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  外语解密学习法 逆读法(Reverse Reading Method)   解读法(Decode-Reading Method)训练范文 ——                 

解密目标语言:法语                                解密辅助语言:英语
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解密文本:     《红与黑》   [法] 司汤达  著         
 
Le Rouge et Le Noir
par   Stendhal

 

The Red and the Black
by   Stendhal

第一部(Book 1)  第1-10章(Chapter1-10) |   第11-20章(Chapter11-20) |   第21-30章(Chapter21-30)   ||    第二部(Book 2)

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Chapitre I

Une petite Ville.

Put thousands together

Less bad.

But the cage less gay.

hobbes

 La petite ville de Verrières peut passer pour l'une des plus jolies de la Franche-Comté. Ses maisons blanches avec leurs toits pointus de tuiles rouges, s'étendent sur la pente d'une colline, dont des touffes de vigoureux châtaigniers marquent les moindres sinuosités. Le Doubs coule à quelques centaines de pieds au-dessous de ses fortifications, bâties jadis par les Espagnols, et maintenant ruinées.

Verrières est abritée du côté du nord par une haute montagne, c'est une des branches du Jura. Les cimes brisées du Verra se couvrent de neige dès les premiers froids d'octobre. Un torrent, qui se précipite de la montagne, traverse Verrières avant de se jeter dans le Doubs, et donne le mouvement à un grand nombre de scies à bois ; c'est une industrie fort simple et qui procure un certain bien-être à la majeure partie des habitants plus paysans que bourgeois. Ce ne sont pas cependant les scies à bois qui ont enrichi cette petite ville. C'est à la fabrique des toiles peintes, dites de Mulhouse, que l'on doit l'aisance générale qui, depuis la chute de Napoléon, a fait rebâtir les façades de presque toutes les maisons de Verrières.

À peine entre-t-on dans la ville que l'on est étourdi par le fracas d'une machine bruyante et terrible en apparence. Vingt marteaux pesants, et retombant avec un bruit qui fait trembler le pavé, sont élevés par une roue que l'eau du torrent fait mouvoir. Chacun de ces marteaux fabrique, chaque jour, je ne sais combien de milliers de clous. Ce sont de jeunes filles fraîches et jolies qui présentent aux coups de ces marteaux énormes les petits morceaux de fer qui sont rapidement transformés en clous. Ce travail, si rude en apparence, est un de ceux qui étonnent le plus le voyageur qui pénètre pour la première fois dans les montagnes qui séparent la France de l'Helvétie. Si, en entrant à Verrières, le voyageur demande à qui appartient cette belle fabrique de clous qui assourdit les gens qui montent la grande rue, on lui répond avec un accent traînard : Eh ! elle est à M. le maire.

Pour peu que le voyageur s'arrête quelques instants dans cette grande rue de Verrières, qui va en montant depuis la rive du Doubs jusque vers le sommet de la colline, il y a cent à parier contre un qu'il verra paraître un grand homme à l'air affairé et important.

À son aspect tous les chapeaux se lèvent rapidement. Ses cheveux sont grisonnants, et il est vêtu de gris. Il est chevalier de plusieurs ordres, il a un grand front, un nez aquilin, et au total sa figure ne manque pas d'une certaine régularité : on trouve même, au premier aspect, qu'elle réunit à la dignité du maire de village cette sorte d'agrément qui peut encore se rencontrer avec quarante-huit ou cinquante ans. Mais bientôt le voyageur parisien est choqué d'un certain air de contentement de soi et de suffisance mêlé à je ne sais quoi de borné et de peu inventif. On sent enfin que le talent de cet homme-là se borne à se faire payer bien exactement ce qu'on lui doit, et à payer lui-même le plus tard possible quand il doit.

Tel est le maire de Verrières, M. de Rênal. Après avoir traversé la rue d'un pas grave, il entre à la mairie et disparaît aux yeux du voyageur. Mais, cent pas plus haut, si celui-ci continue sa promenade, il aperçoit une maison d'assez belle apparence, et, à travers une grille de fer attenante à la maison, des jardins magnifiques. Au-delà c'est une ligne d'horizon formée par les collines de la Bourgogne, et qui semble faite à souhait pour le plaisir des yeux. Cette vue fait oublier au voyageur l'atmosphère empestée des petits intérêts d'argent dont il commence à être asphyxié.

On lui apprend que cette maison appartient à M. de Rênal. C'est aux bénéfices qu'il a faits sur sa grande fabrique de clous, que le maire de Verrières doit cette belle habitation en pierres de taille qu'il achève en ce moment. Sa famille, dit-on, est espagnole, antique, et, à ce qu'on prétend, établie dans le pays bien avant la conquête de Louis XIV.

Depuis 1815 il rougit d'être industriel : 1815 l'a fait maire de Verrières. Les murs en terrasse qui soutiennent les diverses parties de ce magnifique jardin qui, d'étage en étage, descend jusqu'au Doubs, sont aussi la récompense de la science de M. de Rênal dans le commerce du fer.

Ne vous attendez point à trouver en France ces jardins pittoresques qui entourent les villes manufacturières de l'Allemagne, Leipsick, Francfort, Nuremberg, etc. En Franche-Comté, plus on bâtit de murs, plus on hérisse sa propriété de pierres rangées les unes au-dessus des autres, plus on acquiert de droits aux respects de ses voisins. Les jardins de M. de Rênal, remplis de murs, sont encore admirés parce qu'il a acheté, au poids de l'or, certains petits morceaux de terrain qu'ils occupent. Par exemple, cette scie à bois, dont la position singulière sur la rive du Doubs vous a frappé en entrant à Verrières, et où vous avez remarqué le nom de Sorel, écrit en caractères gigantesques sur une planche qui domine le toit, elle occupait, il y a six ans, l'espace sur lequel on élève en ce moment le mur de la quatrième terrasse des jardins de M. de Rênal.

Malgré sa fierté, M. le maire a dû faire bien des démarches auprès du vieux Sorel, paysan dur et entêté ; il a dû lui compter de beaux louis d'or pour obtenir qu'il transportât son usine ailleurs. Quant au ruisseau public qui faisait aller la scie, M. de Rênal, au moyen du crédit dont il jouit à Paris, a obtenu qu'il fût détourné. Cette grâce lui vint après les élections de 182*.

Il a donné à Sorel quatre arpents pour un, à cinq cents pas plus bas sur les bords du Doubs. Et, quoique cette position fût beaucoup plus avantageuse pour son commerce de planches de sapin, le père Sorel, comme on l'appelle depuis qu'il est riche, a eu le secret d'obtenir de l'impatience et de la manie de propriétaire, qui animait son voisin, une somme de six mille francs.

Il est vrai que cet arrangement a été critiqué par les bonnes têtes de l'endroit. Une fois, c'était un jour de dimanche, il y a quatre ans de cela, M. de Rênal, revenant de l'église en costume de maire, vit de loin le vieux Sorel, entouré de ses trois fils, sourire en le regardant. Ce sourire a porté un coup fatal dans l'âme de M. le maire, il pense depuis lors qu'il eût pu obtenir l'échange à meilleur marché.

Pour arriver à la considération publique à Verrières, l'essentiel est de ne pas adopter, tout en bâtissant beaucoup de murs, quelque plan apporté d'Italie par ces maçons, qui au printemps traversent les gorges du Jura pour gagner Paris. Une telle innovation, vaudrait à l'imprudent bâtisseur une éternelle réputation de mauvaise tête, et il serait à jamais perdu auprès des gens sages et modérés qui distribuent la considération en Franche-Comté.

Dans le fait, ces gens sages y exercent le plus ennuyeux despotisme ; c'est à cause de ce vilain mot que le séjour des petites villes est insupportable, pour qui a vécu dans cette grande république qu'on appelle Paris. La tyrannie de l'opinion, et quelle opinion ! est aussi bête dans les petites villes de France, qu'aux États-Unis d'Amérique.

 

Chapitre II

Un maire

L'importance ! Monsieur, n'est-ce rien ?
    Le respect des sots, l'ébahissement des
    enfants, l'envie des riches, le mépris du sage.

BARNAVE.                 

Heureusement pour la réputation de M. de Rênal comme administrateur, un immense mur de soutènement était nécessaire à la promenade publique qui longe la colline à une centaine de pieds au-dessus du cours du Doubs. Elle doit à cette admirable position une des vues les plus pittoresques de France. Mais, à chaque printemps, les eaux de pluie sillonnaient la promenade, y creusaient des ravins et la rendaient impraticable. Cet inconvénient, senti par tous, mit M. de Rênal dans l'heureuse nécessité d'immortaliser son administration par un mur de vingt pieds de hauteur et de trente ou quarante toises de long.

Le parapet de ce mur pour lequel M. de Rênal a dû faire trois voyages à Paris, car l'avant-dernier ministre de l'Intérieur s'était déclaré l'ennemi mortel de la promenade de Verrières ; le parapet de ce mur s'élève maintenant de quatre pieds au-dessus du sol. Et, comme pour braver tous les ministres présents et passés, on le garnit en ce moment avec des dalles de pierre de taille.

Combien de fois, songeant aux bals de Paris abandonnés la veille, et la poitrine appuyée contre ces grands blocs de pierre d'un beau gris tirant sur le bleu, mes regards ont plongé dans la vallée du Doubs ! Au-delà, sur la rive gauche, serpentent cinq ou six vallées au fond desquelles l'œil distingue fort bien de petits ruisseaux. Après avoir couru de cascade en cascade on les voit tomber dans le Doubs. Le soleil est fort chaud dans ces montagnes ; lorsqu'il brille d'aplomb, la rêverie du voyageur est abritée sur cette terrasse par de magnifiques platanes. Leur croissance rapide et leur belle verdure tirant sur le bleu, ils la doivent à la terre rapportée, que M. le maire a fait placer derrière son immense mur de soutènement, car, malgré l'opposition du conseil municipal, il a élargi la promenade de plus de six pieds (quoiqu'il soit ultra et moi libéral, je l'en loue), c'est pourquoi dans son opinion et dans celle de M. Valenod, l'heureux directeur du dépôt de mendicité de Verrières, cette terrasse peut soutenir la comparaison, avec celle de Saint-Germain-en-Laye.

Je ne trouve quant à moi qu'une chose à reprendre au COURS DE LA FIDÉLITÉ ; on lit ce nom officiel en quinze ou vingt endroits, sur des plaques de marbre qui ont valu une croix de plus à M. de Rênal ; ce que je reprocherais au cours de la Fidélité, c'est la manière barbare dont l'autorité fait tailler et tondre jusqu'au vif ces vigoureux platanes. Au lieu de ressembler par leurs têtes basses, rondes et aplaties, à la plus vulgaire des plantes potagères, ils ne demanderaient pas mieux que d'avoir ces formes magnifiques qu'on leur voit en Angleterre. Mais la volonté de M. le maire est despotique, et deux fois par an tous les arbres appartenant à la commune sont impitoyablement amputés. Les libéraux de l'endroit prétendent, mais ils exagèrent, que la main du jardinier officiel est devenue bien plus sévère depuis que M. le vicaire Maslon a pris l'habitude de s'emparer des produits de la tonte.

Ce jeune ecclésiastique fut envoyé de Besançon, il y a quelques années, pour surveiller l'abbé Chélan, et quelques curés des environs. Un vieux chirurgien-major de l'armée d'Italie retiré à Verrières, et qui de son vivant était à la fois, suivant M. le maire, jacobin et bonapartiste, osa bien un jour se plaindre à lui de la mutilation périodique de ces beaux arbres.

— J'aime l'ombre, répondit M. de Rênal avec la nuance de hauteur convenable quand on parle à un chirurgien, membre de la Légion d'Honneur ; j'aime l'ombre, je fais tailler mes arbres pour donner de l'ombre, et je ne conçois pas qu'un arbre soit fait pour autre chose, quand toutefois, comme l'utile noyer, il ne rapporte pas de revenu.

Voilà le grand mot qui décide de tout à Verrières : RAPPORTER DU REVENU ; à lui seul il représente la pensée habituelle de plus des trois quarts des habitants.

Rapporter du revenu est la raison qui décide de tout dans cette petite ville qui vous semblait si jolie. L'étranger qui arrive, séduit par la beauté des fraîches et profondes vallées qui l'entourent, s'imagine d'abord que ses habitants sont sensibles au beau ; ils ne parlent que trop souvent de la beauté de leur pays : on ne peut pas nier qu'ils n'en fassent grand cas ; mais c'est parce qu'elle attire quelques étrangers dont l'argent enrichit les aubergistes, ce qui, par le mécanisme de l'octroi, rapporte du revenu à la ville.

C'était par un beau jour d'automne que M. de Rênal se promenait sur le Cours de la Fidélité, donnant le bras à sa femme. Tout en écoutant son mari qui parlait d'un air grave, l'œil de Mme de Rênal suivait avec inquiétude les mouvements de trois petits garçons. L'aîné, qui pouvait avoir onze ans, s'approchait trop souvent du parapet et faisait mine d'y monter. Une voix douce prononçait alors le nom d'Adolphe, et l'enfant renonçait à son projet ambitieux. Mme de Rênal paraissait une femme de trente ans, mais encore assez jolie.

— Il pourrait bien s'en repentir, ce beau monsieur de Paris, disait M. de Rênal d'un air offensé, et la joue plus pâle encore qu'à l'ordinaire. Je ne suis pas sans avoir quelques amis au Château...

Mais, quoique je veuille vous parler de la province pendant deux cents pages, je n'aurai pas la barbarie de vous faire subir la longueur et les ménagements savants d'un dialogue de province.

Ce beau monsieur de Paris, si odieux au maire de Verrières, n'était autre que M. Appert, qui, deux jours auparavant, avait trouvé le moyen de s'introduire, non seulement dans la prison et le dépôt de mendicité de Verrières, mais aussi dans l'hôpital administré gratuitement par le maire et les principaux propriétaires de l'endroit.

— Mais, disait timidement Mme de Rênal, quel tort peut vous faire ce monsieur de Paris, puisque vous administrez le bien des pauvres avec la plus scrupuleuse probité ?

— Il ne vient que pour déverser le blâme, et ensuite il fera insérer des articles dans les journaux du libéralisme.

— Vous ne les lisez jamais, mon ami.

— Mais on nous parle de ces articles jacobins ; tout cela nous distrait et nous empêche de faire le bien. Quant à moi, je ne pardonnerai jamais au curé.

 

Chapitre III

Le bien des pauvres

Un curé vertueux et sans intrigue est une Providence pour le village.

FLEURY.             

Il faut savoir que le curé de Verrières, vieillard de quatre-vingts ans, mais qui devait à l'air vif de ces montagnes une santé et un caractère de fer, avait le droit de visiter à toute heure la prison, l'hôpital et même le dépôt de mendicité. C'était précisément à 6 heures du matin, que M. Appert, qui de Paris était recommandé au curé, avait eu la sagesse d'arriver dans une petite ville curieuse. Aussitôt il était allé au presbytère.

En lisant la lettre que lui écrivait M. le marquis de La Mole, pair de France, et le plus riche propriétaire de la province, le curé Chélan resta pensif.

— Je suis vieux et aimé ici, se dit-il enfin à mi-voix, ils n'oseraient !

Se tournant tout de suite vers le monsieur de Paris, avec des yeux où, malgré le grand âge, brillait ce feu sacré qui annonce le plaisir de faire une belle action un peu dangereuse :

— Venez avec moi, monsieur, et en présence du geôlier et surtout des surveillants du dépôt de mendicité, veuillez n'émettre aucune opinion sur les choses que nous verrons.

M. Appert comprit qu'il avait affaire à un homme de cœur : il suivit le vénérable curé, visita la prison, l'hospice, le dépôt, fit beaucoup de questions, et, malgré d'étranges réponses, ne se permit pas la moindre marque de blâme.

Cette visite dura plusieurs heures. Le curé invita à dîner M. Appert, qui prétendit avoir des lettres à écrire : il ne voulait pas compromettre davantage son généreux compagnon. Vers les 3 heures, ces messieurs allèrent achever l'inspection du dépôt de mendicité, et revinrent ensuite à la prison. Là, ils trouvèrent sur la porte le geôlier, espèce de géant de six pieds de haut et à jambes arquées ; sa figure ignoble était devenue hideuse par l'effet de la terreur.

— Ah ! monsieur, dit-il au curé, dès qu'il l'aperçut, ce monsieur, que je vois là avec vous, n'est-il pas M. Appert ?

— Qu'importe ? dit le curé.

— C'est que depuis hier j'ai l'ordre le plus précis, et que M. le préfet a envoyé par un gendarme, qui a dû galoper toute la nuit, de ne pas admettre M. Appert dans la prison.

— Je vous déclare, monsieur Noiroud, dit le curé, que ce voyageur, qui est avec moi, est M. Appert. Reconnaissez-vous que j'ai le droit d'entrer dans la prison à toute heure du jour et de la nuit, et en me faisant accompagner par qui je veux ?

— Oui, monsieur le curé, dit le geôlier à voix basse, et baissant la tête, comme un bouledogue, que fait obéir à regret la crainte du bâton. « Seulement, monsieur le curé, j'ai femme et enfants, si je suis dénoncé on me destituera ; je n'ai pour vivre que ma place.

— Je serais aussi bien fâché de perdre la mienne, reprit le bon curé, d'une voix de plus en plus émue.

— Quelle différence ! reprit vivement le geôlier ; vous, monsieur le curé, on sait que vous avez huit cents livres de rente, du bon bien au soleil... »

Tels sont les faits qui, commentés, exagérés de vingt façons différentes, agitaient depuis deux jours toutes les passions haineuses de la petite ville de Verrières. Dans ce moment, ils servaient de texte à la petite discussion que M. de Rênal avait avec sa femme. Le matin, suivi de M. Valenod, directeur du dépôt de mendicité, il était allé chez le curé, pour lui témoigner le plus vif mécontentement. M. Chélan n'était protégé par personne ; il sentit toute la portée de leurs paroles.

— Eh bien, messieurs ! je serai le troisième curé, de quatre-vingts ans d'âge, que l'on destituera dans ce voisinage. Il y a cinquante-six ans que je suis ici ; j'ai baptisé presque tous les habitants de la ville, qui n'était qu'un bourg quand j'y arrivai. Je marie tous les jours des jeunes gens, dont jadis j'ai marié les grands-pères. Verrières est ma famille ; mais je me suis dit, en voyant l'étranger : « Cet homme, venu de Paris, peut être à la vérité un libéral, il n'y en a que trop ; mais quel mal peut-il faire à nos pauvres et à nos prisonniers ? »

Les reproches de M. de Rênal, et surtout ceux de M. Valenod, le directeur du dépôt de mendicité, devenant de plus en plus vifs :

— Eh bien, messieurs ! faites-moi destituer, s'était écrié le vieux curé, d'une voix tremblante. Je n'en habiterai pas moins le pays. On sait qu'il y a quarante-huit ans, j'ai hérité d'un champ qui rapporte huit cents livres. Je vivrai avec ce revenu. Je ne fais point d'économies dans ma place, moi, messieurs, et c'est peut-être pourquoi je ne suis pas si effrayé quand on parle de me la faire perdre.

M. de Rênal vivait fort bien avec sa femme ; mais ne sachant que répondre à cette idée, qu'elle lui répétait timidement : « Quel mal ce monsieur de Paris peut-il faire aux prisonniers ? » il était sur le point de se fâcher tout à fait, quand elle jeta un cri. Le second de ses fils venait de monter sur le parapet du mur de la terrasse, et y courait, quoique ce mur fût élevé de plus de vingt pieds sur la vigne qui est de l'autre côté. La crainte d'effrayer son fils et de le faire tomber empêchait Mme de Rênal de lui adresser la parole. Enfin, l'enfant, qui riait de sa prouesse, ayant regardé sa mère, vit sa pâleur, sauta sur la promenade et accourut à elle. Il fut bien grondé.

Ce petit évènement changea le cours de la conversation.

— Je veux absolument prendre chez moi Sorel, le fils du scieur de planches, dit M. de Rênal ; il surveillera les enfants, qui commencent à devenir trop diables pour nous. C'est un jeune prêtre, ou autant vaut, bon latiniste, et qui fera faire des progrès aux enfants ; car il a un caractère ferme, dit le curé. Je lui donnerai trois cents francs et la nourriture. J'avais des doutes sur sa moralité ; car il était le benjamin de ce vieux chirurgien, membre de la Légion d'honneur, qui, sous prétexte qu'il était leur cousin, était venu se mettre en pension chez les Sorel. Cet homme pouvait fort bien n'être au fond qu'un agent secret des libéraux ; il disait que l'air de nos montagnes faisait du bien à son asthme ; mais c'est ce qui n'est pas prouvé. Il avait fait toutes les campagnes de Buonaparté en Italie ; et même avait, dit-on, signé non pour l'Empire dans le temps. Ce libéral montrait le latin au fils Sorel, et lui a laissé cette quantité de livres qu'il avait apportés avec lui. Aussi n'aurais-je jamais songé à mettre le fils du charpentier auprès de nos enfants ; mais le curé, justement la veille de la scène qui vient de nous brouiller à jamais, m'a dit que ce Sorel étudie la théologie depuis trois ans, avec le projet d'entrer au séminaire ; il n'est donc pas libéral, et il est latiniste.

— Cet arrangement convient de plus d'une façon, continua M. de Rênal, en regardant sa femme d'un air diplomatique ; le Valenod est tout fier des deux beaux normands qu'il vient d'acheter pour sa calèche. Mais il n'a pas de précepteur pour ses enfants.

— Il pourrait bien nous enlever celui-ci.

— Tu approuves donc mon projet ? dit M. de Rênal, remerciant sa femme par un sourire, de l'excellente idée qu'elle venait d'avoir. Allons voilà qui est décidé.

— Ah, bon Dieu ! mon cher ami, comme tu prends vite un parti !

— C'est que j'ai du caractère moi, et le curé l'a bien vu. Ne dissimulons rien, nous sommes environnés de libéraux ici. Tous ces marchands de toile me portent envie, j'en ai la certitude, deux ou trois deviennent des richards ; eh bien, j'aime assez qu'ils voient passer les enfants de M. de Rênal allant à la promenade sous la conduite de leur précepteur. Cela imposera. Mon grand-père nous racontait souvent que, dans sa jeunesse, il avait un précepteur. C'est cent écus qu'il m'en pourra coûter, mais ceci doit être classé comme une dépense nécessaire pour soutenir notre rang.

Cette résolution subite laissa Mme de Rênal toute pensive. C'était une femme grande, bien faite, qui avait été la beauté du pays, comme on dit dans ces montagnes. Elle avait un certain air de simplicité, et de la jeunesse dans la démarche ; aux yeux d'un Parisien, cette grâce naïve, pleine d'innocence et de vivacité, serait même allée jusqu'à rappeler des idées de douce volupté. Si elle eût appris ce genre de succès, Mme de Rênal en eût été bien honteuse. Ni la coquetterie, ni l'affectation, n'avaient jamais approché de ce cœur. M. Valenod, le riche directeur du dépôt, passait pour lui avoir fait la cour, mais sans succès ; ce qui avait jeté un éclat singulier sur sa vertu ; car ce M. Valenod, grand jeune homme, taillé en force, avec un visage coloré et de gros favoris noirs, était un de ces êtres grossiers, effrontés et bruyants, qu'en province on appelle de beaux hommes.

Mme de Rênal, fort timide, et d'un caractère en apparence fort égal, était surtout choquée du mouvement continuel, et des éclats de voix de M. Valenod. L'éloignement qu'elle avait pour ce qu'à Verrières on appelle de la joie, lui avait valu la réputation d'être très fière de sa naissance. Elle n'y songeait pas, mais avait été fort contente de voir les habitants de la ville venir moins chez elle. Nous ne dissimulerons pas qu'elle passait pour sotte aux yeux de leurs dames, parce que, sans nulle politique à l'égard de son mari, elle laissait échapper les plus belles occasions de se faire acheter de beaux chapeaux de Paris ou de Besançon. Pourvu qu'on la laissât seule errer dans son beau jardin, elle ne se plaignait jamais.

C'était une âme naïve, qui jamais ne s'était élevée même jusqu'à juger son mari, et à s'avouer qu'il l'ennuyait. Elle supposait sans se le dire qu'entre mari et femme il n'y avait pas de plus douces relations. Elle aimait surtout M. de Rênal quand il lui parlait de ses projets sur leurs enfants, dont il destinait l'un à l'épée, le second à la magistrature, et le troisième à l'Église. En somme elle trouvait M. de Rênal beaucoup moins ennuyeux que tous les hommes de sa connaissance.

Ce jugement conjugal était raisonnable. Le maire de Verrières devait une réputation d'esprit et surtout de bon ton à une demi-douzaine de plaisanteries dont il avait hérité d'un oncle. Le vieux capitaine de Rênal servait avant la Révolution dans le régiment d'infanterie de M. le duc d'Orléans, et, quand il allait à Paris, était admis dans les salons du prince. Il y avait vu Mme de Montesson, la fameuse Mme de Genlis, M. Ducrest, l'inventeur du Palais-Royal. Ces personnages ne reparaissaient que trop souvent dans les anecdotes de M. de Rênal. Mais peu à peu ce souvenir de choses aussi délicates à raconter était devenu un travail pour lui, et, depuis quelque temps, il ne répétait que dans les grandes occasions ses anecdotes relatives à la maison d'Orléans. Comme il était d'ailleurs fort poli, excepté lorsqu'on parlait d'argent, il passait avec raison, pour le personnage le plus aristocratique de Verrières.

 

 


 Chapitre IV

Un père et un fils

E sarà mia colpa,Se cosi è ?    MACHIAVELLI.

Ma femme a réellement beaucoup de tête ! se disait, le lendemain à 6 heures du matin, le maire de Verrières, en descendant à la scie du père Sorel. Quoique je lui aie dit, pour conserver la supériorité qui m'appartient, je n'avais pas songé que si je ne prends pas ce petit abbé Sorel, qui, dit-on, sait le latin comme un ange, le directeur du dépôt, cette âme sans repos, pourrait bien avoir la même idée que moi et me l'enlever. Avec quel ton de suffisance il parlerait du précepteur de ses enfants !... Ce précepteur, une fois à moi, portera-t-il la soutane ?

M. de Rênal était absorbé dans ce doute, lorsqu'il vit de loin un paysan, homme de près de six pieds, qui, dès le petit jour, semblait fort occupé à mesurer des pièces de bois déposées le long du Doubs, sur le chemin de halage. Le paysan n'eut pas l'air fort satisfait de voir approcher M. le maire ; car ces pièces de bois obstruaient le chemin, et étaient déposées là en contravention.

Le père Sorel, car c'était lui, fut très surpris et encore plus content de la singulière proposition que M. de Rênal lui faisait pour son fils Julien. Il ne l'en écouta pas moins avec cet air de tristesse mécontente et de désintérêt, dont sait si bien se revêtir la finesse des habitants de ces montagnes. Esclaves du temps de la domination espagnole, ils conservent encore ce trait de la physionomie du fellah de l'Égypte.

La réponse de Sorel ne fut d'abord que la longue récitation de toutes les formules de respect qu'il savait par cœur. Pendant qu'il répétait ces vaines paroles, avec un sourire gauche qui augmentait l'air de fausseté et presque de friponnerie naturel à sa physionomie, l'esprit actif du vieux paysan cherchait à découvrir quelle raison pouvait porter un homme aussi considérable à prendre chez lui son vaurien de fils. Il était fort mécontent de Julien, et c'était pour lui que M. de Rênal lui offrait le gage inespéré de trois cents francs par an, avec la nourriture et même l'habillement. Cette dernière prétention, que le père Sorel avait eu le génie de mettre en avant subitement, avait été accordée de même par M. de Rênal.

Cette demande frappa le maire. Puisque Sorel n'est pas ravi et comblé de ma proposition, comme naturellement il devrait l'être, il est clair, se dit-il, qu'on lui a fait des offres d'un autre côté ; et de qui peuvent-elles venir, si ce n'est du Valenod. Ce fut en vain que M. de Rênal pressa Sorel de conclure sur-le-champ : l'astuce du vieux paysan s'y refusa opiniâtrement ; il voulait, disait-il, consulter son fils, comme si, en province, un père riche consultait un fils qui n'a rien, autrement que pour la forme.

Une scie à eau se compose d'un hangar au bord d'un ruisseau. Le toit est soutenu par une charpente qui porte sur quatre gros piliers en bois. À huit ou dix pieds d'élévation, au milieur du hangar, on voit une scie qui monte et descend, tandis qu'un mécanisme fort simple pousse contre cette scie une pièce de bois. C'est une roue mise en mouvement par le ruisseau qui fait aller ce double mécanisme ; celui de la scie qui monte et descend, et celui qui pousse doucement la pièce de bois vers la scie, qui la débite en planches.

