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  外语解密学习法 逆读法(Reverse Reading Method)   解读法(Decode-Reading Method)训练范文 ——                 

解密目标语言:法语                                解密辅助语言:英语
              Language to be decoded:  French             Auxiliary Language :  English  

  
         
解密文本:《两个朋友》  [法国] 莫泊桑 原著          
 
 Deux Amis
 par  Guy de Maupassant

 

               Two  Friends           
                                                                         by  Guy de Maupassant     
                                                                

           法汉对照(French & Chinese)                             法英对照(French & English)                           英汉对照(English & Chinese)


  

 

Paris était bloqué, affamé et râlant. Les moineaux se faisaient bien rares sur les toits, et les égouts se dépeuplaient. On mangeait n'importe quoi.
    Comme il se promenait tristement par un clair matin de janvier le long du boulevard extérieur, les mains dans les poches de sa culotte d'uniforme et le ventre vide, M. Morissot, horloger de son état et pantouflard par occasion, s'arrêta net devant un confrère qu'il reconnut pour un ami. C'était M. Sauvage, une connaissance du bord de l'eau.
    Chaque dimanche, avant la guerre, Morissot partait dès l'aurore, une canne en bambou d'une main, une boîte en fer-blanc sur le dos. Il prenait le chemin de fer d'Argenteuil, descendait à Colombes, puis gagnait à pied l'île Marante. A peine arrivé en ce lieu de ses rêves, il se mettait à pêcher ; il pêchait jusqu'à la nuit.
    Chaque dimanche, il rencontrait là un petit homme replet et jovial, M. Sauvage, mercier, rue Notre-Dame-de-Lorette, autre pêcheur fanatique. Ils passaient souvent une demi-journée côte à côte, la ligne à la main et les pieds ballants au-dessus du courant ; et ils s'étaient pris d'amitié l'un pour l'autre.
    En certains jours, ils ne parlaient pas. Quelquefois ils causaient ; mais ils s'entendaient admirablement sans rien dire, ayant des goûts semblables et des sensations identiques.
    Au printemps, le matin, vers dix heures, quand le soleil rajeuni faisait flotter sur le fleuve tranquille cette petite buée qui coule avec l'eau, et versait dans le dos des deux enragés pêcheurs une bonne chaleur de saison nouvelle, Morissot parfois disait à son voisin: "Hein ! quelle douceur!" et M. Sauvage répondait : "Je ne connais rien de meilleur". Et cela leur suffisait pour se comprendre et s'estimer.
    A l'automne, vers la fin du jour, quand le ciel, ensanglanté par le soleil couchant, jetait dans l'eau des figures de nuages écarlates, empourprait le fleuve entier, enflammait l'horizon, faisait rouge comme du feu entre les deux amis, et dorait les arbres roussis déjà, frémissants d'un frisson d'hiver, M. Sauvage regardait en souriant Morissot et prononçait : "Quel spectacle !" Et Morissot émerveillait répondait, sans quitter des yeux son flotteur : "Cela vaut mieux que le boulevard, hein !"
    Dès qu'ils se furent reconnus, ils se serrèrent les mains énergiquement, tout émus de se retrouver en des circonstances si différentes. M. Sauvage, poussant un soupir, murmura : "En voilà des événements !" Morissot, très morne, gémit : "Et quel temps ! C'est aujourd'hui le premier beau jour de l'année."
    Le ciel était, en effet, tout bleu et plein de lumière.
    Ils se mirent à marcher côte à côte, rêveurs et tristes, Morissot reprit : "Et la pêche ? hein ! quel bon souvenir !"
    M. Sauvage demanda : "Quand y retournerons-nous ?"
    Ils entrèrent dans un petit café et burent ensemble une absinthe ; puis ils se remirent à se promener sur les trottoirs.
    Morissot s'arrêta soudain : "Une seconde verte, hein ?" M. Sauvage y consentit : "A votre disposition." Et ils pénétrèrent chez un autre marchand de vins.
    Ils étaient fort étourdis en sortant, troublés comme des gens à jeun dont le ventre est plein d'alcool. Il faisait doux. Une brise caressante leur chatouillait le visage; M. Sauvage, que l'air tiède achevait de griser, s'arrêta: "Si on y allait ?"
    - Où ça ?
    - A la pêche, donc.
    - Mais où ?
    - Mais à notre île. Les avant-postes français sont auprès de Colombes. Je connais le colonel Dumoulin ; on nous laissera passer facilement."
    Morissot frémit de désir : "C'est dit. J'en suis." Et ils se séparèrent pour prendre leurs instruments.
    Une heure après, ils marchaient côte à côte, sur la grand'route. Puis ils gagnèrent la villa qu'occupait le colonel. Il sourit de leur demande et consentit à leur fantaisie. Ils se remirent en marche, munis d'un laissez-passer.
