家。”

“那么,你一定懂好几种语言了?”

“是的,我可以讲五种近代语言,德语,法语,意大利语,英语和西班牙语。我还依据古希腊文学会了现代希腊语,我虽不能说得非常流利,但我现在还在不断地研究它呢。”

“你在研究?”

“是的,我把我所掌握的字组成了一套词汇,把它们不断地重新组合,所以我已经能用它们来表达我的思想了。我大约认得有将近一千个字,那一千个字是绝对必须的,尽管我也知道字典里有将近有十万个字。我无法希望说得非常流利,但我能够让人听懂的意思,也就够了。”

唐太斯愈来愈觉得奇怪了,他觉得眼前这个人具有超凡的能力。可是,他还是希望能发现他的某种缺陷,于是他说:“假如你没有笔,你怎么能把你所说的那本巨著写出来呢?”

“我自己制造了几支绝妙的笔,这个办法如果一旦流传出去,大家一定很乐于照着去做的。你知道,我们每逢斋戒日都可以吃到鱼的。我就选用了这种鱼头部的几条软骨,你简直想象不到每到星期三,星期五和星期六我是多么的高兴,多么的欢迎它的到来,来更多的为我提供做笔的材料,因为我坦白地承认,我的这本历史著作是我最大的安慰,当我追述过去的时候,我就忘掉了现在。当我自由自在地在历史里驰骋的时候,我就暂时忘记了自己是个犯人。”

“墨水呢?”唐太斯问,“你又是怎么弄到那个的呢?”

“告诉你,”法利亚答道。“我的地牢里从前原有一个壁炉,在我住进来以前,早就已经不用了。可是,它一定用过许多年,因为它上面履盖着厚厚的一层煤烟,我把这种煤烟溶解在每星期天给我拿来的酒里,我可以向你担保,你再别想找到一种更好的墨水了。至于极其重要的记录,想引起特别注意的,我就刺破一只手指,用我的血来写。”

“你什么时候可以把这些东西拿给我看看?”唐太斯问。

“随便你什么时候都行,”神甫答道。

“噢,那么立刻给我看吧!”青年恳求道。

“那就跟我来吧。”神甫说着就重新钻进了地道里,一会儿就不见了。唐太斯跟着他钻了进去。




XVII La chambre de l'abbé.

Après avoir passé en se courbant, mais cependant avec assez de facilité, par le passage souterrain, Dantès arriva à l'extrémité opposée du corridor qui donnait dans la chambre de l'abbé. Là, le passage se rétrécissait et offrait à peine l'espace suffisant pour qu'un homme pût se glisser en rampant. La chambre de l'abbé était dallée; c'était en soulevant une de ces dalles placée dans le coin le plus obscur qu'il avait commencé la laborieuse opération dont Dantès avait vu la fin.

À peine entré et debout, le jeune homme examina cette chambre avec grande attention. Au premier aspect, elle ne présentait rien de particulier.

«Bon, dit l'abbé, il n'est que midi un quart, et nous avons encore quelques heures devant nous.»

Dantès regarda autour de lui, cherchant à quelle horloge l'abbé avait pu lire l'heure d'une façon si précise.

«Regardez ce rayon du jour qui vient par ma fenêtre, dit l'abbé, et regardez sur le mur les lignes que j'ai tracées. Grâce à ces lignes, qui sont combinées avec le double mouvement de la terre et l'ellipse qu'elle décrit autour du soleil, je sais plus exactement l'heure que si j'avais une montre, car une montre se dérange, tandis que le soleil et la terre ne se dérangent jamais.»

Dantès n'avait rien compris à cette explication, il avait toujours cru, en voyant le soleil se lever derrière les montagnes et se coucher dans la Méditerranée que c'était lui qui marchait et non la terre. Ce double mouvement du globe qu'il habitait, et dont cependant il ne s'apercevait pas, lui semblait presque impossible; dans chacune des paroles de son interlocuteur, il voyait des mystères de science aussi admirables à creuser que ces mines d'or et de diamants qu'il avait visitées dans un voyage qu'il avait fait presque enfant encore à Guzarate et à Golconde.

«Voyons, dit-il à l'abbé, j'ai hâte d'examiner vos trésors.»

L'abbé alla vers la cheminée, déplaça avec le ciseau qu'il tenait toujours à la main la pierre qui formait autrefois l'âtre et qui cachait une cavité assez profonde; c'était dans cette cavité qu'étaient renfermés tous les objets dont il avait parlé à Dantès.

«Que voulez-vous voir d'abord? lui demanda-t-il.

—Montrez-moi votre grand ouvrage sur la royauté en Italie.»

Faria tira de l'armoire précieuse trois ou quatre rouleaux de linge tournés sur eux-mêmes, comme des feuilles de papyrus: c'étaient des bandes de toile, larges de quatre pouces à peu près et longues de dix-huit. Ces bandes, numérotées, étaient couvertes d'une écriture que Dantès put lire, car elles étaient écrites dans la langue maternelle de l'abbé, c'est-à-dire en italien, idiome qu'en sa qualité de Provençal Dantès comprenait parfaitement.

«Voyez, lui dit-il, tout est là; il y a huit jours à peu près que j'ai écrit le mot Fin au bas de la soixante-huitième bande. Deux de mes chemises et tout ce que j'avais de mouchoirs y sont passé; si jamais je redeviens libre et qu'il se trouve dans toute l'Italie un imprimeur qui ose m'imprimer, ma réputation est faite.

—Oui, répondit Dantès, je vois bien. Et maintenant, montrez-moi donc, je vous prie, les plumes avec lesquelles a été écrit cet ouvrage.

—Voyez», dit Faria. Et il montra au jeune homme un petit bâton long de six pouces, gros comme le manche d'un pinceau, au bout et autour duquel était lié par un fil un de ces cartilages, encore taché par l'encre, dont l'abbé avait parlé à Dantès; il était allongé en bec et fendu comme une plume ordinaire. Dantès l'examina, cherchant des yeux l'instrument avec lequel il avait pu être taillé d'une façon si correcte.

«Ah! oui, dit Faria, le canif, n'est-ce pas? C'est mon chef-d'œuvre; je l'ai fait, ainsi que le couteau que voici, avec un vieux chandelier de fer.»

Le canif coupait comme un rasoir. Quant au couteau, il avait cet avantage qu'il pouvait servir tout à la fois de couteau et de poignard. Dantès examina ces différents objets avec la même attention que, dans les boutiques de curiosités de Marseille, il avait examiné parfois ces instruments exécutés par des sauvages et rapportés des mers du Sud par les capitaines au long cours.

«Quant à l'encre, dit Faria, vous savez comment je procède; je la fais à mesure que j'en ai besoin.

—Maintenant, je m'étonne d'une chose, dit Dantès, c'est que les jours vous aient suffi pour toute cette besogne.

—J'avais les nuits, répondit Faria.

—Les nuits! êtes-vous donc de la nature des chats et voyez-vous clair pendant la nuit?

—Non; mais Dieu a donné à l'homme l'intelligence pour venir en aide à la pauvreté de ses sens: je me suis procuré de la lumière.

—Comment cela?

—De la viande qu'on m'apporte je sépare la graisse, je la fais fondre et j'en tire une espèce d'huile compacte. Tenez, voilà ma bougie.»

Et l'abbé montra à Dantès une espèce de lampion, pareil à ceux qui servent dans les illuminations publiques.

«Mais du feu?

—Voici deux cailloux et du linge brûlé.

—Mais des allumettes?

—J'ai feint une maladie de peau, et j'ai demandé du souffre, que l'on m'a accordé.»

Dantès posa les objets qu'il tenait sur la table et baissa la tête, écrasé sous la persévérance et la force de cet esprit.

«Ce n'est pas tout, continua Faria; car il ne faut pas mettre tous ses trésors dans une seule cachette; refermons celle-ci.»

Ils posèrent la dalle à sa place; l'abbé sema un peu de poussière dessus, y passa son pied pour faire disparaître toute trace de solution de continuité, s'avança vers son lit et le déplaça.

Derrière le chevet, caché par une pierre qui le refermait avec une herméticité presque parfaite, était un trou, et dans ce trou une échelle de corde longue de vingt-cinq à trente pieds.

Dantès l'examina: elle était d'une solidité à toute épreuve.

«Qui vous a fourni la corde nécessaire à ce merveilleux ouvrage? demanda Dantès.

—D'abord quelques chemises que j'avais, puis les draps de mon lit que, pendant trois ans de captivité à Fenestrelle, j'ai effilés. Quand on m'a transporté au château d'If, j'ai trouvé moyen d'emporter avec moi cet effilé; ici, j'ai continué la besogne.

—Mais ne s'apercevait-on pas que les draps de votre lit n'avaient plus d'ourlet?

—Je les recousais.

—Avec quoi?

—Avec cette aiguille.»

Et l'abbé, ouvrant un lambeau de ses vêtements, montra à Dantès une arête longue, aiguë et encore enfilée, qu'il portait sur lui.

«Oui, continua Faria, j'avais d'abord songé à desceller ces barreaux et à fuir par cette fenêtre, qui est un peu plus large que la vôtre, comme vous voyez, et que j'eusse élargie encore au moment de mon évasion; mais je me suis aperçu que cette fenêtre donnait sur une cour intérieure, et j'ai renoncé à mon projet comme trop chanceux. Cependant, j'ai conservé l'échelle pour une circonstance imprévue, pour une de ces évasions dont je vous parlais, et que le hasard procure.»

Dantès tout en ayant l'air d'examiner l'échelle, pensait cette fois à autre chose; une idée avait traversé son esprit. C'est que cet homme, si intelligent, si ingénieux, si profond, verrait peut-être clair dans l'obscurité de son propre malheur, où jamais lui-même n'avait rien pu distinguer.

«À quoi songez-vous? demanda l'abbé en souriant, et prenant l'absorbement de Dantès pour une admiration portée au plus haut degré.

—Je pense à une chose d'abord, c'est à la somme énorme d'intelligence qu'il vous a fallu dépenser pour arriver au but où vous êtes parvenu; qu'eussiez-vous donc fait libre?

—Rien, peut-être: ce trop-plein de mon cerveau se fût évaporé en futilités. Il faut le malheur pour creuser certaines mines mystérieuses cachées dans l'intelligence humaine; il faut la pression pour faire éclater la poudre. La captivité a réuni sur un seul point toutes mes facultés flottantes çà et là; elles se sont heurtées dans un espace étroit; et, vous le savez, du choc des nuages résulte l'électricité, de l'électricité l'éclair, de l'éclair la lumière.

—Non, je ne sais rien, dit Dantès, abattu par son ignorance; une partie des mots que vous prononcez sont pour moi des mots vides de sens; vous êtes bien heureux d'être si savant, vous!»

L'abbé sourit.

«Vous pensiez à deux choses, disiez-vous tout à l'heure?

—Oui.

—Et vous ne m'avez fait connaître que la première; quelle est la seconde?

—La seconde est que vous m'avez raconté votre vie, et que vous ne connaissez pas la mienne.

—Votre vie, jeune homme, est bien courte pour renfermer des événements de quelque importance.

—Elle renferme un immense malheur, dit Dantès; un malheur que je n'ai pas mérité; et je voudrais, pour ne plus blasphémer Dieu comme je l'ai fait quelquefois, pouvoir m'en prendre aux hommes de mon malheur.

—Alors, vous vous prétendez innocent du fait qu'on vous impute?

—Complètement innocent, sur la tête des deux seules personnes qui me sont chères, sur la tête de mon père et de Mercédès.

—Voyons, dit l'abbé en refermant sa cachette et en repoussant son lit à sa place, racontez-moi donc votre histoire.»

Dantès alors raconta ce qu'il appelait son histoire, et qui se bornait à un voyage dans l'Inde et à deux où trois voyages dans le Levant; enfin, il en arriva à sa dernière traversée, à la mort du capitaine Leclère au paquet remis par lui pour le grand maréchal, à l'entrevue du grand maréchal, à la lettre remise par lui et adressée à un M. Noirtier; enfin à son arrivée à Marseille, à son entrevue avec son père, à ses amours avec Mercédès, au repas de ses fiançailles, à son arrestation, à son interrogatoire, à sa prison provisoire au palais de justice, enfin à sa prison définitive au château d'If. Arrivé là, Dantès ne savait plus rien, pas même le temps qu'il y était resté prisonnier.

Le récit achevé, l'abbé réfléchit profondément.

«Il y a, dit-il au bout d'un instant, un axiome de droit d'une grande profondeur, et qui en revient à ce que je vous disais tout à l'heure, c'est qu'à moins que la pensée mauvaise ne naisse avec une organisation faussée, la nature humaine répugne au crime. Cependant, la civilisation nous a donné des besoins, des vices, des appétits factices qui ont parfois l'influence de nous faire étouffer nos bons instincts et qui nous conduisent au mal. De là cette maxime: Si vous voulez découvrir le coupable, cherchez d'abord celui à qui le crime commis peut être utile! À qui votre disparition pouvait-elle être utile?

—À personne, mon Dieu! j'étais si peu de chose.

—Ne répondez pas ainsi, car la réponse manque à la fois de logique et de philosophie; tout est relatif, mon cher ami, depuis le roi qui gêne son futur successeur, jusqu'à l'employé qui gêne le surnuméraire: si le roi meurt, le successeur hérite une couronne; si l'employé meurt, le surnuméraire hérite douze cents livres d'appointements. Ces douze cents livres d'appointements, c'est sa liste civile à lui; ils lui sont aussi nécessaires pour vivre que les douze millions d'un roi. Chaque individu, depuis le plus bas jusqu'au plus haut degré de l'échelle sociale, groupe autour de lui tout un petit monde d'intérêts, ayant ses tourbillons et ses atomes crochus, comme les mondes de Descartes. Seulement, ces mondes vont toujours s'élargissant à mesure qu'ils montent. C'est une spirale renversée et qui se tient sur la pointe par un jeu d'équilibre. Revenons-en donc à votre monde à vous. Vous alliez être nommé capitaine du Pharaon?

—Oui.

—Vous alliez épouser une belle jeune fille?

—Oui.

—Quelqu'un avait-il intérêt à ce que vous ne devinssiez pas capitaine du Pharaon? Quelqu'un avait-il intérêt à ce que vous n'épousassiez pas Mercédès? Répondez d'abord à la première question, l'ordre est la clef de tous les problèmes. Quelqu'un avait-il intérêt à ce que vous ne devinssiez pas capitaine du Pharaon?

—Non; j'étais fort aimé à bord. Si les matelots avaient pu élire un chef, je suis sûr qu'ils m'eussent élu. Un seul homme avait quelque motif de m'en vouloir: j'avais eu, quelque temps auparavant, une querelle avec lui, et je lui avais proposé un duel qu'il avait refusé.

—Allons donc? Cet homme, comment se nomma-t-il?

—Danglars.

—Qu'était-il à bord?

—Agent comptable.

—Si vous fussiez devenu capitaine, l'eussiez-vous conservé dans son poste?

—Non, si la chose eût dépendu de moi, car j'avais cru remarquer quelques infidélités dans ses comptes.

—Bien. Maintenant quelqu'un a-t-il assisté à votre dernier entretien avec le capitaine Leclère?

—Non, nous étions seuls.

—Quelqu'un a-t-il pu entendre votre conversation?

—Oui, car la porte était ouverte; et même... attendez... oui, oui Danglars est passé juste au moment où le capitaine Leclère me remettait le paquet destiné au grand maréchal.

—Bon, fit l'abbé, nous sommes sur la voie. Avez-vous amené quelqu'un avec vous à terre quand vous avez relâché à l'île d'Elbe?

—Personne.

—On vous a remis une lettre?

—Oui, le grand maréchal.

—Cette lettre, qu'en avez-vous fait?

—Je l'ai mise dans mon portefeuille.

—Vous aviez donc votre portefeuille sur vous? Comment un portefeuille devant contenir une lettre officielle pouvait-il tenir dans la poche d'un marin?

—Vous avez raison, mon portefeuille était à bord.

—Ce n'est donc qu'à bord que vous avez enfermé la lettre dans le portefeuille?

—Oui.

—De Porto-Ferrajo à bord qu'avez-vous fait de cette lettre?

—Je l'ai tenue à la main.

—Quand vous êtes remonté sur le Pharaon, chacun a donc pu voir que vous teniez une lettre?

—Oui.

—Danglars comme les autres?

—Danglars comme les autres.

—Maintenant, écoutez bien; réunissez tous vos souvenirs: vous rappelez-vous dans quels termes était rédigée la dénonciation?

—Oh! oui, je l'ai relue trois fois, et chaque parole en est restée dans ma mémoire.

—Répétez-la-moi.»

Dantès se recueillit un instant.

«La voici, dit-il, textuellement:

»M. le procureur du roi est prévenu par un ami du trône et de la religion que le nommé Edmond Dantès, second du navire le Pharaon, arrivé ce matin de Smyrne, après avoir touché à Naples et à Porto-Ferrajo, a été chargé par Murat d'un paquet pour l'usurpateur, et par l'usurpateur d'une lettre pour le comité bonapartiste de Paris.

»On aura la preuve de son crime en l'arrêtant, car on retrouvera cette lettre sur lui, ou chez son père, ou dans sa cabine à bord du Pharaon.»

L'abbé haussa les épaules.

«C'est clair comme le jour, dit-il, il faut que vous ayez eu le cœur bien naïf et bien bon pour n'avoir pas deviné la chose tout d'abord.

—Vous croyez? s'écria Dantès. Ah! ce serait bien infâme!

—Quelle était l'écriture ordinaire de Danglars?

—Une belle cursive.

—Quelle était l'écriture de la lettre anonyme.

—Une écriture renversée.»

L'abbé sourit.

«Contrefaite, n'est-ce pas?

—Bien hardie pour être contrefaite.

—Attendez», dit-il.

Il prit sa plume, ou plutôt ce qu'il appelait ainsi, la trempa dans l'encre et écrivit de la main gauche, sur un linge préparé à cet effet, les deux ou trois premières lignes de la dénonciation.

Dantès recula et regarda presque avec terreur l'abbé.

«Oh! c'est étonnant, s'écria-t-il, comme cette écriture ressemblait à celle-ci.

—C'est que la dénonciation avait été écrite de la main gauche. J'ai observé une chose, continua l'abbé.

—Laquelle?

—C'est que toutes les écritures tracées de la main droite sont variées, c'est que toutes les écritures tracées de la main gauche se ressemblent.

—Vous avez donc tout vu, tout observé?

—Continuons.

—Oh! oui, oui.

—Passons à la seconde question.

—J'écoute.

—Quelqu'un avait il intérêt à ce que vous n'épousassiez pas Mercédès?

—Oui! un jeune homme qui l'aimait.

—Son nom?

—Fernand.

—C'est un nom espagnol?

—Il était Catalan.

—Croyez-vous que celui-ci était capable d'écrire la lettre?

—Non! celui-ci m'eût donné un coup de couteau. Voilà tout.

—Oui, c'est dans la nature espagnole: un assassinat, oui, une lâcheté, non.

—D'ailleurs, continua Dantès, il ignorait tous les détails consignés dans la dénonciation.

—Vous ne les aviez donnés à personne? Pas même à votre maîtresse?

—Pas même à ma fiancée.

—C'est Danglars.

—Oh! maintenant j'en suis sûr.

—Attendez.... Danglars connaissait-il Fernand?

—Non... si.... Je me rappelle....

—Quoi?

—La surveille de mon mariage je les ai vu attablés ensemble sous la tonnelle du père Pamphile. Danglars était amical et railleur, Fernand était pâle et troublé.

—Ils étaient seuls?

—Non, ils avaient avec eux un troisième compagnon, bien connu de moi, qui sans doute leur avait fait faire connaissance, un tailleur nommé Caderousse; mais celui-ci était déjà ivre. Attendez... attendez.... Comment ne me suis-je pas rappelé cela? Près de la table où ils buvaient étaient un encrier, du papier, des plumes. (Dantès porta la main à son front). Oh! les infâmes! les infâmes!

—Voulez-vous encore savoir autre chose? dit l'abbé en riant.

—Oui, oui, puisque vous approfondissez, tout, puisque vous voyez clair en toutes choses, je veux savoir pourquoi je n'ai été interrogé qu'une fois, pourquoi on ne m'a pas donné des juges, et comment je suis condamné sans arrêt.

—Oh! ceci dit l'abbé, c'est un peu plus grave; la justice a des allures sombres et mystérieuses qu'il est difficile de pénétrer. Ce que nous avons fait jusqu'ici pour vos deux amis était un jeu d'enfant; il va falloir, sur ce sujet, me donner les indications les plus précises.

—Voyons, interrogez-moi, car en vérité vous voyez plus clair dans ma vie que moi-même.

—Qui vous a interrogé? est-ce le procureur du roi, le substitut, le juge d'instruction?

—C'était le substitut.

—Jeune, ou vieux?

—Jeune: vingt-sept ou vingt-huit ans.

—Bien! pas corrompu encore, mais ambitieux déjà, dit l'abbé. Quelles furent ses manières avec vous?

—Douces plutôt que sévères.

—Lui avez-vous tout raconté?

—Tout.

—Et ses manières ont-elles changé dans le courant de l'interrogatoire?

—Un instant, elles ont été altérées, lorsqu'il eut lu la lettre qui me compromettait; il parut comme accablé de mon malheur.

—De votre malheur?

—Oui.

—Et vous êtes bien sûr que c'était votre malheur qu'il plaignait?

—Il m'a donné une grande preuve de sa sympathie, du moins.

—Laquelle?

—Il a brûlé la seule pièce qui pouvait me compromettre.

—Laquelle? la dénonciation?

—Non, la lettre.

—Vous en êtes sûr?

—Cela s'est passé devant moi.

—C'est autre chose; cet homme pourrait être un plus profond scélérat que vous ne croyez.

—Vous me faites frissonner, sur mon honneur! dit Dantès, le monde est-il donc peuplé de tigres et de crocodiles?

—Oui; seulement, les tigres et les crocodiles à deux pieds sont plus dangereux que les autres.

—Continuons, continuons.

—Volontiers; il a brûlé la lettre, dites-vous?

—Oui, en me disant: «Vous voyez, il n'existe que cette preuve-là contre vous, et je l'anéantis.»

—Cette conduite est trop sublime pour être naturelle.

—Vous croyez?

—J'en suis sûr. À qui cette lettre était-elle adressée?

—À M. Noirtier, rue Coq-Héron, no 13, à Paris.

—Pouvez-vous présumer que votre substitut eût quelque intérêt à ce que cette lettre disparût?

—Peut-être; car il m'a fait promettre deux ou trois fois, dans mon intérêt, disait-il, de ne parler à personne de cette lettre, et il m'a fait jurer de ne pas prononcer le nom qui était inscrit sur l'adresse.

—Noirtier? répéta l'abbé... Noirtier? j'ai connu un Noirtier à la cour de l'ancienne reine d'Étrurie, un Noirtier qui avait été girondin sous la révolution. Comment s'appelait votre substitut, à vous?

—De Villefort.»

L'abbé éclata de rire.

Dantès le regarda avec stupéfaction.

«Qu'avez-vous? dit-il.

—Voyez-vous ce rayon du jour? demanda l'abbé.

—Oui.

—Eh bien, tout est plus clair pour moi maintenant que ce rayon transparent et lumineux. Pauvre enfant, pauvre jeune homme! et ce magistrat a été bon pour vous.

—Oui.

—Ce digne substitut a brûlé, anéanti la lettre?

—Oui.

—Cet honnête pourvoyeur du bourreau vous a fait jurer de ne jamais prononcer de nom de Noirtier?

—Oui.

—Ce Noirtier, pauvre aveugle que vous êtes, savez-vous ce que c'était que ce Noirtier? «Ce Noirtier, c'était son père!»

La foudre, tombée aux pieds de Dantès et lui creusant un abîme au fond duquel s'ouvrait l'enfer, lui eût produit un effet moins prompt, moins électrique, moins écrasant, que ces paroles inattendues; il se leva, saisissant sa tête à deux mains comme pour l'empêcher d'éclater.

«Son père! son père! s'écria-t-il.

—Oui, son père, qui s'appelle Noirtier de Villefort», reprit l'abbé.

Alors une lumière fulgurante traversa le cerveau du prisonnier, tout ce qui lui était demeuré obscur fut à l'instant même éclairé d'un jour éclatant. Ces tergiversations de Villefort pendant l'interrogatoire, cette lettre détruite, ce serment exigé, cette voix presque suppliante du magistrat qui, au lieu de menacer, semblait implorer, tout lui revint à la mémoire; il jeta un cri, chancela un instant comme un homme ivre; puis, s'élançant par l'ouverture qui conduisait de la cellule de l'abbé à la sienne:

«Oh! dit-il, il faut que je sois seul pour penser à tout cela.»

Et, en arrivant dans son cachot, il tomba sur son lit, où le porte-clefs le retrouva le soir, assis, les yeux fixes, les traits contractés, mais immobile et muet comme une statue.

Pendant ces heures de méditation, qui s'étaient écoulées comme des secondes, il avait pris une terrible résolution et fait un formidable serment.

Une voix tira Dantès de cette rêverie, c'était celle de l'abbé Faria, qui, ayant reçu à son tour la visite de son geôlier, venait inviter Dantès à souper avec lui. Sa qualité de fou reconnu, et surtout de fou divertissant, valait au vieux prisonnier quelques privilèges, comme celui d'avoir du pain un peu plus blanc et un petit flacon de vin le dimanche. Or, on était justement arrivé au dimanche, et l'abbé venait inviter son jeune compagnon à partager son pain et son vin.

Dantès le suivit: toutes les lignes de son visage s'étaient remises et avaient repris leur place accoutumée, mais avec une raideur et une fermeté, si l'on peut le dire, qui accusaient une résolution prise. L'abbé le regarda fixement.

«Je suis fâché de vous avoir aidé dans vos recherches et de vous avoir dit ce que je vous ai dit, fit-il.

—Pourquoi cela? demanda Dantès.

—Parce que je vous ai infiltré dans le cœur un sentiment qui n'y était point: la vengeance.»

Dantès sourit.

«Parlons d'autre chose», dit-il.

L'abbé le regarda encore un instant et hocha tristement la tête; puis, comme l'en avait prié Dantès, il parla d'autre chose.

Le vieux prisonnier était un de ces hommes dont la conversation, comme celle des gens qui ont beaucoup souffert, contient des enseignements nombreux et renferme un intérêt soutenu; mais elle n'était pas égoïste, et ce malheureux ne parlait jamais de ses malheurs.

Dantès écoutait chacune de ses paroles avec admiration: les unes correspondaient à des idées qu'il avait déjà et à des connaissances qui étaient du ressort de son état de marin, les autres touchaient à des choses inconnues, et, comme ces aurores boréales qui éclairent les navigateurs dans les latitudes australes, montraient au jeune homme des paysages et des horizons nouveaux, illuminés de lueurs fantastiques. Dantès comprit le bonheur qu'il y aurait pour une organisation intelligente à suivre cet esprit élevé sur les hauteurs morales, philosophiques ou sociales sur lesquelles il avait l'habitude de se jouer.

«Vous devriez m'apprendre un peu de ce que vous savez, dit Dantès, ne fût-ce que pour ne pas vous ennuyer avec moi. Il me semble maintenant que vous devez préférer la solitude à un compagnon sans éducation et sans portée comme moi. Si vous consentez à ce que je vous demande, je m'engage à ne plus vous parler de fuir.»

L'abbé sourit.

«Hélas! mon enfant, dit-il, la science humaine est bien bornée, et quand je vous aurai appris les mathématiques, la physique, l'histoire et les trois ou quatre langues vivantes que je parle, vous saurez ce que je sais: or, toute cette science, je serai deux ans à peine à la verser de mon esprit dans le vôtre.

—Deux ans! dit Dantès, vous croyez que je pourrais apprendre toutes ces choses en deux ans?

—Dans leur application, non; dans leurs principes, oui: apprendre n'est pas savoir; il y a les sachants et les savants: c'est la mémoire qui fait les uns, c'est la philosophie qui fait les autres.

—Mais ne peut-on apprendre la philosophie?

—La philosophie ne s'apprend pas; la philosophie est la réunion des sciences acquises au génie qui les applique: la philosophie, c'est le nuage éclatant sur lequel le Christ a posé le pied pour remonter au ciel.

—Voyons, dit Dantès, que m'apprenez-vous d'abord? J'ai hâte de commencer, j'ai soif de science.

—Tout!» dit l'abbé.

En effet, dès le soir, les deux prisonniers arrêtèrent un plan d'éducation qui commença de s'exécuter le lendemain. Dantès avait une mémoire prodigieuses une facilité de conception extrême: la disposition mathématique de son esprit le rendait apte à tout comprendre par le calcul, tandis que la poésie du marin corrigeait tout ce que pouvait avoir de trop matériel la démonstration réduite à la sécheresse des chiffres ou à la rectitude des lignes; il savait déjà, d'ailleurs, l'italien et un peu de romaïque, qu'il avait appris dans ses voyages d'Orient. Avec ces deux langues, il comprit bientôt le mécanisme de toutes les autres, et, au bout de six mois, il commençait à parler l'espagnol, l'anglais et l'allemand. Comme il l'avait dit à l'abbé Faria, soit que la distraction que lui donnait l'étude lui tînt lieu de liberté, soit qu'il fût, comme nous l'avons vu déjà, rigide observateur de sa parole, il ne parlait plus de fuir, et les journées s'écoulaient pour lui rapides et instructives. Au bout d'un an, c'était un autre homme.

Quant à l'abbé Faria, Dantès remarqua que, malgré la distraction que sa présence avait apportée à sa captivité, il s'assombrissait tous les jours. Une pensée incessante et éternelle paraissait assiéger son esprit; il tombait dans de profondes rêveries, soupirait involontairement, se levait tout à coup, croisait les bras et se promenait sombre autour de sa prison.

Un jour, il s'arrêta tout à coup au milieu d'un de ces cercles cent fois répétés qu'il décrivait autour de sa chambre, et s'écria:

«Ah! s'il n'y avait pas de sentinelle!

—Il n'y aura de sentinelle qu'autant que vous le voudrez bien, reprit Dantès qui avait suivi sa pensée à travers la boîte de son cerveau comme à travers un cristal.

—Ah! je vous l'ai dit, reprit l'abbé, je répugne à un meurtre.

—Et cependant ce meurtre, s'il est commis, le sera par l'instinct de notre conservation, par un sentiment de défense personnelle.

—N'importe, je ne saurais.

—Vous y pensez, cependant?

—Sans cesse, sans cesse, murmura l'abbé.

—Et vous avez trouvé un moyen, n'est-ce pas? dit vivement Dantès.

—Oui, s'il arrivait qu'on pût mettre sur la galerie une sentinelle aveugle et sourde.

—Elle sera aveugle, elle sera sourde, répondit le jeune homme avec un accent de résolution qui épouvanta l'abbé.

—Non, non! s'écria-t-il; impossible.»

Dantès voulut le retenir sur ce sujet, mais l'abbé secoua la tête et refusa de répondre davantage.

Trois mois s'écoulèrent.

«Êtes-vous fort?» demanda un jour l'abbé à Dantès.

Dantès, sans répondre, prit le ciseau, le tordit comme un fer à cheval et le redressa.

«Vous engageriez-vous à ne tuer la sentinelle qu'à la dernière extrémité?

—Oui, sur l'honneur.

—Alors, dit l'abbé, nous pourrons exécuter notre dessein.

—Et combien nous faudra-t-il de temps pour l'exécuter?

—Un an, au moins.

—Mais nous pourrions nous mettre au travail?

—Tout de suite.

—Oh! voyez donc, nous avons perdu un an, s'écria Dantès.

—Trouvez-vous que nous l'ayons perdu? dit l'abbé.

—Oh! pardon, pardon, s'écria Edmond rougissant.

—Chut! dit l'abbé, l'homme n'est jamais qu'un homme; et vous êtes encore un des meilleurs que j'aie connus. Tenez, voici mon plan.»

L'abbé montra alors à Dantès un dessin qu'il avait tracé: c'était le plan de sa chambre, de celle de Dantès et du corridor qui joignait l'une à l'autre. Au milieu de cette galerie, il établissait un boyau pareil à celui qu'on pratique dans les mines. Ce boyau menait les deux prisonniers sous la galerie où se promenait la sentinelle; une fois arrivés là, ils pratiquaient une large excavation, descellaient une des dalles qui formaient le plancher de la galerie; la dalle, à un moment donné, s'enfonçait sous le poids du soldat, qui disparaissait englouti dans l'excavation; Dantès se précipitait sur lui au moment où, tout étourdi de sa chute, il ne pouvait se défendre, le liait, le bâillonnait, et tous deux alors, passant par une des fenêtres de cette galerie, descendaient le long de la muraille extérieure à l'aide de l'échelle de corde et se sauvaient.

Dantès battit des mains et ses yeux étincelèrent de joie; ce plan était si simple qu'il devait réussir.

Le même jour, les mineurs se mirent à l'ouvrage avec d'autant plus d'ardeur que ce travail succédait à un long repos, et ne faisait, selon toute probabilité que continuer la pensée intime et secrète de chacun d'eux.

Rien ne les interrompait que l'heure à laquelle chacun d'eux était forcé de rentrer chez soi pour recevoir la visite du geôlier. Ils avaient, au reste, pris l'habitude de distinguer, au bruit imperceptible des pas, le moment où cet homme descendait, et jamais ni l'un ni l'autre ne fut pris à l'improviste. La terre qu'ils extrayaient de la nouvelle galerie, et qui eût fini par combler l'ancien corridor, était jetée petit à petit, et avec des précautions inouïes, par l'une ou l'autre des deux fenêtres du cachot de Dantès ou du cachot de Faria: on la pulvérisait avec soin, et le vent de la nuit l'emportait au loin sans qu'elle laissât de traces.

Plus d'un an se passa à ce travail exécuté avec un ciseau, un couteau et un levier de bois pour tous instruments; pendant cette année, et tout en travaillant, Faria continuait d'instruire Dantès, lui parlant tantôt une langue, tantôt une autre, lui apprenant l'histoire des nations et des grands hommes qui laissent de temps en temps derrière eux une de ces traces lumineuses qu'on appelle la gloire. L'abbé, homme du monde et du grand monde, avait en outre, dans ses manières, une sorte de majesté mélancolique dont Dantès, grâce à l'esprit d'assimilation dont la nature l'avait doué, sut extraire cette politesse élégante qui lui manquait et ces façons aristocratiques que l'on n'acquiert d'habitude que par le frottement des classes élevées ou la société des hommes supérieurs.