En approchant de son usine, le père Sorel appela Julien de sa voix de stentor ; personne ne répondit. Il ne vit que ses fils aînés, espèces de géants qui, armés de lourdes haches, équarrissaient les troncs de sapin, qu'ils allaient porter à la scie. Tout occupés à suivre exactement la marque noire tracée sur la pièce de bois, chaque coup de leur hache en séparait des copeaux énormes. Ils n'entendirent pas la voix de leur père. Celui-ci se dirigea vers le hangar ; en y entrant, il chercha vainement Julien à la place qu'il aurait dû occuper, à côté de la scie. Il l'aperçût à cinq ou six pieds de haut, à cheval sur l'une des pièces de la toiture. Au lieu de surveiller attentivement l'action de tout le mécanisme, Julien lisait. Rien n'était plus antipathique au vieux Sorel ; il eût peut-être pardonné à Julien sa taille mince, peu propre aux travaux de force, et si différente de celle de ses aînés ; mais cette manie de lecture lui était odieuse, il ne savait pas lire lui-même.

Ce fut en vain qu'il appela Julien deux ou trois fois. L'attention que le jeune homme donnait à son livre, bien plus que le bruit de la scie, l'empêcha d'entendre la terrible voix de son père. Enfin, malgré son âge, celui-ci sauta lestement sur l'arbre soumis à l'action de la scie, et de là sur la poutre transversale qui soutenait le toit. Un coup violent fit voler dans le ruisseau le livre qui tenait Julien ; un second coup aussi violent, donné sur la tête, en forme de calotte, lui fit perdre l'équilibre. Il allait tomber à douze ou quinze pieds plus bas, au milieu des leviers de la machine en action, qui l'eussent brisé, mais son père le retint de la main gauche, comme il tombait.

— Eh bien, paresseux ! tu liras donc toujours tes maudits livres, pendant que tu es de garde à la scie ? Lis-les le soir, quand tu vas perdre ton temps chez le curé, à la bonne heure.

Julien, quoique étourdi par la force du coup, et tout sanglant, se rapprocha de son poste officiel, à côté de la scie. Il avait les larmes aux yeux, moins à cause de la douleur physique, que pour la perte de son livre qu'il adorait.

« Descends, animal, que je te parle. » Le bruit de la machine empêcha encore Julien d'entendre cet ordre. Son père qui était descendu, ne voulant pas se donner la peine de remonter sur le mécanisme, alla chercher une longue perche pour abattre les noix, et l'en frappa sur l'épaule. À peine Julien fut-il à terre, que le vieux Sorel, le chassant rudement devant lui, le poussa vers la maison. « Dieu sait ce qu'il va me faire ! » se disait le jeune homme. En passant, il regarda tristement le ruisseau où était tombé son livre ; c'était celui de tous qu'il affectionnait le plus, le Mémorial de Sainte-Hélène.

Il avait les joues pourpres et les yeux baissés. C'était un petit jeune homme de dix-huit à dix-neuf ans, faible en apparence, avec des traits irréguliers, mais délicats, et un nez aquilin. De grands yeux noirs, qui, dans les moments tranquilles, annonçaient de la réflexion et du feu, étaient animés en cet instant de l'expression de la haine la plus féroce. Des cheveux châtain foncé, plantés fort bas, lui donnaient un petit front, et, dans les moments de colère, un air méchant. Parmi les innombrables variétés de la physionomie humaine, il n'en est peut-être point qui se soit distinguée par une spécialité plus saisissante. Une taille svelte et bien prise annonçait plus de légèreté que de vigueur. Dès sa première jeunesse, son air extrêmement pensif et sa grande pâleur avaient donné l'idée à son père qu'il ne vivrait pas, ou qu'il vivrait pour être une charge à sa famille. Objet des mépris de tous à maison, il haïssait ses frères et son père ; dans les jeux du dimanche, sur la place publique, il était toujours battu.

Il n'y avait pas un an que sa jolie figure commençait à lui donner quelques voix amies parmi les jeunes filles. Méprisé de tout le monde, comme un être faible, Julien avait adoré ce vieux chirurgien-major qui un jour osa parler au maire au sujet des platanes.

Ce chirurgien payait quelquefois au père Sorel la journée de son fils, et lui enseignait le latin et l'histoire, c'est-à-dire ce qu'il savait d'histoire, la campagne de 1796 en Italie. En mourant, il lui avait légué sa croix de la Légion d'honneur, les arrérages de sa demi-solde, et trente ou quarante volumes, dont le plus précieux venait de faire le saut dans le ruisseau public, détourné par le crédit de M. le Maire.

À peine entré dans la maison, Julien se sentit l'épaule arrêtée par la puissante main de son père ; il tremblait, s'attendant à quelques coups.

— Réponds-moi sans mentir, lui cria aux oreilles la voix dure du vieux paysan, tandis que sa main le retournait comme la main d'un enfant retourne un soldat de plomb. Les grands yeux noirs et remplis de larmes de Julien se trouvèrent en face des petits yeux gris et méchants du vieux charpentier qui avait l'air de vouloir lire jusqu'au fond de son âme.

 

 


Chapitre V

Une négociation  

Cunctando restituit rem.   ENNIUS.

— Réponds-moi sans mentir, si tu le peux, chien de lisard : d'où connais-tu Mme de Rênal ? Quand lui as-tu parlé ?

— Je ne lui ai jamais parlé, répondit Julien, je n'ai jamais vu cette dame qu'à l'église.

— Mais tu l'auras regardée, vilain effronté ?

— Jamais ! Vous savez qu'à l'église je ne vois que Dieu, ajouta Julien, avec un petit air hypocrite, tout propre, selon lui, à éloigner le retour des taloches.

— Il y a pourtant quelque chose là-dessous, répliqua le paysan malin, et il se tut un instant ; mais je ne saurai rien de toi, maudit hypocrite. Au fait, je vais être délivré de toi, et ma scie n'en ira que mieux. Tu as gagné M. le curé ou tout autre, qui t'a procuré une belle place. Va faire ton paquet, et je te mènerai chez M. de Rênal, où tu seras précepteur des enfants.

— Qu'aurai-je pour cela ?

— La nourriture, l'habillement et trois cents francs de gages.

— Je ne veux pas être domestique.

— Animal, qui te parle d'être domestique, est-ce que je voudrais que mon fils fût domestique ?

— Mais, avec qui mangerai-je ?

Cette demande déconcerta le vieux Sorel, il sentit qu'en parlant, il pourrait commettre quelque imprudence ; il s'emporta contre Julien, qu'il accabla d'injures, en l'accusant de gourmandise, et le quitta pour aller consulter ses autres fils.

Julien les vit bientôt après, chacun appuyé sur sa hache et tenant conseil. Après les avoir longtemps regardés, Julien, voyant qu'il ne pouvait rien deviner, alla se placer de l'autre côté de la scie, pour éviter d'être surpris. Il voulait penser à cette annonce imprévue qui changeait son sort, mais il se sentit incapable de prudence ; son imagination était tout entière à se figurer ce qu'il verrait dans la belle maison de M. de Rênal.

Il faut renoncer à tout cela, se dit-il, plutôt que de se laisser réduire à manger avec les domestiques. Mon père voudra m'y forcer ; plutôt mourir. J'ai quinze francs huit sous d'économies, je me sauve cette nuit ; en deux jours, par des chemins de traverse où je ne crains nul gendarme, je suis à Besançon ; là, je m'engage comme soldat, et, s'il le faut, je passe en Suisse. Mais alors plus d'avancement, plus d'ambition pour moi, plus de ce bel état de prêtre qui mène à tout.

Cette horreur, pour manger avec les domestiques, n'était pas naturelle à Julien, il eût fait, pour arriver à la fortune, des choses bien autrement pénibles. Il puisait cette répugnance dans Les Confessions de Rousseau. C'était le seul livre à l'aide duquel son imagination se figurait le monde. Le recueil des bulletins de la Grande Armée et le Mémorial de Sainte-Hélène, complétaient son Coran. Il se serait fait tuer pour ces trois ouvrages. Jamais il ne crut en aucun autre. D'après un mot du vieux chirurgien-major, il regardait tous les autres livres du monde comme menteurs, et écrits par des fourbes pour avoir de l'avancement.

Avec une âme de feu, Julien avait une de ces mémoires étonnantes si souvent unies à la sottise. Pour gagner le vieux curé Chélan, duquel il voyait bien que dépendait son sort à venir, il avait appris par cœur tout le Nouveau Testament en latin ; il savait aussi le livre du Pape de M. de Maistre, et croyait à l'un aussi peu qu'à l'autre.

Comme par un accord mutuel, Sorel et son fils évitèrent de se parler ce jour-là. Sur la brune, Julien alla prendre sa leçon de théologie chez le curé, mais il ne jugea pas prudent de lui rien dire de l'étrange proposition qu'on avait faite à son père. Peut-être est-ce un piège, se disait-il, il faut faire semblant de l'avoir oublié.

Le lendemain de bonne heure, M. de Rênal fit appeler le vieux Sorel, qui, après s'être fait attendre une heure ou deux, finit par arriver, en faisant dès la porte cent excuses, entremêlées d'autant de révérences. À force de parcourir toutes sortes d'objections, Sorel comprit que son fils mangerait avec le maître et la maîtresse de la maison, et les jours où il y aurait du monde, seul dans une chambre à part avec les enfants. Toujours plus disposé à incidenter à mesure qu'il distinguait un véritable empressement chez M. le maire, et d'ailleurs rempli de défiance et d'étonnement, Sorel demanda à voir la chambre où coucherait son fils. C'était une grande pièce meublée fort proprement, mais dans laquelle on était déjà occupé à transporter les lits des trois enfants.

Cette circonstance fut un trait de lumière pour le vieux paysan ; il demanda aussitôt avec assurance à voir l'habit que l'on donnerait à son fils. M. de Rênal ouvrit son bureau et prit cent francs.

— Avec cet argent, votre fils ira chez M. Durand, le drapier, et lèvera un habit noir complet.

— Et quand même je le retirerais de chez vous, dit le paysan qui avait tout à coup oublié ses formes révérencieuses, cet habit noir lui restera ?

— Sans doute.

— Oh bien ! dit Sorel, d'un ton de voix traînard, il ne reste donc plus qu'à nous mettre d'accord sur une seule chose, l'argent que vous lui donnerez.

— Comment ! s'écria M. de Rênal indigné, nous sommes d'accord depuis hier : je donne trois cents francs ; je crois que c'est beaucoup, et peut-être trop.

— C'était votre offre, je ne le nie point, dit le vieux Sorel, parlant encore plus lentement ; et, par un effort de génie qui n'étonnera que ceux qui ne connaissent pas les paysans francs-comtois, il ajouta, en regardant fixement M. de Rênal : Nous trouvons mieux ailleurs.

À ces mots, la figure du maire fut bouleversée. Il revint cependant à lui, et, après une conversation savante de deux grandes heures, où pas un mot ne fut dit au hasard, la finesse du paysan l'emporta sur la finesse de l'homme riche, qui n'en a pas besoin pour vivre. Tous les nombreux articles, qui devaient régler la nouvelle existence de Julien, se trouvèrent arrêtés ; non seulement ses appointements furent réglés à quatre cents francs, mais on dut les payer d'avance, le premier de chaque mois.

— Eh bien, je lui remettrai trente-cinq francs, dit M. de Rênal.

— Pour faire la somme ronde, un homme riche et généreux comme monsieur notre maire, dit le paysan, d'une voix câline, ira bien jusqu'à trente-six francs.

— Soit, dit M. de Rênal, mais finissons-en.

Pour le coup, la colère lui donnait le ton de la fermeté. Le paysan vit qu'il fallait cesser de marcher en avant. Alors, à son tour, M. de Rênal fit des progrès. Jamais il ne voulut remettre le premier mois de trente-six francs au vieux Sorel, fort empressé de le recevoir pour son fils. M. de Rênal vint à penser qu'il serait obligé de raconter à sa femme le rôle qu'il avait joué dans toute cette négociation.

— Rendez-moi les cent francs que je vous ai remis, dit-il, avec humeur. M. Durand me doit quelque chose. J'irai avec votre fils faire la levée du drap noir.

Après cet acte de vigueur, Sorel rentra prudemment dans ses formules respectueuses ; elles prirent un bon quart d'heure. À la fin, voyant qu'il n'y avait décidément plus rien à gagner, il se retira. Sa dernière révérence finit par ces mots :

— Je vais envoyer mon fils au château.

C'était ainsi que les administrés de M. le maire appelaient sa maison quand ils voulaient lui plaire.

De retour à son usine, ce fut en vain que Sorel chercha son fils. Se méfiant de ce qui pouvait arriver, Julien était sorti au milieu de la nuit. Il avait voulu mettre en sûreté ses livres et sa croix de la Légion d'honneur. Il avait transporté le tout chez un jeune marchand de bois, son ami, nommé Fouqué, qui habitait dans la haute montagne qui domine Verrières.

Quand il reparut : — Dieu sait, maudit paresseux, lui dit son père, si tu auras jamais assez d'honneur pour me payer le prix de ta nourriture, que j'avance depuis tant d'années ! Prends tes guenilles, et va-t'en chez M. le maire.

Julien, étonné de n'être pas battu, se hâta de partir. Mais à peine hors de la vue de son terrible père, il ralentit le pas. Il jugea qu'il serait utile à son hypocrisie d'aller faire une station à l'église.

Ce mot vous surprend ? Avant d'arriver à cet horrible mot, l'âme du jeune paysan avait eu bien du chemin à parcourir.

Dès sa première enfance, la vue de certains dragons du 6e, aux longs manteaux blancs, et la tête couverte de casques aux longs crins noirs, qui revenaient d'Italie, et que Julien vit attacher leurs chevaux à la fenêtre grillée de la maison de son père, le rendit fou de l'état militaire. Plus tard, il écoutait avec transport les récits des batailles du pont de Lodi, d'Arcole, de Rivoli, que lui faisait le vieux chirurgien-major. Il remarqua les regards enflammés que le vieillard jetait sur sa croix.

Mais lorsque Julien avait quatorze ans, on commença à bâtir à Verrières une église, que l'on peut appeler magnifique pour une aussi petite ville. Il y avait surtout quatre colonnes de marbre dont la vue frappa Julien ; elles devinrent célèbres dans le pays, par la haine mortelle qu'elles suscitèrent entre le juge de paix et le jeune vicaire, envoyé de Besançon, qui passait pour être l'espion de la congrégation. Le juge de paix fut sur le point de perdre sa place, du moins telle était l'opinion commune. N'avait-il pas osé avoir un différend avec un prêtre, qui, presque tous les quinze jours allait à Besançon, où il voyait, disait-on, Mgr l'évêque ?

Sur ces entrefaites, le juge de paix, père d'une nombreuse famille, rendit plusieurs sentences qui semblèrent injustes ; toutes furent portées contre ceux des habitants qui lisaient le Constitutionnel. Le bon parti triompha. Il ne s'agissait, il est vrai, que de sommes de trois ou de cinq francs ; mais une des ces petites amendes dut être payée par un cloutier, parrain de Julien. Dans sa colère, cet homme s'écriait : « Quel changement ! et dire que, depuis plus de vingt ans, le juge de paix passait pour un si honnête homme ! » Le chirurgien-major, ami de Julien, était mort.

Tout à coup Julien cessa de parler de Napoléon ; il annonça le projet de se faire prêtre, et on le vit constamment, dans la scie de son père, occupé à apprendre par cœur une bible latine que le curé lui avait prêtée. Ce bon vieillard, émerveillé de ses progrès, passait des soirées entières à lui enseigner la théologie. Julien ne faisait paraître devant lui que des sentiments pieux. Qui eût pu deviner que cette figure de jeune fille, si pâle et si douce, cachait la résolution inébranlable de s'exposer à mille morts plutôt que de ne pas faire fortune ?

Pour Julien, faire fortune, c'était d'abord sortir de Verrières ; il abhorrait sa patrie. Tout ce qu'il voyait glaçait son imagination.

Dès sa première enfance, il avait eu des moments d'exaltation. Alors il songeait avec délices qu'un jour il serait présenté aux jolies femmes de Paris, il saurait attirer leur attention par quelque action d'éclat. Pourquoi ne serait-il pas aimé de l'une d'elles, comme Bonaparte, pauvre encore, avait été aimé de la brillante Mme de Beauharnais ? Depuis bien des années, Julien ne passait peut-être pas une heure de sa vie, sans se dire que Bonaparte, lieutenant obscur et sans fortune, s'était fait le maître du monde avec son épée. Cette idée le consolait de ses malheurs qu'il croyait grands, et redoublait sa joie quand il en avait.

La construction de l'église et les sentences du juge de paix l'éclairèrent tout à coup ; une idée qui lui vint le rendit comme fou pendant quelques semaines, et enfin s'empara de lui avec la toute-puissance de la première idée qu'une âme passionnée croit avoir inventée.

« Quand Bonaparte fit parler de lui, la France avait peur d'être envahie ; le mérite militaire était nécessaire et à la mode. Aujourd'hui, on voit des prêtres, de quarante ans, avoir cent mille francs d'appointements, c'est-à-dire, trois fois autant que les fameux généraux de division de Napoléon. Il leur faut des gens qui les secondent. Voilà ce juge de paix, si bonne tête, si honnête homme jusqu'ici, si vieux, qui se déshonore par crainte de déplaire à un jeune vicaire de trente ans. Il faut être prêtre. »

Une fois, au milieu de sa nouvelle piété, il y avait déjà deux ans que Julien étudiait la théologie, il fut trahi par une irruption soudaine du feu qui dévorait son âme. Ce fut chez M. Chélan ; à un dîner de prêtres auquel le bon curé l'avait présenté comme une prodige d'instruction, il lui arriva de louer Napoléon avec fureur. Il se lia le bras droit contre la poitrine, prétendit s'être disloqué le bras en remuant un tronc de sapin, et le porta pendant deux mois dans cette position gênante. Après cette peine afflictive, il se pardonna. Voilà le jeune homme de dix-neuf ans, mais, faible en apparence, et à qui l'on en eût tout au plus donné dix-sept, qui, portant un petit paquet sous le bras, entrait dans la magnifique église de Verrières.

Il la trouva sombre et solitaire. À l'occasion d'une fête, toutes les croisées de l'édifice avaient été couvertes d'étoffe cramoisie. Il en résultait, aux rayons du soleil, un effet de lumière éblouissant, du caractère le plus imposant et le plus religieux. Julien tressaillit. Seul, dans l'église, il s'établit dans le banc qui avait la plus belle apparence. Il portait les armes de M. de Rênal.

Sur le prie-Dieu, Julien remarqua un morceau de papier imprimé, étalé là comme pour être lu. Il y porta les yeux et vit :

Détails de l'exécution et des derniers moments de Louis Jenrel, exécuté à Besançon, le...

Le papier était déchiré. Au revers on lisait les deux premiers mots d'une ligne, c'étaient : Le premier pas.

— Qui a pu mettre ce papier là ? dit Julien. Pauvre malheureux, ajouta-t-il avec un soupir, son nom finit comme le mien... et il froissa le papier.

En sortant, Julien crut voir du sang près du bénitier, c'était de l'eau bénite qu'on avait répandue : le reflet des rideaux rouges qui couvraient les fenêtres, la faisait paraître du sang.

Enfin, Julien eut honte de sa terreur secrète.

— Serais-je un lâche ! se dit-il, aux armes !

Ce mot, si souvent répété dans les récits de batailles du vieux chirurgien, était héroïque pour Julien. Il se leva et marcha rapidement vers la maison de M. de Rênal.

Malgré ses belles résolutions, dès qu'il l'aperçut à vingt pas de lui, il fut saisi d'une invincible timidité. La grille de fer était ouverte, elle lui semblait magnifique, il fallait entrer là-dedans.

Julien n'était pas la seule personne dont le cœur fût troublé par son arrivée dans cette maison. L'extrême timidité de Mme de Rênal était déconcertée par l'idée de cet étranger, qui, d'après ses fonctions, allait se trouver constamment entre elle et ses enfants. Elle était accoutumée à avoir ses fils couchés dans sa chambre. Le matin, bien des larmes avaient coulé quand elle avait vu transporter leurs petits lits dans l'appartement destiné au précepteur. Ce fut en vain qu'elle demanda à son mari que le lit de Stanislas-Xavier, le plus jeune, fût reporté dans sa chambre.

La délicatesse de femme était poussée à un point excessif chez Mme de Rênal. Elle se faisait l'image la plus désagréable d'un être grossier et mal peigné, chargé de gronder ses enfants, uniquement parce qu'il savait le latin, un langage barbare pour lequel on fouetterait ses fils.

 

Chapitre VI

L’ennui

Non so più cosa son, Cosa facio.  MOZART, (Figaro).

Avec la vivacité et la grâce qui lui étaient naturelles quand elle était loin des regards des hommes, Mme de Rênal sortait par la porte-fenêtre du salon qui donnait sur le jardin, quand elle aperçut près de la porte d'entrée la figure d'un jeune paysan presque encore enfant, extrêmement pâle et qui venait de pleurer. Il était en chemise bien blanche, et avait sous le bras une veste fort propre de ratine violette.

Le teint de ce petit paysan était si blanc, ses yeux si doux, que l'esprit un peu romanesque de Mme de Rênal eut d'abord l'idée que ce pouvait être une jeune fille déguisée, qui venait demander quelque grâce à M. le maire. Elle eut pitié de cette pauvre créature, arrêtée à la porte d'entrée, et qui évidemment n'osait pas lever la main jusqu'à la sonnette. Mme de Rênal s'approcha, distraite un instant de l'amer chagrin que lui donnait l'arrivée du précepteur. Julien, tourné vers la porte, ne la voyait pas s'avancer. Il tressaillit quand une voix douce dit tout près de son oreille :

— Que voulez-vous ici, mon enfant ?

Julien se tourna vivement, et frappé du regard si rempli de grâce de Mme de Rênal, il oublia une partie de sa timidité. Bientôt, étonné de sa beauté, il oublia tout, même ce qu'il venait faire. Mme de Rênal avait répété sa question.

— Je viens pour être précepteur, madame, lui dit-il enfin, tout honteux de ses larmes qu'il essuyait de son mieux.

Mme de Rênal resta interdite ; ils étaient fort près l'un de l'autre à se regarder. Julien n'avait jamais vu un être aussi bien vêtu et surtout une femme avec un teint si éblouissant, lui parler d'un air doux. Mme de Rênal regardait les grosses larmes, qui s'étaient arrêtées sur les joues si pâles d'abord et maintenant si roses de ce jeune paysan. Bientôt elle se mit à rire, avec toute la gaieté folle d'une jeune fille ; elle se moquait d'elle-même et ne pouvait se figurer tout son bonheur. Quoi, c'était là ce précepteur qu'elle s'était figuré comme un prêtre sale et mal vêtu, qui viendrait gronder et fouetter ses enfants !

— Quoi, monsieur, lui dit-elle enfin, vous savez le latin ?

Ce mot de monsieur étonna si fort Julien qu'il réfléchit un instant.

— Oui, madame, dit-il timidement. Mme de Rênal était si heureuse, qu'elle osa dire à Julien :

— Vous ne gronderez pas trop ces pauvres enfants ?

— Moi, les gronder, dit Julien étonné, et pourquoi ?

— N'est-ce pas, monsieur, ajouta-t-elle après un petit silence et d'une voix dont chaque instant augmentait l'émotion, vous serez bon pour eux, vous me le promettez ?

S'entendre appeler de nouveau monsieur, bien sérieusement, et par une dame si bien vêtue était au-dessus de toutes les prévisions de Julien : dans tous les châteaux en Espagne de sa jeunesse, il s'était dit qu'aucune dame comme il faut ne daignerait lui parler que quand il aurait un bel uniforme. Mme de Rênal de son côté était complètement trompée par la beauté du teint, les grands yeux noirs de Julien et ses jolis cheveux qui frisaient plus qu'à l'ordinaire parce que pour se rafraîchir il venait de plonger la tête dans le bassin de la fontaine publique. À sa grande joie elle trouvait l'air timide d'une jeune fille à ce fatal précepteur, dont elle avait tant redouté pour ses enfants la dureté et l'air rébarbatif. Pour l'âme si paisible de Mme de Rênal, le contraste de ses craintes et de ce qu'elle voyait fut un grand événement. Enfin elle revint de sa surprise. Elle fut étonnée de se trouver ainsi à la porte de sa maison avec ce jeune homme presque en chemise et si près de lui.

— Entrons, monsieur, lui dit-elle d'un air assez embarrassé.

De sa vie une sensation purement agréable n'avait aussi profondément ému Mme de Rênal, jamais une apparition aussi gracieuse n'avait succédé à des craintes plus inquiétantes. Ainsi ses jolis enfants, si soignés par elle, ne tomberaient pas dans les mains d'un prêtre sale et grognon. À peine entrée sous le vestibule, elle se retourna vers Julien qui la suivait timidement. Son air étonné, à l'aspect d'une maison si belle, était une grâce de plus aux yeux de Mme de Rênal. Elle ne pouvait en croire ses yeux, il lui semblait surtout que le précepteur devait avoir un habit noir.

— Mais est-il vrai, monsieur, lui dit-elle, en s'arrêtant encore, et craignant mortellement de se tromper, tant sa croyance la rendait heureuse, vous savez le latin ?

Ces mots choquèrent l'orgueil de Julien et dissipèrent le charme dans lequel il vivait depuis un quart d'heure.

— Oui, madame, lui dit-il, en cherchant à prendre un air froid, je sais le latin aussi bien que M. le curé et même quelquefois il a la bonté de dire mieux que lui.

Mme de Rênal trouva que Julien avait l'air fort méchant, il s'était arrêté à deux pas d'elle. Elle s'approcha et lui dit à mi-voix :

— N'est-ce pas, les premiers jours, vous ne donnerez pas le fouet à mes enfants, même quand ils ne sauraient pas leurs leçons ?

Ce ton si doux et presque suppliant d'une si belle dame fit tout à coup oublier à Julien ce qu'il devait à sa réputation de latiniste. La figure de Mme de Rênal était près de la sienne, il sentit le parfum des vêtements d'été d'une femme, chose si étonnante pour un pauvre paysan. Julien rougit extrêmement et dit avec un soupir, et d'une voix défaillante :

— Ne craignez rien, madame, je vous obéirai en tout.

Ce fut en ce moment seulement, quand son inquiétude pour ses enfants fut tout à fait dissipée que Mme de Rênal fut frappée de l'extrême beauté de Julien. La forme presque féminine de ses traits, et son air d'embarras, ne semblèrent point ridicules à une femme extrêmement timide elle-même. L'air mâle que l'on trouve communément nécessaire à la beauté d'un homme lui eût fait peur.

— Quel âge avez-vous, monsieur ? dit-elle à Julien.

— Bientôt dix-neuf ans.

— Mon fils aîné a onze ans, reprit Mme de Rênal tout à fait rassurée, ce sera presque un camarade pour vous, vous lui parlerez raison. Une fois son père a voulu le battre, l'enfant a été malade pendant toute une semaine, et cependant c'était un bien petit coup.

Quelle différence avec moi, pensa Julien. Hier encore, mon père m'a battu. Que ces gens riches sont heureux !

Mme de Rênal en était déjà à saisir les moindres nuances de ce qui se passait dans l'âme du précepteur ; elle prit ce mouvement de tristesse pour de la timidité, et voulut l'encourager.

— Quel est votre nom, monsieur ? lui dit-elle, avec un accent et une grâce dont Julien sentit tout le charme, sans pouvoir s'en rendre compte.

— On m'appelle Julien Sorel, madame ; je tremble en entrant pour la première fois de ma vie dans une maison étrangère, j'ai besoin de votre protection et que vous me pardonniez bien des choses les premiers jours. Je n'ai jamais été au collège, j'étais trop pauvre ; je n'ai jamais parlé à d'autres hommes que mon cousin le chirurgien-major, membre de la Légion d'honneur, et M. le curé Chélan. Il vous rendra bon témoignage de moi. Mes frères m'ont toujours battu, ne les croyez pas s'ils vous disent du mal de moi, pardonnez mes fautes, madame, je n'aurai jamais mauvaise intention.

Julien se rassurait pendant ce long discours, il examinait Mme de Rênal. Tel est l'effet de la grâce parfaite, quand elle est naturelle au caractère, et que surtout la personne qu'elle décore ne songe pas à avoir de la grâce ; Julien, qui se connaissait fort bien en beauté féminine, eût juré dans cet instant qu'elle n'avait que vingt ans. Il eut sur-le-champ l'idée hardie de lui baiser la main. Bientôt il eut peur de son idée ; un instant après, il se dit : Il y aurait de la lâcheté à moi de ne pas exécuter une action qui peut m'être utile, et diminuer le mépris que cette belle dame a probablement pour un pauvre ouvrier à peine arraché à la scie. Peut-être Julien fut-il un peu encouragé par ce mot de joli garçon, que depuis six mois il entendait répéter le dimanche par quelques jeunes filles. Pendant ces débats intérieurs, Mme de Rênal lui adressait deux ou trois mots d'instruction sur la façon de débuter avec les enfants. La violence que se faisait Julien le rendit de nouveau fort pâle ; il dit, d'un air contraint :

— Jamais, madame, je ne battrai vos enfants ; je le jure devant Dieu.