    Bientôt ils franchirent les avant-postes, traversèrent Colombes abandonné, et se retrouvèrent au bord des petits champs de vigne qui descendent vers la Seine. Il était environ onze heures.
    En face, le village d'Argenteuil semblait mort. Les hauteurs d'Orgemont et de Sannois dominaient tout le pays. La grande plaine qui va jusqu'à Nanterre était vide, toute vide, avec ses cerisiers nus et ses terres grises.
    M. Sauvage, montrant du doigt les sommets, murmura : "Les Prussiens sont là-haut !" Et une inquiétude paralysait les deux amis devant ce pays désert.
    Les Prussiens ! Ils n'en avaient jamais aperçu mais il les sentaient là depuis des mois, autour de Paris, ruinant la France, pillant, massacrant, affamant, invisibles et tout-puissants. Et une sorte de terreur superstitieuse s'ajoutait à la haine qu'ils avaient pour ce peuple inconnu et victorieux.
    Morissot balbutia : "Hein ! si nous allions en rencontrer ?"
    M. Sauvage répondit, avec cette gouaillerie parisienne reparaissant malgré tout : "Nous leur offririons une friture."
    Mais ils hésitaient à s'aventurer dans la campagne, intimidés par le silence de tout l'horizon.
    A la fin, M. Sauvage se décida : "Allons, en route ! mais avec précaution." Et ils descendirent dans un champ de vigne, courbés en deux, rampant, profitant des buissons pour se couvrir, l'oeil inquiet, l'oreille tendue.
    Une bande de terre nue restait à traverser pour gagner le bord du fleuve. Ils se mirent à courir ; et dès qu'ils eurent atteint la berge, ils se blottirent dans les roseaux secs.
    Morissot colla sa joue par terre pour écouter si on ne marchait pas dans les environs. Il n'entendit rien. Ils étaient bien seuls, tout seuls.
    Ils se rassurèrent et se mirent à pêcher.
    En face d'eux, l'île Marante abandonnée les cachait à l'autre berge. La petite maison du restaurant était close, semblait délaissée depuis des années.
    M. Sauvage prit le premier goujon. Morissot attrapa le second, et d'instant en instant ils levaient leurs lignes avec une petite bête argentée frétillant au bout du fil ; une vraie pêche miraculeuse.
    Ils introduisaient délicatement les poissons dans une poche de filet à mailles très serrées, qui trempait à leurs pieds, et une joie délicieuse les pénétrait, cette joie qui vous saisit quand on retrouve un plaisir aimé dont on est privé depuis longtemps.
    Le bon soleil leur coulait sa chaleur entre les épaules ; ils n'écoutaient plus rien ; ils ne pensaient plus à rien ; ils ignoraient le reste du monde ; ils pêchaient.
    Mais soudain un bruit sourd qui semblait venir de sous terre fit trembler le sol. Le canon se remettait à tonner.
    Morissot tourna la tête, et par-dessus la berge il aperçut, là-bas, sur la gauche, la grande silhouette du Mont-Valérien, qui portait au front une aigrette blanche, une buée de poudre qu'il venait de cracher.
    Et aussitôt un second jet de fumée partit du sommet de la forteresse ; et quelques instants après une nouvelle détonation gronda.
    Puis d'autres suivirent, et de moment en moment, la montagne jetait son haleine de mort, soufflait ses vapeurs laiteuses qui s'élevaient lentement dans le ciel calme, faisaient un nuage au-dessus d'elle.
    M. Sauvage haussa les épaules : "Voilà qu'ils recommencent", dit-il.
    Morissot, qui regardait anxieusement plonger coup sur coup la plume de son flotteur, fut pris soudain d'une colère d'homme paisible contre ces enragés qui se battaient ainsi, et il grommela : "Faut-il être stupide pour se tuer comme ça !"
    M. Sauvage reprit : "C'est pis que des bêtes."
    Et Morissot qui venait de saisir une ablette, déclara : "Et dire que ce sera toujours ainsi tant qu'il y aura des gouvernements."
    M. Sauvage l'arrêta : "La République n'aurait pas déclaré la guerre..."
    Morissot l'interrompit : "Avec les rois on a la guerre au dehors ; avec la République on a la guerre au dedans."
    Et tranquillement ils se mirent à discuter, débrouillant les grands problèmes politiques avec une raison saine d'hommes doux et bornés, tombant d'accord sur ce point, qu'on ne serait jamais libres. Et le Mont-Valérien tonnait sans repos, démolissant à coups de boulet des maisons françaises, broyant des vies, écrasant des êtres, mettant fin à bien des rêves; à bien des joies attendues, à bien des bonheurs espérés, ouvrant en des coeurs de femmes, en des coeurs de filles, en des coeurs de mères, là-bas, en d'autres pays, des souffrances qui ne finiraient plus.
    "C'est la vie", déclara M. Sauvage.
    "Dites plutôt que c'est la mort", reprit en riant Morissot.