Au bout de quinze mois, le trou était achevé; l'excavation était faite sous la galerie; on entendait passer et repasser la sentinelle, et les deux ouvriers, qui étaient forcés d'attendre une nuit obscure et sans lune pour rendre leur évasion plus certaine encore, n'avaient plus qu'une crainte: c'était de voir le sol trop hâtif s'effondrer de lui-même sous les pieds du soldat. On obvia à cet inconvénient en plaçant une espèce de petite poutre, qu'on avait trouvée dans les fondations comme un support. Dantès était occupé à la placer, lorsqu'il entendit tout à coup l'abbé Faria, resté dans la chambre du jeune homme, où il s'occupait de son côté à aiguiser une cheville destinée à maintenir l'échelle de corde, qui l'appelait avec un accent de détresse. Dantès rentra vivement, et aperçut l'abbé, debout au milieu de la chambre, pâle, la sueur au front et les mains crispées.

«Oh! mon Dieu! s'écria Dantès, qu'y a-t-il, et qu'avez-vous donc?

—Vite, vite! dit l'abbé, écoutez-moi.»

Dantès regarda le visage livide de Faria, ses yeux cernés d'un cercle bleuâtre, ses lèvres blanches, ses cheveux hérissés; et, d'épouvante, il laissa tomber à terre le ciseau qu'il tenait à la main.

«Mais qu'y a-t-il donc? s'écria Edmond.

—Je suis perdu! dit l'abbé écoutez-moi. Un mal terrible, mortel peut-être, va me saisir; l'accès arrive, je le sens: déjà j'en fus atteint l'année qui précéda mon incarcération. À ce mal il n'est qu'un remède, je vais vous le dire: courez vite chez moi, levez le pied du lit; ce pied est creux, vous y trouverez un petit flacon à moitié plein d'une liqueur rouge, apportez-le; ou plutôt, non, non, je pourrais être surpris ici; aidez-moi à rentrer chez moi pendant que j'ai encore quelques forces. Qui sait ce qui va arriver le temps que durera l'accès?

Dantès, sans perdre la tête, bien que le malheur qui le frappait fût immense, descendit dans le corridor, traînant son malheureux compagnon après lui, et le conduisant, avec une peine infinie, jusqu'à l'extrémité opposée, se retrouva dans la chambre de l'abbé qu'il déposa sur son lit.

«Merci, dit l'abbé, frissonnant de tous ses membres comme s'il sortait d'une eau glacée. Voici le mal qui vient, je vais tomber en catalepsie; peut-être ne ferai-je pas un mouvement, peut-être ne jetterai-je pas une plainte; mais peut-être aussi j'écumerai, je me raidirai, je crierai; tâchez que l'on n'entende pas mes cris, c'est l'important, car alors peut-être me changerait-on de chambre, et nous serions séparés à tout jamais. Quand vous me verrez immobile, froid et mort, pour ainsi dire, seulement à cet instant, entendez-vous bien, desserrez-moi les dents avec le couteau, faites couler dans ma bouche huit à dix gouttes de cette liqueur, et peut-être reviendrai-je.

—Peut-être? s'écria douloureusement Dantès.

—À moi! à moi! s'écria l'abbé, je me... je me m...»

L'accès fut si subit et si violent que le malheureux prisonnier ne put même achever le mot commencé; un nuage passa sur son front, rapide et sombre comme les tempêtes de la mer; la crise dilata ses yeux, tordit sa bouche, empourpra ses joues; il s'agita, écuma, rugit; mais ainsi qu'il l'avait recommandé lui-même, Dantès étouffa ses cris sous sa couverture. Cela dura deux heures. Alors, plus inerte qu'une masse, plus pâle et plus froid que le marbre, plus brisé qu'un roseau foulé aux pieds, il tomba, se raidit encore dans une dernière convulsion et devint livide. Edmond attendit que cette mort apparente eût envahi le corps et glacé jusqu'au cœur; alors il prit le couteau, introduisit la lame entre les dents, desserra avec une peine infinie les mâchoires crispées, compta l'une après l'autre dix gouttes de la liqueur rouge, et attendit. Une heure s'écoula sans que le vieillard fît le moindre mouvement. Dantès craignait d'avoir attendu trop tard, et le regardait, les deux mains enfoncées dans ses cheveux. Enfin une légère coloration parut sur ses joues; ses yeux, constamment restés ouverts et atones, reprirent leur regard, un faible soupir s'échappa de sa bouche, il fit un mouvement.

«Sauvé! sauvé!» s'écria Dantès.

Le malade ne pouvait point parler encore, mais il étendit avec une anxiété visible la main vers la porte. Dantès écouta, et entendit les pas du geôlier: il allait être sept heures et Dantès n'avait pas eu le loisir de mesurer le temps.

Le jeune homme bondit vers l'ouverture, s'y enfonça, replaça la dalle au-dessus de sa tête, et rentra chez lui.

Un instant après, sa porte s'ouvrit à son tour, et le geôlier, comme d'habitude, trouva le prisonnier assis sur son lit.

À peine eut-il le dos tourné, à peine le bruit des pas se fut-il perdu dans le corridor, que Dantès, dévoré d'inquiétude, reprit sans songer à manger, le chemin qu'il venait de faire, et, soulevant la dalle avec sa tête, et rentra dans la chambre de l'abbé.

Celui-ci avait repris connaissance, mais il était toujours étendu, inerte et sans force, sur son lit.

«Je ne comptais plus vous revoir, dit-il à Dantès.

—Pourquoi cela? demanda le jeune homme; comptiez-vous donc mourir?

—Non; mais tout est prêt pour votre fuite, et je comptais que vous fuiriez.»

La rougeur de l'indignation colora les joues de Dantès.

«Sans vous! s'écria-t-il; m'avez-vous véritablement cru capable de cela?

—À présent, je vois que je m'étais trompé, dit le malade. Ah! je suis bien faible, bien brisé, bien anéanti.

—Courage, vos forces reviendront», dit Dantès, s'asseyant près du lit de Faria et lui prenant les mains. L'abbé secoua la tête.

«La dernière fois, dit-il, l'accès dura une demi-heure, après quoi j'eus faim et me relevai seul; aujourd'hui, je ne puis remuer ni ma jambe ni mon bras droit; ma tête est embarrassée, ce qui prouve un épanchement au cerveau. La troisième fois, j'en resterai paralysé entièrement ou je mourrai sur le coup.

—Non, non, rassurez-vous, vous ne mourrez pas; ce troisième accès, s'il vous prend, vous trouvera libre. Nous vous sauverons comme cette fois, et mieux que cette fois, car nous aurons tous les secours nécessaires.

—Mon ami, dit le vieillard, ne vous abusez pas, la crise qui vient de se passer m'a condamné à une prison perpétuelle: pour fuir, il faut pouvoir marcher.

—Eh bien, nous attendrons huit jours, un mois, deux mois, s'il le faut; dans cet intervalle, vos forces reviendront; tout est préparé pour notre fuite, et nous avons la liberté d'en choisir l'heure et le moment. Le jour où vous vous sentirez assez de forces pour nager, eh bien, ce jour-là, nous mettrons notre projet à exécution.

—Je ne nagerai plus, dit Faria, ce bras est paralysé, non pas pour un jour, mais à jamais. Soulevez-le vous-même, et voyez ce qu'il pèse.»

Le jeune homme souleva le bras, qui retomba insensible. Il poussa un soupir.

«Vous êtes convaincu, maintenant, n'est-ce pas, Edmond? dit Faria; croyez-moi, je sais ce que je dis: depuis la première attaque que j'aie eue de ce mal, je n'ai pas cessé d'y réfléchir. Je l'attendais, car c'est un héritage de famille; mon père est mort à la troisième crise, mon aïeul aussi. Le médecin qui m'a composé cette liqueur, et qui n'est autre que le fameux Cabanis, m'a prédit le même sort.

—Le médecin se trompe, s'écria Dantès; quant à votre paralysie, elle ne me gêne pas, je vous prendrai sur mes épaules et je nagerai en vous soutenant.

—Enfant, dit l'abbé, vous êtes marin, vous êtes nageur, vous devez par conséquent savoir qu'un homme chargé d'un fardeau pareil ne ferait pas cinquante brasses dans la mer. Cessez de vous laisser abuser par des chimères dont votre excellent cœur n'est pas même la dupe: je resterai donc ici jusqu'à ce que sonne l'heure de ma délivrance, qui ne peut plus être maintenant que celle de la mort. Quant à vous, fuyez, partez! Vous êtes jeune, adroit et fort, ne vous inquiétez pas de moi, je vous rends votre parole.

—C'est bien, dit Dantès. Eh bien, alors, moi aussi, je resterai.»

Puis, se levant et étendant une main solennelle sur le vieillard:

«Par le sang du Christ, je jure de ne vous quitter qu'à votre mort!»

Faria considéra ce jeune homme si noble, si simple, si élevé, et lut sur ses traits, animés par l'expression du dévouement le plus pur, la sincérité de son affection et la loyauté de son serment.

«Allons dit le malade, j'accepte, merci.»

Puis, lui tendant la main:

«Vous serez peut-être récompensé de ce dévouement si désintéressé, lui dit-il; mais comme je ne puis et que vous ne voulez pas partir, il importe que nous bouchions le souterrain fait sous la galerie: le soldat peut découvrir en marchant la sonorité de l'endroit miné, appeler l'attention d'un inspecteur, et alors nous serions découverts et séparés. Allez faire cette besogne, dans laquelle je ne puis plus malheureusement vous aider; employez-y toute la nuit, s'il le faut, et ne revenez que demain matin après la visite du geôlier, j'aurai quelque chose d'important à vous dire.»

Dantès prit la main de l'abbé, qui le rassura par un sourire, et sortit avec cette obéissance et ce respect qu'il avait voués à son vieil ami.

 

第十七章 神甫的房间

那条通道虽容不下这两个人直着身子走路,但勉强还算宽敞,他们不久就到了通道的那一头,一出去便是神甫的牢房了。这儿,洞穴就渐渐地狭小起来,只有双手双膝都贴在地上才能爬过去。神甫房间的地面是用石块铺成的,法里亚在最隐的一个角落掘起一块石头以后才能开始艰巨的工作,这项工作,唐太斯已目证其完成了。唐太斯一进到他朋友的房间里,就用一种急切和搜索的目光环顾四周,想寻找意料中的奇迹,但目光所及之处,只是些平平常常的东西。

“很好,”神甫说,“现在是刚过十二点一刻,我们还有几个钟头可以利用。”唐太斯本能地转身去看究竟哪儿有钟表,以致神甫能这样准确地报出时间。

“你看到从我的窗口进来的这缕阳光了吧。”神甫说,“我就是根据它观察划在墙上的这些线条来推测时间的。这些线条是根据地球的自转和它绕着太阳公转的道理划成的,只要向它一看,我就可以断定是什么时间,比表还准确,因为表是会坏的,而且有时走快了,有时走慢了,但太阳和地球都决不会出乱子。”

唐太斯一点儿也听不懂他的这番解释,他以前只看到太阳在山背后升起,又落入地中海,所以在他的想象中,始终以为动的是太阳,而不是地球。要说他所在的这个地球竟会自转和绕太阳公转,在他看来,那几乎是不可能的,因为他一点都感觉不到有什么转动。可是,尽管无法理解他的同伴所说的话,但从他的嘴里说出的每一个字,似乎都充满了科学的神秘,就象早年他在航行中,从古齐拉到戈尔康达 【印度的两个地方。前者产黄金,后者产金刚石。——译注】所见到的那些宝物一样闪闪发光,很值得好好地琢磨和体味。

“来,”他对神甫说,“把你对我讲的那些奇妙的发明给我看看,我简直等不及啦。”

神甫微笑了一下,走到废弃的壁炉前面,用凿子撬起一块长石头,这块长石头无疑是炉床,下面有一个相当深的洞,这是一个安全的贮藏室,里面藏着向唐太斯提到过的所有东西。

“你想先看什么?”神甫问。

“把你那篇《论意大利王国》的巨著给我看看吧。”

法里亚从他那藏东西的地方抽出了三四卷一叠一叠,象木乃伊棺材里所找到的草纸那样的布片。这几卷布片都是四寸宽,十八寸长,都仔细地编着号,上面密密麻麻的写满了字,字写得很清楚,唐太斯读起来一点也不费力,意思也不难懂,是用意大利文写成的,由于唐太斯是普罗旺斯省人,所以他完全懂得这种文字。

“你看!”他说,“这篇文章已经写完了,我大概在一星期前才在第六十八页的末尾写上了‘完’这个字。我撕碎了两件衬衣和我所有的手帕。假如我一旦出狱,能找到一个出版商敢把我所写的文章印出来,我就成名了。”

“那是肯定的,”唐太斯答道。“现在让我看一下你写文章的笔吧”。

“瞧!”法里亚一边说,一边拿出了一支长约六寸左右的细杆子给那青年看,那细杆的样子极象一画笔的笔杆,末端用线绑着一片神甫对唐太斯说过的那种软骨,它的头很尖,也象普通的笔那样笔尖上分成了两半。唐太斯仔细地看了一番,然后又四下里瞧了瞧,想寻找那件把它削得这样整齐的工具。

“对了,”法里亚说,“你是在奇怪我从哪儿弄来的削笔刀是不是?这是我的杰作,也是我自制的,这把刀是用旧的铁蜡烛台做的,”那削笔刀锋利得象一把剃刀,它有两种用处,可以当匕首用,也可以当小刀用。

唐太斯仔细地观看着神甫拿出来的每一样东西,其全神贯注的神态,犹如他在欣赏船长从南半球海域带回来陈列在马赛商店里的南海野人所用的那些稀奇古怪的工具一样。

“墨水嘛,”法里亚说,“我已经告诉过你是怎么做的了。我是在需要的时候现做现用的。”

“有一件事我还不明白,”唐太斯说,“就是这么多工作你单凭白天怎么做得完呢?”

“我晚上也工作。”法里亚答道。

“晚上!难道你有着猫一样眼睛,在黑暗中也能看得见?”

“不是的,但上帝赐人以智慧,借此弥补感官的不足。我给自己弄到了光。”

“是吗?请告诉我是怎么回事”

在他所给我送来的肉中,我把肥肉割下来,把它熬一熬,就炼成了一种最上等的油,你看我这盏灯,”说着,神甫拿出一只容器,样子极象公共场所照明用的油灯。

“但你怎么引火呢?”

“喏,这儿有两片火石,还有一团烧焦的棉布。”

“火柴呢?”

“那不难弄到。我假装患了皮肤病,向他们要一点硫磺,那是随要随有的。”

唐太斯把他所看过的东西轻轻地放到了桌子上,垂下了头,完全被这个人的坚忍和毅力所折服了。

“你还没看完全部的东西呢,”法里亚继续说“因为我认为把我的全部宝物都放在一个贮藏处未免有点太不聪明了。我们先来把这个洞盖上吧。”

唐太斯帮助他把那块石头放回了原处,神甫洒了一点尘土在上面,以掩盖那移动的痕迹,又用脚把它擦了几下,使它确实与其他的部分一样,然后,他走到床边,把床移开。床头后面又有一个洞。这个洞是用一块石头非常严密地盖着的,所以绝不会引起人的怀疑。洞里面有一根绳梯,长约二十五尺到三十尺之间。邓蒂斯仔细看了看,发觉它非常结实坚固。

“你做出这个奇迹所需用的绳子是谁给你的?”

“没有谁给我,还是我自己做的。我撕破了几件衬衣,又拆散了我的床单,这都是我被关在费尼斯德里堡的三年期间做的。当我被转到伊夫堡来的时候,我就设法把那些拆散了的纱线带了来,所以我就在这儿完成了我的工作。”

“难道没有被人发觉你的床单没有缝边吗?”

“噢,不!因为当我把需要的线抽出来以后,我又把边缝了起来。”

“用什么东西缝呢?”

“用这枚针,”神甫说着就掀开他那破衣烂衫,拔出了一根又长又尖的鱼骨给邓蒂斯看,鱼骨上有一个小小的针眼以备穿线之用,那上面还留有一小段线在那儿。“我一度曾想拆掉这些铁栅,”法利亚继续说,“从这个窗口里钻出去,你看,这个窗口比你那个多少要宽一点,虽然为了更易于逃走,应该把它挖得大一些。但我发现,我只能从这里落到一个象内院那样的地方,所以我就打消了这个念头,因为所冒的危险太大了。但尽管如此,我依然很小心地保存了我的绳梯,以备万一意想不到的机会来临时可以派上用场,我已经对你讲过了,机会是常常会突然降临的。”

唐太斯一面出神地注视着绳梯,一面在脑子里转着另一个念头。他想:象神甫这样聪明,灵巧和深思熟虑的人,或许能够替他解开那个迷,找出他遭祸的原因,尽管他自己曾努力去分析过,但始终找不到原因。

“你在想什么?”神甫看到年轻人露出那种出神的表情,就含笑问他原因。

“我在想,”唐太斯答道,“首先,你所取得的这一切都是你经过很多努力并凭借你的才能得以实现的。将来一旦你自由了,还有什么事办不成呢?”

“或许会一事无成。我的精力过剩也许会泛滥成灾。要想开发人类的神秘智慧,必需要经过挫折或遭遇不幸,要想火药引爆就需要有压力。是囚禁的生活把我所分散的浮动的能力都集中到了一个焦点上。在一个狭隘的空间里,它们就有了密切的接触,而你知道,云相互挫击而生成电,由电生成火花,由火花生成了光。”

“不,我一无所知,”唐太斯说,他因自己的无知而感到遗憾,“你所说的话在我听来是如天书。你如此博学,一定很快乐吧。”

神甫微笑了一下。说道,“你刚才不是说在想两件事吗?”

“是的。”

“两件事中你只告诉了我一件,让我再来听听另一件吧。”

“是这么回事:你已经把你的身世都讲给我听了,但你还不知道我的吧。”

“我的年青朋友,你的生命太短了,会经历什么重要的大事的。”

“它却遇到了一场极大的灾难,”唐太斯说,“我根本不该遇上这场灾难,我很想找出究竟是谁给我造成的痛苦,以使我不再去咒骂上帝。”

“那么,你肯定那对你的指控是冤枉了你吗?”

“绝对的无中生有,我可以向世界上我最亲爱的两个人来发誓,即我的父亲和美茜蒂丝。”

“请谈吧,”神甫说,他堵上了他藏东西的洞口,又把床推回到了原处,“让我来听听你的故事。”

于是唐太斯开始讲他自己的身世了,实际上只包含了一次到印度和几次到勒旺的航行,接着就讲到了他最后这次航行;讲到了莱克勒船长是如何死的;如何从他那儿接过一包东西并交给了大元帅;又如何谒见了那位大人物,交了那包东西,并转交了一封致诺瓦蒂埃先生的信;然后又如何到达了马赛,见到了父亲;他还讲了自己是如何与美塞苔丝相爱,如何举行他们的婚宴;如何被捕,受审和暂时押在法院的监牢里;最后,又如何被关到伊夫堡来。在未遇到神甫的那一阶段中,一切对唐太斯来说都是一片空白,他什么都不知道,连他入狱有多长时间了也不清楚。他讲完以后,神甫沉思了良久。

“有一句格言说得很妙,”他想完了以后说道,“这句格言和我刚刚不久前讲过的话是相互联系的,即,虽然乱世易作恶,但人类的天性是不愿犯罪的。可是,文明使我们产生了欲望,恶习和不良的嗜好,这种种因素有时会扼杀我们善良的本性,最终引导我们走上犯罪之路。所以那句格言是:不论何种坏事,欲抓那作恶之人。先得去找出能从那件坏事中得利之人。你不在了能对谁有利呢?”

“我的天!谁都没什么好处。我不过是一个无足轻重的人。”

“别这么说,因为你的回答是既不合逻辑又缺乏哲理。我的好朋友,世上万事万物,从国王和他的继承人到小官和他的接替者,都是相互有关连的。假如国王死了,他的继承人就可继承王位。假如小官死了,那接替他的人就可以接替他的位置,并拿到他每年一千二百里弗的薪水。这一千二百里弗作为他的官俸,在他看来,这笔钱就如同国王拥有一千二百万里弗一样的重要。每一个人,从最高阶级到最低阶级,在社会的各个阶层都有他的位置,在他的周围,聚集着一个利害相关的小世界,是由许多乱跳乱蹦的原子组成的,就象笛卡儿的世界一样。但这些小世界会随着本人地位的提高,越张越大,就象一个倒金字塔,其低部是尖的,全凭运动的平衡力来支撑它。我们来看一下你的小世界吧。你自己说你当时快要升任法老号的船长了,是不是?”

“是的。”

“而且快要成为一位既年轻又美貌可爱的姑娘的丈夫了?”

“不错。”

“假如这两件事不能成功,谁可以从中得到女人呢?谁不愿意你当法老号的船长呢?”

“没有,船员们都很喜欢我,要是他们有权可以自己选举船长的话,我相信他们一定会选我的。只有一个人对我有点恶感。我以前曾和他吵过一次架,甚至向他挑战过,要他和我决斗,但他拒绝了。”

“现在有点头绪了。这个人叫什么名字?”

“腾格拉尔。”

“他在船上是什么职务?”

“押运员。”

“假如你当了船长,你会不会留他继续任职?”

“如我有决定权的话,我不会留任他的,因为我常常发现他的帐目不清。”

“好极了!那么现在告诉我,当你和莱克勒船长作最后那次谈话的时候,有别人在场吗?”

“没有,只有我们两个人。”

“你们的谈话会不会被别人偷听到了呢?”

“那是可能的,因为舱门是开着的,而且kk等一下,现在我想起来当莱克勒船长把那包给大元帅的东西托付给我的时候,腾格拉尔正巧经过那里。”

“那就对了,”神甫喊道,“我们说到正题上。你在厄尔巴岛停泊的时候,有没有带谁一同上岸?”

“没有。”

“那儿有人给了你一封信?”

“是的,是大元帅给的。”

“你把那封信放在哪儿了?”

“我把它夹在我的笔记本里。”

“那么,你是带着笔记本去的罗?但是,一本大得能够夹得下公事信的笔记本,怎么能装进一个水手的口袋里呢?”

“你说得不错,我把笔记本留在船上了。”

“那么,你是在回到船上以后才把那封信夹进笔记本里的?”

“是的。”

“你从费拉约回到船上以前,这封信你放在哪儿了?”

“我一直把它拿在手里。”

“那么当你回到法老号上的时候,谁都可以看到你手里拿着一封信了?”

“他们当然看得见。”

“腾格拉尔也象其它的人一样看得见吗?”

“是的,他也象其它的人一样看得见。”

“现在,且听我说,你仔细想一下被捕时的各种情景。你还记得那封告发信上的内容吗?”

“噢,记得!我把它读了三遍,那些字都深深地刻在了我的脑子里。”

“请背给我听吧。”唐太斯沉思地想了一会儿,象是在集中他的思想似的,然后说道:“是这样的,我把它一个字一个字的背给你听:‘敝人系拥护王室及教会之人士,兹向您报告,有爱德蒙•唐太斯其人,系法老号之大副,今晨自士麦拿经那不勒斯抵埠,中途曾停靠费拉约港。此人受缪拉之命送信与逆贼,并受逆贼命送信与巴黎拿破仑党委员会。犯罪证据在将其逮捕时即可获得,该信件不是在其身上,就是在其父家中,或者在法老号上他的船舱。”

神甫耸耸肩。“这件事现在一清二楚了,”他说道,“你一定是天性极不会怀疑人,而且心地太善良了,以致不能猜出这是怎么回事。”

“你真以为是这样吗?唐太斯禁不住说道,啊!那真太卑鄙了。”

“腾格拉尔平常的笔迹是怎么样的?”

“一手很漂亮流利的字。”

“那封匿名信的笔迹是怎么样的?”

“稍微有点向后倒。”

神甫又微笑了一下。“哦,伪装过的是吗?”

“我不知道!但即使是伪装过的,也写得极其流利。”

“等一下。”神甫说。他拿起他那自己称之为的笔,在墨水里蘸了蘸,然后用他的左手在一小片布片上写下了那封告密信开头的三个字。唐太斯退后了几步,不胜惊恐地看着神甫。

“啊!真是不可思议!”他惊叫道。“你的笔迹和那封告密信上的简直一模一样呀!”

“这就是说那封告密信是用左手写的,我注意到了这一点。”

“什么?”

“就是用右手写出来的笔迹人人不同,而那些用左手写的却都是大同小异的。”

“你显然是无事不知,无事不晓的了。”

“接着往下说吧。”

“噢,好的,好的!”

“现在要提到第二个问题了。有谁不愿意看到你和美塞苔丝的结婚呢?”

“有一个人,是一个也爱着她的年青人。”

“他叫什么名字?”

“弗尔南多。”

“那是一个西班牙人的名字呀。”

“他是迦太罗尼亚人。”

“你认为他会写那封信吗?”

“噢,不!假如他想除掉我,他会宁愿捅我一刀的。”

“西班牙人的性格倒也确实如此,他们宁可当杀人犯,也不当懦夫。”

“再说,”唐太斯说,“信中所涉及到的各种情节他也是完全不知道的。”

“你自己绝没有向任何人讲过吗?”

“没有。”

“甚至没有对你的情妇说过吗?”

“没有,甚至连我的未婚妻都没有告诉过。”

“那么就是腾格拉尔写的了,毫无疑问。”

“我现在也觉得一定是他了。”

“等一下。腾格拉尔认识弗尔南多吗?”

“不。是,他认识的。现在我想起来了。”

“想起来什么?”

“在我订婚的前一天,我看到他们两个人一同坐在邦费勒老爹的凉棚里。他们态度很亲热。腾格拉尔在善意地开着玩笑,但弗尔南多却脸色苍白,看上去很恼怒。”

“就他们两个人吗?”

“还有另外一个人和他们在一起,那个人我很熟悉,而且多半还是他介绍他们俩认识的,他叫卡德鲁斯,是个裁缝,不过当时他已喝醉了。等一下,等一下,真怪,我以前怎么就没想到呢!在他们中间的桌子上,有笔,墨水和纸。噢,这些没心肝的坏蛋!”唐太斯用手敲着自己的脑袋喊道。

“你还想知道什么别的事吗?神甫微笑着问。”

“想,想,”唐太斯急切地回答说,“既然你一眼就能完全把事情看透,对你来说,凡事你都心明眼亮,我求你给我解释一下,为什么我只被审讯过一次,为什么我没有上法庭,而最重要的为什么我没经过正规的手续就被判了罪?”

“这事可就完全不同了,而且要严重得多了,”神甫答道。

“司法界的内幕常常是太黑暗,太神秘,难以捉摸的。到目前为止,我们对你那两个朋友的分析还算是容易的。假如你要我来分析这件事,你就必须再给我提供更详细的情况。”

“这我当然是很乐意的。请开始吧,我亲爱的神甫,随便你问我什么问题好了,因为说老实话,你对于我的生活看得比我自己还要清楚。”

“那么首先,是谁审问你的,是检察官,代理检察官,还是推事?”

“是代理检查官。”

“他是年轻人还是老年人?”

“大约有二十七八岁左右。”

“好!”神甫回答道,“虽然还没有腐化,但已有野心了。他对你的态度如何?”

“宽容多于严厉。”

“你把你的事全都告诉他了吗?”

“是的。”

“在审问的过程中,他的态度有什么变化吗?”

“有的,当他阅读那封陷害我的信的时候,显得很激动。他似乎难以忍受我所遭遇的不幸。”

“你的不幸遭遇。”

“是的。”

“那么你肯定他很同情你的不幸了?”

“至少有一点可以证明他对我的同情。”

“是什么?”

“他把那封能陷害我的唯一的信烧毁了。”

“你是指那封告密信吗?”

“噢,不!是那封要我转交的信。”

“你肯定他把它烧了吗?”

“他是当着我的面烧的。”

“啊,真的!那就不同了。那个人可能是一个你想象不到的最阴险、毒辣的家伙。”

“说真话,”唐太斯说,“你使我太寒心了。难道世界上真的遍地是老虎和鳄鱼吗?”

“是的,但两只脚的老虎和鳄鱼比四只脚的更危险。”

“请继续说下去吧。”

“好!你告诉我他是当着你的面烧掉那封信的吗?”

“是的,当时他还说,‘你看,我把唯一可以攻击你的证据毁掉啦’”“这样做太过份了。”

“你这样以为吗?”

“我可以肯定。这封信是给谁的?”

“给诺瓦蒂埃先生的,地址是巴黎高海隆路十三号。”

“你能想象得出代理检察官烧毁了那封信以后对他有什么好处吗?”

“很可能对他有好处的,因为他嘱咐了我好几次,叫我千万不要把那封信的事讲给别人听,还再三对我说,他这样忠告我,完全是为了我好,不仅如此,他还硬要我郑重发誓,决不吐露信封上所写的那个人名。”

“诺瓦蒂埃!”神甫把那个名字反复念道,“诺瓦蒂埃,我知道在伊特罗丽亚女王那个时代有一个人叫这个名字大革命时期也有一个梯埃,他是个吉伦特党人!代理检查官姓什么?”

“维尔福!”

神甫爆发出一阵大笑,唐太斯惊异万分地望着他。

“你怎么了?”他问道。

“你看到这一缕阳光吗?”神甫问道。

“看到了。”

“好!这件事的全部来龙去脉,我现在看得清清楚楚,甚至比你看见的这缕阳光还清楚。可怜的孩子!可怜的小伙子呵!

你还告诉我这位法官对你深表同情,大发恻隐之心?”

“是呀。”

“那位可敬的代理官还烧毁了你那封信?”

“是呀。”

“那位道貌岸然的刽子手还要你发誓决不吐露诺瓦蒂埃这个名字?”

“是呀。”

“你这个可怜的傻瓜,你知不知道这个诺瓦蒂埃是谁?”

“我不知道!”

“这个诺瓦蒂埃就是他的父亲呀!”

这时,即使一个霹雳在唐太斯的脚下响起,或地狱在他的面前张开它那无底的大口,也不会比听到这完全出乎意料的几个字使他吓得呆若木鸡的了。这几个字揭发了只有鬼才做得出的不义行为,而他就因此被葬送在一个监狱的黑地牢里,慢慢地熬着他的日子,简直如同把他埋入了一个坟墓。而他此时才惊醒过来,用双手紧紧地抱住头,象是要防止他的脑袋爆裂开似的,同时用一种窒息的,几乎听不清楚的声音喊道:“他的父亲,他的父亲。”

“他的亲生父亲,”神甫答道,“他的名字就叫诺瓦蒂埃•维尔福。”

刹那间,一缕明亮的光射进了唐太斯的脑子里,照亮了以前模糊的一切。维尔福在审问时态度的改变,那封信的销毁,硬要他作的许诺,法官那种几乎象是恳求的口吻,他那简直不象是宣布罪状倒象是恳求宽恕的语气,一切都回到他的记忆里来了。唐太斯的嘴里发出了一声来自心灵深处的痛苦的喊声,他踉踉跄跄地靠到墙上,几乎象个醉汉一样。然后,当那一阵激烈的感情过去以后,他急忙走到从神甫的地牢通到他自己地牢的洞口,说:“噢,我要一个人呆着把这一切再想一想。”

他回到自己的牢房以后,就倒在了床上。晚上,狱卒来的时候,发现他两眼发直,板着脸孔,象一尊石像似的,一动不动地坐在那儿。这几小时的默想,在唐太斯看来似乎只是几分钟,在这期间,他下了一个可怕的决心,并立下了令人生畏的誓言。一个声音把他从恍惚迷离的状态中唤醒,是法利亚神甫。法利亚在狱卒查看过以后过来邀请他共进晚餐了。由于他是一个疯子,尤其是一个很有趣的疯子,所以他享受着某些特权。他可以得到一点儿白面色。甚至每星期日还可以享受少量的酒。这一天碰巧是星期日,神甫特地来邀请他的年轻伙伴去分享他的面包和酒。唐太斯跟着他去了。他脸上那种紧张的表情已经消失了,现在已恢复了常态,但仍带着一种刚强坚毅的神色,可以看得出,他的决心不可动遥法利亚用他尖锐的目光盯住他。

“我现在很后悔刚才帮助你寻根问底,给你查明了那些事情。”

“为什么?”唐太斯问道。

“因为这在你的心里又注入了一种新的情感,那就是复仇。”

年轻人的脸上闪过一个痛苦的微笑。“我们来谈些别的事吧。”他说。

神甫又望了望他,然后悲哀地摇了摇头,但为了顺从唐太斯的请求,他开始谈起其他的事来。这个老犯人同那些饱经沧桑的人一样,他的谈话里包含着许多重要的启示和有价值的知识,但却毫不自夸自负,这个不幸的人从不提及他伤心事。

唐太斯钦佩地倾听着他所说的一切。他所说的有些话和他已经知道的事相符的,和他从航海生活中所得来的知识相一致的;当然,有些是他所不知道的事情,但就象那黎明时的北风给在赤道附近航行的航海者以指示一样,这些话给他这孜孜求教的听者打开了新的眼界,犹如流星一般一瞬间照亮了新天地。他明白了,一个假如能在道德上,哲学上,或社会上追随这种高尚的精神,他将会感到多么的快乐。

“你一定要把你所知道的教给我一点,”唐太斯说,“哪怕只是为了跟我在一起时解解闷也好。我似乎觉得象你这样一位有学问的人,是宁愿独处也不愿同我这样一个无知无训的人作伴的。只要你能答应我的要求,我保证决不再提逃走这两个字了。”

神甫微笑了一下。“唉,我的孩子!”他说,“人类的知识是很有限的。当我教会了你数学,物理,和三四种我知道的现代语言以后,你的学问就会和我的相等了。我所知道的基本知识传授给你。”

“两年!”唐太斯惊叫起来,“你真的认为我能在这样短的时间内,学会这一切吗?”

