国芳多语对照文库:[法英汉三语对照]《包法利夫人》(福楼拜) Madame Bovary by Flaubert
  
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解密目标语言:法语
Language to be decoded:  French

解密辅助语言:英语
Auxiliary Language :  English

解密文本:《包法利夫人》  [ 法国 ]   福楼拜 著

Madame Bovary

par Gustave Flaubert

  Madame Bovary
by Gustave Flaubert
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PREMIÈRE PARTIE

 

Part I

I Chapter One
II Chapter Two
III Chapter Three
IV Chapter Four
V Chapter Five
VI Chapter Six
VII Chapter Seven
VIII Chapter Eight
IX Chapter Nine



I

Nous étions à l'Étude, quand le Proviseur entra, suivi d'un nouveau habillé en bourgeois et d'un garçon de classe qui portait un grand pupitre. Ceux qui dormaient se réveillèrent, et chacun se leva comme surpris dans son travail.

Le Proviseur nous fit signe de nous rasseoir; puis, se tournant vers le maître d'études:

-- Monsieur Roger, lui dit-il à demi-voix, voici un élève que je vous recommande, il entre en cinquième. Si son travail et sa conduite sont méritoires, il passera dans les grands, où l'appelle son âge.

Resté dans l'angle, derrière la porte, si bien qu'on l'apercevait à peine, le nouveau était un gars de la campagne, d'une quinzaine d'années environ, et plus haut de taille qu'aucun de nous tous. Il avait les cheveux coupés droit sur le front, comme un chantre de village, l'air raisonnable et fort embarrassé. Quoiqu'il ne fût pas large des épaules, son habit-veste de drap vert à boutons noirs devait le gêner aux entournures et laissait voir, par la fente des parements, des poignets rouges habitués à être nus. Ses jambes, en bas bleus, sortaient d'un pantalon jaunâtre très tiré par les bretelles. Il était chaussé de souliers forts, mal cirés, garnis de clous.

On commença la récitation des leçons. Il les écouta de toutes ses oreilles, attentif comme au sermon, n'osant même croiser les cuisses, ni s'appuyer sur le coude, et, à deux heures, quand la cloche sonna, le maître d'études fut obligé de l'avertir, pour qu'il se mît avec nous dans les rangs.

Nous avions l'habitude, en entrant en classe, de jeter nos casquettes par terre, afin d'avoir ensuite nos mains plus libres; il fallait, dès le seuil de la porte, les lancer sous le banc, de façon à frapper contre la muraille en faisant beaucoup de poussière; c'était là le genre.

Mais, soit qu'il n'eût pas remarqué cette manoeuvre ou qu'il n'eut osé s'y soumettre, la prière était finie que le nouveau tenait encore sa casquette sur ses deux genoux. C'était une de ces coiffures d'ordre composite, où l'on retrouve les éléments du bonnet à poil, du chapska, du chapeau rond, de la casquette de loutre et du bonnet de coton, une de ces pauvres choses, enfin, dont la laideur muette a des profondeurs d'expression comme le visage d'un imbécile. Ovoïde et renflée de baleines, elle commençait par trois boudins circulaires; puis s'alternaient, séparés par une bande rouge, des losanges de velours et de poils de lapin; venait ensuite une façon de sac qui se terminait par un polygone cartonné, couvert d'une broderie en soutache compliquée, et d'où pendait, au bout d'un long cordon trop mince, un petit croisillon de fils d'or, en manière de gland. Elle était neuve; la visière brillait.

-- Levez-vous, dit le professeur.

Il se leva; sa casquette tomba. Toute la classe se mit à rire.

Il se baissa pour la reprendre. Un voisin la fit tomber d'un coup de coude, il la ramassa encore une fois.

-- Débarrassez-vous donc de votre casque, dit le professeur, qui était un homme d'esprit.

Il y eut un rire éclatant des écoliers qui décontenança le pauvre garçon, si bien qu'il ne savait s'il fallait garder sa casquette à la main, la laisser par terre ou la mettre sur sa tête. Il se rassit et la posa sur ses genoux.

-- Levez-vous, reprit le professeur, et dites-moi votre nom.

Le nouveau articula, d'une voix bredouillante, un nom inintelligible.

-- Répétez!

Le même bredouillement de syllabes se fit entendre, couvert par les huées de la classe.

-- Plus haut! cria le maître, plus haut!

Le nouveau, prenant alors une résolution extrême, ouvrit une bouche démesurée et lança à pleins poumons, comme pour appeler quelqu'un, ce mot: Charbovari.