    Mais ils tressaillirent effarés, sentant bien qu'on venait de marcher derrière eux ; et ayant tourné les yeux, ils aperçurent, debout contre leurs épaules, quatre hommes, quatre grands hommes armés et barbus, vêtus comme des domestiques en livrée et coiffés de casquettes plates, les tenant en joue au bout de leurs fusils.
    Les deux lignes s'échappèrent de leurs mains et se mirent à descendre la rivière.
    En quelques secondes, ils furent saisis, emportés, jetés dans une barque et passés dans l'île.
    Et derrière la maison qu'ils avaient crue abandonnée, ils aperçurent une vingtaine de soldats allemands.
    Une sorte de géant velu, qui fumait, à cheval sur une chaise, une grande pipe de porcelaine, leur demanda, en excellent français : "Eh bien, messieurs, avez-vous fait bonne pêche ?"
    Alors un soldat déposa aux pieds de l'officier le filet plein de poissons qu'il avait eu soin d'emporter. Le Prussien sourit : "Eh! eh! je vois que ça n'allait pas mal. Mais il s'agit d'autre chose. Ecoutez-moi et ne vous troublez pas.
    "Pour moi, vous êtes deux espions envoyés pour me guetter. Je vous prends et je vous fusille. Vous faisiez semblant de pêcher, afin de mieux dissimuler vos projets. Vous êtes tombés entre mes mains, tant pis pour vous ; c'est la guerre. Mais comme vous êtes sortis par les avant-postes, vous avez assurément un mot d'ordre pour rentrer. Donnez-moi ce mot d'ordre et je vous fais grâce."
    Les deux amis, livides, côte à côte, les mains agitées d'un léger tremblement nerveux, se taisaient.
    L'officier reprit : "Personne ne le saura jamais, vous rentrerez paisiblement. Le secret disparaîtra avec vous. Si vous refusez, c'est la mort, et tout de suite. Choisissez ?"
    Ils demeuraient immobiles sans ouvrir la bouche.
    Le Prussien, toujours calme, reprit en étendant la main vers la rivière : "Songez que dans cinq minutes vous serez au fond de cette eau. Dans cinq minutes ! Vous devez avoir des parents ?"
    Le Mont-Valérien tonnait toujours.
    Les deux pêcheurs restaient debout et silencieux. L'Allemand donna des ordres dans sa langue. Puis il changea sa chaise de place pour ne pas se trouver trop près des prisonniers ; et douze hommes vinrent se placer à vingt pas, le fusil au pied.
    L'officier reprit : "Je vous donne une minute, pas deux secondes de plus."
    Puis il se leva brusquement, s'approcha des deux Français, prit Morissot sous le bras, l'entraîna plus loin, lui dit à voix basse : "Vite, ce mot d'ordre ? Votre camarade ne saura rien, j'aurai l'air de m'attendrir."
    Morissot ne répondit rien.
    Le Prussien entraîna alors M. Sauvage et lui posa la même question.
    M. Sauvage ne répondit pas.
    Ils se retrouvèrent côte à côte.
    Et l'officier se mit à commander. Les soldats élevèrent leurs armes.
    Alors le regard de Morissot tomba par hasard sur le filet plein de goujons, resté dans l'herbe, à quelques pas de lui.
    Un rayon de soleil faisait briller le tas de poisson qui s'agitaient encore. Et une défaillance l'envahit. Malgré ses efforts, ses yeux s'emplirent de larmes.
    Il balbutia : "Adieu, monsieur Sauvage."
    M. Sauvage répondit : "Adieu, monsieur Morissot."
    Ils se serrèrent la main, secoués des pieds à la tête par d'invincibles tremblements.
    L'officier cria : "Feu !"
    Les douze coups n'en firent qu'un.
    M. Sauvage tomba d'un bloc sur le nez. Morissot, plus grand, oscilla, pivota et s'abattit en travers sur son camarade, le visage au ciel, tandis que des bouillons de sang s'échappaient de sa tunique crevée à la poitrine.
    L'Allemand donna de nouveaux ordres.
    Ses hommes se dispersèrent, puis revinrent avec des cordes et des pierres qu'ils attachèrent aux pieds des deux morts ; puis ils les portèrent sur la berge.
    Le Mont-Valérien ne cessait pas de gronder, coiffé maintenant d'une montagne de fumée.
    Deux soldats prirent Morissot par la tête et par les jambes ; deux autres saisirent M. Sauvage de la même façon. Les corps, un instant balancés avec force, furent lancés au loin, décrivirent une courbe, puis plongèrent, debout, dans le fleuve, les pierres entraînant les pieds d'abord.
    L'eau rejaillit, bouillonna, frissonna, puis se calma, tandis que de toutes petites vagues s'en venaient jusqu'aux rives. Un peu de sang flottait.
    L'officier, toujours serein, dit à mi-voix : "C'est le tour des poissons maintenant."
    Puis il revint vers la maison.
    Et soudain il aperçut le filet aux goujons dans l'herbe. Il le ramassa, l'examina, sourit, cria : "Wilhelm !"
    Un soldat accourut, en tablier blanc. Et le Prussien, lui jetant la pêche des deux fusillés, commanda : "Fais-moi frire tout de suite ces petits animaux-là pendant qu'ils sont encore vivants. Ce sera délicieux."
    Puis il se remit à fumer sa pipe.