“当然不是指它们的应用,但它们的原理你是可以学到的,学习并不等于认识。有学问的人和能认识的人是不同的。

记忆造就了前者,哲学造就了后者。”

“但是人难道不能学哲学吗?”

“哲学是学不到的,这是科学的综合,是能善用科学的天才所求得的。哲学,它是基督踏在脚下升上天去的五色彩云。”

“好吧那么,”唐太斯说,“你先教我什么?我真想快点开始,我太渴望知识了。”

“好吧!”神甫说道。

当天晚上,两个犯人就拟定了一个学习计划,决定从第二天就开始。唐太斯有着惊人的记忆力和极强的理解力,一学就会。他很有数学头脑,能适应各种各样的计算方法,而他的想象力又能使枯燥的数学公式和严密呆板的线条变得有趣起来。他原先就懂得意大利语,希腊语是他在到地中海东部航行时零零碎碎的学会了一点,凭借这两种语言的帮助,了解其他各种语言的结构就容易多了。所以六个月以后,他已经能讲西班牙语,英语和德语了。唐太斯严格遵守着他对神甫许下的诺言,从不提及逃走的事。或许是他的学习兴趣代替了渴望自由的要求,或许是由于他牢记自己的诺言,(关于这一点,我们已经知道,他是十分注意的)总之,他再也不提逃走的事。时间在学习中飞速地流逝,一年之后,唐太斯已变成了另一个人。

至于法利亚神甫,尽管有他作伴,唐太斯却注意到他愈来愈忧郁了。有一个想法似乎不断地在困扰着他的思想。有时,他会长时间的陷入沉思,不由自主地,深深地叹息,然后,突然站起身来,交叉着两臂开始在牢房里踱来踱去。有一天,他突然在这种习惯性的散步中停下来,感叹道:“唉,如果没有哨兵该多好啊!”

“只要你愿意,立刻就可以一个都没有。”唐太斯说,他本来就在探究他的思想,像透过水晶球一般一下就看透了他脑子里的想法。

“啊!我已经说过了,”神甫说道,“我是厌恶谋杀。”

“但,即使犯下了谋杀罪,也是我们的生存和自立的本能所引起的呀。”

“无论如可,我决不赞成。”

“但你老想着这事,对吗?”

“愈来愈想得厉害啦,唉!”神甫说道。

“你已经想出了可以使我们获得自由的办法了,对吗?”唐太斯急切地问。

“是的,假如他们碰巧派了一个又聋又瞎的哨兵守在我们外面这条走廊就好了。”

“他又瞎又聋的!”年轻人用一种极坚定的口气说道,神甫不禁打了一个寒颤。

“不,不!”神甫说道,“这是不可能的!”唐太斯竭力想把话题拉回来,但神甫摇了摇头,拒绝再谈这方面的事了。

又过去了三个月。

“你觉得自己力气大吗?”神甫问唐太斯。年轻人的回答是拿起了那凿子,把它弯成了一个马蹄形,然后又轻易地把它扳直了。

“你能答应我不到万不得以不伤害那个哨兵吗?”

“我以人格担保。”

“那么,”神甫说,“我们或许可以实现我们的计划。”

“我们要多久才能完成那必须的工作?”

“至少一年。”

“我们立刻就开始吗?”

“马上就开始。”

“我们已白白地耗费了一年的时间!”唐太斯说道。

“你认为那过去的十二个月是浪费了吗?”神甫用一种温和的责备的口吻问道。

“啊!对不起!”爱德蒙涨红了脸说道。

“算了,算了!”神甫说道,“人终究是人,你大概还可算是我生平所见的人之中最优秀的呢。来,我来把我的计划给你看看。”说着神甫拿出了一张他所画的设计图给唐太斯看。这张图上画有唐太斯的和他自己的地牢,中间以那条地道连接着。

在这条地道里,他提议再挖一条地道,就如同矿工使用的巷道可使他俩通到哨兵站岗的那条走廊的下面。一旦通到了那儿,就掘开一个大洞,同时要把走廊上所铺的大石头挖松一块,以便在需要的时候,哨兵的脚一踏上去就会塌陷下来,而那个哨兵也就会一下子跌到洞底下,那样他俩就把他捆上,并堵住他的嘴,他经此一跌,一定会吓呆了的,所以决不会有力量作任何反抗的。于是他们便就从走廊的窗口里逃出去用神甫的绳梯爬出外墙。唐太斯一听完这个简单并显然有把握成功的计划,眼睛里就射出喜悦的光彩,高兴得连连拍手。

当天这两名挖掘工就一起干了起来,由于长期间休息已使他们从疲劳中恢复了过来,而且他们这种希望多半命中注定了会实现的,所以工作干得非常起劲。除了在规定的时间里必须回到他们各自的牢房里去等待狱卒的查看以外,再没有别的事来打扰他们的工作了。狱卒从楼梯上下到他们牢房里来的时候,脚步声原是极轻的,但他们已学会了辨别这种几乎觉察不到的声音,狱卒一直没有发觉。他们在做这件事他们这次所挖出的新土本来可把那条旧地道完全塞没的,但他们以极其小心的态度,一点一点的从法利亚或唐太斯牢房的窗口抛了出去至于那些挖出来的杂物,他们就把它碾成粉末,让夜风把它吹到远处,不留下任何的痕迹。

一年多的时间就在这项工程里消磨过去了,他们所有的工具仅是一只凿子,一把小刀和一条木棒。法利亚边干活边给唐太斯上课,时而说这种语言,时而说那种语言;有时向他讲述各国历史,和那些身后留下了所谓的“光荣”的灿烂的足迹的一代又一代伟人的传记。神甫是一个饱经沧桑的人,曾多少混入过当时的上流社会。他的外表抑郁而严肃,这一点,天性善于模仿的唐太斯很快学了过来,同时还吸收了他那种高雅温文的风度,这种风度正是他以前所欠缺的,除非能有机会经常和那些出身高贵、有教养的人来往,否则是很难获得的。

十五个月之后,地道挖成了,走廊下面的洞穴也完工了,每当哨兵在这两个挖掘者的头上踱来踱去的时候,他们可以清晰地听到那均匀的脚步声。他们在等待一个漆黑无月的夜晚来掩护他们的逃亡。他们现在最害怕的是深恐那块石头,就是那哨兵命中注定该从那儿跌下来的那块石头,会在时机未成熟以前掉下来。为了防止这一点,他们不得不又采取了一种措施,用支柱撑在它的下面,这条支柱是他们在掘地道时在墙基中发现的。这一天,唐太斯正在撑起这根木头,法利亚则在爱德蒙的牢房里削一个预备挂绳梯用的搭扣。突然间,唐太斯听到法利亚在用一种痛苦的声音呼唤他,他急忙回到自己的牢房里,发现后者正站在房间中央,脸色苍白,额头上冒着冷汗,两手紧紧地握在一起。

“哦!天哪!”唐太斯惊叫道,“出了什么事?你怎么啦?”

“快!快!”神甫说道,“听我说!”

唐太斯惊恐地望着面无人色的法利亚,法利亚眼睛的四周现出了一圈青黑色,嘴唇发白,头发竖起,他惊呆了,握在手里的凿子一下子落到了地上。“什什么事?”他惊叫道。

“我完啦!”神甫说。“我得了一种可怕的病,或许会死的,我觉得马上就要发作了。我在入狱的前一年也这样发作过一次。对付这种病只有一种药,我告诉你是什么东西。赶快到我的牢房里,拆下一只床脚。你可以看到床脚上有一个洞,洞里面藏着一只小瓶子,里面有半瓶红色的液体。把它拿来给我,或者,不,不!我在这儿也许会被人发觉的,趁我现在还有一点力气,扶我回我的房间里去吧。谁知道我发病的时候会发生什么事呢?”

这飞来的横祸对唐太斯那一腔热血是个极沉重的打击,但唐太斯并没因此被打蒙了头。他拉着他那不幸的同伴艰难地钻过地道,把他半拖半扶的弄回到了自己的房间,立刻把他放到了床上。

“谢谢!”神甫说道,他好象血管里满是冰那样的四肢直哆嗦。“我得的是癫痫病,当它发作很厉害的时候,我或许会一动不动地躺着,象死了一样,并发出一种既不象叹息又不象呻吟那样的喊声。但是,说不定病症会比这剧烈得多,我也许会出现可怕地痉挛,口吐白沫,而且不由自主地发出最尖厉的叫声。这一点至关重要,因为我的喊声要是被人听到了,他们就会把我转移到别处去那样我们就会永远分离的。当我变得一动不动,冷冰冰,硬磞磞的,象一具死尸那样的时候,你要记住,要及时地,但千万不要过早地,用凿子撬开我的牙齿,把瓶子里的药水滴八滴至十滴到我的喉咙里,也许我还会恢复过来。”

“也许?”唐太斯痛苦地问道。

“救命!救命!”神甫突然喊道,“我我死我”病发作得如此突然和剧烈,以致那不幸的犯人连那句话都没能讲完。他全身开始猛烈地抽搐颤抖起来,他的眼睛向外突出,嘴巴歪斜,两颊变成紫色,他扭动着身子,口吐白沫,翻来复去,并发出极可怕的叫声,唐太斯赶紧用被单蒙住他的头,免得被人听见。这一发作继续了两个钟头,然后他最后抽搐一次,便面无人色昏厥了过去简直比一块朽木更无声无息,比大理石更冷更白,比一根踩在脚下的芦苇更软弱无力。

爱德蒙直等到生命似乎已在他朋友的身体里完全消失了的时候,才拿起凿子,很费劲的撬开那紧闭的牙关,小心翼翼地把那红色液体按预定的滴数滴入那僵硬的喉咙里,然后便焦急地等待着结果。一个钟头过去了,老人毫无复苏的迹象。

唐太斯开始感到害怕了,他担心下药或许下得过迟了,他两手插在自己的头发里,痛苦而绝望地凝视着他朋友那毫无生气的脸。终于那铁青色的脸颊上出现了一丝红晕,知觉又回到了那双迟钝的、张开着的眼睛上,一声轻微的叹息从嘴里发了出来,病人有气无力地挣扎了一下,想动一下他的身体。

“救活了!救活了!”唐太斯禁不住大叫起来。

病人虽还不能说话,但他用手指了指门口,显得非常着急。唐太斯听了一下,辨别出狱卒的脚步声正在渐渐靠近。那时快近七点钟了,爱德蒙在焦急之中竟完全忘记了时间。年轻人急忙奔向洞口,钻了进去然后小心地用石块将洞口遮住,回到了自己的牢房里。他刚把一切弄妥,门就开了,狱卒随随便便地看了一眼,看到犯人象平常一样坐在他的床边上。唐太斯一心挂记着他的朋友,根本不想吃东西。他不等钥匙在锁里转动,也不等狱卒的脚步声在那条长廊上消失,就急忙回到神甫的房间里,用头顶开石头,一下子奔到病人的床边。法利亚现在神志已完全恢复了,但他仍然十分虚弱,四肢无力地躺在床上。

“我想不到还能看见你。”他有气无力地对唐太斯说道。

“怎么这样说呢?”年轻人问道。“难道你以为会去死吗?”

“这倒不是,不过逃走的条件全都具备了,我以为你先逃走了呢。”

唐太斯生气了,脸涨得通红。“你真的把我想象得那么坏,”他大声说,“竟以为我会不顾你而跑掉吧?”

“现在,”神甫说,“现在我知道我看错了。唉,唉!这一次发病可把我折腾得精疲力尽了。”

“振作一点,”唐太斯说道,“你会恢复的。”他一面说,一面在床边上坐下,贴近法里亚,温柔地抚摸着他那冰冷的双手。

神甫摇了摇头。“上一次发作的时候只有半个钟头,发作完以后,我除了觉得很饥饿以外,并没有什么别的感觉,我可以不用人扶就能自己起床。可现在我的右手右脚都不能动了,我的脑袋发涨,这说明我的脑血管在渗血。这种病如果再发作一次,就会使我全身瘫痪或是死的。”

“不,不!”唐太斯大叫道,“你不会死的!你第三次发病的时候,(假如你真的还要发一次的话)你就早已自由啦。我们到那时还会把你救回来的,就象这一次一样,而且只会比这次更容易,因为那时必须的药品和医生我们就都有了。”

“我的爱德蒙,”神甫回答说,“别糊涂了。刚才这次发病已把我判处了无期徒刑啦。不能走路的人是无法逃走的。”

“好吧,我们可以再等一个星期,或等上一个月,假如需要的话,就是等上两个月也无妨。这期间,你的体力就可以恢复了!我们现在所要做的事情,就是确定逃走的时间,只要一旦你感到能够游泳了,我们就选定那个时间来实行我们的计划好了。”

“我永远也游不了了,”法利亚说道。“这只胳膊已经麻木,不是暂时的,而是永久性的了。你来拍一下它,从它落下来的情形就可以判断我说的有没有错。”

年轻人抬起那只胳膊,胳膊沉甸甸地落了下来,看不出有一丝生气。他不由自主地叹了一口气。

“现在你相信了吧,爱德蒙?”神甫问道。“信了吧,我知道我在说些什么。自从我得了这种病第一次发作以来我就不断地想到它。真的,我料到它会再次发作的,因为这是一种家庭遗传玻我的父亲和祖父都是死在这种病上的。这种药已经两次救了我的命,它就是那驰名的‘卡巴尼斯’。这是医生早就给我预备好了的,他预言我也会在这种病上丧命的。”

“医生或许错了呢!”唐太斯说道,“至于你这条瘫痪的胳膊,这难不倒我,你不能游泳也没关系,我可以把你背在我的身上游,我们两个一起逃走。”

“我的孩子,”神甫说道“你是一个水手,一个游泳好手,你一定和我知道得一样清楚的,一个人背着这样重的分量,在海里游不到五十吗就会沉下去的。所以,别再欺骗自己了吧,你的心地虽好,但这种虚妄的希望连你自己也不会相信的。我应该留下来,等待着我的解脱,凡人皆有死,我的死也就是我的解放。至于你,你还年轻,别为了我的缘故而耽搁了快走吧!我把你所许的诺言退给你。”

“好吧,”唐太斯说道。“现在也来听听我的决心吧。”说着他站起来带着庄严的神色,在神甫的头上伸出一只手,慢慢地说,“我以基督的血发誓,只要你活着,我就决不离开你!”

法利亚望着这个年轻人,他是这样的高尚,这样的朴实,又有着这样崇高的精神,从他那忠厚坦诚的脸上,可以充分看出信心,诚恳,挚爱和真诚的情意。

“谢谢,”那病人伸出了那只还能移动的手轻声地说道。

“谢谢你的好意,你既然这样说,我也就接受了。”歇了一会儿,他又说道,“你那无私的诚意,将来有一天,或许会得到报偿的。但既然我无法离开这个地方了,你又不愿马上离开,那就必须把哨兵站岗的走廊底下的那个洞填上,说不定碰巧会踩着那块有洞的地面,因而注意到那空洞的声音,然后去报告狱官来查看的。那样我们的事就会败露的,从而使我们彼此分离。去吧,去做这项工作吧,不幸我不能帮你的忙了。假如必要的话,就连夜工作,明天早晨狱卒没来之前,不必回来。我有一件重要的事情要讲给你听。”

唐太斯拿起神甫的手,亲热地紧握了一下。法利亚给了他一个鼓励的微笑,于是年轻人就去干他的工作去了,他已下定了决心,一定要忠诚地,绝不动摇地去实现他对他那受苦的朋友所作的誓言。




XVIII Le trésor.

Lorsque Dantès rentra le lendemain matin dans la chambre de son compagnon de captivité, il trouva Faria assis, le visage calme.

Sous le rayon qui glissait à travers l'étroite fenêtre de sa cellule, il tenait ouvert dans sa main gauche, la seule, on se le rappelle, dont l'usage lui fût resté, un morceau de papier, auquel l'habitude d'être roulé en un mince volume avait imprimé la forme d'un cylindre rebelle à s'étendre.

Il montra sans rien dire le papier à Dantès.

«Qu'est-ce cela? demanda celui-ci.

—Regardez bien, dit l'abbé en souriant.

—Je regarde de tous mes yeux, dit Dantès, et je ne vois rien qu'un papier à demi brûlé, et sur lequel sont tracés des caractères gothiques avec une encre singulière.

—Ce papier, mon ami, dit Faria, est, je puis vous tout avouer maintenant, puisque je vous ai éprouvé, ce papier, c'est mon trésor, dont à compter d'aujourd'hui la moitié vous appartient.»

Une sueur froide passa sur le front de Dantès. Jusqu'à ce jour, et pendant quel espace de temps! il avait évité de parler avec Faria de ce trésor, source de l'accusation de folie qui pesait sur le pauvre abbé; avec sa délicatesse instinctive, Edmond avait préféré ne pas toucher cette corde douloureusement vibrante; et, de son côté, Faria s'était tu. Il avait pris le silence du vieillard pour un retour à la raison; aujourd'hui, ces quelques mots, échappés à Faria après une crise si pénible, semblaient annoncer une grave rechute d'aliénation mentale.

«Votre trésor?» balbutia Dantès.

Faria sourit.

«Oui, dit-il; en tout point vous êtes un noble cœur, Edmond, et je comprends, à votre pâleur et à votre frisson, ce qui se passe en vous en ce moment. Non, soyez tranquille, je ne suis pas fou. Ce trésor existe, Dantès, et s'il ne m'a pas été donné de le posséder, vous le posséderez, vous: personne n'a voulu m'écouter ni me croire parce qu'on me jugeait fou; mais vous, qui devez savoir que je ne le suis pas, écoutez-moi, et vous me croirez après si vous voulez.

—Hélas! murmura Edmond en lui-même, le voilà retombé! ce malheur me manquait.»

Puis tout haut:

«Mon ami, dit-il à Faria, votre accès vous a peut-être fatigué, ne voulez-vous pas prendre un peu de repos? Demain, si vous le désirez, j'entendrai votre histoire, mais aujourd'hui je veux vous soigner, voilà tout. D'ailleurs, continua-t-il en souriant, un trésor, est-ce bien pressé pour nous?

—Fort pressé, Edmond! répondit le vieillard. Qui sait si demain, après-demain peut-être, n'arrivera pas le troisième accès? Songez que tout serait fini alors! Oui, c'est vrai, souvent j'ai pensé avec un amer plaisir à ces richesses, qui feraient la fortune de dix familles, perdues pour ces hommes qui me persécutaient: cette idée me servait de vengeance, et je la savourais lentement dans la nuit de mon cachot et dans le désespoir de ma captivité. Mais à présent que j'ai pardonné au monde pour l'amour de vous, maintenant que je vous vois jeune et plein d'avenir, maintenant que je songe à tout ce qui peut résulter pour vous de bonheur à la suite d'une pareille révélation, je frémis du retard, et je tremble de ne pas assurer à un propriétaire si digne que vous l'êtes la possession de tant de richesses enfouies.»

Edmond détourna la tête en soupirant.

«Vous persistez dans votre incrédulité, Edmond, poursuivit Faria, ma voix ne vous a point convaincu? Je vois qu'il vous faut des preuves. Eh bien, lisez ce papier que je n'ai montré à personne.

—Demain, mon ami, dit Edmond répugnant à se prêter à la folie du vieillard; je croyais qu'il était convenu que nous ne parlerions de cela que demain.

—Nous n'en parlerons que demain, mais lisez ce papier aujourd'hui.

—Ne l'irritons point», pensa Edmond.

Et, prenant ce papier, dont la moitié manquait, consumée qu'elle avait été sans doute par quelque accident, il lut.

Ce trésor qui peut monter à deux
d'écus romains dans l'angle le plus él
de la seconde ouverture, lequel
déclare lui appartenir en toute pro
tier
25 avril 149

«Eh bien, dit Faria quand le jeune homme eut fini sa lecture.

—Mais répondit Dantès, je ne vois là que des lignes tronquées, des mots sans suite; les caractères sont interrompus par l'action du feu et restent inintelligibles.

—Pour vous, mon ami, qui les lisez pour la première fois, mais pas pour moi qui ai pâli dessus pendant bien des nuits, qui ai reconstruit chaque phrase, complété chaque pensée.

—Et vous croyez avoir trouvé ce sens suspendu?

—J'en suis sûr, vous en jugerez vous-même; mais d'abord écoutez l'histoire de ce papier.

—Silence! s'écria Dantès.... Des pas!... On approche... je pars.... Adieu!»

Et Dantès, heureux d'échapper à l'histoire et à l'explication qui n'eussent pas manqué de lui confirmer le malheur de son ami, se glissa comme une couleuvre par l'étroit couloir, tandis que Faria rendu à une sorte d'activité par la terreur, repoussait du pied la dalle qu'il recouvrait d'une natte afin de cacher aux yeux la solution de continuité qu'il n'avait pas eu le temps de faire disparaître.

C'était le gouverneur qui, ayant appris par le geôlier l'accident de Faria, venait s'assurer par lui-même de sa gravité.

Faria le reçut assis, évita tout geste compromettant, et parvint à cacher au gouverneur la paralysie qui avait déjà frappé de mort la moitié de sa personne. Sa crainte était que le gouverneur, touché de pitié pour lui, ne le voulût mettre dans une prison plus saine et ne le séparât ainsi de son jeune compagnon; mais il n'en fut heureusement pas ainsi, et le gouverneur se retira convaincu que son pauvre fou, pour lequel il ressentait au fond du cœur une certaine affection, n'était atteint que d'une indisposition légère.

Pendant ce temps, Edmond, assis sur son lit et la tête dans ses mains, essayait de rassembler ses pensées; tout était si raisonné, si grand et si logique dans Faria depuis qu'il le connaissait, qu'il ne pouvait comprendre cette suprême sagesse sur tous les points alliée à la déraison sur un seul: était-ce Faria qui se trompait sur son trésor, était-ce tout le monde qui se trompait sur Faria?

Dantès resta chez lui toute la journée, n'osant retourner chez son ami. Il essayait de reculer ainsi le moment où il acquerrait la certitude que l'abbé était fou. Cette conviction devait être effroyable pour lui.

Mais vers le soir, après l'heure de la visite ordinaire, Faria, ne voyant pas revenir le jeune homme, essaya de franchir l'espace qui le séparait de lui. Edmond frissonna en entendant les efforts douloureux que faisait le vieillard pour se traîner: sa jambe était inerte, et il ne pouvait plus s'aider de son bras. Edmond fut obligé de l'attirer à lui, car il n'eût jamais pu sortir seul par l'étroite ouverture qui donnait dans la chambre de Dantès.

«Me voici impitoyablement acharné à votre poursuite, dit-il avec un sourire rayonnant de bienveillance. Vous aviez cru pouvoir échapper à ma magnificence, mais il n'en sera rien. Écoutez donc.»

Edmond vit qu'il ne pouvait reculer; il fit asseoir le vieillard sur son lit, et se plaça près de lui sur son escabeau.

«Vous savez, dit l'abbé, que j'étais le secrétaire, le familier, l'ami du cardinal Spada, le dernier des princes de ce nom. Je dois à ce digne seigneur tout ce que j'ai goûté de bonheur en cette vie. Il n'était pas riche bien que les richesses de sa famille fussent proverbiales et que j'aie entendu dire souvent: Riche comme un Spada. Mais lui, comme le bruit public, vivait sur cette réputation d'opulence. Son palais fut mon paradis. J'instruisis ses neveux, qui sont morts, et lorsqu'il fut seul au monde, je lui rendis, par un dévouement absolu à ses volontés, tout ce qu'il avait fait pour moi depuis dix ans.

«La maison du cardinal n'eut bientôt plus de secrets pour moi; j'avais vu souvent Monseigneur travailler à compulser des livres antiques et fouiller avidement dans la poussière des manuscrits de famille. Un jour que je lui reprochais ses inutiles veilles et l'espèce d'abattement qui les suivait, il me regarda en souriant amèrement et m'ouvrit un livre qui est l'histoire de la ville de Rome. Là, au vingtième chapitre de la Vie du pape Alexandre VI, il y avait les lignes suivantes, que je n'ai pu jamais oublier:

«Les grandes guerres de la Romagne étaient terminées. César Borgia, qui avait achevé sa conquête, avait besoin d'argent pour acheter l'Italie tout entière. Le pape avait également besoin d'argent pour en finir avec Louis XII, roi de France, encore terrible malgré ses derniers revers. Il s'agissait donc de faire une bonne spéculation, ce qui devenait difficile dans cette pauvre Italie épuisée.

«Sa Sainteté eut une idée. Elle résolut de faire deux cardinaux.

«En choisissant deux des grands personnages de Rome, deux riches surtout, voici ce qui revenait au Saint-Père de la spéculation: d'abord il avait à vendre les grandes charges et les emplois magnifiques dont ces deux cardinaux étaient en possession; en outre, il pouvait compter sur un prix très brillant de la vente de ces deux chapeaux.

«Il restait une troisième part de spéculation, qui va apparaître bientôt.

«Le pape et César Borgia trouvèrent d'abord les deux cardinaux futurs: c'était Jean Rospigliosi, qui tenait à lui seul quatre des plus hautes dignités du Saint-Siège, puis César Spada, l'un des plus nobles et des plus riches Romains. L'un et l'autre sentaient le prix d'une pareille faveur du pape. Ils étaient ambitieux. Ceux-là trouvés, César trouva bientôt des acquéreurs pour leurs charges.

«Il résulta que Rospigliosi et Spada payèrent pour être cardinaux, et que huit autres payèrent pour être ce qu'étaient auparavant les deux cardinaux de création nouvelle. Il entra huit cent mille écus dans les coffres des spéculateurs.

«Passons à la dernière partie de la spéculation, il est temps. Le pape ayant comblé de caresses Rospigliosi et Spada, leur ayant conféré les insignes du cardinalat, sûr qu'ils avaient dû, pour acquitter la dette non fictive de leur reconnaissance, rapprocher et réaliser leur fortune pour se fixer à Rome, le pape et César Borgia invitèrent à dîner ces deux cardinaux.

«Ce fut le sujet d'une contestation entre le Saint-Père et son fils: César pensait qu'on pouvait user de l'un de ces moyens qu'il tenait toujours à la disposition de ses amis intimes, savoir: d'abord, de la fameuse clef avec laquelle on priait certaines gens d'aller ouvrir certaine armoire. Cette clef était garnie d'une petite pointe de fer, négligence de l'ouvrier. Lorsqu'on forçait pour ouvrir l'armoire, dont la serrure était difficile, on se piquait avec cette petite pointe, et l'on en mourait le lendemain. Il y avait aussi la bague à tête de lion, que César passait à son doigt lorsqu'il donnait de certaines poignées de main. Le lion mordait l'épiderme de ces mains favorisées, et la morsure était mortelle au bout de vingt-quatre heures.

«César proposa donc à son père, soit d'envoyer les cardinaux ouvrir l'armoire, soit de leur donner à chacun une cordiale poignée de main, mais Alexandre VI lui répondit:

«—Ne regardons pas à un dîner quand il s'agit de ces excellents cardinaux Spada et Rospigliosi. Quelque chose me dit que nous regagnerons cet argent-là. D'ailleurs, vous oubliez, César, qu'une indigestion se déclare tout de suite, tandis qu'une piqûre ou une morsure n'aboutissent qu'après un jour ou deux.

«César se rendit à ce raisonnement. Voilà pourquoi les cardinaux furent invités à ce dîner.

«On dressa le couvert dans la vigne que possédait le pape près de Saint-Pierre-ès-Liens, charmante habitation que les cardinaux connaissaient bien de réputation.

«Rospigliosi, tout étourdi de sa dignité nouvelle, apprêta son estomac et sa meilleure mine. Spada, homme prudent et qui aimait uniquement son neveu, jeune capitaine de la plus belle espérance, prit du papier, une plume, et fit son testament.

«Il fit dire ensuite à ce neveu de l'attendre aux environs de la vigne, mais il paraît que le serviteur ne le trouva pas.

«Spada connaissait la coutume des invitations. Depuis que le christianisme, éminemment civilisateur, avait apporté ses progrès dans Rome, ce n'était plus un centurion qui arrivait de la part du tyran vous dire: «César veut que tu meures»; mais c'était un légat a latere, qui venait, la bouche souriante, vous dire de la part du pape: «Sa Sainteté veut que vous dîniez avec elle.»

«Spada partit vers les deux heures pour la vigne de Saint-Pierre-ès-Liens; le pape l'y attendait. La première figure qui frappa les yeux de Spada fut celle de son neveu tout paré, tout gracieux, auquel César Borgia prodiguait les caresses. Spada pâlit; et César, qui lui décocha un regard plein d'ironie, laissa voir qu'il avait tout prévu, que le piège était bien dressé.

«On dîna. Spada n'avait pu que demander à son neveu: «Avez-vous reçu mon message?» Le neveu répondit que non et comprit parfaitement la valeur de cette question: il était trop tard, car il venait de boire un verre d'excellent vin mis à part pour lui par le sommelier du pape. Spada vit au même moment approcher une autre bouteille dont on lui offrit libéralement. Une heure après, un médecin les déclarait tous deux empoisonnés par des morilles vénéneuses, Spada mourait sur le seuil de la vigne, le neveu expirait à sa porte en faisant un signe que sa femme ne comprit pas.

«Aussitôt César et le pape s'empressèrent d'envahir l'héritage, sous prétexte de rechercher les papiers des défunts. Mais l'héritage consistait en ceci: un morceau de papier sur lequel Spada avait écrit:

«Je lègue à mon neveu bien-aimé mes coffres, mes livres, parmi lesquels mon beau bréviaire à coins d'or, désirant qu'il garde ce souvenir de son oncle affectionné.

«Les héritiers cherchèrent partout, admirèrent le bréviaire, firent main basse sur les meubles et s'étonnèrent que Spada, l'homme riche, fût effectivement le plus misérable des oncles; de trésors, aucun: si ce n'est des trésors de science renfermés dans la bibliothèque et les laboratoires.

«Ce fut tout. César et son père cherchèrent, fouillèrent et espionnèrent, on ne trouva rien, ou du moins très peu de chose: pour un millier d'écus, peut-être, d'orfèvrerie, et pour autant à peu près d'argent monnayé; mais le neveu avait eu le temps de dire en rentrant à sa femme:

«Cherchez parmi les papiers de mon oncle, il y a un testament réel.

«On chercha plus activement encore peut-être que n'avaient fait les augustes héritiers. Ce fut en vain: il resta deux palais et une vigne derrière le Palatin. Mais à cette époque les biens immobiliers avaient une valeur médiocre; les deux palais et la vigne restèrent à la famille, comme indignes de la rapacité du pape et de son fils.

«Les mois et les années s'écoulèrent. Alexandre VI mourut empoisonné, vous savez par quelle méprise; César, empoisonné en même temps que lui, en fut quitte pour changer de peau comme un serpent, et revêtir une nouvelle enveloppe où le poison avait laissé des taches pareilles à celles que l'on voit sur la fourrure du tigre; enfin, forcé de quitter Rome, il alla se faire tuer obscurément dans une escarmouche nocturne et presque oubliée par l'histoire.

«Après la mort du pape, après l'exil de son fils, on s'attendait généralement à voir reprendre à la famille le train princier qu'elle menait du temps du cardinal Spada; mais il n'en fut pas ainsi. Les Spada restèrent dans une aisance douteuse, un mystère éternel pesa sur cette sombre affaire, et le bruit public fut que César, meilleur politique que son père, avait enlevé au pape la fortune des deux cardinaux; je dis des deux, parce que le cardinal Rospigliosi, qui n'avait pris aucune précaution, fut dépouillé complètement.

«Jusqu'à présent, interrompit Faria en souriant, cela ne vous semble pas trop insensé, n'est-ce pas?

—Ô mon ami, dit Dantès, il me semble que je lis, au contraire, une chronique pleine d'intérêt. Continuez, je vous prie.

—Je continue:

«La famille s'accoutuma à cette obscurité. Les années s'écoulèrent; parmi les descendants les uns furent soldats, les autres diplomates; ceux-ci gens d'Église, ceux-là banquiers; les uns s'enrichirent, les autres achevèrent de se ruiner. J'arrive au dernier de la famille, à celui-là dont je fus le secrétaire, au comte de Spada.

«Je l'avais bien souvent entendu se plaindre de la disproportion de sa fortune avec son rang, aussi lui avais-je donné le conseil de placer le peu de biens qui lui restait en rentes viagères; il suivit ce conseil, et doubla ainsi son revenu.

«Le fameux bréviaire était resté dans la famille, et c'était le comte de Spada qui le possédait: on l'avait conservé de père en fils, car la clause bizarre du seul testament qu'on eût retrouvé en avait fait une véritable relique gardée avec une superstitieuse vénération dans la famille; c'était un livre enluminé des plus belles figures gothiques, et si pesant d'or, qu'un domestique le portait toujours devant le cardinal dans les jours de grande solennité.

«À la vue des papiers de toutes sortes, titres, contrats, parchemins, qu'on gardait dans les archives de la famille et qui tous venaient du cardinal empoisonné, je me mis à mon tour, comme vingt serviteurs, vingt intendants, vingt secrétaires qui m'avaient précédé, à compulser les liasses formidables: malgré l'activité et la religion de mes recherches, je ne retrouvai absolument rien. Cependant j'avais lu, j'avais même écrit une histoire exacte et presque éphéméridique de la famille des Borgia, dans le seul but de m'assurer si un supplément de fortune était survenu à ces princes à la mort de mon cardinal César Spada, et je n'y avais remarqué que l'addition des biens du cardinal Rospigliosi, son compagnon d'infortune.

«J'étais donc à peu près sûr que l'héritage n'avait profité ni aux Borgia ni à la famille, mais était resté sans maître, comme ces trésors des contes arabes qui dorment au sein de la terre sous les regards d'un génie. Je fouillai, je comptai, je supputai mille et mille fois les revenus et les dépenses de la famille depuis trois cents ans: tout fut inutile, je restai dans mon ignorance, et le comte de Spada dans sa misère.

«Mon patron mourut. De sa rente en viager il avait excepté ses papiers de famille, sa bibliothèque, composée de cinq mille volumes, et son fameux bréviaire. Il me légua tout cela, avec un millier d'écus romains qu'il possédait en argent comptant, à la condition que je ferais dire des messes anniversaires et que je dresserais un arbre généalogique et une histoire de sa maison, ce que je fis fort exactement....

«Tranquillisez-vous, mon cher Edmond, nous approchons de la fin.