Et en disant ces mots, il osa prendre la main de Mme de Rênal, et la porter à ses lèvres. Elle fut étonnée de ce geste, et par réflexion choquée. Comme il faisait très chaud, son bras était tout à fait nu sous son châle, et le mouvement de Julien, en portant la main à ses lèvres, l'avait entièrement découvert. Au bout de quelques instants, elle se gronda elle-même, il lui sembla qu'elle n'avait pas été assez rapidement indignée.

M. de Rênal qui avait entendu parler, sortit de son cabinet ; du même air majestueux et paterne qu'il prenait lorsqu'il faisait des mariages à la mairie, il dit à Julien :

— Il est essentiel que je vous parle avant que les enfants ne vous voient.

Il fit entrer Julien dans une chambre et retint sa femme qui voulait les laisser seuls. La porte fermée, M. de Rênal s'assit avec gravité.

— M. le curé l'a dit que vous étiez un bon sujet, tout le monde vous traitera ici avec honneur, et si je suis content j'aiderai à vous faire par la suite un petit établissement. Je veux que vous ne voyiez plus ni parents ni amis, leur ton ne peut convenir à mes enfants. Voici trente-six francs pour le premier mois ; mais j'exige votre parole de ne pas donner un sou de cet argent à votre père.

M. de Rênal était piqué contre le vieillard, qui, dans cette affaire, avait été plus fin que lui.

— Maintenant, monsieur, car d'après mes ordres tout le monde ici va vous appeler monsieur, et vous sentirez l'avantage d'entrer dans une maison de gens comme il faut ; maintenant, monsieur, il n'est pas convenable que les enfants vous voient en veste. Les domestiques l'ont-ils vu ? dit M. de Rênal à sa femme.

— Non, mon ami, répondit-elle, d'un air profondément pensif.

— Tant mieux. Mettez ceci, dit-il au jeune homme surpris, en lui donnant une redingote à lui. Allons maintenant chez M. Durand le marchand de draps.

Plus d'une heure après, quand M. de Rênal rentra avec le nouveau précepteur tout habillé de noir, il retrouva sa femme assise à la même place. Elle se sentit tranquillisée par la présence de Julien ; en l'examinant elle oubliait d'en avoir peur. Julien ne songeait point à elle ; malgré toute sa méfiance du destin et des hommes, son âme dans ce moment n'était que celle d'un enfant, il lui semblait avoir vécu des années depuis l'instant où, trois heures auparavant, il était tremblant dans l'église. Il remarqua l'air glacé de Mme de Rênal, il comprit qu'elle était en colère de ce qu'il avait osé lui baiser la main. Mais le sentiment d'orgueil que lui donnait le contact d'habits si différents de ceux qu'il avait coutume de porter, le mettait tellement hors de lui-même, et il avait tant d'envie de cacher sa joie, que tous ses mouvements avaient quelque chose de brusque et de fou. Mme de Rênal le contemplait avec des yeux étonnés.

— De la gravité, monsieur, lui dit M. de Rênal, si vous voulez être respecté de mes enfants et de mes gens.

— Monsieur, répondit Julien, je suis gêné dans ces nouveaux habits ; moi, pauvre paysan, je n'ai jamais porté que des vestes ; j'irai, si vous le permettez, me renfermer dans ma chambre.

— Que te semble de cette nouvelle acquisition ? dit M. de Rênal à sa femme.

Par un mouvement presque instinctif, et dont certainement elle ne se rendit pas compte, Mme de Rênal déguisa la vérité à son mari.

— Je ne suis point aussi enchantée que vous de ce petit paysan, vos prévenances en feront un impertinent que vous serez obligé de renvoyer avant un mois.

— Eh bien ! nous le renverrons, ce sera une centaine de francs qu'il m'en pourra coûter, et Verrières sera accoutumée à voir un précepteur aux enfants de M. de Rênal. Ce but n'eût point été rempli si j'eusse laissé à Julien l'accoutrement d'un ouvrier. En le renvoyant, je retiendrai bien entendu l'habit noir complet que je viens de lever chez le drapier. Il ne lui restera que ce que je viens de trouver tout fait chez le tailleur, et dont je l'ai couvert.

L'heure que Julien passa dans sa chambre parut un instant à Mme de Rênal. Les enfants auxquels l'on avait annoncé le nouveau précepteur, accablaient leur mère de questions. Enfin Julien parut. C'était un autre homme. C'eût été mal parler de dire, qu'il était grave ; c'était la gravité incarnée. Il fut présenté aux enfants, et leur parla d'un air qui étonna M. de Rênal, lui-même.

— Je suis ici, messieurs, leur dit-il en finissant son allocution, pour vous apprendre le latin. Vous savez ce que c'est que de réciter une leçon. Voici la sainte Bible, dit-il en leur montrant un petit volume in-32, relié en noir. C'est particulièrement l'histoire de Notre-Seigneur Jésus-Christ, c'est la partie qu'on appelle le Nouveau Testament. Je vous ferai souvent réciter des leçons, faites-moi réciter la mienne.

Adolphe, l'aîné des enfants, avait pris le livre.

— Ouvrez-le au hasard, continua Julien, et dites-moi le premier mot d'un alinéa. Je réciterai par cœur le livre sacré, règle de notre conduite à tous, jusqu'à ce que vous m'arrêtiez.

Adolphe ouvrit le livre, lut un mot, et Julien récita toute la page, avec la même facilité que s'il eût parlé français. M. de Rênal regardait sa femme d'un air de triomphe. Les enfants voyant l'étonnement de leurs parents, ouvraient de grands yeux. Un domestique vint à la porte du salon, Julien continua de parler latin. Le domestique resta d'abord immobile, et ensuite disparut. Bientôt la femme de chambre de madame, et la cuisinière, arrivèrent près de la porte ; alors Adolphe avait déjà ouvert le livre en huit endroits, et Julien récitait toujours avec la même facilité.

— Ah mon Dieu ! le joli petit prêtre, dit tout haut la cuisinière, bonne fille fort dévote.

L'amour propre de M. de Rênal était inquiet ; loin de songer à examiner le précepteur, il était tout occupé à chercher dans sa mémoire quelques mots latins ; enfin, il put dire un vers d'Horace. Julien ne savait de latin que sa Bible. Il répondit en fronçant le sourcil :

— Le saint ministère auquel je me destine m'a défendu de lire un poète aussi profane.

M. de Rênal cita un assez grand nombre de prétendus vers d'Horace. Il expliqua à ses enfants ce qu'était qu'Horace ; mais les enfants frappés d'admiration, ne faisaient guère attention à ce qu'il disait. Ils regardaient Julien.

Les domestiques étant toujours à la porte, Julien crut devoir prolonger l'épreuve : « Il faut, dit-il au plus jeune des enfants, que M. Stanislas-Xavier m'indique aussi un passage du livre saint. »

Le petit Stanislas, tout fier, lut tant bien que mal le premier mot d'un alinéa, et Julien dit toute la page. Pour que rien ne manquât au triomphe de M. de Rênal, comme Julien récitait, entrèrent M. Valenod, le possesseur des beaux chevaux normands, et M. Charcot de Maugiron, sous-préfet de l'arrondissement. Cette scène valut à Julien le titre de monsieur ; les domestiques eux-mêmes n'osèrent pas le lui refuser.

Le soir, tout Verrières afflua chez M. de Rênal pour voir la merveille. Julien répondait à tous d'un air sombre qui tenait à distance. Sa gloire s'étendit si rapidement dans la ville, que peu de jours après M. de Rênal, craignant qu'on ne le lui enlevât, lui proposa de signer un engagement de deux ans.

— Non, monsieur, répondit froidement Julien, si vous vouliez me renvoyer je serais obligé de sortir. Un engagement qui me lie sans vous obliger à rien n'est point égal, je le refuse.

Julien sut si bien faire que moins d'un mois après son arrivée dans la maison, M. de Rênal lui-même le respectait. Le curé étant brouillé avec MM. de Rênal et Valenod, personne ne put trahir l'ancienne passion de Julien pour Napoléon, il n'en parlait qu'avec horreur.

 

 

Chapitre VII

Les affinités électives

Ils ne savent toucher le cœur qu'en le froissant.
UN MODERNE.      

Les enfants l'adoraient, lui ne les aimait point ; sa pensée était ailleurs. Tout ce que ces marmots pouvaient faire ne l'impatientait jamais. Froid, juste, impassible, et cependant aimé, parce que son arrivée avait en quelque sorte chassé l'ennui de la maison, il fut un bon précepteur. Pour lui, il n'éprouvait que haine et horreur pour la haute société où il était admis, à la vérité au bas bout de la table, ce qui explique peut-être la haine et l'horreur. Il y eut certains dîners d'apparat où il put à grande peine contenir sa haine pour tout ce qui l'environnait. Un jour de la Saint-Louis entre autres, M. Valenod tenait le dé chez M. de Rênal, Julien fut sur le point de se trahir ; il se sauva dans le jardin, sous prétexte de voir les enfants. Quels éloges de la probité ! s'écria-t-il, on dirait que c'est la seule vertu ; et cependant quelle considération, quel respect bas pour un homme qui évidemment a doublé et triplé sa fortune, depuis qu'il administre le bien des pauvres ! je parierais qu'il gagne même sur les fonds destinés aux enfants trouvés, à ces pauvres, dont la misère est encore plus sacrée que celle des autres ! Ah ! monstres ! monstres ! Et moi aussi, je suis une sorte d'enfant trouvé, haï de mon père, de mes frères, de toute ma famille.

Quelques jours avant la Saint-Louis, Julien, se promenant seul et disant son bréviaire dans un petit bois, qu'on appelle le Belvédère, et qui domine le Cours de la Fidélité, avait cherché en vain à éviter ses deux frères, qu'il voyait venir de loin par un sentier solitaire. La jalousie de ces ouvriers grossiers avait été tellement provoquée par le bel habit noir, par l'air extrêmement propre de leur frère, par le mépris sincère qu'il avait pour eux, qu'ils l'avaient battu au point de le laisser évanoui et tout sanglant. Mme de Rênal, se promenant avec M. Valenod et le sous-préfet, arriva par hasard dans le petit bois ; elle vit Julien étendu sur la terre et le crut mort. Son saisissement fut tel, qu'il donna de la jalousie à M. Valenod.

Il prenait l'alarme trop tôt. Julien trouva Mme de Rênal fort belle, mais il la haïssait à cause de sa beauté ; c'était le premier écueil qui avait failli arrêter sa fortune. Il lui parlait le moins possible, afin de faire oublier le transport qui, le premier jour, l'avait porté à lui baiser la main.

Élisa, la femme de chambre de Mme de Rênal, n'avait pas manqué de devenir amoureuse du jeune précepteur ; elle en parlait souvent à sa maîtresse. L'amour de Mlle Élisa avait valu à Julien la haine d'un des valets. Un jour, il entendit cet homme qui disait à Élisa : Vous ne voulez plus me parler, depuis que ce précepteur crasseux est entré dans la maison. Julien ne méritait pas cette injure ; mais, par instinct de joli garçon, il redoubla de soin pour sa personne. La haine de M. Valenod redoubla aussi. Il dit publiquement que tant de coquetterie ne convenait pas à un jeune abbé. À la soutane près c'était le costume que portait Julien.

Mme de Rênal remarqua qu'il parlait plus souvent que de coutume à Mlle Élisa ; elle apprit que ces entretiens étaient causés par la pénurie de la très petite garde-robe de Julien. Il avait si peu de linge, qu'il était obligé de le faire laver fort souvent hors de la maison, et c'est pour ces petits soins qu'Élisa lui était utile. Cette extrême pauvreté, qu'elle ne soupçonnait pas, toucha Mme de Rênal ; elle eut envie de lui faire des cadeaux, mais elle n'osa pas ; cette résistance intérieure fut le premier sentiment pénible qui lui causa Julien. Jusque-là le nom de Julien, et le sentiment d'une joie pure et toute intellectuelle, étaient synonymes pour elle. Tourmentée par l'idée de la pauvreté de Julien, Mme de Rênal parla à son mari de lui faire un cadeau de linge :

— Quelle duperie ! répondit-il. Quoi ! faire des cadeaux à un homme dont nous sommes parfaitement contents, et qui nous sert bien ? ce serait dans le cas où il se négligerait qu'il faudrait stimuler son zèle.

Mme de Rênal fut humiliée de cette manière de voir ; elle ne l'eût pas remarquée avant l'arrivée de Julien. Elle ne voyait jamais l'extrême propreté de la mise d'ailleurs fort simple du jeune abbé, sans se dire : Ce pauvre garçon, comment peut-il faire ?

Peu à peu, elle eut pitié de tout ce qui manquait à Julien, au lieu d'en être choquée.

Mme de Rênal était une de ces femmes de province, que l'on peut très bien prendre pour des sottes pendant les quinze premiers jours qu'on les voit. Elle n'avait aucune expérience de la vie, et ne se souciait pas de parler. Douée d'une âme délicate et dédaigneuse, cet instinct de bonheur naturel à tous les êtres faisait que, la plupart du temps, elle ne donnait aucune attention aux actions des personnages grossiers, au milieu desquels le hasard l'avait jetée.

On l'eût remarquée pour le naturel et la vivacité d'esprit, si elle eût reçu la moindre éducation. Mais en sa qualité d'héritière, elle avait été élevée chez des religieuses adoratrices passionnées du Sacré-Cœur de Jésus, et animées d'une haine violente pour les Français ennemis des jésuites. Mme de Rênal s'était trouvée assez de sens pour oublier bientôt, comme absurde, tout ce qu'elle avait appris au couvent ; mais elle ne mit rien à la place, et finit par ne rien savoir. Les flatteries précoces dont elle avait été l'objet, en sa qualité d'héritière d'une grande fortune, et un penchant décidé à la dévotion passionnée, lui avaient donné une manière de vivre tout intérieure. Avec l'apparence de la condescendance la plus parfaite, et d'une abnégation de volonté, que les maris de Verrières citaient en exemple à leurs femmes, et qui faisait l'orgueil de M. de Rênal, la conduite habituelle de son âme était en effet le résultat de l'humeur la plus altière. Telle princesse, citée à cause de son orgueil, prête infiniment plus d'attention à ce que ses gentilshommes font autour d'elle, que cette femme si douce, si modeste en apparence, n'en donnait à tout ce que disait ou faisait son mari. Jusqu'à l'arrivée de Julien, elle n'avait réellement eu d'attention que pour ses enfants. Leurs petites maladies, leurs douleurs, leurs petites joies, occupaient toute la sensibilité de cette âme, qui, de la vie, n'avait adoré que Dieu, quand elle était au Sacré-Cœur de Besançon.

Sans qu'elle daignât le dire à personne, un accès de fièvre d'un de ses fils la mettait presque dans le même état, que si l'enfant eût été mort. Un éclat de rire grossier, un haussement d'épaule, accompagné de quelque maxime triviale sur la folie des femmes, avaient constamment accueilli les confidences de ce genre de chagrins, que le besoin d'épanchement l'avait portée à faire à son mari, dans les premières années de leur mariage. Ces sortes de plaisanteries quand surtout elles portaient sur les maladies de ses enfants, retournaient le poignard dans le cœur de Mme de Rênal. Voilà ce qu'elle trouva au lieu des flatteries empressées et mielleuses du couvent jésuitique où elle avait passé sa jeunesse. Son éducation fut faite par la douleur. Trop fière pour parler de ce genre de chagrins, même à son amie Mme Derville, elle se figura que tous les hommes étaient comme son mari, M. Valenod et le sous-préfet Charcot de Maugiron. La grossièreté, et la plus brutale insensibilité à tout ce qui n'était pas intérêt d'argent, de préséance ou de croix ; la haine aveugle pour tout raisonnement qui les contrariait, lui parurent des choses naturelles à ce sexe, comme porter des bottes et un chapeau de feutre.

Après de longues années, Mme de Rênal n'était pas encore accoutumée à ces gens à argent au milieu desquels il fallait vivre.

De là le succès du petit paysan Julien. Elle trouva des jouissances douces, et toutes brillantes du charme de la nouveauté, dans la sympathie de cette âme noble et fière. Mme de Rênal lui eut bientôt pardonné son ignorance extrême qui était une grâce de plus, et la rudesse de ses façons qu'elle parvint à corriger. Elle trouva qu'il valait la peine de l'écouter, même quand on parlait des choses les plus communes, même quand il s'agissait d'un pauvre chien écrasé, comme il traversait la rue, par la charrette d'une paysan allant au trot. Le spectacle de cette douleur donnait un gros rire à son mari, tandis qu'elle voyait se contracter les beaux sourcils noirs et si bien arqués de Julien. La générosité, la noblesse d'âme, l'humanité lui semblèrent peu à peu n'exister que chez ce jeune abbé. Elle eut pour lui seul toute la sympathie et même l'admiration que ces vertus excitent chez les âmes bien nées.

À Paris, la position de Julien envers Mme de Rênal eût été bien vite simplifiée ; mais à Paris, l'amour est fils des romans. Le jeune précepteur et sa timide maîtresse auraient retrouvé dans trois ou quatre romans et jusque dans les couplets du Gymnase, l'éclaircissement de leur position. Les romans leur auraient tracé le rôle à jouer, montré le modèle à imiter ; et ce modèle, tôt ou tard, et quoique sans nul plaisir, et peut-être en rechignant, la vanité eût forcé Julien à le suivre.

Dans une petite ville de l'Aveyron ou des Pyrénées, le moindre incident eût été rendu décisif par le feu du climat. Sous nos cieux plus sombres, un jeune homme pauvre, et qui n'est qu'ambitieux parce que la délicatesse de son cœur lui fait un besoin de quelques-unes des jouissances que donne l'argent, voit tous les jours une femme de trente ans sincèrement sage, occupée de ses enfants, et qui ne prend nullement dans les romans des exemples de conduite. Tout va lentement, tout se fait peu à peu dans les provinces, il y a plus de naturel.

Souvent, en songeant à la pauvreté du jeune précepteur, Mme de Rênal était attendrie jusqu'aux larmes. Julien la surprit un jour pleurant tout à fait.

— Eh, madame, vous serait-il arrivé quelques malheur !

— Non, mon ami, lui répondit-elle ; appelez les enfants, allons nous promener.

Elle prit son bras et s'appuya d'une façon qui parut singulière à Julien. C'était la première fois qu'elle l'avait appelé mon ami.

Vers la fin de la promenade, Julien remarqua qu'elle rougissait beaucoup. Elle ralentit le pas.

— On vous aura raconté, dit-elle sans le regarder, que je suis l'unique héritière d'une tante fort riche qui habite Besançon. Elle me comble de présents... Mes fils font des progrès... si étonnants... que je voudrais vous prier d'accepter un petit présent, comme marque de ma reconnaissance. Il ne s'agit que de quelques louis pour vous faire du linge. Mais,... ajouta-t-elle en rougissant encore plus, et elle cessa de parler.

— Quoi, madame ? dit Julien.

— Il serait inutile, continua-t-elle en baissant la tête, de parler de ceci à mon mari.

— Je suis petit, madame, mais je ne suis pas bas, reprit Julien en s'arrêtant, les yeux brillants de colère, et se relevant de toute sa hauteur, c'est à quoi vous n'avez pas assez réfléchi. Je serais moins qu'un valet, si je me mettais dans le cas de cacher à M. de Rênal quoi que ce soit de relatif à mon argent.

Mme de Rênal était atterrée.

— M. le maire, continua Julien, m'a remis cinq fois trente-six francs depuis que j'habite sa maison ; je suis prêt à montrer mon livre de dépenses à M. de Rênal et à qui que ce soit ; même à M. Valenod qui me hait.

À la suite de cette sortie, Mme de Rênal était restée pâle et tremblante, et la promenade se termina sans que ni l'un ni l'autre pût trouver un prétexte pour renouer le dialogue. L'amour pour Mme de Rênal devint de plus en plus impossible dans le cœur orgueilleux de Julien : quant à elle, elle le respecta, elle l'admira, elle en avait été grondée. Sous prétexte de réparer l'humiliation involontaire qu'elle lui avait causée, elle se permit les soins les plus tendres. La nouveauté de ces manières fit pendant huit jours le bonheur de Mme de Rênal. Leur effet fut d'apaiser en partie la colère de Julien ; il était loin d'y voir rien qui pût ressembler à un goût personnel.

— Voilà, se disait-il, comme sont ces gens riches, ils humilient et croient ensuite pouvoir tout réparer, par quelques singeries !

Le cœur de Mme de Rênal était trop plein, et encore trop innocent, pour que, malgré ses résolutions à cet égard, elle ne racontât pas à son mari l'offre qu'elle avait faite à Julien, et la façon dont elle avait été repoussée.

— Comment, reprit M. de Rênal vivement piqué, avez-vous pu tolérer un refus de la part d'un domestique ?

Et comme Mme de Rênal se récriait sur ce mot :

— Je parle, madame, comme feu M. le prince de Condé, présentant ses chambellans à sa nouvelle épouse : « Tous ces gens-là, lui dit-il, sont nos domestiques. » Je vous ai lu ce passage des Mémoires de Besenval, essentiel pour les préséances. Tout ce qui n'est pas gentilhomme, qui vit chez vous et reçoit un salaire, est votre domestique. Je vais dire deux mots à ce M. Julien, et lui donner cent francs.

— Ah ! mon ami, dit Mme de Rênal tremblante, que ce ne soit pas du moins devant les domestiques !

— Oui, ils pourraient être jaloux et avec raison, dit son mari, en s'éloignant et pensant à la quotité de la somme.

Mme de Rênal tomba sur une chaise, presque évanouie de douleur. Il va humilier Julien, et par ma faute ! Elle eut horreur de son mari, et se cacha la figure avec les mains. Elle se promit bien de ne jamais faire de confidences.

Lorsqu'elle revit Julien, elle était toute tremblante, sa poitrine était tellement contractée qu'elle ne put parvenir à prononcer la moindre parole. Dans son embarras elle lui prit les mains qu'elle serra.

— Eh bien, mon ami, lui dit-elle enfin, êtes-vous content de mon mari ?

— Comment ne le serais-je pas ? répondit Julien avec un sourire amer, il m'a donné cent francs.

Mme de Rênal le regarda comme incertaine.

— Donnez-moi le bras, dit-elle enfin avec un accent de courage que Julien ne lui avait jamais vu.

Elle osa aller jusque chez le libraire de Verrières, malgré son affreuse réputation de libéralisme. Là, elle choisit pour dix louis de livres qu'elle donna à ses fils. Mais ces livres étaient ceux qu'elle savait que Julien désirait. Elle exigea que là, dans la boutique du libraire, chacun des enfants écrivît son nom sur les livres qui lui étaient échus en partage. Pendant que Mme de Rênal était heureuse de la sorte de réparation qu'elle avait l'audace de faire à Julien, celui-ci était étonné de la quantité de livres qu'il apercevait chez le libraire. Jamais il n'avait osé entrer en un lieu aussi profane ; son cœur palpitait. Loin de songer à deviner ce qui se passait dans le cœur de Mme de Rênal, de madame de Rênal, il rêvait profondément au moyen qu'il y aurait, pour un jeune étudiant en théologie, de se procurer quelques-uns de ces livres. Enfin il eut l'idée qu'il serait possible avec de l'adresse de persuader à M. de Rênal, qu'il fallait donner pour sujet de thème à ses fils l'histoire des gentilshommes célèbres nés dans la province. Après un mois de soins, Julien vit réussir cette idée, et à un tel point, que, quelque temps après, il osa hasarder, en parlant à M. de Rênal, la mention d'une action bien autrement pénible pour le noble maire ; il s'agissait de contribuer à la fortune d'un libéral, en prenant un abonnement chez le libraire. M. de Rênal convenait bien qu'il était sage de donner à son fils aîné l'idée de visu de plusieurs ouvrages qu'il entendrait mentionner dans la conversation, lorsqu'il serait à l'École militaire ; mais Julien voyait M. le maire s'obstiner à ne pas aller plus loin. Il soupçonnait une raison secrète, mais ne pouvait la deviner.

— Je pensais, monsieur, lui dit-il un jour, qu'il y aurait une haute inconvenance à ce que le nom d'un bon gentilhomme tel qu'un Rênal parût sur le sale registre du libraire. Le front de M. de Rênal s'éclaircit. Ce serait aussi une bien mauvaise note, continua Julien, d'un ton plus humble, pour un pauvre étudiant en théologie, si l'on pouvait un jour découvrir que son nom a été sur le registre d'un libraire loueur de livres. Les libéraux pourraient m'accuser d'avoir demandé les livres les plus infâmes ; qui sait même s'ils n'iraient pas jusqu'à écrire après mon nom les titres de ces livres pervers. Mais Julien s'éloignait de la trace. Il voyait la physionomie du maire reprendre l'expression de l'embarras et de l'humeur. Julien se tut. Je tiens mon homme, se dit-il.

Quelques jours après, l'aîné des enfants interrogeant Julien sur un livre annoncé dans la Quotidienne, en présence de M. de Rênal :

— Pour éviter tout sujet de triomphe au parti jacobin, dit le jeune précepteur, et cependant me donner les moyens de répondre à M. Adolphe, on pourrait faire prendre un abonnement chez le libraire par le dernier de vos gens.

— Voilà une idée qui n'est pas mal, dit M. de Rênal, évidemment fort joyeux.

— Toutefois il faudrait spécifier, dit Julien, de cet air grave et presque malheureux qui va si bien à de certaines gens, quand ils voient le succès des affaires qu'ils ont les plus longtemps désirées, il faudrait spécifier que le domestique ne pourra prendre aucun roman. Une fois dans la maison, ces livres dangereux pourraient corrompre les filles de madame, et le domestique lui-même.

— Vous oubliez les pamphlets politiques, ajouta M. de Rênal, d'un air hautain. Il voulait cacher l'admiration que lui donnait le savant mezzo-termine inventé par le précepteur de ses enfants.

La vie de Julien se composait ainsi d'une suite de petites négociations ; et leur succès l'occupait beaucoup plus que le sentiment de préférence marquée qu'il n'eût tenu qu'à lui de lire dans le cœur de Mme de Rênal.

La position morale où il avait été toute sa vie se renouvelait chez M. le maire de Verrières. Là, comme à la scierie de son père, il méprisait profondément les gens avec qui il vivait, et en était haï. Il voyait chaque jour dans les récits faits par le sous-préfet, par M. Valenod, par les autres amis de la maison, à l'occasion de choses qui venaient de se passer sous leurs yeux, combien leurs idées ressemblaient peu à la réalité. Une action lui semblait-elle admirable ? c'était celle-là précisément qui attirait le blâme des gens qui l'environnaient. Sa réplique intérieure était toujours : Quels monstres ou quels sots ! Le plaisant, avec tant d'orgueil, c'est que souvent il ne comprenait absolument rien à ce dont on parlait.

De la vie, il n'avait parlé avec sincérité qu'au vieux chirurgien-major ; le peu d'idées qu'il avait étaient relatives aux campagnes de Bonaparte en Italie, ou à la chirurgie. Son jeune courage se plaisait au récit circonstancié des opérations les plus douloureuses ; il se disait :

Je n'aurais pas sourcillé.

La première fois que Mme de Rênal essaya avec lui une conversation étrangère à l'éducation des enfants, il se mit à parler d'opérations chirurgicales, elle pâlît et le pria de cesser.

Julien ne savait rien au-delà. Ainsi, passant sa vie avec Mme de Rênal, le silence le plus singulier s'établissait entre eux dès qu'ils étaient seuls. Dans le salon, quelle que fût l'humilité de son maintien, elle trouvait dans ses yeux un air de supériorité intellectuelle envers tout ce qui venait chez elle. Se trouvait-elle seule un instant avec lui, elle le voyait visiblement embarrassé. Elle en était inquiète, car son instinct de femme lui faisait comprendre que cet embarras n'était nullement tendre.

D'après je ne sais quelle idée prise dans quelque récit de la bonne société, telle que l'avait vue le vieux chirurgien-major, dès qu'on se taisait dans un lieu où il se trouvait avec une femme, Julien se sentait humilié, comme si ce silence eût été son tort particulier. Cette sensation était cent fois plus pénible dans le tête-à-tête. Son imagination remplie des notions les plus exagérées, les plus espagnoles, sur ce qu'un homme doit dire, quand il est seul avec une femme, ne lui offrait dans son trouble que des idées inadmissibles. Son âme était dans les nues, et cependant il ne pouvait sortir du silence le plus humiliant. Ainsi son air sévère, pendant ses longues promenades avec Mme de Rênal et les enfants, était augmenté par les souffrances les plus cruelles. Il se méprisait horriblement. Si par malheur il se forçait à parler, il lui arrivait de dire les choses les plus ridicules. Pour comble de misère, il voyait et s'exagérait son absurdité ; mais ce qu'il ne voyait pas, c'était l'expression de ses yeux ; ils étaient si beaux et annonçaient une âme si ardente, que, semblables aux bons acteurs, ils donnaient quelquefois un sens charmant à ce qui n'en avait pas. Mme de Rênal remarqua que, seul avec elle, il n'arrivait jamais à dire quelque chose de bien que lorsque, distrait par quelque évènement imprévu, il ne songeait pas à bien tourner un compliment. Comme les amis de la maison ne la gâtaient pas en lui présentant des idées nouvelles et brillantes, elle jouissait avec délices des éclairs d'esprit de Julien.

