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  外语解密学习法 逆读法(Reverse Reading Method)   解读法(Decode-Reading Method)训练范文 ——                 

解密目标语言:法语                                解密辅助语言:英语
              Language to be decoded:  French             Auxiliary Language :  English  

  
         
解密文本:《一场政变》  [法国] 莫泊桑 原著          
 
 Un Coup d’État
 par  Guy de Maupassant

 

               A Coup d’État           
                                                                         by  Guy de Maupassant     
                                                                

           法汉对照(French & Chinese)                             法英对照(French & English)                           英汉对照(English & Chinese)


  

 

Paris venait d'apprendre le désastre de Sedan. La République était proclamée. La France entière haletait au début de cette démence qui dura jusqu'après la Commune. On jouait au soldat d'un bout à l'autre du pays.
    Des bonnetiers étaient colonels faisant fonction de généraux ; des revolvers et des poignards s'étalaient autour de gros ventres pacifiques enveloppés de ceintures rouges ; de petits bourgeois devenus guerriers d'occasion commandaient des bataillons de volontaires braillards et juraient comme des charretiers pour se donner de la prestance.
    Le seul fait de tenir des armes, de manier des fusils à système affolait ces gens qui n'avaient jusqu'ici manié que des balances, et les rendait, sans aucune raison, redoutables au premier venu. On exécutait des innocents pour prouver qu'on savait tuer; on fusillait, en rôdant par les campagnes vierges encore de Prussiens, les chiens errants, les vaches ruminant en paix, les chevaux malades pâturant dans les herbages.
    Chacun se croyait appelé à jouer un grand rôle militaire. Les cafés des moindres villages, pleins de commerçants en uniforme, ressemblaient à des casernes ou à des ambulances.
    Le bourg de Canneville ignorait encore les affolantes nouvelles de l'armée et de la capitale ; mais une extrême agitation le remuait depuis un mois, les partis adverses se trouvaient face à face.
    Le maire, M. le vicomte de Varnetot, petit homme maigre, vieux déjà, légitimiste rallié à l'Empire depuis peu, par ambition, avait vu surgir un adversaire déterminé dans le docteur Massarel, gros homme sanguin, chef du parti républicain dans l'arrondissement, vénérable de la loge maçonnique du chef-lieu, président de la Société d'agriculture et du banquet des pompiers, et organisateur de la milice rurale qui devait sauver la contrée.
    En quinze jours, il avait trouvé le moyen de décider à la défense du pays soixante-trois volontaires mariés et pères de famille, paysans prudents et marchands du bourg, et il les exerçait, chaque matin, sur la place de la mairie.
    Quand le maire, par hasard, venait au bâtiment communal, le commandant Massarel, bardé de pistolets, passant fièrement, le sabre en main, devant le front de sa troupe, faisait hurler à son monde : "Vive la patrie! " Et ce cri, on l'avait remarqué, agitait le petit vicomte, qui voyait là sans doute une menace, un défi, en même temps qu'un souvenir odieux de la grande Révolution.
    Le 5 septembre au matin, le docteur en uniforme, son revolver sur sa table, donnait une consultation à un couple de vieux campagnards, dont l'un, le mari, atteint de varices depuis sept ans, avait attendu que sa femme en eût aussi pour venir trouver le médecin, quand le facteur apporta le journal.
    M. Massarel l'ouvrit, pâlit, se dressa brusquement, et, levant les bras au ciel dans un geste d'exaltation, il se mit à vociférer de toute sa voix devant les deux ruraux affolés :
    - Vive la République ! vive la République ! vive la République !
    Puis il retomba sur son fauteuil, défaillant d'émotion.
    Et comme le paysan reprenait : "Ça a commencé par des fourmis qui me couraient censément le long des jambes ", le docteur Massarel s'écria :
    - Fichez-moi la paix ; j'ai bien le temps de m'occuper de vos bêtises. La République est proclamée, l'Empereur est prisonnier, la France est sauvée. Vive la République ! Et courant à la porte, il beugla : Céleste, vite, Céleste !
    La bonne épouvantée accourut ; il bredouillait tant il parlait rapidement.
    - Mes bottes, mon sabre, ma cartouchière et le poignard espagnol qui est sur ma table de nuit: dépêche-toi !
    Comme le paysan obstiné, profitant d'un instant de silence, continuait :
    - Ca a devenu comme des poches qui me faisaient mal en marchant.
    Le médecin exaspéré hurla :
    - Fichez-moi donc la paix, nom d'un chien, si vous vous étiez lavé les pieds, ça ne serait pas arrivé.
    Puis, le saisissant au collet, il lui jeta dans la figure :
    - Tu ne sens donc pas que nous sommes en république, triple brute ?
    Mais le sentiment professionnel le calma tout aussitôt, et il poussa dehors le ménage abasourdi, en répétant :
    - Revenez demain, revenez demain, mes amis. Je n'ai pas le temps aujourd'hui.