«En 1807, un mois avant mon arrestation et quinze jours après la mort du comte de Spada, le 25 du mois de décembre, vous allez comprendre tout à l'heure comment la date de ce jour mémorable est restée dans mon souvenir, je relisais pour la millième fois ces papiers que je coordonnais, car, le palais appartenant désormais à un étranger, j'allais quitter Rome pour aller m'établir à Florence, en emportant une douzaine de mille livres que je possédais, ma bibliothèque et mon fameux bréviaire, lorsque, fatigué de cette étude assidue, mal disposé par un dîner assez lourd quel j'avais fait, je laissai tomber ma tête sur mes deux mains et m'endormis: il était trois heures de l'après-midi.

«Je me réveillai comme la pendule sonnait six heures.

«Je levai la tête, j'étais dans l'obscurité la plus profonde. Je sonnai pour qu'on m'apportât de la lumière, personne ne vint; je résolus alors de me servir moi-même. C'était d'ailleurs une habitude de philosophe qu'il allait me falloir prendre. Je pris d'une main une bougie toute préparée, et de l'autre je cherchai, à défaut des allumettes absentes de leur boîte, un papier que je comptais allumer à un dernier reste de flamme au-dessus du foyer; mais, craignant dans l'obscurité de prendre un papier précieux à la place d'un papier inutile, j'hésitais, lorsque je me rappelai avoir vu, dans le fameux bréviaire qui était posé sur la table à côté de moi, un vieux papier tout jaune par le haut, qui avait l'air de servir de signet, et qui avait traversé les siècles maintenu à sa place par la vénération des héritiers. Je cherchai, en tâtonnant, cette feuille inutile, je la trouvai, je la tordis, et, la présentant à la flamme mourante, je l'allumai.

«Mais, sous mes doigts, comme par magie, à mesure que le feu montait, je vis des caractères jaunâtres sortir du papier blanc et apparaître sur la feuille; alors la terreur me prit: je serrai dans mes mains le papier, j'étouffai le feu, j'allumai directement la bougie au foyer, je rouvris avec une indicible émotion la lettre froissée, et je reconnus qu'une encre mystérieuse et sympathique avait tracé ces lettres apparentes seulement au contact de la vive chaleur. Un peu plus du tiers du papier avait été consumé par la flamme: c'est ce papier que vous avez lu ce matin; relisez-le, Dantès; puis quand vous l'aurez relu, je vous compléterai, moi, les phrases interrompues et le sens incomplet.»

Et Faria, interrompant, offrit le papier à Dantès qui, cette fois, relut avidement les mots suivants tracés avec une encre rousse, pareille à la rouille:

Cejourd'hui 25 avril 1498, ay
Alexandre VI, et craignant que, non
il ne veuille hériter de moi et ne me ré
et Bentivoglio, morts empoisonnés,
mon légataire universel, que j'ai enf
pour l'avoir visité avec moi, c'est-à-dire dans
île de Monte-Cristo, tout ce que je pos
reries, diamants, bijoux; que seul
peut monter à peu près à deux mil
trouvera ayant levé la vingtième roch
crique de l'Est en droite ligne. Deux ouvertu
dans ces grottes: le trésor est dans l'angle le plus é
lequel trésor je lui lègue et cède en tou
seul héritier.
25 avril 1498
CES

«Maintenant, reprit l'abbé, lisez cet autre papier.» Et il présenta à Dantès une seconde feuille avec d'autres fragments de lignes. Dantès prit et lut:

ant été invité à dîner par Sa Sainteté
content de m'avoir fait payer le chapeau,
serve le sort des cardinaux Crapara
je déclare à mon neveu Guido Spada,
oui dans un endroit qu'il connaît
les grottes de la petite
sédais de lingots, d'or monnayé, de pier
je connais l'existence de ce trésor, qui
lions d'écus romains, et qu'il
e, à partir de la petite
res ont été pratiquées
loigné de la deuxième,
te propriété comme à mon
AR † SPADA

Faria le suivait d'un œil ardent.

«Et maintenant, dit-il, lorsqu'il eut vu que Dantès en était arrivé à la dernière ligne, rapprochez les deux fragments, et jugez vous-même.»

Dantès obéit; les deux fragments rapprochés donnaient l'ensemble suivant:

«Cejourd'hui 25 avril 1498, ay... ant été invité à dîner par Sa Sainteté Alexandre VI, et craignant que, non... content de m'avoir fait payer le chapeau, il ne veuille hériter de moi et ne me ré... serve le sort des cardinaux Crapara et Bentivoglio, morts empoisonnés,... je déclare à mon neveu Guido Spada, mon légataire universel, que j'ai en... foui dans un endroit qu'il connaît pour l'avoir visité avec moi, c'est-à-dire dans... les grottes de la petite île de Monte-Cristo, tout ce que je pos... sédais de lingots, d'or monnayé, pierreries, diamants bijoux; que seul... je connais l'existence de ce trésor qui peut monter à peu près à deux mil... lions d'écus romains, et qu'il trouvera ayant levé la vingtième roch... e à partir de la petite crique de l'Est en droite ligne. Deux ouvertu... res ont été pratiquées dans ces grottes: le trésor est dans l'angle le plus é... loigné de la deuxième, lequel trésor je lui lègue et cède en tou... te propriété, comme à mon seul héritier.

«25 avril 1498

«CESAR.... SPADA.»

«Eh bien, comprenez-vous enfin? dit Faria.

—C'était la déclaration du cardinal Spada et le testament que l'on cherchait depuis si longtemps? dit Edmond encore incrédule.

—Oui, mille fois oui.

—Qui l'a reconstruite ainsi?

—Moi, qui, à l'aide du fragment restant, ai deviné le reste en mesurant la longueur des lignes par celle du papier et en pénétrant dans le sens caché au moyen du sens visible, comme on se guide dans un souterrain par un reste de lumière qui vient d'en haut.

—Et qu'avez-vous fait quand vous avez cru avoir acquis cette conviction?

—J'ai voulu partir et je suis parti à l'instant même, emportant avec moi le commencement de mon grand travail sur l'unité d'un royaume d'Italie; mais depuis longtemps la police impériale, qui, dans ce temps, au contraire de ce que Napoléon a voulu depuis, quand un fils lui fut né, voulait la division des provinces, avait les yeux sur moi: mon départ précipité, dont elle était loin de deviner la cause, éveilla ses soupçons, et au moment où je m'embarquais à Piombino je fus arrêté.

«Maintenant, continua Faria en regardant Dantès avec une expression presque paternelle, maintenant, mon ami, vous en savez autant que moi: si nous nous sauvons jamais ensemble, la moitié de mon trésor est à vous; et si je meurs ici et que vous vous sauviez seul, il vous appartient en totalité.

—Mais, demanda Dantès hésitant, ce trésor n'a-t-il pas dans ce monde quelque plus légitime possesseur que nous?

—Mais non, rassurez-vous, la famille est éteinte complètement; le dernier comte de Spada, d'ailleurs, m'a fait son héritier; en me léguant ce bréviaire symbolique il m'a légué ce qu'il contenait; non, non, tranquillisez-vous: si nous mettons la main sur cette fortune, nous pourrons en jouir sans remords.

—Et vous dites que ce trésor renferme....

—Deux millions d'écus romains, treize millions à peu près de notre monnaie.

—Impossible! dit Dantès effrayé par l'énormité de la somme.

—Impossible! et pourquoi? reprit le vieillard. La famille Spada était une des plus vieilles et des plus puissantes familles du quinzième siècle. D'ailleurs, dans ces temps où toute spéculation et toute industrie étaient absentes, ces agglomérations d'or et de bijoux ne sont pas rares, il y a encore aujourd'hui des familles romaines qui meurent de faim près d'un million en diamants et en pierreries transmis par majorat, et auquel elles ne peuvent toucher.»

Edmond croyait rêver: il flottait entre l'incrédulité et la joie.

«Je n'ai gardé si longtemps le secret avec vous, continua Faria, d'abord que pour vous éprouver, et ensuite pour vous surprendre; si nous nous fussions évadés avant mon accès de catalepsie, je vous conduisais à Monte-Cristo; maintenant, ajouta-t-il avec un soupir, c'est vous qui m'y conduirez. Eh bien, Dantès, vous ne me remerciez pas?

—Ce trésor vous appartient, mon ami, dit Dantès, il appartient à vous seul, et je n'y ai aucun droit: je ne suis point votre parent.

—Vous êtes mon fils, Dantès! s'écria le vieillard, vous êtes l'enfant de ma captivité; mon état me condamnait au célibat: Dieu vous a envoyé à moi pour consoler à la fois l'homme qui ne pouvait être père et le prisonnier qui ne pouvait être libre.»

Et Faria tendit le bras qui lui restait au jeune homme qui se jeta à son cou en pleurant.

 

第十八章 宝藏

第二天早晨,当唐太斯回到他难友的房间里时,他看见法利亚坐在那儿,神色安祥。一束阳光透过牢房那狭小的窗口射了进来,他左手拿着一张展开的纸,读者记得他只有这只手可以用了。这片纸因为先前一直被卷着,所以变成了一个卷,很不容易打开。他不说话,只把那张纸给唐太斯看。

“那是什么?”后者问道。

“看。”神甫微笑着。

“我已经仔细地看过啦,”唐太斯说,“我只看到一张烧掉了一半的纸,上面有些哥拧体的文字,好象是用一种特别的墨水写的。”

“这片纸,我的朋友,”法利亚说,“既然我已经考验过你了,现在可以把我的秘密告诉你了,这片纸就是我的宝藏。从今天起,这个宝藏的一半是属于你的了。”唐太斯的额头冒出一阵冷汗。到这一天为止,经过了这么长的一段时间,他始终避免和神甫谈及有关他的宝藏的事,因为这是他发疯的病根。

生性谨慎的爱德蒙处处留意,避免触及这根痛苦的心弦,而法利亚在这方面也同样保持着沉默。他把神甫的这种沉默看作是理智的恢复,可现在,法利亚经过了这样痛苦的一场剧变以后又吐出了这些话,这说明他的神经错乱又复发了。

“你的宝藏?”唐太斯结结巴巴地问道。

法利亚微笑了一下。“是的,”他说,“你的心地的确很高尚,爱德蒙。因为我看你脸色苍白,浑身发抖,就知道你此刻心里在想些什么。不,你放心,我没有疯。这个宝藏的确存在,唐太斯。假如我不能去拥有它们,你可以去拥有它们,是的,你。

谁都不相信我的话,因为他们以为我是疯子。但是你,你该知道我并没有疯,假如你愿意的话,你一定会相信的。”

“糟糕!”爱德蒙喃喃地对自己说,“他的老病又犯了!我就差没得这种病了。”然后他大声说道,“我亲爱的朋友,你刚才发病时大概累着了,你先休息一会儿,好吧?假如你高兴,明天我再来听你讲。今天我只希望能好好地照料你。而且,”他又说,“宝藏对我们并不是很急迫的事呀。”

“非常紧急,爱德蒙!”神甫回答说。“谁知道我的病会不会在明天或后天第三次发作呢?那时就一切都完啦。这些财宝可使十家人变成巨富,我常常想,就让它们永远埋没吧,决不能让那些迫害我的人得到它们,每有这种想法,心里虽不免带点苦味,却还觉得相当畅快。这种想法也满足了我的报复心,我在这黑牢的夜里在这囚禁生活的绝望中,正在慢慢地体味其中的快意。但是现在,我已因为出于对你的爱宽恕了世界。

现在,我看到你还很年轻,前途远大,我想,这个秘密一经泄露,你就可以得到一切幸福,我深怕再耽误一分钟一秒钟,深怕失掉象你这样一个可敬的人来拥有这样巨大的宝藏。”

爱德蒙扭过头去叹息了一声。

“你仍然不肯相信,爱德蒙,”法利亚继续说道。“我的话还无法使你相信。看来你需要证据。好吧,那么,且念一念这张纸吧,这张纸我从没给别人看过。”

“明天吧,我亲爱的朋友,”爱德蒙说,他不愿顺从神甫的疯狂。“我们已说定到明天再去谈它嘛。”

“那就把它留到明天再谈吧,但今天先念一念这张纸吧。”

“别惹他生气。”爱德蒙心里想,于是便接过那张缺了一半,显然因为某次意外而被火烧过的纸来,念道——

今日为一四九八年四月历山大六世之邀,应召赴宴,献之款,而望成为吾之继承人,则将凯普勒拉及宾铁伏格里奥归于被毒死者),吾今向吾之帕达,宣布:吾曾在一彼所知地点(在基督山小岛之洞窟银条,金块,宝石,钻石,美余一人知之,其总值约及罗马艾居二开岛东小港右手第二十块岩洞口二处;宝藏系在第二洞口最吾全部遗与吾之惟一继承人。

一四九八年四月二十五日

“怎么样?”法利亚在年轻人读完以后问道。

“可是,”唐太斯答道,“我看到的只不过是一张被火烧掉了一半的,上面是一些意义不明的断句残字呀。”

“是的,我的朋友,对你是这样,因为你才第一次读到它。

但对我却不然,我曾费尽心血,熬了许多个夜晚来研究它,把每一个句子都重新写了出来,把每一处意思都作了完整的补充。”

“你认为你已经找到了另一半的意思了吗?”

“我完全可以肯定,你可以自己来判断,但先来听我讲一讲这张纸的来历吧。”

“别出声!”唐太斯轻声叫道。“有脚步声!我走啦再会!”

说着唐太斯象一条蛇似地钻进了狭窄的地道里,他很高兴能逃避去听那个故事和解释,因为这些只能使他更加确信他的难友又犯病了;至于法利亚,他在惊惶之中倒恢复了一种活力,他用脚把那块石头推到原位,又拿一张草席盖在上面,使它不易被发现。

来者是监狱长,他从狱卒那儿得知了法利亚的病情,所以亲自来看看他。

法利亚坐起身来见他,尽量避免做出任何引起怀疑的举动,他向典狱长隐瞒了他这半身瘫痪的实情。他深恐典狱长会对他萌发恻隐之心。把他换到一间较好的牢房里去那样就会把他和他的年轻伙伴分开。幸亏这种事并没有发生,监狱长离开他的时候认为那个可怜的疯子只是身体略感不适而已,心里倒也有一些同情他。

但此时,爱德蒙正坐在床上,双手捧着头,竭力在聚精会神地回想。自从他认识法利亚以来,觉得后者身上一切都显得那样的理智、伟大和崇高,他不懂为什么一个在各方面都这样富于智慧的人竟会在某一点上失去理智。究竟是法利亚被他的宝藏所迷惑了呢,还是全世界都误解了法利亚?

唐太斯整个白天都呆在他的牢房里,不敢再回到他的朋友那儿去心想这样就可以拖延一些时候,使自己慢一点来证实神甫真的疯了,他是多么怕证实这一点!

到了傍晚时分,常规的查监过后,法利亚不见年轻人过来,就试着自己去穿过那条通道。他的一条腿已不能动弹了,一只手臂也已不能再用了,所以他只能拖着身子爬过来。爱德蒙一听到神甫那痛苦挣扎的声音,就不禁打了个寒颤。他不得不勉强迎上前去帮他一把,因为否则老人是无法从那通向唐太斯房间的小洞口钻过来的。

“我来了,不顾一切地追到你这儿来了,”他慈祥地向他笑着说。“你以为可以逃避我慷慨的馈赠,但这是没有用的。听我说吧。”

爱德蒙看到已无法逃避,便扶神甫坐到他的床上,自己则拖过长登坐在他的旁边。“你知道,”神甫说道,“我是红衣主教斯帕达的秘书,也是他的密友,而他是斯帕达亲王这一族中最后的一位。我一生的全部幸福都是这位可敬的爵爷所赐于的。

尽管我曾时常听人说‘象斯帕达那样富有但他本人并不富有,外面有此谣言所以他也就在一个富有的虚名下生活。他的宫殿就是我的天堂。我曾教过他的侄子,那个人现在已经死了。

当他只剩下孤家寡人的时候,我就回到了他那儿,决心要照料他,以此来报答十年来他对我的恩情。红衣主教的家事我简直可以说无所不知。我常常看到我那高贵的爵爷在辛辛苦苦地注释古书,费劲地在灰尘之中翻寻祖先的遗稿。有一天,我埋怨他不该作这种于事无益的搜寻,以致把自己弄得身心疲惫,他看了看我,然后苦笑着打开一大卷述及罗马城历史的书。他翻到书中记述教皇亚历山大六世生平的第二十九章,上面有这么几句话,那是我永远也忘不了的。

“‘罗马尼大战业已结束。凯撒•布琪亚完成其征服事业以后,急需款子购买意大利全境。教皇便急需款子摆脱法国国王路易十二,故必须借助于某种有利的交易活动,然而在意大利遍地穷困之状况下,此事极其为难。教皇陛下想到了一个主意,决定册封两位红衣主教’”。

“假如在罗马挑选两个伟大的人物,尤其是大富翁,则圣父 【教皇亚历山大六世——译注】就可以从这项交易里获到以下利益。第一,他可以把这两个红衣主教属下的大官美缺出卖;第二是红衣主教这两顶高帽子也可以卖不少钱。这项交易还有第三种好处,下面将要讲到。教皇和凯撒•布琪亚先找到了这两位未来的红衣主教,他们是琪恩•罗斯辟格里奥赛和凯撒•斯帕达,前者已在教廷里挂着四种最高的头衔,后者则是罗马贵族中最高贵和最富有的。两位都对教皇的这种情意感到无上的光荣。他们都是很有野心的。这事一经确定,凯撒•布琪亚不久就又找到了出钱买红衣主教手下官职的人。结果是罗斯辟格里奥赛和斯帕达花钱当上了红衣主教,而在他们还不曾正式荣升之前,已另外有八个人花钱当了主教以前所托的职位,而八十万艾居就此进了这笔交易的卖主的金库里。

“现在该讲讲这项交易的最后一部分了。教皇对罗斯辟格里奥赛和斯巴达,既赐他们以红衣主教的勋章,又劝他们把不动产都变卖成现钱,使他们在罗马定居下来,教皇和凯撒•布琪亚还设宴招待这两位红衣主教。这是圣父和他的儿子 【指凯撒•布琪亚。——译注】之间的一场争论。凯撒心里可以使用对付他的老朋友的一个惯用手法。即可以用那把出了名的钥匙,他们请某个人拿了这把钥匙去打开一只指定的碗柜。这把钥匙上有一个小小的铁刺,那是锁匠一时疏忽留下来的。那把锁很难开,当这个人用力去开碗柜的时候,钥匙上的小刺就刺破了他的皮,而他第二天他必将死去。此外还有那只狮头戒指,凯撒每当要与人紧紧握手的时候就把它戴上。狮头便会咬破那只承恩的手,而在二十四小时以后,那咬破的小伤口便会致命。所以凯撒向他的父亲建议,或是请这两位红衣主教去开碗柜,或是与他们每人亲热地紧握一次手。但亚历山大六世回答他说:‘想到罗斯辟格里奥赛和斯帕达这两位可敬的红衣主教,我们就别计较一顿晚宴的费用了。我总觉得,我们可以把他们的钱弄过来的。而且,你忘记啦,凯撒,消化不良会立刻发作的,而刺一下或咬一下却要在一两天以后才能见结果。’凯撒听了这番头头是道的话后就让步了。两位红衣主教要因此就被邀赴宴了。

“宴席摆在圣皮埃尔—埃里斯兰宫附近教皇的一个葡萄园里,两位红衣主教早就听说那是一个很幽静可爱的地方。罗斯辟格里奥赛真是受宠若惊,乐得忘乎所以了,他穿上最漂亮的衣服,准备赴宴。斯帕达却是一个很谨慎小心的人,他只有一个侄子,是一个前途远大的青年军官,他对他极其钟爱,所以他拿出笔和纸,写下了他的遗嘱。然后就派人去找他的侄子,要他在葡萄园附近等候他,可是仆人似乎没有找到他。“斯帕达很清楚这种邀请的意义。自基督教问世以来,罗马的文明已大有进步了,现在不再会有一个百夫长来传达暴君的口信:‘凯撒赐你死!’而是由教皇派来一个特使,面带微笑地说:‘教皇陛下请你去赴宴。’“斯帕达在两点钟左右动身到了圣皮埃尔斯里安宫的葡萄园里。教皇已在等着他了。斯帕达第一眼看到的人就是他那穿着全套盛装的侄子,和对他虎视眈眈地望着他的凯撒•布琪亚。斯帕达的脸立刻变青了,而凯撒却带着一种讥讽的神色望了望他,证明一切都不出他之所料,天罗地网已经布下了。他们开始进餐,斯帕达只来得及问了他的侄子一句话,问他有没有接到他的口信,侄子回答说没有,他已完全明白了这句问话的意义。但是太晚啦,因为他已经喝下了一杯教皇膳食总管特地捧到他面前的美酒。同时,斯帕达看见他自己的面前又添了一瓶酒,他被劝喝了几大杯。一小时以后,医生宣布他们两个人都因食有了羊脏菌而中毒身亡。斯帕达死在葡萄园的门口。他的侄子在他自己的家门口断的气,临死前还做了一些手势,但他的妻子不懂其中的含意。

“凯撒和教皇迫不及待去抢遗产,借口是去找死者的文件。但遗产仅止于此,即斯帕达在一小片纸上写到:吾将吾之库藏及书籍赠与吾所钟爱之侄,其中有吾之金角祈祷书一本,吾盼其能善为保存,借作其爱叔之留念。

抢夺遗产者四处寻找,仔仔细细地翻看了那本祈祷书,又把家具都翻来复去的察看了一遍,他们不由得都大吃一惊,原来这位以富有闻名的叔父斯巴达,实际上却是一位最可怜的叔父。说到财宝,除了那些在图书馆和实验室里的科学珍品以外,别的一点都没有。事情就是这样:凯撒和他的父亲到处寻找,到处搜查,到处仔细地察看,但却什么也没找到,或者说东西少得可怜,只有几千艾居的金条,和大约相同数目的现钱。

不过侄子在他断气以前,还来得及对他的妻子说过一句话:‘仔细在我叔父的文件里找,里面有真正的遗嘱。’“他们又去寻找,甚至比那两位尊严的继承人找得还彻底,但仍然是毫无结果。王府后面有两座宫殿和一个葡萄园,但当时不动产还不那么值钱,不能满足教皇和他儿子的胃口,这两座宫殿和那葡萄园仍归家族所有。光阴似水流过,亚历山大六世死了,是中毒死的,你知道那是怎么错杀了的。凯撒也同时中了毒,不过他的皮肤并没有变成蛇皮的颜色,毒药只使他的皮肤起了很多斑点,象蒙上了一张老虎皮一样。于是,他被迫离开罗马,在一次精历史学家所遗忘的夜间的小战斗中被人莫名其妙地打死了。在教皇去世和他的儿子被放逐以后,大家以为斯怕达这一族又要象他们当红衣主教那个时代那样发达起来了,但事实却并不如此。斯帕达这一族人依旧只是勉强过得去,这桩黑暗的事件始终被笼罩在迷中雾中。一般的谣传是,那政治手腕比他父亲高强的凯撒已从教皇那儿夺了两位红衣主教的财产带走了。我说两位,是指还有那位红衣主教罗斯辟格里奥赛,他由于事先毫无准备,所以完全被抢光了。”

“讲到这里为止,”法利亚打断自己的话头说,“你一定觉得这非常荒唐吧?”

“噢,我的朋友,”唐太斯说道,“正相反,我好象是在读一本最有趣的故事,请你说下去吧。”

“我继续说下去,斯帕达这家族的人开始习惯于这种平庸的生活了。许多年又过去了,在他们后代之中,有的当了军人,有的当了外交家,有的当了教士,有成了银行家,有的发了财,有的破了产。我现在要讲的是这个家族的最后一位,就是斯帕达伯爵,我当过他的秘书,常常听到他抱怨,说他的爵位和他的财产太不相称。我就劝他把全部财产都变成定期存款。他照办了,因此收入就增加了一倍。那本著名的祈祷书仍由这个家族的人保存着,现在已归伯爵所有。这是由父传子,子传孙一路传下来的,由于所找到的遗嘱上有那么一句话,所以它变成了一件真正的传家之宝,族里的人都带着迷信的崇敬之感把它好好地保存着。这本书上的大写字母都是用金银彩色写成的,全书都是美丽的歌特体的文字,由于包金的缘故,份量很重,所以每到大的日子,总得由一个仆人把它捧到红衣主教面前。”

“那各种各样的文件,有诏书,契约,公文等,这一切都藏在档案柜里,从那被毒死的红衣主教开始一直传下来,全族人的文件都在这里了,我也象在我以前的那二十位侍仆,管家和秘书一样,把那庞大的文件堆又查看了一遍。虽说我经过了最认真仔细的研究,但结果还是一场空。我把布琪亚那个家族人的历史详详细细地读了一遍,甚至还把它写成了一部书,唯一的目的,就是想研究出他们有没有因红衣主教凯撒•斯帕达的死而增加了任何财富。但我发现他们只得了他的同难人红衣主教罗斯辟格里奥赛的产业。”

“当时我就几乎肯定,那笔遗产并没有被布琪亚那一族人或他的本族人得去那依旧是一笔无主之财,象《一千零一夜》故事里的宝藏一样,仍在大地的怀抱里,由一个魔鬼看守着。

我无数次地搜索考查,把那一族人三百年来的收入和支出算了又算,简直不下千百次,还是没有用。我仍然茫然无所知,而斯帕达伯爵仍然穷困潦倒。我的东家死了。他除了定期存款以外,还保存着他的家族文件,他那藏有五千卷书的图书和他那著名的祈祷书。这一切他都遗赠了给我,还有一笔一千罗马艾居的现款,条件是要我每年给他举行一次弥撒,祈祷他的灵魂安息,并叫我给他编一本族谱,写一部家史。这一切我都一丝不苟的照办了。别着急,我亲爱的爱德蒙,我们就要讲到最后这段了。”

“一八○七年十二月二十五日,在我被捕的前一个月,也就是斯帕达伯爵去世后的第十五天,你看,那个日期在我的记忆里印得多深刻,我一边整理文件,一边把这些读过千百次的东西又看了一遍,因为那座宫殿已卖给了一个陌生人,我就要离开罗马,去定居在佛罗伦萨,同时准备带走我所有的一万二千里弗,我的藏书和那本著名的祈祷书,由于长时间的翻阅这些资料,我感到疲倦极了,加之午餐又吃得太饱,所以我竟用手垫着头睡过去了,那时约莫下午三点钟。当我醒来的时候,时钟正敲六点。我抬起头来,四周是一片黑暗。我拉铃叫人拿灯来,但没有人来,我就决定自己去弄一个。这原是一种哲学家的脾气,但这时我是非这样做不可了。我用一手拿着一支蜡烛,由于我的火柴盒子已经空了,一手去摸索一片纸,想拿它到壁炉的余火里去点燃。我担心在黑暗之中用掉的是一张有价值的纸,所以我迟疑了一会儿,然后想到,在那本著名的祈祷书里我曾见过一张因年代久远而发黄了的纸片,这张纸片,几世纪来都被人当作书签用,只是由于世代子孙尊重遗物,所以还把它保存在那儿。那本祈祷书就在我身旁的桌子上,我摸索了一会儿,找到了那张纸,把它扭成一条,按到将熄的火焰上面,点燃了它。”

“但在我的手指底下,象施了魔法似的,当那火苗窜起的时候,只见纸上现出了淡黄色的字迹。我吓了一跳。赶急把那张纸抓在手里,扑灭了火,直接点燃了那支小蜡烛,然后带着难以表达的激动心情摊开了那张扭皱了的纸。我发觉那上面的字是用神秘的隐显墨水写的,只有拿到火上去烘才会显现出来。那张纸有三分之一多一点已被火烧掉了。剩下的就是你今天早晨的那张碎纸片,把它再念一遍吧,唐太斯,读过以后我再把那些残破的句子和互不连贯的意义给你补充上。”

法利亚洋洋得意地把那张纸交给了唐太斯,后者这次又把下列这些铁锈色的字句读了一遍:——

今日为一四九八年四月历山大六世之邀,应召赴宴,献之款,而望成为吾之继承人,则将凯普勒拉及宾铁伏格里奥归于被毒死者),吾今向吾之帕达,宣布:吾曾在一彼所知地点(在基督山小岛之洞窟银条,金块,宝石,钻石,美余一人知之,其总值约及罗马艾居二开岛东小港右手第二十块岩洞口二处;宝藏系在第二洞口最吾全部遗与吾之惟一继承人。

一四九八年四月二十五日

“现在,”神甫说,“再念一念这张纸;”说着他把第二张纸给了唐太斯,那上面也有一些残缺的句子,爱德蒙读道:——二十五日,吾受教皇圣下亚恐彼或不满于吾捐衔所令吾与红衣主教同一之命运(彼二人系惟一继承人,吾侄葛陀•斯悉并曾与吾同往游览之中)埋藏余所有之全部金玉;此项宝藏之存在仅百万;彼仅须打石,即可获得。此窟共有深之一角;此项宝藏撒十斯帕达

法利亚用兴奋的目光注视着他。“现在,”当他看到唐太斯已念到最后一行的时候说,“把两片残纸拼拢起来,你就可以自己判断了。”唐太斯照着做了,合起来的那两片纸上的内容如下:

今日为一四九八年四月——二十五日,吾受教皇圣下亚历山大六世之邀,应召赴宴,——恐彼或不满于吾捐衔所献之款,而望成为吾之继承人,则将——令吾与红衣主教凯普勒拉及宾铁伏格里奥归于——同一之命运(彼二人系被毒死者),吾今向吾之——惟一继承人,吾侄葛陀•斯帕达,宣布:吾曾在一彼所知——悉并曾与吾同往游览之地点(在基督山小岛之洞窟——中)埋藏吾所有之全部金银条,金块,宝石,钻石,美——玉;此项宝藏之存在仅吾一人知之,其总值约及罗马艾居二——百万;彼仅须打开鸟东小港右手第二十块岩——石,即可获得。此窟共有洞口二处;宝藏系在第二洞口最——深之一角;此项宝藏吾全部遗赠与吾之惟一继承人。

凯——撒十斯巴达

一四九八年四月二十五日

“好,现在你明白了吧?”法利亚问道。

“这就是红衣主教斯帕达的声明,也就是人们找了那么久的遗嘱吗?”唐太斯问道,他心里依旧是半信半疑的。

“是呀!千真万确!”

“谁把它补充成现在这个样子的?”

“我,凭借那残余的半张。我把其余的部猜了出来,从那张纸的长度,测出句子的长短,再根据字面上的含义推敲出隐去的意思,就好象我们在岩洞里凭着顶上的一线微光摸路一样的把它摸索了出来。”

“你得到这个结果以后又做了些什么呢?”

“我决定马上出发,当时即刻就出发了,身边只带着我那本论统一意大利那篇巨著的前几章。但帝国的警务部长却早已在注意我了,他当时的意见恰巧和拿破仑相反,拿破仑是希望生一个儿子来统一意大利,而他却希望造成割据的局面。而我这样子行色匆匆,他们猜不出原因,就起了疑心,所以我刚一离开皮昂比诺就被捕了。现在,”法利亚以慈父般的表情对唐太斯继续说道,“现在,我的朋友,你知道得和我一样清楚了。假如我们能一起逃走,这个宝藏的一半就是你的了,假如我死在这儿,你一个人逃出去那么就全部归你了。”

“可是,”唐太斯吞吞吐吐地问道,“这个宝藏除了我们以外,难道世界上就没有更合法的主人了吗?”

“没有了,没有了这方面你放心好了,那个家族已经绝后了。再说,最后一代的斯帕达伯爵又指定我为他的继承人,把这本有象征意义的祈祷书遗赠给了我,他把这本书里所有的一切都遗赠了给我。不要紧,不要紧,放心好了,假如我们得到了这笔财富,我们大可问心无愧地享用它。”

“你说这个宝藏价值——?”

“两百万罗马艾居,照我们的钱算,约等于一千三百万埃居。”

“不可能!”唐太斯被这个天文数字吓得叫出了声。

“不可能!为什么?”神甫问道。“斯巴达家族人是十五世纪最古老,最强盛的家族之一。而在当时,没有金融交易和工业,所以积攒那些金银珠宝并不为奇。就是在当今,也有些罗马家族几乎都快饿死了,可他们还有价值百万的钻石珠宝,那是当作传家之宝世代传下来的,他们是不能动用的。”

爱德蒙仿费是在做梦,他时而怀疑,时而兴奋。

“我把这个秘密对你保守了这么久,”法利亚继续说道,“只是为了我要考验一下你这个人,然后让你吃一惊。要是在我的病没有再发作以前我们就逃了出去我会把你带到基督山岛去的,现在,”他长叹了一声,又说,“是要你带我到那儿去了。喂!唐太斯,你还没有谢谢我呢。”

“这个宝藏是属于你的,我亲爱的朋友,”唐太斯答道,“而且只属于你一个人。我没有任何权利。我又不是你的亲人。”

“你是我的儿子呀,唐太斯!”神甫喊道。“你是我囚禁生活中的儿子。我的职业决定了我只能过独身生活。上帝派你来抚慰我,来抚慰我这个不能做父亲的人和不能得到自由的囚徒。”说着法利亚就把他那条还能动的手臂向年轻人伸去后者扑上去抱住他的脖子,哭了起来。




XIX Le troisième accès.

Maintenant que ce trésor, qui avait été si longtemps l'objet des méditations de l'abbé, pouvait assurer le bonheur à venir de celui que Faria aimait véritablement comme son fils, il avait encore doublé de valeur à ses yeux; tous les jours il s'appesantissait sur la quantité de ce trésor, expliquant à Dantès tout ce qu'avec treize ou quatorze millions de fortune un homme dans nos temps modernes pouvait faire de bien à ses amis; et alors le visage de Dantès se rembrunissait, car le serment de vengeance qu'il avait fait se représentait à sa pensée, et il songeait lui, combien dans nos temps modernes aussi un homme avec treize ou quatorze millions de fortune pouvait faire de mal à ses ennemis.