Depuis la chute de Napoléon, toute apparence de galanterie est sévèrement bannie des mœurs de la province. On a peur d'être destitué. Les fripons cherchent un appui dans la congrégation ; et l'hypocrisie a fait les plus beaux progrès même dans les classes libérales. L'ennui redouble. Il ne reste d'autre plaisir que la lecture et l'agriculture.

Mme de Rênal, riche héritière d'une tante dévote, mariée à seize ans à un bon gentilhomme, n'avait de sa vie éprouvé ni vu rien qui ressemblât le moins du monde à l'amour. Ce n'était guère que son confesseur, le bon curé Chélan, qui lui avait parlé de l'amour, à propos des poursuites de M. Valenod, et il lui en avait fait une image si dégoûtante, que ce mot ne lui représentait que l'idée du libertinage le plus abject. Elle regardait comme une exception, ou même comme tout à fait hors de nature, l'amour tel qu'elle l'avait trouvé dans le très petit nombre de romans que le hasard avait mis sous ses yeux. Grâce à cette ignorance, Mme de Rênal, parfaitement heureuse, occupée sans cesse de Julien, était loin de se faire le plus petit reproche.

 

 


Chapitre VIII

Petits événements

 

Then there were sighs, the deeper for suppression,
    And stolen glances, sweeter for the theft,
    And burning blushes, though for no transgression.

Don Juan, C. I, st. 74.

L'angélique douceur que Mme de Rênal devait à son caractère et à son bonheur actuel n'était un peu altérée que quand elle venait à songer à sa femme de chambre Élisa. Cette fille fit un héritage, alla se confesser au curé Chélan et lui avoua le projet d'épouser Julien. Le curé eut une véritable joie du bonheur de son ami ; mais sa surprise fut extrême, quand Julien lui dit d'un air résolu que l'offre de Mlle Élisa ne pouvait lui convenir.

— Prenez garde, mon enfant, à ce qui se passe dans votre cœur, dit le curé, fronçant le sourcil ; je vous félicite de votre vocation, si c'est à elle seule que vous devez le mépris d'une fortune plus que suffisante. Il y a cinquante-six ans sonnés que je suis curé de Verrières, et cependant, suivant toute apparence, je vais être destitué. Ceci m'afflige, et toutefois j'ai huit cents livres de rente. Je vous fais part de ce détail afin que vous ne vous fassiez pas d'illusions sur ce qui vous attend dans l'état de prêtre. Si vous songez à faire la cour aux hommes qui ont la puissance, votre perte éternelle est assurée. Vous pourrez faire fortune, mais il faudra nuire aux misérables, flatter le sous-préfet, le maire, l'homme considéré, et servir ses passions : cette conduite, qui dans le monde s'appelle savoir-vivre, peut, pour un laïc, n'être pas absolument incompatible avec le salut ; mais, dans notre état, il faut opter ; il s'agit de faire fortune dans ce monde ou dans l'autre, il n'y a pas de milieu. Allez, mon cher ami, réfléchissez, et revenez dans trois jours me rendre une réponse définitive. J'entrevois avec peine, au fond de votre caractère, une ardeur sombre qui ne m'annonce pas la modération et la parfaite abnégation des avantages terrestres nécessaires à un prêtre ; j'augure bien de votre esprit ; mais, permettez-moi de vous le dire, ajouta le bon curé, les larmes aux yeux, dans l'état de prêtre, je tremblerai pour votre salut.

Julien avait honte de son émotion ; pour la première fois de sa vie, il se voyait aimé ; il pleurait avec délices et alla cacher ses larmes dans les grands bois au-dessus de Verrières.

Pourquoi l'état où je me trouve ? se dit-il enfin ; je sens que je donnerais cent fois ma vie pour ce bon curé Chélan, et cependant il vient de me prouver que je ne suis qu'un sot. C'est lui surtout qu'il m'importe de tromper, et il me devine. Cette ardeur secrète dont il me parle, c'est mon projet de faire fortune. Il me croit indigne d'être prêtre, et cela précisément quand je me figurais que le sacrifice de cinquante louis de rentes allait lui donner la plus haute idée de ma piété et de ma vocation.

À l'avenir, continua Julien, je ne compterai que sur les parties de mon caractère que j'aurai éprouvées. Qui m'eût dit que je trouverais du plaisir à répandre des larmes ? que j'aimerais celui qui me prouve que je ne suis qu'un sot !

Trois jours après, Julien avait trouvé le prétexte dont il eût dû se munir dès le premier jour ; ce prétexte était une calomnie, mais qu'importe ? Il avoua au curé, avec beaucoup d'hésitation, qu'une raison qu'il ne pouvait lui expliquer, parce qu'elle nuirait à un tiers, l'avait détourné tout d'abord de l'union projetée. C'était accuser la conduite d'Élisa. M. Chelan trouva dans ses manières un certain feu tout mondain, bien différent de celui qui eût dû animer un jeune lévite.

— Mon ami, lui dit-il encore, soyez un bon bourgeois de campagne, estimable et instruit, plutôt qu'un prêtre sans vocation.

Julien répondit à ces nouvelles remontrances, fort bien, quant aux paroles : il trouvait les mots qu'eût employés un jeune séminariste fervent ; mais le ton dont il les prononçait, mais le feu mal caché qui éclatait dans ses yeux alarmait M. Chélan.

Il ne faut pas trop mal augurer de Julien ; il inventait correctement les paroles d'une hypocrisie cauteleuse et prudente. Ce n'est pas mal à son âge. Quant au ton et aux gestes, il vivait avec des campagnards ; il avait été privé de la vue des grands modèles. Par la suite, à peine lui eut-il été donné d'approcher de ses messieurs, qu'il fut admirable pour les gestes comme pour les paroles.

Mme de Rênal fut étonnée que la nouvelle fortune de sa femme de chambre ne rendît pas cette fille plus heureuse ; elle la voyait sans cesse chez le curé, et en revenir les larmes aux yeux ; enfin Élisa lui parla de son mariage.

Mme de Rênal se crut malade ; une sorte de fièvre l'empêchait de trouver le sommeil ; elle ne vivait que lorsqu'elle avait sous les yeux sa femme de chambre ou Julien. Elle ne pouvait penser qu'à eux et au bonheur qu'ils trouveraient dans leur ménage. La pauvreté de cette petite maison, où l'on devrait vivre avec cinquante louis de rentes, se peignait à elle sous des couleurs ravissantes. Julien pourrait très bien se faire avocat à Bray, la sous-préfecture à deux lieues de Verrières ; dans ce cas elle le verrait quelquefois.

Mme de Rênal crut sincèrement qu'elle allait devenir folle ; elle le dit à son mari, et enfin tomba malade. Le soir même, comme sa femme de chambre la servait, elle remarqua que cette fille pleurait. Elle abhorrait Élisa dans ce moment, et venait de la brusquer ; elle lui en demanda pardon. Les larmes d'Élisa redoublèrent ; elle dit, que si sa maîtresse le lui permettait, elle lui conterait tout son malheur.

— Dites, répondit Mme de Rênal.

— Eh bien, madame, il me refuse ; des méchants lui auront dit du mal de moi, il les croit.

— Qui vous refuse ? dit Mme de Rênal respirant à peine.

— Eh qui, madame, si ce n'est M. Julien ? répliqua la femme de chambre, en sanglotant. M. le curé n'a pu vaincre sa résistance ; car M. le curé trouve qu'il ne doit pas refuser une honnête fille, sous prétexte qu'elle a été femme de chambre. Après tout, le père de M. Julien n'est autre chose qu'un charpentier ; lui-même comment gagnait-il sa vie avant d'être chez madame ?

Mme de Rênal n'écoutait plus ; l'excès du bonheur lui avait presque ôté l'usage de la raison. Elle se fit répéter plusieurs fois l'assurance que Julien avait refusé d'une façon positive, et qui ne permettait plus de revenir à une résolution plus sage.

— Je veux tenter un dernier effort, dit-elle à sa femme de chambre, je parlerai à M. Julien.

Le lendemain après le déjeuner, Mme de Rênal se donna la délicieuse volupté de plaider la cause de sa rivale, et de voir la main et la fortune d'Élisa refusées constamment pendant une heure.

Peu à peu Julien sortit de ses réponses compassées, et finit par répondre avec esprit aux sages représentations de Mme de Rênal. Elle ne put résister au torrent de bonheur qui inondait son âme après tant de jours de désespoir. Elle se trouva mal tout à fait. Quand elle fut remise et bien établie dans sa chambre, elle renvoya tout le monde. Elle était profondément étonnée.

Aurais-je de l'amour pour Julien ? se dit-elle enfin.

Cette découverte, qui dans tout autre moment l'aurait plongée dans les remords et dans une agitation profonde, ne fut pour elle qu'un spectable singulier, mais comme indifférent. Son âme, épuisée par tout ce qu'elle venait d'éprouver, n'avait plus de sensibilité au service des passions.

Mme de Rênal voulut travailler, et tomba dans un profond sommeil ; quand elle se réveilla, elle ne s'effraya pas autant qu'elle l'aurait dû. Elle était trop heureuse pour pouvoir prendre en mal quelque chose. Naïve et innocente, jamais cette bonne provinciale n'avait torturé son âme, pour tâcher d'en arracher un peu de sensibilité à quelque nouvelle nuance de sentiment ou de malheur. Entièrement absorbée, avant l'arrivée de Julien, par cette masse de travail qui, loin de Paris, est le lot d'une bonne mère de famille, Mme de Rênal pensait aux passions, comme nous pensons à la loterie : duperie certaine et bonheur cherché par des fous.

La cloche du dîner sonna ; Mme de Rênal rougit beaucoup quand elle entendit la voix de Julien, qui amenait les enfants. Un peu adroite depuis qu'elle aimait, pour expliquer sa rougeur, elle se plaignit d'un affreux mal de tête.

— Voilà comme sont toutes les femmes, lui répondit M. de Rênal, avec un gros rire. Il y a toujours quelque chose à raccommoder à ces machines-là !

Quoique accoutumée à ce genre d'esprit, ce ton de voix choqua Mme de Rênal. Pour se distraire, elle regarda la physionomie de Julien ; il eût été l'homme le plus laid, que dans cet instant il lui eût plu.

Attentif à copier les habitudes des gens de cour, dès les premiers beaux jours du printemps, M. de Rênal s'établit à Vergy ; c'est le village rendu célèbre par l'aventure tragique de Gabrielle. À quelques centaines de pas des ruines si pittoresques de l'ancienne église gothique, M. de Rênal possède un vieux château avec ses quatre tours, et un jardin dessiné comme celui des Tuileries, avec force bordures de buis et allées de marronniers taillés deux fois par an. Un champ voisin, planté de pommiers, servait de promenade. Huit ou dix noyers magnifiques étaient au bout du verger ; leur feuillage immense s'élevait peut-être à quatre-vingts pieds de hauteur.

— Chacun de ces maudits noyers, disait M. de Rênal, quand sa femme les admirait, me coûte la récolte d'un demi-arpent, le blé ne peut venir sous leur ombre.

La vue de la campagne sembla nouvelle à Mme de Rênal ; son admiration allait jusqu'aux transports. Le sentiment dont elle était animée lui donnait de l'esprit et de la résolution. Dès le surlendemain de l'arrivée à Vergy, M. de Rênal étant retourné à la ville, pour les affaires de la mairie, Mme de Rênal prit des ouvriers à ses frais. Julien lui avait donné l'idée d'un petit chemin sablé, qui circulerait dans les vergers et sous les grands noyers, et permettrait aux enfants de se promener dès le matin, sans que leurs souliers fussent mouillés par la rosée. Cette idée fut mise à exécution, moins de vingt-quatre heures après avoir été conçue. Mme de Rênal passa toute la journée gaiement avec Julien à diriger les ouvriers.

Lorsque le maire de Verrières revint de la ville, il fut bien surpris de trouver l'allée faite. Son arrivée surprit aussi Mme de Rênal ; elle avait oublié son existence. Pendant deux mois, il parla avec humeur de la hardiesse qu'on avait eue de faire, sans le consulter, une réparation aussi importante ; mais Mme de Rênal l'avait exécutée à ses frais, ce qui le consolait un peu.

Elle passait ses journées à courir avec ses enfants dans le verger, et à faire la chasse aux papillons. On avait construit de grands capuchons de gaze claire, avec lesquels on prenait les pauvres lépidoptères. C'est le nom barbare que Julien apprenait à Mme de Rênal. Car elle avait fait venir de Besançon le bel ouvrage de M. Godart ; et Julien lui racontait les mœurs singulières de ces pauvres bêtes.

On les piquait sans pitié avec des épingles dans un grand cadre de carton arrangé aussi par Julien.

Il y eut enfin entre Mme de Rênal et Julien un sujet de conversation, il ne fut plus exposé à l'affreux supplice que lui donnaient les moments de silence.

Ils se parlaient sans cesse, et avec un intérêt extrême, quoique toujours de choses fort innocentes. Cette vie active, occupée et gaie, était du goût de tout le monde, excepté de Mlle Élisa, qui se trouvait excédée de travail. Jamais dans le carnaval, disait-elle, quand il y a bal à Verrières, madame ne s'est donné tant de soins pour sa toilette ; elle change de robes deux ou trois fois par jour.

Comme notre intention est de ne flatter personne, nous ne nierons point que Mme de Rênal, qui avait une peau superbe, ne se fît arranger des robes qui laissaient les bras et la poitrine fort découverts. Elle était très bien faite, et cette manière de se mettre lui allait à ravir.

Jamais vous n'avez été si jeune, madame, lui disaient ses amis de Verrières qui venaient dîner à Vergy. (C'est une façon de parler du pays.)

Une chose singulière qui trouvera peu de croyance parmi nous, c'était sans intention directe que Mme de Rênal se livrait à tant de soins. Elle y trouvait du plaisir ; et, sans y songer autrement, tout le temps qu'elle ne passait pas à la chasse aux papillons avec les enfants et Julien, elle travaillait avec Élisa à bâtir des robes. Sa seule course à Verrières fut causée par l'envie d'acheter de nouvelles robes d'été qu'on venait d'apporter de Mulhouse.

Elle ramena à Vergy une jeune femme de ses parentes. Depuis son mariage, Mme de Rênal s'était liée insensiblement avec Mme Derville qui autrefois avait été sa compagne au Sacré-Cœur.

Mme Derville riait beaucoup de ce qu'elle appelait les idées folles de sa cousine : Seule, jamais je n'y penserais, disait-elle. Ces idées imprévues qu'on eût appelées saillies à Paris, Mme de Rênal en avait honte comme d'une sottise, quand elle était avec son mari ; mais la présence de Mme Derville lui donnait du courage. Elle lui disait d'abord ses pensées d'une voix timide ; quand ces dames était longtemps seules, l'esprit de Mme de Rênal s'animait, et une longue matinée solitaire passait comme un instant et laissait les deux amies fort gaies. À ce voyage, la raisonnable Mme Derville trouva sa cousine beaucoup moins gaie et beaucoup plus heureuse.

Julien, de son côté, avait vécu en véritable enfant depuis son séjour à la campagne, aussi heureux de courir à la suite des papillons que ses élèves. Après tant de contrainte et de politique habile, seul, loin des regards des hommes, et, par instinct, ne craignant point Mme de Rênal, il se livrait au plaisir d'exister, si vif à cet âge, et au milieu des plus belles montagnes du monde.

Dès l'arrivée de Mme Derville, il sembla à Julien qu'elle était son amie ; il se hâta de lui montrer le point de vue que l'on a à l'extrémité de la nouvelle allée sous les grands noyers ; dans le fait il est égal, si ce n'est supérieur à ce que la Suisse et les lacs d'Italie peuvent offrir de plus admirable. Si l'on monte la côte rapide qui commence à quelques pas de là, on arrive bientôt à de grands précipices bordés par des bois de chênes, qui s'avancent presque jusque sur la rivière. C'est sur les sommets de ces rochers coupés à pic, que Julien, heureux, libre, et même quelque chose de plus, roi de la maison, conduisait les deux amies, et jouissait de leur admiration pour ces aspects sublimes.

— C'est pour moi comme de la musique de Mozart, disait Mme Derville.

La jalousie de ses frères, la présence d'un père despote et rempli d'humeur, avaient gâté aux yeux de Julien les campagnes des environs de Verrières. À Vergy, il ne trouvait point de ces souvenirs amers ; pour la première fois de sa vie, il ne voyait point d'ennemi. Quand M. de Rênal était à la ville, ce qui arrivait souvent, il osait lire ; bientôt, au lieu de lire la nuit, et encore en ayant soin de cacher sa lampe au fond d'un vase à fleurs renversé, il put se livrer au sommeil ; le jour dans l'intervalle des leçons des enfants, il venait dans ces rochers avec le livre, unique règle de sa conduite et objet de ses transports. Il y trouvait à la fois bonheur, extase et consolation dans les moments de découragement.

Certaines choses que Napoléon dit des femmes, plusieurs discussions sur le mérite des romans à la mode sous son règne, lui donnèrent alors, pour la première fois, quelques idées que tout autre jeune homme de son âge aurait eues depuis longtemps.

Les grandes chaleurs arrivèrent. On prit l'habitude de passer les soirées sous un immense tilleul à quelques pas de la maison. L'obscurité y était profonde. Un soir, Julien parlait avec action, il jouissait avec délices du plaisir de bien parler et à des femmes jeunes ; en gesticulant, il toucha la main de Mme de Rênal qui était appuyée sur le dos d'une de ces chaises de bois peint que l'on place dans les jardins.

Cette main se retira bien vite ; mais Julien pensa qu'il était de son devoir d'obtenir que l'on ne retirât pas cette main quand il la touchait. L'idée d'un devoir à accomplir, et d'un ridicule ou plutôt d'un sentiment d'infériorité à encourir si l'on n'y parvenait pas, éloigna sur-le-champ tout plaisir de son cœur.

 

 

 


Chapitre IX

Une soirée à la campagne

 

La Didon de M. Guérin, esquisse charmante !

STROMBECK.              

Ses regards le lendemain, quand il revit Mme de Rênal, étaient singuliers ; il l'observait comme un ennemi avec lequel il va falloir se battre. Ces regards, si différents de ceux de la veille, firent perdre la tête à Mme de Rênal ; elle avait été bonne pour lui, et il paraissait fâché. Elle ne pouvait détacher ses regards des siens.

La présence de Mme Derville permettait à Julien de moins parler et de s'occuper davantage de ce qu'il avait dans la tête. Son unique affaire, toute cette journée, fut de se fortifier par la lecture du livre inspiré qui retrempait son âme.

Il abrégea beaucoup les leçons des enfants, et ensuite, quand la présence de Mme de Rênal vint le rappeler tout à fait aux soins de sa gloire, il décida qu'il fallait absolument qu'elle permît ce soir-là que sa main restât dans la sienne.

Le soleil en baissant, et rapprochant le moment décisif, fit battre le cœur de Julien d'une façon singulière. La nuit vint. Il observa avec une joie qui lui ôta un poids immense de dessus la poitrine, qu'elle serait fort obscure. Le ciel chargé de gros nuages, promenés par un vent très chaud, semblaient annoncer une tempête. Les deux amies se promenèrent fort tard. Tout ce qu'elles faisaient ce soir-là semblait singulier à Julien. Elles jouissaient de ce temps, qui, pour certaines âmes délicates, semble augmenter le plaisir d'aimer.

On s'assit enfin, Mme de Rênal à côté de Julien, et Mme Derville près de son amie. Préoccupé de ce qu'il allait tenter, Julien ne trouvait rien à dire. La conversation languissait.

Serai-je aussi tremblant et malheureux au premier duel qui me viendra ? se dit Julien, car il avait trop de méfiance et de lui et des autres, pour ne pas voir l'état de son âme.

Dans sa mortelle angoisse, tous les dangers lui eussent semblé préférables. Que de fois ne désira-t-il pas voir survenir à Mme de Rênal quelque affaire qui l'obligeât de rentrer à la maison et de quitter le jardin ! La violence que Julien était obligé de se faire, était trop forte pour que sa voix ne fût pas profondément altérée ; bientôt la voix de Mme de Rênal devint tremblante aussi, mais Julien ne s'en aperçut point. L'affreux combat que le devoir livrait à la timidité était trop pénible, pour qu'il fût en état de rien observer hors lui-même. Neuf heures trois quarts venaient de sonner à l'horloge du château, sans qu'il eût encore rien osé. Julien, indigné de sa lâcheté, se dit : Au moment précis où dix heures sonneront, j'exécuterai ce que, pendant toute la journée, je me suis promis de faire ce soir, ou je monterai chez moi me brûler la cervelle.

Après un dernier moment d'attente et d'anxiété, pendant lequel l'excès de l'émotion mettait Julien comme hors de lui, dix heures sonnèrent à l'horloge qui était au-dessus de sa tête. Chaque coup de cette cloche fatale retentissait dans sa poitrine, et y causait comme un mouvement physique.

Enfin, comme le dernier coup de dix heures retentissait encore, il étendit la main, et prit celle de Mme de Rênal, qui la retira aussitôt. Julien, sans trop savoir ce qu'il faisait, la saisit de nouveau. Quoique bien ému lui-même, il fut frappé de la froideur glaciale de la main qu'il prenait ; il la serrait avec une force convulsive ; on fit un dernier effort pour la lui ôter, mais enfin cette main lui resta.

Son âme fut inondée de bonheur, non qu'il aimât Mme de Rênal, mais un affreux supplice venait de cesser. Pour que Mme Derville ne s'aperçût de rien, il se crut obligé de parler ; sa voix alors était éclatante et forte. Celle de Mme de Rênal, au contraire, trahissait tant d'émotion, que son amie la crut malade et lui proposa de rentrer. Julien sentit le danger : Si Mme de Rênal rentre au salon, je vais retomber dans la position affreuse où j'ai passé la journée. J'ai tenu cette main trop peu de temps pour que cela compte comme un avantage qui m'est acquis.

Au moment où Mme Derville renouvelait la proposition de rentrer au salon, Julien serra fortement la main qu'on lui abandonnait.

Mme de Rênal, qui se levait déjà, se rassit en disant, d'une voix mourante :

« Je me sens, à la vérité, un peu malade, mais le grand air me fait du bien. »

Ces mots confirmèrent le bonheur de Julien, qui, dans ce moment, était extrême : il parla, il oublia de feindre, il parut l'homme le plus aimable aux deux amies qui l'écoutaient. Cependant il y avait encore un peu de manque de courage dans cette éloquence qui lui arrivait tout à coup. Il craignait mortellement que Mme Derville, fatiguée du vent qui commençait à s'élever, et qui précédait la tempête, ne voulût rentrer seule au salon. Alors il serait resté en tête à tête avec Mme de Rênal. Il avait eu presque par hasard le courage aveugle qui suffit pour agir ; mais il sentait qu'il était hors de sa puissance de dire le mot le plus simple à Mme de Rênal. Quelques légers que fussent ses reproches, il allait être battu, et l'avantage qu'il venait d'obtenir anéanti.

Heureusement pour lui, ce soir-là, ses discours touchants et emphatiques trouvèrent grâce devant Mme Derville, qui très souvent le trouvait gauche comme un enfant, un peu amusant. Pour Mme de Rênal, la main dans celle de Julien, elle ne pensait à rien ; elle se laissait vivre. Les heures qu'on passa sous ce grand tilleul que la tradition du pays dit planté par Charles le Téméraire, furent pour elle une époque de bonheur. Elle écoutait avec délices les gémissements du vent dans l'épais feuillage du tilleul, et le bruit de quelques gouttes rares qui commençaient à tomber sur ses feuilles les plus basses. Julien ne remarqua pas une circonstance qui l'eût bien rassuré ; Mme de Rênal, qui avait été obligée de lui ôter sa main, parce qu'elle se leva pour aider sa cousine à relever un vase de fleurs que le vent venait de renverser à leurs pieds, fut à peine assise de nouveau, qu'elle lui rendit sa main presque sans difficulté, et comme si déjà c'eût été entre eux une chose convenue.

Minuit était sonné depuis longtemps ; il fallut enfin quitter le jardin ; on se sépara. Mme de Rênal, transportée du bonheur d'aimer, était tellement ignorante, qu'elle ne se faisait presque aucun reproche. Le bonheur lui ôtait le sommeil. Un sommeil de plomb s'empara de Julien, mortellement fatigué des combats que toute la journée la timidité et l'orgueil s'étaient livrés dans son cœur.

Le lendemain on le réveilla à cinq heures ; et, ce qui eût été cruel pour Mme de Rênal, si elle l'eût su, à peine lui donna-t-il une pensée. Il avait fait son devoir, et un devoir héroïque. Rempli de bonheur par ce sentiment, il s'enferma à clé dans sa chambre, et se livra avec un plaisir tout nouveau à la lecture des exploits de son héros.

Quand la cloche du déjeuner se fit entendre, il avait oublié, en lisant les bulletins de la Grande Armée, tous ses avantages de la veille. Il se dit, d'un ton léger en descendant au salon : Il faut dire à cette femme que je l'aime.

Au lieu de ces regards chargés de volupté, qu'il s'attendait à rencontrer, il trouva la figure sévère de M. de Rênal, qui, arrivé depuis deux heures de Verrières, ne cachait point son mécontentement de ce que Julien passait toute la matinée sans s'occuper des enfants. Rien n'était laid comme cet homme important, ayant de l'humeur et croyant pouvoir la montrer.

Chaque mot aigre de son mari perçait le cœur de Mme de Rênal. Quant à Julien, il était tellement plongé dans l'extase, encore si occupé des grandes choses qui, pendant plusieurs heures, venaient de passer devant ses yeux, qu'à peine d'abord put-il rabaisser son attention jusqu'à écouter les propos durs que lui adressait M. de Rênal. Il lui dit enfin, assez brusquement :

— J'étais malade.

Le ton de cette réponse eût piqué un homme beaucoup moins susceptible que le maire de Verrières, il eut quelque idée de répondre à Julien en le chassant à l'instant. Il ne fut retenu que par la maxime qu'il s'était faite de ne jamais trop se hâter en affaires.

Ce jeune sot, se dit-il bientôt, s'est fait une sorte de réputation dans ma maison, le Valenod peut le prendre chez lui, ou bien il épousera Élisa, et dans les deux cas, au fond du cœur, il pourra se moquer de moi.

Malgré la sagesse de ses réflexions, le mécontentement de M. de Rênal n'en éclata pas moins par une suite de mots grossiers qui, peu à peu, irritèrent Julien. Mme de Rênal était sur le point de fondre en larmes. À peine le déjeuner fut-il fini, qu'elle demanda à Julien de lui donner le bras pour la promenade, elle s'appuyait sur lui avec amitié. À tout ce que Mme de Rênal lui disait, Julien ne pouvait que répondre à demi-voix :

Voilà bien les gens riches !

M. de Rênal marchait tout près d'eux ; sa présence augmentait la colère de Julien. Il s'aperçut tout à coup que Mme de Rênal s'appuyait sur son bras d'une façon marquée ; ce mouvement lui fit horreur, il la repoussa avec violence et dégagea son bras.

Heureusement M. de Rênal ne vit point cette nouvelle impertinence, elle ne fut remarquée que de Mme Derville ; son amie fondait en larmes. En ce moment M. de Rênal se mit à poursuivre à coup de pierres, une petite paysanne qui avait pris un sentier abusif, et traversait un coin du verger.

— Monsieur Julien, de grâce modérez-vous, songez que nous avons tous des moments d'humeur, dit rapidement Mme Derville.

Julien la regarda froidement avec des yeux où se peignait le plus souverain mépris.

Ce regard étonna Mme Derville, et l'eût surprise bien davantage si elle en eût deviné la véritable expression ; elle y eût lu comme un espoir vague de la plus atroce vengeance. Ce sont sans doute de tels moments d'humiliation qui ont fait les Robespierre.

— Votre Julien est bien violent, il m'effraie, dit tout bas Mme Derville à son amie.

— Il a raison d'être en colère, lui répondit celle-ci. Après les progrès étonnants qu'il a fait faire aux enfants, qu'importe qu'il passe une matinée sans leur parler ; il faut convenir que les hommes sont bien durs.

Pour la première fois de sa vie, Mme de Rênal sentit une sorte de désir de vengeance contre son mari. La haine extrême qui animait Julien contre les riches allait éclater. Heureusement M. de Rênal appela son jardinier, et resta occupé avec lui à barrer avec des fagots d'épines, le sentier abusif à travers le verger. Julien ne répondit pas un seul mot aux prévenances, dont pendant tout le reste de la promenade il fut l'objet. À peine M. de Rênal s'était-il éloigné, que les deux amies se prétendant fatiguées, lui avaient demandé chacune un bras.