    Tout en s'équipant des pieds à la tête, il donna de nouveau une série d'ordres urgents à sa bonne :
    - Cours chez le lieutenant Picart et chez le sous-lieutenant Pommel, et dis-leur que je les attends ici immédiatement. Envoie-moi aussi Torchebeuf avec son tambour, vite, vite !
    Et quand Céleste fut sortie, il se recueillit, se préparant à surmonter les difficultés de la situation.
    Les trois hommes arrivèrent ensemble, en vêtement de travail. Le commandant, qui s'attendait à les voir en tenue, eut un sursaut.
    - Vous ne savez donc rien, sacrebleu ? L'Empereur est prisonnier, la République est proclamée. Il faut agir. Ma position est délicate, je dirai plus, périlleuse.
    Il réfléchit quelques secondes devant les visages ahuris de ses subordonnés, puis reprit :
    - Il faut agir et ne pas hésiter ; les minutes valent des heures dans des instants pareils. Tout dépend de la promptitude des décisions. Vous, Picart, allez trouver le curé et sommez-le de sonner le tocsin pour réunir la population que je vais prévenir. Vous, Torchebeuf, battez le rappel dans toute la commune jusqu'aux hameaux de la Gerisaie et de Salmare pour rassembler la milice en armes sur la place. Vous, Pommel, revêtez promptement votre uniforme, rien que la tunique et le képi. Nous allons occuper ensemble la mairie et sommer M. de Varnetot de me remettre ses pouvoirs. C'est compris ?
    - Oui.
    - Exécutez, et promptement. Je vous accompagne jusque chez vous, Pommel, puisque nous opérons ensemble.
    Cinq minutes plus tard, le commandant et son subalterne, armés jusqu'aux dents, apparaissaient sur la place juste au moment où le petit vicomte de Varnetot, les jambes guêtrées comme pour une partie de chasse, son lefaucheux sur l'épaule, débouchait à pas rapides par l'autre rue, suivi de ses trois gardes en tunique verte, le couteau sur la cuisse et le fusil en bandoulière.
    Pendant que le docteur s'arrêtait, stupéfait, les quatre hommes pénétrèrent dans la mairie dont la porte se referma derrière eux.
    - Nous sommes devancés, murmura le médecin, il faut maintenant attendre du renfort. Rien à faire pour le quart d'heure.
    Le lieutenant Picart reparut :
    - Le curé a refusé d'obéir, dit-il ; il s'est même enfermé dans l'église avec le bedeau et le suisse.
    Et, de l'autre côté de la place, en face de la mairie blanche et close, l'église, muette et noire, montrait sa grande porte de chêne garnie de ferrures de fer.
    Alors, comme les habitants intrigués mettaient le nez aux fenêtres ou sortaient sur le seuil des maisons, le tambour soudain roula, et Torchebeuf apparut, battant avec fureur les trois coups précipités du rappel. Il traversa la place au pas gymnastique, puis disparut dans le chemin des champs.
    Le commandant tira son sabre, s'avança seul, à moitié distance environ entre les deux bâtiments où s'était barricadé l'ennemi et, agitant son arme au-dessus de sa tête, il mugit de toute la force de ses poumons :
    - Vive la République ! Mort aux traîtres !
    Puis, il se replia vers ses officiers.
    Le boucher, le boulanger et le pharmacien, inquiets, accrochèrent leurs volets et fermèrent leurs boutiques. Seul l'épicier demeura ouvert.
    Cependant les hommes de la milice arrivaient peu à peu, vêtus diversement et tous coiffés d'un képi noir à galon rouge, le képi constituant tout l'uniforme du corps. Ils étaient armés de leurs vieux fusils rouillés, ces vieux fusils pendus depuis trente ans sur les cheminées des cuisines, et ils ressemblaient assez à un détachement de gardes champêtres.
    Lorsqu'il en eut une trentaine autour de lui, le commandant, en quelques mots, les mit au fait des événements; puis, se tournant vers son état-major :
    "Maintenant, agissons", dit-il.
    Les habitants se rassemblaient, examinaient et devisaient.
    Le docteur eut vite arrêté son plan de campagne :
    - Lieutenant Picart, vous allez vous avancer sous les fenêtres de cette mairie et sommer M. de Varnetot, au nom de la République, de me remettre la maison de ville.
    Mais le lieutenant, un maître maçon, refusa :
    - Vous êtes encore un malin, vous. Pour me faire flanquer un coup de fusil merci. Ils tirent bien, ceux qui sont là-dedans, vous savez. Faites vos commissions vous-même.
    Le commandant devint rouge.
    - Je vous ordonne d'y aller au nom de la discipline.
    Le lieutenant se révolta :
    - Plus souvent que je me ferai casser la figure sans savoir pourquoi.
    Les notables, rassemblés en un groupe voisin, se mirent à rire. Un d'eux cria :
    - T'as raison, Picart, c'est pas l'moment !
    Le docteur, alors, murmura :
    - Lâches!
    Et, déposant son sabre et son revolver aux mains d'un soldat, il s'avança d'un pas lent, l'oeil fixé sur les fenêtres, s'attendant à en voir sortir un canon de fusil braqué sur lui.