Ce fut un vacarme qui s'élança d'un bond, monta en crescendo, avec des éclats de voix aigus (on hurlait, on aboyait, on trépignait, on répétait: Charbovari! Charbovari!), puis qui roula en notes isolées, se calmant à grand-peine, et parfois qui reprenait tout à coup sur la ligne d'un banc où saillissait encore çà et là, comme un pétard mal éteint, quelque rire étouffé.

Cependant, sous la pluie des pensums, l'ordre peu à peu se rétablit dans la classe, et le professeur, parvenu à saisir le nom de Charles Bovary, se l'étant fait dicter, épeler et relire, commanda tout de suite au pauvre diable d'aller s'asseoir sur le banc de paresse, au pied de la chaire. Il se mit en mouvement, mais, avant de partir, hésita.

-- Que cherchez-vous? demanda le professeur.

-- Ma cas... fit timidement le nouveau, promenant autour de lui des regards inquiets.

-- Cinq cents vers à toute la classe! exclamé d'une voix furieuse, arrêta, comme le _Quos ego_, une bourrasque nouvelle. -- Restez donc tranquilles! continuait le professeur indigné, et s'essuyant le front avec son mouchoir qu'il venait de prendre dans sa toque: Quant à vous, le nouveau, vous me copierez vingt fois le verbe _ridiculus sum_.

Puis, d'une voix plus douce:

-- Eh! vous la retrouverez, votre casquette; on ne vous l'a pas volée!

Tout reprit son calme. Les têtes se courbèrent sur les cartons, et le nouveau resta pendant deux heures dans une tenue exemplaire, quoiqu'il y eût bien, de temps à autre, quelque boulette de papier lancée d'un bec de plume qui vînt s'éclabousser sur sa figure. Mais il s'essuyait avec la main, et demeurait immobile, les yeux baissés.

Le soir, à l'Étude, il tira ses bouts de manches de son pupitre, mit en ordre ses petites affaires, régla soigneusement son papier. Nous le vîmes qui travaillait en conscience, cherchant tous les mots dans le dictionnaire et se donnant beaucoup de mal. Grâce, sans doute, à cette bonne volonté dont il fit preuve, il dut de ne pas descendre dans la classe inférieure; car, s'il savait passablement ses règles, il n'avait guère d'élégance dans les tournures. C'était le curé de son village qui lui avait commencé le latin, ses parents, par économie, ne l'ayant envoyé au collège que le plus tard possible.

Son père, M. Charles-Denis-Bartholomé Bovary, ancien aide- chirurgien-major, compromis, vers 1812, dans des affaires de conscription, et forcé, vers cette époque, de quitter le service, avait alors profité de ses avantages personnels pour saisir au passage une dot de soixante mille francs, qui s'offrait en la fille d'un marchand bonnetier, devenue amoureuse de sa tournure. Bel homme, hâbleur, faisant sonner haut ses éperons, portant des favoris rejoints aux moustaches, les doigts toujours garnis de bagues et habillé de couleurs voyantes, il avait l'aspect d'un brave, avec l'entrain facile d'un commis voyageur. Une fois marié, il vécut deux ou trois ans sur la fortune de sa femme, dînant bien, se levant tard, fumant dans de grandes pipes en porcelaine, ne rentrant le soir qu'après le spectacle et fréquentant les cafés. Le beau-père mourut et laissa peu de chose; il en fut indigné, se lança dans la fabrique, y perdit quelque argent, puis se retira dans la campagne, où il voulut faire valoir. Mais, comme il ne s'entendait guère plus en culture qu'en indiennes, qu'il montait ses chevaux au lieu de les envoyer au labour, buvait son cidre en bouteilles au lieu de le vendre en barriques, mangeait les plus belles volailles de sa cour et graissait ses souliers de chasse avec le lard de ses cochons, il ne tarda point à s'apercevoir qu'il valait mieux planter là toute spéculation.

Moyennant deux cents francs par an, il trouva donc à louer dans un village, sur les confins du pays de Caux et de la Picardie, une sorte de logis moitié ferme, moitié maison de maître; et, chagrin, rongé de regrets, accusant le ciel, jaloux contre tout le monde, il s'enferma dès l'âge de quarante-cinq ans, dégoûté des hommes, disait-il, et décidé à vivre en paix.