Entre ces deux femmes dont un trouble extrême couvrait les joues de rougeur et d'embarras, la pâleur hautaine, l'air sombre et décidé de Julien formait un étrange contraste. Il méprisait ces femmes, et tous les sentiments tendres.

Quoi, se disait-il, pas même cinq cents francs de rente pour terminer mes études. Ah ! comme je l'enverrais promener !

Absorbé par ces idées sévères, le peu qu'il daignait comprendre des mots obligeants des deux amies lui déplaisait comme vide de sens, niais, faible, en un mot féminin.

À force de parler pour parler, et de chercher à maintenir la conversation vivante, il arriva à Mme de Rênal de dire que son mari était venu de Verrières parce qu'il avait fait marché, pour de la paille de maïs, avec un de ses fermiers. (Dans ce pays, c'est avec de la paille de maïs, que l'on remplit les paillasses des lits.)

— Mon mari ne nous rejoindra pas, ajouta Mme de Rênal ; avec le jardinier et son valet de chambre, il va s'occuper d'achever le renouvellement des paillasses de la maison. Ce matin il a mis de la paille de maïs dans tous les lits du premier étage, maintenant il est au second.

Julien changea de couleur ; il regarda Mme de Rênal d'un air singulier, et bientôt la prit à part en quelque sorte en doublant le pas. Mme Derville les laissa s'éloigner.

— Sauvez-moi ma vie, dit Julien à Mme de Rênal, vous seule le pouvez ; car vous savez que le valet de chambre me hait à la mort. Je dois vous avouer, madame, que j'ai un portrait ; je l'ai caché dans la paillasse de mon lit.

À ce mot, Mme de Rênal devint pâle à son tour.

— Vous seule, madame, pouvez dans ce moment entrer dans ma chambre ; fouillez, sans qu'il y paraisse, dans l'angle de la paillasse qui est le plus rapproché de la fenêtre, vous y trouverez une petite boîte de carton noir et lisse.

— Elle renferme un portrait ! dit Mme de Rênal, pouvant à peine se tenir debout.

Son air de découragement fut aperçu de Julien, qui aussitôt en profita.

— J'ai une seconde grâce à vous demander, madame, je vous supplie de ne pas regarder ce portrait, c'est mon secret.

— C'est un secret ! répéta Mme de Rênal, d'une voix éteinte.

Mais, quoique élevée parmi des gens fiers de leur fortune, et sensibles au seul intérêt d'argent, l'amour avait déjà mis de la générosité dans cette âme. Cruellement blessée, ce fut avec l'air du dévouement le plus simple que Mme de Rênal fit à Julien les questions nécessaires pour pouvoir bien s'acquitter de sa commission.

— Ainsi, lui dit-elle en s'éloignant, une petite boîte ronde, de carton noir, bien lisse.

— Oui, madame, répondit Julien de cet air dur que le danger donne aux hommes.

Elle monta au second étage du château, pâle comme si elle fût allée à la mort. Pour comble de misère elle sentit qu'elle é tait sur le point de se trouver mal ; mais la nécessité de rendre service à Julien lui rendit des forces.

Il faut que j'aie cette boîte, se dit-elle en doublant le pas.

Elle entendit son mari parler au valet de chambre, dans la chambre même de Julien. Heureusement, ils passèrent dans celle des enfants. Elle souleva le matelas et plongea la main dans la paillasse avec une telle violence qu'elle s'écorcha les doigts. Mais quoique fort sensible aux petites douleurs de ce genre, elle n'eut pas la conscience de celle-ci, car presque en même temps, elle sentit le poli de la boîte de carton. Elle la saisit et disparut.

À peine fut-elle délivrée de la crainte d'être surprise par son mari, que l'horreur que lui causait cette boîte fut sur le point de la faire décidément se trouver mal.

Julien est donc amoureux, et je tiens là le portrait de la femme qu'il aime !

Assise sur une chaise dans l'antichambre de cet appartement, Mme de Rênal était en proie à toutes les horreurs de la jalousie. Son extrême ignorance lui fut encore utile en ce moment, l'étonnement tempérait la douleur. Julien parut, saisit la boîte, sans remercier, sans rien dire, et courut dans sa chambre où il fit du feu et la brûla à l'instant. Il était pâle, anéanti, il s'exagérait l'étendue du danger qu'il venait de courir.

Le portrait de Napoléon, se disait-il en hochant la tête, trouvé caché chez un homme qui fait profession d'une telle haine pour l'usurpateur ! trouvé par M. de Rênal, tellement ultra et tellement irrité ! et pour comble d'imprudence sur le carton blanc derrière le portrait, des lignes écrites de ma main ! et qui ne peuvent laisser aucun doute sur l'excès de mon admiration ! et chacun de ces transports d'amour est daté ! Il y en a d'avant-hier.

Toute ma réputation tombée, anéantie en un moment ! se disait Julien, en voyant brûler la boîte, et ma réputation est tout mon bien, je ne vis que par elle... et encore, quelle vie, grand Dieu !

Une heure après, la fatigue et la pitié qu'il sentait pour lui-même le disposaient à l'attendrissement. Il rencontra Mme de Rênal et prit sa main qu'il baisa avec plus de sincérité qu'il n'avait jamais fait. Elle rougit de bonheur, et presque au même instant, repoussa Julien avec la colère de la jalousie. La fierté de Julien si récemment blessée en fit un sot dans ce moment. Il ne vit en Mme de Rênal qu'une femme riche, il laissa tomber sa main avec dédain et s'éloigna. Il alla se promener pensif dans le jardin, bientôt un sourire amer parut sur ses lèvres.

Je me promène là, tranquille comme un homme maître de son temps ! Je ne m'occupe pas des enfants ! je m'expose aux mots humiliants de M. de Rênal, et il aura raison. Il courut à la chambre des enfants.

Les caresses du plus jeune qu'il aimait beaucoup calmèrent un peu sa cuisante douleur.

Celui-là ne me méprise pas encore, pensa Julien. Mais bientôt il se reprocha cette diminution de douleur comme une nouvelle faiblesse. Ces enfants me caressent comme ils caresseraient le jeune chien de chasse que l'on a acheté hier.

 

 

 

 


Chapitre X

Un grand cœur et une petite fortune

 

But passion most disembles, yet betrays,
    Even by its darkness ; as the blackest sky
    Foretells the heaviest tempest.

Don Juan, C. I, st. 73.

M. de Rênal qui suivait toutes les chambres du château, revint dans celle des enfants avec les domestiques qui rapportaient les paillasses. L'entrée soudaine de cet homme fut pour Julien la goutte d'eau qui fait déborder le vase.

Plus pâle, plus sombre qu'à l'ordinaire, il s'élança vers lui. M. de Rênal s'arrêta et regarda ses domestiques.

— Monsieur, lui dit Julien, croyez-vous qu'avec tout autre précepteur, vos enfants, eussent fait les mêmes progrès qu'avec moi ? Si vous répondez que non, continua Julien, sans laisser à M. de Rênal le temps de parler, comment osez-vous m'adresser le reproche que je les néglige ?

M. de Rênal, à peine remis de sa peur, conclut du ton étrange qu'il voyait prendre à ce petit paysan, qu'il avait en poche quelque proposition avantageuse, et qu'il allait le quitter. La colère de Julien s'augmentant à mesure qu'il parlait :

— Je puis vivre sans vous, monsieur, ajouta-t-il.

— Je suis vraiment fâché de vous voir si agité, répondit M. de Rênal, en balbutiant un peu. Les domestiques étaient à dix pas occupés à arranger les lits.

— Ce n'est pas ce qu'il me faut, monsieur, reprit Julien hors de lui ; songez à l'infamie des paroles que vous m'avez adressées, et devant des femmes encore !

M. de Rênal ne comprenait que trop ce que demandait Julien, et un pénible combat déchirait son âme. Il arriva que Julien effectivement fou de colère, s'écria :

— Je sais où aller, monsieur, en sortant de chez vous.

À ce mot, M. de Rênal vit Julien installé chez M. Valenod.

— Eh bien ! monsieur, lui dit-il enfin avec un soupir et de l'air dont il eût appelé le chirurgien pour l'opération la plus douloureuse, j'accède à votre demande. À compter d'après-demain, qui est le premier du mois, je vous donne cinquante francs par mois.

Julien eut envie de rire et resta stupéfait : toute sa colère avait disparu.

Je ne méprisais pas assez l'animal ! se dit-il. Voilà sans doute la plus grande excuse que puisse faire une âme aussi basse.

Les enfants qui écoutaient cette scène bouche béante, coururent au jardin, dire à leur mère que M. Julien était bien en colère, mais qu'il allait avoir cinquante livres par mois.

Julien les suivit par habitude, sans même regarder M. de Rênal, qu'il laissa profondément irrité.

Voilà cent soixante-huit francs, se disait le maire, que me coûte M. Valenod. Il faut absolument que je lui dise deux mots fermes sur son entreprise des fournitures pour les enfants trouvés.

Un instant après, Julien se retrouva vis-à-vis de M. de Rênal :

— J'ai à parler de ma conscience à M. Chélan ; j'ai l'honneur de vous prévenir que je serai absent quelques heures.

— Eh, mon cher Julien ! dit M. de Rênal, en riant de l'air le plus faux, toute la journée si vous voulez, toute celle de demain, mon bon ami. Prenez le cheval du jardinier pour aller à Verrières.

Le voilà, se dit M. de Rênal, qui va rendre réponse à Valenod, il ne m'a rien promis, mais il faut laisser se refroidir cette tête de jeune homme.

Julien s'échappa rapidement et monta dans les grands bois par lesquels on peut aller de Vergy à Verrières. Il ne voulait point arriver si tôt chez M. Chélan. Loin de désirer s'astreindre à une nouvelle scène d'hypocrisie, il avait besoin d'y voir clair dans son âme, et de donner audience à la foule de sentiments qui l'agitaient.

J'ai gagné une bataille, se dit-il aussitôt qu'il se vit dans les bois et loin du regard des hommes, j'ai donc gagné une bataille !

Ce mot lui peignait en beau toute sa position et rendit à son âme quelque tranquillité.

Me voilà avec cinquante francs d'appointements par mois, il faut que M. de Rênal ait eu une belle peur. Mais de quoi ?

Cette méditation sur ce qui avait pu faire peur à l'homme heureux et puissant contre lequel une heure auparavant il était bouillant de colère, acheva de rasséréner l'âme de Julien. Il fut presque sensible un moment à la beauté ravissante des bois au milieu desquels il marchait. D'énormes quartiers de roches nues étaient tombés jadis au milieu de la forêt du côté de la montagne. De grands hêtres s'élevaient presque aussi haut que ces rochers dont l'ombre donnait une fraîcheur délicieuse à trois pas des endroits où la chaleur des rayons du soleil eût rendu impossible de s'arrêter.

Julien prenait haleine un instant à l'ombre de ces grandes roches, et puis se remettait à monter. Bientôt par un étroit sentier à peine marqué et qui sert seulement aux gardiens des chèvres, il se trouva debout sur un roc immense et bien sûr d'être séparé de tous les hommes. Cette position physique le fit sourire, elle lui peignait la position qu'il brûlait d'atteindre au moral. L'air pur de ces montagnes élevées communiqua la sérénité et même la joie à son âme. Le maire de Verrières était bien toujours, à ses yeux, le représentant de tous les riches et de tous les insolents de la terre ; mais Julien sentait que la haine qui venait de l'agiter, malgré la violence de ses mouvements, n'avait rien de personnel. S'il eût cessé de voir M. de Rênal, en huit jours il l'eût oublié lui, son château, ses chiens, ses enfants et toute sa famille. Je l'ai forcé, je ne sais comment, à faire le plus grand sacrifice. Quoi ! plus de cinquante écus par an ! un instant auparavant je m'étais tiré du plus grand danger. Voilà deux victoires en un jour ; la seconde est sans mérite, il faudrait en deviner le comment. Mais à demain les pénibles recherches.

Julien debout sur son grand rocher regardait le ciel, embrasé par un soleil d'août. Les cigales chantaient dans le champ au-dessous du rocher ; quand elles se taisaient tout était silence autour de lui. Il voyait à ses pieds vingt lieues de pays. Quelque épervier parti des grandes roches au-dessus de sa tête était aperçu par lui, de temps à autre, décrivant en silence ses cercles immenses. L'œil de Julien suivait machinalement l'oiseau de proie. Ses mouvements tranquilles et puissants le frappaient, il enviait cette force, il enviait cet isolement.

C'était la destinée de Napoléon, serait-ce un jour la sienne ?

 

 

 

 CHAPTER 1

A Small Town

Put thousands together

Less bad.

But the cage less gay.

hobbes

 The small town of Verrieres may be regarded as one of the most attractive in the Franche-Comte. Its white houses with their high pitched roofs of red tiles are spread over the slope of a hill, the slightest contours of which are indicated by clumps of sturdy chestnuts. The Doubs runs some hundreds of feet below its fortifications, built in times past by the Spaniards, and now in ruins.

 Verrieres is sheltered on the north by a high mountain, a spur of the Jura.  The jagged peaks of the Verra put on a mantle of snow in the first cold days of October. A torrent which comes tearing down from the mountain passes through Verrieres before emptying its waters into the Doubs, and supplies power to a great number of sawmills; this is an extremely simple industry, and procures a certain degree of comfort for the majority of the inhabitants, who are of the peasant rather than of the burgess class. It is not, however, the sawmills that have made this little town rich. It is to the manufacture of printed calicoes, known as Mulhouse stuffs, that it owes the general prosperity which, since the fall of Napoleon, has led to the refacing of almost all the houses in Verrieres.

 No sooner has one entered the town than one is startled by the din of a noisy machine of terrifying aspect. A score of weighty hammers, falling with a clang which makes the pavement tremble, are raised aloft by a wheel which the water of the torrent sets in motion. Each of these hammers turns out, daily, I cannot say how many thousands of nails. A bevy of fresh, pretty girls subject to the blows of these enormous hammers, the little scraps of iron which are rapidly transformed into nails. This work, so rough to the outward eye, is one of the industries that most astonish the traveller who ventures for the first time among the mountains that divide France from Switzerland. If, on entering Verrieres, the traveller inquires to whom belongs that fine nail factory which deafens everybody who passes up the main street, he will be told in a drawling accent: 'Eh! It belongs to the Mayor.'

 Provided the traveller halts for a few moments in this main street of Verrieres, which runs from the bank of the Doubs nearly to the summit of the hill, it is a hundred to one that he will see a tall man appear, with a busy, important air.

 At the sight of him every hat is quickly raised. His hair is turning grey, and he is dressed in grey. He is a Companion of several Orders, has a high forehead, an aquiline nose, and on the whole his face is not wanting in a certain regularity: indeed, the first impression formed of it may be that it combines with the dignity of a village mayor that sort of charm which may still be found in a man of forty-eight or fifty. But soon the visitor from Paris is annoyed by a certain air of self-satisfaction and self-sufficiency mingled with a suggestion of limitations and want of originality. One feels, finally, that this man's talent is confined to securing the exact payment of whatever is owed to him and to postponing payment till the last possible moment when he is the debtor.

 Such is the Mayor of Verrieres, M. de Renal. Crossing the street with a solemn step, he enters the town hall and passes from the visitor's sight.  But, a hundred yards higher up, if the visitor continues his stroll, he will notice a house of quite imposing appearance, and, through the gaps in an iron railing belonging to the house, some splendid gardens. Beyond, there is a line of horizon formed by the hills of Burgundy, which seem to have been created on purpose to delight the eye. This view makes the visitor forget the pestilential atmosphere of small financial interests which was beginning to stifle him.

 He is told that this house belongs to M. de Renal. It is to the profits that he has made from his great nail factory that the Mayor of Verrieres is indebted for this fine freestone house which he has just finished building.  His family, they say, is Spanish, old, and was or claims to have been established in the country long before Louis XIV conquered it.

 Since 1815 he has blushed at his connection with industry: 1815 made him Mayor of Verrieres. The retaining walls that support the various sections of this splendid garden, which, in a succession of terraces, runs down to the Doubs, are also a reward of M. de Renal's ability as a dealer in iron.

 You must not for a moment expect to find in France those picturesque gardens which enclose the manufacturing towns of Germany; Leipsic, Frankfurt, Nuremberg, and the rest. In the Franche-Comte, the more walls a man builds, the more he makes his property bristle with stones piled one above another, the greater title he acquires to the respect of his neighbours. M. de Renal's gardens, honeycombed with walls, are still further admired because he bought, for their weight in gold, certain minute scraps of ground which they cover. For instance that sawmill whose curious position on the bank of the Doubs struck you as you entered Verrieres, and on which you noticed the name _Sorel_, inscribed in huge letters on a board which overtops the roof, occupied, six years ago, the ground on which at this moment they are building the wall of the fourth terrace of M. de Renal's gardens.

 For all his pride, the Mayor was obliged to make many overtures to old Sorel, a dour and obstinate peasant; he was obliged to pay him in fine golden louis before he would consent to remove his mill elsewhere. As for the _public_ lade which supplied power to the saw, M. de Renal, thanks to the influence he wielded in Paris, obtained leave to divert it. This favour was conferred upon him after the 182- elections.

 He gave Sorel four acres in exchange for one, five hundred yards lower down by the bank of the Doubs. And, albeit this site was a great deal more advantageous for his trade in planks of firwood, Pere Sorel, as they have begun to call him now that he is rich, contrived to screw out of the impatience and _landowning mania_ which animated his neighbour a sum of 6,000 francs.

 It is true that this arrangement was adversely criticised by the local wiseacres. On one occasion, it was a Sunday, four years later, M. de Renal, as he walked home from church in his mayoral attire, saw at a distance old Sorel, supported by his three sons, watching him with a smile. That smile cast a destroying ray of light into the Mayor's soul; ever since then he has been thinking that he might have brought about the exchange at less cost to himself.

 To win popular esteem at Verrieres, the essential thing is not to adopt (while still building plenty of walls) any plan of construction brought from Italy by those masons who in spring pass through the gorges of the Jura on their way to Paris. Such an innovation would earn the rash builder an undying reputation fot wrong-headedness, and he would be lost forever among the sober and moderate folk who create reputations in the Franche-Comte.

 As a matter of fact, these sober folk wield there the most irritating form of _despotism_; it is owing to that vile word that residence in small towns is intolerable to anyone who has lived in that great republic which we call Paris. The tyranny of public opinion (and what an opinion!) is as fatuous in the small towns of France as it is in the United States of America.

 

 

CHAPTER 2

A Mayor

 Prestige! Sir, is it nothing? To be revered by fools, gaped at by  children, envied by the rich and scorned by the wise.

     BARNAVE     

 Fortunately for M. de Renal's reputation as an administrator, a huge retaining wall was required for the public avenue which skirts the hillside a hundred feet above the bed of the Doubs. To this admirable position it is indebted for one of the most picturesque views in France. But, every spring, torrents of rainwater made channels across the avenue, carved deep gullies in it and left it impassable. This nuisance, which affected everybody alike, placed M. de Renal under the fortunate obligation to immortalise his administration by a wall twenty feet in height and seventy or eighty yards long.

 The parapet of this wall, to secure which M. de Renal was obliged to make three journeys to Paris, for the Minister of the Interior before last had sworn a deadly enmity to the Verrieres avenue; the parapet of this wall now rises four feet above the ground. And, as though to defy all Ministers past and present, it is being finished off at this moment with slabs of dressed stone.

 How often, my thoughts straying back to the ball-rooms of Paris, which I had forsaken overnight, my elbows leaning upon those great blocks of stone of a fine grey with a shade of blue in it, have I swept with my gaze the vale of the Doubs! Over there, on the left bank, are five or six winding valleys, along the folds of which the eye can make out quite plainly a number of little streams. After leaping from rock to rock, they may be seen falling into the Doubs.  The sun is extremely hot in these mountains; when it is directly overhead, the traveller's rest is sheltered on this terrace by a row of magnificent planes. Their rapid growth, and handsome foliage of a bluish tint are due to the artificial soil with which the Mayor has filled in the space behind his immense retaining wall, for, despite the opposition of the town council, he has widened the avenue by more than six feet (although he is an Ultra and I myself a Liberal, I give him credit for it), that is why, in his opinion and in that of M. Valenod, the fortunate governor of the Verrieres poorhouse, this terrace is worthy to be compared with that of Saint-Germain-en-Laye.

 For my part, I have only one fault to find with the _Cours de la Fidelite_; one reads this, its official title, in fifteen or twenty places, on marble slabs which have won M. de Renal yet another Cross; what I should be inclined to condemn in the Cours de la Fidelite is the barbarous manner in which the authorities keep these sturdy plane trees trimmed and pollarded.  Instead of suggesting, with their low, rounded, flattened heads, the commonest of kitchen garden vegetables, they would like nothing better than to assume those magnificent forms which one sees them wear in England. But the Mayor's will is despotic, and twice a year every tree belonging to the commune is pitilessly lopped. The Liberals of the place maintain, but they exaggerate, that the hand of the official gardener has grown much more severe since the Reverend Vicar Maslon formed the habit of appropriating the clippings.

 This young cleric was sent from Besancon, some years ago, to keep an eye upon the abbe Chelan and certain parish priests of the district. An old Surgeon-Major of the Army of Italy, in retirement at Verrieres, who in his time had been simultaneously, according to the Mayor, a Jacobin and a Bonapartist, actually ventured one day to complain to him of the periodical mutilation of these fine trees.

 'I like shade,' replied M. de Renal with the touch of arrogance appropriate when one is addressing a surgeon, a Member of the Legion of Honour; 'I like shade, I have my trees cut so as to give shade, and I do not consider that a tree is made for any other purpose, unless, like the useful walnut, it _yields a return_.'

 There you have the great phrase that decides everything at Verrieres: YIELD A RETURN; it by itself represents the habitual thought of more than three fourths of the inhabitants.

 _Yielding a return_ is the consideration that settles everything in this little town which seemed to you, just now, so attractive. The stranger arriving there, beguiled by the beauty of the cool, deep valleys on every side, imagines at first that the inhabitants are influenced by the idea of beauty; they are always talking about the beauty of their scenery: no one can deny that they make a great to-do about it; but this is because it attracts a certain number of visitors whose money goes to enrich the innkeepers, and thus, through the channel of the rate-collector, _yields a return_ to the town.

 It was a fine day in autumn and M. de Renal was strolling along the Cours de la Fidelite, his lady on his arm. While she listened to her husband, who was speaking with an air of gravity, Madame de Renal's eye was anxiously following the movements of three little boys. The eldest, who might be about eleven, was continually running to the parapet as though about to climb on top. A gentle voice then uttered the name Adolphe, and the child abandoned his ambitious project. Madame de Renal looked like a woman of thirty, but was still extremely pretty.

 'He may live to rue the day, that fine gentleman from Paris,' M. de Renal was saying in a tone of annoyance, his cheek paler even than was its wont.  'I myself am not entirely without friends at Court....'

 But albeit I mean to speak to you of provincial life for two hundred pages, I shall not be so barbarous as to inflict upon you the tedium and all the clever turns of a provincial dialogue.

 This fine gentleman from Paris, so odious to the Mayor of Verrieres, was none other than M. Appert, [Footnote: A contemporary philanthropist and prison visitor.] who, a couple of days earlier, had contrived to make his way not only into the prison and the poorhouse of Verrieres, but also into the hospital, administered gratuitously by the Mayor and the principal landowners of the neighbourhood.

 'But,' Madame de Renal put in timidly, 'what harm can this gentleman from Paris do you, since you provide for the welfare of the poor with the most scrupulous honesty?'

 'He has only come to cast blame, and then he'll go back and have articles put in the Liberal papers.'

 'You never read them, my dear.'

 'But people tell us about those Jacobin articles; all that distracts us, and hinders us from doing good. [Author's footnote: authentic] As for me, I shall never forgive the cure.'

 

 

 

 

  CHAPTER 3

The Bread of the Poor

    A virtuous priest who does not involve himself in intrigue is a   blessing for the village.     

FLEURY                   

 It should be explained that the cure of Verrieres, an old man of eighty, but blessed by the keen air of his mountains with an iron character and strength, had the right to visit at any hour of the day the prison, the hospital, and even the poorhouse. It was at six o'clock in the morning precisely that M. Appert, who was armed with an introduction to the cure from Paris, had had the good sense to arrive in an inquisitive little town.  He had gone at once to the presbytery.

 As he read the letter addressed to him by M. le Marquis de La Mole, a Peer of France, and the wealthiest landowner in the province, the cure Chelan sat lost in thought.

 'I am old and liked here,' he murmured to himself at length, 'they would never dare!' Turning at once to the gentleman from Paris, with eyes in which, despite his great age, there burned that sacred fire which betokens the pleasure of performing a fine action which is slightly dangerous:

 'Come with me, Sir, and, in the presence of the gaoler and especially of the superintendents of the poorhouse, be so good as not to express any opinion of the things we shall see.' M. Appert realised that he had to deal with a man of feeling; he accompanied the venerable cure, visited the prison, the hospital, the poorhouse, asked many questions and, notwithstanding strange answers, did not allow himself to utter the least word of reproach.

 This visit lasted for some hours. The cure invited M. Appert to dine with him, but was told that his guest had some letters to write: he did not wish to compromise his kind friend any further. About three o'clock, the gentlemen went back to complete their inspection of the poorhouse, after which they returned to the prison. There they found the gaoler standing in the doorway; a giant six feet tall, with bandy legs; terror had made his mean face hideous.

 'Ah, Sir,' he said to the cure, on catching sight of him, 'is not this gentleman, that I see with you, M. Appert?'

 'What if he is?' said the cure.

 'Because yesterday I received the most definite instructions, which the Prefect sent down by a gendarme who had to gallop all night long, not to allow M. Appert into the prison.'

 'I declare to you, M. Noiroud,' said the cure, 'that this visitor, who is in my company, is M. Appert. Do you admit that I have the right to enter the prison at any hour of the day or night, bringing with me whom I please?'

 'Yes, M. le cure,' the gaoler murmured in a subdued tone, lowering his head like a bulldog brought reluctantly to obedience by fear of the stick.  'Only, M. le cure, I have a wife and children, if I am reported I shall be dismissed; I have only my place here to live on.'

 'I too should be very sorry to lose mine,' replied the worthy cure, in a voice swayed by ever increasing emotion.

 'What a difference!' the gaoler answered promptly; 'why you, M. le cure, we know that you have an income of 800 livres, a fine place in the sun ...'

 Such are the events which, commented upon, exaggerated in twenty different ways, had been arousing for the last two days all the evil passions of the little town of Verrieres. At that moment they were serving as text for the little discussion which M. de Renal was having with his wife. That morning, accompanied by M. Valenod, the governor of the poorhouse, he had gone to the cure's house, to inform him of their extreme displeasure. M. Chelan was under no one's protection; he felt the full force of their words.

 'Well, gentlemen, I shall be the third parish priest, eighty years of age, to be deprived of his living in this district. I have been here for six and fifty years; I have christened almost all the inhabitants of the town, which was no more than a village when I came. Every day I marry young couples whose grandparents I married long ago. Verrieres is my family; but I said to myself, when I saw the stranger: "This man, who has come from Paris, may indeed be a Liberal, there are far too many of them; but what harm can he do to our poor people and our prisoners?"'

 The reproaches of M. de Renal, and above all those of M. Valenod, the governor of the poorhouse, becoming more and more bitter:

 'Very well, gentlemen, have me deprived,' the old cure had cried, in a quavering voice. 'I shall live in the town all the same. You all know that forty-eight years ago I inherited a piece of land which brings me 800 livres; I shall live on that income. I save nothing out of my stipend, gentlemen, and that may be why I am less alarmed when people speak of taking it from me.'

 M. de Renal lived on excellent terms with his wife; but not knowing what answer to make to the question, which she timidly repeated: 'What harm can this gentleman from Paris do to the prisoners?' he was just about to lose his temper altogether when she uttered a cry. Her second son had climbed upon the parapet of the wall of the terrace, and was running along it, though this wall rose more than twenty feet from the vineyard beneath. The fear of alarming her son and so making him fall restrained Madame de Renal from calling him. Finally the child, who was laughing at his own prowess, turned to look at his mother, noticed how pale she was, sprang down upon the avenue and ran to join her. He was well scolded.

 This little incident changed the course of the conversation.

 'I am quite determined to engage young Sorel, the sawyer's son,' said M. de Renal; 'he will look after the children, who are beginning to be too much of a handful for us. He is a young priest or thereabouts, a good Latin scholar, and will bring the children on; for he has a strong character, the cure says. I shall give him 300 francs and his board. I had some doubts as to his morals; for he was the Benjamin of that old surgeon, the Member of the Legion of Honour who on pretence of being their cousin came to live with the Sorels. He might quite well have been nothing better than a secret agent of the Liberals; he said that our mountain air was good for his asthma; but that has never been proved. He had served in all _Buonaparte's_ campaigns in Italy, and they even say that he voted against the Empire in his day. This Liberal taught young Sorel Latin, and left him all the pile of books he brought here with him. Not that I should ever have dreamed of having the carpenter's son with my children; but the cure, only the day before the scene which has made a permanent breach between us, told me that this Sorel has been studying theology for the last three years, with the idea of entering the Seminary; so he is not a Liberal, and he is a Latin scholar.