    Comme il n'était qu'à quelques pas du bâtiment, les portes des deux extrémités donnant entrée dans les deux écoles s'ouvrirent, et un flot de petits êtres, garçons par-ci, filles par-là, s'en échappèrent et se mirent à jouer sur la grande place vide, piaillant,comme un troupeau d'oies, autour du docteur, qui ne pouvait se faire entendre.
    Aussitôt les derniers élèves sortis, les deux portes s'étaient refermées.
    Le gros des marmots enfin se dispersa, et le commandant appela d'une voix forte :
    - Monsieur de Varnetot ?
    Une fenêtre du premier étage s'ouvrit. M. de Varnetot parut.
    Le commandant reprit :
    - Monsieur, vous savez les grands événements qui viennent de changer la face du gouvernement. Celui que vous représentiez n'est plus. Celui que je représente monte au pouvoir. En ces circonstances douloureuses, mais décisives, je viens vous demander, au nom de la nouvelle République, de remettre en mes mains les fonctions dont vous avez été investi par le précédent pouvoir.
    M. de Varnetot répondit :
    - Monsieur le docteur, je suis maire de Canneville, nommé par l'autorité compétente, et je resterai maire de Canneville tant que je n'aurai pas été révoqué et remplacé par un arrêté de mes supérieurs. Maire, je suis chez moi dans la mairie, et j'y reste. Au surplus, essayez de m'en faire sortir.
    Et il referma la fenêtre.
    Le commandant retourna vers sa troupe. Mais, avant de s'expliquer, toisant du haut en bas le lieutenant Picart :
    - Vous êtes un crâne, vous, un fameux lapin, la honte de l'armée. Je vous casse de votre grade.
    Le lieutenant répondit :
    - Je m'en fiche un peu.
    Et il alla se mêler au groupe murmurant des habitants.
    Alors le docteur hésita. Que faire ? Donner l'assaut ? Mais ses hommes marcheraient-ils ? Et puis, en avait-il le droit ?
    Une idée l'illumina. Il courut au télégraphe dont le bureau faisait face à la mairie, de l'autre côté de la place. Et il expédia trois dépêches :
    A MM. les membres du gouvernement républicain, à Paris ;
    A M. le nouveau préfet républicain de la Seine-Inférieure, à Rouen ;
    A M. le nouveau sous-préfet républicain de Dieppe.
    Il exposait la situation, disait le danger couru par la commune demeurée aux mains de l'ancien maire monarchiste, offrait ses services dévoués, demandait des ordres et signait en faisant suivre son nom de tous ses titres.
    Puis il revint vers son corps d'armée et, tirant dix francs de sa poche : "Tenez, mes amis, allez manger et boire un coup ; laissez seulement ici un détachement de dix hommes pour que personne ne sorte de la mairie."
    Mais l'ex-lieutenant Picart, qui causait avec l'horloger, entendit ; il se mit à ricaner et prononça : "Pardi,s'ils sortent, ce sera une occasion d'entrer. Sans ça, je ne vous vois pas encore là-dedans, moi ! "
    Le docteur ne répondit pas, et il alla déjeuner.
    Dans l'après-midi, il disposa des postes tout autour de la commune, comme si elle était menacée d'une surprise.
    Il passa plusieurs fois devant les portes de la maison de ville et de l'église sans rien remarquer de suspect ; on aurait cru vides ces deux bâtiments.
    Le boucher, le boulanger et le pharmacien rouvrirent leurs boutiques.
    On jasait beaucoup dans les logis. Si l'Empereur était prisonnier, il y avait quelque traîtrise là-dessous. On ne savait pas au juste laquelle des républiques était revenue.
    La nuit tomba.
    Vers neuf heures, le docteur s'approcha seul, sans bruit, de l'entrée du bâtiment communal, persuadé que son adversaire était parti se coucher ; et, comme il se disposait à enfoncer la porte à coups de pioche, une voix forte, celle d'un garde, demanda tout à coup :
    - Qui va là ?
    Et M. Massarel battit en retraite à toutes jambes.
    Le jour se leva sans que rien fût changé dans la situation.
    La milice en armes occupait la place. Tous les habitants s'étaient réunis autour de cette troupe, attendant une solution. Ceux des villages voisins arrivaient pour voir.
    Alors, le docteur, comprenant qu'il jouait sa réputation, résolut d'en finir d'une manière ou d'une autre ; et il allait prendre une résolution quelconque, énergique assurément, quand la porte du télégraphe s'ouvrit et la petite servante de la directrice parut, tenant à la main deux papiers.
    Elle se dirigea d'abord vers le commandant et lui remit une des dépêches ; puis, traversant le milieu désert de la place, intimidée par tous les yeux fixés sur elle, baissant la tête et trottant menu, elle alla frapper doucement à la maison barricadée comme si elle eût ignoré qu'un parti armé s'y cachait.
    L'huis s'entrebâilla; une main d'homme reçut le message, et la fillette revint, toute rouge, prête à pleurer, d'être dévisagée ainsi par le pays entier.
    Le docteur demanda d'une voix vibrante :
    - Un peu de silence, s'il vous plaît.
    Et comme le populaire s'était tu, il reprit fièrement :
    - Voici la communication que je reçois du gouvernement. Et, élevant sa dépêche, il lut :