 


     Besieged Paris was in the throes of famine. Even the sparrows on the roofs and the rats in the sewers were growing scarce. People were eating anything they could get.
     As Monsieur Morissot, watchmaker by profession and idler for the nonce, was strolling along the boulevard one bright January morning, his hands in his trousers pockets and stomach empty, he suddenly came face to face with an acquaintance--Monsieur Sauvage, a fishing chum.
     Before the war broke out Morissot had been in the habit, every Sunday morning, of setting forth with a bamboo rod in his hand and a tin box on his back. He took the Argenteuil train, got out at Colombes, and walked thence to the Ile Marante. The moment he arrived at this place of his dreams he began fishing, and fished till nightfall.
     Every Sunday he met in this very spot Monsieur Sauvage, a stout, jolly, little man, a draper in the Rue Notre Dame de Lorette, and also an ardent fisherman. They often spent half the day side by side, rod in hand and feet dangling over the water, and a warm friendship had sprung up between the two.
     Some days they did not speak; at other times they chatted; but they understood each other perfectly without the aid of words, having similar tastes and feelings.
     In the spring, about ten o'clock in the morning, when the early sun caused a light mist to float on the water and gently warmed the backs of the two enthusiastic anglers, Morissot would occasionally remark to his neighbor:
     "My, but it's pleasant here."
     To which the other would reply:
     "I can't imagine anything better!"
     And these few words sufficed to make them understand and appreciate each other.
     In the autumn, toward the close of day, when the setting sun shed a blood-red glow over the western sky, and the reflection of the crimson clouds tinged the whole river with red, brought a glow to the faces of the two friends, and gilded the trees, whose leaves were already turning at the first chill touch of winter, Monsieur Sauvage would sometimes smile at Morissot, and say:
     "What a glorious spectacle!"
     And Morissot would answer, without taking his eyes from his float:
     "This is much better than the boulevard, isn't it?"
     As soon as they recognized each other they shook hands cordially, affected at the thought of meeting under such changed circumstances.
     Monsieur Sauvage, with a sigh, murmured:
     "These are sad times!"
     Morissot shook his head mournfully.
     "And such weather! This is the first fine day of the year."
     The sky was, in fact, of a bright, cloudless blue.
     They walked along, side by side, reflective and sad.
    "And to think of the fishing!" said Morissot. "What good times we used to have!"
    "When shall we be able to fish again?" asked Monsieur Sauvage.
    They entered a small cafe and took an absinthe together, then resumed their walk along the pavement.
    Morissot stopped suddenly.
    "Shall we have another absinthe?" he said.
    "If you like," agreed Monsieur Sauvage.
    And they entered another wine shop.
    They were quite unsteady when they came out, owing to the effect of the alcohol on their empty stomachs. It was a fine, mild day, and a gentle breeze fanned their faces.
    The fresh air completed the effect of the alcohol on Monsieur Sauvage. He stopped suddenly, saying:
    "Suppose we go there?"
    "Where?"
    "Fishing."
    "But where?"
    "Why, to the old place. The French outposts are close to Colombes. I know Colonel Dumoulin, and we shall easily get leave to pass."
    Morissot trembled with desire.
    "Very well. I agree."
    And they separated, to fetch their rods and lines.
    An hour later they were walking side by side on the-highroad. Presently they reached the villa occupied by the colonel. He smiled at their request, and granted it. They resumed their walk, furnished with a password.
    Soon they left the outposts behind them, made their way through deserted Colombes, and found themselves on the outskirts of the small vineyards which border the Seine. It was about eleven o'clock.
     Before them lay the village of Argenteuil, apparently lifeless. The heights of Orgement and Sannois dominated the landscape. The great plain, extending as far as Nanterre, was empty, quite empty-a waste of dun-colored soil and bare cherry trees.
    Monsieur Sauvage, pointing to the heights, murmured:
    "The Prussians are up yonder!"