L'abbé ne connaissait pas l'île de Monte-Cristo mais Dantès la connaissait: il avait souvent passé devant cette île, située à vingt-cinq milles de la Pianosa, entre la Corse et l'île d'Elbe, et une fois même il y avait relâché. Cette île était, avait toujours été et est encore complètement déserte; c'est un rocher de forme presque conique, qui semble avoir été poussé par quelque cataclysme volcanique du fond de l'abîme à la surface de la mer.

Dantès faisait le plan de l'île à Faria, et Faria donnait des conseils à Dantès sur les moyens à employer pour retrouver le trésor.

Mais Dantès était loin d'être aussi enthousiaste et surtout aussi confiant que le vieillard. Certes, il était bien certain maintenant que Faria n'était pas fou, et la façon dont il était arrivé à la découverte qui avait fait croire à sa folie redoublait encore son admiration pour lui; mais aussi il ne pouvait croire que ce dépôt en supposant qu'il eût existé, existât encore, et, quand il ne regardait pas le trésor comme chimérique, il le regardait du moins comme absent.

Cependant, comme si le destin eût voulu ôter aux prisonniers leur dernière espérance et leur faire comprendre qu'ils étaient condamnés à une prison perpétuelle, un nouveau malheur les atteignit: la galerie du bord de la mer, qui depuis longtemps menaçait ruine, avait été reconstruite; on avait réparé les assises et bouché avec d'énormes quartiers de roc le trou déjà à demi comblé par Dantès. Sans cette précaution, qui avait été suggérée, on se le rappelle, au jeune homme par l'abbé, leur malheur était bien plus grand encore, car on découvrait leur tentative d'évasion, et on les séparait indubitablement: une nouvelle porte, plus forte, plus inexorable que les autres, s'était donc encore refermée sur eux.

«Vous voyez bien, disait le jeune homme avec une douce tristesse à Faria, que Dieu veut m'ôter jusqu'au mérite de ce que vous appelez mon dévouement pour vous. Je vous ai promis de rester éternellement avec vous, et je ne suis plus libre maintenant de ne pas tenir ma promesse; je n'aurai pas plus le trésor que vous, et nous ne sortirons d'ici ni l'un ni l'autre. Au reste, mon véritable trésor, voyez-vous, mon ami, n'est pas celui qui m'attendait sous les sombres roches de Monte-Cristo, c'est votre présence, c'est notre cohabitation de cinq ou six heures par jour, malgré nos geôliers; ce sont ces rayons d'intelligence que vous avez versés dans mon cerveau, ces langues que vous avez implantées dans ma mémoire et qui y poussent avec toutes leurs ramifications philologiques. Ces sciences diverses que vous m'avez rendues si faciles par la profondeur de la connaissance que vous en avez et la netteté des principes où vous les avez réduites, voilà mon trésor, ami, voilà en quoi vous m'avez fait riche et heureux. Croyez-moi et consolez-vous, cela vaut mieux pour moi que des tonnes d'or et des caisses de diamants, ne fussent-elles pas problématiques, comme ces nuages que l'on voit le matin flotter sur la mer, que l'on prend pour des terres fermes, et qui s'évaporent, se volatilisent et s'évanouissent à mesure qu'on s'en approche. Vous avoir près de moi le plus longtemps possible, écouter votre voix éloquente orner mon esprit, retremper mon âme, faire toute mon organisation capable de grandes et terribles choses si jamais je suis libre, les emplir si bien que le désespoir auquel j'étais prêt à me laisser aller quand je vous ai connu n'y trouve plus de place, voilà ma fortune, à moi: celle-là n'est point chimérique; je vous la dois bien véritable, et tous les souverains de la terre, fussent-ils des César Borgia, ne viendraient pas à bout de me l'enlever.»

Ainsi, ce furent pour les deux infortunés, sinon d'heureux jours, du moins des jours assez promptement écoulés que les jours qui suivirent. Faria, qui pendant de si longues années avait gardé le silence sur le trésor, en reparlait maintenant à toute occasion. Comme il l'avait prévu, il était resté paralysé du bras droit et de la jambe gauche, et avait à peu près perdu tout espoir d'en jouir lui-même; mais il rêvait toujours pour son jeune compagnon une délivrance ou une évasion, et il en jouissait pour lui. De peur que la lettre ne fût un jour égarée ou perdue, il avait forcé Dantès de l'apprendre par cœur, et Dantès la savait depuis le premier jusqu'au dernier mot. Alors il avait détruit la seconde partie, certain qu'on pouvait retrouver et saisir la première sans en deviner le véritable sens. Quelquefois, des heures entières se passèrent pour Faria à donner des instructions à Dantès, instructions qui devaient lui servir au jour de sa liberté. Alors, une fois libre, du jour, de l'heure, du moment où il serait libre, il ne devait plus avoir qu'une seule et unique pensée, gagner Monte-Cristo par un moyen quelconque, y rester seul sous un prétexte qui ne donnât point de soupçons, et, une fois là, une fois seul, tâcher de retrouver les grottes merveilleuses et fouiller l'endroit indiqué. L'endroit indiqué, on se le rappelle, c'est l'angle le plus éloigné de la seconde ouverture.

En attendant, les heures passaient, sinon rapides, du moins supportables. Faria, comme nous l'avons dit, sans avoir retrouvé l'usage de sa main et de son pied, avait reconquis toute la netteté de son intelligence, et avait peu à peu, outre les connaissances morales que nous avons détaillées, appris à son jeune compagnon ce métier patient et sublime du prisonnier, qui de rien sait faire quelque chose. Ils s'occupaient donc éternellement, Faria de peur de se voir vieillir, Dantès de peur de se rappeler son passé presque éteint, et qui ne flottait plus au plus profond de sa mémoire que comme une lumière lointaine égarée dans la nuit; tout allait ainsi, comme dans ces existences où le malheur n'a rien dérangé et qui s'écoulent machinales et calmes sous l'œil de la Providence.

Mais, sous ce calme superficiel, il y avait dans le cœur du jeune homme, et dans celui du vieillard peut-être, bien des élans retenus, bien des soupirs étouffés, qui se faisaient jour lorsque Faria était resté seul et qu'Edmond était rentré chez lui.

Une nuit, Edmond se réveilla en sursaut, croyant s'être entendu appeler.

Il ouvrit les yeux et essaya de percer les épaisseurs de l'obscurité.

Son nom, ou plutôt une voix plaintive qui essayait d'articuler son nom, arriva jusqu'à lui.

Il se leva sur son lit, la sueur de l'angoisse au front, et écouta. Plus de doute, la plainte venait du cachot de son compagnon.

«Grand Dieu! murmura Dantès; serait-ce...?»

Et il déplaça son lit, tira la pierre, s'élança dans le corridor et parvint à l'extrémité opposée; la dalle était levée.

À la lueur de cette lampe informe et vacillante dont nous avons parlé, Edmond vit le vieillard pâle, debout encore et se cramponnant au bois de son lit. Ses traits étaient bouleversés par ces horribles symptômes qu'il connaissait déjà et qui l'avaient tant épouvanté lorsqu'ils étaient apparus pour la première fois.

«Eh bien, mon ami dit Faria résigné, vous comprenez, n'est-ce pas? et je n'ai besoin de vous rien apprendre!»

Edmond poussa un cri douloureux, et perdant complètement la tête, il s'élança vers la porte en criant:

«Au secours! au secours!»

Faria eut encore la force de l'arrêter par le bras.

«Silence! dit-il, ou vous êtes perdu. Ne songeons plus qu'à vous mon ami, à vous rendre votre captivité supportable ou votre fuite possible. Il vous faudrait des années pour refaire seul tout ce que j'ai fait ici, et qui serait détruit à l'instant même par la connaissance que nos surveillants auraient de notre intelligence. D'ailleurs, soyez tranquille, mon ami, le cachot que je vais quitter ne restera pas longtemps vide: un autre malheureux viendra prendre ma place. À cet autre, vous apparaîtrez comme un ange sauveur. Celui-là sera peut-être jeune, fort et patient comme vous, celui-là pourra vous aider dans votre fuite, tandis que je l'empêchais. Vous n'aurez plus une moitié de cadavre liée à vous pour vous paralyser tous vos mouvements. Décidément, Dieu fait enfin quelque chose pour vous: il vous rend plus qu'il ne vous ôte, et il est bien temps que je meure.»

Edmond ne put que joindre les mains et s'écrier:

«Oh! mon ami, mon ami, taisez-vous!»

Puis reprenant sa force un instant ébranlée par ce coup imprévu et son courage plié par les paroles du vieillard:

«Oh! dit-il, je vous ai déjà sauvé une fois, je vous sauverai bien une seconde!»

Et il souleva le pied du lit et en tira le flacon encore au tiers plein de la liqueur rouge.

«Tenez, dit-il; il en reste encore, de ce breuvage sauveur. Vite, vite, dites-moi ce qu'il faut que je fasse cette fois; y a-til des instructions nouvelles? Parlez, mon ami, j'écoute.

—Il n'y a pas d'espoir, répondit Faria en secouant la tête; mais n'importe; Dieu veut que l'homme qu'il a créé, et dans le cœur duquel il a si profondément enraciné l'amour de la vie, fasse tout ce qu'il pourra pour conserver cette existence si pénible parfois, si chère toujours.

—Oh! oui, oui, s'écria Dantès, et je vous sauverai, vous dis-je!

—Eh bien, essayez donc! le froid me gagne; je sens le sang qui afflue à mon cerveau; cet horrible tremblement qui fait claquer mes dents et semble disjoindre mes os commence à secouer tout mon corps; dans cinq minutes le mal éclatera, dans un quart d'heure il ne restera plus de moi qu'un cadavre.

—Oh! s'écria Dantès le cœur navré de douleur.

—Vous ferez comme la première fois, seulement vous n'attendrez pas si longtemps. Tous les ressorts de la vie sont bien usés à cette heure, et la mort, continua-t-il en montrant son bras et sa jambe paralysés, n'aura plus que la moitié de la besogne à faire. Si après m'avoir versé douze gouttes dans la bouche, au lieu de dix, vous voyez que je ne reviens pas, alors vous verserez le reste. Maintenant, portez-moi sur mon lit, car je ne puis plus me tenir debout.»

Edmond prit le vieillard dans ses bras et le déposa sur le lit.

«Maintenant ami, dit Faria, seule consolation de ma vie misérable, vous que le ciel m'a donné un peu tard, mais enfin qu'il m'a donné, présent inappréciable et dont je le remercie; au moment de me séparer de vous pour jamais, je vous souhaite tout le bonheur, toute la prospérité que vous méritez: mon fils je vous bénis!»

Le jeune homme se jeta à genoux, appuyant sa tête contre le lit du vieillard.

«Mais surtout, écoutez bien ce que je vous dis à ce moment suprême: le trésor des Spada existe; Dieu permet qu'il n'y ait plus pour moi ni distance ni obstacle. Je le vois au fond de la seconde grotte; mes yeux percent les profondeurs de la terre et sont éblouis de tant de richesses. Si vous parvenez à fuir, rappelez-vous que le pauvre abbé que tout le monde croyait fou ne l'était pas. Courez à Monte-Cristo, profitez de notre fortune, profitez-en, vous avez assez souffert.»

Une secousse violente interrompit le vieillard; Dantès releva la tête, il vit les yeux qui s'injectaient de rouge: on eût dit qu'une vague de sang venait de monter de sa poitrine à son front.

«Adieu! adieu! murmura le vieillard en pressant convulsivement la main du jeune homme, adieu!

—Oh! pas encore, pas encore! s'écria celui-ci; ne nous abandonnez pas, ô mon Dieu! secourez-le... à l'aide... à moi....

—Silence! silence! murmura le moribond, qu'on ne nous sépare pas si vous me sauvez!

—Vous avez raison. Oh! oui, oui, soyez tranquille, je vous sauverai! D'ailleurs, quoique vous souffriez beaucoup, vous paraissez souffrir moins que la première fois.

—Oh! détrompez-vous! je souffre moins, parce qu'il y a en moi moins de force pour souffrir. À votre âge on a foi dans la vie, c'est le privilège de la jeunesse de croire et d'espérer, mais les vieillards voient plus clairement la mort. Oh! la voilà... elle vient... c'est fini... ma vue se perd... ma raison s'enfuit.... Votre main, Dantès!... adieu!... adieu!»

Et se relevant par un dernier effort dans lequel il rassembla toutes ses facultés.

«Monte-Cristo! dit-il, n'oubliez pas Monte-Cristo!»

Et il retomba sur son lit. La crise fut terrible: des membres tordus, des paupières gonflées, une écume sanglante, un corps sans mouvement, voilà ce qui resta sur ce lit de douleur à la place de l'être intelligent qui s'y était couché un instant auparavant.

Dantès prit la lampe, la posa au chevet du lit sur une pierre qui faisait saillie et d'où sa lueur tremblante éclairait d'un reflet étrange et fantastique ce visage décomposé et ce corps inerte et raidi.

Les yeux fixés, il attendit intrépidement le moment d'administrer le remède sauveur.

Lorsqu'il crut le moment arrivé, il prit le couteau, desserra les dents, qui offrirent moins de résistance que la première fois, compta l'une après l'autre dix gouttes et attendit; la fiole contenait le double encore à peu près de ce qu'il avait versé.

Il attendit dix minutes, un quart d'heure, une demi-heure, rien ne bougea. Tremblant, les cheveux roidis, le front glacé de sueur, il comptait les secondes par les battements de son cœur.

Alors il pensa qu'il était temps d'essayer la dernière épreuve: il approcha la fiole des lèvres violettes de Faria, et, sans avoir besoin de desserrer les mâchoires restées ouvertes, il versa toute la liqueur qu'elle contenait.

Le remède produisit un effet galvanique, un violent tremblement secoua les membres du vieillard, ses yeux se rouvrirent effrayants à voir, il poussa un soupir qui ressemblait à un cri, puis tout ce corps frissonnant rentra peu à peu dans son immobilité.

Les yeux seuls restèrent ouverts.

Une demi-heure, une heure, une heure et demie s'écoulèrent. Pendant cette heure et demie d'angoisse, Edmond, penché sur son ami, la main appliquée à son cœur, sentit successivement ce corps se refroidir et ce cœur éteindre son battement de plus en plus sourd et profond.

Enfin rien ne survécut; le dernier frémissement du cœur cessa, la face devint livide, les yeux restèrent ouverts, mais le regard se ternit.

Il était six heures du matin, le jour commençait à paraître, et son rayon blafard, envahissant le cachot, faisait pâlir la lumière mourante de la lampe. Des reflets étranges passaient sur le visage du cadavre, lui donnant de temps en temps des apparences de vie. Tant que dura cette lutte du jour et de la nuit, Dantès put douter encore; mais dès que le jour eut vaincu, il comprit qu'il était seul avec un cadavre.

Alors une terreur profonde et invincible s'empara de lui; il n'osa plus presser cette main qui pendait hors du lit, il n'osa plus arrêter ses yeux sur ces yeux fixes et blancs qu'il essaya plusieurs fois mais inutilement de fermer, et qui se rouvraient toujours. Il éteignit la lampe, la cacha soigneusement et s'enfuit, replaçant de son mieux la dalle au-dessus de sa tête.

D'ailleurs, il était temps, le geôlier allait venir.

Cette fois, il commença sa visite par Dantès; en sortant de son cachot, il allait passer dans celui de Faria, auquel il portait à déjeuner et du linge.

Rien d'ailleurs n'indiquait chez cet homme qu'il eût connaissance de l'accident arrivé. Il sortit.

Dantès fut alors pris d'une indicible impatience de savoir ce qui allait se passer dans le cachot de son malheureux ami; il rentra donc dans la galerie souterraine et arriva à temps pour entendre les exclamations du porte-clefs, qui appelait à l'aide.

Bientôt les autres porte-clefs entrèrent; puis on entendit ce pas lourd et régulier habituel aux soldats, même hors de leur service. Derrière les soldats arriva le gouverneur.

Edmond entendit le bruit du lit sur lequel on agitait le cadavre; il entendit la voix du gouverneur, qui ordonnait de lui jeter de l'eau au visage, et qui voyant que, malgré cette immersion, le prisonnier ne revenait pas, envoya chercher le médecin.

Le gouverneur sortit; et quelques paroles de compassion parvinrent aux oreilles de Dantès, mêlées à des rires de moquerie.

«Allons, allons, disait l'un, le fou a été rejoindre ses trésors, bon voyage!

—Il n'aura pas, avec tous ses millions, de quoi payer son linceul, disait l'autre.

—Oh! reprit une troisième voix, les linceuls du château d'If ne coûtent pas cher.

—Peut-être, dit un des premiers interlocuteurs, comme c'est un homme d'Église, on fera quelques frais en sa faveur.

—Alors il aura les honneurs du sac.»

Edmond écoutait, ne perdait pas une parole, mais ne comprenait pas grand-chose à tout cela. Bientôt les voix s'éteignirent, et il lui sembla que les assistants quittaient la chambre. Cependant il n'osa y rentrer: on pouvait avoir laissé quelque porte-clefs pour garder le mort.

Il resta donc muet, immobile et retenant sa respiration.

Au bout d'une heure, à peu près, le silence s'anima d'un faible bruit, qui alla croissant.

C'était le gouverneur qui revenait, suivi du médecin et de plusieurs officiers.

Il se fit un moment de silence: il était évident que le médecin s'approchait du lit et examinait le cadavre.

Bientôt les questions commencèrent.

Le médecin analysa le mal auquel le prisonnier avait succombé et déclara qu'il était mort.

Questions et réponses se faisaient avec une nonchalance qui indignait Dantès; il lui semblait que tout le monde devait ressentir pour le pauvre abbé une partie de l'affection qu'il lui portait.

«Je suis fâché de ce que vous m'annoncez là, dit le gouverneur, répondant à cette certitude manifestée par le médecin que le vieillard était bien réellement mort; c'était un prisonnier doux, inoffensif, réjouissant avec sa folie et surtout facile à surveiller.

—Oh! reprit le porte-clefs, on aurait pu ne pas le surveiller du tout, il serait bien resté cinquante ans ici, j'en réponds, celui-là, sans essayer de faire une seule tentative d'évasion.

—Cependant, reprit le gouverneur, je crois qu'il serait urgent, malgré votre conviction, non pas que je doute de votre science, mais pour ma propre responsabilité, de nous assurer si le prisonnier est bien réellement mort.

Il se fit un instant de silence absolu pendant lequel Dantès, toujours aux écoutes, estima que le médecin examinait et palpait une seconde fois le cadavre.

«Vous pouvez être tranquille, dit alors le médecin, il est mort, c'est moi qui vous en réponds.

—Vous savez, monsieur, reprit le gouverneur en insistant, que nous ne nous contentons pas, dans les cas pareils à celui-ci, d'un simple examen; malgré toutes les apparences, veuillez donc achever la besogne en remplissant les formalités prescrites par la loi.

—Que l'on fasse chauffer les fers, dit le médecin; mais en vérité, c'est une précaution bien inutile.»

Cet ordre de chauffer les fers fit frissonner Dantès.

On entendit des pas empressés, le grincement de la porte, quelques allées et venues intérieures, et, quelques instants après, un guichetier rentra en disant:

«Voici le brasier avec un fer.»

Il se fit alors un silence d'un instant, puis on entendit le frémissement des chairs qui brûlaient, et dont l'odeur épaisse et nauséabonde perça le mur même derrière lequel Dantès écoutait avec horreur. À cette odeur de chair humaine carbonisée, la sueur jaillit du front du jeune homme et il crut qu'il allait s'évanouir.

«Vous voyez, monsieur, qu'il est bien mort, dit le médecin; cette brûlure au talon est décisive: le pauvre fou est guéri de sa folie et délivré de sa captivité.

—Ne s'appelait-il pas Faria? demanda un des officiers qui accompagnaient le gouverneur.

—Oui, monsieur, et, à ce qu'il prétendait, c'était un vieux nom; d'ailleurs, il était fort savant et assez raisonnable même sur tous les points qui ne touchaient pas à son trésor; mais sur celui-là, il faut l'avouer, il était intraitable.

—C'est l'affection que nous appelons la monomanie, dit le médecin.

—Vous n'aviez jamais eu à vous plaindre de lui? demanda le gouverneur au geôlier chargé d'apporter les vivres de l'abbé.

—Jamais, monsieur le gouverneur, répondit le geôlier, jamais, au grand jamais! au contraire: autrefois même il m'amusait fort en me racontant des histoires; un jour que ma femme était malade il m'a même donné une recette qui l'a guérie.

—Ah! ah! fit le médecin, j'ignorais que j'eusse affaire à un collègue; j'espère, monsieur le gouverneur, ajouta-t-il en riant, que vous le traiterez en conséquence.

—Oui, oui, soyez tranquille, il sera décemment enseveli dans le sac le plus neuf qu'on pourra trouver; êtes-vous content?

—Devons-nous accomplir cette dernière formalité devant vous, monsieur? demanda un guichetier.

—Sans doute, mais qu'on se hâte, je ne puis rester dans cette chambre toute la journée.»

De nouvelles allées et venues se firent entendre; un instant après, un bruit de toile froissée parvint aux oreilles de Dantès, le lit cria sur ses ressorts, un pas alourdi comme celui d'un homme qui soulève un fardeau s'appesantit sur la dalle, puis le lit cria de nouveau sous le poids qu'on lui rendait.

«À ce soir, dit le gouverneur.

—Y aura-t-il une messe? demanda un des officiers.

—Impossible, répondit le gouverneur; le chapelain du château est venue me demander hier un congé pour faire un petit voyage de huit jours à Hyères, je lui ai répondu de tous mes prisonniers pendant tout ce temps-là; le pauvre abbé n'avait qu'à ne pas tant se presser, et il aurait eu son requiem.

—Bah! bah! Hyères dit le médecin avec l'impiété familière aux gens de sa profession, il est homme d'Église: Dieu aura égard à l'état, et ne donnera pas à l'enfer le méchant plaisir de lui envoyer un prêtre.»

Un éclat de rire suivit cette mauvaise plaisanterie. Pendant ce temps, l'opération de l'ensevelissement se poursuivait.

«À ce soir! dit le gouverneur lorsqu'elle fut finie.

—À quelle heure? demanda le guichetier.

—Mais vers dix ou onze heures.

—Veillera-t-on le mort?

—Pour quoi faire? On fermera le cachot comme s'il était vivant, voilà tout.»

Alors les pas s'éloignèrent, les voix allèrent s'affaiblissant, le bruit de la porte avec sa serrure criarde et ses verrous grinçants se fit entendre, un silence plus morne que celui de la solitude, le silence de la mort, envahit tout, jusqu'à l'âme glacée du jeune homme.

Alors il souleva lentement la dalle avec sa tête, et jeta un regard investigateur dans la chambre. La chambre était vide: Dantès sortit de la galerie.

 

第十九章 第三次发病

长久以来,神甫一直在沉思默想这个宝藏,现在,他终于能用它来保证他爱如己子的唐太斯的未来的幸福了。于是,在法利亚的眼中无形中宝藏的价值增加了一倍,他每天絮絮叨叨谈论它的数目,向唐太斯解释,在当个这个时代,一个人拥有了一千三百万或一千四百万的财富,能如何如何地为他的朋友造福。可是唐太斯的脸却阴沉起来,因为他脑海中复仇的誓言又出现了,他也想到,在当今这个时代,一个人拥有了一千三百万或一千四百万财富,能给他的仇人带去多大的灾难。

神甫不知道基督山岛在什么地方,但唐太斯却知道,而且常常经过那个地方,甚至还曾上去过一次,它离皮亚诺扎只有二十五哩,在科西嘉岛和厄尔巴岛之间。这个岛以前一向是,而且现在也还是荒无人烟的地方。它像是一块圆椎形的大岩石,似乎是某次海底火山爆发把它推到海面上来的。唐太斯把那个岛画了一张地图给法利亚看,法利亚则指导唐太斯应该用什么办法去找到那宝藏。不过唐太斯却远没有老人那样热情和有信心。不错,法利亚确实不是一个疯子,他的发现让人以为他疯了,可是发现这个秘密的艰苦经过更增加了唐太斯对他的敬仰。同时,即使那笔宝藏的确存在,他也不能相信现在它是否依旧还存在着,虽然他认为那宝藏决不是想象出来的东西,可是他相信它已不在那儿了。

即使他相信那宝藏还在那儿,但命运仿佛有意要剥夺这两个囚徒的最后的一些希望似的,象是要让他们懂得他们已命中注定要一辈子坐牢似的,一次新的灾难又降临到了他们头上。靠海的那条走廊,早已有坍陷的危险,近来又重新加固起来。他们用许多大石头填没了唐太斯已经填过了一半的洞。

要是没有采取神甫建议过的这一预防措施,他们就会遇到更大的不幸,因为他们逃走的企图一旦被发现,他们俩肯定被隔离开的。现在,他们被关在一道新的一更坚固的牢门里面了。

“你看,”年轻人带着一种悲哀的、听天由命的口气对法利亚说,“你说我肯为你牺牲,但上帝认为这种赞誉我是不应该接受的。我答应过永远和你在一起,现在即使我想违背我的诺言,事实也不允许了。我和你一样得不到那宝藏了,我们俩谁也出不了这个监狱。但我真正的财富并不是那个,我的朋友,并不是在基督山岛阴森的岩石底下等待着我的那些东西,而是和你会面,虽然有狱卒,我们每天仍可以共同度过五六个钟头。是你那些智慧之光启发了我的头脑,你的话已深深根植在我的记忆里,会在那儿成长,开花,结果的。你教给了我各门科学知识,你对它们有着深刻的认识,所以才能把它们变得明白易懂,使我很容易便掌握了它们,这才是我的财富,我敬爱的朋友,就凭这一切,你已经使我富足和幸福了。相信我吧,请放心吧!对我来说,这比成吨的黄金和成箱的钻石更加珍贵,即使那些黄金和钻石确实存在,不象我们在早晨看到深浮在海面上的,以为是陆地,而向它渐渐走近的时候就消失了的海市蜃楼。可能长时间地与你呆在一起,倾听你那雄辩的声音来丰富我的头脑,振作我的精神,使我的身心能在一旦获得自由的时候经受得住可怕的打击,它们丰富了我的心灵,使快要向绝望让步的我,自从认识了你以后,不再伤心绝望,这些才是我的财富,真正属于我的财富。这一切都是你赐给我的。世上所有的帝王,即使是凯撒•布琪亚,也休想从我这儿把它们夺走的。”

于是,这两个不幸的人往后的日子,虽然说不上幸福的日子,但也一天天地过得很快。法利亚对那宝藏以前多年来一直保守着秘密,现在却不断地谈到它。果然不出他所料,他的右臂和右腿依旧麻痹不能动,他自己已放弃了享受那宝藏的任何希望。然而他仍不断地在为他的年轻伙伴考虑逃走的办法。

他怕那张遗嘱说不定哪天会失落或失窃,所以强迫唐太斯把它熟记在心里,使他能逐字背出来。然后他把另一半毁掉了,以保证即使前一半被人弄了去也没有人能够猜透其中的真意。有时候,法利亚以整小时地整个小时指教唐太斯,指教他在得到自由以后该如何如何。如果一旦获得自由,从获得自由的那一天、一时、一刻起,他应该只有一个念头,就是想方设法到基督山岛去。并找一个不会引起怀疑的借口独自留在那儿。

一到了那,就得努力去找到那神奇的洞窟,在指定的地点去挖,读者还记得,那指定的地点就是在第二个洞口最深的一个角落里。

在这期间,时间的消逝虽说不上很快,但至少不致于令人难以忍受。我们已经说过,法利亚身体一侧的手脚虽不能恢复活动了,但他的头脑仍然很清醒,理解力也已全部恢复,除了我们已详述过的那种为人处世的种种教诲以外,他还逐渐地教导他的年轻伙伴,教他应该做一个耐心和高尚的犯人,怎样懂得从无所事事找些事来做。因此他俩永远是有事可做的,法利亚借此来忘却他自己的逐渐衰老;唐太斯则借此避免去回忆那以前曾一度几乎熄灭,而现在却象夜里漂荡在远处的一盏明灯那样浮动在他记忆里的往事。日子就这样平平静静地过去了,再也没有新的灾难降临,在上帝的庇护之下,时光机械地、宁静地流逝了。

在那年轻人的心里,或许也那老人的心里,在这种表面的宁静之下,隐藏着许多被压抑了的愿望,和被窒息住了的叹息。每当法利亚独自一个人时,当爱德蒙回到他自己的牢房里时,它们就都表露出来。有一天晚上,爱德蒙突然醒来,他好象听到有人在呼唤他。他睁开眼睛,尽力在黑暗中张望。他听到有人在喊他的名字,或者确切地说,是一种费力地呼喊他名字的呻吟声。“天哪!”爱德蒙自言自语地说,“难道真的发生了?”

他迅速移开他的床,搬起那块石头,钻入了地道,爬到那一端,那秘密洞口已经打开。我们提到过的那可怜的摇曳的灯光下,唐太斯看到神甫脸色苍白地抓住了床架。他的脸上可拍地抽搐着,唐太斯熟悉这可怕的证状,当他第一次看到的时候,曾非常惊惶。

“唉,我的朋友,”法利亚用一种听天由命的口吻说道,“你知道是怎么回事,对吧?我不必再向你解释什么了。”

爱德蒙痛苦地惨叫了一声,他失去了理智,冲到门口,大喊起来,“救命!救命!”法利亚用最后一点力气阻止了他。

“别出声!”他说,“不然你就完了。现在指望你自己吧,使你的狱中生活过得好一点,使自己还可以逃走。我在这里所做的一切你得花几年功夫才能完成,假如狱卒知道我们互相有来往,一切就都完了。放心吧,我亲爱的爱德蒙,我就要离开的这间牢房,是不会长期空着的,另一个受难人不久就会来接替我的位置的,他将把你看作是一个拯救天使。也许他也同样年轻,强壮,能吃苦耐劳,就象你一样,他可以帮助你一起逃,而我却只能妨碍你。你不再会有一个半死的身体绑在你的身上,使你动弹不得。上帝终于为你做了件好事,把你被剥夺的一切加倍偿还了你,现在是我该死的时候了。”

爱德蒙只能紧握着他的手大声说道,“噢,我的朋友!我的朋友!别这么说!”因为他的脑子被这一下打击给搞昏了,他的勇气也在听了神甫的这些话以后消失了。过了一会儿,他又振作起一点来说道,“噢,我救活过你一次,我还可以再救你一次!”于是他拆开床脚,取出了那只瓶子,瓶子里还有一点红色药水。

“看!”他说道,“这种救命药水还有一点呢。快,快!快告诉我这一次该怎么办,有没有什么新的办法?说呀,我的朋友,我听着呢。”

“没有希望了,”法利亚摇摇头说道,“不过也没什么。上帝在人的心里根深蒂固地种下了对生命的爱,不论生活是多么痛苦,总还是让人觉得它是可爱的,上帝既然这样创造了人,他总会尽力使他存在的。”

“噢,是的,是的!”唐太斯说道,“我已经说过了,我会再救活你的!”

“好呢,那就试试看吧。我已经觉得愈来愈冷了。我觉得血在向我的脑子里流。我颤抖得厉害,牙齿直在打战,我的骨头快要散架子了,这病五分钟之内就会达到最高点,一刻钟之内,我就会变成一具僵尸了。”

“啊!”唐太斯喊道,心里感到一阵绞痛。

“你还是照上一次那样做,不过不要等那么久。我生命的源泉现在已经枯竭了,而死神要做的事”他望着他那麻痹了的手臂和腿继续说道“只剩一半啦。这一次要给我往嘴里倒十二滴,不是十滴,假如你看我还不醒过来,就把其余的都倒到我的喉咙里。现在,你把我抱到床上去因为我已经支持不住啦。”

爱德蒙把神甫抱起来,放到了床上。

“现在,朋友,”法利亚说,“你是我悲惨的生活中唯一的安慰呀,你是上天赐给我的一个无价之宝,虽说迟了一点,却依旧还是把你给了我。为了这,我衷心地感谢上帝,我要永远地和你分离了,我希望你获得你该得到的一切幸福,希望你万事如意。我的孩子,我为你祝福!”

年轻人跪了下来,把头伏在神甫的床边。

“现在,听我在临终时说几句话。斯帐达的宝藏的确存在。

承蒙上帝的仁慈,对于我,现在已不再有所距离或障碍了。我看到了那洞窟的深处。我的眼睛穿透了最深厚的地层,这么多财宝简直耀得我眼睛都花啦。如果你真能逃出去要记住那位可怜的神甫,全世界的人都说他疯了,但他并没有疯。赶快到基督山岛去,去享用那宝藏吧,因为你受的苦难实在够多的了。”

一阵剧烈的颤动打断了神甫的话。唐太斯抬起头,看到法利亚的眼睛已充满了血,似乎大量的血已从脑腔里涌到了他的脸部。

“永别了!永别了!”神甫痉挛地紧紧抓住爱德蒙的手,低声地说,“永别了!”

“噢,不,不!”他大声叫道,“别抛下我!噢,快来救救他呀!救命呀!救命呀!”

“嘘!嘘!”垂死的人低声说道,“假如你能救活我,我们就不会分离了!”