    "Ancien maire révoqué. Veuillez aviser au plus pressé. Recevrez instructions ultérieures.
    "Pour le sous-préfet,
    "SAPIN, conseiller."

    Il triomphait ; son coeur battait de joie ; ses mains tremblaient; mais Picart, son ancien subalterne, lui cria d'un groupe voisin :
    - C'est bon, tout ça ; mais si les autres ne sortent pas, ça vous fait une belle jambe, votre papier.
    Et M. Massarel pâlit. Si les autres ne sortaient pas, en effet, il fallait aller de l'avant maintenant. C'était non seulement son droit, mais aussi son devoir.
    Et il regardait anxieusement la mairie, espérant qu'il allait voir la porte s'ouvrir et son adversaire se replier.
    La porte restait fermée. Que faire? La foule augmentait, se serrait autour de la milice. On riait.
    Une réflexion surtout torturait le médecin. S'il donnait l'assaut, il faudrait marcher à la tête de ses hommes ; et comme, lui mort, toute contestation cesserait, c'était sur lui, sur lui seul que tireraient M. de Varnetot et ses trois gardes. Et ils tiraient bien, très bien ; Picart venait encore de le lui répéter. Mais une idée l'illumina et, se tournant vers Pommel :
    - Allez vite prier le pharmacien de me prêter une serviette et un bâton.
    Le lieutenant se précipita.
    Il allait faire un drapeau parlementaire, un drapeau blanc dont la vue réjouirait peut-être le coeur légitimiste de l'ancien maire.
    Pommel revint avec le linge demandé et un manche à balai. Au moyen de ficelles, on organisa cet étendard que M. Massarel saisit à deux mains ; et il s'avança de nouveau vers la mairie en le tenant devant lui. Lorsqu'il fut en face de la porte, il appela encore : "Monsieur de Varnetot." La porte s'ouvrit soudain, et M. de Varnetot apparut sur le seuil avec ses trois gardes.
    Le docteur recula par un mouvement instinctif ; puis, il salua courtoisement son ennemi et prononça, étranglé par l'émotion : "Je viens, Monsieur, vous communiquer les instructions que j'ai reçues."
    Le gentilhomme, sans lui rendre son salut, répondit : "Je me retire, Monsieur, mais sachez bien que ce n'est ni par crainte, ni par obéissance à l'odieux gouvernement qui usurpe le pouvoir. "Et, appuyant sur chaque mot, il déclara : "Je ne veux pas avoir l'air de servir un seul jour la République. Voilà tout."
    Massarel, interdit, ne répondit rien; et M. de Varnetot, se mettant en marche d'un pas rapide, disparut au coin de la place, suivi toujours de son escorte.
    Alors le docteur, éperdu d'orgueil, revint vers la foule. Dès qu'il fut assez près pour se faire entendre, il cria : "Hurrah ! hurrah ! La République triomphe sur toute la ligne."
    Aucune émotion ne se manifesta.
    Le médecin reprit : "Le peuple est libre, vous êtes libres, indépendants. Soyez fiers ! "
    Les villageois inertes le regardaient sans qu'aucune gloire illuminât leurs yeux.
    A son tour, il les contempla, indigné de leur indifférence, cherchant ce qu'il pourrait dire, ce qu'il pourrait faire pour frapper un grand coup, électriser ce pays placide, remplir sa mission d'initiateur.
    Mais une inspiration l'envahit et, se tournant vers Pommel : "Lieutenant, allez chercher le buste de l'ex-empereur qui est dans la salle des délibérations du conseil municipal, et apportez-le avec une chaise."
    Et bientôt l'homme reparut portant sur l'épaule droite le Bonaparte de plâtre, et tenant de la main gauche une chaise de paille.
    M. Massarel vint au-devant de lui, prit la chaise, la posa par terre, plaça dessus le buste blanc, puis se reculant de quelques pas, l'interpella d'une voix sonore :
    "Tyran, tyran, te voici tombé, tombé dans la boue, tombé dans la fange. La patrie expirante râlait sous ta botte. Le Destin vengeur t'a frappé. La défaite et la honte se sont attachées à toi; tu tombes vaincu, prisonnier du Prussien ; et, sur les ruines de ton empire croulant, la jeune et radieuse République se dresse, ramassant ton épée brisée... "
    Il attendait des applaudissements. Aucun cri, aucun battement de mains n'éclata. Les paysans effarés se taisaient; et le buste aux moustaches pointues qui dépassaient les joues de chaque côté, le buste immobile et bien peigné comme une enseigne de coiffeur, semblait regarder M. Massarel avec son sourire de plâtre, un sourire ineffaçable et moqueur.
    Ils demeuraient ainsi face à face, Napoléon sur sa chaise, le médecin debout, à trois pas de lui. Une colère saisit le commandant. Mais que faire ? que faire pour émouvoir ce peuple et gagner définitivement cette victoire de l'opinion ?
    Sa main, par hasard, se posa sur son ventre, et il rencontra, sous sa ceinture rouge, la crosse de son revolver.
    Aucune inspiration, aucune parole ne lui venaient plus. Alors, il tira son arme, fit deux pas et, à bout portant, foudroya l'ancien monarque.
    La balle creusa dans le front un petit trou noir, pareil à une tache, presque rien. L'effet était manqué. M. Massarel tira un second coup, qui fit un second trou, puis un troisième, puis, sans s'arrêter, il lâcha les trois derniers. Le front de Napoléon volait en poussière blanche, mais les yeux, le nez et les fines pointes des moustaches restaient intacts.
    Alors, exaspéré, le docteur renversa la chaise d'un coup de poing et, appuyant un pied sur le reste du buste, dans une posture de triomphateur, il se tourna vers le public abasourdi en vociférant : "Périssent ainsi tous les traîtres ! "
    Mais comme aucun enthousiasme ne se manifestait encore, comme les spectateurs semblaient stupides d'étonnement, le commandant cria aux hommes de la milice : "Vous pouvez maintenant regagner vos foyers." Et il se dirigea lui-même à grands pas vers sa maison, comme s'il eût fui.
    Sa bonne, dès qu'il parut, lui dit que des malades l'attendaient depuis plus de trois heures dans son cabinet. Il y courut. C'étaient les deux paysans aux varices, revenus dès l'aube, obstinés et patients.
    Et le vieux aussitôt reprit son explication : "Ça a commencé par des fourmis qui me couraient censément le long des jambes..."