 'This arrangement suits me in more ways than one,' M. de Renal went on, looking at his wife with an air of diplomacy; 'Valenod is tremendously proud of the two fine Norman horses he has just bought for his calash. But he has not got a tutor for his children.'

 'He is quite capable of taking this one from us.'

 'Then you approve of my plan?' said M. de Renal, thanking his wife, with a smile, for the excellent idea that had just occurred to her. 'There, that's settled.'

 'Oh, good gracious, my dear, how quickly you make up your mind!'

 'That is because I have a strong character, as the cure has had occasion to see. Let us make no pretence about it, we are surrounded by Liberals here.  All these cloth merchants are jealous of me, I am certain of it; two or three of them are growing rich; very well, I wish them to see M. de Renal's children go by, out walking in the care of their tutor. It will make an impression. My grandfather used often to tell us that in his young days he had had a tutor. It's a hundred crowns he's going to cost me, but that will have to be reckoned as a necessary expense to keep up our position.'

 This sudden decision plunged Madame de Renal deep in thought. She was a tall, well-made woman, who had been the beauty of the place, as the saying is in this mountain district. She had a certain air of simplicity and bore herself like a girl; in the eyes of a Parisian, that artless grace, full of innocence and vivacity, might even have suggested ideas of a mildly passionate nature. Had she had wind of this kind of success, Madame de Renal would have been thoroughly ashamed of it. No trace either of coquetry or of affectation had ever appeared in her nature. M. Valenod, the wealthy governor of the poorhouse, was supposed to have paid his court to her, but without success, a failure which had given a marked distinction to her virtue; for this M. Valenod, a tall young man, strongly built, with a vivid complexion and bushy black whiskers, was one of those coarse, brazen, noisy creatures who in the provinces are called fine men.

 Madame de Renal, being extremely shy and liable to be swayed by her moods, was offended chiefly by the restless movements and loud voice of M. Valenod. The distaste that she felt for what at Verrieres goes by the name of gaiety had won her the reputation of being extremely proud of her birth.  She never gave it a thought, but had been greatly pleased to see the inhabitants of Verrieres come less frequently to her house. We shall not attempt to conceal the fact that she was reckoned a fool in the eyes of their ladies, because, without any regard for her husband's interests, she let slip the most promising opportunities of procuring fine hats from Paris or Besancon. Provided that she was left alone to stroll in her fine garden, she never made any complaint.

 She was a simple soul, who had never risen even to the point of criticising her husband, and admitting that he bored her. She supposed, without telling herself so, that between husband and wife there could be no more tender relations. She was especially fond of M. de Renal when he spoke to her of his plans for their children, one of whom he intended to place in the army, the second on the bench, and the third in the church. In short, she found M. de Renal a great deal less boring than any of the other men of her acquaintance.

 This wifely opinion was justified. The Mayor of Verrieres owed his reputation for wit, and better still for good tone, to half a dozen pleasantries which he had inherited from an uncle. This old Captain de Renal had served before the Revolution in the Duke of Orleans's regiment of infantry, and, when he went to Paris, had had the right of entry into that Prince's drawing-rooms. He had there seen Madame de Montesson, the famous Madame de Genlis, M. Ducrest, the 'inventor' of the Palais-Royal.  These personages figured all too frequently in M. de Renal's stories. But by degrees these memories of things that it required so much delicacy to relate had become a burden to him, and for some time now it was only on solemn occasions that he would repeat his anecdotes of the House of Orleans. As he was in other respects most refined, except when the talk ran on money, he was regarded, and rightly, as the most aristocratic personage in Verrieres.

 

 

 

 

 

 

  CHAPTER 4

Father and Son

    E sara mia colpa,   Se cosi e?     MACHIAVELLI

 'My wife certainly has a head on her shoulders!' the Mayor of Verrieres remarked to himself the following morning at six o'clock, as he made his way down to Pere Sorel's sawmill. 'Although I said so to her, to maintain my own superiority, it had never occurred to me that if I do not take this little priest Sorel, who, they tell me, knows his Latin like an angel, the governor of the poorhouse, that restless spirit, might very well have the same idea, and snatch him from me, I can hear the tone of conceit with which he would speak of his children's tutor! ... This tutor, once I've secured him, will he wear a cassock?'

 M. de Renal was absorbed in this question when he saw in the distance a peasant, a man of nearly six feet in height, who, by the first dawning light, seemed to be busily occupied in measuring pieces of timber lying by the side of the Doubs, upon the towpath. The peasant did not appear any too well pleased to see the Mayor coming towards him; for his pieces of wood were blocking the path, and had been laid there in contravention of the law.

 Pere Sorel, for it was he, was greatly surprised and even more pleased by the singular offer which M. de Renal made him with regard to his son Julien. He listened to it nevertheless with that air of grudging-melancholy and lack of interest which the shrewd inhabitants of those mountains know so well how to assume. Slaves in the days of Spanish rule, they still retain this facial characteristic of the Egyptian fellahin.

 Sorel's reply was at first nothing more than a long-winded recital of all the formal terms of respect which he knew by heart. While he was repeating these vain words, with an awkward smile which enhanced the air of falsehood and almost of rascality natural to his countenance, the old peasant's active mind was seeking to discover what reason could be inducing so important a personage to take his scapegrace of a son into his establishment. He was thoroughly dissatisfied with Julien, and it was for Julien that M. de Renal was offering him the astounding wage of 300 francs annually, in addition to his food and even his clothing. This last condition, which Pere Sorel had had the intelligence to advance on the spur of the moment, had been granted with equal readiness by M. de Renal.

 This demand impressed the Mayor. 'Since Sorel is not delighted and overwhelmed by my proposal, as he ought naturally to be, it is clear,' he said to himself, 'that overtures have been made to him from another quarter; and from whom can they have come, except from Valenod?' It was in vain that M. de Renal urged Sorel to conclude the bargain there and then: the astute old peasant met him with an obstinate refusal; he wished, he said, to consult his son, as though, in the country, a rich father ever consulted a penniless son, except for form's sake.

 A sawmill consists of a shed by the side of a stream. The roof is held up by rafters supported on four stout wooden pillars. Nine or ten feet from the ground, in the middle of the shed, one sees a saw which moves up and down, while an extremely simple mechanism thrusts forward against this saw a piece of wood. This is a wheel set in motion by the mill lade which drives both parts of the machine; that of the saw which moves up and down, and the other which pushes the piece of wood gently towards the saw, which slices it into planks.

 As he approached his mill, Pere Sorel called Julien in his stentorian voice; there was no answer. He saw only his two elder sons, young giants who, armed with heavy axes, were squaring the trunks of fir which they would afterwards carry to the saw. They were completely engrossed in keeping exactly to the black line traced on the piece of wood, from which each blow of the axe sent huge chips flying. They did not hear their father's voice. He made his way to the shed; as he entered it, he looked in vain for Julien in the place where he ought to have been standing, beside the saw. He caught sight of him five or six feet higher up, sitting astride upon one of the beams of the roof. Instead of paying careful attention to the action of the machinery, Julien was reading a book. Nothing could have been less to old Sorel's liking; he might perhaps have forgiven Julien his slender build, little adapted to hard work, and so different from that of his elder brothers; but this passion for reading he detested: he himself was unable to read.

 It was in vain that he called Julien two or three times. The attention the young man was paying to his book, far more than the noise of the saw, prevented him from hearing his father's terrifying voice. Finally, despite his years, the father sprang nimbly upon the trunk that was being cut by the saw, and from there on to the cross beam that held up the roof. A violent blow sent flying into the mill lade the book that Julien was holding; a second blow no less violent, aimed at his head, in the form of a box on the ear, made him lose his balance. He was about to fall from a height of twelve or fifteen feet, among the moving machinery, which would have crushed him, but his father caught him with his left hand as he fell.

 'Well, idler! So you keep on reading your cursed books, when you ought to be watching the saw? Read them in the evening, when you go and waste your time with the cure.'

 Julien, although stunned by the force of the blow, and bleeding profusely, went to take up his proper station beside the saw. There were tears in his eyes, due not so much to his bodily pain as to the loss of his book, which he adored.

 'Come down, animal, till I speak to you.' The noise of the machine again prevented Julien from hearing this order. His father who had stepped down not wishing to take the trouble to climb up again on to the machine, went to find a long pole used for knocking down walnuts, and struck him on the shoulder with it. No sooner had Julien reached the ground than old Sorel, thrusting him on brutally from behind, drove him towards the house. 'Heaven knows what he's going to do to me!' thought the young man. As he passed it, he looked sadly at the mill lade into which his book had fallen; it was the one that he valued most of all, the _Memorial de Sainte-Helene_.

 His cheeks were flushed, his eyes downcast. He was a slim youth of eighteen or nineteen, weak in appearance, with irregular but delicate features and an aquiline nose. His large dark eyes, which, in moments of calm, suggested a reflective, fiery spirit, were animated at this instant with an expression of the most ferocious hatred. Hair of a dark chestnut, growing very low, gave him a narrow brow, and in moments of anger a wicked air. Among the innumerable varieties of the human countenance, there is perhaps none that is more strikingly characteristic. A slim and shapely figure betokened suppleness rather than strength. In his childhood, his extremely pensive air and marked pallor had given his father the idea that he would not live, or would live only to be a burden upon his family. An object of contempt to the rest of the household, he hated his brothers and father; in the games on Sundays, on the public square, he was invariably beaten.

 It was only during the last year that his good looks had begun to win him a few supporters among the girls. Universally despised, as a feeble creature, Julien had adored that old Surgeon-Major who one day ventured to speak to the Mayor on the subject of the plane trees.

 This surgeon used now and then to pay old Sorel a day's wage for his son, and taught him Latin and history, that is to say all the history that he knew, that of the 1796 campaign in Italy. On his death, he had bequeathed to him his Cross of the Legion of Honour, the arrears of his pension, and thirty or forty volumes, the most precious of which had just taken a plunge into the public lade, diverted by the Mayor's influence.

 As soon as he was inside the house, Julien felt his shoulder gripped by his father's strong hand; he trembled, expecting to receive a shower of blows.

 'Answer me without lying,' the old peasant's harsh voice shouted in his ear, while the hand spun him round as a child's hand spins a lead soldier.  Julien's great dark eyes, filled with tears, found themselves starting into the little grey eyes of the old peasant, who looked as though he sought to penetrate to the depths of his son's heart.

 

 

 

 

  CHAPTER 5

Driving a Bargain

    Cunctando restituit rem.     ENNIUS

 'Answer me, without lying, if you can, you miserable bookworm; how do you come to know Madame de Renal? When have you spoken to her?'

 'I have never spoken to her,' replied Julien, 'I have never seen the lady except in church.'

 'But you must have looked at her, you shameless scoundrel?'

 'Never! You know that in church I see none but God,' Julien added with a hypocritical air, calculated, to his mind, to ward off further blows.

 'There is something behind this, all the same,' replied the suspicious peasant, and was silent for a moment; 'but I shall get nothing out of you, you damned hypocrite. The fact is, I'm going to be rid of you, and my saw will run all the better without you. You have made a friend of the parson or someone, and he's got you a fine post. Go and pack your traps, and I'll take you to M. de Renal's where you're to be tutor to the children.'

 'What am I to get for that?'

 'Board, clothing and three hundred francs in wages.'

 'I do not wish to be a servant,'

 'Animal, who ever spoke of your being a servant? Would I allow my son to be a servant?'

 'But, with whom shall I have my meals?'

 This question left old Sorel at a loss; he felt that if he spoke he might be guilty of some imprudence; he flew into a rage with Julien, upon whom he showered abuse, accusing him of greed, and left him to go and consult his other sons.

 Presently Julien saw them, each leaning upon his axe and deliberating together. After watching them for some time, Julien, seeing that he could make out nothing of their discussion, went and took his place on the far side of the saw, so as not to be taken by surprise. He wanted time to consider this sudden announcement which was altering his destiny, but felt himself to be incapable of prudence; his imagination was wholly taken up with forming pictures of what he would see in M. de Renal's fine house.

 'I must give up all that,' he said to himself, 'rather than let myself be brought down to feeding with the servants. My father will try to force me; I would sooner die. I have saved fifteen francs and eight sous, I shall run away tonight; in two days, by keeping to side-roads where I need not fear the police, I can be at Besancon; there I enlist as a soldier, and, if necessary, cross the border into Switzerland. But then, good-bye to everything, good-bye to that fine clerical profession which is a stepping-stone to everything.'

 This horror of feeding with the servants was not natural to Julien; he would, in seeking his fortune, have done other things far more disagreeable. He derived this repugnance from Rousseau's _Confessions_. It was the one book that helped his imagination to form any idea of the world.  The collection of reports of the Grand Army and the _Memorial de Sainte-Helene_ completed his Koran. He would have gone to the stake for those three books. Never did he believe in any other. Remembering a saying of the old Surgeon-Major, he regarded all the other books in the world as liars, written by rogues in order to obtain advancement.

 With his fiery nature Julien had one of those astonishing memories so often found in foolish people. To win over the old priest Chelan, upon whom he saw quite clearly that his own future depended, he had learned by heart the entire New Testament in Latin; he knew also M. de Maistre's book _Du Pape_, and had as little belief in one as in the other.

 As though by a mutual agreement, Sorel and his son avoided speaking to one another for the rest of the day. At dusk, Julien went to the cure for his divinity lesson, but did not think it prudent to say anything to him of the strange proposal that had been made to his father. 'It may be a trap,' he told himself; 'I must pretend to have forgotten about it.'

 Early on the following day, M. de Renal sent for old Sorel, who, after keeping him waiting for an hour or two, finally appeared, beginning as he entered the door a hundred excuses interspersed with as many reverences. By dint of giving voice to every sort of objection, Sorel succeeded in gathering that his son was to take his meals with the master and mistress of the house, and on days when they had company in a room by himself with the children. Finding an increasing desire to raise difficulties the more he discerned a genuine anxiety on the Mayor's part, and being moreover filled with distrust and bewilderment, Sorel asked to see the room in which his son was to sleep. It was a large chamber very decently furnished, but the servants were already engaged in carrying into it the beds of the three children.

 At this the old peasant began to see daylight; he at once asked with assurance to see the coat which would be given to his son. M. de Renal opened his desk and took out a hundred francs.

 'With this money, your son can go to M. Durand, the clothier, and get himself a suit of black.'

 'And supposing I take him away from you,' said the peasant, who had completely forgotten the reverential forms of address. 'Will he take this black coat with him?'

 'Certainly.'

 'Oh, very well!' said Sorel in a drawling tone, 'then there's only one thing for us still to settle: the money you're to give him.'

 'What!' M. de Renal indignantly exclaimed, 'we agreed upon that yesterday: I give three hundred francs; I consider that plenty, if not too much.'

 'That was your offer, I do not deny it,' said old Sorel, speaking even more slowly; then, by a stroke of genius which will astonish only those who do not know the Franc-Comtois peasant, he added, looking M. de Renal steadily in the face: '_We can do better elsewhere_.'

 At these words the Mayor was thrown into confusion. He recovered himself, however, and, after an adroit conversation lasting fully two hours, in which not a word was said without a purpose, the peasant's shrewdness prevailed over that of the rich man, who was not dependent on his for his living. All the innumerable conditions which were to determine Julien's new existence were finally settled; not only was his salary fixed at four hundred francs, but it was to be paid in advance, on the first day of each month.

 'Very well! I shall let him have thirty-five francs,' said M. de Renal.

 'To make a round sum, a rich and generous gentleman like our Mayor,' the peasant insinuated in a coaxing voice, 'will surely go as far as thirty-six.'

 'All right,' said M. de Renal, 'but let us have no more of this.'

 For once, anger gave him a tone of resolution. The peasant saw that he could advance no farther. Thereupon M. de Renal began in turn to make headway. He utterly refused to hand over the thirty-six francs for the first month to old Sorel, who was most eager to receive the money on his son's behalf. It occurred to M. de Renal that he would be obliged to describe to his wife the part he had played throughout this transaction.

 'Let me have back the hundred francs I gave you,' he said angrily. 'M. Durand owes me money. I shall go with your son to choose the black cloth.'

 After this bold stroke, Sorel prudently retired upon his expressions of respect; they occupied a good quarter of an hour. In the end, seeing that there was certainly nothing more to be gained, he withdrew. His final reverence ended with the words:

 'I shall send my son up to the chateau.'

 It was thus that the Mayor's subordinates spoke of his house when they wished to please him.

 Returning to his mill, Sorel looked in vain for his son. Doubtful as to what might be in store for him, Julien had left home in the dead of night.  He had been anxious to find a safe hiding-place for his books and his Cross of the Legion of Honour. He had removed the whole of his treasures to the house of a young timber-merchant, a friend of his, by the name of Fouque, who lived on the side of the high mountain overlooking Verrieres.

 When he reappeared: 'Heaven knows, you damned idler,' his father said to him, 'whether you will ever have enough honour to pay me for the cost of your keep, which I have been advancing to you all these years! Pack up your rubbish, and off with you to the Mayor's.'

 Julien, astonished not to receive a thrashing, made haste to set off. But no sooner was he out of sight of his terrible father than he slackened his pace. He decided that it would serve the ends of his hypocrisy to pay a visit to the church.

 The idea surprises you? Before arriving at this horrible idea, the soul of the young peasant had had a long way to go.

 When he was still a child, the sight of certain dragoons of the 6th, in their long, white cloaks, and helmets adorned with long crests of black horsehair, who were returning from Italy, and whom Julien saw tying their horses to the barred window of his father's house, drove him mad with longing for a military career.

 Later on he listened with ecstasy to the accounts of the battles of the Bridge of Lodi, Arcole and Rivoli given him by the old Surgeon-Major. He noticed the burning gaze which the old man directed at his Cross.

 But when Julien was fourteen, they began to build a church at Verrieres, one that might be called magnificent for so small a town. There were, in particular, four marble pillars the sight of which impressed Julien; they became famous throughout the countryside, owing to the deadly enmity which they aroused between the Justice of the Peace and the young vicar, sent down from Besancon, who was understood to be the spy of the Congregation. The Justice of the Peace came within an ace of losing his post, such at least was the common report. Had he not dared to have a difference of opinion with a priest who, almost every fortnight, went to Besancon, where he saw, people said, the Right Reverend Lord Bishop?

 In the midst of all this, the Justice of the Peace, the father of a large family, passed a number of sentences which appeared unjust; all of these were directed against such of the inhabitants as read the _Constitutionnel_. The right party was triumphant. The sums involved amounted, it was true, to no more than four or five francs; but one of these small fines was levied upon a nailsmith, Julien's godfather. In his anger, this man exclaimed: 'What a change! And to think that, for twenty years and more, the Justice was reckoned such an honest man!' The Surgeon-Major, Julien's friend, was dead.

 All at once Julien ceased to speak of Napoleon; he announced his intention of becoming a priest, and was constantly to be seen, in his father's sawmill, engaged in learning by heart a Latin Bible which the cure had lent him. The good old man, amazed at his progress, devoted whole evenings to instructing him in divinity. Julien gave utterance in his company to none but pious sentiments. Who could have supposed that that girlish face, so pale and gentle, hid the unshakeable determination to expose himself to the risk of a thousand deaths rather than fail to make his fortune?

 To Julien, making a fortune meant in the first place leaving Verrieres; he loathed his native place. Everything that he saw there froze his imagination.

 >From his earliest boyhood, he had had moments of exaltation. At such times he dreamed with rapture that one day he would be introduced to the beautiful ladies of Paris; he would manage to attract their attention by some brilliant action. Why should he not be loved by one of them, as Bonaparte, when still penniless, had been loved by the brilliant Madame de Beauharnais? For many years now, perhaps not an hour of Julien's life had passed without his reminding himself that Bonaparte, an obscure subaltern with no fortune, had made himself master of the world with his sword. This thought consoled him for his misfortunes which he deemed to be great, and enhanced his joy when joy came his way.

 The building of the church and the sentences passed by the Justice brought him sudden enlightenment; an idea which occurred to him drove him almost out of his senses for some weeks, and finally took possession of him with the absolute power of the first idea which a passionate nature believes itself to have discovered.

 'When Bonaparte made a name for himself, France was in fear of being invaded; military distinction was necessary and fashionable. Today we see priests at forty drawing stipends of a hundred thousand francs, that is to say three times as much as the famous divisional commanders under Napoleon.  They must have people to support them. Look at the Justice here, so wise a man, always so honest until now, sacrificing his honour, at his age, from fear of offending a young vicar of thirty. I must become a priest.'

 On one occasion, in the midst of his new-found piety, after Julien had been studying divinity for two years, he was betrayed by a sudden blaze of the fire that devoured his spirit. This was at M. Chelan's; at a dinner party of priests, to whom the good cure had introduced him as an educational prodigy, he found himself uttering frenzied praise of Napoleon. He bound his right arm across his chest, pretending that he had put the arm out of joint when shifting a fir trunk, and kept it for two months in this awkward position. After this drastic penance, he forgave himself. Such is the young man of eighteen, but weak in appearance, whom you would have said to be, at the most, seventeen, who, carrying a small parcel under his arm, was entering the magnificent church of Verrieres.

 He found it dark and deserted. In view of some festival, all the windows in the building had been covered with crimson cloth; the effect of this, when the sun shone, was a dazzling blaze of light, of the most imposing and most religious character.  Julien shuddered. Being alone in the church, he took his seat on the bench that had the most handsome appearance. It bore the arms of M. de Renal.

 On the desk in front, Julien observed a scrap of printed paper, spread out there as though to be read. He looked at it closely and saw:

 'Details of the execution and of the last moments of Louis Jenrel, executed at Besancon, on the ...'

 The paper was torn. On the other side he read the opening words of a line, which were: 'The first step.'

 'Who can have put this paper here?' said Julien. 'Poor wretch!' he added with a sigh, 'his name has the same ending as mine.' And he crumpled up the paper.

 On his way out, Julien thought he saw blood by the holy water stoup; it was some of the water that had been spilt: the light from the red curtains which draped the windows made it appear like blood.

 Finally, Julien felt ashamed of his secret terror.

 'Should I prove coward?' he said to himself. '_To arms_!'

 This phrase, so often repeated in the old Surgeon's accounts of battles, had a heroic sound in Julien's ears. He rose and walked rapidly to M. de Renal's house.

 Despite these brave resolutions, as soon as he caught sight of the house twenty yards away he was overcome by an unconquerable shyness. The iron gate stood open; it seemed to him magnificent. He would have now to go in through it.

 Julien was not the only person whose heart was troubled by his arrival in this household. Madame de Renal's extreme timidity was disconcerted by the idea of this stranger who, in the performance of his duty, would be constantly coming between her and her children. She was accustomed to having her sons sleep in her own room. That morning, many tears had flowed when she saw their little beds being carried into the apartment intended for the tutor. In vain did she beg her husband to let the bed of Stanislas Xavier, the youngest boy, be taken back to her room.

 Womanly delicacy was carried to excess in Madame de Renal. She formed a mental picture of a coarse, unkempt creature, employed to scold her children, simply because he knew Latin, a barbarous tongue for the sake of which her sons would be whipped.

 

 

 

 

  CHAPTER 6

Dullness

    Non so piu cosa son,   Cosa facio.     MOZART (Figaro)

 With the vivacity and grace which came naturally to her when she was beyond the reach of male vision, Madame de Renal was coming out through the glass door which opened from the drawing-room into the garden, when she saw, standing by the front door, a young peasant, almost a boy still, extremely pale and showing traces of recent tears. He was wearing a clean white shirt and carried under his arm a neat jacket of violet ratteen.

 This young peasant's skin was so white, his eyes were so appealing, that the somewhat romantic mind of Madame de Renal conceived the idea at first that he might be a girl in disguise, come to ask some favour of the Mayor.  She felt sorry for the poor creature, who had come to a standstill by the front door, and evidently could not summon up courage to ring the bell.  Madame de Renal advanced, oblivious for the moment of the bitter grief that she felt at the tutor's coming. Julien, who was facing the door, did not see her approach. He trembled when a pleasant voice sounded close to his ear:

 'What have you come for, my boy?'

 Julien turned sharply round, and, struck by the charm of Madame de Renal's expression, forgot part of his shyness. A moment later, astounded by her beauty, he forgot everything, even his purpose in coming. Madame de Renal had repeated her question.

 'I have come to be tutor, Madame,' he at length informed her, put to shame by his tears which he dried as best he might.

 Madame de Renal remained speechless; they were standing close together, looking at one another. Julien had never seen a person so well dressed as this, let alone a woman with so exquisite a complexion, to speak to him in a gentle tone. Madame de Renal looked at the large tears which lingered on the cheeks (so pallid at first and now so rosy) of this young peasant. Presently she burst out laughing, with all the wild hilarity of a girl; she was laughing at herself, and trying in vain to realise the full extent of her happiness. So this was the tutor whom she had imagined an unwashed and ill-dressed priest, who was coming to scold and whip her children.

 'Why, Sir!' she said to him at length, 'do you know Latin?'

 The word 'Sir' came as such a surprise to Julien that he thought for a moment before answering.

 'Yes, Ma'am,' he said shyly.

 Madame de Renal felt so happy that she ventured to say to Julien:

 'You won't scold those poor children too severely?'

 'Scold them? I?' asked Julien in amazement. 'Why should I?'

 'You will, Sir,' she went on after a brief silence and in a voice that grew more emotional every moment, 'you will be kind to them, you promise me?'

 To hear himself addressed again as 'Sir', in all seriousness, and by a lady so fashionably attired, was more than Julien had ever dreamed of; in all the cloud castles of his boyhood, he had told himself that no fashionable lady would deign to speak to him until he had a smart uniform. Madame de Renal, for her part, was completely taken in by the beauty of Julien's complexion, his great dark eyes and his becoming hair which was curling more than usual because, to cool himself, he had just dipped his head in the basin of the public fountain. To her great delight, she discovered an air of girlish shyness in this fatal tutor, whose severity and savage appearance she had so greatly dreaded for her children's sake. To Madame de Renal's peace-loving nature the contrast between her fears and what she now saw before her was a great event. Finally she recovered from her surprise. She was astonished to find herself standing like this at the door of her house with this young man almost in his shirtsleeves and so close to her.

 'Let us go indoors, Sir,' she said to him with an air of distinct embarrassment.

 Never in her life had a purely agreeable sensation so profoundly stirred Madame de Renal; never had so charming an apparition come in the wake of more disturbing fears. And so those sweet children, whom she had tended with such care, were not to fall into the hands of a dirty, growling priest. As soon as they were in the hall, she turned to Julien who was following her shyly. His air of surprise at the sight of so fine a house was an additional charm in the eyes of Madame de Renal. She could not believe her eyes; what she felt most of all was that the tutor ought to be wearing a black coat.

 'But is it true, Sir,' she said to him, again coming to a halt, and mortally afraid lest she might be mistaken, so happy was the belief making her, 'do you really know Latin?'

 These words hurt Julien's pride and destroyed the enchantment in which he had been living for the last quarter of an hour.

 'Yes, Ma'am,' he informed her, trying to adopt a chilly air; 'I know Latin as well as M. le cure; indeed, he is sometimes so kind as to say that I know it better.'

 Madame de Renal felt that Julien had a very wicked air; he had stopped within arm's length of her. She went nearer to him, and murmured:

 'For the first few days, you won't take the whip to my children, even if they don't know their lessons?'

 This gentle, almost beseeching tone coming from so fine a lady at once made Julien forget what he owed to his reputation as a Latin scholar. Madame de Renal's face was close to his own, he could smell the perfume of a woman's summer attire, so astounding a thing to a poor peasant. Julien blushed deeply, and said with a sigh and in a faint voice:

 'Fear nothing, Ma'am, I shall obey you in every respect.'

 It was at this moment only, when her anxiety for her children was completely banished, that Madame de Renal was struck by Julien's extreme good looks. The almost feminine cast of his features and his air of embarrassment did not seem in the least absurd to a woman who was extremely timid herself. The manly air which is generally considered essential to masculine beauty would have frightened her.

 'How old are you, Sir?' she asked Julien.

 'I shall soon be nineteen.'

 'My eldest son is eleven,' went on Madame de Renal, completely reassured; 'he will be almost a companion for you, you can talk to him seriously. His father tried to beat him once, the child was ill for a whole week, and yet it was quite a gentle blow.'

 'How different from me,' thought Julien. 'Only yesterday my father was thrashing me. How fortunate these rich people are!'

 Madame de Renal had by this time arrived at the stage of remarking the most trivial changes in the state of the tutor's mind; she mistook this envious impulse for shyness, and tried to give him fresh courage.