“你说得对。噢,是的,是的!相信我吧,我一定会把你救活的!而且,虽然你很难受,但看来你没有上次那样严重。”

“你错了!我所以不那么难受,是因为我已经没有力气来忍受了。在你这个年纪,对生活是充满信心的。自信和希望是年轻人的特权,但老年人对死看得比较清楚。噢!它来了!来了来了我看不见了我的理智消失了!你的手呢,唐太斯!永别了永别了!”他集中起所有的力量,作了最后的一次挣扎抬起身来,说道,“基督山!别忘了基督山!”说完他倒在了床上。这一次发作十分厉害。神甫的四肢僵直,眼皮肿胀,口吐带血的白沫,身子一动不动,在这张痛苦的床上,再看不到刚刚还躺在那里的那位智者了。

唐太斯拿起那盏灯,把它放在床边一块凸出的石头上,颤动的火苗把它那异样而古怪的光倾泻到了那张变了形的脸上和那僵硬的身体上。他眼睛一眨不眨地等待着那施用救命药水的时机的到来。

当他确信那时刻已经到了的时候,便拿起小刀去撬开牙齿,这一次牙齿没象上次那样咬得紧,他一滴一滴地数着,直数到十二滴,然后等着。瓶子里大概还有两倍于滴下去的数量。他等了十分钟,一刻钟,半小时,一点动静都没有。他浑身发抖,毛发直竖,额头上凝着冷汗,他用自己的心跳来计算时间。然后他想到作最后一次努力的时间到了,他把瓶子放到法利亚那紫色的嘴唇上,这一次不必再去撬牙关,因为它还是开着的,他把全部药水都倒进了他的喉咙。

药水产生了一种象电击的效应。神甫的四肢开始剧烈地抖动。他的眼睛渐渐地瞪大,令人害怕。他发出一声象尖叫似的叹息,然后颤动的全身又渐归于死寂,眼睛依旧睁得大大的。

半个小时,一个小时,一个半小时过去了。这时,悲痛万分的爱德蒙斜靠在他朋友的身上,把手按在他的心脏上,觉得那身体正在逐渐变冷,心脏的跳动也愈来愈弱,终于完全停止了。心脏最后的跳动一停止,脸色就变得铁青,眼睛仍然睁着,但目光无神。此时是早晨六点钟,天刚刚亮,微弱的晨曦穿入黑牢,使那将熄的灯光显得更加苍白,异样的反光映射在死者的脸上,使人看上去还有点生气。在这日夜交接的时刻,唐太斯还曾有一线希望,但一到白天到来的时候,他明白了,现在只有自己和一具尸体在一起了。于是,一种无法克服的极端的恐怖摄住了他,他不敢再去握那悬在床外的手;不敢再去看那对一眨不眨的,茫然的眼睛,他曾多次想使它合上,但没有用,它仍然张开着。他吹灭了灯,小心地把它藏了起来,然后他钻进了地道,尽可能地把他进入秘密地道的那块大石头盖好。

真是千钧一发,因为狱卒正好过来了。这一次,他先到了唐太斯的地牢,离开唐太斯以后,就向法利亚的牢房走去,他手里端着早餐和一件衬衣。显然那个人还不知道已经发生了什么事。他径自走去。

唐太斯的心里突然产生了一种难以形容的焦急情绪,他迫切想知道他那不幸的朋友的牢房里,发生的事。于是他又钻进地道里,当他到达那一端的时候,恰巧听到那狱卒在连声惊喊,叫人来帮忙。不一会儿,几个狱卒来了,接着又听到种均匀的脚步声,一听便知是来了士兵,他们即使不在值班的时候也是习惯地这样走路的。在他们的后面来了监狱长。

爱德蒙听到床上发出吱吱格格的声音,知道他们在搬动那尸体,然后又听到了监狱长的声音,他叫人往犯人脸上洒水,看到这种办法无法使犯人苏醒时,就派人去请医生。然后监狱长走了,唐太斯的耳朵里传进了几句怜悯的话,还夹杂着残酷的哄笑。

“行啦,行啦!”有一个人喊道,“这疯子去找他的宝藏去啦。祝他一路顺风!”

“他虽有百万,却买不起一条裹尸布!”另一个说道。

“噢!”第三个接上一句,“伊夫堡的裹尸布可并不贵!”

“或许,”先前那个人说道,“因为他是一位神甫,他们说不定会为他多费一点。”

“他们或许会赐他一条布袋。”

爱德蒙一个字都不漏地听着,可是其中有些话却听不大懂。说话声不久就停止了,那些人似乎都已离开了地牢。但他仍然不敢进去说不定他们会留下一个狱卒看守尸体。所以他仍然一声不响,一动不动地呆着,甚至屏住了呼吸。一小时以后,他听到一阵轻微的声音,渐渐地愈来愈响。这是监狱长带着医生和随从回来了。房间里沉寂了片刻,显然是医生在检查那尸体。不久,问话就开始了。

医生分析了犯人所得的病症,宣布他已经死了。接着就传来了一番漠不关心的问话和答话,唐太斯听了非常气愤,因为他觉得全世界都应该象他那样怜爱那位可怜的神甫。

“我听了您的话觉得非常遗憾。”在医生断言那老人真的死了以后,监狱长说道,“他是一个性情温和,安份守己,傻里傻气自寻开心的犯人,简直用不着看守他。”

狱卒接着说:“完全不用看守,我敢说,他在这儿住上五十年也不会逃走的。”

“不过,”监狱长又说道,“我虽说您有把握,但还是再确定一下吧。这倒并非因为我怀疑您的医道,而是出于我们的责任,我们应该对犯人的死亡十分确定才行。”

房间里又鸦雀无声地沉默了一会儿,唐太斯一直在偷听着,他推测医生正在第二次检查尸体。

“您放心好了,”医生说道,“他确实死了。这一点我敢担保。”

“您知道,先生,”监狱长坚持说,“这种事,我们是不能单凭检验就可以满足的。不论外表看上去怎样,还是请您按法律规定的手续办理,来了结这件事吧。”

“那么,去把烙铁烧烧拿来,”医生说道,“不过这样做实在没有必要。”

这个烧烙铁的命令使唐太斯打了一个寒噤。他听到了匆忙的脚步声,门的格格声,人们的来来去去的走动声。过了几分钟,一个狱卒进来说;“火盆和烙铁拿来了。”

房间里静默了片刻,接着听到了烙肉的丝丝声,那种令人作呕的怪味甚至穿透了墙壁,传到了正惊恐地偷听着的唐太斯的鼻孔里。一闻到这种人肉被烧焦的气味,年轻人的额头便冒出了冷汗他觉得自己快要昏过去了。

“您看,先生,他真的死了,”医生说道,“烧脚跟是最厉害的。这个可怜的疯子这一来倒把他的疯病治好了,他从监狱生活里解脱出来啦。”

“他的名字不是叫法利亚吗?”一个陪监狱长同来的官员问道。

“是的,先生。照他自己的说法,这是一个世家的姓氏。他很博学,只要不涉及他的宝藏,也还明辩事理,但一提到宝藏,他就固执得要命。”

“这种病我们叫做偏执狂。”医生说道。

“你没有听到他抱怨什么吗?”监狱长对那负责看管神甫的狱卒问道。

“从来没有,先生。”狱卒回答道,“是从来没有的事,相反的,他有时还讲故事给我听,有趣极了。有一天,我老婆病了,他给我开了一张药方,果然把她治好了。”

“哦,哦!”医生说道,“我还不知道这儿又增加一位与我竞争的同行呢,我希望监狱长先生,您尽可能妥善地给他办理后事。”

“是的,是的,您放心吧。我们尽力找一只最新的布袋来装他。您满意了吧?”

“当然罗。但要快!我可不能整天呆在这儿。”于是又响起了人们进进出出地脚步声。一会儿之后,一阵揉蹭麻布的声音传到了唐太斯的耳朵里,床在格吱格吱地作响,地上响起一个人举起一样重物的脚步声,然后床又受压咯吱地响了一声。

“就在今天晚上吧。”监狱长说道。

“要做弥撒吗?”随从中有人问道。

“不可能了,”监狱长答道,“监狱里的神父昨天向我请了假,要到耶尔去旅行一周。我告诉他,在他离职期间,我会照顾犯人的。要是这可怜的神甫不是走得这么匆忙,他是可以听到安魂曲的。”

“唔,唔!”医生说道,干他这一行的人大多是不信鬼神的,“他本来就是神父。上帝会考虑他这种情况,不会派一个教士来给他送葬,和他开这么一个鬼玩笑的。”这个残酷的玩笑引起了一阵哄堂大笑。这时,把尸体装进麻袋的工作仍在继续着。

“就在今天晚上。”监狱长在工作完成了的时候说道。

“几点钟?”一个狱卒问道。

“十点或十一点吧。”

“要我们看守尸体吗?”

“何必呢?只要把牢门关上,就算他还活着就得了。”

于是脚步声走远了,声音渐渐变校门链格格地响了一阵,接着是上锁的声音,然后就没有声音了,接下来是一片比任何孤独的环境里更萧肃的寂静,死的寂静,它渗透了一切,甚至渗透了那年轻人的冰冷了的灵魂。他小心翼翼地用头顶起那块大石头,谨慎地环顾室内。室内空无一人。唐太斯一跃钻出了地道。




XX Le cimetière du château d'If.

Sur le lit, couché dans le sens de la longueur, et faiblement éclairé par un jour brumeux qui pénétrait à travers la fenêtre, on voyait un sac de toile grossière, sous les larges plis duquel se dessinait confusément une forme longue et raide: c'était le dernier linceul de Faria, ce linceul qui, au dire des guichetiers, coûtait si peu cher. Ainsi, tout était fini. Une séparation matérielle existait déjà entre Dantès et son vieil ami, il ne pouvait plus voir ses yeux qui étaient restés ouverts comme pour regarder au-delà de la mort, il ne pouvait plus serrer cette main industrieuse qui avait soulevé pour lui le voile qui couvrait les choses cachées. Faria, l'utile, le bon compagnon auquel il s'était habitué avec tant de force, n'existait plus que dans son souvenir. Alors il s'assit au chevet de ce lit terrible, et se plongea dans une sombre et amère mélancolie.

Seul! il était redevenu seul! il était retombé dans le silence, il se retrouvait en face du néant!

Seul, plus même la vue, plus même la voix du seul être humain qui l'attachait encore à la terre! Ne valait-il pas mieux comme Faria, s'en aller demander à Dieu l'énigme de la vie, au risque de passer par la porte lugubre des souffrances!

L'idée du suicide, chassée par son ami, écartée par sa présence, revint alors se dresser comme un fantôme près du cadavre de Faria.

«Si je pouvais mourir, dit-il, j'irais où il va, et je le retrouverais certainement. Mais comment mourir? C'est bien facile, ajouta-t-il en riant; je vais rester ici, je me jetterai sur le premier qui va entrer, je l'étranglerai et l'on me guillotinera.»

Mais, comme il arrive que, dans les grandes douleurs comme dans les grandes tempêtes, l'abîme se trouve entre deux cimes de flots, Dantès recula à l'idée de cette mort infamante, et passa précipitamment de ce désespoir à une soif ardente de vie et de liberté.

«Mourir! oh! non, s'écria-t-il, ce n'est pas la peine d'avoir tant vécu, d'avoir tant souffert, pour mourir maintenant! Mourir, c'était bon quand j'en avais pris la résolution, autrefois, il y a des années; mais maintenant ce serait véritablement trop aider à ma misérable destinée. Non, je veux vivre, je veux lutter jusqu'au bout; non, je veux reconquérir ce bonheur qu'on m'a enlevé! Avant que je meure, j'oubliais que j'ai mes bourreaux à punir, et peut-être bien aussi, qui sait? quelques amis à récompenser. Mais à présent on va m'oublier ici, et je ne sortirai de mon cachot que comme Faria.»

Mais à cette parole, Edmond resta immobile, les yeux fixes comme un homme frappé d'une idée subite, mais que cette idée épouvante; tout à coup il se leva, porta la main à son front comme s'il avait le vertige, fit deux ou trois tours dans la chambre et revint s'arrêter devant le lit....

«Oh! oh! murmura-t-il, qui m'envoie cette pensée? est-ce vous, mon Dieu? Puisqu'il n'y a que les morts qui sortent librement d'ici, prenons la place des morts.»

Et sans perdre le temps de revenir sur cette décision, comme pour ne pas donner à la pensée le terne de détruire cette résolution désespérée, il se pencha vers le sac hideux, l'ouvrit avec le couteau que Faria avait fait, retira le cadavre du sac, l'emporta chez lui, le coucha dans son lit, le coiffa du lambeau de linge dont il avait l'habitude de se coiffer lui-même, couvrit de sa couverture, baisa une dernière fois ce front glacé, essaya de refermer ces yeux rebelles, qui continuaient de rester ouverts, effrayants par l'absence de la pensée, tourna la tête le long du mur afin que le geôlier, en apportant son repas du soir, crût qu'il était couché, comme c'était souvent son habitude, rentra dans la galerie, tira le lit contre la muraille, rentra dans l'autre chambre, prit dans l'armoire l'aiguille, le fil, jeta ses haillons pour qu'on sentît bien sous la toile les chairs nues, se glissa dans le sac éventré, se plaça dans la situation où était le cadavre, et referma la couture en dedans.

On aurait pu entendre battre son cœur si par malheur on fût entré en ce moment.

Dantès aurait bien pu attendre après la visite du soir, mais il avait peur que d'ici là le gouverneur ne changeât de résolution et qu'on n'enlevât le cadavre.

Alors sa dernière espérance était perdue.

En tout cas, maintenant son plan était arrêté.

Voici ce qu'il comptait faire.

Si pendant le trajet les fossoyeurs reconnaissaient qu'ils portaient un vivant au lieu de porter un mort, Dantès ne leur donnait pas le temps de se reconnaître; d'un vigoureux coup de couteau il ouvrait le sac depuis le haut jusqu'en bas, profitait de leur terreur et s'échappait; s'ils voulaient l'arrêter, il jouait du couteau.

S'ils le conduisaient jusqu'au cimetière et le déposaient dans une fosse, il se laissait couvrir de terre; puis, comme c'était la nuit, à peine les fossoyeurs avaient-ils le dos tourné, qu'il s'ouvrait un passage à travers la terre molle et s'enfuyait: il espérait que le poids ne serait pas trop grand pour qu'il pût le soulever.

S'il se trompait, si au contraire la terre était trop pesante, il mourait étouffé, et, tant mieux! tout était fini.

Dantès n'avait pas mangé depuis la veille, mais il n'avait pas songé à la faim le matin, et il n'y songeait pas encore. Sa position était trop précaire pour lui laisser le temps d'arrêter sa pensée sur aucune autre idée.

Le premier danger que courait Dantès, c'était que le geôlier, en lui apportant son souper de sept heures, s'aperçût de la substitution opérée; heureusement, vingt fois, soit par misanthropie, soit par fatigue, Dantès avait reçu le geôlier couché; et dans ce cas, d'ordinaire, cet homme déposait son pain et sa soupe sur la table et se retirait sans lui parler.

Mais, cette fois, le geôlier pouvait déroger à ses habitudes de mutisme, parler à Dantès, et voyant que Dantès ne lui répondait point, s'approcher du lit et tout découvrir.

Lorsque sept heures du soir approchèrent, les angoisses de Dantès commencèrent véritablement. Sa main, appuyée sur son cœur, essuyait d'en comprimer les battements, tandis que de l'autre il essuyait la sueur de son front qui ruisselait le long de ses tempes. De temps en temps des frissons lui couraient par tout le corps et lui serraient le cœur comme dans un étau glacé. Alors, il croyait qu'il allait mourir. Les heures s'écoulèrent sans amener aucun mouvement dans le château, et Dantès comprit qu'il avait échappé à ce premier danger; c'était d'un bon augure. Enfin, vers l'heure fixée par le gouverneur, des pas se firent entendre dans l'escalier. Edmond comprit que le moment était venu; il rappela tout son courage, retenant son haleine; heureux s'il eût pu retenir en même temps et comme elle les pulsations précipitées de ses artères.

On s'arrêta à la porte, le pas était double. Dantès devina que c'étaient les deux fossoyeurs qui le venaient chercher. Ce soupçon se changea en certitude, quand il entendit le bruit qu'ils faisaient en déposant la civière.

La porte s'ouvrit, une lumière voilée parvint aux yeux de Dantès. Au travers de la toile qui le couvrait, il vit deux ombres s'approcher de son lit. Une troisième à la porte, tenant un falot à la main. Chacun des deux hommes, qui s'étaient approchés du lit, saisit le sac par une de ses extrémités.

«C'est qu'il est encore lourd, pour un vieillard si maigre! dit l'un d'eux en le soulevant par la tête.

—On dit que chaque année ajoute une demi-livre au poids des os, dit l'autre en le prenant par les pieds.

—As-tu fait ton nœud? demanda le premier.

—Je serais bien bête de nous charger d'un poids inutile, dit le second, je le ferai là-bas.

—Tu as raison; partons alors.»

«Pourquoi ce nœud?» se demanda Dantès.

On transporta le prétendu mort du lit sur la civière.

Edmond se raidissait pour mieux jouer son rôle de trépassé.

On le posa sur la civière; et le cortège, éclairé par l'homme au falot, qui marchait devant, monta l'escalier.

Tout à coup, l'air frais et âpre de la nuit l'inonda. Dantès reconnut le mistral. Ce fut une sensation subite, pleine à la fois de délices et d'angoisses.

Les porteurs firent une vingtaine de pas, puis ils s'arrêtèrent et déposèrent la civière sur le sol.

Un des porteurs s'éloigna, et Dantès entendit ses souliers retentir sur les dalles.

«Où suis-je donc?» se demanda-t-il.

«Sais-tu qu'il n'est pas léger du tout!» dit celui qui était resté près de Dantès en s'asseyant sur le bord de la civière.

Le premier sentiment de Dantès avait été de s'échapper, heureusement, il se retint.

«Éclaire-moi donc, animal, dit celui des deux porteurs qui s'était éloigné, ou je ne trouverai jamais ce que je cherche.»

L'homme au falot obéit à l'injonction, quoique, comme on l'a vu, elle fût faite en termes peu convenables.

«Que cherche-t-il donc? se demanda Dantès. Une bêche sans doute.»

Une exclamation de satisfaction indiqua que le fossoyeur avait trouvé ce qu'il cherchait.

«Enfin, dit l'autre, ce n'est pas sans peine.

—Oui, répondit-il, mais il n'aura rien perdu pour attendre.»

À ces mots, il se rapprocha d'Edmond, qui entendit déposer près de lui un corps lourd et retentissant; au même moment, une corde entoura ses pieds d'une vive et douloureuse pression.

«Eh bien, le nœud est-il fait? demanda celui des fossoyeurs qui était resté inactif.

—Et bien fait, dit l'autre; je t'en réponds.

—En ce cas, en route.»

Et la civière soulevée reprit son chemin.

On fit cinquante pas à peu près, puis on s'arrêta pour ouvrir une porte, puis on se remit en route. Le bruit des flots se brisant contre les rochers sur lesquels est bâti le château arrivait plus distinctement à l'oreille de Dantès à mesure que l'on avança.

«Mauvais temps! dit un des porteurs, il ne fera pas bon d'être en mer cette nuit.

—Oui, l'abbé court grand risque d'être mouillé» dit l'autre—et ils éclatèrent de rire.

Dantès ne comprit pas très bien la plaisanterie mais ses cheveux ne s'en dressèrent pas moins sur sa tête.

«Bon, nous voilà arrivés! reprit le premier.

—Plus loin, plus loin, dit l'autre, tu sais bien que le dernier est resté en route, brisé sur les rochers, et que le gouverneur nous a dit le lendemain que nous étions des fainéants.»

On fit encore quatre ou cinq pas en montant toujours, puis Dantès sentit qu'on le prenait par la tête et par les pieds et qu'on le balançait.

«Une, dirent les fossoyeurs.

—Deux.

—Trois!»

En même temps, Dantès se sentit lancé, en effet, dans un vide énorme, traversant les airs comme un oiseau blessé, tombant, tombant toujours avec une épouvante qui lui glaçait le cœur. Quoique tiré en bas par quelque chose de pesant qui précipitait son vol rapide, il lui sembla que cette chute durait un siècle. Enfin, avec un bruit épouvantable, il entra comme une flèche dans une eau glacée qui lui fit pousser un cri, étouffé à l'instant même par l'immersion.

Dantès avait été lancé dans la mer, au fond de laquelle l'entraînait un boulet de trente-six attaché à ses pieds.

La mer est le cimetière du château d'If.

 

第二十章 伊夫堡的坟场

借着从窗口透进来的一线苍白微弱的光线,可以看到床上有一只平放着的粗布口袋,在这个大口袋里,直挺挺地躺着一个长而僵硬的东西。这个口袋就是法利亚裹尸布,正如狱卒所说的,这的确不值几个钱。就这样一切都结束了。在唐太斯和他的老朋友之间,已有了一重物质的分离。他再也看不到那一双睁得大大的,仿佛死后仍能看见的眼睛了;他再也不能紧握那只曾为他揭开事实真相的灵巧的手了。法利亚,这位与他曾长期亲密相处的有用的好伙伴,已不再呼吸了。他在那张可拍的床上坐了下来,陷入了一种忧郁,迷悯的状态之中。

孤零零的!他又孤零零的一个人了,他觉得自己重又陷入了孤寂之中!再也看不到那个唯一使他对生命尚有所留恋的人了,再也听不到他的声音了!他还不如也象法利亚那样,不惜通过那道痛苦的死亡之门,去向上帝追问人生之谜的意义呢?自杀的念头,曾一度被他的朋友从他的思想中逐出,神甫活着的时候,他的面前,唐太斯便不去想这事了,现在当着他的尸体,那个念头又象个幽灵似的在他面前出现了。“假如我死了,”他说,“我就可以到他所去的地方,一定可以找到他。但怎么个死法呢?这倒不难,”他痛苦地笑着继续说道,“我只要呆在这儿,谁第一个来开门,我就向他冲上去,掐死他,这样他们就会把我绞死的。”

人在极度悲痛之中,犹如在大风暴里是一样,两个高峰之间必是形成低谷,唐太斯这时也从这种自暴自弃的念头前退了回来,突然从绝望转变成了一种强烈的求生和自由的愿望。

“死!噢,不!”他喊道,“现在还不能死,你已经活了这么久,受这么长时间的苦!几年前,当我存心想死的时候去死了,或许还好些,但现在这样去做,就等于自己屈服了,承认自己的苦命了。不,我要活,我要斗争到底,我要重新去获得被剥夺了的幸福。我不能死,在死以前,我还有几个仇人要去惩罚,谁知道呢,也许还有几个朋友要报答呢。眼下,他们要把我忘在这里,我只能象法利亚一样离开我的地牢了。说到这里,他愣住了,坐在那儿一动不动,眼睛一眨不眨,好象突然有了一个极其惊人的想法。突然,他猛地站起身来,用手扶住额头,象是头晕似的。他在房间里转两三圈,又在床前站住了、”啊!啊!

“他自言自语地说,”是谁使我有这个想法的?是您吗,慈悲的上帝?既然只有死人才能自由地从这里出去那就让我来装死吧!”

他不容自己有片刻时间来考虑这个,因为如果他仔细去想的话,他这种决心也许会动摇的。他弯身凑到那个可拍的布袋面前,用法利亚制造的小刀将它割开,把尸体从口袋里拖出来,再把它背到自己的地牢里,把它放在自己的床上,把自己平常戴的破帽子戴在他头上,最后吻了一次那冰冷的额头,几次徒劳地试着合上仍然睁着的眼睛,把他的脸面向墙壁,这样,当狱卒送晚餐来的时候,会以为他已经睡着了,这也是常事,然后他又返回地道,把床拖过来靠住墙壁,回到那间牢房里从贮藏处拿出针线,脱掉他身上破烂的衣衫,以便使他们一摸就知道粗糙的口袋里的确是裸体的尸身,然后他钻进了口袋里,按尸体原来的位置躺下又从里面把袋口缝了起来。

假如不巧狱卒此时进来,或许会听到他心跳的声音。他本来可以等到晚上七点钟的,那次查看过后再这样做的,但他怕监狱长改变临时决定,提前把尸体搬走,这样的话,他最后的希望也就破灭了。现在,不管怎样,他决心已定,希望此举能成功。假如在搬运的途中,被掘墓人发觉他们所抬的不是一具尸体而是一个活人,唐太斯则不等人们回过神来,就用小刀把口袋从头到底划破,乘他们惊惶失措的时候逃走。如他们想来捉他,他就要动用刀子了。假如他们把他扛到了坟场,把他放进了坟墓里,他就让他们在他的身上盖土,因为夜里,只要那掘墓人一转身,他就可以从那松软的泥土里爬出来逃走。他希望所盖的泥土不要太重,使他受不了。假如不幸,那泥土太重的话,他就会被压在里面,不过那样也好,也可一了百了。唐太斯从昨天晚上起就不曾吃过东西,也不觉得饥渴,他现在也没此感觉。他现在的处境太危险了,不容他有时间去想别的事。

唐太斯遇到的第一个危险就是:当狱卒在七点钟给他送晚餐来的时候,也许会发觉他的掉包计。幸而,以往有二十多次,为了怕麻烦或是因为疲倦,唐太斯曾这样躺在床上等狱卒来的。每当这时,狱卒就把他的面包和汤放在桌子上,然后一言不发的走了。这次,狱卒或许不会象往常那样沉默,他或许会同唐太斯讲话,而当看到他不回答时,或许会走到床边去看看,这样可就全露馅了。

七点钟来临的时候,唐太斯那颗紧张的心也提到了嗓子眼。他把一只手按在心上,想压住它的剧跳,另一只手则不断地去擦额头上的冷汗。他不时地浑身打颤,心在紧缩着,象是被一只冰冷的手抓住了似的。此时,他觉得自己快要死了。可是,一小时一小时过去了,监狱里毫无动静,唐太斯知道他已逃过了第一关,这是一个好兆头。终于,大约就是监狱长指定的那个时间,楼梯上响起了脚步声。爱德蒙知道关键的时刻到了,他鼓起全部的勇气,屏住呼吸,他真希望能同时屏住脉搏急促的跳动。

脚步在门口停了下来。那是两个人的脚步声,唐太斯猜测这是两个掘墓人来抬他了。这个猜测不久便被证实了。因为听到了他们放担架时所发出的声音。门开了,唐太斯的眼睛透过粗布看到了隐隐约约的亮光。他看到两个黑影朝他的床边走过来,还有一个人留在门口,手里举着火把。这两个人分别走到床的两头,各人扛起布袋的一端。

“这个瘦老头子还挺重的呢,”抬头的那个人说道。

“据说人的骨头每年要增加半磅哩。”另外那个抬脚的人说。

“你绑上了没有?”第一个讲话的人问道。

“何必增加这么多重量呢?”那一个回答说,“我们到了那儿再绑好啦。”

“对,你说得对。”他的同伴回答道。

“干吗要捆绑呢?”唐太斯暗自问道。

他们把所谓的死人放到了担架上。爱德蒙为了装得象个死人,故意把自己挺得硬棒棒地,于是由那举火把的人引路,这一队人就开始走上楼梯。突然间,唐太斯呼吸到了夜晚新鲜寒冷的空气,他知道这是海湾边冷燥的西北风。这种突然的感触,真使他悲喜交集,抬担架者向前走了二十多步,就停了下来,把担架放在地上。其中的一个走开了,唐太斯听到了他的皮鞋在石板道上响声。

“我到哪儿了?”他自问道。

“真的,他可真是不轻呵!”站在唐太斯旁边的那个人边说边在担架边上坐了下来。唐太斯的第一个冲动就是想逃走,但幸而他克制住了。

“照着我,畜生,”那个人又说,“不然我就看不到要找的东西啦。”举火把的那个人听从了他,尽管对主说话的口吻不太客气。

“他在找什么?”爱德蒙想。“或许是铲子吧。”

一声满意的叫喊声表示那掘墓人已找到了他要找的东西。“在这儿,”他说,“真不容易。”

“对呀,”另一个回答说,“就是多等一会儿也不费你什么的。”

说完,那人向爱德蒙走来,后者听到他的身旁放下了一件很重很结实的东西,同时他的两脚突然被使劲地绑上了一条绳子。

“喂,你绑好了没有?”旁观的那个掘墓人问道。

“绑好啦,很紧呢。”那一个回答道。

“那么走吧。”于是担架又被抬了起来,他们继续向前走去。又走了五十多步的路,便停下来去开门,然后又向前走去。

在他们走着的时候,波涛冲激成堡下岩石所发出的声音清晰地传到了唐太斯的耳朵里。

“这鬼天气!”其中的一个说道,“今夜里泡在海里可是滋味。”

“是啊,神甫可要浑身湿个透啦。”另一个说,接着就一声大笑。唐太斯不大懂他们开这个玩笑是什么意思,他直觉得头发都竖起来了。

“好,我们总算到啦。”他们之中的一个说道。

“走远一点!走远一点!”另外那一个说。“你知道上一个就在这儿停的,结果撞到岩石上,躺在了半山腰里,第二天,监狱长怪我们都是些偷懒的家伙。

他们又向上走了五六步,然后唐太斯觉得他们把他抬起来了,一个抬头,一个抬脚,把他荡来荡去。”一!“两个掘墓人一齐喊道,“二!三,走吧!”接着,唐太斯就觉得自己被抛入了空中,象只受伤的鸟穿过空气层,然后直往下掉,以一种几乎使他的血液凝固的速度往下掉。有重物拖着他,加快了他下降的速度,但他仍觉着下落的时间似乎持续了一百年。终于,随着可怕的一声巨响,他掉进了冰冷的海水里,当他落入水中的时候,他不禁发出了一声尖锐的惊叫,但那声喊叫立刻被淹没有浪花里了。

唐太斯被抛进了海里,他的脚上绑着一个三十六磅重的铁球,正把他拖向海底深处。大海就是伊夫堡的坟场。




XXI L'île de Tiboulen.

Dantès étourdi, presque suffoqué, eut cependant la présence d'esprit de retenir son haleine, et, comme sa main droite, ainsi que nous l'avons dit, préparé qu'il était à toutes les chances, tenait son couteau tout ouvert, il éventra rapidement le sac, sortit le bras, puis la tête; mais alors, malgré ses mouvements pour soulever le boulet, il continua de se sentir entraîné; alors il se cambra, cherchant la corde qui liait ses jambes, et, par un effort suprême, il la trancha précisément au moment où il suffoquait; alors, donnant un vigoureux coup de pied, il remonta libre à la surface de la mer, tandis que le boulet entraînait dans ses profondeurs inconnues le tissu grossier qui avait failli devenir son linceul.

Dantès ne prit que le temps de respirer, et replongea une seconde fois; car la première précaution qu'il devait prendre était d'éviter les regards.

Lorsqu'il reparut pour la seconde fois, il était déjà à cinquante pas au moins du lieu de sa chute; il vit au-dessus de sa tête un ciel noir et tempétueux, à la surface duquel le vent balayait quelques nuages rapides, découvrant parfois un petit coin d'azur rehaussé d'une étoile; devant lui s'étendait la plaine sombre et mugissante, dont les vagues commençaient à bouillonner comme à l'approche d'une tempête, tandis que, derrière lui, plus noir que la mer, plus noir que le ciel, montait, comme un fantôme menaçant, le géant de granit, dont la pointe sombre semblait un bras étendu pour ressaisir sa proie; sur la roche la plus haute était un falot éclairant deux ombres.

Il lui sembla que ces deux ombres se penchaient sur la mer avec inquiétude; en effet, ces étranges fossoyeurs devaient avoir entendu le cri qu'il avait jeté en traversant l'espace. Dantès plongea donc de nouveau, et fit un trajet assez long entre deux eaux; cette manœuvre lui était jadis familière, et attirait d'ordinaire autour de lui, dans l'anse du Pharo, de nombreux admirateurs, lesquels l'avaient proclamé bien souvent le plus habile nageur de Marseille.

Lorsqu'il revint à la surface de la mer, le falot avait disparu.

Il fallait s'orienter: de toutes les îles qui entourent le château d'If, Ratonneau et Pomègue sont les plus proches; mais Ratonneau et Pomègue sont habitées; il en est ainsi de la petite île de Daume; l'île la plus sûre était donc celle de Tiboulen ou de Lemaire; les Îles de Tiboulen et de Lemaire sont à une lieue du château d'If.

Dantès ne résolut pas moins de gagner une de ces deux îles; mais comment trouver ces îles au milieu de la nuit qui s'épaississait à chaque instant autour de lui!

En ce moment, il vit briller comme une étoile le phare de Planier. En se dirigeant droit sur ce phare, il laissait l'île de Tiboulen un peu à gauche; en appuyant un peu à gauche, il devait donc rencontrer cette île sur son chemin.

Mais, nous l'avons dit, il y avait une lieue au moins du château d'If à cette île.

Souvent, dans la prison, Faria répétait au jeune homme, en le voyant abattu et paresseux:

«Dantès, ne vous laissez pas aller à cet amollissement; vous vous noierez, si vous essayez de vous enfuir, et que vos forces n'aient pas été entretenues»

Sous l'onde lourde et amère, cette parole était venue tinter aux oreilles de Dantès; il avait eu hâte de remonter alors et de fendre les lames pour voir si, effectivement, il n'avait pas perdu de ses forces; il vit avec joie que son inaction forcée ne lui avait rien ôté de sa puissance et de son agilité, et sentit qu'il était toujours maître de l'élément où, tout enfant, il s'était joué.

D'ailleurs la peur, cette rapide persécutrice, doublait la vigueur de Dantès; il écoutait, penché sur la cime des flots, si aucune rumeur n'arrivait jusque lui. Chaque fois qu'il s'élevait à l'extrémité d'une vague, son rapide regard embrassait l'horizon visible et essayait de plonger dans l'épaisse obscurité; chaque flot un peu plus élevé que les autres flots lui semblait une barque à sa poursuite, et alors il redoublait d'efforts, qui l'éloignaient sans doute, mais dont la répétition devait promptement user ses forces.

Il nageait cependant, et déjà le château terrible s'était un peu fondu dans la vapeur nocturne: il ne le distinguait pas mais il le sentait toujours.

Une heure s'écoula pendant laquelle Dantès, exalté par le sentiment de la liberté qui avait envahi toute sa personne, continua de fendre les flots dans la direction qu'il s'était faite.

«Voyons, se disait-il, voilà bientôt une heure que je nage, mais comme le vent m'est contraire j'ai dû perdre un quart de ma rapidité; cependant, à moins que je ne me sois trompé de ligne, je ne dois pas être loin de Tiboulen maintenant.... Mais, si je m'étais trompé!»

Un frisson passa par tout le corps du nageur, il essaya de faire un instant la planche pour se reposer; mais la mer devenait de plus en plus forte, et il comprit bientôt que ce moyen de soulagement, sur lequel il avait compté, était impossible.

«Eh bien, dit-il, soit, j'irai jusqu'au bout, jusqu'à ce que mes bras se lassent, jusqu'à ce que les crampes envahissent mon corps, et alors je coulerai à fond!»

Et il se mit à nager avec la force et l'impulsion du désespoir.