 

 

Paris had just heard of the disaster of Sedan. The Republic was proclaimed. All France was panting from a madness that lasted until the time of the commonwealth. Everybody was playing at soldier from one end of the country to the other.

Capmakers became colonels, assuming the duties of generals; revolvers and daggers were displayed on large rotund bodies enveloped in red sashes; common citizens turned warriors, commanding battalions of noisy volunteers and swearing like troopers to emphasize their importance.

The very fact of bearing arms and handling guns with a system excited a people who hitherto had only handled scales and measures and made them formidable to the first comer, without reason. They even executed a few innocent people to prove that they knew how to kill, and in roaming through virgin fields still belonging to the Prussians they shot stray dogs, cows chewing the cud in peace or sick horses put out to pasture. Each believed himself called upon to play a great role in military affairs. The cafes of the smallest villages, full of tradesmen in uniform, resembled barracks or field hospitals.

Now the town of Canneville did not yet know the exciting news of the army and the capital. It had, however, been greatly agitated for a month over an encounter between the rival political parties. The mayor, Viscount de Varnetot, a small thin man, already old, remained true to the Empire, especially since he saw rising up against him a powerful adversary in the great, sanguine form of Dr Massarel, head of the Republican party in the district, venerable chief of the Masonic lodge, president of the Society of Agriculture and the Fire Department and organizer of the rural militia designed to save the country.

In two weeks he had induced sixty-three men to volunteer in defense of their country--married men, fathers of families, prudent farmers and merchants of the town. These he drilled every morning in front of the mayor's window.

Whenever the mayor happened to appear Commander Massarel, covered with pistols, passing proudly up and down in front of his troops, would make them shout, "Long live our country!" And this, they noticed, disturbed the little viscount, who no doubt heard in it menace and defiance and perhaps some odious recollection of the great Revolution.