 'What is your name, Sir?' she asked him with an accent and a grace the charm of which Julien could feel without knowing whence it sprang.

 'They call me Julien Sorel, Ma'am; I am trembling as I enter a strange house for the first time in my life; I have need of your protection, and shall require you to forgive me many things at first. I have never been to College, I was too poor; I have never talked to any other men, except my cousin the Surgeon-Major, a Member of the Legion of Honour, and the Reverend Father Chelan. He will give you a good account of me. My brothers have always beaten me, do not listen to them if they speak evil of me to you; pardon my faults, Ma'am, I shall never have any evil intention.'

 Julien plucked up his courage again during this long speech; he was studying Madame de Renal. Such is the effect of perfect grace when it is natural to the character, particularly when she whom it adorns has no thought of being graceful. Julien, who knew all that was to be known about feminine beauty, would have sworn at that moment that she was no more than twenty. The bold idea at once occurred to him of kissing her hand. Next, this idea frightened him; a moment later, he said to himself: 'It would be cowardly on my part not to carry out an action which may be of use to me, and diminish the scorn which this fine lady probably feels for a poor workman, only just taken from the sawbench.' Perhaps Julien was somewhat encouraged by the words 'good-looking boy' which for the last six months he had been used to hearing on Sundays on the lips of various girls. While he debated thus with himself, Madame de Renal offered him a few suggestions as to how he should begin to handle her children. The violence of Julien's effort to control himself made him turn quite pale again; he said, with an air of constraint:

 'Never, Ma'am, will I beat your children; I swear it before God.'

 And so saying he ventured to take Madame de Renal's hand and carry it to his lips. She was astonished at this action, and, on thinking it over, shocked. As the weather was very warm, her arm was completely bare under her shawl, and Julien's action in raising her hand to his lips had uncovered it to the shoulder. A minute later she scolded herself; she felt that she had not been quickly enough offended.

 M. de Renal, who had heard the sound of voices, came out of his study; with the same majestic and fatherly air that he assumed when he was conducting marriages in the Town Hall, he said to Julien:

 'It is essential that I speak to you before the children see you.'

 He ushered Julien into one of the rooms and detained his wife, who was going to leave them together. Having shut the door, M. de Renal seated himself with gravity.

 'The cure has told me that you were an honest fellow, everyone in this house will treat you with respect, and if I am satisfied I shall help you to set up for yourself later on. I wish you to cease to see anything of either your family or your friends, their tone would not be suited to my children. Here are thirty-six francs for the first month; but I must have your word that you will not give a penny of this money to your father.'

 M. de Renal was annoyed with the old man, who, in this business, had proved more subtle than he himself.

 'And now, _Sir_, for by my orders everyone in this house is to address you as Sir, and you will be conscious of the advantage of entering a well-ordered household; now, Sir, it is not proper that the children should see you in a jacket. Have the servants seen him?' M. de Renal asked his wife.

 'No, dear,' she replied with an air of deep thought.

 'Good. Put on this,' he said to the astonished young man, handing him one of his own frock coats. 'And now let us go to M. Durand, the clothier.'

 More than an hour later, when M. de Renal returned with the new tutor dressed all in black, he found his wife still seated in the same place. She felt soothed by Julien's presence; as she studied his appearance she forgot to feel afraid. Julien was not giving her a thought; for all his mistrust of destiny and of mankind, his heart at that moment was just like a child's; he seemed to have lived whole years since the moment when, three hours earlier, he stood trembling in the church. He noticed Madame de Renal's frigid manner, and gathered that she was angry because he had ventured to kiss her hand. But the sense of pride that he derived from the contact of garments so different from those which he was accustomed to wear caused him so much excitement, and he was so anxious to conceal his joy that all his gestures were more or less abrupt and foolish. Madame de Renal gazed at him with eyes of astonishment.

 'A little gravity, Sir,' M. de Renal told him, 'if you wish to be respected by my children and my servants.'

 'Sir,' replied Julien, 'I am uncomfortable in these new clothes; I, a humble peasant, have never worn any but short jackets; with your permission, I shall retire to my bedroom.'

 'What think you of this new acquisition?' M. de Renal asked his wife.

 With an almost instinctive impulse, of which she herself certainly was not aware, Madame de Renal concealed the truth from her husband.

 'I am by no means as enchanted as you are with this little peasant; your kindness will turn him into an impertinent rascal whom you will be obliged to send packing within a month.'

 'Very well! We shall send him packing; he will have cost me a hundred francs or so, and Verrieres will have grown used to seeing a tutor with M. de Renal's children. That point I should not have gained if I had let Julien remain in the clothes of a working man. When I dismiss him, I shall of course keep the black suit which I have just ordered from the clothier.  He shall have nothing but the coat I found ready made at the tailor's, which he is now wearing.'

 The hour which Julien spent in his room seemed like a second to Madame de Renal. The children, who had been told of their new tutor's arrival, overwhelmed their mother with questions. Finally Julien appeared. He was another man. It would have been straining the word to say that he was grave; he was gravity incarnate. He was introduced to the children, and spoke to them with an air that surprised M. de Renal himself.

 'I am here, young gentlemen,' he told them at the end of his address, 'to teach you Latin. You know what is meant by repeating a lesson. Here is the Holy Bible,' he said, and showed them a tiny volume in 32mo, bound in black. 'It is in particular the story of Our Lord Jesus Christ, that is the part which is called the New Testament. I shall often make you repeat lessons; now you must make me repeat mine.'

 Adolphe, the eldest boy, had taken the book.

 'Open it where you please,' Julien went on, 'and tell me the first word of a paragraph. I shall repeat by heart the sacred text, the rule of conduct for us all, until you stop me.'

 Adolphe opened the book, read a word, and Julien repeated the whole page as easily as though he were speaking French. M. de Renal looked at his wife with an air of triumph. The children, seeing their parents' amazement, opened their eyes wide. A servant came to the door of the drawing-room, Julien went on speaking in Latin. The servant at first stood motionless and then vanished. Presently the lady's maid and the cook appeared in the doorway; by this time Adolphe had opened the book at eight different places, and Julien continued to repeat the words with the same ease.

 'Eh, what a bonny little priest,' the cook, a good and truly devout girl, said aloud.

 M. de Renal's self-esteem was troubled; so far from having any thought of examining the tutor, he was engaged in ransacking his memory for a few words of Latin; at last, he managed to quote a line of Horace. Julien knew no Latin apart from the Bible. He replied with a frown:

 'The sacred ministry to which I intend to devote myself has forbidden me to read so profane a poet.'

 M. de Renal repeated a fair number of alleged lines of Horace. He explained to his children what Horace was; but the children, overcome with admiration, paid little attention to what he was saying. They were watching Julien.

 The servants being still at the door, Julien felt it incumbent upon him to prolong the test.

 'And now,' he said to the youngest boy, 'Master Stanislas Xavier too must set me a passage from the Holy Book.'

 Little Stanislas, swelling with pride, read out to the best of his ability the opening words of a paragraph, and Julien repeated the whole page. That nothing might be wanting to complete M. de Renal's triumph, while Julien was reciting, there entered M. Valenod, the possessor of fine Norman horses, and M. Charcot de Maugiron, Sub-Prefect of the district. This scene earned for Julien the title 'Sir'; the servants themselves dared not withhold it from him.

 That evening, the whole of Verrieres flocked to M. de Renal's to behold the marvel. Julien answered them all with an air of gloom which kept them at a distance. His fame spread so rapidly through the town that, shortly afterwards, M. de Renal, afraid of losing him, suggested his signing a contract for two years.

 'No, Sir,' Julien replied coldly, 'if you chose to dismiss me I should be obliged to go. A contract which binds me without putting you under any obligation is unfair, I must decline.'

 Julien managed so skilfully that, less than a month after his coming to the house, M. de Renal himself respected him. The cure having quarrelled with MM. de Renal and Valenod, there was no one who could betray Julien's former passion for Napoleon, of whom he was careful to speak with horror.

  

 

 

  CHAPTER 7

Elective Affinities

    They can only touch the heart by bruising it.     

A MODERN                

 The children adored him, he did not care for them; his thoughts were elsewhere. Nothing that these urchins could do ever tried his patience.  Cold, just, impassive, and at the same time loved, because his coming had in a measure banished dullness from the house, he was a good tutor. For his part, he felt only hatred and horror for the high society in which he was allowed to occupy the very foot of the table, a position which may perhaps explain his hatred and horror. There were certain formal dinners at which he could barely contain his loathing of everything round about him.  On Saint Louis's day in particular, M. Valenod was laying down the law at M. de Renal's; Julien almost gave himself away; he escaped into the garden, saying that he must look after the children. 'What panegyrics of honesty!' he exclaimed; 'anyone would say that was the one and only virtue; and yet what consideration, what a cringing respect for a man who obviously has doubled and tripled his fortune since he has been in charge of the relief of the poor! I would wager that he makes something even out of the fund set apart for the foundlings, those wretches whose need is even more sacred than that of the other paupers. Ah, monsters! Monsters! And I too, I am a sort of foundling, hated by my father, my brothers, my whole family.'

 Some days earlier, Julien walking by himself and saying his office in a little wood, known as the Belvedere, which overlooks the Cours de la Fidelite, had tried in vain to avoid his two brothers, whom he saw approaching him by a solitary path. The jealousy of these rough labourers had been so quickened by the sight of their brother's handsome black coat, and air of extreme gentility, as well as by the sincere contempt which he felt for them, that they had proceeded to thrash him, leaving him there unconscious and bleeding freely. Madame de Renal, who was out walking with M. Valenod and the Sub-Prefect, happened to turn into the little wood; she saw Julien lying on the ground and thought him dead. She was so overcome as to make M. Valenod jealous.

 His alarm was premature. Julien admired Madame de Renal's looks, but hated her for her beauty; it was the first reef on which his fortune had nearly foundered. He spoke to her as seldom as possible, in the hope of making her forget the impulse which, at their first encounter, had led him to kiss her hand.

 Elisa, Madame de Renal's maid, had not failed to fall in love with the young tutor; she often spoke of him to her mistress. Miss Elisa's love had brought upon Julien the hatred of one of the footmen. One day he heard this man say to Elisa: 'You won't speak to me any more, since that greasy tutor has been in the house.' Julien did not deserve the epithet; but, with the instinct of a good-looking youth, became doubly attentive to his person. M. Valenod's hatred was multiplied accordingly. He said in public that so much concern with one's appearance was not becoming in a young cleric. Barring the cassock, Julien now wore clerical attire.

 Madame de Renal observed that he was speaking more often than before to Miss Elisa; she learned that these conversations were due to the limitations of Julien's extremely small wardrobe. He had so scanty a supply of linen that he was obliged to send it out constantly to be washed, and it was in performing these little services that Elisa made herself useful to him.

 This extreme poverty, of which she had had no suspicion, touched Madame de Renal; she longed to make him presents, but did not dare; this inward resistance was the first feeling of regret that Julien caused her. Until then the name of Julien and the sense of a pure and wholly intellectual joy had been synonymous to her.  Tormented by the idea of Julien's poverty, Madame de Renal spoke to her husband about making him a present of linen:

 'What idiocy!' he replied. 'What! Make presents to a man with whom we are perfectly satisfied, and who is serving us well? It is when he neglects his duty that we should stimulate his zeal.'

 Madame de Renal felt ashamed of this way of looking at things; before Julien came she would not have noticed it. She never saw the young cleric's spotless, though very simple, toilet without asking herself: 'Poor boy, how ever does he manage?'

 As time went on she began to feel sorry for Julien's deficiencies, instead of being shocked by them.

 Madame de Renal was one of those women to be found in the provinces whom one may easily take to be fools until one has known them for a fortnight.  She had no experience of life, and made no effort at conversation. Endowed with a delicate and haughty nature, that instinct for happiness natural to all human beings made her, generally speaking, pay no attention to the actions of the coarse creatures into whose midst chance had flung her.

 She would have been remarkable for her naturalness and quickness of mind, had she received the most scanty education; but in her capacity as an heiress she had been brought up by nuns who practised a passionate devotion to the Sacred Heart of Jesus, and were animated by a violent hatred of the French as being enemies of the Jesuits. Madame de Renal had sufficient sense to forget at once, as absurdities, everything she had learned in the convent; but she put nothing else in its place, and ended by knowing nothing. The flatteries of which she had been the precocious object, as the heiress to a large fortune, and a marked tendency towards passionate devotion, had bred in her an attitude towards life that was wholly inward.  With an outward show of the most perfect submission, and a self-suppression which the husbands of Verrieres used to quote as an example to their wives, and which was a source of pride to M. de Renal, her inner life was, as a matter of fact, dictated by the most lofty disdain. Any princess who is quoted as an illustration of pride pays infinitely more attention to what her gentlemen are doing round about her than this meekest of women, so modest in appearance, gave to anything that her husband said or did. Until Julien arrived, she had really paid no attention to anyone but her children. Their little illnesses, their sorrows, their little pleasures absorbed the whole sensibility of this human soul, which had never, in the whole of her life, adored anyone save God, while she was at the Sacred Heart in Besancon.

 Although she did not condescend to say so to anyone, a feverish attack coming to one of her sons threw her almost into the same state as if the child had died. A burst of coarse laughter, a shrug of the shoulders, accompanied by some trivial maxim as to the foolishness of women, had regularly greeted the confessions of grief of this sort which the need of an outlet had led her to make to her husband during the first years of their married life. Witticisms of this sort, especially when they bore upon the illnesses of the children, turned the dagger in Madame de Renal's heart. This was all the substitute she found for the obsequious, honeyed flatteries of the Jesuitical convent in which she had passed her girlhood.  She was educated in the school of suffering. Too proud to speak of griefs of this sort, even to her friend Madame Derville, she imagined that all men resembled her husband, M. Valenod, and the Sub-Prefect Charcot de Maugiron.  Coarse wit and the most brutal insensibility to everything that did not promise money, promotion or a Cross; a blind hatred of every argument that went against them seemed to her to be things natural to the male sex, like the wearing of boots and felt hats.

 After many long years, Madame de Renal had not yet grown accustomed to these money-grubbing creatures among whom she had to live.

 Hence the success of the little peasant Julien. She found much pleasant enjoyment, radiant with the charm of novelty, in the sympathy of this proud and noble spirit. Madame de Renal had soon forgiven him his extreme ignorance, which was an additional charm, and the roughness of his manners, which she succeeded in improving. She found that it was worth her while to listen to him, even when they spoke of the most ordinary things, even when it was a question of a poor dog that had been run over, as it was crossing the street, by a peasant's cart going by at a trot. The sight of such a tragedy made her husband utter his coarse laugh, whereas she saw Julien's fine, beautifully arched black eyebrows wince. Generosity, nobility of soul, humanity, seemed to her, after a time, to exist only in this young cleric.  She felt for him alone all the sympathy and even admiration which those virtues arouse in well-bred natures.

 In Paris, Julien's position with regard to Madame de Renal would very soon have been simplified; but in Paris love is the child of the novels. The young tutor and his timid mistress would have found in three or four novels, and even in the lyrics of the Gymnase, a clear statement of their situation. The novels would have outlined for them the part to be played, shown them the model to copy; and this model, sooner or later, albeit without the slightest pleasure, and perhaps with reluctance, vanity would have compelled Julien to follow.

 In a small town of the Aveyron or the Pyrenees, the slightest incident would have been made decisive by the ardour of the climate. Beneath our more sombre skies, a penniless young man, who is ambitious only because the refinement of his nature puts him in need of some of those pleasures which money provides, is in daily contact with a woman of thirty who is sincerely virtuous, occupied with her children, and never looks to novels for examples of conduct. Everything goes slowly, everything happens by degrees in the provinces: life is more natural.

 Often, when she thought of the young tutor's poverty, Madame de Renal was moved to tears. Julien came upon her, one day, actually crying.

 'Ah, Ma'am, you have had some bad news!'

 'No, my friend,' was her answer: 'Call the children, let us go for a walk.'

 She took his arm and leaned on it in a manner which Julien thought strange.  It was the first time that she had called him 'my friend'.

 Towards the end of their walk, Julien observed that she was blushing deeply. She slackened her pace.

 'You will have heard,' she said without looking at him, 'that I am the sole heiress of a very rich aunt who lives at Besancon. She loads me with presents. My sons are making ... such astonishing progress ... that I should like to ask you to accept a little present, as a token of my gratitude. It is only a matter of a few louis to supply you with linen. But--' she added, blushing even more deeply, and was silent.

 'What, Ma'am?' said Julien.

 'It would be unnecessary,' she went on, lowering her head, 'to speak of this to my husband.'

 'I may be humble, Ma'am, but I am not base,' replied Julien coming to a standstill, his eyes ablaze with anger, and drawing himself up to his full height. 'That is a point which you have not sufficiently considered. I should be less than a footman if I put myself in the position of hiding from M. de Renal anything that had to do with my money.'

 Madame de Renal was overwhelmed.

 'The Mayor,' Julien went on, 'has given me thirty-six francs five times since I came to live in his house; I am prepared to show my account-book to M. de Renal or to anyone else, including M. Valenod who hates me.'

 This outburst left Madame de Renal pale and trembling, and the walk came to an end before either of them could find an excuse for renewing the conversation. Love for Madame de Renal became more and more impossible in the proud heart of Julien: as for her, she respected, she admired him; she had been scolded by him. On the pretext of making amends for the humiliation which she had unintentionally caused him, she allowed herself to pay him the most delicate attentions. The novelty of this procedure kept her happy for a week. Its effect was to some extent to appease Julien's anger; he was far from seeing anything in it that could be mistaken for personal affection.

 'That,' he said to himself, 'is what rich people are like: they humiliate one, and then think they can put things right by a few monkey-tricks.'

 Madame de Renal's heart was too full, and as yet too innocent for her, notwithstanding the resolutions she had made, not to tell her husband of the offer she had made to Julien and the manner in which she had been repulsed.

 'What,' M. de Renal retorted, with keen annoyance, 'could you tolerate a refusal from a servant?'

 And as Madame de Renal protested at this word:

 'I speak, Ma'am, as the late Prince de Conde spoke, when presenting his Chamberlains to his bride: "All these people," he told her, "are our servants." I read you the passage from Besenval's _Memoirs_, it is essential in questions of precedence. Everyone who is not a gentleman, who lives in your house and receives a salary, is your servant. I shall say a few words to this Master Julien, and give him a hundred francs.'

 'Ah, my dear,' said Madame de Renal trembling, 'please do not say anything in front of the servants.'

 'Yes, they might be jealous, and rightly,' said her husband as he left the room, thinking of the magnitude of the sum.

 Madame de Renal sank down on a chair, almost fainting with grief. 'He is going to humiliate Julien, and it is my fault!' She felt a horror of her husband, and hid her face in her hands. She promised herself that she would never confide anything in him again.

 When she next saw Julien, she was trembling all over, her bosom was so contracted that she could not manage to utter a single word. In her embarrassment she took his hands and wrung them.

 'Well, my friend,' she said to him after a little, 'are you pleased with my husband?'

 'How should I not be?' Julien answered with a bitter smile; 'he has given me a hundred francs.'

 Madame de Renal looked at him as though uncertain what to do.

 'Give me your arm,' she said at length with an accent of courage which Julien had never yet observed in her.

 She ventured to enter the shop of the Verrieres bookseller, in spite of his terrible reputation as a Liberal. There she chose books to the value of ten louis which she gave to her sons. But these books were the ones which she knew that Julien wanted. She insisted that there, in the bookseller's shop, each of the children should write his own name in the books that fell to his share. While Madame de Renal was rejoicing at the partial reparation which she had had the courage to make to Julien, he was lost in amazement at the quantity of books which he saw on the bookseller's shelves. Never had he dared to set foot in so profane a place; his heart beat violently.  So far from his having any thought of trying to guess what was occurring in the heart of Madame de Renal, he was plunged in meditation as to how it would be possible for a young student of divinity to procure some of these books. At length the idea came to him that it might be possible, by a skilful approach, to persuade M. de Renal that he ought to set his sons, as the subject for an essay, the lives of the celebrated gentlemen who were natives of the province. After a month of careful preliminaries, he saw his idea prove successful, so much so that, shortly afterwards, he ventured, in speaking to M. de Renal, to mention an action considerably more offensive to the noble Mayor; it was a matter of contributing to the prosperity of a Liberal, by taking out a subscription at the library.  M. de Renal entirely agreed that it was wise to let his eldest son have a _visual impression_ of various works which he would hear mentioned in conversation when he went to the Military School; but Julien found the Mayor obdurate in refusing to go any farther. He suspected a secret reason, which he was unable to guess.

 'I was thinking, Sir,' he said to him one day, 'that it would be highly improper for the name of a respectable gentleman like a Renal to appear on the dirty ledger of the librarian.'

 M. de Renal's face brightened.

 'It would also be a very bad mark,' Julien went on, in a humbler tone, 'against a poor divinity student, if it should one day be discovered that his name had been on the ledger of a bookseller who keeps a library. The Liberals might accuse me of having asked for the most scandalous books; for all one knows they might even go so far as to write in after my name the titles of those perverse works.'

 But Julien was going off the track. He saw the Mayor's features resume their expression of embarrassment and ill humour. Julien was silent. 'I have my man hooked,' he said to himself.

 A few days later, on the eldest boy's questioning Julien as to a book advertised in the _Quotidienne_, in M. de Renal's presence:

 'To remove all occasion for triumph from the Jacobin Party,' said the young tutor, 'and at the same time to enable me to answer Master Adolphe, one might open a subscription at the bookshop in the name of the lowest of your servants.'

 'That is not at all a bad idea,' said M. de Renal, obviously delighted.

 'Only it would have to be specified,' said Julien with that grave and almost sorrowful air which becomes certain people so well, when they see the success of the projects which have been longest in their minds, 'it would have to be specified that the servant shall not take out any novels.  Once they were in the house, those dangerous works might corrupt Madame's maids, not to speak of the servant himself.'

 'You forget the political pamphlets,' added M. de Renal, in a haughty tone.  He wished to conceal the admiration that he felt for the clever middle course discovered by his children's tutor.

 Julien's life was thus composed of a series of petty negotiations; and their success was of far more importance to him than the evidence of a marked preference for himself which was only waiting for him to read it in the heart of Madame de Renal.

 The moral environment in which he had been placed all his life was repeated in the household of the worshipful Mayor of Verrieres. There, as in his father's sawmill, he profoundly despised the people with whom he lived, and was hated by them. He saw every day, from the remarks made by the Sub-Prefect, by M. Valenod and by the other friends of the family, with reference to the things that had just happened under their eyes, how remote their ideas were from any semblance of reality. Did an action strike him as admirable, it was precisely what called forth blame from the people round about him. His unspoken retort was always: 'What monsters!' or 'What fools!' The amusing thing was that, with all his pride, frequently he understood nothing at all of what was being discussed.

 In his whole life, he had never spoken with sincerity except to the old Surgeon-Major; the few ideas that he had bore reference to Napoleon's campaigns in Italy, or to surgery. His youthful courage took delight in detailed accounts of the most painful operations; he said to himself: 'I should not have flinched.'

 The first time that Madame de Renal attempted a conversation with him on a subject other than that of the children's education, he began to talk of surgical operations; she turned pale, and begged him to stop.

 Julien knew nothing apart from these matters. And so, as he spent his time with Madame de Renal, the strangest silence grew up between them as soon as they were alone together. In her own drawing-room, humble as his bearing was, she found in his eyes an air of intellectual superiority over everyone that came to the house. Were she left alone for a moment with him, she saw him grow visibly embarrassed. This troubled her, for her womanly instinct made her realise that his embarrassment was not in the least degree amorous.

 In consequence of some idea derived from a description of good society, as the old Surgeon-Major had beheld it, as soon as conversation ceased in a place where he found himself in the company of a woman, Julien felt abashed, as though he himself were specially to blame for this silence. This sensation was a hundred times more painful when they were alone. His imagination, full of the most extravagant, the most Spanish notions as to what a man ought to say, when he is alone with a woman, offered him in his agitation none but inadmissible ideas. His soul was in the clouds, and yet he was incapable of breaking the most humiliating silence. Thus his air of severity, during his long walks with Madame de Renal and the children, was intensified by the most cruel sufferings. He despised himself hideously. If by mischance he forced himself to speak, he found himself saying the most ridiculous things. To increase his misery, he saw and exaggerated his own absurdity; but what he did not see was the expression in his eyes, they were so fine and revealed so burning a soul that, like good actors, they imparted at times a charming meaning to what was meaningless. Madame de Renal remarked that, when alone with her, he never expressed himself well except when he was distracted by some unforeseen occurrence, he never thought of turning a compliment. As the friends of the family did not spoil her by offering her new and brilliant ideas, she took a delight in the flashes of Julien's intellect.

 Since the fall of Napoleon, all semblance of gallantry in speech has been sternly banished from the code of provincial behaviour. People are afraid of losing their posts. The unscrupulous seek support from the _Congregation_ and hypocrisy has made the most brilliant advances even among the Liberal classes. Dulness increases. No pleasure is left, save in reading and agriculture.

 Madame de Renal, the wealthy heiress of a religious aunt, married at sixteen to a worthy gentleman, had never in her life felt or seen anything that bore the faintest resemblance to love. Her confessor, the good cure Chelan, was the only person almost who had ever spoken to her of love, with reference to the advances of M. Valenod, and he had drawn so revolting a picture of it that the word conveyed nothing to her but the idea of the most abject immorality. She regarded as an exception, or rather as something quite apart from nature, love such as she had found it in the very small number of novels that chance had brought to her notice. Thanks to this ignorance, Madame de Renal, entirely happy, occupied incessantly with the thought of Julien, was far from reproaching herself in the slightest degree.

  

 

  CHAPTER 8

Minor Events

    Then there were sighs, the deeper for suppression,     And stolen glances, sweeter for the theft,   And burning blushes, though for no transgression.       _Don Juan_, I. 74

 The angelic sweetness which Madame de Renal derived from her own character as well as from her present happiness was interrupted only when she happened to think of her maid Elisa. This young woman received a legacy, went to make her confession to the cure Chelan, and revealed to him her intention to marry Julien. The cure was genuinely delighted at his friend's good fortune; but his surprise was great when Julien informed him with a resolute air that Miss Elisa's offer could not be accepted.

 'Pay good heed, my son, to what is taking place in your heart,' said the cure, frowning; 'I congratulate you on your vocation, if it is to it alone that must be ascribed your scorn of a more than adequate provision. For fifty-six years and more have I been cure at Verrieres, and yet, so far as one can see, I am going to be deprived. This distresses me, albeit I have an income of eight hundred livres. I tell you of this detail in order that you may not be under any illusion as to what is in store for you in the priestly calling. If you think of paying court to the men in power, your eternal ruin is assured. You may make your fortune, but you will have to injure the poor and needy, flatter the Sub-Prefect, the Mayor, the important person, and minister to his passions: such conduct, which in the world is called the art of life, may, in a layman, be not wholly incompatible with salvation; but in our calling, we have to choose; we must make our fortune either in this world or in the next, there is no middle way. Go, my dear friend, reflect, and come back in three days' time with a definite answer. I am sorry to see underlying your character, a smouldering ardour which does not suggest to my mind the moderation and complete renunciation of earthly advantages necessary in a priest; I augur well from your intelligence; but, allow me to tell you,' the good cure went on, with tears in his eyes, 'in the calling of a priest, I shall tremble for your salvation.'

 Julien was ashamed of his emotion; for the first time in his life, he saw himself loved; he wept for joy, and went to hide his tears in the great woods above Verrieres.

 'Why am I in this state?' he asked himself at length; 'I feel that I would give my life a hundred times over for that good Father Chelan, and yet he has just proved to me that I am no better than a fool. It is he above all that I have to deceive, and he sees through me. That secret ardour of which he speaks is my plan for making my fortune. He thinks me unfit to be a priest, at the very moment when I imagined that the sacrifice of an income of fifty louis was going to give him the most exalted idea of my piety and my vocation.

 'For the future,' Julien continued, 'I shall rely only upon those elements of my character which I have tested. Who would ever have said that I should find pleasure in shedding tears? That I should love the man who proves to me that I am nothing more than a fool?'

 Three days later, Julien had found the pretext with which he should have armed himself from the first; this pretext was a calumny, but what of that?  He admitted to the cure, after much hesitation, that a reason which he could not explain to him, because to reveal it would injure a third party, had dissuaded him from the first from the projected marriage. This was tantamount to an indictment of Elisa's conduct. M. Chelan detected in his manner a fire that was wholly mundane, and very different from that which should have inspired a young Levite.

 'My friend,' he appealed to him again, 'be an honest yeoman, educated and respected, rather than a priest without a vocation.'

 Julien replied to these fresh remonstrances extremely well, so far as words went; he hit upon the expressions which a fervent young seminarist would have employed; but the tone in which he uttered them, the ill-concealed fire that smouldered in his eyes alarmed M. Chelan.