Tout à coup, il lui sembla que le ciel, déjà si obscur s'assombrissait encore, qu'un nuage épais, lourd compact s'abaissait vers lui; en même temps, il sentit une violente douleur au genou: l'imagination, avec son incalculable vitesse, lui dit alors que c'était le choc d'une balle, et qu'il allait immédiatement entendre l'explosion du coup de fusil; mais l'explosion ne retentit pas. Dantès allongea la main et sentit une résistance, il retira son autre jambe à lui et toucha la terre; il vit alors quel était l'objet qu'il avait pris pour un nuage.

À vingt pas de lui s'élevait une masse de rochers bizarres qu'on prendrait pour un foyer immense pétrifié au moment de sa plus ardente combustion: c'était l'île de Tiboulen.

Dantès se releva, fit quelques pas en avant, et s'étendit, en remerciant Dieu, sur ces pointes de granit, qui lui semblèrent à cette heure plus douces que ne lui avait jamais paru le lit le plus doux.

Puis, malgré le vent, malgré la tempête, malgré la pluie qui commençait à tomber, brisé de fatigue qu'il était, il s'endormit de ce délicieux sommeil de l'homme chez lequel le corps s'engourdit mais dont l'âme veille avec la conscience d'un bonheur inespéré.

Au bout d'une heure, Edmond se réveilla sous le grondement d'un immense coup de tonnerre: la tempête était déchaînée dans l'espace et battait l'air de son vol éclatant; de temps en temps un éclair descendait du ciel comme un serpent de feu, éclairant les flots et les nuages qui roulaient au-devant les uns des autres comme les vagues d'un immense chaos.

Dantès, avec son coup d'œil de marin, ne s'était pas trompé: il avait abordé à la première des deux îles, qui est effectivement celle de Tiboulen. Il la savait nue, découverte et n'offrant pas le moindre asile; mais quand la tempête serait calmée il se remettrait à la mer et gagnerait à la nage l'île Lemaire, aussi aride, mais plus large, et par conséquent plus hospitalière.

Une roche qui surplombait offrit un abri momentané à Dantès, il s'y réfugia, et presque au même instant la tempête éclata dans toute sa fureur.

Edmond sentait trembler la roche sous laquelle il s'abritait; les vagues, se brisant contre la base de la gigantesque pyramide, rejaillissaient jusqu'à lui; tout en sûreté qu'il était, il était au milieu de ce bruit profond, au milieu de ces éblouissements fulgurants, pris d'une espèce de vertige: il lui semblait que l'île tremblait sous lui, et d'un moment à l'autre allait, comme un vaisseau à l'ancre, briser son câble, et l'entraîner au milieu de l'immense tourbillon.

Il se rappela alors que, depuis vingt-quatre heures, il n'avait pas mangé: il avait faim, il avait soif.

Dantès étendit les mains et la tête, et but l'eau de la tempête dans le creux d'un rocher.

Comme il se relevait, un éclair qui semblait ouvrir le ciel jusqu'au pied du trône éblouissant de Dieu illumina l'espace; à la lueur de cet éclair, entre l'île Lemaire et le cap Croisille, à un quart de lieue de lui, Dantès vit apparaître, comme un spectre glissant du haut d'une vague dans un abîme, un petit bâtiment pêcheur emporté à la fois par l'orage et par le flot; une seconde après, à la cime d'une autre vague, le fantôme reparut, s'approchant avec une effroyable rapidité. Dantès voulut crier, chercha quelque lambeau de linge à agiter en l'air pour leur faire voir qu'ils se perdaient, mais ils le voyaient bien eux-mêmes. À la lueur d'un autre éclair, le jeune homme vit quatre hommes cramponnés aux mâts et aux étais; un cinquième se tenait à la barre du gouvernail brisé. Ces hommes qu'il voyait le virent aussi sans doute, car des cris désespérés, emportés par la rafale sifflante, arrivèrent à son oreille. Au-dessus du mât, tordu comme un roseau, claquait en l'air, à coups précipités, une voile en lambeaux; tout à coup les liens qui la retenaient encore se rompirent, et elle disparut, emportée dans les sombres profondeurs du ciel, pareille à ces grands oiseaux blancs qui se dessinent sur les nuages noirs.

En même temps, un craquement effrayant se fit entendre, des cris d'agonie arrivèrent jusqu'à Dantès. Cramponné comme un sphinx à son rocher, d'où il plongeait sur l'abîme, un nouvel éclair lui montra le petit bâtiment brisé, et, parmi les débris, des têtes aux visages désespérés, des bras étendus vers le ciel.

Puis tout rentra dans la nuit, le terrible spectacle avait eu la durée de l'éclair.

Dantès se précipita sur la pente glissante des rochers, au risque de rouler lui-même dans la mer; il regarda, il écouta, mais il n'entendit et ne vit plus rien: plus de cris, plus d'efforts humains; la tempête seule, cette grande chose de Dieu, continuait de rugir avec les vents et d'écumer avec les flots.

Peu à peu, le vent s'abattit; le ciel roula vers l'occident de gros nuages gris et pour ainsi dire déteints par l'orage; l'azur reparut avec les étoiles plus scintillantes que jamais; bientôt, vers l'est, une longue bande rougeâtre dessina à l'horizon des ondulations d'un bleu-noir; les flots bondirent, une subite lueur courut sur leurs cimes et changea leurs cimes écumeuses en crinières d'or.

C'était le jour.

Dantès resta immobile et muet devant ce grand spectacle, comme s'il le voyait pour la première fois. En effet, depuis le temps qu'il était au château d'If, il avait oublié. Il se retourna vers la forteresse interrogeant à la fois d'un long regard circulaire la terre et la mer.

Le sombre bâtiment sortait du sein des vagues avec cette imposante majesté des choses immobiles, qui semblent à la fois surveiller et commander.

Il pouvait être cinq heures du matin; la mer continuait de se calmer.

«Dans deux ou trois heures, se dit Edmond, le porte-clefs va entrer dans ma chambre, trouvera le cadavre de mon pauvre ami, le reconnaîtra, me cherchera vainement et donnera l'alarme. Alors on trouvera le trou, la galerie; on interrogera ces hommes qui m'ont lancé à la mer et qui ont dû entendre le cri que j'ai poussé. Aussitôt, des barques remplies de soldats armés courront après le malheureux fugitif qu'on sait bien ne pas être loin. Le canon avertira toute la côte qu'il ne faut point donner asile à un homme qu'on rencontrera, nu et affamé. Les espions et les alguazils de Marseille seront avertis et battront la côte, tandis que le gouverneur du château d'If fera battre la mer. Alors, traqué sur l'eau, cerné sur la terre, que deviendrai-je? J'ai faim, j'ai froid, j'ai lâché jusqu'au couteau sauveur qui me gênait pour nager; je suis à la merci du premier paysan qui voudra gagner vingt francs en me livrant; je n'ai plus ni force, ni idée, ni résolution. Ô mon Dieu! mon Dieu! voyez si j'ai assez souffert, et si vous pouvez faire pour moi plus que je ne puis faire moi-même.»

Au moment où Edmond, dans une espèce de délire occasionné par l'épuisement de sa force et le vide de son cerveau, prononçait, anxieusement tourné vers le château d'If, cette prière ardente, il vit apparaître, à la pointe de l'île de Pomègue, dessinant sa voile latine à l'horizon, et pareil à une mouette qui vole en rasant le flot, un petit bâtiment que l'œil d'un marin pouvait seul reconnaître pour une tartane génoise sur la ligne encore à demi obscure de la mer. Elle venait du port de Marseille et gagnait le large en poussant l'écume étincelante devant la proue aiguë qui ouvrait une route plus facile à ses flancs rebondis.

«Oh! s'écria Edmond, dire que dans une demi-heure j'aurais rejoint ce navire si je ne craignais pas d'être questionné, reconnu pour un fugitif et reconduit à Marseille! Que faire? que dire? quelle fable inventer dont ils puissent être la dupe? Ces gens sont tous des contrebandiers, des demi-pirates. Sous prétexte de faire le cabotage, ils écument les côtes; ils aimeront mieux me vendre que de faire une bonne action stérile.

«Attendons.

«Mais attendre est chose impossible: je meurs de faim; dans quelques heures, le peu de forces qui me reste sera évanoui: d'ailleurs l'heure de la visite approche; l'éveil n'est pas encore donné, peut-être ne se doutera-t-on de rien: je puis me faire passer pour un des matelots de ce petit bâtiment qui s'est brisé cette nuit. Cette fable ne manquera point de vraisemblance; nul ne viendra pour me contredire, ils sont bien engloutis tous. Allons.»

Et, tout en disant ces mots, Dantès tourna les yeux vers l'endroit où le petit navire s'était brisé, et tressaillit. À l'arête d'un rocher était resté accroché le bonnet phrygien d'un des matelots naufragés, et tout près de là flottaient quelques débris de la carène, solives inertes que la mer poussait et repoussait contre la base de l'île, qu'elles battaient comme d'impuissants béliers.

En un instant, la résolution de Dantès fut prise; il se remit à la mer, nagea vers le bonnet, s'en couvrit la tête, saisit une des solives et se dirigea pour couper la ligne que devait suivre le bâtiment.

«Maintenant, je suis sauvé», murmura-t-il.

Et cette conviction lui rendit ses forces.

Bientôt, il aperçut la tartane, qui, ayant le vent presque debout, courait des bordées entre le château d'If et la tour de Planier. Un instant, Dantès craignit qu'au lieu de serrer la côte le petit bâtiment ne gagnât le large, comme il eût fait par exemple si sa destination eût été pour la Corse ou la Sardaigne: mais, à la façon dont il manœuvrait, le nageur reconnut bientôt qu'il désirait passer, comme c'est l'habitude des bâtiments qui vont en Italie, entre l'île de Jaros et l'île de Calasereigne.

Cependant, le navire et le nageur approchaient insensiblement l'un de l'autre; dans une de ses bordées, le petit bâtiment vint même à un quart de lieue à peu près de Dantès. Il se souleva alors sur les flots, agitant son bonnet en signe de détresse; mais personne ne le vit sur le bâtiment, qui vira le bord et recommença une nouvelle bordée. Dantès songea à appeler; mais il mesura de l'œil la distance et comprit que sa voix n'arriverait point jusqu'au navire, emportée et couverte qu'elle serait auparavant par la brise de la mer et le bruit des flots.

C'est alors qu'il se félicita de cette précaution qu'il avait prise de s'étendre sur une solive. Affaibli comme il était, peut-être n'eût-il pas pu se soutenir sur la mer jusqu'à ce qu'il eût rejoint la tartane; et, à coup sûr, si la tartane, ce qui était possible, passait sans le voir, il n'eût pas pu regagner la côte.

Dantès, quoiqu'il fût à peu près certain de la route que suivait le bâtiment, l'accompagna des yeux avec une certaine anxiété, jusqu'au moment où il lui vit faire son abattée et revenir à lui.

Alors il s'avança à sa rencontre; mais avant qu'ils se fussent joints, le bâtiment commença à virer de bord.

Aussitôt Dantès, par un effort suprême, se leva presque debout sur l'eau, agitant son bonnet, et jetant un de ces cris lamentables comme en poussent les marins en détresse, et qui semblent la plainte de quelque génie de la mer.

Cette fois, on le vit et on l'entendit. La tartane interrompit sa manœuvre et tourna le cap de son côté. En même temps, il vit qu'on se préparait à mettre une chaloupe à la mer.

Un instant après, la chaloupe, montée par deux hommes, se dirigea de son côté, battant la mer de son double aviron. Dantès alors laissa glisser la solive dont il pensait n'avoir plus besoin, et nagea vigoureusement pour épargner la moitié du chemin à ceux qui venaient à lui.

Cependant, le nageur avait compté sur des forces presque absentes; ce fut alors qu'il sentit de quelle utilité lui avait été ce morceau de bois qui flottait déjà, inerte, à cent pas de lui. Ses bras commençaient à se roidir, ses jambes avaient perdu leur flexibilité; ses mouvements devenaient durs et saccadés, sa poitrine était haletante.

Il poussa un grand cri, les deux rameurs redoublèrent d'énergie, et l'un deux lui cria en italien:

«Courage!»

Le mot lui arriva au moment où une vague, qu'il n'avait plus la force de surmonter, passait au-dessus de sa tête et le couvrait d'écume.

Il reparut battant la mer de ces mouvements inégaux et désespérés d'un homme qui se noie, poussa un troisième cri, et se sentit enfoncer dans la mer comme s'il eût eu encore au pied le boulet mortel.

L'eau passa par-dessus sa tête, et à travers l'eau, il vit le ciel livide avec des taches noires.

Un violent effort le ramena à la surface de la mer. Il lui sembla alors qu'on le saisissait par les cheveux; puis il ne vit plus rien, il n'entendit plus rien; il était évanoui.

Lorsqu'il rouvrit les yeux, Dantès se retrouva sur le pont de la tartane, qui continuait son chemin; son premier regard fut pour voir quelle direction elle suivait: on continuait de s'éloigner du château d'If.

Dantès était tellement épuisé, que l'exclamation de joie qu'il fit fut prise pour un soupir de douleur.

Comme nous l'avons dit, il était couché sur le pont: un matelot lui frottait les membres avec une couverture de laine; un autre, qu'il reconnut pour celui qui lui avait crié: «Courage!» lui introduisait l'orifice d'une gourde dans la bouche; un troisième, vieux marin, qui était à la fois le pilote et le patron, le regardait avec le sentiment de pitié égoïste qu'éprouvent en général les hommes pour un malheur auquel ils ont échappé la veille et qui peut les atteindre le lendemain.

Quelques gouttes de rhum, que contenait la gourde, ranimèrent le cœur défaillant du jeune homme, tandis que les frictions que le matelot, à genoux devant lui, continuait d'opérer avec de la laine rendaient l'élasticité à ses membres.

«Qui êtes-vous? demanda en mauvais français le patron.

—Je suis, répondit Dantès en mauvais italien, un matelot maltais; nous venions de Syracuse, nous étions chargés de vin et de panoline. Le grain de cette nuit nous a surpris au cap Morgiou, et nous avons été brisés contre ces rochers que vous voyez là-bas.

—D'où venez-vous?

—De ces rochers où j'avais eu le bonheur de me cramponner, tandis que notre pauvre capitaine s'y brisait la tête. Nos trois autres compagnons se sont noyés. Je crois que je suis le seul qui reste vivant; j'ai aperçu votre navire, et, craignant d'avoir longtemps à attendre sur cette île isolée et déserte, je me suis hasardé sur un débris de notre bâtiment pour essayer de venir jusqu'à vous. Merci, continua Dantès, vous m'avez sauvé la vie; j'étais perdu quand l'un de vos matelots m'a saisi par les cheveux.

—C'est moi, dit un matelot à la figure franche et ouverte, encadrée de longs favoris noirs; et il était temps, vous couliez.

—Oui, dit Dantès en lui tendant la main, oui, mon ami, et je vous remercie une seconde fois.

—Ma foi! dit le marin, j'hésitais presque; avec votre barbe de six pouces de long et vos cheveux d'un pied, vous aviez plus l'air d'un brigand que d'un honnête homme.»

Dantès se rappela effectivement que depuis qu'il était au château d'If, il ne s'était pas coupé les cheveux, et ne s'était point fait la barbe.

«Oui, dit-il, c'est un vœu que j'avais fait à Notre-Dame del Pie de la Grotta, dans un moment de danger, d'être dix ans sans couper mes cheveux ni ma barbe. C'est aujourd'hui l'expiration de mon vœu, et j'ai failli me noyer pour mon anniversaire.

—Maintenant, qu'allons-nous faire de vous? demanda le patron.

—Hélas! répondit Dantès, ce que vous voudrez: la felouque que je montais est perdue, le capitaine est mort; comme vous le voyez, j'ai échappé au même sort, mais absolument nu: heureusement, je suis assez bon matelot; jetez-moi dans le premier port où vous relâcherez, et je trouverai toujours de l'emploi sur un bâtiment marchand.

—Vous connaissez la Méditerranée?

—J'y navigue depuis mon enfance.

—Vous savez les bons mouillages?

—Il y a peu de ports, même des plus difficiles, dans lesquels je ne puisse entrer ou dont je ne puisse sortir les yeux fermés.

—Eh bien, dites donc, patron, demanda le matelot qui avait crié courage à Dantès, si le camarade dit vrai, qui empêche qu'il reste avec nous?

—Oui, s'il dit vrai, dit le patron d'un air de doute mais dans l'état où est le pauvre diable, on promet beaucoup, quitte à tenir ce que l'on peut.

—Je tiendrai plus que je n'ai promis, dit Dantès.

—Oh! oh! fit le patron en riant, nous verrons cela.

—Quand vous voudrez, reprit Dantès en se relevant. Où allez-vous?

—À Livourne.

—Eh bien, alors, au lieu de courir des bordées qui vous font perdre un temps précieux, pourquoi ne serrez-vous pas tout simplement le vent au plus près?

—Parce que nous irions donner droit sur l'île de Rion.

—Vous en passerez à plus de vingt brasses.

—Prenez donc le gouvernail, dit le patron, et que nous jugions de votre science.»

Le jeune homme alla s'asseoir au gouvernail, s'assura par une légère pression que le bâtiment était obéissant; et, voyant que, sans être de première finesse, il ne se refusait pas:

«Aux bras et aux boulines!» dit-il.

Les quatre matelots qui formaient l'équipage coururent à leur poste, tandis que le patron les regardait faire.

«Halez!» continua Dantès.

Les matelots obéirent avec assez de précision.

«Et maintenant, amarrez bien!»

Cet ordre fut exécuté comme les deux premiers, et le petit bâtiment, au lieu de continuer de courir des bordées, commença de s'avancer vers l'île de Riton, près de laquelle il passa, comme l'avait prédit Dantès, en la laissant, par tribord, à une vingtaine de brasses.

«Bravo! dit le patron.

—Bravo!» répétèrent les matelots.

Et tous regardaient, émerveillés, cet homme dont le regard avait retrouvé une intelligence et le corps une vigueur qu'on était loin de soupçonner en lui.

«Vous voyez, dit Dantès en quittant la barre, que je pourrai vous être de quelque utilité, pendant la traversée du moins. Si vous ne voulez pas de moi à Livourne, eh bien, vous me laisserez là; et, sur mes premiers mois de solde, je vous rembourserai ma nourriture jusque-là et les habits que vous allez me prêter.

—C'est bien, c'est bien, dit le patron; nous pourrons nous arranger si vous êtes raisonnable.

—Un homme vaut un homme, dit Dantès; ce que vous donnez aux camarades, vous me le donnerez, et tout sera dit.

—Ce n'est pas juste, dit le matelot qui avait tiré Dantès de la mer, car vous en savez plus que nous.

—De quoi diable te mêles-tu? Cela te regarde-t-il, Jacopo? dit le patron; chacun est libre de s'engager pour la somme qui lui convient.

—C'est juste, dit Jacopo; c'était une simple observation que je faisais.

—Eh bien, tu ferais bien mieux encore de prêter à ce brave garçon, qui est tout nu, un pantalon et une vareuse, si toutefois tu en as de rechange.

—Non, dit Jacopo, mais j'ai une chemise et un pantalon.

—C'est tout ce qu'il me faut, dit Dantès; merci, mon ami.»

Jacopo se laissa glisser par l'écoutille, et remonta un instant après avec les deux vêtements, que Dantès revêtit avec un indicible bonheur.

«Maintenant, vous faut-il encore autre chose? demanda le patron.

—Un morceau de pain et une seconde gorgée de cet excellent rhum dont j'ai déjà goûté; car il y a bien longtemps que je n'ai rien pris.»

En effet, il y avait quarante heures à peu près. On apporta à Dantès un morceau de pain, et Jacopo lui présenta la gourde. «La barre à bâbord!» cria le capitaine en se retournant vers le timonier. Dantès jeta un coup d'œil du même côté en portant la gourde à sa bouche, mais la gourde resta à moitié chemin.

«Tiens! demanda le patron, que se passe-t-il donc au château d'If?»

En effet, un petit nuage blanc, nuage qui avait attiré l'attention de Dantès, venait d'apparaître, couronnant les créneaux du bastion sud du château d'If.

Une seconde après, le bruit d'une explosion lointaine vint mourir à bord de la tartane.

Les matelots levèrent la tête en se regardant les uns les autres.

«Que veut dire cela? demanda le patron.

—Il se sera sauvé quelque prisonnier cette nuit, dit Dantès, et l'on tire le canon d'alarme.»

Le patron jeta un regard sur le jeune homme, qui, en disant ces paroles, avait porté la gourde à sa bouche; mais il le vit savourer la liqueur qu'elle contenait avec tant de calme et de satisfaction, que, s'il eut eu un soupçon quelconque, ce soupçon ne fit que traverser son esprit et mourut aussitôt.

«Voilà du rhum qui est diablement fort, fit Dantès, essuyant avec la manche de sa chemise son front ruisselant de sueur.

—En tout cas, murmura le patron en le regardant, si c'est lui, tant mieux; car j'ai fait là l'acquisition d'un fier homme.»

Sous le prétexte qu'il était fatigué, Dantès demanda alors à s'asseoir au gouvernail. Le timonier, enchanté d'être relayé dans ses fonctions, consulta de l'œil le patron, qui lui fit de la tête signe qu'il pouvait remettre la barre à son nouveau compagnon.

Dantès ainsi placé put rester les yeux fixés du côté de Marseille.

«Quel quantième du mois tenons-nous? demanda Dantès à Jacopo, qui était venu s'asseoir après de lui, en perdant de vue le château d'If.

—Le 28 février, répondit celui-ci.

—De quelle année? demanda encore Dantès.

—Comment, de quelle année! Vous demandez de quelle année?

—Oui, reprit le jeune homme, je vous demande de quelle année.

—Vous avez oublié l'année où nous sommes?

—Que voulez-vous! J'ai eu si grande peur cette nuit, dit en riant Dantès, que j'ai failli en perdre l'esprit; si bien que ma mémoire en est demeurée toute troublée: je vous demande donc le 28 de février de quelle année nous sommes?

—De l'année 1829», dit Jacopo.

Il y avait quatorze ans, jour pour jour, que Dantès avait été arrêté.

Il était entré à dix-neuf ans au château d'If, il en sortait à trente-trois ans.

Un douloureux sourire passa sur ses lèvres; il se demanda ce qu'était devenue Mercédès pendant ce temps où elle avait dû le croire mort.

Puis un éclair de haine s'alluma dans ses yeux en songeant à ces trois hommes auxquels il devait une si longue et si cruelle captivité.

Et il renouvela contre Danglars, Fernand et Villefort ce serment d'implacable vengeance qu'il avait déjà prononcé dans sa prison.

Et ce serment n'était plus une vaine menace, car, à cette heure, le plus fin voilier de la Méditerranée n'eût certes pu rattraper la petite tartane qui cinglait à pleines voiles vers Livourne.

 

第二十一章 狄布伦岛

唐太斯尽管有点头晕目眩的,而且几乎快要窒息了,他还算头脑清醒,不时地屏住了他的呼吸。他的右手本来就拿着一把张开的小刀(他原准备随时乘机逃脱时用的),所以现在他很快地划破口袋,先把他的手臂挣扎出来,接着又挣出他的身体。虽然他竭力想抑脱掉那铁球,但整个身体却仍在不断地往下沉。于是他弯下身子,拚命用力割断了那绑住他两脚的绳索,此时他已几乎要窒息了。他使劲用脚向上一蹬,浮出了海面,那铁球便带着那几乎成了他裹尸布的布袋沉入了海底。

唐太斯在海面只吸了一口气,便又潜到了水里,以免被人看到。当他第二次浮出水面的时候,距离第一次沉下去的地方已有五十步了。他看到天空是一片黑暗,预示着大风暴即将来临了,风在用劲地驱赶着疾驰的浮云,不时的露出一颗闪烁的星星。在他的面前,是一片无边无际,阴沉可怕的海面,浊浪汹涌,滚滚而来在他的背后,耸立着一座比大海比天空更黑暗的,象一个赤面獠牙似的怪物,它那凸出的奇岩象是伸出来的捕人的手臂。在那块最高的岩石上,一支火把照出了两个人影。他觉得这两个人是在往大海里张望,这两个古怪的掘墓人肯定已听到了他的喊叫声。唐太斯又潜了下去,在水下停留了很长一段时间。他从前就很喜欢潜泳,他过去在马赛灯塔前的海湾游泳的时候,常常能吸引许多观众,他们一致称赞他是港内最好的游泳能手。当他重新露出头来的时候,那火光已不见了。

必须确定一下方向了。兰顿纽和波米琪是伊夫堡周围最近的小岛,但兰顿纽和波米琪是有人居住的,大魔小岛也是如此。狄波伦或黎玛最安全。这两个岛离伊夫堡有三哩路,唐太斯决定游到那儿去。但在黑夜里他怎样来辨别方向呢?这时,他看到了伯兰尼亚灯塔象一颗灿烂的明星闪烁在他前面。假如这个灯光在右面,则狄布伦岛应左面,所以他只要向左转就能找到它。但我们已经说过,从伊夫堡到这个岛至少有三哩路。在狱中的时候,法利亚每见他显出萎靡不振,无精打采的样子时,就常常对他说:“唐太斯,你可不能老是这个样子。要是你不好好地锻炼身体,你就是逃了出去体力不支也会淹死的。”在海浪劈头打来的时候,这些话又在唐太斯的耳边响了起来,他使劲划起水来,以此看看自己是否真的体力不支。他很高兴地看到长期的牢狱生活并未夺去他的力量,他以前常常在海的怀抱里象一个孩子似的嬉戏,而现在他仍是这方面的老手。

恐惧是一个无情的追逐者,它迫使唐太斯加倍用力。他侧耳倾听,想听听有没有什么声音传来。每次浮出浪峰时,他的目光就向地平线上搜索一下,努力透过黑暗望出去。每一个较高的浪头都象是一只来追赶他的小船,于是他就使足了劲拉开了他和小船之间的距离,但这样反复做了几次以后,他的体力便消耗得很厉害。他不停地向前游去,那座可怕的城堡渐渐地消失在黑暗里了。他虽看不清它的模样,但却仍能感觉到它的存在。

一小时过去了,在这期间,因获得了自由而兴奋不已的唐太斯,不断地破浪前进。“我来算算看,”他说,“我差不多已游了一小时了,我是逆风游的,速度不免要减慢,但不管怎样,要是我没弄错方向的话,我离狄布伦岛一定很近了。但要是我弄错了呢?”他浑身打了个寒颤。他想浮在海面上休息一下,但海面波动得太猛烈,无法靠这种方法来休息。

“好吧,”他说,“我就游到精疲力尽为止,游到双臂麻木,浑身抽筋,然后淹死算了。”于是他孤注一掷,使出全身力气。

突然间,他觉得天空似乎更黑更阴沉了,稠密的云块向他头顶上压了下来,同时,他感到膝盖一阵剧痛。他的想象力告诉他自己已中了一颗子弹,一刹那间,他就会听到枪声,然而并没有枪声。他伸出手,觉得有个东西挡住了他,于是他伸出脚去,碰到了地面,这时他才看清了自己错当成乌云的那个东西了。

在他的面前,耸立着一大堆奇形怪状的岩石,活象是经过一场猛烈的大火之后凝固而成的东西。这就是狄布伦岛了。唐太斯站起身来,向前走了几步,边感谢上帝边直挺挺地在花岗石上躺了下来,此刻他觉得睡在岩石上比睡在最舒适的床上还要柔软。然后,也不管风暴肆虐,大雨倾注他就象那些疲倦到了极点的人那样沉入了甜蜜的梦乡。一小时以后,爱德蒙被雷声惊醒了。此时,大风暴正以雷霆万钧之势在奔驰,闪电一次次划过夜空,象一条浑身带火的赤炼蛇,照亮了那浑沌汹涌的浪潮卷滚着的云层。

唐太斯没有弄错,他已到达了两个小岛中的一个,这里的确是狄布伦岛。他知道这个地方是草木不生,无处隐藏的,但如果海能稍微平静一些,他就要重新跳到海水里去,再游到黎玛岛去,那儿虽也和这儿一样荒无人烟,但地方比较大,因此也较容易藏身。

一块悬空的岩石成了他暂时栖身之处,他刚躲到它的黑面,大风暴就又以排山倒海之势扑来。爱德蒙觉得他身下的岩石都在抖动,凶猛的波浪冲到花岗岩上,溅了他一身的水。他虽然已很安全,却在这耀眼的雷电交加之中一直感到头晕目眩。他似乎觉得整个岛都在脚下颤抖,象一艘抛了锚的船在断缆以后被带入了风暴的中心。这时他想起自己已有二十四小时没吃东西了。他伸出手去,贪婪地捧着积存在岩洞里的雨水喝着。

当他站起身来的时候,一道闪电划破了天空,驱走了黑暗,直射到了上帝灿烂的宝座脚下。借着这道电光,唐太斯看到,在黎玛岛和克罗斯里海角之间,离他不到一哩远的海面上,有一艘渔船,象一个幽灵似的,正被风浪摆弄着,从浪峰跌入浪谷。一秒钟以后,他又看到了它,而且更近了。唐太斯用尽力气大喊,想警告他们将有触礁的危险,但他们自己已发觉了。又一闪电使他看到有四个人紧紧地抱住了折断的桅杆和帆索,而第五个人则紧抱着那破裂的舵轮。

他看到的那些人无疑也看到了他,因为狂风把他们的喊叫声带到了他的耳朵里。在那折断的桅杆上,有一张裂成碎片的帆还在飘着。突然间,那条挂帆的绳索断了,那张帆便象一只大海鸟似的消失在夜的黑暗里了。与此同时,他听到了一声猛烈的撞击声,接着痛苦的呼救声传进了他的耳朵里。在岩石顶上的唐太斯借闪电的光看到那艘帆船撞成了碎片,在碎片之中,又看到了神色绝望的人头和伸向天空的手臂。接着一切又都被黑暗所吞没。那副悲惨的景象象闪电一样瞬间而过。

唐太斯冒着粉身碎骨的危险奔下岩石。他侧耳倾听,尽力四下里张望,但什么也听不到,什么也看不到。没有人在挣扎呼叫,只有风暴还在肆虐。又过了一会儿风渐渐平息了,大片灰色的云层向西方卷去,蓝色的苍穹显露了出来,上面点缀着明亮的星星。不久,地平线上现出了一道红色的长带,波浪渐渐变成了白色,一道亮光掠过海上面,把吐着白沫的浪尖染成了金黄色。白天来临了。

唐太斯默默地,一动不动地站着,面对着这壮丽的景观。

他又向城堡那个方向望去,望望海,又望望陆地。那阴森的建筑耸立在大海的胸膛上,带着庞然大物的那种庄严显赫的神态,似乎面对着万物一样。这时大约已经五点钟了。海面愈来愈平静了。

“在两三小时以内,”唐太斯想道,“狱卒会到我的房间里去发现我那可怜的朋友的尸体,认出他来,又找不到我,就会发出呼叫。于是他们就会发现,接着就会询问那两个把我抛入海的人,而他们一定听到了我的喊叫声。于是满载着武装士兵的小艇就会来追赶那不幸的逃犯。他们会鸣炮向每一个沿海居民警告,叫他们不要庇护一个走投无路,赤身裸体,饥寒交迫的人。马赛的警察会在海岸上搜索,而监狱长则会从海上来追赶我。我又冷又饿,甚至连那把救命的小刀都丢了。噢,我的上帝呀,我受苦真是受够啦!可怜可怜我吧,救救我吧,我已毫无办法啦!”

唐太斯由于精疲力尽,脑子昏沉沉的,正当他焦虑地望着伊夫堡那个方向时,他突然看到在波米琪岛的尽头,象一只鸟儿掠过海面,出现了一艘小帆船,只有水手的眼睛才能辨认出它是一艘热那亚独桅帆船。它从马赛港出发向海外疾驶,它那尖尖的船头正破浪而来。“啊!”爱德蒙惊叫道,“再过半小时我就可以登上那艘船了,只要我不被盘问、搜索、被押回马赛!我该怎么办呢?我编个什么故事好呢?这些人假装在沿海做贸易,实际上都是走私贩子,他们可能会出卖我的,以此来表示他们自己是好人。我该等一下。但我已不能再等了,或许城堡里还未发现我已经失踪了。我可以冒充昨天晚上沉船上的一个水手。这个故事不会显得荒唐可笑,也不会有人来拆穿我的。”

唐太斯一边想着,一边向那渔船撞破的地方张望了一下,这一看不由得使他吃了一惊。岩石尖上正挂着一顶水手的红帽子,岩的脚下漂浮着一块风帆船龙骨的碎片。唐太斯顿时拿定了主意。他急忙向帽子游过去,把它戴在自己头上,又抓住一块龙骨的碎片,然后尽力向那帆船航行的路线横截过去。

“我有救了!”他喃喃地说,这个信念恢复了他的力量。

爱德蒙很快就发觉,那艘帆船顶着风,正在伊夫堡和兰尼亚灯塔之间抢风斜驶。一时间,他怕那帆船不沿岸航行,而径自驶出海去。但他不久就从它行驶的方向上看出象大多数到意大利的船一样,它也想从杰罗斯岛和卡接沙林岛之间穿过去。总之,他和帆船正慢慢地在接近,只要它再往岸边靠近一些,帆船就会接近到离他四分之一哩以内了。他浮出水面上,做出痛苦求救的信号,但船上没有人看到他,船又转了一个弯。唐太斯本来可以大声喊叫的,但他想到他的喊叫声会被风吞没的,这时他很庆幸自己预先想到,抱住了这块龙骨,要是没有它,他也许坚持不到登上那艘船的,而且如果船上的人没有看到他,船就过去了的话,那他就再也不能游回岸上了。

唐太斯虽然几乎可以肯定那艘独桅船的航行路线,并悬着一颗心注视着它,直到它又向他折回来。于是他朝着那船游去。但还没等到他靠近它,那艘帆船又改变了方向。他拚命一跳,半个身子露出了水面,挥动着他的帽子,发出水手所特有的一声大喊。这一次,他不但被看见,而且被听到了,那艘独桅船立刻转舵向他驶来。同时,他看到他们把小艇放了下来。不一会儿,只见两个人划着小艇,迅速地向他驶来。唐太斯觉得那条横木现在对他没用了,就放弃了它,然后用力游着向他们迎上去。但他过高地估计了自己的力量,他这时才觉得那条横木对他是如何的有用。他的手臂渐渐地僵硬了,两条腿也难以动弹,他几乎喘不过气来了。

他又大叫了一声,那两个水手更加用力,其中一个用意大利语喊道:“挺住!”