Sa femme avait été folle de lui autrefois; elle l'avait aimé avec mille servilités qui l'avaient détaché d'elle encore davantage. Enjouée jadis, expansive et tout aimante, elle était, en vieillissant, devenue (à la façon du vin éventé qui se tourne en vinaigre) d'humeur difficile, piaillarde, nerveuse. Elle avait tant souffert, sans se plaindre, d'abord, quand elle le voyait courir après toutes les gotons de village et que vingt mauvais lieux le lui renvoyaient le soir, blasé et puant l'ivresse! Puis l'orgueil s'était révolté. Alors elle s'était tue, avalant sa rage dans un stoïcisme muet, qu'elle garda jusqu'à sa mort. Elle était sans cesse en courses, en affaires. Elle allait chez les avoués, chez le président, se rappelait l'échéance des billets, obtenait des retards; et, à la maison, repassait, cousait, blanchissait, surveillait les ouvriers, soldait les mémoires, tandis que, sans s'inquiéter de rien, Monsieur, continuellement engourdi dans une somnolence boudeuse dont il ne se réveillait que pour lui dire des choses désobligeantes, restait à fumer au coin du feu, en crachant dans les cendres.

Quand elle eut un enfant, il le fallut mettre en nourrice. Rentré chez eux, le marmot fut gâté comme un prince. Sa mère le nourrissait de confitures; son père le laissait courir sans souliers, et, pour faire le philosophe, disait même qu'il pouvait bien aller tout nu, comme les enfants des bêtes. À l'encontre des tendances maternelles, il avait en tête un certain idéal viril de l'enfance, d'après lequel il tâchait de former son fils, voulant qu'on l'élevât durement, à la spartiate, pour lui faire une bonne constitution. Il l'envoyait se coucher sans feu, lui apprenait à boire de grands coups de rhum et à insulter les processions. Mais, naturellement paisible, le petit répondait mal à ses efforts. Sa mère le traînait toujours après elle; elle lui découpait des cartons, lui racontait des histoires, s'entretenait avec lui dans des monologues sans fin, pleins de gaietés mélancoliques et de chatteries babillardes. Dans l'isolement de sa vie, elle reporta sur cette tête d'enfant toutes ses vanités éparses, brisées. Elle rêvait de hautes positions, elle le voyait déjà grand, beau, spirituel, établi, dans les ponts et chaussées ou dans la magistrature. Elle lui apprit à lire, et même lui enseigna, sur un vieux piano qu'elle avait, à chanter deux ou trois petites romances. Mais, à tout cela, M. Bovary, peu soucieux des lettres, disait que ce n'était pas la peine! Auraient-ils jamais de quoi l'entretenir dans les écoles du gouvernement, lui acheter une charge ou un fonds de commerce? D'ailleurs, avec du toupet, un homme réussit toujours dans le monde. Madame Bovary se mordait les lèvres, et l'enfant vagabondait dans le village.

Il suivait les laboureurs, et chassait, à coups de motte de terre, les corbeaux qui s'envolaient. Il mangeait des mûres le long des fossés, gardait les dindons avec une gaule, fanait à la moisson, courait dans le bois, jouait à la marelle sous le porche de l'église les jours de pluie, et, aux grandes fêtes, suppliait le bedeau de lui laisser sonner les cloches, pour se pendre de tout son corps à la grande corde et se sentir emporter par elle dans sa volée.

Aussi poussa-t-il comme un chêne. Il acquit de fortes mains, de belles couleurs.

À douze ans, sa mère obtint que l'on commençât ses études. On en chargea le curé. Mais les leçons étaient si courtes et si mal suivies, qu'elles ne pouvaient servir à grand-chose. C'était aux moments perdus qu'elles se donnaient, dans la sacristie, debout, à la hâte, entre un baptême et un enterrement; ou bien le curé envoyait chercher son élève après l'Angélus, quand il n'avait pas à sortir. On montait dans sa chambre, on s'installait: les moucherons et les papillons de nuit tournoyaient autour de la chandelle. Il faisait chaud, l'enfant s'endormait; et le bonhomme, s'assoupissant les mains sur son ventre, ne tardait pas à ronfler, la bouche ouverte. D'autres fois, quand M. le curé, revenant de porter le viatique à quelque malade des environs, apercevait Charles qui polissonnait dans la campagne, il l'appelait, le sermonnait un quart d'heure et profitait de l'occasion pour lui faire conjuguer son verbe au pied d'un arbre. La pluie venait les interrompre, ou une connaissance qui passait. Du reste, il était toujours content de lui, disait même que le jeune homme avait beaucoup de mémoire.

Charles ne pouvait en rester là. Madame fut énergique. Honteux, ou fatigué plutôt, Monsieur céda sans résistance, et l'on attendit encore un an que le gamin eût fait sa première communion.

Six mois se passèrent encore; et, l'année d'après, Charles fut définitivement envoyé au collège de Rouen, où son père l'amena lui-même, vers la fin d'octobre, à l'époque de la foire Saint- Romain.