On the morning of the fifth of September, in uniform, his revolver on the table, the doctor gave consultation to an old peasant couple. The husband had suffered with a varicose vein for seven years but had waited until his wife had one too, so that they might go and hunt up a physician together, guided by the postman when he should come with the newspaper.

Dr Massarel opened the door, grew pale, straightened himself abruptly and, raising his arms to heaven in a gesture of exaltation, cried out with all his might, in the face of the amazed rustics:

"Long live the Republic! Long live the Republic! Long live the Republic!"

Then he dropped into his armchair weak with emotion.

When the peasant explained that this sickness commenced with a feeling as if ants were running up and down his legs the doctor exclaimed: "Hold your peace. I have spent too much time with you stupid people. The Republic is proclaimed! The Emperor is a prisoner! France is saved! Long live the Republic!" And, running to the door, he bellowed: "Celeste! Quick! Celeste!"

The frightened maid hastened in. He stuttered, so rapidly did he try to speak" "My boots, my saber--my cartridge box--and--the Spanish dagger which is on my night table. Hurry now!"

The obstinate peasant, taking advantage of the moment's silence, began again: "This seemed like some cysts that hurt me when I walked."

The exasperated physician shouted: "Hold your peace! For heaven's sake! If you had washed your feet oftener, it would not have happened." Then, seizing him by the neck, he hissed in his face: "Can you not comprehend that we are living in a republic, stupid;"

But the professional sentiment calmed him suddenly, and he let the astonished old couple out of the house, repeating all the time:

"Return tomorrow, return tomorrow, my friends; I have no more time today."

While equipping himself from head to foot he gave another series of urgent orders to the maid:

"Run to Lieutenant Picard's and to Sublieutenant Pommel's and say to them that I want them here immediately. Send Torcheboeuf to me too, with his drum. Quick now! Quick!" And when Celeste was gone he collected his thoughts and prepared to surmount the difficulties of the situation.

The three men arrived together. They were in their working clothes. The commander, who had expected to see them in uniform, had a fit of surprise.

"You know nothing, then? The Emperor has been taken prisoner. A republic is proclaimed. My position is delicate, not to say perilous."

He reflected for some minutes before the astonished faces of his subordinates and then continued:

"It is necessary to act, not to hesitate. Minutes now are worth hours at other times. Everything depends upon promptness of decision. You, Picard, go and find the curate and get him to ring the bell to bring the people together, while I get ahead of them. You, Torcheboeuf, beat the call to assemble the militia in arms, in the square, from even as far as the hamlets of Gerisaie and Salmare. You, Pommel, put on your uniform at once, that is, the jacket and cap. We, together, are going to take possession of the mairie and summon Monsieur de Varnetot to transfer his authority to me. Do you understand?"

"Yes."

"Act, then, and promptly. I will accompany you to your house, Pommel, Since we are to work together."

Five minutes later the commander and his subaltern, armed to the teeth, appeared in the square just at the moment when the little Viscount de Varnetot, with hunting gaiters on and his rifle on his shoulder, appeared by another street, walking rapidly and followed by three guards in green jackets, each carrying a knife at his side and a gun over his shoulder.

While the doctor slapped, half stupefied, the four men entered the mayor's house and the door closed behind them.

"We are forestalled," murmured the doctor; "it will be necessary now to wait for reinforcements; nothing can be done for a quarter of an hour."

Here Lieutenant Picard appeared. "The curate refuses to obey," said he; "he has even shut himself up in the church with the beadle and the porter."

On the other side of the square, opposite the white closed front of the mairie, the church, mute and black, showed its great oak door with the wrought-iron trimmings.

Then, as the puzzled inhabitants put their noses out of the windows or came out upon the steps of their houses, the rolling of a drum was heard, and Torcheboeuf suddenly appeared, beating with fury the three quick strokes of the call to arms. He crossed the square with disciplined step and then disappeared on a road leading to the country.

The commander drew his sword, advanced alone to the middle distance between the two buildings where the enemy was barricaded and, waving his weapon above his head, roared at the top of his lungs: "Long live the Republic! Death to traitors!" Then he fell back where his officers were. The butcher, the baker and the apothecary, feeling a little uncertain, put up their shutters and closed their shops. The grocery alone remained open.

Meanwhile the men of the militia were arriving little by little, variously clothed but all wearing caps, the cap constituting the whole uniform of the corps. They were armed with their old rusty guns, guns that had hung on chimney pieces in kitchens for thirty years, and looked quite like a detachment of country soldiers.

When there were about thirty around him the commander explained in a few words the state of affairs. Then, turning toward his major, he said: "Now we must act."