这两个字刚传到他的耳朵里,一个浪头猛地向他打来,把他淹没了,他又浮出水面,象一个人快要溺死时那样拚命胡乱划动着,发出第三声大喊,然后他就觉得自己在往下沉,就象那要命的铁球又绑到了他的脚上一样。水没过了他的头,透过水,他看到一方苍白的天和黑色的云块。一阵猛烈的挣扎又把他带到水面上。他觉得好象有人抓住了他的头发,但他什么也看不到了,什么也听不到了。他昏了过去。

当唐太斯重新睁开眼的时候,发现自己已在独桅船的甲板上了。他最关切的事,便是要看看他们航行的方向。他们正在迅速地把伊夫堡抛在后面。唐太斯实在疲乏极了,以致他所发出的那声欢呼被错认为一声痛苦的呻吟。

我们已经说过,他躺在甲板上。一个水手正在用一块绒布摩擦他的四肢;另一个,他认出就是那个喊“挺住!”的人,此时他正拿着一满瓢甜酒凑到他的嘴边;第三个人是一个老水手,他既是掌舵的又是船长,他正同情地注视着他,脸上带着人们常有的那种自己虽在昨天逃过了灾难,说不定灾难明天又会降临的那种表情。几滴朗姆酒使年轻人衰弱的心脏重新兴奋起来,而他四肢也因受到了按摩而重新恢复了活力。

“你是什么人?”船长用很蹩脚的法语问道。

“我是,”唐太斯用蹩脚的意大利语回答说:“一个马耳他水手。我们是从锡接丘兹装谷物来的。昨天晚上我们刚到摩琴海岬遇到了风暴,我们的船就在那个地方触焦沉没了。”

“你刚才是从哪儿游过来的?”

“就是从那些岩石那里游过来的,算我运气好,我当时攀住了块岩石,而我们的船长和其他的船员都死了。我想我是唯一幸存的。我看到了你们的船,我是怕留在这个孤岛上饿死,所以我就抱住一块破船上的木头游到你们船上来。你们救了我的命,我谢谢你们,”唐太斯又说道,“要不是你们中的一个水手抓住我的头发,我早已经完了。”

“那是我呀,”一个外貌诚实直爽的水手说道,“真是千钧一发,因为你正在往下沉呢。”

“是啊,”唐太斯答道,并伸出手去,“我再一次谢谢你。”

“说真的,我刚才有点犹豫呢,”水手回答说,“你的胡子有六英寸长,头发也尺把长,看上去不象个好人,倒象个强盗。”

唐太斯想起来了,他自从进了伊夫堡以后就没有剪过头发,刮过胡子。

“是这样,”他说,“有一次遇险时,我曾向宝洞圣母许过愿,十年不剃头发不刮胡子,只求在危难之中救我的命,今天我许的愿果然应验了。”

“我们现在把你怎么办呢?”船长说道。

“唉!随便你们怎么都行。我们的船沉了,船长死了。我虽然一个人逃出了一条命。不过我是一个好水手,你们在第一个靠岸的港口让我下去好了。我相信一定能在一艘商船上找到一份工作的。”

“你对地中海熟悉吗?”

“我从小就在那里航行。”

“那些最出名的港口你都熟悉吗?”

“没有几个港口是我不能闭着眼睛驶进驶出的。”

“我说,船长,”那个对唐太斯喊“挺妆的水手说道,“假如他所说的话是真的,那么为什么不把他留下来呢?”

“那得看他说的是不是真话,”船长面带疑虑的说道。“象他现在这样可怜巴巴的样子,说得好听,谁知道。”

“我干起来比我说得更好,”唐太斯说道。

“那我们瞧吧。”对方微笑着回答道。

“你们到哪儿去?”唐太斯问。

“到里窝那。”

“那么,你们为什么老会是这么折来折去而不靠前侧风直驶呢?”

“因为这样我们就会直接撞到里人翁岛上去了。”

“你们会在离岸二十寻 【一寻约等于一•六二米——译注】开外的地方通过的。”

“那你就去掌舵吧,让我们来看看你的本事。”

年轻人接过舵把,先轻轻用力一压,船就随之而转,他看出这虽说不是一艘一流的帆船,但尚可操纵如意,于是他喊道:“准备扯帆!”

船上的四个水手都跑去遵命行事,船长站着一边旁观。

“把绳索拉直!”唐太斯又喊道。

水手们即刻服从。

“拴索!”

这个命令也被执行了。果然正如唐太斯所说的,船的右舷离岸二十寻的地方擦了过去。

“好样的!”船长高兴地大喊道。

“好样的!”水手们跟着叫喊起来,他们都惊奇地望着这个人,这个人的目光里又充满了智慧,身体又恢复了活力,他们已不再怀疑他身上所具备的素质了。“你看,”唐太斯离开舵把说,至少在这次航行中。“我对你们还是有点用处的。假如你到了里窝那以后不要我了,可以把我留在那儿。等我领到第一笔薪水就来偿还你们借给我的衣服和伙食费。”

“哦,”船长说,“我们是没有问题的,只要你的要求合理就行了。”

“只要你给我和你的伙计同样的等遇,那么事情就算决定了。”唐太斯答道。

“这不公平,”那个救唐太斯的水手说,“因为你比我们懂得多。”

“你这是怎么啦,雅格布?”船长说道。“要多要少,这是人家的自由嘛。”

“不错,”雅格布答道,“我只多出一件衬衫和一条裤子。”

“这些对我就足够了,”唐太斯插进来说。“谢谢你,我的朋友。”

雅格布窜下舱去不久就拿着那两件衣服爬了上来,唐太斯带着说不出的快乐穿了起来。

“现在,你还需要什么别的吗?”船长问道。

“一片面包,再来一杯我尝过的那种好酒,因为我好长时间没吃东西啦。”的确是,他已有四十个小时没吃任何东西了。

面包拿来了,雅格布把那只酒葫芦递给他。“打压舵!”船长对舵手喊道。唐太斯一面也向那个方向看,一面把酒葫芦举到了嘴边,但他的手突然在半空中停住了。

“咦!伊夫堡那边出了什么事啦?”船长说。

吸引唐太斯注意的,是伊夫堡城垛顶上升起了小团白雾。

同时,又隐约听到了一声炮响。水手们都面面相觑。

“那是什么意思?”船长问。

“伊夫堡有一个犯人逃走了,他们在放示警炮。”唐太斯回答。船长瞥了他一眼,只见他已把甜酒凑到了唇边,神色非常镇定地正在喝酒,所以船长即使有一点怀疑也因此而打消了。

“这酒好厉害。”唐太斯一边说着,一边用他的短袖抹着额头上的汗。

“管它呢,”船长注视着他,心里说道,“就算是他,那也好,因为我毕竟得到了一个少有的老手。”

唐太斯借口说疲倦了,要求由他来掌舵。舵手很高兴能有机会松一松手,就望望船长,后者示意他可以把舵交给新来的伙伴。唐太斯于是就能时时注意到马赛方向的动静了。

“今天是几号?”他问坐在身边的雅格布。

“二月二十八。”

“哪一年?”

“哪一年!你问我哪一年?”

“是的,”年轻人回答说,“我问你今年是哪一年?”

“你连现在是哪一年忘了吗?”

“昨天晚上我受的惊吓太大了。”唐太斯微笑着回答,“我的记忆力几乎都丧失了。我是问你今年是哪一年。”

“一八二九年。”雅格布回答。唐太斯自被捕那天起,已过了十四年了。他十九岁进伊夫堡,逃走的时候已是三十三岁了。

他的脸上掠过了一个悲哀的微笑。心想,过了这么多年不知究竟怎么样了,她一定以为他已经死了吧。接着他又想到了那三个使他囚禁了这么久,使他受尽了痛苦的人,他的眼睛里射出了仇恨的光芒。他又重温了在狱中立下的向对腾格拉尔,弗尔南多和维尔福报仇雪恨的誓言,不达目的誓不罢休。这个誓言不再是一个空洞的威胁,因为地中海上最快速的帆船追不上这只小小的独桅船,船上的每一片帆都鼓满了风,直向里窝那飞去。




XXII Les contrebandiers.

Dantès n'avait point encore passé un jour à bord, qu'il avait déjà reconnu à qui il avait affaire. Sans avoir jamais été à l'école de l'abbé Faria, le digne patron de la Jeune-Amélie, c'était le nom de la tartane génoise, savait à peu près toutes les langues qui se parlent autour de ce grand lac qu'on appelle la Méditerranée; depuis l'arabe jusqu'au provençal; cela lui donnait, en lui épargnant les interprètes, gens toujours ennuyeux et parfois indiscrets, de grandes facilités de communication, soit avec les navires qu'il rencontrait en mer, soit avec les petites barques qu'il relevait le long des côtes, soit enfin avec les gens sans nom, sans patrie, sans état apparent, comme il y en a toujours sur les dalles des quais qui avoisinent les ports de mer, et qui vivent de ces ressources mystérieuses et cachées qu'il faut bien croire leur venir en ligne directe de la Providence, puisqu'ils n'ont aucun moyen d'existence visible à l'œil nu: on devine que Dantès était à bord d'un bâtiment contrebandier.

Aussi le patron avait-il reçu Dantès à bord avec une certaine défiance: il était fort connu de tous les douaniers de la côte, et, comme c'était entre ces messieurs et lui un échange de ruses plus adroites les unes que les autres, il avait pensé d'abord que Dantès était un émissaire de dame gabelle, qui employait cet ingénieux moyen de pénétrer quelques-uns des secrets du métier. Mais la manière brillante dont Dantès s'était tiré de l'épreuve quand il avait orienté au plus près l'avait entièrement convaincu; puis ensuite, quand il avait vu cette légère fumée flotter comme un panache au-dessus du bastion du château d'If, et qu'il avait entendu ce bruit lointain de l'explosion, il avait eu un instant l'idée qu'il venait de recevoir à bord celui à qui, comme pour les entrées et les sorties des rois, on accordait les honneurs du canon; cela l'inquiétait moins déjà, il faut le dire, que si le nouveau venu était un douanier; mais cette seconde supposition avait bientôt disparu comme la première à la vue de la parfaite tranquillité de sa recrue.

Edmond eut donc l'avantage de savoir ce qu'était son patron sans que son patron pût savoir ce qu'il était; de quelque côté que l'attaquassent le vieux marin ou ses camarades, il tint bon et ne fit aucun aveu: donnant force détails sur Naples et sur Malte, qu'il connaissait comme Marseille, et maintenant, avec une fermeté qui faisait honneur à sa mémoire, sa première narration. Ce fut donc le Génois, tout subtil qu'il était, qui se laissa duper par Edmond, en faveur duquel parlaient sa douceur, son expérience nautique et surtout la plus savante dissimulation.

Et puis, peut-être le Génois était-il comme ces gens d'esprit qui ne savent jamais que ce qu'ils doivent savoir, et qui ne croient que ce qu'ils ont intérêt à croire.

Ce fut donc dans cette situation réciproque que l'on arriva à Livourne.

Edmond devait tenter là une nouvelle épreuve: c'était de savoir s'il se reconnaîtrait lui-même, depuis quatorze ans qu'il ne s'était vu; il avait conservé une idée assez précise de ce qu'était le jeune homme, il allait voir ce qu'il était devenu homme. Aux yeux de ses camarades, son vœu était accompli: vingt fois déjà, il avait relâché à Livourne, il connaissait un barbier rue Saint-Ferdinand. Il entra chez lui pour se faire couper la barbe et les cheveux.

Le barbier regarda avec étonnement cet homme à la longue chevelure et à la barbe épaisse et noire, qui ressemblait à une de ces belles têtes du Titien. Ce n'était point encore la mode à cette époque-là que l'on portât la barbe et les cheveux si développés: aujourd'hui un barbier s'étonnerait seulement qu'un homme doué de si grands avantages physiques consentît à s'en priver.

Le barbier livournais se mit à la besogne sans observation.

Lorsque l'opération fut terminée, lorsque Edmond sentit son menton entièrement rasé, lorsque ses cheveux furent réduits à la longueur ordinaire, il demanda un miroir et se regarda.

Il avait alors trente-trois ans, comme nous l'avons dit, et ces quatorze années de prison avaient pour ainsi dire apporté un grand changement moral dans sa figure.

Dantès était entré au château d'If avec ce visage rond, riant et épanoui du jeune homme heureux, à qui les premiers pas dans la vie ont été faciles, et qui compte sur l'avenir comme sur la déduction naturelle du passé: tout cela était bien changé.

Sa figure ovale s'était allongée, sa bouche rieuse avait pris ces lignes fermes et arrêtées qui indiquent la résolution; ses sourcils s'étaient arqués sous une ride unique, pensive; ses yeux s'étaient empreints d'une profonde tristesse, du fond de laquelle jaillissaient de temps en temps de sombres éclairs, de la misanthropie et de la haine; son teint, éloigné si longtemps de la lumière du jour et des rayons du soleil, avait pris cette couleur mate qui fait, quand leur visage est encadré dans des cheveux noirs, la beauté aristocratique des hommes du Nord; cette science profonde qu'il avait acquise avait, en outre, reflété sur tout son visage une auréole d'intelligente sécurité; en outre, il avait, quoique naturellement d'une taille assez haute, acquis cette vigueur trapue d'un corps toujours concentrant ses forces en lui.

À l'élégance des formes nerveuses et grêles avait succédé la solidité des formes arrondies et musculeuses. Quant à sa voix, les prières, les sanglots et les imprécations l'avaient changée, tantôt en un timbre d'une douceur étrange, tantôt en une accentuation rude et presque rauque.

En outre, sans cesse dans un demi-jour et dans l'obscurité, ses yeux avaient acquis cette singulière faculté de distinguer les objets pendant la nuit, comme font ceux de l'hyène et du loup.

Edmond sourit en se voyant: il était impossible que son meilleur ami, si toutefois il lui restait un ami, le reconnût; il ne se reconnaissait même pas lui-même.

Le patron de la Jeune-Amélie, qui tenait beaucoup à garder parmi ses gens un homme de la valeur d'Edmond, lui avait proposé quelques avances sur sa part de bénéfices futurs, et Edmond avait accepté; son premier soin, en sortant de chez le barbier qui venait d'opérer chez lui cette première métamorphose, fut donc d'entrer dans un magasin et d'acheter un vêtement complet de matelot: ce vêtement, comme on le sait, est fort simple: il se compose d'un pantalon blanc, d'une chemise rayée et d'un bonnet phrygien.

C'est sous ce costume, en rapportant à Jacopo la chemise et le pantalon qu'il lui avait prêtés, qu'Edmond reparut devant le patron de la Jeune-Amélie, auquel il fut obligé de répéter son histoire. Le patron ne voulait pas reconnaître dans ce matelot coquet et élégant l'homme à la barbe épaisse, aux cheveux mêlés d'algues et au corps trempé d'eau de mer, qu'il avait recueilli nu et mourant sur le pont de son navire.

Entraîné par sa bonne mine, il renouvela donc à Dantès ses propositions d'engagement; mais Dantès, qui avait ses projets, ne les voulut accepter que pour trois mois.

Au reste, c'était un équipage fort actif que celui de la Jeune-Amélie, et soumis aux ordres d'un patron qui avait pris l'habitude de ne pas perdre son temps. À peine était-il depuis huit jours à Livourne, que les flancs rebondis du navire étaient remplis de mousselines peintes, de cotons prohibés, de poudre anglaise et de tabac sur lequel la régie avait oublié de mettre son cachet. Il s'agissait de faire sortir tout cela de Livourne, port franc, et de débarquer sur le rivage de la Corse, d'où certains spéculateurs se chargeaient de faire passer la cargaison en France.

On partit; Edmond fendit de nouveau cette mer azurée, premier horizon de sa jeunesse, qu'il avait revu si souvent dans les rêves de sa prison. Il laissa à sa droite la Gorgone, à sa gauche la Pianosa, et s'avança vers la patrie de Paoli et de Napoléon.

Le lendemain, en montant sur le pont, ce qu'il faisait toujours d'assez bonne heure, le patron trouva Dantès appuyé à la muraille du bâtiment et regardant avec une expression étrange un entassement de rochers granitiques que le soleil levant inondait d'une lumière rosée: c'était l'île de Monte-Cristo.

La Jeune-Amélie la laissa à trois quarts de lieue à peu près à tribord et continua son chemin vers la Corse.

Dantès songeait, tout en longeant cette île au nom si retentissant pour lui, qu'il n'aurait qu'à sauter à la mer et que dans une demi-heure il serait sur cette terre promise. Mais là que ferait-il, sans instruments pour découvrir son trésor, sans armes pour le défendre? D'ailleurs, que diraient les matelots? que penserait le patron? Il fallait attendre.

Heureusement, Dantès savait attendre: il avait attendu quatorze ans sa liberté; il pouvait bien, maintenant qu'il était libre, attendre six mois ou un an la richesse.

N'eût-il pas accepté la liberté sans la richesse si on la lui eût proposée?

D'ailleurs cette richesse n'était-elle pas toute chimérique? Née dans le cerveau malade du pauvre abbé Faria, n'était-elle pas morte avec lui?

Il est vrai que cette lettre du cardinal Spada était étrangement précise.

Et Dantès répétait d'un bout à l'autre dans sa mémoire cette lettre, dont il n'avait pas oublié un mot.

Le soir vint; Edmond vit l'île passer par toutes les teintes que le crépuscule amène avec lui, et se perdre pour tout le monde dans l'obscurité; mais lui, avec son regard habitué à l'obscurité de la prison, il continua sans doute de la voir, car il demeura le dernier sur le pont.

Le lendemain, on se réveilla à la hauteur d'Aleria. Tout le jour on courut des bordées, le soir des feux s'allumèrent sur la côte. À la disposition de ces feux on reconnut sans doute qu'on pouvait débarquer, car un fanal monta au lieu de pavillon à la corne du petit bâtiment, et l'on s'approcha à portée de fusil du rivage.

Dantès avait remarqué, pour ces circonstances solennelles sans doute, que le patron de la Jeune-Amélie avait monté sur pivot, en approchant de la terre, deux petites couleuvrines, pareilles à des fusils de rempart, qui, sans faire grand bruit, pouvaient envoyer une jolie balle de quatre à la livre à mille pas.

Mais, pour ce soir-là, la précaution fut superflue; tout se passa le plus doucement et le plus poliment du monde. Quatre chaloupes s'approchèrent à petit bruit du bâtiment, qui, sans doute pour leur faire honneur, mit sa propre chaloupe à la mer; tant il y a que les cinq chaloupes s'escrimèrent si bien, qu'à deux heures du matin tout le chargement était passé du bord de la Jeune-Amélie sur la terre ferme.

La nuit même, tant le patron de la Jeune-Amélie était un homme d'ordre, la répartition de la prime fut faite: chaque homme eut cent livres toscanes de part, c'est-à-dire à peu près quatre-vingts francs de notre monnaie.

Mais l'expédition n'était pas finie; on mit le cap sur la Sardaigne. Il s'agissait d'aller recharger le bâtiment qu'on venait de décharger.

La seconde opération se fit aussi que la première; la Jeune-Amélie était en veine de bonheur.

La nouvelle cargaison était pour le duché de Lucques. Elle se composait presque entièrement de cigares de La Havane, de vin de Xérès et de Malaga.

Là on eut maille à partir avec la gabelle, cette éternelle ennemie du patron de la Jeune-Amélie. Un douanier resta sur le carreau, et deux matelots furent blessés. Dantès était un de ces deux matelots; une balle lui avait traversé les chairs de l'épaule gauche.

Dantès était presque heureux de cette escarmouche et presque content de cette blessure; elles lui avaient, ces rudes institutrices, appris à lui-même de quel œil il regardait le danger et de quel cœur il supportait la souffrance. Il avait regardé le danger en riant, et en recevant le coup il avait dit comme le philosophe grec: «Douleur, tu n'es pas un mal.»

En outre, il avait examiné le douanier blessé à mort, et, soit chaleur du sang dans l'action, soit refroidissement des sentiments humains, cette vue ne lui avait produit qu'une légère impression. Dantès était sur la voie qu'il voulait parcourir, et marchait au but qu'il voulait atteindre: son cœur était en train de se pétrifier dans sa poitrine.

Au reste, Jacopo, qui, en le voyant tomber, l'avait cru mort, s'était précipité sur lui, l'avait relevé, et enfin, une fois relevé, l'avait soigné en excellent camarade.

Ce monde n'était donc pas si bon que le voyait le docteur Pangloss; mais il n'était donc pas non plus si méchant que le voyait Dantès, puisque cet homme, qui n'avait rien à attendre de son compagnon que d'hériter sa part de primes, éprouvait une si vive affliction de le voir tué?

Heureusement, nous l'avons dit, Edmond n'était que blessé. Grâce à certaines herbes cueillies à certaines époques et vendues aux contrebandiers par de vieilles femmes sardes, la blessure se referma bien vite. Edmond voulut tenter alors Jacopo; il lui offrit, en échange des soins qu'il en avait reçus, sa part des primes, mais Jacopo refusa avec indignation.

Il était résulté de cette espèce de dévouement sympathique que Jacopo avait voué à Edmond du premier moment où il l'avait vu, qu'Edmond accordait à Jacopo une certaine somme d'affection. Mais Jacopo n'en demandait pas davantage: il avait deviné instinctivement chez Edmond cette suprême supériorité à sa position, supériorité qu'Edmond était parvenu à cacher aux autres. Et de ce peu que lui accordait Edmond, le brave marin était content.

Aussi, pendant les longues journées de bord, quand le navire courant avec sécurité sur cette mer d'azur n'avait besoin, grâce au vent favorable qui gonflait ses voiles, que du secours du timonier, Edmond, une carte marine à la main, se faisait instituteur avec Jacopo, comme le pauvre abbé Faria s'était fait instituteur avec lui. Il lui montrait le gisement des côtes, lui expliquait les variations de la boussole, lui apprenait à lire dans ce grand livre ouvert au-dessus de nos têtes, qu'on appelle le ciel, et où Dieu a écrit sur l'azur avec des lettres de diamant.

Et quand Jacopo lui demandait:

«À quoi bon apprendre toutes ces choses à un pauvre matelot comme moi?»

Edmond répondait:

«Qui sait? tu seras peut-être un jour capitaine de bâtiment: ton compatriote Bonaparte est bien devenu empereur!»

Nous avons oublié de dire que Jacopo était Corse.

Deux mois et demi s'étaient déjà écoulés dans ces courses successives. Edmond était devenu aussi habile caboteur qu'il était autrefois hardi marin; il avait lié connaissance avec tous les contrebandiers de la côte: il avait appris tous les signes maçonniques à l'aide desquels ces demi-pirates se reconnaissent entre eux.

Il avait passé et repassé vingt fois devant son île de Monte-Cristo, mais dans tout cela il n'avait pas une seule fois trouvé l'occasion d'y débarquer.

Il avait donc pris une résolution:

C'était, aussitôt que son engagement avec le patron de la Jeune-Amélie aurait pris fin, de louer une petite barque pour son propre compte (Dantès le pouvait, car dans ses différentes courses il avait amassé une centaine de piastres), et, sous un prétexte quelconque de se rendre à l'île de Monte-Cristo.

Là, il ferait en toute liberté ses recherches.

Non pas en toute liberté, car il serait, sans aucun doute, espionné par ceux qui l'auraient conduit.

Mais dans ce monde il faut bien risquer quelque chose.

La prison avait rendu Edmond prudent, et il aurait bien voulu ne rien risquer.

Mais il avait beau chercher dans son imagination, si féconde qu'elle fût, il ne trouvait pas d'autres moyens d'arriver à l'île tant souhaitée que de s'y faire conduire.

Dantès flottait dans cette hésitation, lorsque le patron, qui avait mis une grande confiance en lui, et qui avait grande envie de le garder à son service, le prit un soir par le bras et l'emmena dans une taverne de la via del Oglio, dans laquelle avait l'habitude de se réunir ce qu'il y a de mieux en contrebandiers à Livourne.

C'était là que se traitaient d'habitude les affaires de la côte. Déjà deux ou trois fois Dantès était entré dans cette Bourse maritime; et en voyant ces hardis écumeurs que fournit tout un littoral de deux mille lieues de tour à peu près, il s'était demandé de quelle puissance ne disposerait pas un homme qui arriverait à donner l'impulsion de sa volonté à tous ces fils réunis ou divergents.

Cette fois, il était question d'une grande affaire: il s'agissait d'un bâtiment chargé de tapis turcs, d'étoffes du Levant et de Cachemire; il fallait trouver un terrain neutre où l'échange pût se faire, puis tenter de jeter ces objets sur les côtes de France.

La prime était énorme si l'on réussissait, il s'agissait de cinquante à soixante piastres par homme.

Le patron de la Jeune-Amélie proposa comme lieu de débarquement l'île de Monte-Cristo, laquelle, étant complètement déserte et n'ayant ni soldats ni douaniers, semble avoir été placée au milieu de la mer du temps de l'Olympe païen par Mercure, ce dieu des commerçants et des voleurs, classes que nous avons faites séparées, sinon distinctes, et que l'Antiquité, à ce qu'il paraît, rangeait dans la même catégorie.

À ce nom de Monte-Cristo, Dantès tressaillit de joie: il se leva pour cacher son émotion et fit un tour dans la taverne enfumée où tous les idiomes du monde connu venaient se fondre dans la langue franque.

Lorsqu'il se rapprocha des deux interlocuteurs, il était décidé que l'on relâcherait à Monte-Cristo et que l'on partirait pour cette expédition dès la nuit suivante.

Edmond, consulté, fut d'avis que l'île offrait toutes les sécurités possibles, et que les grandes entreprises pour réussir, avaient besoin d'être menées vite.

Rien ne fut donc changé au programme arrêté. Il fut convenu que l'on appareillerait le lendemain soir, et que l'on tâcherait, la mer étant belle et le vent favorable, de se trouver le surlendemain soir dans les eaux de l'île neutre.

 

第二十二章 走私贩子

唐太斯上船不到一天,就和船上人搞得很熟了。少女阿梅丽号(这艘热那亚独桅船的船名)上这位可敬的船长,虽然没受过法利亚神甫的教导,却几乎懂得地中海沿岸的各种语言,从阿拉伯语到普罗旺斯语,都能一知半解地说上几句,所以他不必雇用翻译,多一个人总是多一个累赘,而且常常多一个泄漏秘密的机会。这种语言上的能力,使他和人交换信息非常方便,不论是和他在海上所遇到的帆船,和那些沿着海岸航行的小舟,或和那些来历不明的人,这种人,没有姓名,没有国籍,没有明白的称呼,在海口的码头上可以看到他们,他们靠着那种秘密的经济来源生活,而由于看不出他们经济的来源,我们只能称他们是靠天过活的。读者可能已猜出来了,唐太斯是在一条走私船上。

鉴于上述这种情况,船长把唐太斯收留在船上,是不无怀疑的。他同沿海岸的海关官员都非常熟悉。而这些可敬的先生们和他之间时时都在勾心斗角,所以最初他以为唐太斯或许是税务局派来的一个密探,用这条巧计来刺探他这一行动的秘密。但唐太斯操纵这只小船的熟练程度又使他完全放了心。后来,当他看到伊夫堡的上空升起了一缕象羽毛似的轻烟,他立刻想到,他的船上已接纳了一位象国王那样他们要鸣炮致敬的人物。应该说,这时他多少放心了一些,因为这样的一位新来者总比来个海关官员要强,可是当他看到这位新来的伙计态度十分泰然,后面这一层怀疑也就象前者一样地消失了。

所以爱德蒙占了个便宜,他可以知道船长是什么样的人,而船长却不知道他是谁。不论那个老水手和他的船员用什么方法来套他的话,他都能顶得住,不泄露半点真情,只坚持说他最初的那番话,他把那不勒斯和马耳他描绘得绘声绘色,他对这些地方了解得象马赛一样清楚。所以那个热那亚人虽然精明,却被唐太斯用温和的态度和熟练的航海技术蒙骗了过去。当然,也许这位热那亚人也同那些明智的人一样,他们除了自己应该知道的事以外别的都不想去知道,除了愿望相信的事情以外,别的都不相信。

而就在这种对互相都有利的状况之下,他们到达了里窝那。在这儿,爱德蒙又要接受一次考验:这就是十四年来他不曾看见过自己是什么模样,他现在还认识自己吗。对于自己年轻时的容貌,他还保存着一个完好的记忆,现在要面对的是成年时的自己究竟变成个什么样子。他的新朋友们相信他所许的愿该兑现了。他以前曾在里窝那停靠过不下二十次。他记得在圣•费狄南街有一家理发店,他就到那儿去刮胡子理头发了。理发师惊异地望着这个长发黑须的人,他看上去就象提香 【提香(1487—1576)意大利画家——译注】名画上的人物。当时并不流行这样的大胡子和这样的长头发,而倘若在今天,假如一个人天赋有这样的美质而竟自动愿意舍弃,一定会使理发师大为惊奇的。那位里窝那理发师不加思索,立刻就干了起来。

修理完以后,爱德蒙感到自己的下巴已十分光滑,而头发也与常人一般长短了,他要了一面镜子,从镜子里端祥着自己。我已说过,他现在已经三十三岁了,十四年的牢狱生活已在他的脸上发生了气质上的变化。唐太斯进伊夫堡时,有着幸福年轻人的圆圆的,坦诚的,微笑的脸,他一生中早年所走的路是平坦的,而他以为,未来自然只是过去的继续。但现在这一切都变了。他那椭圆形的脸已拉长了,那张含笑的嘴出在已刻上了显示意志坚强而沉着的线条;那饱满的额头上出现了一条深思的皱纹;他的眼睛里充满了抑郁的神色,从中不时地闪现出愤泄嫉俗的仇和恨的光芒;他的脸色,因长期不和阳光接触,而变成了苍白色,配上他那黑色的头发,现出一种北欧人的那种贵族美;他学到的深奥的知识又使他脸上焕发出一种泰然自若的智慧之光:他的身材本来就很颀长,长年来体内又积蓄力量,所以显得更加身强体壮了。

丰满结实而肌肉发达的身材已一变而为消瘦劲健,文质彬彬的仪表。他的嗓音,因祈祷,啜泣和诅咒而发生了很大的变化,时而温柔恳切,听来非常动人,时而粗声气近乎嘶哑。

而且,由于长久生活在昏暗的地方,他的眼睛早已变得象鬣狗和狼的眼睛一样,具有能在黑夜里辨别东西的能力。爱德蒙望着镜子里的自己笑了,即使他最好的朋友——假如他的确还有什么朋友留在世上的话——也不可能认出他来了,他自己都认不出自己来了。少女阿梅丽号的船长极希望留下象爱德蒙这样有用的人,他预支了一些将来应得的红利给爱德蒙。理发师刚使爱德蒙初步改变了模样,他就离开理发店来到了一家商店里,买了全套的水手服装,我们都知道,那是非常简单的,不过是条全白色的裤子,一件海魂衫和一顶帽子。爱德蒙穿着这套服装到了船上,把雅格布借给他的衬衫和裤子还给了他,重新站在“少女阿梅丽号”船长的面前。船长叫他把他的身世重新讲了一遍,他已认不出眼前这个整洁文雅的水手就是那个留有大胡子,头发里缠满了海藻,全身浸在海水里,快要淹死的时候赤裸裸地被他手下的人救起来的那个人。

看到爱德蒙这样焕然一新的样子,他又重新提议,想长期雇用唐太斯。但唐太斯有自己的打算,只接受了三个月的聘期。

少女阿梅丽号现在有一个非常得力的,非常服从他们船长的伙计。船长一向总是惜时如金,他在里窝那停靠了不到一星期,他的船上已装满了印花纱布,禁止出口的棉花,英国火药和专卖局忘记盖上印的烟草。船长要把这些货都免税弄出里窝那,运到科西嘉沿岸在那儿,再由一些投机商人把货物转运到法国去。他们的船启航了,爱德蒙又在浅蓝色的大海上破浪前进了,大海是他的青年时代活动的天地,他在狱中曾常常梦到它。现在戈尔纳在他的右边,皮亚诺扎在他的左边,他正在向巴奥里和拿破仑的故乡前进。第二天早晨,当船长来到甲板上的时候(他老是一早就到甲板上去的),他发现唐太斯正斜靠在船舷上,以一种奇特的目光注视着一座被朝阳染成玫瑰色的花岗石的岩山:那就是基督山小岛。少女阿梅丽号在其左舷离它还不到一里路的地方驶过去了,直奔科西嘉而去。

这个小岛的名字和唐太斯是这样的休戚相关,当他们这样近地经过它的时候,他不禁在心里想:他只要一下跳进海里用不了半小时,他就可以登上那块上帝赐与他的土地了。不过,那样的话他没有工具来发掘宝藏,也没有武器来保护它,他该怎么办呢?而且,水手们会怎么说,船长会怎么想呢?他必须等待。幸好,他已学会了如何等待。为了自由他曾等待了十四年,现在为了财富,他当然可以再等上一年半载的。最初要是只给他自由而不给他财富,他不是也同样会接受吗?再说,那些财富该不会只是个幻想吧?是可怜的法利亚神甫脑子有病时想出来的东西,是否已同他一起离开了尘世呢?不过,红衣主教斯帕达的那封信是唯一有关的证据,于是唐太斯把那张纸上的内容又从头到尾的默述了一遍,他一个字也没有忘。

黄昏来临了,爱德蒙眼看着那个小岛被宠罩在薄暮之中并渐渐地远去了,终于在船上其它人的眼前消失了,但却没有在他的眼前消失。因为他的眼睛在牢狱中早已炼就了透过黑暗看东西的能力,他仍继续看着它,并最后一个离开了甲板。

第二天破晓的时候,他们已到了阿立里亚海外。他们整天沿着海岸航行,到了傍晚时分,岸上燃起了灯火。这火光大概是约定的暗号,一看到这火光,他们就知道可以靠岸了,因为有一盏信号灯不是挂在旗杆上而是挂在桅顶上,于是他们就向岸边靠近,驶到了大炮的射程以内。唐太斯注意到,当他们向岸边靠近的时候,船长架