Il serait maintenant impossible à aucun de nous de se rien rappeler de lui. C'était un garçon de tempérament modéré, qui jouait aux récréations, travaillait à l'étude, écoutant en classe, dormant bien au dortoir, mangeant bien au réfectoire. Il avait pour correspondant un quincaillier en gros de la rue Ganterie, qui le faisait sortir une fois par mois, le dimanche, après que sa boutique était fermée, l'envoyait se promener sur le port à regarder les bateaux, puis le ramenait au collège dès sept heures, avant le souper. Le soir de chaque jeudi, il écrivait une longue lettre à sa mère, avec de l'encre rouge et trois pains à cacheter; puis il repassait ses cahiers d'histoire, ou bien lisait un vieux volume d'Anacharsis qui traînait dans l'étude. En promenade, il causait avec le domestique, qui était de la campagne comme lui.

À force de s'appliquer, il se maintint toujours vers le milieu de la classe; une fois même, il gagna un premier accessit d'histoire naturelle. Mais à la fin de sa troisième, ses parents le retirèrent du collège pour lui faire étudier la médecine, persuadés qu'il pourrait se pousser seul jusqu'au baccalauréat.

Sa mère lui choisit une chambre, au quatrième, sur l'Eau-de-Robec, chez un teinturier de sa connaissance: Elle conclut les arrangements pour sa pension, se procura des meubles, une table et deux chaises, fit venir de chez elle un vieux lit en merisier, et acheta de plus un petit poêle en fonte, avec la provision de bois qui devait chauffer son pauvre enfant. Puis elle partit au bout de la semaine, après mille recommandations de se bien conduire, maintenant qu'il allait être abandonné à lui-même.

Le programme des cours, qu'il lut sur l'affiche, lui fit un effet d'étourdissement: cours d'anatomie, cours de pathologie, cours de physiologie, cours de pharmacie, cours de chimie, et de botanique, et de clinique, et de thérapeutique, sans compter l'hygiène ni la matière médicale, tous noms dont il ignorait les étymologies et qui étaient comme autant de portes de sanctuaires pleins d'augustes ténèbres.

Il n'y comprit rien; il avait beau écouter, il ne saisissait pas. Il travaillait pourtant, il avait des cahiers reliés, il suivait tous les cours; il ne perdait pas une seule visite. Il accomplissait sa petite tâche quotidienne à la manière du cheval de manège, qui tourne en place les yeux bandés, ignorant de la besogne qu'il broie.

Pour lui épargner de la dépense, sa mère lui envoyait chaque semaine, par le messager, un morceau de veau cuit au four, avec quoi il déjeunait le matin; quand il était rentré de l'hôpital, tout en battant la semelle contre le mur. Ensuite il fallait courir aux leçons, à l'amphithéâtre, à l'hospice, et revenir chez lui, à travers toutes les rues. Le soir, après le maigre dîner de son propriétaire, il remontait à sa chambre et se remettait au travail, dans ses habits mouillés qui fumaient sur son corps, devant le poêle rougi.

Dans les beaux soirs d'été; à l'heure où les rues tièdes sont vides, quand les servantes, jouent au volant sur le seuil des portes, il ouvrait sa fenêtre et s'accoudait. La rivière, qui fait de ce quartier de Rouen comme une ignoble petite Venise, coulait en bas, sous lui, jaune, violette ou bleue, entre ses ponts et ses grilles. Des ouvriers, accroupis au bord, lavaient leurs bras dans l'eau. Sur des perches partant du haut des greniers, des écheveaux de coton séchaient à l'air. En face, au-delà des toits, le grand ciel pur s'étendait, avec le soleil rouge se couchant. Qu'il devait faire bon là-bas! Quelle fraîcheur sous la hêtraie! Et il ouvrait les narines pour aspirer les bonnes odeurs de la campagne, qui ne venaient pas jusqu'à lui.

Il maigrit, sa taille s'allongea, et sa figure prit une sorte d'expression dolente qui la rendit presque intéressante.

Naturellement, par nonchalance; il en vint à se délier de toutes les résolutions qu'il s'était faites. Une fois, il manqua la visite, le lendemain son cours, et, savourant la paresse, peu à peu, n'y retourna plus.

Il prit l'habitude du cabaret, avec la passion des dominos. S'enfermer chaque soir dans un sale appartement public, pour y taper sur des tables de marbre de petits os de mouton marqués de points noirs, lui semblait un acte précieux de sa liberté, qui le rehaussait d'estime vis-à-vis de lui-même. C'était comme l'initiation au monde, l'accès des plaisirs défendus; et, en entrant, il posait la main sur le bouton de la porte avec une joie presque sensuelle. Alors, beaucoup de choses comprimées en lui, se dilatèrent; il apprit par coeur des couplets qu'il chantait aux bienvenues, s'enthousiasma pour Béranger, sut faire du punch et connut enfin l'amour.