While the inhabitants collected, talked over and discussed the matter the doctor quickly formed his plan of campaign.

"Lieutenant Picard, you advance to the windows of the mayor's house and order Monsieur de Varnetot to turn over the town hall to me in the name of the Republic."

But the lieutenant was a master mason and refused.

"You are a scamp, you are. Trying to make a target of me! Those fellows in there are good shots, you know that. No, thanks! Execute your commissions yourself!"

The commander turned red. "I order you to go in the name of discipline," said he.

"I am not spoiling my features without knowing why," the lieutenant returned.

Men of influence, in a group near by, were heard laughing. One of them called out: "You are right, Picard, it is not the proper time." The doctor, under his breath, muttered: "Cowards! " And placing his sword and his revolver in the hands of a soldier, he advanced with measured step, his eye fixed on the windows as if he expected to see a gun or a cannon pointed at him.

When he was within a few steps of the building the doors at the two extremities, affording an entrance to two schools, opened, and a flood of little creatures, boys on one side, girls on the other, poured out and began playing in the open space, chattering around the doctor like a flock of birds. He scarcely knew what to make of it.

As soon as the last were out the doors closed. The greater part of the little monkeys finally scattered, and then the commander called out in a loud voice:

"Monsieur de Varnetot?" A window in the first story opened and M. de Varnetot appeared.

The commander began: "Monsieur, you are aware of the great events which have changed the system of government. The party you represent no longer exists. The side I represent now comes into power. Under these sad but decisive circumstances I come to demand you, in the name of the Republic, to put in my hand the authority vested in you by the outgoing power."

M. de Varnetot replied: "Doctor Massarel, I am mayor of Canneville, so placed by the proper authorities, and mayor of Canneville I shall remain until the title is revoked and replaced by an order from my superiors. As mayor, I am at home in the mairie, and there I shall stay. Furthermore, just try to put me out." And he closed the window.

The commander returned to his troops. But before explaining anything, measuring Lieutenant Picard from head to foot, he said:

"You are a numskull, you are--a goose, the disgrace of the army. I shall degrade you."

The lieutenant replied: "I'll attend to that myself." And he went over to a group of muttering civilians.

Then the doctor hesitated. What should he do? Make an assault? Would his men obey him? And then was he surely in the right? An idea burst upon him. He ran to the telegraph office on the other side of the square and hurriedly sent three dispatches: "To the Members of the Republican Government at Paris"; "To the New Republican Prefect of the Lower Seine at Rouen"; "To the New Republican Subprefect of Dieppe."

He exposed the situation fully; told of the danger run by the commonwealth from remaining in the hands of the monarchistic mayor, offered his devout services, asked for orders and signed his name, following it up with all his titles. Then he returned to his army corps and, drawing ten francs out of his pocket, said:

"Now, my friends, go and eat and drink a little something. Only leave here a detachment of ten men, so that no one leaves the mayor's house."

Ex-Lieutenant Picard, chatting with the watchmaker, overheard this. With a sneer he remarked: "Pardon me, but if they go out, there will be an opportunity for you to go in. Otherwise I can't see how you are to get in there!"

The doctor made no reply but went away to luncheon. In the afternoon he disposed of offices all about town, having the air of knowing of an impending surprise. Many times he passed before the doors of the mairie and of the church without noticing anything suspicious; one could have believed the two buildings empty.

The butcher, the baker and the apothecary reopened their shops and stood gossiping on the steps. If the Emperor had been taken prisoner, there must be a traitor somewhere. They did not feel sure of the revenue of a new republic.

Night came on. Toward nine o'clock the doctor returned quietly and alone to the mayor's residence, persuaded that his adversary had retired. And as he was trying to force an entrance with a few blows of a pickax the loud voice of a guard demanded suddenly: "Who goes there?" M. Massarel beat a retreat at the top of his speed.

Another day dawned without any change in the situation. The militia in arms occupied the square. The inhabitants stood around awaiting the solution. People from neighboring villages came to look on. Finally the doctor, realizing that his reputation was at stake, resolved to settle the thing in one way or another. He had just decided that it must be something energetic when the door of the telegraph office opened and the little servant of the directress appeared, holding in her hand two papers.

She went directly to the commander and gave him one of the dispatches; then, crossing the square, intimidated by so many eyes fixed upon her, with lowered head and mincing steps, she rapped gently at the door of the barricaded house as if ignorant that a part of the army was concealed there.

The door opened slightly; the hand of a man received the message, and the girl returned, blushing and ready to weep from being stared at.

The doctor demanded with stirring voice: "A little silence, if you please." And after the populace became quiet he continued proudly:

Here is a communication which I have received from the government." And, raising the dispatch, he read:

"Old mayor deposed. Advise us what is most necessary. Instructions later.