 We need not augur ill for Julien's future; he hit upon the correct form of words of a cunning and prudent hypocrisy. That is not bad at his age. As for his tone and gestures, he lived among country folk; he had been debarred from seeing the great models. In the sequel, no sooner had he been permitted to mix with these gentlemen than he became admirable as well in gesture as in speech.

 Madame de Renal was surprised that her maid's newly acquired fortune had not made the girl more happy; she saw her going incessantly to the cure's, and returning with tears in her eyes; finally Elisa spoke to her mistress of her marriage.

 Madame de Renal believed herself to have fallen ill; a sort of fever prevented her enjoying any sleep; she was alive only when she had her maid or Julien before her eyes. She could think of nothing but them and the happiness they would find in their married life. The poverty of the small house in which people would be obliged to live, with an income of fifty louis, portrayed itself to her in enchanting colours. Julien might very well become a lawyer at Bray, the Sub-Prefecture two leagues from Verrieres; in that event she would see something of him.

 Madame de Renal sincerely believed that she was going mad; she said so to her husband, and finally did fall ill. That evening, as her maid was waiting upon her, she noticed that the girl was crying. She loathed Elisa at that moment, and had spoken sharply to her; she begged the girl's pardon. Elisa's tears increased; she said that if her mistress would allow it, she would tell her the whole tale of her distress.

 'Speak,' replied Madame de Renal.

 'Well, the fact is, Ma'am, he won't have me; wicked people must have spoken evil of me to him, and he believes them.'

 'Who won't have you?' said Madame de Renal, scarcely able to breathe.

 'And who could it be, Ma'am, but M. Julien?' the maid replied through her sobs. 'His Reverence has failed to overcome his resistance; for His Reverence considers that he ought not to refuse a decent girl, just because she has been a lady's maid. After all, M. Julien's own father is no better than a carpenter; and he himself, how was he earning his living before he came to Madame's?'

 Madame de Renal had ceased to listen; surfeit of happiness had almost deprived her of the use of her reason. She made the girl repeat to her several times the assurance that Julien had refused in a positive manner, which would not permit of his coming to a more reasonable decision later on.

 'I wish to make a final effort,' she said to her maid. 'I shall speak to M. Julien.'

 Next day after luncheon, Madame de Renal gave herself the exquisite sensation of pleading her rival's cause, and of seeing Elisa's hand and fortune persistently refused for an hour on end.

 Little by little Julien abandoned his attitude of studied reserve, and ended by making spirited answers to the sound arguments advanced by Madame de Renal. She could not hold out against the torrent of happiness which now poured into her heart after all those days of despair. She found herself really ill. When she had come to herself, and was comfortably settled in her own room, she asked to be left alone. She was in a state of profound astonishment.

 'Can I be in love with Julien?' she asked herself at length.

 This discovery, which at any other time would have filled her with remorse and with a profound agitation, was no more to her than a singular spectacle, but one that left her indifferent. Her heart, exhausted by all that she had just undergone, had no sensibility left to place at the service of her passions.

 Madame de Renal tried to work, and fell into a deep sleep; when she awoke, she was less alarmed than she should have been. She was too happy to be able to take anything amiss. Artless and innocent as she was, this honest provincial had never tormented her soul in an attempt to wring from it some little sensibility to some novel shade of sentiment or distress. Entirely absorbed, before Julien came, in that mass of work which, outside Paris, is the lot of a good wife and mother, Madame de Renal thought about the passions, as we think about the lottery: a certain disappointment and a happiness sought by fools alone.

 The dinner bell rang; Madame de Renal blushed deeply when she heard Julien's voice as he brought in the children. Having acquired some adroitness since she had fallen in love, she accounted for her colour by complaining of a splitting headache.

 'There you have women,' put in M. de Renal, with a coarse laugh. 'There's always something out of order in their machinery.'

 Accustomed as she was to this form of wit, the tone of his voice hurt Madame de Renal. She sought relief in studying Julien's features; had he been the ugliest man in the world, he would have charmed her at that moment.

 Always zealous in imitating the habits of the Court, with the first fine days of spring M. de Renal removed his household to Vergy; it is the village rendered famous by the tragic adventure of Gabrielle. A few hundred yards from the picturesque ruins of the old gothic church, M. de Renal owned an old castle with its four towers, and a garden laid out like that of the Tuileries, with a number of box borders, and chestnut alleys trimmed twice in the year. An adjoining field, planted with apple trees, allowed the family to take the air. Nine or ten splendid walnuts grew at the end of the orchard; their massive foliage rose to a height of some eighty feet.

 'Each of those damned walnuts,' M. de Renal would say when his wife admired them, 'costs me half an acre of crop; the corn will not grow in their shade.'

 The rustic scene appeared to come as a novelty to Madame de Renal; her admiration knew no bounds. The feeling that animated her gave her a new spirit and determination. On the second day after their removal to Vergy, M. de Renal having returned to town upon some official business, his wife engaged labourers at her own expense. Julien had given her the idea of a little gravelled path, which should run round the orchard and beneath the big walnuts, and would allow the children to walk there in the early morning without wetting their shoes in the dew. This plan was put into execution within twenty-four hours of its conception. Madame de Renal spent a long and happy day with Julieu supervising the labourers.

 When the Mayor of Verrieres returned from the town, he was greatly surprised to find the path finished. His coming surprised Madame de Renal also; she had forgotten that he existed. For the next two months, he continued to speak with annoyance of their presumption in having carried out, without consulting him, so important a repair, but Madame de Renal had done it at her own expense, and this to some extent consoled him.

 She spent her days running about the orchard with her children, and chasing butterflies. They had made a number of large nets of light-coloured gauze, with which they caught the unfortunate lepidoptera. This was the outlandish name which Julien taught Madame de Renal. For she had sent to Besancon for the handsome work on the subject by M. Godart; and Julien read to her the strange habits of these insects.

 They fastened them, without compunction, with pins upon a large sheet of pasteboard, also prepared by Julien.

 At last Madame de Renal and Julien had a subject for conversation; he was no longer exposed to the frightful torture inflicted on him by intervals of silence.

 They conversed incessantly, and with extreme interest, although always of the most innocent things. This life, active, occupied and cheerful, suited everyone, except Miss Elisa, who found herself worked to death. 'Even at carnival-time,' she said, 'when there is a ball at Verrieres, Madame has never taken so much trouble over her dress; she changes her clothes two or three times a day.'

 As it is our intention to flatter no one, we shall not conceal the fact that Madame de Renal, who had a superb skin, had dresses made for her which exposed her arms and bosom freely. She was very well made, and this way of dressing suited her to perfection.

 'You have never _been so young_, Ma'am,' her friends from Verrieres used to tell her when they came to dine at Vergy. (It is a local form of speech.)

 A curious point, which our readers will scarcely believe, was that Madame de Renal had no deliberate intention in taking such pains with her appearance. She enjoyed doing so; and, without giving the matter any particular thought, whenever she was not chasing butterflies with the children and Julien, she was engaged with Elisa making dresses. Her one expedition to Verrieres was due to a desire to purchase new summer clothes which had just arrived there from Mulhouse.

 She brought back with her to Vergy a young woman, one of her cousins. Since her marriage, Madame de Renal had gradually formed an intimate friendship with Madame Derville, who in their younger days had been her school-fellow at the Sacre-Coeur.

 Madame Derville laughed heartily at what she called her cousin's absurd ideas. 'If I were alone, they would never occur to me,' she used to say.  These sudden ideas, which in Paris would have been called sallies, made Madame de Renal feel ashamed, as of something foolish, when she was with her husband; but Madame Derville's presence gave her courage. She began by telling her what she was thinking in a timid voice; when the ladies were by themselves for any length of time, Madame de Renal would become animated, and a long, undisturbed morning passed in a flash and left the friends quite merry. On this visit, the sensible Madame Derville found her cousin much less merry and much happier.

 Julien, meanwhile, had been living the life of a child since he had come to the country, as happy to be running after butterflies as were his pupils.  After so much constraint and skilful diplomacy, alone, unobserved by his fellow-men, and, instinctively, feeling not in the least afraid of Madame de Renal, he gave himself up to the pleasure of being alive, so keen at his age, and in the midst of the fairest mountains in the world.

 As soon as Madame Derville arrived, Julien felt that she was his friend; he hastened to show her the view that was to be seen from the end of the new path; as a matter of fact it was equal, if not superior to the most admirable scenery which Switzerland and the Italian lakes have to offer. By climbing the steep slope which began a few yards farther on, one came presently to high precipices fringed with oakwoods, which projected almost over the bed of the river. It was to the summits of these sheer rocks that Julien, happy, free, and indeed something more, lord of the house, led the two friends, and relished their admiration of those sublime prospects.

 'To me it is like Mozart's music,' said Madame Derville.

 His brothers' jealousy, the presence of a despotic and ill-tempered father had spoiled the country round Verrieres in Julien's eyes. At Vergy, he found no trace of these unpleasant memories; for the first time in his life, he could see no one that was his enemy. When M. de Renal was in town, as frequently happened, he ventured to read; soon, instead of reading at night, and then taking care, moreover, to shade his lamp with an inverted flower-pot, he could take his full measure of sleep; during the day, in the interval between the children's lessons, he climbed up among these rocks with the book that was his sole rule of conduct, and the sole object of his transports. He found in it at once happiness, ecstasy and consolation in moments of depression.

 Certain things which Napoleon says of women, various discussions of the merits of the novels in vogue during his reign, furnished him now, for the first time, with several ideas which would long since have been familiar to any other young man of his age.

 The hot weather came. They formed the habit of spending the evening under a huge lime a few yards from the house. There the darkness was intense. One evening, Julien was talking with emphasis, he was revelling in the pleasure of talking well and to young married women; as he gesticulated, he touched the hand of Madame de Renal, who was leaning on the back of one of those chairs of painted wood that are placed in gardens.

 The hand was hurriedly withdrawn; but Julien decided that it was his _duty_ to secure that the hand should not be withdrawn when he touched it. The idea of a duty to be performed, and of making himself ridiculous, or rather being left with a sense of inferiority if he did not succeed in performing it, at once took all the pleasure from his heart.

 

 

 

  CHAPTER 9

An Evening in the Country

    M. Guerin's Dido, a charming sketch!     STROMBECK

 When he saw Madame de Renal again, the next morning, there was a strange look in his eyes; he watched her like an enemy with whom he would presently be engaged. This expression, so different from his expression overnight, made Madame de Renal lose her head; she had been kind to him, and he appeared vexed. She could not take her eyes from his.

 Madame Derville's presence excused Julien from his share of the conversation, and enabled him to concentrate his attention upon what he had in mind. His sole occupation, throughout the day, was that of fortifying himself by reading the inspired text which refreshed his soul.

 He greatly curtailed the children's lessons, and when, later on, the presence of Madame de Renal recalled him to the service of his own vanity, decided that it was absolutely essential that this evening she should allow her hand to remain in his.

 The sun as it set and so brought nearer the decisive moment made Julien's heart beat with a strange excitement. Night fell. He observed, with a joy that lifted a huge weight from his breast, that it was very dark. A sky packed with big clouds, kept in motion by a hot breeze, seemed to forebode a tempest. The two women continued strolling until a late hour. Everything that they did this evening seemed strange to Julien.  They were enjoying this weather, which, in certain delicate natures, seems to enhance the pleasure of love.

 At last they sat down, Madame de Renal next to Julien, and Madame Derville on the other side of her friend. Preoccupied with the attempt he must shortly make, Julien could think of nothing to say. The conversation languished.

 'Shall I tremble like this and feel as uncomfortable the first time I have to fight a duel?' Julien wondered; for he had too little confidence either in himself or in others not to observe the state he was in.

 In this agonising uncertainty, any danger would have seemed to him preferable. How often did he long to see Madame de Renal called by some duty which would oblige her to return to the house and so leave the garden!  The violence of the effort which Julien had to make to control himself was such that his voice was entirely altered; presently Madame de Renal's voice became tremulous also, but Julien never noticed this. The ruthless warfare which his sense of duty was waging with his natural timidity was too exhausting for him to be in a condition to observe anything outside himself. The quarter before ten had sounded from the tower clock, without his having yet ventured on anything. Julien, ashamed of his cowardice, told himself: 'At the precise moment when ten o'clock strikes, I shall carry out the intention which, all day long, I have been promising myself that I would fulfil this evening, or I shall go up to my room and blow my brains out.'

 After a final interval of tension and anxiety, during which the excess of his emotion carried Julien almost out of his senses, the strokes of ten sounded from the clock overhead. Each stroke of that fatal bell stirred an echo in his bosom, causing him almost a physical revulsion.

 Finally, while the air was still throbbing with the last stroke of ten, he put out his hand and took that of Madame de Renal, who at once withdrew it.  Julien, without exactly knowing what he was doing, grasped her hand again.  Although greatly moved himself, he was struck by the icy coldness of the hand he was clasping; he pressed it with convulsive force; a last attempt was made to remove it from him, but finally the hand was left in his grasp.

 His heart was flooded with joy, not because he loved Madame de Renal, but because a fearful torment was now at an end. So that Madame Derville should not notice anything, he felt himself obliged to speak; his voice, now, was loud and ringing. Madame de Renal's, on the other hand, betrayed such emotion that her friend thought she must be ill and suggested to her that they should go indoors. Julien saw the danger: 'If Madame de Renal returns to the drawing-room, I am going to fall back into the horrible position I have been in all day. I have not held this hand long enough to be able to reckon it as a definite conquest.'

 When Madame Derville repeated her suggestion that they should go into the drawing-room, Julien pressed the hand that lay in his.

 Madame de Renal, who was preparing to rise, resumed her seat, saying in a faint tone:

 'I do, as a matter of fact, feel a little unwell, but the fresh air is doing me good.'

 These words confirmed Julien's happiness, which, at this moment, was extreme: he talked, forgot to dissimulate, appeared the most charming of men to his two hearers. And yet there was still a slight want of courage in this eloquence which had suddenly come to him. He was in a deadly fear lest Madame Derville, exhausted by the wind which was beginning to rise, and heralded the storm, might decide to go in by herself to the drawing-room.  Then he would be left alone with Madame de Renal. He had found almost by accident the blind courage which was sufficient for action; but he felt that it lay beyond his power to utter the simplest of words to Madame de Renal. However mild her reproaches might be, he was going to be defeated, and the advantage which he had just gained wiped out.

 Fortunately for him, this evening, his touching and emphatic speeches found favour with Madame Derville, who as a rule found him as awkward as a schoolboy, and by no means amusing. As for Madame de Renal, her hand lying clasped in Julien's, she had no thought of anything; she was allowing herself to live. The hours they spent beneath this huge lime, which, local tradition maintained, had been planted by Charles the Bold, were for her a time of happiness. She listened with rapture to the moaning of the wind in the thick foliage of the lime, and the sound of the first few drops that were beginning to fall upon its lowest leaves. Julien did not notice a detail which would have greatly reassured him; Madame de Renal, who had been obliged to remove her hand from his, on rising to help her cousin to pick up a pot of flowers which the wind had overturned at their feet, had no sooner sat down again than she gave him back her hand almost without difficulty, and as though it had been an understood thing between them.

 Midnight had long since struck; at length it was time to leave the garden: the party broke up. Madame de Renal, transported by the joy of being in love, was so ignorant that she hardly reproached herself at all. Happiness robbed her of sleep. A sleep like lead carried off Julien, utterly worn out by the battle that had been raging all day in his heart between timidity and pride.

 Next morning he was called at five o'clock; and (what would have been a cruel blow to Madame de Renal had she known of it) he barely gave her a thought. He had done _his duty, and a heroic duty_. Filled with joy by this sentiment, he turned the key in the door of his bedroom and gave himself up with an entirely new pleasure to reading about the exploits of his hero.

 When the luncheon bell sounded, he had forgotten, in reading the reports of the Grand Army, all the advantages he had won overnight. He said to himself, in a careless tone, as he went down to the drawing-room: 'I must tell this woman that I love her.'

 Instead of that gaze charged with passion which he expected to meet, he found the stern face of M. de Renal, who, having arrived a couple of hours earlier from Verrieres, did not conceal his displeasure on finding that Julien was wasting the whole morning without attending to the children. No sight could have been so unprepossessing as that of this self-important man, conscious of a grievance and confident of his right to let it be seen.

 Each of her husband's harsh words pierced Madame de Renal to the heart. As for Julien, he was so plunged in ecstasy, still so absorbed in the great events which for the last few hours had been happening before his eyes, that at first he could barely lower the pitch of his attention to listen to the stern voice of M. de Renal. At length he answered him, sharply enough:

 'I was unwell.'

 The tone of this reply would have stung a man far less susceptible than the Mayor of Verrieres; it occurred to him to reply to Julien with an immediate dismissal. He was restrained only by the maxim which he had laid down for himself, never to be too hasty in business matters.

 'This young fool,' he soon reminded himself, 'has made himself a sort of reputation in my house; Valenod may take him on, or else he will marry Elisa, and, in either case, he can afford to laugh at me in his heart.'

 Despite the wisdom of these reflections, M. de Renal's displeasure found an outlet nevertheless in a succession of coarse utterances which succeeded in irritating Julien. Madame de Renal was on the point of subsiding in tears.  As soon as the meal was ended, she asked Julien to give her his arm for their walk; she leaned upon it in a friendly way. To all that Madame de Renal said to him, Julien could only murmur in reply:

 'This is what rich people are like!'

 M. de Renal kept close beside them; his presence increased Julien's anger.  He noticed suddenly that Madame de Renal was leaning upon his arm in a marked manner; this action horrified him, he repulsed her violently, freeing his arm from hers.

 Fortunately M. de Renal saw nothing of this fresh impertinence; it was noticed only by Madame Derville; her friend burst into tears. At this moment M. de Renal began flinging stones at a little peasant girl who was trespassing by taking a short cut across a corner of the orchard.

 'Monsieur Julien, kindly control yourself, remember that we are all of us liable to moments of ill temper,' Madame Derville said hastily.

 Julien looked at her coldly with eyes in which the loftiest contempt was portrayed.

 This look astonished Madame Derville, and would have surprised her far more could she have guessed its full meaning; she would have read in it a vague hope of the most terrible revenge. It is doubtless to such moments of humiliation that we owe men like Robespierre.

 'Your Julien is very violent, he frightens me,' Madame Derville murmured to her friend.

 'He has every reason to be angry,' the other replied. 'After the astonishing progress the children have made with him, what does it matter if he spends a morning without speaking to them? You must admit that gentlemen are very hard.'

 For the first time in her life, Madame de Renal felt a sort of desire to be avenged on her husband. The intense hatred that animated Julien against rich people was about to break forth. Fortunately M. de Renal called for his gardener, with whom for the rest of the time he busied himself in stopping up with faggots of thorn the short cut that had been made across the orchard. Julien did not utter a single word in reply to the attentions that were shown him throughout the remainder of the walk. As soon as M. de Renal had left them, the two ladies, on the plea that they were tired, had asked him each for an arm.

 As he walked between these women whose cheeks were flushed with the embarrassment of an intense discomfort, Julien's sombre and decided air formed a striking contrast. He despised these women, and all tender feelings.

 'What!' he said to himself, 'not even an allowance of five hundred francs to complete my studies! Ah! How I should send her packing!'

 Absorbed in these drastic thoughts, the little that he deigned to take in of the polite speeches of the two ladies displeased him as being devoid of meaning, silly, feeble, in a word _feminine_.

 By dint of talking for talking's sake, and of trying to keep the conversation alive, Madame de Renal found herself saying that her husband had come from Verrieres because he had made a bargain, for the purchase of maize straw, with one of his farmers. (In this district maize straw is used to stuff the palliasses of the beds.)

 'My husband will not be joining us again,' Madame de Renal went on: 'he will be busy with the gardener and his valet changing the straw in all the palliasses in the house. This morning he put fresh straw on all the beds on the first floor, now he is at work on the second.'

 Julien changed colour; he looked at Madame de Renal in an odd manner, and presently drew her apart, so to speak, by increasing his pace. Madame Derville allowed them to move away from her.

 'Save my life,' said Julien to Madame de Renal, 'you alone can do it; for you know that the valet hates me like poison. I must confess to you, Ma'am, that I have a portrait; I have hidden it in the palliasse on my bed.'

 At these words, Madame de Renal in turn grew pale.

 'You alone, Ma'am, can go into my room at this moment; feel, without letting yourself be observed, in the corner of the palliasse nearest to the window; you will find there a small box of shiny black pasteboard.'

 'It contains a portrait?' said Madame de Renal, barely able to stand.

 Her air of disappointment was noticed by Julien, who at once took advantage of it.

 'I have a second favour to ask of you, Ma'am; I beg you not to look at the portrait, it is my secret.'

 'It is a secret!' repeated Madame de Renal, in faint accents.

 But, albeit she had been reared among people proud of their wealth, and sensible of pecuniary interests alone, love had already instilled some generosity into her heart. Though cruelly wounded, it was with an air of the simplest devotion that Madame de Renal put to Julien the questions necessary to enable her to execute his commission properly.

 'And so,' she said, as she left him, 'it is a little round box, of black pasteboard, and very shiny.'

 'Yes, Ma'am,' replied Julien in that hard tone which danger gives a man.

 She mounted to the second floor of the house, as pale as though she were going to her death. To complete her misery she felt that she was on the point of fainting, but the necessity of doing Julien a service restored her strength.

 'I must have that box,' she said to herself as she quickened her pace.

 She could hear her husband talking to the valet, actually in Julien's room.  Fortunately they moved into the room in which the children slept. She lifted the mattress and plunged her hand into the straw with such force as to scratch her fingers. But, although extremely sensitive to slight injuries of this sort, she was now quite unconscious of the pain, for almost immediately she felt the polished surface of the pasteboard box. She seized it and fled.

 No sooner was she rid of the fear of being surprised by her husband, than the horror inspired in her by this box made her feel that in another minute she must unquestionably faint.

 'So Julien is in love, and I have here the portrait of the woman he loves.'

 Seated on a chair in the sitting-room of this apartment, Madame de Renal fell a prey to all the horrors of jealousy. Her extreme ignorance was of service to her again at this moment; astonishment tempered her grief.  Julien appeared, snatched the box, without thanking her, without saying a word, and ran into his bedroom, where he struck a light and immediately destroyed it. He was pale, speechless; he exaggerated to himself the risk he had been running.

 'The portrait of Napoleon,' he said to himself with a toss of the head, 'found hidden in the room of a man who professes such hatred for the usurper! Found by M. de Renal, so _ultra_ and so angry! and, to complete the imprudence, on the white card at the back of the portrait, lines in my writing! And lines that can leave no doubt as to the warmth of my admiration! And each of those transports of love is dated! There was one only two days ago!

 'All my reputation brought down, destroyed in a moment!' Julien said to himself as he watched the box burn, 'and my reputation is all I have, I live by it alone ... and what a life at that, great God!'

 An hour later, his exhaustion and the pity he felt for himself disposed him to feel affection. He met Madame de Renal and took her hand which he kissed with more sincerity than he had ever yet shown. She coloured with delight, and almost simultaneously repulsed Julien with the anger of a jealous woman. Julien's pride, so recently wounded, made a fool of him at that moment. He saw in Madame de Renal only a rich woman, he let fall her hand with contempt, and strode away. He went out and walked pensively in the garden; presently a bitter smile appeared on his lips.

 'Here I am walking about as calm as a man who is his own master! I am not looking after the children! I am exposing myself to the humiliating remarks of M. de Renal, and he will be justified.' He hastened to the children's room.

 The caresses of the youngest boy, to whom he was greatly attached, did something to soothe his agonising pain.

 'This one does not despise me yet,' thought Julien. But presently he blamed himself for this relief from pain, as for a fresh weakness. These children fondle me as they might fondle the puppy that was bought yesterday.'

 

 

 

  CHAPTER 10

A Large Heart and a Small Fortune

 

   But passion most dissembles, yet betrays,   Even by its darkness; as the blackest sky   Foretells the heaviest tempest.     _Don Juan_, I. 73

 M. de Renal, who was visiting every room in the house, reappeared in the children's room with the servants who brought back the palliasses refilled.  The sudden entry of this man was the last straw to Julien.

 Paler, more sombre than usual, he advanced towards him. M. de Renal stood still and looked at his servants.

 'Sir,' Julien began, 'do you suppose that with any other tutor your children would have made the same progress that they have made with me? If your answer is no,' he went on without giving M. de Renal time to speak, 'how dare you presume to reproach me with neglecting them?'

 M. de Renal, who had barely recovered from his alarm, concluded from the strange tone which he saw this young peasant adopt that he had in his pocket some more attractive offer and was going to leave him. Julien's anger increasing as he spoke:

 'I can live without you, Sir,' he concluded.

 'I am extremely sorry to see you so agitated,' replied M. de Renal, stammering a little. The servants were a few feet away, and were occupied in making the beds.

 'That is not enough for me, Sir,' Julien went on, beside himself with rage; 'think of the abominable things you said to me, and in the presence of ladies, too!'

 M. de Renal was only too well aware of what Julien was asking, and conflicting passions did battle in his heart. It so happened that Julien, now really mad with rage, exclaimed: 'I know where to go, Sir, when I leave your house.'

 On hearing these words, M. de Renal had a vision of Julien established in M. Valenod's household.

 'Very well, Sir,' he said at length with a sigh, and the air of a man calling in a surgeon to perform the most painful operation, 'I agree to your request. From the day after tomorrow, which is the first of the month, I shall give you fifty francs monthly.'

 Julien wanted to laugh and remained speechless: his anger had completely vanished.

 'I did not despise the animal enough,' he said to himself. 'This, no doubt, is the most ample apology so base a nature is capable of making.'

 The children, who had listened to this scene open-mouthed, ran to the garden to tell their mother that M. Julien was in a great rage, but that he was to have fifty francs a month.

 Julien went after them from force of habit, without so much as a glance at M. de Renal, whom he left in a state of intense annoyance.

 'That's a hundred and sixty-eight francs,' the Mayor said to himself, 'that M. Valenod has cost me. I must really say a few firm words to him about his contract to supply the foundlings.'

 A moment later, Julien again stood before him.

 'I have a matter of conscience to discuss with M. Chelan. I have the honour to inform you that I shall be absent for some hours.'

 'Ah, my dear Julien,' said M. de Renal, laughing in the most insincere manner, 'the whole day, if you wish, the whole of tomorrow, my worthy friend. Take the gardener's horse to go to Verrieres.'

 'There,' M. de Renal said to himself, 'he's going with an answer to Valenod; he's given me no promise, but we must let the young hothead cool down.'

 Julien made a speedy escape and climbed up among the big woods through which one can go from Vergy to Verrieres. He was in no hurry to reach M. Chelan's. So far from desiring to involve himself in a fresh display of hypocrisy, he needed time to see clearly into his own heart, and to give audience to the swarm of conflicting feelings that disturbed it.

 'I have won a battle,' he said to himself as soon as he found himself in the shelter of the woods and out of sight of anyone, 'I have really won a battle!'

 The last word painted his whole position for him in glowing colours, and restored some degree of tranquillity to his heart.

 'Here I am with a salary of fifty francs a month; M. de Renal must be in a fine fright. But of what?'

 His meditation as to what could have frightened the prosperous and powerful man against whom, an hour earlier, he had been seething with rage completely restored Julien's serenity. He was almost conscious, for a moment, of the exquisite beauty of the woods through which he was walking.  Enormous fragments of bare rock had in times past fallen into the heart of the forest from the side of the mountain. Tall beeches rose almost as high as these rocks whose shadow provided a delicious coolness within a few yards of places where the heat of the sun's rays would have made it impossible to stop.

 Julien paused for a breathing-space in the shadow of these great rocks, then went on climbing. Presently, by following a narrow path, barely visible and used only by goatherds, he found himself standing upon an immense rock, where he could be certain of his complete isolation from his fellow-men. This natural position made him smile, it suggested to him the position to which he was burning to attain in the moral sphere. The pure air of these lofty mountains breathed serenity and even joy into his soul.  The Mayor of Verrieres might still, in his eyes, be typical of all the rich and insolent denizens of the earth, but Julien felt that the hatred which had convulsed him that afternoon contained, notwithstanding its violence, no element of personal ill-feeling. Should he cease to see M. de Renal, within a week he would have forgotten him, the man himself, his house, his dogs, his children and all that was his. 'I have forced him, I do not know how, to make the greatest of sacrifices. What, more than fifty crowns a year? A moment earlier I had just escaped from the greatest danger. That makes two victories in one day; the second contains no merit, I must try to discover the reason. But we can leave such arduous research for tomorrow.'

 Julien, erect upon his mighty rock, gazed at the sky, kindled to flame by an August sun. The grasshoppers were chirping in the patch of meadow beneath the rock; when they ceased everything around him was silence.  Twenty leagues of country lay at his feet. From time to time a hawk, risen from the bare cliffs above his head, caught his eye as it wheeled silently in its vast circles. Julien's eye followed mechanically the bird of prey. Its calm, powerful motion impressed him, he envied such strength, he envied such isolation.

 It was the destiny of Napoleon, was it one day to be his own?

 

       


 

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