Grâce à ces travaux préparatoires, il échoua complètement à son examen d'officier de santé. On l'attendait le soir même à la maison pour fêter son succès.

Il partit à pied et s'arrêta vers l'entrée du village, où il fit demander sa mère, lui conta tout. Elle l'excusa, rejetant l'échec sur l'injustice des examinateurs, et le raffermit un peu, se chargeant d'arranger les choses. Cinq ans plus tard seulement, M. Bovary connut la vérité; elle était vieille, il l'accepta, ne pouvant d'ailleurs supposer qu'un homme issu de lui fût un sot.

Charles se remit donc au travail et prépara sans discontinuer les matières de son examen, dont il apprit d'avance toutes les questions par coeur. Il fut reçu avec une assez bonne note. Quel beau jour pour sa mère! On donna un grand dîner.

Où irait-il exercer son art? À Tostes. Il n'y avait là qu'un vieux médecin. Depuis longtemps madame Bovary guettait sa mort, et le bonhomme n'avait point encore plié bagage, que Charles était installé en face, comme son successeur.

Mais ce n'était pas tout que d'avoir élevé son fils, de lui avoir fait apprendre la médecine et découvert Tostes pour l'exercer: il lui fallait une femme. Elle lui en trouva une: la veuve d'un huissier de Dieppe, qui avait quarante-cinq ans et douze cents livres de rente.

Quoiqu'elle fût laide, sèche comme un cotret, et bourgeonnée comme un printemps, certes madame Dubuc ne manquait pas de partis à choisir. Pour arriver à ses fins, la mère Bovary fut obligée de les évincer tous, et elle déjoua même fort habilement les intrigues d'un charcutier qui était soutenu par les prêtres.

Charles avait entrevu dans le mariage l'avènement d'une condition meilleure, imaginant qu'il serait plus libre et pourrait disposer de sa personne et de son argent. Mais sa femme fut le maître; il devait devant le monde dire ceci, ne pas dire cela, faire maigre tous les vendredis, s'habiller comme elle l'entendait, harceler par son ordre les clients qui ne payaient pas. Elle décachetait ses lettres, épiait ses démarches, et l'écoutait, à travers la cloison, donner ses consultations dans son cabinet, quand il y avait des femmes.

Il lui fallait son chocolat tous les matins, des égards à n'en plus finir. Elle se plaignait sans cesse de ses nerfs, de sa poitrine, de ses humeurs. Le bruit des pas lui faisait mal; on s'en allait, la solitude lui devenait odieuse; revenait-on près d'elle, c'était pour la voir mourir, sans doute. Le soir, quand Charles rentrait, elle sortait de dessous ses draps ses longs bras maigres, les lui passait autour du cou, et, l'ayant fait asseoir au bord du lit, se mettait à lui parler de ses chagrins: il l'oubliait, il en aimait une autre! On lui avait bien dit qu'elle serait malheureuse; et elle finissait en lui demandant quelque sirop pour sa santé et un peu plus d'amour.

 

Chapter One

We were in class when the head-master came in, followed by a "new fellow," not wearing the school uniform, and a school servant carrying a large desk. Those who had been asleep woke up, and every one rose as if just surprised at his work.

The head-master made a sign to us to sit down. Then, turning to the class-master, he said to him in a low voice--

"Monsieur Roger, here is a pupil whom I recommend to your care; he'll be in the second. If his work and conduct are satisfactory, he will go into one of the upper classes, as becomes his age."

The "new fellow," standing in the corner behind the door so that he could hardly be seen, was a country lad of about fifteen, and taller than any of us. His hair was cut square on his forehead like a village chorister's; he looked reliable, but very ill at ease. Although he was not broad-shouldered, his short school jacket of green cloth with black buttons must have been tight about the arm-holes, and showed at the opening of the cuffs red wrists accustomed to being bare. His legs, in blue stockings, looked out from beneath yellow trousers, drawn tight by braces, He wore stout, ill-cleaned, hob-nailed boots.

We began repeating the lesson. He listened with all his ears, as attentive as if at a sermon, not daring even to cross his legs or lean on his elbow; and when at two o'clock the bell rang, the master was obliged to tell him to fall into line with the rest of us.

When we came back to work, we were in the habit of throwing our caps on the ground so as to have our hands more free; we used from the door to toss them under the form, so that they hit against the wall and made a lot of dust: it was "the thing."