"For the Subprefect,

"SAPIN, Counselor."

He had triumphed. His heart was beating with joy. His hand trembled, when Picard, his old subaltern, cried out to him from the neighboring group:

"That's all right; but if the others in there won't go out, your paper hasn't a leg to stand on." The doctor grew a little pale. If they would not go out--in fact, he must go ahead now. It was not only his right but his duty. And he looked anxiously at the house of the mayoralty, hoping that he might see the door open and his adversary show himself. But the door remained closed. What was to be done? The crowd was increasing, surrounding the militia. Some laughed.

One thought, especially, tortured the doctor. If he should make an assault, he must march at the head of his men; and as with him dead all contest would cease, it would be at him and at him alone that M. de Varnetot and the three guards would aim. And their aim was good, very good! Picard had reminded him of that.

But an idea shone in upon him, and turning to Pommel, he said: "Go, quickly, and ask the apothecary to send me a napkin and a pole."

The lieutenant hurried off. The doctor was going to make a political banner, a white one, that would, perhaps, rejoice the heart of that old legitimist, the mayor.

Pommel returned with the required linen and a broom handle. With some pieces of string they improvised a standard, which Massarel seized in both hands. Again he advanced toward the house of mayoralty, bearing the standard before him. When in front of the door, he called out: "Monsieur de Varnetot!"

The door opened suddenly, and M. de Varnetot and the three guards appeared on the threshold. The doctor recoiled instinctively. Then he saluted his enemy courteously and announced, almost strangled by emotion: "I have come, sir, to communicate to you the instructions I have just received."

That gentleman, without any salutation whatever, replied: "I am going to withdraw, sir, but you must understand that it is not because of fear or in obedience to an odious government that has usurped the power." And, biting off each word, he declared: "I do not wish to have the appearance of serving the Republic for a single day. That is all."

Massarel, amazed, made no reply; and M. de Varnetot, walking off at a rapid pace, disappeared around the corner, followed closely by his escort Then the doctor, slightly dismayed, returned to the crowd. When he was near enough to be heard he cried: "Hurrah! Hurrah! The Republic triumphs all along the line!"

But no emotion was manifested. The doctor tried again. "The people are free! You are free and independent! Do you understand? Be proud of it!"

The listless villagers looked at him with eyes unlit by glory. In his turn he looked at them, indignant at their indifference, seeking for some wore that could make a grand impression, electrify this placid country and make good his mission. The inspiration came, and turning to Pommel, he said "Lieutenant, go and gee the bust of the ex-emperor, which is in the Council Hall, and bring it to me with a chair."

And soon the man reappears, carrying on his right shoulder Napoleon II in plaster and holding in his left hand a straw-bottomed chair.

Massarel met him, took the chair, placed it on the ground, put the white image upon it, fell back a few steps and called out in sonorous voice:

"Tyrant! Tyrant! Here do you fall! Fall in the dust and in the mire. expiring country groans under your feet Destiny has called you the Avenge, Defeat and shame cling to you. You fall conquered, a prisoner to the Prussians, and upon the ruins of the crumbling Empire the young and radian Republic arises, picking up your broken sword."

He awaited applause. But there was no voice, no sound. The bewildered peasants remained silent. And the bust, with its pointed mustaches extending beyond the cheeks on each side, the bust, so motionless and well groomed as to be fit for a hairdresser's sign, seemed to be looking at M. Massarel with a plaster smile, a smile ineffaceable and mocking.

They remained thus face to face, Napoleon on the chair, the doctor i front of him about three steps away. Suddenly the commander grew angry.

What was to be done? What was there that would move this people and bring about a definite victory in opinion? His hand happened to rest on his hip and to come in contact there with the butt end of his revolver under his red sash. No inspiration, no further word would come. But he drew his pistol, advanced two steps and, taking aim, fired at the late monarch. The ball entered the forehead, leaving a little black hole like a spot, nothing more. There was no effect. Then he fired a second shot, which made a second hole, then a third; and then, without stopping, he emptied his revolver. The brow of Napoleon disappeared in white powder, but the eyes, the nose and the fine points of the mustaches remained intact. Then, exasperated, the doctor overturned the chair with a blow of his fist and, resting a foot on the remainder of the bust in a position of triumph, he shouted: "So let all tyrants perish!"

Still no enthusiasm was manifest, and as the spectators seemed to be in a kind of stupor from astonishment the commander called to the militiamen:

You may now go to your homes." And he went toward his own house with great strides, as if he were pursued.

His maid, when he appeared, told him that some patients had been waiting in his office for three hours. He hastened in. There were the two varicose-vein patients, who had returned at daybreak, obstinate but patient.

The old man immediately began his explanation: "This began by a feeling like ants running up and down the legs."

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