    And the sight of the deserted country filled the two friends with vague misgivings.
    The Prussians! They had never seen them as yet, but they had felt their presence in the neighborhood of Paris for months past--ruining France, pillaging, massacring, starving them. And a kind of superstitious terror mingled with the hatred they already felt toward this unknown, victorious nation.
    "Suppose we were to meet any of them?" said Morissot.
    "We'd offer them some fish," replied Monsieur Sauvage, with that Parisian light-heartedness which nothing can wholly quench.
    Still, they hesitated to show themselves in the open country, overawed by the utter silence which reigned around them.
    At last Monsieur Sauvage said boldly:
    "Come, we'll make a start; only let us be careful!"
    And they made their way through one of the vineyards, bent double, creeping along beneath the cover afforded by the vines, with eye and ear alert.
    A strip of bare ground remained to be crossed before they could gain the river bank. They ran across this, and, as soon as they were at the water's edge, concealed themselves among the dry reeds.
    Morissot placed his ear to the ground, to ascertain, if possible, whether footsteps were coming their way. He heard nothing. They seemed to be utterly alone.
    Their confidence was restored, and they began to fish.
    Before them the deserted Ile Marante hid them from the farther shore. The little restaurant was closed, and looked as if it had been deserted for years.
    Monsieur Sauvage caught the first gudgeon, Monsieur Morissot the second, and almost every moment one or other raised his line with a little, glittering, silvery fish wriggling at the end; they were having excellent sport.
    They slipped their catch gently into a close-meshed bag lying at their feet; they were filled with joy--the joy of once more indulging in a pastime of which they had long been deprived.
    The sun poured its rays on their backs; they no longer heard anything or thought of anything. They ignored the rest of the world; they were fishing.
    But suddenly a rumbling sound, which seemed to come from the bowels of the earth, shook the ground beneath them: the cannon were resuming their thunder.
    Morissot turned his head and could see toward the left, beyond the banks of the river, the formidable outline of Mont-Valerien, from whose summit arose a white puff of smoke.
    The next instant a second puff followed the first, and in a few moments a fresh detonation made the earth tremble.
    Others followed, and minute by minute the mountain gave forth its deadly breath and a white puff of smoke, which rose slowly into the peaceful heaven and floated above the summit of the cliff.
    Monsieur Sauvage shrugged his shoulders.
    "They are at it again!" he said.
    Morissot, who was anxiously watching his float bobbing up and down, was suddenly seized with the angry impatience of a peaceful man toward the madmen who were firing thus, and remarked indignantly:
    "What fools they are to kill one another like that!"
    "They're worse than animals," replied Monsieur Sauvage.
    And Morissot, who had just caught a bleak, declared:
    "And to think that it will be just the same so long as there are governments!"
    "The Republic would not have declared war," interposed Monsieur Sauvage.
    Morissot interrupted him:
    "Under a king we have foreign wars; under a republic we have civil war."
    And the two began placidly discussing political problems with the sound common sense of peaceful, matter-of-fact citizens--agreeing on one point: that they would never be free. And Mont-Valerien thundered ceaselessly, demolishing the houses of the French with its cannon balls, grinding lives of men to powder, destroying many a dream, many a cherished hope, many a prospective happiness; ruthlessly causing endless woe and suffering in the hearts of wives, of daughters, of mothers, in other lands.
    "Such is life!" declared Monsieur Sauvage.
    "Say, rather, such is death!" replied Morissot, laughing.
    But they suddenly trembled with alarm at the sound of footsteps behind them, and, turning round, they perceived close at hand four tall, bearded men, dressed after the manner of livery servants and wearing flat caps on their heads. They were covering the two anglers with their rifles.
    The rods slipped from their owners' grasp and floated away down the river.