But, whether he had not noticed the trick, or did not dare to attempt it, the "new fellow," was still holding his cap on his knees even after prayers were over. It was one of those head-gears of composite order, in which we can find traces of the bearskin, shako, billycock hat, sealskin cap, and cotton night-cap; one of those poor things, in fine, whose dumb ugliness has depths of expression, like an imbecile's face. Oval, stiffened with whalebone, it began with three round knobs; then came in succession lozenges of velvet and rabbit-skin separated by a red band; after that a sort of bag that ended in a cardboard polygon covered with complicated braiding, from which hung, at the end of a long thin cord, small twisted gold threads in the manner of a tassel. The cap was new; its peak shone.

"Rise," said the master.

He stood up; his cap fell. The whole class began to laugh. He stooped to pick it up. A neighbor knocked it down again with his elbow; he picked it up once more.

"Get rid of your helmet," said the master, who was a bit of a wag.

There was a burst of laughter from the boys, which so thoroughly put the poor lad out of countenance that he did not know whether to keep his cap in his hand, leave it on the ground, or put it on his head. He sat down again and placed it on his knee.

"Rise," repeated the master, "and tell me your name."

The new boy articulated in a stammering voice an unintelligible name.

"Again!"

The same sputtering of syllables was heard, drowned by the tittering of the class.

"Louder!" cried the master; "louder!"

The "new fellow" then took a supreme resolution, opened an inordinately large mouth, and shouted at the top of his voice as if calling someone in the word "Charbovari."

A hubbub broke out, rose in crescendo with bursts of shrill voices (they yelled, barked, stamped, repeated "Charbovari! Charbovari"), then died away into single notes, growing quieter only with great difficulty, and now and again suddenly recommencing along the line of a form whence rose here and there, like a damp cracker going off, a stifled laugh.

However, amid a rain of impositions, order was gradually re-established in the class; and the master having succeeded in catching the name of "Charles Bovary," having had it dictated to him, spelt out, and re-read, at once ordered the poor devil to go and sit down on the punishment form at the foot of the master's desk. He got up, but before going hesitated.

"What are you looking for?" asked the master.

"My c-a-p," timidly said the "new fellow," casting troubled looks round him.

"Five hundred lines for all the class!" shouted in a furious voice stopped, like the Quos ego*, a fresh outburst. "Silence!" continued the master indignantly, wiping his brow with his handkerchief, which he had just taken from his cap. "As to you, 'new boy,' you will conjugate 'ridiculus sum'** twenty times."

Then, in a gentler tone, "Come, you'll find your cap again; it hasn't been stolen."

*A quotation from the Aeneid signifying a threat.

**I am ridiculous.

Quiet was restored. Heads bent over desks, and the "new fellow" remained for two hours in an exemplary attitude, although from time to time some paper pellet flipped from the tip of a pen came bang in his face. But he wiped his face with one hand and continued motionless, his eyes lowered.

In the evening, at preparation, he pulled out his pens from his desk, arranged his small belongings, and carefully ruled his paper. We saw him working conscientiously, looking up every word in the dictionary, and taking the greatest pains. Thanks, no doubt, to the willingness he showed, he had not to go down to the class below. But though he knew his rules passably, he had little finish in composition. It was the cure of his village who had taught him his first Latin; his parents, from motives of economy, having sent him to school as late as possible.

His father, Monsieur Charles Denis Bartolome Bovary, retired assistant-surgeon-major, compromised about 1812 in certain conscription scandals, and forced at this time to leave the service, had taken advantage of his fine figure to get hold of a dowry of sixty thousand francs that offered in the person of a hosier's daughter who had fallen in love with his good looks. A fine man, a great talker, making his spurs ring as he walked, wearing whiskers that ran into his moustache, his fingers always garnished with rings and dressed in loud colours, he had the dash of a military man with the easy go of a commercial traveller.

Once married, he lived for three or four years on his wife's fortune, dining well, rising late, smoking long porcelain pipes, not coming in at night till after the theatre, and haunting cafes. The father-in-law died, leaving little; he was indignant at this, "went in for the business," lost some money in it, then retired to the country, where he thought he would make money.

But, as he knew no more about farming than calico, as he rode his horses instead of sending them to plough, drank his cider in bottle instead of selling it in cask, ate the finest poultry in his farmyard, and greased his hunting-boots with the fat of his pigs, he was not long in finding out that he would do better to give up all speculation.

For two hundred francs a year he managed to live on the border of the provinces of Caux and Picardy, in a kind of place half farm, half private house; and here, soured, eaten up with regrets, cursing his luck, jealous of everyone, he shut himself up at the age of forty-five, sick of men, he said, and determined to live at peace.

His wife had adored him once on a time; she had bored him with a thousand servilities that had only estranged him the more. Lively once, expansive and affectionate, in growing older she had become (after the fashion of wine that, exposed to air, turns to vinegar) ill-tempered, grumbling, irritable. She had suffered so much without complaint at first, until she had seem him going after all the village drabs, and until a score of bad houses sent him back to her at night, weary, stinking drunk. Then her pride revolted. After that she was silent, burying her anger in a dumb stoicism that she maintained till her death. She was constantly going about looking after business matters. She called on the lawyers, the president, remembered when bills fell due, got them renewed, and at home ironed, sewed, washed, looked after the workmen, paid the accounts, while he, troubling himself about nothing, eternally besotted in sleepy sulkiness, whence he only roused himself to say disagreeable things to her, sat smoking by the fire and spitting into the cinders.

When she had a child, it had to be sent out to nurse. When he came home, the lad was spoilt as if he were a prince. His mother stuffed him with jam; his father let him run about barefoot, and, playing the philosopher, even said he might as well go about quite naked like the young of animals. As opposed to the maternal ideas, he had a certain virile idea of childhood on which he sought to mould his son, wishing him to be brought up hardily, like a Spartan, to give him a strong constitution. He sent him to bed without any fire, taught him to drink off large draughts of rum and to jeer at religious processions. But, peaceable by nature, the lad answered only poorly to his notions. His mother always kept him near her; she cut out cardboard for him, told him tales, entertained him with endless monologues full of melancholy gaiety and charming nonsense. In her life's isolation she centered on the child's head all her shattered, broken little vanities. She dreamed of high station; she already saw him, tall, handsome, clever, settled as an engineer or in the law. She taught him to read, and even, on an old piano, she had taught him two or three little songs. But to all this Monsieur Bovary, caring little for letters, said, "It was not worth while. Would they ever have the means to send him to a public school, to buy him a practice, or start him in business? Besides, with cheek a man always gets on in the world." Madame Bovary bit her lips, and the child knocked about the village.

He went after the labourers, drove away with clods of earth the ravens that were flying about. He ate blackberries along the hedges, minded the geese with a long switch, went haymaking during harvest, ran about in the woods, played hop-scotch under the church porch on rainy days, and at great fetes begged the beadle to let him toll the bells, that he might hang all his weight on the long rope and feel himself borne upward by it in its swing. Meanwhile he grew like an oak; he was strong on hand, fresh of colour.

When he was twelve years old his mother had her own way; he began lessons. The cure took him in hand; but the lessons were so short and irregular that they could not be of much use. They were given at spare moments in the sacristy, standing up, hurriedly, between a baptism and a burial; or else the cure, if he had not to go out, sent for his pupil after the Angelus*. They went up to his room and settled down; the flies and moths fluttered round the candle. It was close, the child fell asleep, and the good man, beginning to doze with his hands on his stomach, was soon snoring with his mouth wide open. On other occasions, when Monsieur le Cure, on his way back after administering the viaticum to some sick person in the neighbourhood, caught sight of Charles playing about the fields, he called him, lectured him for a quarter of an hour and took advantage of the occasion to make him conjugate his verb at the foot of a tree. The rain interrupted them or an acquaintance passed. All the same he was always pleased with him, and even said the "young man" had a very good memory.

*A devotion said at morning, noon, and evening, at the sound of a bell. Here, the evening prayer.

Charles could not go on like this. Madame Bovary took strong steps. Ashamed, or rather tired out, Monsieur Bovary gave in without a struggle, and they waited one year longer, so that the lad should take his first communion.

Six months more passed, and the year after Charles was finally sent to school at Rouen, where his father took him towards the end of October, at the time of the St. Romain fair.

It would now be impossible for any of us to remember anything about him. He was a youth of even temperament, who played in playtime, worked in school-hours, was attentive in class, slept well in the dormitory, and ate well in the refectory. He had in loco parentis* a wholesale ironmonger in the Rue Ganterie, who took him out once a month on Sundays after his shop was shut, sent him for a walk on the quay to look at the boats, and then brought him back to college at seven o'clock before supper. Every Thursday evening he wrote a long letter to his mother with red ink and three wafers; then he went over his history note-books, or read an old volume of "Anarchasis" that was knocking about the study. When he went for walks he talked to the servant, who, like himself, came from the country.

*In place of a parent.

By dint of hard work he kept always about the middle of the class; once even he got a certificate in natural history. But at the end of his third year his parents withdrew him from the school to make him study medicine, convinced that he could even take his degree by himself.

His mother chose a room for him on the fourth floor of a dyer's she knew, overlooking the Eau-de-Robec. She made arrangements for his board, got him furniture, table and two chairs, sent home for an old cherry-tree bedstead, and bought besides a small cast-iron stove with the supply of wood that was to warm the poor child.