    In the space of a few seconds they were seized, bound, thrown into a boat, and taken across to the Ile Marante.
    And behind the house they had thought deserted were about a score of German soldiers.
    A shaggy-looking giant, who was bestriding a chair and smoking a long clay pipe, addressed them in excellent French with the words:
    "Well, gentlemen, have you had good luck with your fishing?"
    Then a soldier deposited at the officer's feet the bag full of fish, which he had taken care to bring away. The Prussian smiled.
    "Not bad, I see. But we have something else to talk about. Listen to me, and don't be alarmed:
    "You must know that, in my eyes, you are two spies sent to reconnoitre me and my movements. Naturally, I capture you and I shoot you. You pretended to be fishing, the better to disguise your real errand. You have fallen into my hands, and must take the consequences. Such is war.
    "But as you came here through the outposts you must have a password for your return. Tell me that password and I will let you go."
    The two friends, pale as death, stood silently side by side, a slight fluttering of the hands alone betraying their emotion.
    "No one will ever know," continued the officer. "You will return peacefully to your homes, and the secret will disappear with you. If you refuse, it means death-instant death. Choose!"
    They stood motionless, and did not open their lips.
    The Prussian, perfectly calm, went on, with hand outstretched toward the river:
    "Just think that in five minutes you will be at the bottom of that water. In five minutes! You have relations, I presume?"
    Mont-Valerien still thundered.
    The two fishermen remained silent. The German turned and gave an order in his own language. Then he moved his chair a little way off, that he might not be so near the prisoners, and a dozen men stepped forward, rifle in hand, and took up a position, twenty paces off.
    "I give you one minute," said the officer; "not a second longer."
    Then he rose quickly, went over to the two Frenchmen, took Morissot by the arm, led him a short distance off, and said in a low voice:
    "Quick! the password! Your friend will know nothing. I will pretend to relent."
     Morissot answered not a word.
    Then the Prussian took Monsieur Sauvage aside in like manner, and made him the same proposal.
    Monsieur Sauvage made no reply.
    Again they stood side by side.
    The officer issued his orders; the soldiers raised their rifles.
    Then by chance Morissot's eyes fell on the bag full of gudgeon lying in the grass a few feet from him.
    A ray of sunlight made the still quivering fish glisten like silver. And Morissot's heart sank. Despite his efforts at self-control his eyes filled with tears.
    "Good-by, Monsieur Sauvage," he faltered.
    "Good-by, Monsieur Morissot," replied Sauvage.
    They shook hands, trembling from head to foot with a dread beyond their mastery.
    The officer cried:
    "Fire!"
    The twelve shots were as one.
    Monsieur Sauvage fell forward instantaneously. Morissot, being the taller, swayed slightly and fell across his friend with face turned skyward and blood oozing from a rent in the breast of his coat.
    The German issued fresh orders.
    His men dispersed, and presently returned with ropes and large stones, which they attached to the feet of the two friends; then they carried them to the river bank.
    Mont-Valerien, its summit now enshrouded in smoke, still continued to thunder.
    Two soldiers took Morissot by the head and the feet; two others did the same with Sauvage. The bodies, swung lustily by strong hands, were cast to a distance, and, describing a curve, fell feet foremost into the stream.
    The water splashed high, foamed, eddied, then grew calm; tiny waves lapped the shore.
    A few streaks of blood flecked the surface of the river.
    The officer, calm throughout, remarked, with grim humor:
"It's the fishes' turn now!"
    Then he retraced his way to the house.
    Suddenly he caught sight of the net full of gudgeons, lying forgotten in the grass. He picked it up, examined it, smiled, and called:
    "Wilhelm!"
    A white-aproned soldier responded to the summons, and the Prussian, tossing him the catch of the two murdered men, said:
    "Have these fish fried for me at once, while they are still alive; they'll make a tasty dish."
    Then he resumed his pipe.

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