Then at the end of a week she departed, after a thousand injunctions to be good now that he was going to be left to himself.

The syllabus that he read on the notice-board stunned him; lectures on anatomy, lectures on pathology, lectures on physiology, lectures on pharmacy, lectures on botany and clinical medicine, and therapeutics, without counting hygiene and materia medica--all names of whose etymologies he was ignorant, and that were to him as so many doors to sanctuaries filled with magnificent darkness.

He understood nothing of it all; it was all very well to listen--he did not follow. Still he worked; he had bound note-books, he attended all the courses, never missed a single lecture. He did his little daily task like a mill-horse, who goes round and round with his eyes bandaged, not knowing what work he is doing.

To spare him expense his mother sent him every week by the carrier a piece of veal baked in the oven, with which he lunched when he came back from the hospital, while he sat kicking his feet against the wall. After this he had to run off to lectures, to the operation-room, to the hospital, and return to his home at the other end of the town. In the evening, after the poor dinner of his landlord, he went back to his room and set to work again in his wet clothes, which smoked as he sat in front of the hot stove.

On the fine summer evenings, at the time when the close streets are empty, when the servants are playing shuttle-cock at the doors, he opened his window and leaned out. The river, that makes of this quarter of Rouen a wretched little Venice, flowed beneath him, between the bridges and the railings, yellow, violet, or blue. Working men, kneeling on the banks, washed their bare arms in the water. On poles projecting from the attics, skeins of cotton were drying in the air. Opposite, beyond the roots spread the pure heaven with the red sun setting. How pleasant it must be at home! How fresh under the beech-tree! And he expanded his nostrils to breathe in the sweet odours of the country which did not reach him.

He grew thin, his figure became taller, his face took a saddened look that made it nearly interesting. Naturally, through indifference, he abandoned all the resolutions he had made. Once he missed a lecture; the next day all the lectures; and, enjoying his idleness, little by little, he gave up work altogether. He got into the habit of going to the public-house, and had a passion for dominoes. To shut himself up every evening in the dirty public room, to push about on marble tables the small sheep bones with black dots, seemed to him a fine proof of his freedom, which raised him in his own esteem. It was beginning to see life, the sweetness of stolen pleasures; and when he entered, he put his hand on the door-handle with a joy almost sensual. Then many things hidden within him came out; he learnt couplets by heart and sang them to his boon companions, became enthusiastic about Beranger, learnt how to make punch, and, finally, how to make love.

Thanks to these preparatory labours, he failed completely in his examination for an ordinary degree. He was expected home the same night to celebrate his success. He started on foot, stopped at the beginning of the village, sent for his mother, and told her all. She excused him, threw the blame of his failure on the injustice of the examiners, encouraged him a little, and took upon herself to set matters straight. It was only five years later that Monsieur Bovary knew the truth; it was old then, and he accepted it. Moreover, he could not believe that a man born of him could be a fool.

So Charles set to work again and crammed for his examination, ceaselessly learning all the old questions by heart. He passed pretty well. What a happy day for his mother! They gave a grand dinner.

Where should he go to practice? To Tostes, where there was only one old doctor. For a long time Madame Bovary had been on the look-out for his death, and the old fellow had barely been packed off when Charles was installed, opposite his place, as his successor.

But it was not everything to have brought up a son, to have had him taught medicine, and discovered Tostes, where he could practice it; he must have a wife. She found him one--the widow of a bailiff at Dieppe--who was forty-five and had an income of twelve hundred francs. Though she was ugly, as dry as a bone, her face with as many pimples as the spring has buds, Madame Dubuc had no lack of suitors. To attain her ends Madame Bovary had to oust them all, and she even succeeded in very cleverly baffling the intrigues of a port-butcher backed up by the priests.

Charles had seen in marriage the advent of an easier life, thinking he would be more free to do as he liked with himself and his money. But his wife was master; he had to say this and not say that in company, to fast every Friday, dress as she liked, harass at her bidding those patients who did not pay. She opened his letter, watched his comings and goings, and listened at the partition-wall when women came to consult him in his surgery.

She must have her chocolate every morning, attentions without end. She constantly complained of her nerves, her chest, her liver. The noise of footsteps made her ill; when people left her, solitude became odious to her; if they came back, it was doubtless to see her die. When Charles returned in the evening, she stretched forth two long thin arms from beneath the sheets, put them round his neck, and having made him sit down on the edge of the bed, began to talk to him of her troubles: he was neglecting her, he loved another. She had been warned she would be unhappy; and she ended by asking him for a dose of medicine and a little more love.


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